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La crise de l'autorité de l'Etat

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La crise de l'autorité de l'Etat
 
La situation chaotique à laquelle nous assistons est le fruit d'une crise de l'autorité sans précédent. La banalisation de la violence, des destructions, du terrorisme sanglant, du sabotage est le signe d'un pays qui sombre peu à peu dans l'anarchie. Toutefois, contrairement à des événements comme mai 1968, cette crise n'interrompt pas le déroulement de la vie quotidienne : les épreuves du bac ont lieu normalement, l'euro de football poursuit son cours, l'essence coule dans les réservoirs. La décomposition est progressive, se manifestant par une montée de l'anomie, la destruction de l'éthique et du sens de l'honneur, du respect de la vie et de la dignité d'autrui, la perte des valeurs morales à l'image du saccage de l'hôpital Necker. Ainsi, la désintégration actuelle, qui combine l'horreur croissante et la poursuite de la vie quotidienne, peut se poursuivre indéfiniment, toujours plus loin dans les profondeurs de la barbarie.
 
Deux réflexes classiques ne font qu'aggraver la confusion mentale.
La vision politicienne et sectaire est trompeuse. Tenir pour unique responsable "la gauche au pouvoir" en espérant que sa chute en 2017 réglera à elle seule les problèmes, conduit à une impasse. Le désastre est bien plus profond. Déjà en 2005 et 2007, les émeutes dans les banlieues soulignaient la dégradation du climat français.
L'autre attitude consistant à désigner des boucs émissaires est tout aussi dérisoire. Accuser "l'Europe", la "mondialisation", ou le "capitalisme financier" du chaos en cours, constitue un autre mode de fuite dans les chimères. La France est le seul pays en Europe qui sombre dans un tel climat de quasi-guerre civile. La crise actuelle est avant tout franco-française, même si le contexte européen et international y contribue à la marge.
 
La cause essentielle du désastre français est politique. L'extrême impopularité des dirigeants du pays débouche sur le chaos social. La France n'a plus confiance dans ses élites politiques, de l'extrême droite à l'extrême gauche, depuis des décennies, avec quelques brèves périodes de rémission. Elle ne se sent plus gouvernée. Depuis le début des années 1980, la courbe de popularité des dirigeants politiques, en dehors de soubresauts éphémères, ne cesse de s'effondrer. 88 % des Français ont une vision négative de la politique (cevipof). La déliquescence au sommet de l'Etat se diffuse dans la société. Un pays privé d'autorité politique, du sentiment que ses dirigeants sont à la barre et gouvernent pour le bien commun, ne peut que sombrer dans le désordre.
 
Un changement d'homme à la tête de l'Etat et une autre majorité en 2017 suffiront-t-ils à résoudre la crise ? Rien n'est moins certain. Compter sur le seul changement de personnalités à l'Elysée, à Matignon et dans les ministères, est un leurre dangereux. Ce ne sont pas seulement les hommes, avec leurs forces et leurs faiblesses qui sont en cause, mais un modèle de pouvoir.
Le régime français tel qu'il est devenu aujourd'hui, est foncièrement pervers et nuisible. Un seul homme, le chef de l'Etat, est censé incarner à lui seul le pouvoir politique, dans une logique de personnalisation à outrance qui n'a rien de démocratique ni de républicain. Ultra médiatisé, du matin au soir, présenté comme la figure même du pouvoir, il est toutefois irresponsable pendant cinq ans, à l'abri de tout contrôle démocratique. Or, sa toute-puissance est illusoire. Dans le contexte des transferts de compétence à l'Europe, de la décentralisation, de l'endettement et de gigantesques déficits, il ne dispose d'aucune baguette magique pour régler à lui seul les problèmes. Son image cumule alors les échecs et les déceptions, mais elle est intouchable, hors de portée de toute sanction. Le déni de la responsabilité est patent. La crise qui ne se déclenche jamais dans la sphère politique se traduit par l'implosion de la société française.
Le président devient ainsi le bouc émissaire suprême de la Nation. Pour tenter de sauvegarder son image, voire espérer une réélection, il communique, démultiplie les apparitions, les coups médiatiques. Mais personne n'est dupe. L'hyper-présidence médiatique et la logghorrée, ne font qu'aggraver le sentiment populaire que la politique a déserté l'action et le service de l'intérêt général au profit de la posture et de la parole. Il sombre ainsi dans le culte de lui-même, entraîne la vie publique dans un tourbillon de narcissisme. Dans l'ensemble de la classe politique, l'obsession de prendre sa place à l'Elysée se substitue à l'idée de bien commun. Et ce spectacle misérable laisse le pays sans repère, sans direction, sans modèle, ouvrant la voie au chaos dramatique qui s'est emparé de la France.
 
