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Les illusions de la COP 21
 
On peut se demander pourquoi Donald Trump  a dénoncé l’accord de Paris que les Etats Unis avaient signé dans l’unanimité suspecte des 196 pays participant à la COP21.
En effet le texte de cet accord rédigé au conditionnel n’est nullement contraignant et est une suite de vœux pieux, d’objectifs inatteignables et de vaines promesses. Etant donné les délais prévus, il aurait pu tout simplement ne rien faire et ne rien dire. Il aurait fallu attendre plusieurs années pour s’en apercevoir.
En fait la décision tonitruante du président Trump est strictement à usage interne, il veut signifier aux Américains qu’il ne va pas les contraindre par des engagements destinés à combattre un risque auquel il ne croit pas vraiment.
Les Etats Unis sont, grâce au gaz et au pétrole de schiste, autosuffisants en énergie et on ne voit pas la raison pour laquelle ils compromettraient leur économie en remplaçant les centrales utilisant les produits pétroliers et même le charbon par des éoliennes et des panneaux solaires couteux et intermittents, sans parler de l’énergie nucléaire à laquelle les Etats Unis ne veulent pas renoncer.
Cette prise de position est à placer dans le cadre d’ "America first" qui est la ligne de conduite du Président américain sur laquelle il a été élu.
Evidemment cette décision a déclenché la bronca des opposants politiques au Président, des industriels espérant profiter de la "bascule énergétique" et des adeptes nombreux du "Trump bashing". Par contre il est bien probable que l’électorat de Donald Trump applaudit des deux mains.
 
L’ennui est que la décision américaine condamne l’accord de Paris à être totalement inefficace.
Le premier pollueur de la planète, la Chine, devant les Etats unis, ne dénonce pas l’accord de Paris mais a une façon très particulière de l’appliquer : la Chine et l’Inde ont consenti à des promesses de réduction d’émissions de "gaz à effet de serre" en développant des énergies renouvelables mais elles ne renoncent pas loin de là au charbon. New-Delhi envisage de doubler sa production de charbon d’ici 2020.
Quant à la Chine où l’usage du charbon est massif, 67 % des sources d‘énergie, elle s’est accordé jusqu’à 2030 pour réduire ses émissions. En plus la Chine dans le cadre des "nouvelles routes de la soie" a entrepris hors de ses frontières et notamment en Afrique la construction de nombre de centrales thermiques. La Chine serait à la tête en 2015 de 92 projets de centrales au charbon dans 27 pays.
En fait la Chine compte faire appel largement à l’énergie nucléaire pour tenir ses promesses, 25 centrales sont en exploitation et 26 en construction avec l’objectif de 110 en 2030 ce qui n’est pas dans l’optique souhaitée des écologistes.
Ajoutons à cela que les deux plus grands exportateurs de produits pétroliers, la Russie et l’Arabie Saoudite, même si probablement ils ne le diront pas, approuvent certainement la position de Donald Trump.
Dans ces conditions seuls les petits pollueurs comme la France, qui produit 1 % du CO2 mondial vont se croire obligés d’appliquer l’accord de Paris.
 
La France qui a cinq millions de chômeurs et un déficit budgétaire et commercial énorme, contrairement aux Américains, continue pour des raisons idéologiques de se tirer une balle dans le pied, s’interdisant par exemple non seulement d’exploiter ses ressources en gaz de schiste mais même de les prospecter. De même alors que 75 % de l’électricité française provient de centrales nucléaires depuis une quarantaine d’année à la satisfaction générale, la France veut ramener cette part à 50 %, démanteler Fessenheim qui peut encore fonctionner sûrement pendant dix ou vingt ans, et développer des énergies renouvelables, éoliennes et panneaux solaires, fort couteuses et intermittentes.
On invoque la difficulté de démanteler les centrales nucléaires, c’est vrai mais cela peut attendre comme continuent d’attendre les bases de sous-marins construites sur le littoral atlantique par l’organisation Todt. Il faut à peu près 500 éoliennes pour produire autant d’énergie qu’un réacteur nucléaire, au pied de chacune il y a un bloc de béton de 1500 tonnes. Imagine-t-on les paysages français peuplés de dizaines de milliers d’éoliennes dont les nuisances excèdent celles de l’énergie nucléaire.
La France est tétanisée par des lobbies se disant écologistes, dont certains prônent la "décroissance" qui entrainerait une augmentation du chômage et notre dépendance de pays plus dynamiques comme la Chine, l’Inde et les Etats Unis et des pétrocraties.
Personne n’ose mettre au pas des bandes de gauchistes s’opposant à la construction d’infrastructures d’utilité publique aussi bien à Sivens pour un barrage, qu’à Notre Dame des Landes pour l’aéroport de Nantes et à Bure pour le site d’enfouissement des déchets nucléaires.
 
La France est un drôle de pays où on avait passé des siècles à éradiquer les loups et où on les réintroduit maintenant. Les campagnes se vident et deviennent des déserts sans médecin et sans services publics et alors qu’on voit venir le développement rapide du télétravail, on veut sans sourciller créer le "Grand Paris", éloignant encore les gens de leurs lieux de travail et créant une agglomération monstrueuse avec ses problèmes de banlieues, une perte de temps considérable, un surcoût de travail, une qualité de vie déplorable et un surcroit de pollution.
Et pourtant l’influence de l’activité humaine sur le climat n’est nullement avérée. Le changement peut avoir d’autres causes comme l’activité solaire ou des modifications de la circulation des courants océaniques. Il y a toujours eu des changements climatiques.
De toute façon, ce danger probablement surestimé cache la principale menace que subit notre civilisation. L’invasion des "migrants" économiques venus de pays ruinés par une démographie incontrôlée déstabilise la société, nous coûte très cher, accroit l’insécurité sans que nous fassions quoique ce soit pour l’endiguer. On va même aider l’invasion de faux naufragés en allant les chercher et les introduisant dans notre espace.
Quand les Huns ou les Arabes nous ont menacés on est allé les combattre aux Champs Catalauniques et à Poitiers, maintenant notre civilisation décadente ouvre ses bras à l’envahisseur. C’est un suicide.
dejudasatartuffelettresaumonde.hautetfort.com, 17 juin 2017
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Un bouleversement politique ?
 
