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La Vème République à l’agonie

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 Vers une nouvelle – et fatale - polarisation ?
 
La Vème République dans la durée longue
La victoire du FN aux élections européennes du 25 mai dernier n’est pas circonstancielle. Elle marque encore plus fortement la mise à mal  du régime politique qualifié formellement de Vème République au point que l’on s’interroge sur la viabilité réelle de ce régime. Il faut alors s’entendre que ce que l’on nomme "Vème république". En termes constitutionnels, celle-ci  existe depuis le référendum du 28 septembre 1958. C’est l’une des plus vénérables et des plus coriaces de toute l’histoire constitutionnelle de la France. On peut même considérer que ce régime- là conjoint ses deux avatars : le premier proprement gaulliste, ou assimilé, qui a duré jusqu’à1981 et le second socialiste, sous les deux mandats de François Mitterrand qui s’était parfaitement accommodé d’un système pourtant qualifié par lui de "coup d’Etat permanent". Quels sont – pour ne pas dire quels étaient- les critères essentiels de ce régime ?

La Vème République instituait un Etat fort, dominé par un Exécutif puissant, lui-même servi par un parti dominant, et un Parlement se limitant désormais à la place congrue qui lui était assigné, l’ensemble sous la houlette d’un chef d’ Etat charismatique, doté d’un coefficient historique hors normes .Grâce à un tel dispositif, l’économie et les finances de la France retrouvaient vigueur et confiance, à l’image du Franc nouveau garanti par la sobriété  efficace des Pinay, Rueff et autres. Pourtant, un tel dispositif, une fois "liquidée"dans les conditions que l’on sait l’affaire algérienne, ne tarda pas à se lézarder. La crise de 1968 porta un coup fatal au charisme vieilli du général de Gaulle, tandis que l’autre "crise" commencée en 1973 avec la guerre dite de Kippour révéla les profondes vulnérabilités de l’économie du pays.
Avec l’élection de Valéry Giscard d’Estaing, le Centre revenait au pouvoir, au détriment du gaullisme originel. Les valeurs et les comportements en cours commencèrent également à se disjoindre et le président d’alors essuya en fin de mandat les relents d’une sombre affaire de diamants africains.
En 1981, la Gauche arriva  enfin au pouvoir, toutefois décidée, sans se déjuger, à se loger dans les institutions créées en 1958. Les réformes succédèrent aux réformes, avec un vaste programme de nationalisations sans doute indispensables mais qui contribua à mettre l’économie du pays sur le flanc. D’où dès 1983, le tournant dit "de la rigueur" qui allait transformer le socialisme révolutionnaire en socialisme sagement si ce n’est cyniquement gestionnaire,  à commencer par la gestion du pouvoir politique patiemment conquis en trois décennies. La suite prend l’allure d’une pente descendante.
 
Des présidents qui se sont succédés, aucun ne remplissait le costume militaire du général ni les costumes ajustés de Mitterrand. La clef de voûte de la Vème république branlait tandis que l’économie française était minée par un chômage teigneux. Et pourtant, malgré tous les appels à fonder une VIème république, la Vème s’accordait quelque toilettage et prolongeait son parcours de vie. L’élection présidentielle de 2002 claqua néanmoins comme un coup de tonnerre puisque le socialiste Lionel Jospin était éjecté dès le premier tour au profit de Jean- Marie le Pen. C’est à ce moment que fut commise une erreur d’analyse majeure qui consista à imputer cet échec à des considérations de personnes ou de circonstances alors qu’en réalité s’annonçait l’effacement de la réalité politique française de ses deux composantes principales et alternatives : le gaullisme et le socialisme au profit d’une idéologie sans cesse stigmatisée mais obstinément persistante : celle de l’extrême- droite, comme si le cours de l’Histoire refluait en deçà de 1945. En 2012 , la défaite de Nicolas Sarkozy, nominalement de gaulliste affiliation, au profit d’un François Hollande moins socialiste que "PSsiste" et que nul n’avait vu venir consomma l’ agonie inavouable d’un gaullisme préhistorique ! La guerre des chefs qui s’ensuivit immédiatement à l’UMP accentua  le discrédit politique, moral et même personnel de ses dirigeants. Il n’en alla pas autrement au PS, avec l’aggravation du chômage, le matraquage fiscal, le scandale Cahuzac, sans parler des frasques sentimentales d’un Président qui déjugeait ses engagements de campagne et commençait à perdre toute autorité. Le socialisme suffoquait aussi. De sorte que la victoire du FN aux européennes était largement prévisible. Quelles conséquences en tirer ?