Le malaise politique français tient avant tout à un état d'esprit, l'effacement du bien commun au profit de l'idée qu'une poignée d'individus se font de leur destin personnel. Aucune solution "miracle" et immédiate ne saurait en venir à bout. L'unique commencement de réponse à cette chute sans fin est une refondation de la démocratie française et le retour à un Etat au sens le plus noble du terme, fondé sur des règles de droit et non des visages médiatisés. La France a besoin d'un Parlement souverain, fort et indépendant, non pas enchaîné par la discipline majoritaire et la terreur d'élections anticipées, mais capable de prendre ses responsabilités. Il lui faut un Premier ministre, véritable chef de gouvernement qui décide, choisit, gouverne, démissionne plutôt que de reculer, responsable de sa politique devant le Parlement ; des ministres puissants, décideurs et non plus des communicants emblématiques. Elle attend un chef de l'Etat impartial, qui soit le "guide de la France", au-dessus des contingences politiciennes, incarnation de la sagesse et de l'autorité morale, capable de protéger son autorité et le prestige de la fonction par le silence et la discrétion. De fait, il suffirait d'appliquer la Constitution de la Cinquième République à la lettre. Mais comme par hasard, cela n'intéresse absolument personne... Dans une France plongée dans le chaos, qui pourrait songer, même cinq minutes, à appliquer la Constitution ?

Paru sur Figarovox, 17 juin 2016
TANDONNET Maxime

Né le 7 octobre 1958
Marié – 3 enfants



Haut fonctionnaire


Institut d’études politiques de Bordeaux (1976-1979)
Université de Californie Santa Barbara (1980-1981)
Ecole nationale d’administration (1990-1992)

 

Conseiller pour les affaires intérieures et l’immigration
     au cabinet du Président de la République (2007-2011)
Conseiller technique 
     au cabinet du ministre d'Etat, ministre de l'Intérieur, chargé de l'immigration (2005-2007) 
Inspecteur général de l’administration au ministère de l’Intérieur (2000-2005)
Chargé de mission pour les questions européennes et internationales
     à la délégation aux affaires internationales du ministère de l’Intérieur (1996-2000)
Postes préfectoraux (1992-1995)
     * Directeur de cabinet du préfet d’Indre et Loire (1992-1993)
     * Directeur de cabinet du préfet des Yvelines (1993-1994)
     * Sous-préfet de Saint-Jean-de-Maurienne (1994-1995)
Secrétaire des affaires étrangères (1983-1989)
     * Premier secrétaire à l’ambassade de France au Soudan (1983-1985)
     * Rédacteur à l’administration centrale du ministère des affaires étrangères (1986-1989)

Chargé d’un enseignement sur les questions européennes à l’ENA (2001 à 2004)
Membre du jury du concours de recrutement d’attaché principal 
     de la ville de Paris de 2001 à 2004 (présidence du jury en 2004).

Ouvrages
L’Europe face à l’immigration (2001)
Immigration, la nouvelle vague (2003)
L’Année politique – Union européenne – Editions Tendances et Evènements en 2001, 2002, 2003, 2004
Immigration, sortir du chaos (2006) 
     Prix Lucien Dupont de l’Académie des sciences morales et politiques 2007
Géopolitique des migrations – la crise des frontières – Ellipses (2007)
1940, un autre 11 novembre – Tallandier (2009)
La France Libre (ouvrage collectif) – collection bouquins Robert Laffont 2010

Au coeur du Volcan (2014)

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Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.