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Partis et immigration

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Les partis et l'immigration

Les partis de gouvernement ont abandonné au FN la question de l'immigration
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Stupeur et tremblements dans la "France d'en haut": un sondage Ifop pour Le Figaro donne la présidente du Front national vainqueur de l'élection présidentielle à venir dans l'hypothèse où elle affronterait François Hollande au second tour. En juillet dernier, un sondage Ifop la donnait déjà devançant Nicolas Sarkozy et François Hollande au premier tour. Voici donc le Front national "aux portes du pouvoir", comme s'en est alarmé le premier ministre Manuel Valls.

La créature qui avait été introduite dans l'arène politique par François Mitterrand en 1984, et qui avait été depuis lors utilisée par les partis de tous bords pour éviter de traiter les sujets qui se rapportent à l'immigration et à l'intégration, est en passe de pouvoir dévorer les apprentis sorciers. Le personnel politique persiste cependant dans son refus de reconnaître qu'il paie là son incapacité chronique à traiter les causes profondes des problèmes d'intégration qui angoissent de plus en plus les Français. Si ces angoisses n'avaient pas été avant tout d'ordre identitaire, ceux-ci auraient aussi bien pu se tourner vers le Front de gauche.
Manuel Valls, qui dégringole dans les sondages, devait sa popularité à son langage de vérité sur l'immigration et l'intégration ; à ses prises de position en faveur des principes républicains, en particulier la laïcité ; à l'autorité et au courage politique qui émanaient de lui. Mais lorsqu'il passe de la théorie aux travaux pratiques, les Français déchantent. Devenu ministre, il impose le port d'un matricule aux policiers ; les régularisations bondissent ainsi que les naturalisations - il promet même d'en faire davantage. Le pays vit à crédit et s'enfonce dans le chômage ; l'intégration culturelle ne se fait plus qu'à la marge. Qu'importe ! L'État poursuit sur sa folle lancée, continuant d'accueillir des centaines de milliers de nouveaux entrants chaque année.
 
À même cause, mêmes effets : c'est l'écart entre les paroles et les actes qui avait entraîné la chute de Nicolas Sarkozy. Ce dernier avait été élu sur la promesse de restituer aux Français le droit qui leur avait été confisqué d'être fiers de leur culture et leurs traditions. L'espoir placé en Nicolas Sarkozy qui est, tout comme Manuel Valls, quasiment seul dans son parti à oser traiter des fondements de l'identité des Français, fut lourdement déçu. Sitôt élu, il fit l'exact inverse de ce qui était attendu de lui : diversité culturelle érigée en dogme ; nominations à raison des origines ethno-raciales, donc rupture avec la méritocratie républicaine pour laquelle le peuple français avait pourtant déclenché la Révolution ; nomination d'un ministre de l'Immigration et de l'Identité nationale qui s'empresse de soutenir que "la France n'est ni un peuple, ni une langue, ni un territoire" ; bousculant par ailleurs des codes de savoir-être auxquels les Français attachaient grande importance. Totalement absorbé par la résorption de la crise économique et financière, il ne vit rien venir : François Hollande fut l'instrument qu'utilisèrent les électeurs pour le faire disparaître de leur quotidien.
Les Français se sont comportés tels des enfants qui repoussent leur assiette sans s'inquiéter au préalable de ce qui leur sera servi à la place. Cette fois-ci, ils semblent vouloir jeter leur dévolu sur Marine Le Pen afin qu'elle les débarrasse d'une classe politique devenue insensible à leurs angoisses. 87 % des Français estiment désormais que les politiques se préoccupent peu ou pas du tout de ce que pensent les gens comme eux (Cevipof, janvier 2014).
La force de Marine Le Pen a été de le sentir et d'inventer le slogan UMPS qui lui permet d'amalgamer l'ensemble des partis de gouvernement. Ces derniers lui ont grandement facilité la tâche en désertant de concert la défense des principes républicains et en taxant, dans un réflexe quasi pavlovien, de lepéniste quiconque osait aborder de face les questions d'immigration, d'intégration culturelle, de nation, d'identité. Le Front national n'a pas besoin de travailler ; les autres partis le font pour lui. C'est ainsi que dans l'esprit des Français, ils ont établi une sorte d'équivalence entre le Front national et la patrie, terme qui est presque devenu tabou.
 
