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De la guerre d'Algérie à la guerre en France ?
 
Pendant que nos universitaires et nos philosophes "fast thinkers" s'étripent verbalement dans un concours d'ego ,il me semble plus judicieux de revenir sur les faits, sur le vécu de certaines périodes plutôt que de  s'appuyer de façon péremptoire sur des analyses certes brillantes mais qui présentent l'inconvénient de s'appuyer plus entre autres, sur des arpents de mémoires d'étudiants revus et corrigés que sur des expériences de terrain suffisamment étoffées avant de se risquer à quelque généralisation que ce soit ; on prendra pour exemple la querelle récente entre Olivier Roy et sa thèse de l'islamisation de la radicalité s'opposant à une autre 'star' en quête de médiatisation G. Keppel (j'ai enseigné dans le même troisième cycle sur le monde arabe à sciences po de 1985 date de sa création par R. leveau et J. leca). Il  se trouve que comme bien d'autres j'ai vécu, comme témoin de fait, les "évènements " d'Algérie jusqu'en mai 1962 à la fin d'une adolescence malgré tout heureuse mais marquée par la fin tragique de la présence française dans ce qui fut l'un de ses territoires.   
   
Certains parallèles entre d'une part la situation sociéto-sécuritaire dans laquelle se trouve la France et d'autre part son expérience malheureuse en Algérie sont intéressants à plusieurs titres :
Le mode opératoire des djihadistes, des terroristes tout d'abord.
Guidés par des chefs politiques qui distillent des messages aussi clairs que radicaux dans le but d'éliminer l'ennemi, le" mécréant" (la guerre d'Algérie a connu un regain de recrutement des populations musulmanes lorsque l'élément religieux a été utilisé pour chasser les "roumis " les descendants imaginaires de la Rome antique au temps où elle occupait une bonne partie de la méditerranée méridionale jusqu' au décapoles de la jordanie) le djihadiste de base va être utilisé pour terroriser la population civile par tous les moyens surtout lorsque l'organisation terroriste se trouve affaiblie sur le terrain ; tous les moyens seront bons : hommes déguisés en femmes , avec une longue gandourah ; le voile sur la tête etc., qui pourra plus facilement dissimuler une arme, un explosif pour perpétrer un attentat dans un bus, dans un centre commercial etc.  
 
Pour essayer de parer à ce type d'attentas les autorités vont déployer des militaires comme aujourd'hui) vont faire poser des grillages sur les vitres des bus (afin d'empêcher la projection de grandes ou autres engins explosifs). Confronté à ce terrorisme urbain le politique se trouva désemparé ; on se rappellera la " journée des tomates le 6 février 1956 lorsque Guy mollet nommé depuis peu Premier ministre fut accueilli par une foule hostile à Alger. Ce fut ce leader de la SFIO qui cependant va renforcer sérieusement la présence militaire française et son activité contre la rébellion ; la nomination de robert Lacoste, ancien leader de la CGT, comme gouverneur général  de l'Algérie en février 1956 en remplacement du vieux général Catroux, qui était dépassé par les évènements, allait changer la donne. Les autorités politiques déléguèrent alors progressivement une partie de leurs attributions y compris celles relevant de la police à l'armée. Un pouvoir que l'armée utilisera, souvent contre gré, mais qui permit de gagner la bataille urbaine contre " les poseurs de bombes ". Ce furent aussi les Unité territoriales qui furent créées pour soulager les troupes régulières ; les U T étaient utilisées pour des opérations de maintien de l'ordre ; les hommes de 21 à 48 ans devaient servir deux à trois jours par mois (ils furent jusqu' à 25 000 dans la seule ville d'Alger). Là aussi on retrouve une similitude avec la constitution en cours d'une "garde nationale à la française annoncée par le ministre actuel de l'Intérieur ; on notera au passage que les UT bénéficiaient de l'expérience militaire de personnes qui avaient connu la guerre que ce soit la seconde guerre mondiale ou l'Indochine ce qui en faisait des unités d'appui appréciables ; qu'on retrouve aujourd'hui des hésitations semblables du pouvoir politique quant aux mesures qui seraient  efficaces pour vaincre le terrorisme à Alger par exemple d'une rhétorique de communication qui se veut apaisante, rassurante mais qui a atteint ses limites.
 
Les autorités politiques actuelles n'ont plus beaucoup de choix : déléguer les  pouvoirs de police à l'armée n'est pas à l'ordre du jour ; suivre encore une fois les conseils  de nos fast thinkers serait désastreux encore une fois (on a perçu les dégâts causés par ces irresponsables en quête de "gloire " bon marché en Libye , en Syrie, etc.). Dans une veine similaire se " chiffonner " pour savoir si c'est "l'islamisation de la radicalité" (O. Roy) qui est plus significative que "l'hégémonie du salafisme dans l'Islam" (G kepel) sans apporter de solution au problème reste un débat d'universitaires médiatisés qui laisse le citoyen, et la société dans laquelle il vit, sur sa faim.
 