Comment faut-il comprendre la victoire de Macron à l’élection présidentielle et celle de ses partisans aux élections législatives qui ont suivi ? La plupart des observateurs s’accordent à les analyser comme un changement majeur, encore qu’indistinct, de notre vie nationale. François Bayrou, vétéran des combats du dernier tiers de siècle, est plus catégorique : "les moments que nous vivons" affirme-t-il en toute simplicité "figureront dans les livres d’histoire au même titre que les bouleversements politiques de la Libération ou de 1958". Selon lui, "une vague de confiance est en train de se lever". "La débâcle des partis qui exerçaient le pouvoir depuis des décennies" nous fait entrer dans "une période d’optimisme et de volonté". Les chefs des factions vaincues ne sont pas loin de penser qu’il a raison.
Bayrou ne nous indique pas les faits sur lesquels il a construit ses certitudes. Mais la "vague de confiance" qu’il voit se lever n’apparaît pas dans les statistiques électorales. Les Français ont été moins nombreux à voter en ce printemps "d’optimisme" que pendant "la période de pessimisme et de découragement" qui a porté à l’Elysée, Sarkozy d’abord et Hollande ensuite. Les électeurs "macronistes" eux-mêmes ont montré peu d’ardeur à confirmer leur choix dans les scrutins législatifs : un quart d’entre eux a boudé les urnes le 11 juin. Si l’on devait résumer en un mot  l’état d’esprit de nos compatriotes tel que les consultations électorales nous le montrent, les termes de passivité ou à la rigueur d’attentisme seraient plus adaptés que celui de confiance.
Le président du Modem rapproche audacieusement le quinquennat qui commence  avec les secousses de la Libération et les débuts de la Vè République en 1958. Il n’est pas prouvé que Macron et son gouvernement envisagent une rénovation politique et sociale d’ampleur comparable. Leurs intentions apparaissent plus modestes. En tout état de cause, les grands changements de notre passé ont été marqués par des élans populaires visibles et mesurables, notamment dans les consultations électorales. La "République en marche" est soutenue par moins d’un Français sur six et elle a été, jusqu’à aujourd’hui, incapable d’élargir son assise. Elle n’a pas les moyens de l’ambition dont Bayrou la revêt.
             
Elargissons notre horizon.
Le cycle électoral qui s’achève peut être aisément comparé aux deux qui l’ont précédé en 2007 puis en 2012. Le premier, dans lequel Sarkozy et Royal se sont affrontés au nom de la droite et de la gauche, a passionné les Français. 16 % seulement des électeurs n’ont pas participé au premier tour de scrutin et les deux candidats arrivés en tête ont réuni ensemble près de la moitié du corps électoral. Le cycle suivant, en 2012, a montré un début de désenchantement et de confusion : les abstentionnistes ont été plus nombreux (20 %) et les deux finalistes, Sarkozy et Hollande, n’ont attiré que 43 % des Français. L’élection présidentielle de 2017 ne fait que poursuivre et amplifier le déclin des dix dernières années. L’abstention croît encore (22 %) et les électeurs se dispersent davantage entre des candidats dont aucun ne parvient à mobiliser un Français sur cinq. Ensemble, les deux premiers, Macron et Marine Le Pen, rassemblent péniblement un tiers du corps électoral. Celui qui l’a emporté, doit sa victoire à des circonstances fortuites autant qu’à ses propres mérites. Le processus d’affaiblissement des grandes coalitions de droite et de gauche a commencé avant la "République en marche" et ce qui lui succède n’est pas une recomposition historique des forces partisanes mais un éclatement entre des allégeances fragiles, étroites et instables.
Telle est la réalité politique avec laquelle Macron devra gouverner. Elle est l’image d’un peuple profondément divisé. Les habitants de nos grandes villes voient l'avenir national tout autrement que les ruraux ; le même antagonisme oppose les zones de vieille industrie et les pôles d’activité numérique ; les partisans du multiculturalisme et ceux qui mettent en avant leur attachement identitaire ; les enrichis et les appauvris de la mondialisation ; les euroenthousiastes et les eurosceptiques. Macron porte les attentes de certains groupes ; il suscite la méfiance des autres. Il ne rassemble pas.
                    
 
L’Amérique de Trump, l’Angleterre de May, l’Italie de Renzi et même l’Allemagne de Merkel sont tiraillées par les mêmes forces irréconciliables, paralysées par les mêmes mouvements d’opinion flous et changeants, menacées par la même instabilité politique. Notre pays mériterait d’être appelé exemplaire et le moment présent d’être qualifié d’historique si ceux qui nous dirigent savaient surmonter nos divergences, dépasser nos contradictions et nous unir dans une recherche renouvelée de notre bien commun. Nous en sommes loin. Quel que soit l’enthousiasme de Bayrou pour le quinquennat qui commence, nous ne sommes pas plus avancés que les autres nations d’Europe et d’Amérique. Sauf fait nouveau, notre gouvernement va donc trébucher autant que les autres.

Michel Pinton, Ancien secrétaire général de l’UDF
Publié dans Du côté des élites
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Vérité et liberté
 
Tout a déjà été écrit sur la victoire d’Emmanuel Macron et l’échec de Marine Le Pen dont elle est largement responsable, nous n’avons rien d’original à ajouter aux bonnes analyses vues ici ou là. Après cinq années de lamentable présidence Hollande, il est quelque peu désespérant que les Français aient aussi largement "marché" au mirage du renouveau annoncé par un homme certes jeune et récemment arrivé en politique, mais trop visiblement soutenu par l’ensemble de l’establishment. Il faut néanmoins admettre, à leur décharge, que les "offres" alternatives n’étaient guère enthousiasmantes !
Plutôt que de nous lamenter, essayons de prendre un peu de hauteur pour saisir ce que sont, fondamentalement, bien au-delà des combats électoraux, les enjeux déterminant notre avenir.

Toute la problématique de la modernité est le mouvement d’émancipation des individus à l’égard de toute tutelle supérieure : la religion d’abord, la nature ensuite, la culture maintenant. L’origine en est sans doute le nominalisme, mais c’est surtout la Réforme et la Renaissance qui inaugurent ce mouvement où l’homme recherche son autonomie, recherche qui se traduit politiquement par l’affirmation de l’indépendance ou de la souveraineté des pouvoirs politiques, notamment à l’égard de l’Église (1). On observe alors une volonté de se dégager du groupe, car il enserre tout un chacun dans un carcan d’obligations, contraintes qui assurent cependant une forte protection des personnes. On passe peu à peu d’une société holiste, au Moyen Âge, à un individualisme de plus en plus exacerbé au fil du temps, pour aboutir à la situation actuelle où l’individu, délivré de toute attache et de toute contrainte, est roi.

Jadis, le bien commun s’envisageait conformément au principe de totalité (la partie est pour le tout) ; l’Église, confrontée aux horreurs modernes, a cependant approfondi la notion de dignité de la personne humaine, en soulignant que, sous l’angle surnaturel, la personne est un tout supérieur à la société temporelle, laquelle lui est donc, en ce sens, subordonnée : c’est la théorie de la double subordination de la personne et de la société, explicitée dès Pie XI (2), perspective qui a ouvert la voie à la proclamation du droit à la liberté religieuse lors du concile Vatican II, en 1965.

