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"... égorgé pendant la messe"

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"Un prêtre a été égorgé pendant la messe" 

LE FIGARO. - Quels sont vos sentiments après l’assassinat du père Jacques Hamel, égorgé dans son église, près de Rouen ?
Mgr Dominique REY. - Quand nous avons appris la nouvelle, nous nous retrouvions à Cracovie avec cette foule de pèlerins pacifiques et joyeux, rassemblés pour les Journées mondiales de la jeunesse (JMJ) dans un esprit de paix et de prière. J’ai été bouleversé par la violence du choc entre cet événement douloureux qui touche la France et ce qui se dégage de l’événement international autour du Saint-Père.
Avec ce crime perpétré au cœur d’une église, nous passons à des faits d’un ordre supérieur et franchissons un degré supplémentaire dans le fanatisme. La violence, qui était auparavant une violence gratuite soutenue par une volonté de dispenser la haine, s’en prend aujourd’hui directement au religieux et au christianisme.
Pour tout chrétien, c’est un acte d’une immense violence puisque les deux criminels se sont attaqués directement au signe sacré de la manifestation de la présence de Dieu dans un lieu de recueillement, de prière et de paix. Un prêtre a été égorgé pendant la messe. Au cœur de l’Eucharistie, il a célébré sa propre Pâque. L’Eucharistie prend toute sa beauté au cœur de cette atrocité. Le père Jacques Hamel a ainsi payé de son sang et de sa vie son attachement au Christ, dont il célébrait les mystères. Cet acte offense non seulement l’image de l’homme, mais il atteint le visage même de Dieu.
 
L’attentat a été revendiqué par l’État islamique. Les chrétiens sont-ils devenus des cibles de choix du terrorisme islamiste en France ?
Cet acte se veut de nature religieuse et se présente comme un acte antichrétien. Face à un acte qui est dans son essence déraisonné jusqu’à être violent et meurtrier, la première réponse est de conserver absolument un esprit raisonnable, qui fasse qu’on recherche les moyens d’endiguer la violence et non de l’alimenter.
Pour nous, chrétiens, la foi en un Dieu qui n’est qu’amour nous presse de conserver cet esprit. Mais cela ne sera possible que s’il y a d’abord un effort considérable de justice, qui passe par des mesures de sécurité adaptées aux terribles menaces terroristes qui pèsent sur notre pays, sans toutefois remettre en cause le droit de chacun de pouvoir penser, croire et exprimer sa foi.
Le profil des agresseurs, apprentis djihadistes déjà repérés par la justice, témoigne d’une faille dans notre système de sécurité. Il faut aussi répondre à ces questions de sécurité pour pouvoir conserver notre esprit de raison. Il faut ensuite trouver des chemins de dialogue pour endiguer la violence irraisonnée : nous confessons un Dieu qui s’est fait logos, c’est-à-dire qui s’est fait à la fois dialogue et raison, comme l’avait si bien dit le pape Benoît XVI en 2006 dans son discours de Ratisbonne. Ce dernier, comme Jean-Paul II avant lui et le pape François aujourd’hui, a insisté avec force sur cette promotion d’un véritable dialogue, respectueux de l’autre, permettant, malgré nos divergences et nos dissensions, de pouvoir rechercher ensemble une vision commune du bien et de la paix. Car faut-il répondre à la violence par une autre violence ? Évidemment non, il faut au contraire répondre par la justice, par le dialogue, par la recherche commune de la paix.
 
Comment l’Église catholique peut-elle, en France, mener un dialogue franc avec les représentants des musulmans ?
Nous devons trouver un terrain commun de dialogue, même avec des personnes qui ne pensent pas comme nous. Ce dialogue doit être mené avec toutes les autres communautés religieuses, mais il existe une difficulté avec l’islam dans la mesure où il n’y a pas de magistère commun et que des sensibilités divergentes s’opposent. Trouver des partenaires suffisamment crédibles pour l’ensemble d’une communauté divisée est une gageure. Si nous ne pouvons pas mener ce dialogue avec l’islam en tant que tel, nous le devons avec le plus grand nombre de musulmans, ce que nous faisons déjà. Il ne faut pas nous dérober à notre tâche, car je crains que la haine de la foi de l’autre ne fasse tache d’huile. Le dialogue est nécessaire pour sortir du risque de l’invective irraisonnée qui engendre la violence. Je ne veux pas assimiler les faits et les actes de tel ou tel groupe salafiste avec ce que vivent et pensent beaucoup de musulmans.
 