Le virage que ces dites autorités doit prendre n'est pas facile à plusieurs titres : il s'agit tout d'abord de revoir note conception des droits individuels, des droits de l'homme et de leur application par la justice. Sans cela il ne sera pas possible de neutraliser les terroristes ou ceux qui projettent de le devenir ; ceci suppose la création de centre de détention éloignés dans lesquels les détenus seraient astreints à un travail physique dans des endroits difficilement accessibles ; également qu'au nom des droits de la défense le bon sens reste maitre face à des individus qui ne souhaitent qu'une chose la destruction de nos démocraties.
De façon plus profonde ces changements de cap nécessaires si l'on souhaite rester dans un cadre démocratique devra entrainer une réflexion sur la validité de la continuation d'un schéma sociétal basé sur le culte de l'individu exclusivement au détriment des valeurs de solidarité, du vivre ensemble. D'aucuns souligneront à juste titre qu'une approche uniquement hexagonale du problème serait boiteuse du fait de notre appartenance à l'UE et des obligations qui en découlent concernant la liberté de circulation des personnes, d'où la nécessité d'une approche européenne de lutte et d'éradication du terrorisme ; les circuits de la drogue ou encore l'attitude plus qu'ambiguë des monarchies du golfe qui financent d'une façon ou d'une autre l'expansion de l'islam sous différentes formes sont des acteurs "extérieurs" qui ne facilitent pas la mise en place d'un système "étanche " à l'endroit de menaces venant de l'extérieur ; mais en Algérie, c'était G. Nasser le président égyptien qui appuyait la rébellion avec le soutien de l'union soviétique et de ses pays satellites, et accessoirement de nos "amis" américains et la complicité de la Tunisie ou du Maroc nouvellement indépendants.
 
Il serait illusoire voire dangereux pour la cohésion nationale d'envisager des  actions qui stigmatiseraient les communautés musulmanes ; la solution doit venir de celles-ci ; elles doivent faire le ménage tant d'un point de vue théologique (en marginalisant les courants porteurs de haine) que d'un point de vue sécuritaire en neutralisant les semeurs de terreur ; l'expérience malheureuse des harkis abandonnés par la France peut cependant doucher des initiatives éventuelles dans ce sens, sauf si le pouvoir politique envoie des signaux forts de non tolérance vis à vis des agents de la terreur tout en agissant pour mieux intégrer les différentes composantes de la population. Là aussi il n'est pas inutile de se pencher sur l'histoire même récente pour y puiser des idées et d'éviter de commettre les mêmes erreurs ; Quoiqu'il en soit il devient urgent d'agir de façon lucide et déterminée.
GAZZO Yves

Né le 17 décembre 1946
Marié – 5 enfants





Ambassadeur de l'Ordre souverain de Malte auprès de l'Union européenne
Avocat inscrit au barreau de Paris


Docteur d’État es sciences économiques, Montpellier
Docteur d'État ès Sciences économiques de Paris, Sorbonne I
Diplômé de lInstitut d’études politiques (IEP) de Paris.
Ancien élève "l'Institut national des Langues et Civilisations orientales" (Arabe littéraire)
Chargé de cours à l'Institut d'études politiques de Paris entre 1985 et 1994
     (3ème cycle sur le monde arabe)

à la Commission européenne 
Ambassadeur de l’Union européenne près le Saint-Siège, l’Ordre de Malte et les organismes des Nations Unies basés à Rome (depuis 2009)
Directeur de la représentation en France (depuis 2003)
Ambassadeur, chef de la délégation
     en Éthiopie et accrédité à Djibouti (2001-2002)
     aux Philippines (1999-2001)
     en Jordanie et accrédité au Yémen (1994-1998)
Chef adjoint à l’unité ajustement structurel à la Direction générale à Bruxelles (1990-1994)
Conseiller économique à la délégation au Mali (1988-1990).

Conseiller en relations internationales au bureau européen de la banque mondiale
     à Paris (1985-1988),
Economiste à la Banque mondiale à Washington (États-Unis) entre 1980 et 1984
Conseiller économique au centre d’investissement
     de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO)
     à Rome (Italie) (1975 – 1979)
Conseiller économique au ministère du Plan du Niger (1973-1974)
Auditeur chez Arthur Andersen (1971-1972)

Membre titulaire de l'Académie des Sciences d'Outre-mer (Élu en 2006)
Membre du comité scientifique
     du Centre de développement des études juridiques (Cedej) au Caire depuis 2000
Membre du jury du Prix méditerranéen du livre

Ouvrages
L'Afrique du Nord d'hier à demain (1979) - Pétrole et développement, le cas libyen (1980) - La politique agricole des Etats-Unis (1984) - L'Endettement dans le monde Préface de Raymond Barre (1989) - Les Cicatrices du vent Préface de Michel Crozier (2008) - Sourire d'Harrar (2012) - Les chrétiens d orient en danger de mort (2014)

Nombreux articles et rapports, conférences et interviews (radios et télévisions françaises et étrangères)

Distinctions
Chevalier de la Légion d'honneur
Grand-Croix de l'Indépendance (Jordanie)
Grand-Croix de l’Ordre Chevaleresque Pie IX ( Saint-Siège)

Grand-Croix de l’Ordre pro Merito Melitensi de l’Ordre de Malte
Commandeur de l’Ordre de Sika Tuna Rang Lakan (Philippines)
Officier de l’Ordre National du 27 juin 1977 (République de Djibouti)
Chevalier de l'Ordre du Mérite (République de Pologne)

Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.

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