Cette mutation historique a déplacé l’équilibre du couple vérité-liberté vers le second terme. Toute société privilégie forcément l’un de ces deux pôles : dans le concret, il n’existe pas d’équilibre parfait entre les deux ; ainsi sommes-nous passés d’une société plaçant la vérité (3) au sommet du politique à une société qui y met la liberté. Faire de la défense de la vérité religieuse une fin du politique, comme le faisait la chrétienté médiévale, suppose une unité religieuse et une certaine coercition sociale pour maintenir cette unité. Quand la société devient pluraliste sur le plan religieux, le pouvoir s’oriente vers le despotisme, parce qu’il requiert une pression croissante pour maintenir l’unité : il y a alors une inclination naturelle qui pousse à rééquilibrer les pôles au profit de la liberté. C’est cette inclination qui s’est manifestée depuis la Renaissance et, bien qu’elle ait été en partie dirigée contre l’emprise de l’Église sur la Cité (emprise parfois indue en raison de confusions ou de conflits entre pouvoirs spirituel et temporel), elle n’a été possible que grâce à l’apport du christianisme – il est significatif que cette évolution ne se soit produite qu’en Europe chrétienne, pas en terre d’islam ni dans les vieilles civilisations asiatiques.

Vers le totalitarisme
Le problème est que ce mouvement de balancier est allé beaucoup trop loin en poussant abusivement sa logique : de même qu’une société appuyée sur la vérité, mais sans aucune liberté, est tyrannique, de même une société idolâtrant la liberté, mais ne reconnaissant point la notion de vérité, est relativiste et tend de ce fait vers le totalitarisme, comme le pape Jean-Paul II l’a expliqué dans Centisemus annus (1991) et Evangelium vitae (1995) : nous en sommes là.
Personne, aujourd’hui, ne souhaite revenir à une société holiste. Le pluralisme de nos sociétés ouvertes empêche de revenir au primat de la vérité ; au demeurant, l’enseignement de l’Église sur la liberté religieuse a écarté une telle perspective (le prix de la liberté est certes l’improbabilité de tout retour à l’unité religieuse… mais celle-ci, perdue depuis longtemps, ne se décrète pas) : l’enjeu, à présent, est de redonner une place aux notions de vérité et de bien pour rééquilibrer la balance vérité-liberté au profit de la première. Enjeu inverse en islam, les musulmans ayant vitalement besoin de s’affranchir de leur société très englobante qui étouffe toute liberté et notamment la liberté religieuse.
Notons que ce n’est pas le libéralisme qui est à l’origine de ce mouvement d’émancipation qui caractérise la modernité, mais il s’y est inscrit et son idéologie en épousait parfaitement la logique, si bien qu’on a pu les confondre. C’est toutefois une erreur de perspective : la modernité, en tant que telle, est distincte du libéralisme (il en est l’idéologie dominante, mais la modernité ne s’y réduit pas) ; cette modernité n’est donc pas d’un bloc, ou toute bonne ou toute mauvaise, un tri est à opérer.

Un redressement possible
Pourquoi évoquer ce sujet qui peut paraître assez abstrait au premier abord ? Parce qu’il montre, en cette période où les esprits sont absorbés par des enjeux électoraux à court terme, qu’un certain redressement n’est pas hors de portée si l’on sait sur quel levier agir, à savoir remettre les notions de vérité et de bien au cœur de nos débats, et tout particulièrement la loi naturelle. Il faut certes se méfier du volontarisme qui engendre le plus souvent un activisme stérile : il est indispensable d’envisager les choses humblement en sachant que nous ne sommes pas les maîtres de l’histoire. Mais en ces temps de déréliction politique, il n’est pas inutile de prendre conscience que des pistes existent. Nous sommes à l’évidence dans un système à bout de souffle, qui crée des tensions toujours plus fortes. Il ne pourra pas continuer ainsi pendant très longtemps.

Enfin, pour conclure, cette approche de la situation politique selon le couple vérité-liberté me semble avoir le mérite de cerner les principaux problèmes de l’heure.
Elle explique la fracture qui est apparue et n’a cessé de croître entre une "France d’en haut" qui bénéficie de la mondialisation et une "France périphérique" qui en est la victime (4). En effet, l’une des traductions de la tension vérité-liberté est celle qui oppose enracinement et émancipation, ainsi que les travaux de Chantal Delsol l’ont admirablement montré (5). Les "élites", à l’aise dans la mondialisation, recherchent l’émancipation, synonyme pour elles de liberté (d’aller partout dans le monde, d’y investir, d’y délocaliser une production, la planète étant devenue un village rendant les frontières obsolètes), tandis que les classes moyennes et populaires recherchent une sécurité économique, culturelle et identitaire, et ont, au contraire, besoin de se sentir enracinées.
Allons plus loin. C’est la question essentielle des limites qui est en fait posée par le couple vérité-liberté. C’est la liberté indéterminée régnant aujourd’hui sans partage (celle de l’idéologie libérale) qui appelle logiquement à repousser toujours plus loin les limites jusqu’à prétendre les faire disparaître dans un rêve prométhéen complètement fou ! Et c’est la notion de vérité qui est fondamentalement seule capable de borner les prétentions de cette liberté. Il n’est que de citer quelques exemples pour mieux appréhender les ravages causés par la perte du sens des limites :
– la "chosification" de l’humain avec la théorie du genre qui prétend abolir la différence ontologique des sexes, le transhumanisme, la fabrication des enfants par la GPA et la PMA – lesquels enfants deviennent un "dû" et non plus un don –, l’avortement ou l’euthanasie relevant de la même logique…
– le multiculturalisme qui disqualifie les frontières et qui dénie ou relativise l’imprégnation des cultures sur l’homme, comme si ce dernier était un être tombé du ciel et donc remplaçable par n’importe quel autre individu de la planète.
– le consumérisme mondial et la financiarisation de l’économie qui ont façonné un système largement aux mains de multinationales géantes entièrement centrées sur le seul profit, conduisant à la concentration des richesses et à la paupérisation de franges grossissantes de populations, mais aussi à l’individualisme et à la disparition des communautés naturelles.
– l’environnement et la préservation des ressources naturelles qui ne pèsent guère face aux intérêts des puissances d’argent.