Vers la polarisation FN – "Djihadistes" ?
Le questionnement est plus grave que celui qui concerne spécifiquement la survie de la Vème République. Il s’agit de savoir et de décider si la France restera ou non un régime démocratique. Non pas verbalement, dans l’incantation outragée par le principe même de la question, mais dans sa réalité. Quelle est cette réalité ? Elle apparaît comme celle d’un régime bien curieux puisque privé à la fois d’une majorité et d’une opposition, d’un  régime aux carences cumulatives, dont l’économie se délite un peu plus et dont l’autorité de son chef n’est plus que fictive. Au lendemain des élections européennes, au lieu de procéder à un véritable "scanner" de la situation, comme on l’eût pratiqué pour les victimes d’un accident de la route, à l’UMP se livrait une nuit à la Borgia contre François Copé ; et pour le PS le président de la République bâcla une allocution que chacun écouta distraitement et que personne ne comprit. A l’UMP s’installait aussitôt un trio de Consuls déjà concurrents, tandis qu’au PS, l’on supputait qui allait remplacer, à une date qu’on fixerait en temps opportun, ce président blagueur mais fantôme et aboulique .

Qu’à cela ne tienne, pouvait –on se dire : le FN constitue désormais une véritable alternative. Le temps est fini de sa stigmatisation notamment pour antisémitisme forcené et pathologique. Des syndicalistes de FO, de Sud, de nombreux ouvriers et jeunes de moins de 35 ans, n’hésitent plus à le gratifier de leur suffrage et à l’adouber comme parti de gouvernement, si ce n’est comme poutre maîtresse d’une nouvelle République, ce terme n’ayant pas tout à fait les connotations de celui de démocratie. Et puis, patatras, resurgit sur le Net une interview d’il y a quelques semaines à Public-Sénat, au cours duquel Marine le Pen, recouvrant un naturel dont on l’imaginait corrigée, retrouvait les insanités de son père contre le "lobby juif , "Publicis", Maurice Lévy et tous "ces gens-là qui se marient entre eux" et dont à l’entendre, sitôt élue présidente, elle les dépossèderait de leurs richesses spoliatrices pour ne pas dire qu’elle les "aryaniserait". Au point que Guillaume Durand qui l’interviewait réprima une réaction de dégoût. Depuis, aucune correction de trajectoire n’est intervenue et Marine Le Pen est déclarée diplomatiquement parlant non grata  en Israël où aucun officiel n’entend la rencontrer. Est- ce donc cela qui doit remplir le vide de la Vème  République sexagénaire ? Il se pourrait que l’avenir fût encore plus préoccupant.

