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La jungle, de Calais à Marseille
 
Marseille, mercredi 21 septembre 2016 vers 23h20. Sortant du travail avec un collègue je remonte la Canebière pour regagner mon hôtel. En bas de la célèbre artère, face à la Bourse, j’ai une sensation curieuse : à vingt mètres de nous, sur notre droite un groupe de "jeunes" va bientôt nous croiser, origine méditerranéenne et uniforme de rigueur : survêtement et casquette vissée à l’envers. Ils n’ont pas dix-huit ans, ils sont grands et maigres comme des loups. L’un d’eux me met ostensiblement en joue avec une arme d’épaule. Je ne réalise pas ce qui se passe. J’entends comme dans un rêve la voix de mon collègue qui dit : "c’est dingue !" Sans ralentir ni dévier de ma route, je fixe mon agresseur dans les yeux, des yeux brûlants de haine et de connerie. Il baisse son arme. Arrivé à moins de dix mètres, il me met à nouveau en joue. Je découvre que son "arme" ne semble être qu’un vulgaire tuyau (un morceau de béquille mal bricolé ? Impossible à dire) mais son regard est toujours aussi con et aussi haineux. Nous passons notre chemin. Je n’ai pas eu peur. Pourtant, a posteriori, je me suis dis que tout seul je ne m’en serais pas sorti. Mon collègue a trente ans, costaud, ça a dû les faire hésiter. Parce qu’en plus, ils sont lâches. À moins de cinq contre un, ils détalent.
 
Un peu plus haut, il y a un commissariat de la police nationale. Pas un fonctionnaire en vue à pareille heure, simplement une forêt de voitures de police en épis sur le trottoir, c’est sans doute une protection plus efficace qu’une rangée de chevaux de frise en territoire ennemi. Il faut bien ça. De l’autre côté du commissariat, à la bouche de métro Noailles, devant la station du tramway, tout ce que la nuit marseillaise peut rejeter d’humanité souffrante, clochards, drogués, ivrognes… un concentré de misère se livre a une mendicité agressive en enfermant les passants dans une sorte de nasse devant une superette. Je passe de l’autre côté de la rue sous les quolibets de ceux qui ont repéré ma manœuvre, mais ne peuvent plus m’atteindre.
 
Pendant ce temps, nos politiciens discutent du sexe des anges et de "l’état de droit"… mais, bande de sinistres crétins, il n’y a plus d’état de droit ! Ce que je vois tous les jours en ce moment, c’est une ville magnifique, la deuxième de France, colonisée par des sauvages et livrée à la loi de la jungle. Et vous attendez quoi pour réagir ? Que les petits débiles que j’ai croisés sortent pour de bon la Kalachnikov ? Les massacres précédents ne vous ont donc pas suffi ?
RIGNAC Paul

Né en 1955
Marié - trois enfants


Essayiste, écrivain


Licence en droit
 
* Au service d’associations humanitaires œuvrant dans le Sud-Est Asiatique.
     Sa fréquentation du terrain humanitaire et de ses acteurs l’a amené à écrire sur l’histoire commune et sur le choc des cultures entre la France et l’Asie.
* Directeur de collection chez Arconce Éditions (Maison d’édition régionaliste)
     Ses recherches le portent à une réflexion sur les identités culturelles, leurs fondements, leurs limites et leurs possibilités d’ouverture dans un monde de plus en plus globalisé.
 
Ouvrages
Indochine, les mensonges de l’anticolonialisme (2007) - La guerre d’Indochine en questions (2009) - Une vie pour l’Indochine (2012) - La désinformation autour de la fin de l’Indochine française (2013) - Le Mystère des Blancs (2013) - Charolles, une promenade en photos (2013) -
 
Coauteur de
Présence française outre-mer
     publié par l’Académie des sciences d’outre-mer (Editions Karthala)
Dictionnaire de la guerre d’Indochine, à paraître prochainement (Robert Laffont, collection Bouquins).
 
Conférences 
Régulièrement sollicité pour des conférences
     (Commission française d’histoire militaire, ... et pour diverses manifestations du souvenir de l’Indochine française)

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Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.