Vous êtes fortement impliqué en faveur des chrétiens d’Orient. L’assassinat du père Jacques Hamel fait-il écho aux tourments subis par les chrétiens au Levant ?
C’est certain. Saint-Étienne-du-Rouvray nous renvoie à l’image sombre des minorités chrétiennes martyrisées au nom d’un fanatisme musulman. Mais là encore, la question des chrétiens d’Orient nous invite, nous, chrétiens d’Occident, à être des ponts entre les différentes communautés, comme ceux-là ont été des médiateurs en Orient dans la rencontre et le dialogue entre les groupes religieux. Les chrétiens d’Orient nous invitent aussi à assumer notre claire identité chrétienne, ce qui est notre plus grand défi.
 
Nul ne doute que les Français présents aux Journées mondiales de la jeunesse vont prier pour le père Jacques Hamel. Mais comment peuvent-ils se préparer à relever les défis que vous venez d’évoquer ?
Face à ce geste abominable, dans sa cruauté, dans sa gratuité, toutes les délégations françaises réunies en Pologne autour du Pape pour les Journées mondiales de la jeunesse vont s’adresser au Seigneur pour qu’il mette la paix dans nos cœurs.

Propos recueillis par Alexis FEERTCHAK
Paru dans Le Figaro, 27 juillet 2016
REY Dominique

Né le 21 septembre 1952
 
 
Evêque de Fréjus-Toulon
(nommé par le Pape Jean-Paul II, 16 mai 2000)
 
 
 
Licence en théologie et un diplôme en droit canonique.
Doctorat en économie fiscale
Maîtrise en économie politique à Lyon
Ecole nationale des impôts à Clermont-Ferrand
 
 
Coopérant au Tchad, au ministère des finances comme conseiller fiscal (1975 à 1976)
Enseigne le droit à l’université de N’Djaména.
 
De retour en France,
Au ministère des finances à la direction générale des impôts, et à la direction de la prévision
 
Chez les Dominicains (couvent de l’Annonciation)
     dans le cadre d’une maison de formation de la Communauté de l’Emmanuel.
A l’Institut catholique de Paris
     Licence en théologie et diplôme en droit canonique (1979)
 
 
Ordonné prêtre pour le diocèse de Paris le 23 juin 1984
Membre de la Communauté de l’Emmanuel

Successivement
Aumônier du lycée Stanislas (1984-1985)
Vicaire à la paroisse Sainte-Marie des Batignolles à Paris 17ème (1985-1986),
Supérieur des chapelains à Paray-le-Monial dans le diocèse d’Autun (1986-1988)
     et directeur des pèlerinages de ce sanctuaire (1986-1988)
     création du festival artistique Magnificat qui réunit des centaines d’artistes, chrétiens ou non, et plus de 20 000 personnes,
     Prêtre accompagnateur des séminaristes et des prêtres de l’Emmanuel (1988-1995).
Lance les rencontres sacerdotales "Demain, quel(s) prêtre(s) ?" (1992)
     réunissant chaque année plusieurs centaines de prêtres à Paray-le-Monial.
Curé de la paroisse de la Sainte-Trinité, Paris 9ème nommé par Mgr Lustiger (1995 à 2000)
     Directeur du Centre Trinité (centre de formation à la vie chrétienne : 2 800 auditeurs) et responsable du Bistrot du Curé, à Pigalle.
Nomme évêque de Fréjus-Toulon par le Pape Jean-Paul II (16 mai 2000)
Ordonné évêque par le cardinal Lustiger (17 septembre 2000)
     Le diocèse de Fréjus Toulon coïncide avec le département du Var et l’île de Lérins "St Honorat" -
     compte 1 007 303 habitants (... et près de neuf millions de touristes chaque année),
     plus de 254 prêtres en activité (233 incardinés et 125 de moins de 55 ans), 22 diacres permanents, une vingtaine de laïcs salariés et une soixantaine de séminaristes.
     196 paroisses et plus de 70 réalités différentes de vie consacrée.
 
Publications 
Diffusion de la Lettre Pastorale L’actualité de la Mission  (2001) 
Diffusion de la Lettre Pastorale Servir dans l’Eglise (2002) 
 
Ouvrages
Les Rencontres de Jésus, Emmanuel, Paris, 2006 - Peut-on être chrétien et franc-maçon ?, Salvator, Paris, 2007 - Les Mystères du rosaire, Emmanuel, Paris, 2008 - L’insolence de l’évangile, Onésime, 2008 - Le Prêtre, Tempora, 2009 - Laïcs dans l’Eglise aujourd’hui, Salvator, 2010 - Qui enverrai-je ? Artège, 2010 - Urgence éducative, Salvator, 2010 - L’héritage et la promesse, Editions RCF Méditerranée, 2011 - Peut-on être catho et écolo ? Artège, 2012 - Confidences, Editions Onésime, 2012 - Paroisses, réveillez-vous ! Editions de l’Emmanuel, 2012 - De l’adoration à l’évangélisation, EdB 2013

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