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Les discours de Dakar comparés

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"Je ne viens pas faire un discours pour effacer le précédent", avait prévenu François Hollande avant son discours de Dakar. C’était reconnaître implicitement que le choix de la capitale africaine et la teneur de son propos étaient calqués sur le discours du précédent président de la République à l’université Cheikh Anta Diop de Dakar, le 26 juillet 2007. On avait surtout retenu la petite phrase sur "l’homme africain [qui] n’était pas assez entré dans l’histoire". Mais les commentateurs avaient délaissé le reste du discours qui, dans sa critique du colonialisme de l’Europe, n’était pas loin de la contrition. En témoigne cet extrait du même discours :
"Les Européens sont venus en Afrique en conquérants. Ils ont pris la terre de vos ancêtres. Ils ont banni les dieux, les langues, les croyances, les coutumes de vos pères. Ils ont dit à vos pères ce qu’ils devaient penser, ce qu’ils devaient croire, ce qu’ils devaient faire. Ils ont coupé vos pères de leur passé, ils leur ont arraché leur âme et leurs racines. Ils ont désenchanté l’Afrique. Ils ont eu tort".
On pouvait difficilement voir dans ces propos une humiliation des Africains alors que la condamnation des Européens, serait-elle rhétorique, était prononcée par un dirigeant européen. Au demeurant les critiques du discours de Dakar ont imputé à Nicolas Sarkozy une thèse généralement admise, depuis Kant, Hegel ou Marx. Le concept d’histoire, en entraînant celui de progrès, est une invention européenne qui a été exportée dans le monde par les penseurs ou les dirigeants qui s’en réclamaient. Le fondateur de l’école des Annales, Fernand Braudel, reconnaissait ainsi, dans sa "Grammaire des civilisations", que "l’Afrique noire, en somme, s’est ouverte mal et tardivement sur le monde extérieur". (1)  
C’était la reprise de la distinction bergsonienne entre les sociétés ouvertes et les sociétés closes, celles qui s’ouvrent sur le monde et celles qui se replient sur leur culture. L’histoire européenne fondait-elle pour autant une hiérarchie des civilisations ? C’est un Africain, le philosophe Cheikh Anta Diop, qui, dans son "Antériorité des civilisations nègres. Mythe ou vérité historique" (1976), a soutenu que la civilisation égyptienne de race noire était première par rapport aux autres civilisations, ce qui justifiait l’unité culturelle de l’Afrique. Etait-ce une humiliation de l’Europe ou de l’Asie ?
Quoi qu’il en soit de l’opportunité du discours de Dakar de Sarkozy, le discours de Dakar de Hollande, privé du même ressort idéologique, ne pouvait que proposer une thèse plus consensuelle. Pour ce faire, le président de la République avait préparé son intervention avec six grands intellectuels africains dont le Congolais Elikia M’Bokolo, directeur du centre d'études africaines à l'EHESS, et Mamadou Diouf, directeur des Etudes Africaines à l’université Columbia.

Mais à quoi se résume ce discours destiné à mettre fin aux équivoques du discours postcolonial ? D’une part, à répéter une nouvelle fois, Sarkozy l’ayant fait comme les autres présidents, que le modèle inégalitaire françafricain est révolu au profit d’un partenariat égal, et le refus d’imposer, ou seulement de "proposer un exemple". Hollande soutient qu’il n’est pas venu en Afrique "pour imposer, ni pour délivrer des leçons de morale". Or c’est pourtant ce qu’il a fait en parlant des "relations fondées sur le respect, la clarté et la solidarité", et en affirmant qu’il saluait chez ses hôtes "le respect des droits de l’homme, l’égalité devant la loi, la garantie de l’alternance, les droits des minorités, la liberté religieuse". En clair, le nouveau président, comme l’ancien, a proposé, et laissé entendre, qu’il imposait le modèle démocratique qui n’est pas de
tradition africaine.
François Hollande continue, ainsi, à son corps défendant, à modeler son action sur celle de ses prédécesseurs qui faisaient la leçon à l’Afrique comme Tintin faisait la leçon aux élèves africains. Mais il ne leur apprend plus l’arithmétique. Sans faire acte de contrition comme certains l’attendaient, il se contente d’observer avec une acuité qui n’échappera à personne : "L’Afrique est un grand continent qui va devenir aujourd’hui un grand continent émergent".

Publié par Atlantico, le 13 octobre 2012
MATTEI  Jean-Francois

Né le 9 mars 1941
Marié – 3 enfants
 
Professeur émérite à l’université de Nice-Sophia Antipolis


Agrégation de Philosophie
Doctorat d’État ès Lettres
Diplômé de Sciences politiques   
 
Chargé de cours à l’Institut d’Études Politiques d’Aix-en-Provence (depuis 1973)
Professeur à l’Université de Nice-Sophia Antipolis (depuis 1980)
     Directeur du département de Philosophie de 1984 à 1988
     Directeur du DEA de la formation doctorale "Philosophie et Histoire des Idées" (depuis 1995)
     Responsable du Master "Philosophie" (depuis 2004)
 