À l’origine du phénomène décrit ici il y avait une volonté de s’affranchir de la religion, sans rejeter Dieu dans un premier temps. Cela est venu ensuite, il a été au mieux cantonné à la sphère privée, au pire éliminé, et c’est alors que tout s’est défait assez vite : l’histoire nous apprend ainsi que la raison ne se suffit pas à elle-même ; sans l’ancrage dans le surnaturel, le naturel ne tient pas et la démesure de l’homme – l’hubris des Grecs – finit toujours par l’emporter, et par conduire à la catastrophe. D’où la proposition de Benoît XVI d’inverser l’hypothèse de Grotius et de vivre dans nos sociétés "quasi Deus daretur" ("comme si Dieu existait") : "Les valeurs morales ne sont plus évidentes. Elles ne deviennent évidentes que si Dieu existe. J'ai donc suggéré que les laïcs… devraient réfléchir pour savoir si, pour eux, le contraire n'est pas valable aujourd'hui : nous devons vivre “quasi Deus daretur”, même si nous n'avons pas la force de croire, nous devons vivre sur cette hypothèse, autrement, le monde ne fonctionne pas" (6).
Christophe Geffroy

(1) Guilhem Golfin, dans Souveraineté et désordre politique, Cerf, 2017, ouvre un débat important sur la notion de souveraineté.
(2) Pie XI, Divini Redemptionis (1937), n.& 8200;29.
(3) En politique, la notion de vérité se traduit concrètement surtout par celle du bien, et donc aussi du bien commun.
(4) Cf. les essais incontournables de Christophe Guilluy : Fractures françaises (2010), La France périphérique (2014) et Le crépuscule de la France d’en haut (2016).
(5) Cf. L’âge du renoncement (2011), Les pierres d’angle (2014) et La haine du monde (2016).
(6) Benoît XVI, Rencontre avec le clergé du diocèse d’Aoste, le lundi 25 juillet 2005. 

La Nef N°293 de juin 2017
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Le macronisme aggrave la crise de la démocratie
 
Une révolution est en marche. Mais il est peu probable qu’elle s’arrête à la victoire législative annoncée du parti présidentiel. Ce succès n’est qu’une étape, dans un cycle inachevé. Avec une abstention historique de 51,3 %, les 32,32 % du mouvement macronien ne représente que 15% du corps électoral. Pour autant, par le jeu du scrutin majoritaire à deux tours, les 4/5ème des sièges de l’Assemblée pourraient revenir aux candidats de La République en marche (LRM), à l’issue du second tour. Cette situation malsaine aggrave la crise de la démocratie sur laquelle Emmanuel Macron a construit sa stratégie de conquête. S’il a réussi à bousculer le vieux monde politique et ses partis vides de projets, le champ de ruine ainsi créé ne pourra se contenter d’une renaissance à travers un parti unique progressiste dans lequel une large partie du PS s’est déjà recyclée. Si l’on veut bien admettre comme toujours valables les diagnostics sur la crise de la représentativité et sur la rupture entre les élites et le peuple, les résultats de dimanche soir n’apportent aucune solution apaisante. Une fois de plus, les Oubliés se trouvent être les dindons de la farce démocratique. Elle a occulté les débats sur l’avenir de la civilisation au profit de préoccupations sur le PIB et la courbe de croissance. L’Assemblée de demain s’annonce plus éloignée encore du peuple. Une étude du Cevipof (L’Opinion, 9-10 juin) relève que 68,6 % des candidats d’En Marche viennent des classes supérieures. A l’inverse, les ouvriers, employés et artisans-commerçants sont sous-représentés (8,5 %). Une élite, à peine modérée par une société civile choisie et appelée à rentrer dans le rang, s’apprête à détenir tous les pouvoirs.
 
La fracture de la société reste entière, malgré cette étape dans la modernisation de la vie démocratique. Les abstentionnistes ont donné leur aval au renvoi des vieux acteurs de la politique, en laissant faire la poursuite des coups de balais amorcés avec la présidentielle. Pour autant, ces électeurs n’ont pas fait savoir qu’ils se reconnaissaient dans la macromania portée artificiellement par les médias. "Allez-y sans nous", ont dit en substance bien de ceux - dont moi, je l’avoue - qui ont refusé de jouer le jeu d’une élection infantilisée, incapable d’aborder les sujets sociétaux et sécuritaires qui engagent l’avenir de la cohésion nationale. J’ai déjà dit ici l’urgence qui sera celle, pour une droite assumée dans ses valeurs, de reconstruire une force capable d’équilibrer, avec un parti conservateur moderne, cet avatar de parti libéral américain qu’est le macronisme. En attendant, la France risque de se retrouver, dimanche, sans contradicteurs au parlement, hormis chez les extrêmes. S’il est élu dimanche, Thierry Solère (LR) a déjà annoncé avec quelques autres qu’il voterait la confiance au gouvernement. Cette démission d’une partie de l’opposition, qui s’ajoute à une position dominante de LREM, ne peut être vue que comme une provocation dans un pays incandescent. Il est à craindre que la rue ne serve d’alternative à une démocratie bloquée, confisquée aux mains d’une minorité privilégiée et déconnectée des souffrances humaines. Jamais en tout cas les réseaux sociaux, et les blogs, ne seront aussi nécessaires pour briser la pensée unique du parti unique d’un président "jupitérien".
blog.lefigaro.fr/rioufol, 12 juin 2017
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Sacré et tabou, l’art contemporain est incritiquable : la preuve par The Square 
 
The Square, Palme d’or à Cannes, est une date dans l’histoire de l’art.
En effet, c’est la première fois que, depuis son apparition au tournant des années 60, "l’art contemporain" essuie une critique hyper-visible, destinée à tous les publics. Ce courant, en rupture radicale avec la notion originelle d’art, a annexé les qualificatifs "d’art" et de "contemporain", excluant ainsi toutes les autres expressions artistiques. Son principe proclamé est de déconstruire, vider de sens et ruiner contextes, œuvres et références établies.
The squareest un film à la fois drôle, cruel et réaliste. Il décrit les pratiques de l’art contemporain, ses collectionneurs, institutions et médias créateurs, en cercle fermé, de sa valeur "bancable", défiscalisable et symbolique. Son impact immédiat a été de semer l’effroi dans la partie la plus en vue de la classe médiatique !
 
D’autres films ont déjà abordé le sujet. Parmi eux, Musée haut, musée bas, léger, drôle et poétique. Des films documentaires s’y sont aussi risqués : Le marchand, l’artiste le collectionneur, de Jean Luc Léon (1996), La ruée vers l’art, de Marianne Lamour (2013). Ils ont suscité, alors, l’intérêt du public désireux d’élucider le mystère de sa valeur, mais aussi le silence médiatique.
 
