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La revanche du peuple

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La revanche du peuple
 
La sagesse populaire le dit à sa manière : "Tout passe, tout casse, tout lasse" ! La pensée savante le formalise en rappelant que la continuité de la vie sociale se fonde sur l’impermanence des organisations qui sont censées la représenter. C’est bien cela qui est en jeu dans le spectacle politique ou, mieux la politique spectacle. Tant il est vrai qu’il n’est pas nécessaire de se rappeler de ces grands penseurs que furent Hegel ou Marx pour rappeler que les évènements se répètent toujours deux fois : "une première fois comme tragédie, la seconde fois comme farce".
Et c’est lorsque cette "farce" politique devient par trop évidente que la société redevient ce qu’elle est de nature, civile.
Rappelons que pour notre espèce animale, dire est essentiel : "Au début est le Verbe, et le Verbe était Dieu" ! Pouvoir souverain s’il en est. Et de tous temps, les élites, en particulier politiques, avaient le monopole légitime de ce pouvoir : savoir dire ce qui est vécu et, par là, assurer la solidité du rapport fécond existant entre "les mots et les choses". Mais il est des moments où un tel pouvoir se sature. Les mots ne sont plus en pertinence avec ce qui est, ils deviennent dès lors impertinents.
 
C’est bien ce qui est en train de se passer actuellement. Les partis politiques de plus en plus déconnectés de la vie réelle, deviennent tout simplement caducs.
Dans son livre classique sur la chose publique, Robert Michels montrait (dès avant la première guerre mondiale) comment les "Partis politiques", inéluctablement, devenaient des organisations "oligarchiques". Leurs incantations démocratiques n’étant que le faux-nez de cette tendance, propre à l’ordre des choses, à confisquer le pouvoir pour quelques-uns. D’où un entre-soi des élites ne pouvant qu’engendrer une méfiance populaire. Ce que les lettrés nomment "secessio plebis", qui régulièrement resurgit dans les histoires humaines. La gauche en a fait les frais. C’est au tour de la droite de payer les pots cassés. C’est-à-dire, de subir les conséquences d’une singulière inconséquence, avoir oublié qu’il n’est de pouvoir qu’enraciné sur la puissance populaire !
D’où la revanche de ce qu’il est convenu de nommer la "société civile" et que je préfère nommer le peuple. Revanche s’exprimant d’une part dans le refus massif et constant des consignes de vote : l’actualité n’est pas avare d’exemples en ce sens. Et l’on peut, sans trop se tromper, pronostiquer qu’un tel processus n’en est qu’à ses débuts.
Il est non moins intéressant de noter que, d’autre part, cette revanche populaire s’exprime dans la célébration de personnages publics, n’ayant pas (ou n’ayant plus) l’aval de la pensée établie. C’est ainsi que, pour n’en citer que quelques-uns : Houellebecq, Zemmour, Depardieu deviennent des figures emblématiques autour desquelles on s’agrège pour faire la nique à ceux qui sont censés déterminer le sens des choses.
Pourquoi cela ? Peut-être parce que contre la bienpensance de droite, point trop éloignée de celle de gauche, ils représentent la "bela Figura" du peuple. D’un peuple sachant, de savoir incorporé, que les vraies règles de la vie belle, sont celles, pour reprendre une expression de Joseph de Maistre, sachant mettre en pratique "le bon sens et la droite raison réunis".
 
En entonnant ces pieuses rengaines célébrant les "valeurs républicaines", le "progressisme" et autre contrat social rationnel, en vitupérant le "communautarisme et le sentiment d’appartenance "tribal", les partis de droite oublient que les représentations philosophiques ont, aussi, leur destinée. C’est-à-dire qu’elles se saturent. Ce qui entraîne la faillite de la représentation politique.
Quand cela se produit, on ne peut plus se contenter de lectures hâtives, n’engendrant que des pensées courtes. Il faut revenir à l’essentiel. Ce que Rabelais nommait justement la "quintessence" des choses. En la matière la vie quotidienne. Cette vie de tous les jours, où dans la "proxémie" on s’ajuste au milieu naturel et au climat dans lequel on baigne. C’est cela "l’esprit du temps", pétri de rêves, de fantasmes, de mythes intemporels. Toutes choses rappelant que le lieu fait lien.
 