Conseiller auprès du Ministre de l’Éducation nationale en 1993-1994 (Cabinet du Ministre)
Membre du Conseil National des Universités (XVIIe section) de 1992 à 1995 (Vice-Président),
     puis de 1995 à 1998, et de 2003 à 2006
Membre du groupe d’experts n°6 en Sciences Humaines et Sociales
     de la Mission Scientifique et Technique
     du Ministère de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche de 1994 à 1998, et de 2002 à 2007
Président de la Commission de spécialistes en Philosophie de l’Université de Nice depuis 1997,
     et membre des Commissions de spécialistes en Philosophie des Universités
     de Paris-Sorbonne (Paris IV) et de l’Université de Bourgogne (Dijon)
Membre du Conseil Supérieur Régional de la Recherche et de la Valorisation
     de la Région Provence-Alpes-Côte d’Azur de 1994 à 1998
     Vice-Président responsable de la Commission n ° 2 (Sciences Humaines et Sociales)
Vice-Président de l’Académie Interdisciplinaire des Sciences de Paris depuis 1996
Membre de l’Institut universitaire de France (élu en 1996, réélu en 2002, membre du Bureau)
Membre du Comité d’Éthique
     du Centre de Coopération Internationale en Recherche Agronomique pour le Développement
     (CIRAD) (depuis 2000)
Membre du Conseil National pour un Nouveau Développement des Sciences Humaines  et Sociales
     (nommé par le Ministre de l’Éducation Nationale) de 1998 à 2001
Responsable en Philosophie et en Sciences humaines pour le
     (Comité Français d’Évaluation de la Coopération Universitaire avec le Brésil)
     (COFECUB) (depuis 1998)
Expert pour la philosophie auprès du Ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche
 
Professeur invité à l’université de Marmara (Istanbul) depuis 1991
Professeur associé à l’université Laval (Québec) depuis 2003
 
Ouvrages
L’Étranger et le Simulacre - Essai sur la fondation de l’ontologie platonicienne (1983)
La métaphysique à la limite - Cinq essais sur Heidegger, avec Dominique Janicaud (1983)
     Traduction anglaise : Heidegger, from Métaphysics to Thought (New York, 1994)
L’exotisme de la raison, édition critique de l’ouvrage inédit (1770)
     de Nicolas BRICAIRE de la DIXMÉRIE, Le Sauvage de Tahiti aux Français,
     suivi d’un Envoi au Philosophe ami des Sauvages (Papeete, 1989)
L’ordre du monde - Platon, Nietzsche, Heidegger (Paris, 1989)
     Traduction espagnole (Buenos Aires, 1995)
La naissance de la Raison en Grèce (Actes du congrès de Nice de 1987) (1990) - réédition (2006)
Les Œuvres Philosophiques (volume III de l’Encyclopédie Philosophique Universelle,
     sous la direction de Jean-François MATTÉI
     Ce Dictionnaire recense 9 500 oeuvres de 5 500 penseurs de tous les temps et de tous les pays, en toutes disciplines, avec le concours de 1 500 collaborateurs français et étrangers (1992)
Pythagore et les pythagoriciens ("Que sais-je ?", 1993)
     Traductions grecque, roumaine, suédoise, chinoise. 3e édition revue et corrigée (2001)
Platon et le miroir du mythe, De l’Âge d’or à l’Atlantide (1996, réédition 2002)
Albert Camus et la philosophie, avec Anne-Marie AMIOT (1997)
Philosophie, éthique et droit de la médecine, avec Dominique FOLSHEID (1997)
Le Discours philosophique, volume IV de l’Encyclopédie philosophique universelle,
     sous la direction de Jean-François MATTÉI (1998)
La Barbarieintérieure - Essai sur l’immonde moderne (1999, 3e édition augmentée (2002)
     Traductions espagnole, roumaine, brésilienne
     Prix du Cardinal Mercier de l’université de Louvain (2001, réédition 2004)
Heidegger et Hölderlin - Le Quadriparti (2001)
Philosopher en français (Actes du colloque de Nice de 1999) (2000)
Civilisation et barbarie - Réflexions sur le terrorisme contemporain,
     avec Denis Rosenfield (2002)
     traduction brésilienne
Heidegger et l’énigme de l’être (2004)
     traduction chinoise
De l’indignation (2005)
Platon (2005, réédition 2007)
     traductions grecque, turque et chinoise
Nietzsche et le temps des nihilismes (2005)
La Républiquebrûle-t-elle ?, avec Raphaël Draï (2006)
L’Énigme de la pensée (Nice, Paris, Montréal, Bruxelles, Genève, 2006)
La Crisedu sens (2006)
Le Regard vide - Essai sur l’épuisement de la culture européenne (2007)
     Prix de littérature et de philosophie de l’Académie Française en juin 2008.
Albert Camus et la pensée de Midi (Nice, Paris, Montréal, 2008)
 
Fonctions éditoriales
Membre du Comité scientifique de la revue Les Études philosophiques (depuis 1985)
     du Conseil de rédaction de la revue Laval Théologique et Philosophique  (Québec) (depuis 1997)
Membre du Comité de rédaction de la revue Cités (depuis 2003)
Directeur de la revue Noesis (depuis 2003)
Directeur de la collection Thémis-Philosophie (depuis 1995)
Directeur de la collection "Chemins de pensée" (Nice, Paris, Genève, Montréal, Bruxelles) (depuis 2006)
 
Distinctions
Chevalier de la Légion d’Honneur

Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.

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