Par ailleurs, c’est un fait, peu connu mais réel : la critique cultivée de l’art contemporain est aujourd’hui accomplie.
Fruit de plusieurs décennies de recherches et de publications : des historiens d’art ont retracé son histoire, des sémiologues ont repéré les hold-up sémantiques du mot "art" et "contemporain", des philosophes ont identifié la nature de cette pratique, des sociologues ont élucidé son contexte institutionnel, des économistes connaissent le mécanisme de la formation de sa valeur.
Grâce au pouvoir instructif de la métaphore et du cinéma, Ruben Östlund en fait un sujet pour le grand public. Il va droit au nerf de la manipulation de l’art contemporain, en montrant le ressort de la confusion créatrice d’or : le sermon moral, les bons sentiments, l’humanitarisme et les engrenages obscurs de la culpabilisation. Malgré un jury unanime et une standing ovation inhabituelle du public, on observe dans commentaires et gros titres l’opposition convulsive d’une classe de critiques dans les grands médias. L’arme habituelle du silence pour ce qui déplaît est ici impossible : on ne plonge pas dans le silence un film palmé d’or.
 
Quels sont donc les arguments ? De façon générale, ce véritable clergé considère que la palme aurait dû être attribuée à un film légitime, dans l’ADN du Festival de Cannes, noir, désespéré et culpabilisateur : le film culte des martyrs LGBT : 120 battements par minute.
Ainsi, pour le correspondant de Télérama, The Square n’est pas un film sérieux ; c’est une "blague Carambar", "le jury a fait dans la facilité". Par ses mots, il nie l’extrême violence symbolique des procédures de l’art contemporain qui humilient, tournent en dérision, culpabilisent le regardeur, "pour son bien". L’art contemporain est, de fait, une religion au culte fondé sur la violence et la transgression. Toute critique à son égard est insensée, impossible, taboue. Il ne peut donc être qu’objet d’anathèmes.
Il est qualifié, dans 20 Minutes, de "violent", "vulgaire", "insupportable", "soulignant la culpabilité des riches", "un regard acide sur le monde". On observe curieusement là un effet miroir car ces caractéristiques sont précisément les buts et les méthodes de l’art contemporain. 
De même, le critique de L’Obs titre : "Le jury a favorisé le cynisme à l’humanisme." Il attribue donc le cynisme au cinéaste et non à la réalité qu’il décrit. Il ajoute : "Ruben Ôslund a explosé en plein vol", pour ne pas voir que cela pourrait bien être l’art contemporain qui a été exécuté, en raison de son dévoilement. Dans Libé, le critique proteste : "Pedro Almodovar a choisi le nihilisme." Curieux… puisque l’art contemporain s’affirme d’essence nihiliste et prône la vidange permanente du sens comme procédure bienfaitrice. Diffusé en septembre, l’anathème jeté sur ce film réussira-t-il à en détourner le public ? Il tranchera.

Paru sur Boulevard Voltaire, 10 juin 2017
Publié dans A tout un chacun
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"au-delà des apparences"
 
Le scrutin de dimanche dernier marque un événement dont il faut saisir l'enjeu, en allant au-delà des apparences : loin du renouveau politique qu'on nous décrit, il est un nouveau moment de la crise politique que traverse notre pays. Cet événement est absolument paradoxal : le nouveau président de la République obtient à la fois le plus faible résultat aux législatives de la Ve République et la majorité la plus écrasante. Il rassemble le plus petit nombre d'électeurs et le plus grand nombre d'élus. Contrairement aux apparences, il n'y a pas de dynamique en faveur d'En marche ! depuis les élections présidentielles : ce nouveau parti perd déjà des électeurs. Ce qui explique son triomphe, c'est seulement l'abstention massive qui a caractérisé ce scrutin. Nous sommes donc en passe d'avoir le Parlement le moins représentatif, celui qui exprimera le moins la réalité des sensibilités qui caractérisent la société et l'électorat français. Un pas de plus dans la crise.
 
On ne saurait en faire le reproche à Emmanuel Macron ; ainsi en ont voulu les électeurs abstentionnistes. Il est pourtant un point sur lequel son mouvement manque au véritable renouveau dont notre pays a besoin : c'est l'exigence de transparence. Notre vie démocratique ne se relèvera pas de cette crise sans un débat qui soit clair et qui permette à chaque Français de faire un vrai choix d'avenir. Pour qu'un vote soit vraiment libre, l'isoloir ne suffit pas : il faut encore que l'électeur ait été clairement informé de ce qui sera fait de sa voix. Or qui sait au juste aujourd'hui où nous emmène vraiment cette nouvelle majorité ? Vers la réforme du droit du travail, par exemple - mais laquelle exactement ? On nous répond qu'elle se discute directement avec les syndicats, comme si les Français n'avaient pas le droit de savoir, au moment où ils vont voter, ce qui sera contenu dans ces réformes qui pourtant les touchent si directement.
La stratégie de l'ambiguïté, qui a fait l'élection d'Emmanuel Macron, est recyclée avec succès dans le flou le plus total qui entoure ces législatives. Dans beaucoup de circonscriptions en France, comme c'est le cas dans la mienne, les candidats d'En marche ! refusent tout débat public, alors que l'échange des points de vue est la condition essentielle de l'exercice démocratique. Que craignent-ils d'assumer ? Quel cap poursuivront-ils à l'Assemblée, sinon les choix du président ? Que savent-ils eux-mêmes au juste des lois qu'ils voteront demain ?
 
Au fond, c'est de la nature même de la politique qu'il est question aujourd'hui. Bien sûr, les grands partis traditionnels, et notamment à droite, ont profondément déçu, en particulier par cette absence de transparence et de fidélité scrupuleuse au choix des citoyens. Maintenant, le rôle de la génération qui vient est de contribuer à donner à notre pays le renouveau dont il a tant besoin. Et ce renouveau commence par le dialogue, c'est-à-dire par la capacité de vivre la rencontre de points de vue différents, assumés, transparents, qui puissent offrir à la société la possibilité d'un vrai choix. Depuis que la Grèce antique a inventé la forme politique, elle est le cadre institué pour faire vivre le pluralisme. Car la politique, ce n'est pas que de l'économie, de la technique, de la gestion : c'est d'abord un effort pour dessiner la plus juste vision de l'homme et de la société, et cet effort passe nécessairement, en démocratie, par l'exercice du dialogue. Il est toujours préférable de rencontrer une proposition cohérente, claire, et par là prête à ce dialogue, plutôt qu'une suite d'ambivalences qui construisent un consensus factice en empêchant le débat. Le refus de dialoguer ne peut, comme nous l'avons vécu ces dernières années sur des questions pourtant essentielles, que produire de la tension. Tout ce qui affaiblit le pluralisme dans le champ des institutions prépare tôt ou tard la violence sur le terrain social. Si l'alternative n'existe plus dans le champ des institutions, l'aspiration des citoyens à choisir leur destin débordera un jour la forme politique, l'une des plus belles conquêtes de l'esprit humain.
 