Faut-il, comme cela est fréquent, appeler "populisme" cette revanche du peuple ? En le faisant, les ténors de la droite classique après ceux de la bourgeoisie de gauche, ne font que se déconnecter un peu plus du Réel au nom d’un principe de réalité, économique, social, politique, bien désuet.
Encore une fois, un tel déphasage n’est pas une "première historique". Machiavel a rappelé que fréquemment, la "pensée du palais" devenait étrangère à la "pensée de la place publique" et que cela était lourd de conséquence. Guerres civiles larvées, clivages on ne peut plus prononcés, dogmatismes idéologiques, cléricalisme laïc en sont les expressions les plus évidentes.
Les partis de droite sont déconnectés de leur base naturelle, parce qu’obnubilés par la "forme parti", quelque peu obsolète, ils se contentent de rabâcher, de manière compulsive quelques pensées convenues. Des lieux communs qui sont à des années-lumière du sens commun.
 
Dans le portrait qu’il dresse de Lycurgue, Plutarque note que ce qui "a le plus de pouvoir pour rendre un peuple heureux et sage, doit avoir sa base dans les mœurs et les habitudes des citoyens".
N’est-ce point ce sage principe que la droite semble avoir oublié ?                                        
 
 
MAFFESOLI Michel

Né le 14 novembre 1944
Marié - 4 enfants.
 
 
 
Professeur de sociologie à la Sorbonne    (titulaire de la chaire "Emile Durkheim")
Docteur Honoris Causa    (Universités de Bucarest, Porto Alegre, Braga)
 
 
 Doctorat ès Lettres et Sciences humaines
     La dynamique sociale (sous la direction de G. Durand, 1978)
     Jury : J. Freund, G. Balandier, J. Duvignaud, P. Sansot.
Doctorat en sociologie, à l'Université de Grenoble
     L'histoire comme fait social total (sous la direction de G. Durand, 1973)
Études supérieures (philosophie, théologie et sociologie) à l'université de Strasbourg
 
 
Professeur des universités  (Université Paris V - Sorbonne sciences humaines)  depuis août 1981
Maître assistant à l'université de Strasbourg (1978-1981)
Attaché puis chargé de recherches à l'université de Grenoble
     co-directeur de l'équipe de sociologie urbaine (ESU) (1972-1977)
 

Membre de l’institut Universitaire de France
Directeur du Centre d'Etude sur l'actuel et le quotidien (CEAQ (Paris Descartes)
Directeur du CRI (MSH)
Administrateur du CNRS
Membre de l’Académie Européenne des Sciences et des Arts
Création d’une chaire "Michel Maffesoli" - Université "De las Americas", Puebla, Mexique (2006)
Vice-Président de l’Institut International de Sociologie (II.S)
Membre élu de l’Academia Scientiarum et Artium Europaea
Membre du Prix Européen des Sciences Sociales (Premio Amalfi)
Prix de l’Essai André Gautier (1990)
     (Au Creux des Apparences)
Grand Prix des Sciences Humaines de l’Académie Française (1992)
     (La Transfiguration du Politique)
 
 
Directeur de Sociétés,
     revue internationale des sciences humaines et sociales, éd. De Boeck, Louvain
              desCahiers de l’Imaginaire, éd Presses Universitaires, Montpellier
Directeur du Centre d'Etudes sur l'Actuel et le Quotidien (CEAQ),
     Laboratoire de recherches sociologiques en Sorbonne.
Directeur du Centre de Recherche sur l'Imaginaire
     (Président d’honneur : G. Durand), à la Maison des Sciences de l'Homme (MSH)
 
 
Professeur  invité et conférences
     Universités :
Amsterdam, Athénes, Belo Horizonte, Berlin, Beyrouth, Bologne, Brasilia, Bratislava, Brighton, Bruxelles, Bucarest, Cambridge, Campinas, Casablanca, Chicoutimi, Chicago, Columbia, Düsseldorf, Fes, Fortaleza, Friburg /Brisgau, Genève, Helsinki, Joao Pessoa, Kyoto, Lausanne, Lima, Londrina, Los Angeles, Louvain, Madison, Marrakech, Mexico, Milan, Minéapolis, Montréal, Natal, Neuchâtel, New-York University, Harward, Oran, Ottawa, Palerme, Perugia, Porto Alegre, Prague, Puebla, Pusan, Quebec, Rabat, Recife, Rimouski, Rio de Janeiro, Rome, Salerno, Salonique, Santiago, San Diego, São-Paolo, Séoul, Sobral, Tokyo, Toronto, Trèves, Tunis, Vancouver.