Depuis l'accession au pouvoir de François Mitterrand, les partis politiques n'ont eu de cesse d'abandonner, les uns après les autres, tous les domaines qui touchent de près ou de loin à l'identité des Français. Ainsi en est-il de la laïcité, qui au fil du temps est devenue une jauge à l'aune du respect de laquelle les Français identifient ceux qui sont aptes à vivre selon leurs normes et ceux qui ne le sont pas, n'hésitant pas à déserter certains territoires. Plutôt que de se pencher sur les raisons du malaise, les élus ont répliqué en instaurant la loi SRU.
Si les Français se tournent vers le Front national, c'est principalement en raison de son positionnement sur le sujet de l'immigration-intégration. En effet, les enquêtes montrent qu'ils n'adhèrent pas majoritairement au reste de son programme : 60 % se déclarent hostiles à toute sortie de l'Union européenne, 59 % se déclarent attachés à la monnaie unique (Viavoice, avril 2014).
À l'expression d'une insécurité culturelle grandissante, les hommes et femmes politiques persistent malheureusement dans leur aveuglement et répondent par des calculs d'appareils, des combines entre individus, des appels au centre (traduisez: bannissement du sujet de l'identité nationale), quand ils devraient regarder la réalité en face et privilégier à tout instant l'intérêt supérieur de la nation.

Paru dans Le Figaro, 11 septembre 2014
SOREL-SUTTER Malika

Née en France
École maternelle et primaire en France puis 15 ans en Algérie
     avant de revenir s’installer définitivement en France.

Essayiste
Ancien membre du Collège du Haut Conseil à l'Intégration

Ingénieur de l’École Polytechnique d’Alger
Troisième cycle de gestion de l’Institut d’Études Politiques de Paris (Major de promotion)
 
Membre du jury du 'Grand prix de l’impertinence' de la Fondation prospective et innovation,
     présidé par le recteur Christian Forestier, administrateur général du CNAM.
Membre de la commission laïcité du Haut Conseil à l’Intégration.
Membre du conseil d’administration
     de l’association de géopolitique et de défense Géostratégies 2000
 
Ouvrages 
Le Puzzle de l’intégration. Les pièces qui vous manquent - Fayard/Mille et une nuits (2007)
De quoi l’avenir intellectuel sera-t-il fait ? Ouvrage collectif - Le Débat, Gallimard (2010)
Immigration-Intégration : le langage de vérité - Fayard/Mille et une nuits (2011)
 
 
Articles publiés
Le Débat, Gallimard, mars 2012 : 'Regarder la réalité en face', critique de deux ouvrages de Gilles Kepel.
Le Débat, Galimard, septembre-octobre 2011 : 'Intégration, le devoir de vérité'
Le Débat, Gallimard, septembre 2008 : 'Penser l’intégration'
Revue AFAE (Association Française des Administrateurs de l’Éducation), décembre 2011 :'L’école face au défi de l’inclusion'
Revue AFAE (Association Française des Administrateurs de l’Éducation), décembre 2010 :'Quand le communautarisme
     s’invite à la table de la République'
Enjeux et Débats de la Revue parlementaire : 'Le modèle français d’intégration n’a pas échoué, il n’a guère été appliqué', juin 2011
Les Échos de la fonction publique, juin-juillet 2011 : 'De l’immigration et de l’intégration'
L’Expansion, septembre 2011 : 'La République doit l’emporter sur les diasporas'
Le Figaro Magazine, mai 2011 :'Tout immigré doit puiser en lui la force de s’insérer dans la société française'
Valeurs actuelles, avril 2011 : 'Sur l’intégration, la France fait trop de concessions'
Le spectacle du monde, octobre 2010 : 'La France s’autodétruit sans rendre service aux immigrés'
Le Figaro, mars 2010 : 'Identité nationale : levons les tabous !'
La Libre Belgique, 8 octobre 2010 : 'Notre société a créé des fauves'

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