C'est cet exercice politique qui est en jeu dans le second tour que nous allons vivre. Le renouveau que nous espérons commence dimanche, par le choix d'un clivage réactualisé autour des grandes questions qui feront le XXIe siècle. Les réflexes partisans étaient devenus caricaturaux, faute d'exprimer la complexité de ces nouveaux enjeux. Mais si nous prenons au sérieux le projet d'Emmanuel Macron dans ses moments de vérité, il apparaît clairement que la droite doit maintenant, à partir de son propre héritage intellectuel, lui apporter une réponse renouvelée, intelligente et claire, pour équilibrer au mieux la vie politique de demain. Oui, nous pensons qu'il y a une culture française et que, pour refaire l'unité de notre société aujourd'hui si fragilisée, il faut la partager à nouveau. Oui, contrairement au progressisme fasciné par la "société liquide", nous croyons aux permanences qui fondent une société et la rendent capable de se saisir des opportunités de l'avenir. Oui, nous devons retrouver le sens des solidarités concrètes que notre famille de pensée a toujours mis au-dessus de tout matérialisme. Oui, notre histoire intellectuelle sait la nécessité de la transmission, et donc aussi d'une écologie cohérente, qui laissera aux générations suivantes un monde vraiment vivable, mais aussi un homme vraiment humain et non amputé par les mirages du progrès technique. Sur tous ces sujets, malgré les ambiguïtés du nouveau pouvoir, il est au moins probable que nous aurons à apporter une vigilance indispensable. La clarté de l'engagement est la condition de toute convergence qui ne soit pas opportuniste et donc décevante pour le citoyen ; elle est aussi et surtout le principe d'un dialogue qui constitue à soi seul le plus sûr garde-fou que la démocratie apporte à l'exercice du pouvoir politique. C'est cela qui est en jeu dans le vote de dimanche prochain.
Auteur des "Déshérités ou l'urgence de transmettre" (Plon, 2014).

Paru sur Figarovox, 14 juin 2017
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La chance historique de l'Europe continentale
 
C'est la première fois depuis 1815 que l'Europe continentale a la chance de reprendre son destin en main. Si l'entente Paris-Berlin du 15 mai 2017 se poursuit, un nouveau leadership se créera, qui sera suivi par tous les autres pays de l'Union.
 
Que peut faire Emmanuel Macron de sa nouvelle victoire électorale et des pleins pouvoirs pour cinq ans que lui confiera très probablement le 18 juin 2017 le peuple français ? Sur le plan intérieur, les Français attendent de lui qu'il remette de la vitalité, de l'ordre et de l'efficacité dans un système politique et social perclus d'archaïsmes, de conservatismes et de corporatismes. Un système dont la dernière réforme en profondeur date du plan Rueff-Armand de 1960, que le président de Gaulle appliqua avec succès.
Quelles réformes réaliser en France ? Le président les a certainement identifiées, lui qui fut, tout jeune inspecteur des finances, le rapporteur de la "commission pour la libération de la croissance française" créée par Sarkozy en 2007. Les réformes urgentes sont au nombre de cinq : un État et des collectivités territoriales plus maigres, dont les dépenses de fonctionnement ne soient plus financées par la dette ; une Éducation nationale où le pédagogisme soit abandonné au profit de l'instruction ; un droit du travail lisible et souple qui ne dissuade plus les entreprises d'embaucher ; une fiscalité simplifiée et mesurée qui ramène les investisseurs en France ; une police et une justice qui fonctionnent en symbiose. Une fois que Macron aura dessiné ces grandes lignes à ses ministres, il pourra dégager du temps pour faire autre chose. Il a en effet déclaré durant sa campagne vouloir revenir à l'esprit et à la lettre de notre Constitution, qui dit, en son article 20 : "Le gouvernement détermine et conduit la politique de la nation."
 
Bien que notre État ait été géré en dépit du bon sens depuis trente-six ans, les nations du monde conservent encore du respect pour la France. Une fois qu'il sera clair pour tout un chacun que le pays a bel et bien emprunté la voie de l'indispensable réforme, Paris retrouvera pleinement sa voix dans le concert des nations. C'est là qu'une chance historique s'ouvre pour le président français de bâtir, main dans la main avec la chancelière allemande, une politique étrangère innovante, qui refasse de l'Europe continentale une zone de bonne gouvernance enviée par le monde entier.
Rien ne sert de se lamenter sur les errances actuelles et sans doute provisoires de nos vieux amis anglo-saxons, ces deux thalassocraties auxquelles nous lient une communauté de valeurs et une alliance militaire que personne de sérieux ne conteste en France. Mais force est de constater l'absence de lisibilité et de cohérence des politiques suivies depuis 2016 à Washington et à Londres. Il n'est heureusement plus question pour Paris de s'aligner sur la politique étrangère des États-Unis. Dans le golfe Persique, le président Trump a laissé, par son incompétence, ses alliés saoudiens et émiratis détruire la précieuse organisation régionale du CCG (Conseil de coopération du Golfe, regroupant ses six monarchies arabes sunnites). Le blocus imposé au Qatar, sans la moindre raison valable, par les princes saoudiens, n'est pas leur première erreur stratégique. Il y a déjà eu, en mars 2015, l'idée de livrer une guerre, aussi cruelle que superflue, contre les rebelles chiites houthistes du Yémen. Si les Saoudiens et les Américains avaient voulu offrir sur un plateau d'argent la presqu'île du Qatar aux influences iranienne et turque, ils ne s'y seraient pas pris autrement. Aujourd'hui, la France ne peut que prendre un maximum de distance avec une politique étrangère américaine marquée par le retrait des accords de Paris sur le climat, la zizanie entre sunnites dans le Golfe, le réexamen des relations avec Cuba.
Quant au Royaume-Uni, il semble être paralysé pour longtemps par la lourde et pénible digestion de son référendum de Brexit.
 