Ouvrages
Logique de la domination, PUF (1976) traduit en italien, espagnol, portugais - Essais sur la Violence, banale et fondatrice, Méridiens-Klincsieck, Paris (1984) - La violence totalitaire, Méridien-Klincksieck (1979) traduit en italien, espagnol, portugais - La conquête du présent (1979) traduit en italien, espagnol, portugais, japonais - Réédition, Desclée de Brouwer (1998) - L'ombre de Dionysos, contribution à une sociologie de l'orgie, Le Livre de Poche 1991 - 1ère éd (1982) traduit en italien, espagnol, portugais, anglais, allemand, japonais - La connaissance ordinaire, Méridiens Klinsieck, 1985 traduit en  italien, espagnol, portugais, anglais - Le temps des tribus, 3ème édit La Table Ronde (2000) (1er ed.1988) traduit en italien, espagnol, portugais, anglais, japonais - Au creux des apparences (1990)      traduit en portugais, italien - Le Livre de Poche (1993) - La Transfiguration du Politique (1992) traduit en portugais (1995) - La Contemplation du Monde, Figures du style Communautaire, traduit en finnois, anglais, portugais, italien, japonais - Le Livre de Poche (1993) - Éloge de la raison sensibleLa Petite vermillon, éd La table Ronde(1996) traduit en portugais, espagnol, italien - Du Nomadisme, vagabondages initiatiques (1997) traduit en portugais, italien, espagnol - Le mystère de la conjonction Fata Morgana (1998) traduit en italien - L’Instant éternel, retour du tragique dans les sociétés postmodernes (2000) traduit en espagnol, roumain - La Part du Diable, précis de subversion postmoderne (2002) - Le Rythme de la vie, variation sur l’imaginaire postmoderne, La table Ronde (2004) - Le Réenchantement du monde, une éthique pour notre temps, La Table Ronde (2007) - Iconologies, nos idolâtries postmodernes, Ed Albin Michel. (2008) - Apocalypse, CNRS édtions (2009) - Matrimonium, petit traité d’écosophie, CNRS éditions (2010) - Le temps revient, formes élémentaires de la postmodernité, Desclée de Brouwer (2010) - La  République des bons sentiments, et autres écrits de combat - Rééd. Desclée de Brouwer, coll. Factuel (2010) - Sarkologie Albin Michel (2011) - Homo Eroticus, des communions émotionnelles (2013) - La France étroite, face à l’intégrisme laïc, l’idéal communautaire - avec Hélène Strohl (2015) - La Parole du silence (2016) -
 
     Collectif
Anthropologie des Turbulences, hommage à G. Balandier, Ed. Berg (1985)
La Galaxie de l'imaginaire, dérive autour de l'œuvre de G. Durand. Ed. Berg (1980)
 
     Articles dans des revues scientifiques
Cahiers internationaux de sociologie (Paris)
Recherches sociologiques (Louvain)
Revue de l'Institut de sociologie (Bruxelles)
Revue européenne des sciences sociales (Genève)
L'homme et la Société (Paris)
Espaces et sociétés (Paris)
Revue des sciences morales et politiques (Paris),
Current Sociology (Londres, New-York)
Telos (New-York)
Sociologia Internationalis (Cologne)
Socio-Logos (Moscou)
Sociologia (Tokyo)
Langagem (Lisbonne)
... etc.
 
     Ouvrages consacrés à M. Maffesoli
Reliance et Triplicité, Cahiers Rier, UQAM, Montréal, N° 4 (1984)
A l'Ombre du Rationalisme, ed. St- Martin, Montréal (1984)
Pour  cesser de haïr le présent, miscellanées autour de l’œuvre de MichelMaffesoli,
    Ed.Balzac, Montréal (1992)
Elogio del Hombre ordinario (P. Alzuru) Mérida,Venezuela (1999)
Dérives autour de l’œuvre de Michel Maffesoli, Ed L’Harmattan (2004)
R. Keller : M.  Maffesoli, Eine Einführung UKV  Konstanz (2006)
 
 
Distinctions
Chevalier de la Légion d’honneur
Officier de l'Ordre national du Mérite
Chevalier des Palmes Académiques
Chevalier du Mérite agricole
Officier des Arts et Lettres

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