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Classement Pisa, la France reléguée dans les pays "moyens", ou la facture du laisser-aller
 
"Les Français sont le peuple le plus intelligent de la Terre", aurait dit Voltaire. Le nouveau classement Pisa de l’OCDE, évaluation des connaissances des élèves de 15 ans dans 79 pays rendue publique hier, dément cette image d’Épinal. Si un seul mot devait refléter la performance française, ce serait celui de médiocrité. À la vingt-troisième place, la France est reléguée à des années-lumière des pays asiatiques, de la Chine qui caracole en tête, de Singapour et Hongkong. La patrie de Descartes est nettement devancée par d’autres pays occidentaux, comme les États-Unis, le Royaume-Uni ou la Suède. En mathématiques, discipline où notre pays se targue de briller (record des médailles Field), la France n’est pas mieux lotie. En lecture, ou compréhension de textes écrits, le pays de Montaigne, de Chateaubriand et de Victor Hugo, cette "mère bienfaitrice de la pensée" selon Bergson, stagne au même niveau, ce médiocre vingt-troisième rang.
 
Ce classement est sans doute un fidèle reflet de la hiérarchie planétaire à venir, dominée par la puissance chinoise. Le déclin intellectuel d’une nation est la source essentielle de son décrochage sur le long terme : de piètres performances en mathématiques, en sciences, se traduisent inévitablement par l’affaiblissement de ses capacités d’innovation et de dynamisme. Les échecs scolaires d’aujourd’hui préparent l’aggravation du déclin scientifique et industriel de demain. Quant à l’effondrement de la culture générale, il prépare l’abolition de la citoyenneté et de l’esprit critique. Le glissement de la vie politique française dans le spectacle narcissique au détriment de l’intérêt général, dans un climat dominé par l’indifférence, en est déjà le produit tragique. Parmi tous les signes du recul français, l’abaissement de l’exigence intellectuelle est sans aucun doute le plus dramatique, car à la base de tous les autres.
 
Ce phénomène est la conséquence directe des politiques de nivellement par le bas, conduites par les différentes majorités au pouvoir depuis des décennies : saccage de l’apprentissage de la lecture en raison d’expériences pédagogiques douteuses (méthode globale), et de l’enseignement du français à travers le mépris de l’orthographe et de la grammaire, disparition de l’histoire chronologique, affaiblissement du niveau en mathématiques et en sciences. Il résulte de choix idéologiques. Pour atteindre l’objectif emblématique des quatre cinquièmes d’une classe d’âge au niveau du bac, cet examen a été totalement édulcoré : 90 % des candidats obtiennent aujourd’hui ce diplôme. Sa transformation en contrôle continu et en supposé "grand oral" l’éloigne toujours davantage du critère de la performance intellectuelle, et achèvera de le décrédibiliser.
 
Tous les signaux vont dans le même sens : bradage des diplômes universitaires, suppression du concours d’entrée à Sciences Po, qui exprime le renoncement à une sélection par l’intelligence et le travail, au profit de choix discrétionnaires tenant au profil des candidats.
Cette politique, dominée par un idéal égalitariste, se traduit paradoxalement, selon Pisa, par un triste record : la France figure parmi les quatre ou cinq pays les plus inégalitaires de la planète au vu des performances scolaires. En renonçant aux notions d’exigence et d’effort au profit d’expériences démagogiques, les pouvoirs politiques ont affaibli les outils de la méritocratie républicaine, ces examens et ces concours qui peuvent permettre à des enfants issus de milieux défavorisés de s’élever par la volonté et l’intelligence. Cette démission s’est traduite par un renforcement de la sélection sociale, à travers les "bons collèges et lycées" des "bons quartiers" et des grandes écoles auxquelles on accède par des "prépas" coûteuses.
 
Le classement Pisa révèle un autre record obtenu par la France, et qui en dit long: notre pays figure parmi les nations où "l’indiscipline et le chahut" dans les salles de classe sont les plus virulents. Un élève sur deux s’en plaint "dans la plupart ou la totalité des cours", contre un sur trois en moyenne. L’enseignement français est rongé par la violence et les incivilités : chaque jour, l’actualité offre son lot de professeurs agressés, parfois à l’arme blanche, de collégiens et lycéens tabassés. Le métier d’enseignant - qui devrait être le plus beau métier du monde - est fortement dévalorisé si l’on en juge d’après le recul du nombre de candidats aux concours. Certes, l’Éducation nationale est le premier budget de la nation avec près de 74 milliards d’euros chaque année. Mais il est inutile d’augmenter encore ce budget si la peur et le chaos dans les salles de classe, aggravés, dans les quartiers les plus déshérités, par les phénomènes communautaristes, interdisent aux professeurs d’enseigner et aux collégiens et lycéens motivés d’étudier. La France n’est-elle pas le pays qui a porté le slogan soixante-huitard "il est interdit d’interdire" au rang de dogme ? Dans le discours, et même dans certaines décisions, M. Blanquer s’affiche à contre-courant, de cette déconstruction. Pour que les actes suivent fermement les discours, il lui faudra du temps.

Paru sur maximetandonnet.wordpress.com, 4 décembre 2019
TANDONNET Maxime

Né le 7 octobre 1958
Marié – 3 enfants



Haut fonctionnaire


Institut d’études politiques de Bordeaux (1976-1979)
Université de Californie Santa Barbara (1980-1981)
Ecole nationale d’administration (1990-1992)

 

Conseiller pour les affaires intérieures et l’immigration
     au cabinet du Président de la République (2007-2011)
Conseiller technique 
     au cabinet du ministre d'Etat, ministre de l'Intérieur, chargé de l'immigration (2005-2007) 
Inspecteur général de l’administration au ministère de l’Intérieur (2000-2005)
Chargé de mission pour les questions européennes et internationales
     à la délégation aux affaires internationales du ministère de l’Intérieur (1996-2000)
Postes préfectoraux (1992-1995)
     * Directeur de cabinet du préfet d’Indre et Loire (1992-1993)
     * Directeur de cabinet du préfet des Yvelines (1993-1994)
     * Sous-préfet de Saint-Jean-de-Maurienne (1994-1995)
Secrétaire des affaires étrangères (1983-1989)
     * Premier secrétaire à l’ambassade de France au Soudan (1983-1985)
     * Rédacteur à l’administration centrale du ministère des affaires étrangères (1986-1989)

Chargé d’un enseignement sur les questions européennes à l’ENA (2001 à 2004)
Membre du jury du concours de recrutement d’attaché principal 
     de la ville de Paris de 2001 à 2004 (présidence du jury en 2004).

Ouvrages
L’Europe face à l’immigration (2001)
Immigration, la nouvelle vague (2003)
L’Année politique – Union européenne – Editions Tendances et Evènements en 2001, 2002, 2003, 2004
Immigration, sortir du chaos (2006) 
     Prix Lucien Dupont de l’Académie des sciences morales et politiques 2007
Géopolitique des migrations – la crise des frontières – Ellipses (2007)
1940, un autre 11 novembre – Tallandier (2009)
La France Libre (ouvrage collectif) – collection bouquins Robert Laffont 2010

Au coeur du Volcan (2014)

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