C'est la première fois depuis 1815 que l'Europe continentale a la chance de reprendre son destin en main. Si l'entente Paris-Berlin du 15 mai 2017 se poursuit (au prix d'une vraie réforme en France), un nouveau leadership se créera, qui sera suivi par tous les autres pays de l'UE.
Pour quoi faire ? Pour construire une puissance capable d'imposer ses conditions commerciales et financières aux États-Unis et à la Chine. Pour créer une économie sociale de marché européenne capable de libérer les énergies entrepreneuriales, sans abandonner personne dans la misère. Pour forger une défense capable de tenir tête aux éventuelles intimidations militaires de la Russie (sans renoncer à vouloir ramener cette grande nation dans la famille européenne). Pour protéger les frontières de l'UE, afin que n'y entrent plus que les immigrés légaux.
Un travail de titan ? Peut-être. Mais pas plus difficile que ce que réalisèrent après la guerre les fondateurs de la CECA et du Marché commun…

Paru dans Le Figaro, 13 juin 2017
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Servir les armées de la France
 
Les armées sont dans un état critique. C’est avec soulagement qu’elles ont vu arriver leur nouveau ministre après cinq années de difficultés croissantes. Opportunément, la nouvelle appellation de "Ministère aux armées" indique clairement sa vocation : produire des armées équipées et entraînées, porteuses des capacités opérationnelles leur permettant de tenir toute leur place dans la politique de défense de la France. Les autres directions, délégations et secrétariats sont ainsi intelligemment replacées, au service des armées qui sont la raison d’être de ce ministère.
Les militaires attendent beaucoup de cette nouvelle mandature. En effet, depuis un quart de siècle, malgré l’évidence de la montée constante des menaces, malgré les mises en garde répétées des chefs d’état-major successifs, les armées ont terriblement souffert. Il a été trop demandé à leurs ressortissants, alors même que diminuaient les compensations de leurs immenses sujétions. Il a été facile de leur faire supporter l’essentiel des économies budgétaires et des diminutions d’emplois publics puisque l’obéissance des militaires, leur silence imposé, leur sens de l’abnégation et du devoir les a conduits à appliquer à la lettre, sans récrimination ni murmure, les coupes budgétaires franches, les déflations constantes d’effectifs, la dégradation de leurs conditions de travail, la disparition progressive des moyens indispensables à l’exercice de leur profession, à leur formation, à leur entraînement.
Pour des résultats bien faibles, le dernier quinquennat a terriblement accéléré cette dégradation. Cinq années de suremploi des armées, une addition d’engagements réactifs sans stratégie globale n’ont produit aucun résultat solide, ni en France, ni au Sahel, ni en Afrique noire, ni au Moyen Orient : dispersées sur de trop nombreuses missions, éparpillées sur de vastes espaces hors de mesure avec les moyens engagés, les armées n’ont jamais pu déployer les masses critiques suffisantes pendant un temps suffisant pour transformer leurs remarquables succès tactiques en succès stratégiques durables.
Des engagements largement supérieurs à ceux qui avaient été définis dans le dernier Livre Blanc ont entraîné les forces sur la pente dangereuse du déclassement. Les déploiements se sont multipliés sans qu’en soient mesurées les obligations budgétaires, sans qu’aux guerres que la France conduisait correspondent les indispensables moyens. Il aura fallu l’action ignominieuse de trois terroristes pour qu’enfin soient prises en 2015 quelques mesures ralentissant la dégradation des armées. Sur-engagements, sous-budgétisation : le résultat est terrible. La priorité sera de rétablir l’adéquation entre les moyens et les missions. La rupture est proche, mais la France peut encore l’éviter.
 
Lorsque la ministre se rendra dans les forces, elle y rencontrera des femmes et des hommes totalement investis dans leur engagement au service de la nation mais désabusés par le manque de considération concrète que la République leur porte. Elle verra des infrastructures militaires dans un état souvent désastreux faute de financements ; des personnels trop absents de leurs garnisons et de leurs familles (jusqu’à 240 jours par an pour certains, avec des taux de divorce en augmentation constante) ; des stocks de munitions parfois très en dessous des seuils acceptables en ce temps de menace ; dans les trois armées, des taux de disponibilité opérationnelle des équipements catastrophiques, un vieillissement accéléré des matériels, des niveaux d’entraînement tombés depuis longtemps sous les normes de l’OTAN alors même que l’armée française est la plus engagée au combat ; des organisations de soutien local aux forces souvent aberrantes parce que, à coup de mutualisation, externalisation, matricialisation, civilianisation, des réorganisations douloureuses ont été imposées au mépris de la réalité militaire ; des opérations extérieures sous-financées depuis bien longtemps, ce qui rend le succès opérationnel et stratégique beaucoup plus difficile et met en danger les soldats.
 
Le ministre découvrira une organisation malade de l’empilement rapide de réformes successives, de la LOLF à la RGPP jusqu’à la "nouvelle gouvernance" de son prédécesseur. Elle constatera d’elle-même qu’il n’est plus raisonnable de chercher encore "du gras", qu’il faut revenir sur certaines décisions prises par esprit de système. Elle comprendra qu’il est essentiel de "respecter les contraintes humaines et matérielles" comme s’y est engagé lui-même le Président Macron à Gao le 18 mai. Elle constatera la nécessité de reconstruire l’autonomie stratégique de la France profondément mise à mal par une succession de renoncements : la France ne peut conduire aujourd’hui aucune opération d’importance sans le soutien des armées américaines.
 
Forger une politique militaire à la hauteur des enjeux de défense, remonter en puissance, améliorer les conditions de vie et de travail des militaires : c’est à un réinvestissement massif dans les armées qui s’impose d’autant que l’indispensable crédibilisation de notre système de dissuasion et la reconstitution de nos capacités d’action conventionnelle sont, sans cet effort, strictement incompatibles. Réinvestissement massif… et rapide si la France veut éviter que ses armées, trop fortement sollicitées, trop chichement financées, ne s’effondrent littéralement.
Rompre avec le précédent quinquennat, lancer au plus vite les rectifications de trajectoire, forger d’emblée une nouvelle loi de programmation militaire : le chemin est tout tracé pour un ministre qui est bien davantage celui du futur que celui du présent. Le président de la République l’a affirmé haut et fort au soir de son élection : il veut se mettre au service de la France. Il faut que le nouveau ministère aux armées soit enfin, à son instar, au service de ses armées.

Général (2S) Vincent DESPORTES
Professeur des universités associé à Sciences Po, ancien directeur de l’Ecole de Guerre
Dernier ouvrage : La dernière bataille de France, Gallimard, Grand Prix 2016 de l’Académie Française
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La fracture démocratique
 
Au premier degré, c’est vrai, la chute des plusieurs personnalités socialistes, l’effondrement du PS comme du FN constituent de vrais sujets de satisfaction ou de jubilation intérieure. Mais au-delà, ces élections confirment la tragédie de la vie politique française. Une participation inférieure à 50 %, à l’occasion d’élections législatives témoigne de l’indifférence croissante des Français vis-à-vis de la chose publique. Ce taux d’abstention historique, pour des élections qui représentent la pierre angulaire de la démocratie française, est le signe de l’effondrement de cette démocratie, dans l’indifférence générale. En toute logique, avec moins de 50 % de participation, de telles élections devraient être considérées comme nulles. La victoire de LREM qui devrait remporter les quatre cinquièmes des sièges de députés, avec l’adhésion d’environ 16 % du corps électoral, souligne jusqu’à la caricature l’absurdité du système politique français.
Tel est le fruit de la personnalisation à outrance du pouvoir, du culte de la personnalité, d’un présidentialisme débilitant, de la destruction des débats d’idée et des projets, bref de la démocratie, à l’heure où celle-ci n’a jamais été aussi nécessaire dans le contexte du terrorisme, d’un chômage de 5,5 millions de personnes, de la crise migratoire, de la montée de la violence.
 