Après l’élection présidentielle de 2012 et le début de la chaîne d’échecs du nouveau pouvoir, certains analystes conjecturaient que le débat politique ne tarderait pas à se polariser entre l’extrême- droite de Marine le Pen et l’extrême-gauche de Jean- Luc Mélenchon. L’élection du 25 mai a révélé que le Front de Gauche était encore plus inconsistant et sépulcral que le mouvement écologiste. Apparaît alors le risque d’une toute autre polarisation, que bien peu osent nommer de son vrai nom. Le FN indécrottable, "confirmé" par Marine le Pen, croit pouvoir masquer sa xénophobie sous des formules comme celle "de la préférence nationale" et mettre cette lubie en œuvre en continuant de s’en prendre notamment aux Juifs qui ont le malheur de ne pas lui complaire. Mais qu’en sera-t-il cette fois des Musulmans de France ? Ceux- ci constituent une population non pas de quelques centaines mais de quelques millionsde personnes. Il ferait beau voir que le FN les maltraite verbalement ou idéologiquement comme sa présidente l’a fait avec Maurice Lévy et consorts. L’on sait à présent que le tueur du Musée Juif de Bruxelles, arrêté à Marseille, est un "djihadiste français", l’un de ceux qui par centaines s’en vont participer aux combats qui se déroulent en Syrie, avant de revenir sur le territoire de France, pour y accomplir le moment voulu un Djihad sans merci. Ces tueurs fanatisés ne rêvent que d’un seul scénario : que le FN arrive au pouvoir en France et qu’ils aient toutes les raisons de le combattre à la façon dont ils font la guerre à Assad. Tel est le risque qu’il faut savoir nommer, tandis que le régime dit de la Vème république ressemble de plus en plus à ces canards dont on a coupé la tête mais qui n’ en continuent pas moins de courir en tous sens .
Alors que l’UMP s’est transformée en  canard tricéphale, que le PS redoute de se faire éjecter dès le premier tour de la prochaine présidentielle, tandis que le Centre croit que son heure est proche et rejoue son jeu solitaire ; tandis qu’à nouveau font rage les ambitions personnelles, prédatrices et finalement auto-destructrices, n’est–il pas temps de retrouver le sens du désintéressement et de forger non pas un front républicain, calculateur et opportuniste, mais un véritable arc démocratique où se retrouveraient face à un pareil  horizon de menaces, quel que soit leur engagement politique initial, les hommes et les femmes inspirés par un réel impératif de liberté et de responsabilité, à la fois politique et moral ? Le Pouvoir est-il une drogue si dure qu’une fois goûté il produise une si inguérissable addiction au détriment du bien commun ? 
DRAI Raphael

Né le 21 mai 1942
Marié - 2 enfants



Professeur agrégé de sciences politiques
Doctorat de science politique - Université Panthéon-Sorbonne

Lauréat de la faculté de droit de Montpellier
Doyen honoraire de le faculté de Droit d'Amiens
Professeur à l'Université d'Aix-Marseille III (Droit : Société et vie politique)
Professeur à l'Institut d'études politiques d'Aix-en-Provence 
Chargé d'enseignements au Master Management interculturel et médiation religieuse
Professeur à l'Institut d'Etudes et de culture juive d'Aix-Marseille
Directeur de Recherches à l'Ecole doctorale de recherches
     en psychanalyse et psycho-pathologies - Université Diderot, Paris VII

Chroniqueur de la revue L'Arche 
Membre de l'Observatoire du religieux
Spécialiste de l'univers biblique
Conférences avec l'institut inter-universitaire d'études et de culture juive

Ouvrages
La Politique de l'inconscient (1979)
Le Pouvoir et la parole (1981)
La communication administration-administrés (en collaboration) (1983) 
La sortie d'Egypte. L'invention de la liberté (1986)
Guerre éthique et pensée stratégique à l'ère nucléaire (avec Cao Huy Thuan) (1988)
Lettre ouverte au Cardinal Lustiger (1989)
La communication prophétique (3 tomes) (1990 à 1998)
Identité juive, identité humaine (1995)
La pensée juive. Exégèse et épistémologie (1996)
Le mythe de la loi du talion (1996)
Freud et Moïse. Psychanalyse, loi juive et pouvoir (1997)
Lettre au Pape sur le "pardon au peuple juif" (1998)
La Thora. La législation de Dieu (2000)
Lettre au Président Bouteflika sur le retour des Pieds-noirs en Algérie (2000)
Grands problèmes politiques contemporains
Les nouvelles échelles de la responsabilité politique (2001)
Sous le signe de Sion (2001)
Science administrative, éthique et gouvernance (2002)
La France au crépuscule. Précis de recomposition (2003)
L' Etat Purgatoire, la tentation postdémocratique (2005)
La République brûle t-elle ? Essai sur les violences urbaines (avec J-F. MATTEI) (2006)
Abraham (2007)
Le pays d'avant (2008)
Les pays d’après (2008)
Grands problèmes politiques et sociaux contemporains (2009)
Théories juridiques et théories psychanalytiques (2010)
Philosophies d'ailleurs. Les pensées indiennes, chinoises et tibétaines - Collectif sous la direction de Roger-Pol Droit (2009)

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