Il est soit mensonger, soit stupide de considérer que "la France" soutient LREM. La France, 84 % de la France, est profondément écœurée et vient de marquer son indifférence face à la chose publique. Ce n’est pas LREM qui triomphe, c’est la classe politique française dans son ensemble qui s’effondre tout autour, comme à travers un vieux plancher vermoulu. Le décalage entre d’une part l’euphorie et l’aveuglement médiatique et d’autre part, l’indifférence populaire est titanesque. Nous nous acheminons vers un pouvoir politique de plus en plus déconnecté du monde réel, privé de racines démocratiques, confiné dans une bulle de néant à la dérive, ballotée au gré du vent, toujours plus éloigné des préoccupations populaires. Le gouffre qui ne cesse de se creuser me paraît annonciateur d’une crise politique ou une crise de société dramatique et en train de couver derrière l’extase politico-médiatique en pleine déferlante.

maximetandonnet.wordpress.com, 12 juin 2017
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Faux dilemme, vrais martyrs et authentiques barbares
 
La shahâda, vous connaissez ? C’est la profession de foi musulmane, l’un des piliers de l’Islam. Elle tient en quelques mots : "j’atteste qu’il n’y a de Dieu qu’Allah et je témoigne que Mohamed est son messager". La dire, c’est automatiquement devenir musulman. Quelques mots que des chrétiens coptes ont été récemment sommés de prononcer pendant un pèlerinage dans le Sinaï afin de garder la vie sauve, lors d’une embuscade tendue par Daesh. Pas un seul n’a cédé ; tous ont refusé et ont été abattus d’une balle dans la tête. Parmi ces nouveaux martyrs, de nombreux enfants, des familles entières, comme celle sur la photo plus bas (tous les quatre sont morts).
Sur les réseaux sociaux, les images, faites pour susciter l’effroi et la sidération, se succèdent sans discontinuer. Qui ne se souvient de celles des vingt et un coptes, tout d’orange vêtus, égorgés un à un sur une plage de Libye il y a déjà quelques années ? Qui n’a pas en mémoire les cris, les larmes et le sang provoqués par l’explosion de bombes dans deux églises du Caire, durant une messe des Rameaux ? A chaque fois, la lâcheté des barbares et le courage des victimes impressionnent.
 
La vie sauve pour un mot
Il aurait pourtant suffit de réagir comme saint Pierre au soir du Jeudi saint : "Jésus ? Je ne connais pas cet homme". Ou de proclamer la shahâda. Quelques mots, quelques secondes… qu’est-ce donc devant une vie ? Les premiers chrétiens ont connu ce terrible dilemme. "Brûlez quelques grains d’encens devant la statue de César"  leur disait-on. "Au pire, faites semblant, personne n’en saura rien. Et vous aurez la vie sauve !".
S’il suffit réellement d’un mot pour sauver la vie d’enfants, de ses propres enfants, n’est-il pas préférable de le prononcer, quitte à mentir ? Renier ses convictions les plus intimes pour la survie des siens, n’est-ce pas une forme de courage ? Ne pas le faire, n’est-ce pas, finalement, de l’obstination, du fanatisme, le même que celui qu’on reproche aux bourreaux ?
On est là au cœur même du sens du martyre : sans la foi, sans la vie éternelle, sans l’assurance de la fécondité de ce sacrifice à la suite du Christ, préférer mourir plutôt que renier est humainement incompréhensible. Seule la foi nous fait entrevoir qu’il y a un bien plus grand que cette vie sur terre, un bien éternel auquel cette vie sur terre nous prépare. Car une vie réussie n’est pas forcément une vie qui dure un peu plus longtemps, c’est une vie qui atteint le but, c’est un pèlerinage qui débouche sur la vraie terre promise, la cité céleste, la vie avec Dieu.
 
Martyrs et kamikazes
"Je ne crois qu’aux histoires dont les témoins se font égorger".Mal interprétée, cette affirmation de Pascal pourrait laisser croire que toute personne prête à donner sa vie pour une cause mérite du respect. Il fallait oser… mais France Info  l’a fait : tenter ce rapprochement invraisemblable entre les martyrs et les kamikazes islamistes. A propos du film Silence de Martin Scorsese, on peut en effet lire sous la plume d’un journaliste (voir le lien
ici) : "Les kamikazes islamistes d’aujourd’hui ressemblent fort, dans leur objectif, aux "bombes humaines" jésuites du XVIIème siècle, leur dénominateur commun étant la mort pour propager leur croyance".
Plus c’est gros, plus ça passe… Et c’est juste oublier qu’un kamikaze prend la vie des autres alors que le martyr offre la sienne. Le premier inflige une violence, le second la subit. L’un n’a qu’un objectif : tuer. L’autre est confronté à un choix ultime : mourir avec le Christ ou vivre sans lui. En somme, les kamikazes sont les instruments volontaires d’un totalitarisme inhumain. Les martyrs, eux, sont des victimes innocentes qui affirment leur suprême liberté : celle de croire.
Il faut affirmer avec force que, pour un chrétien, l’amour de la vérité ne consiste jamais à imposer celle-ci en faisant couler le sang des autres mais à donner sa vie, la sacrifier pour le Christ plutôt que de laisser violenter sa conscience. C’est ce que veut affirmer l’Eglise en revendiquant – toujours et partout – la liberté religieuse, c’est-à-dire le droit de changer de religion, librement et sans violence.
 
Que faire ?
Nous avons tenté de répondre à cette question
dans une vidéo
, au lendemain des attentats du Sinaï. Trois choses semblent essentielles.
D’abord, ne pas se taire. Parce qu’on s’habitue à tout, surtout au mal. Nous taire consisterait à tuer ces gens une seconde fois et d’être, d’une certaine façon, complices du sort terrible qu’ils subissent.
Les soutenir ensuite, durablement, par notre prière et nos dons. Des oeuvres existent, certaines depuis longtemps comme l’AED (Aide à l’Eglise en détresse). Nous ne pouvons pas en rester à un hashtag #jesuiscopte ou un simple "like" sur Facebook !
Rester fidèles, enfin. Car le martyre de nos frères d’Egypte, de Syrie, d’Irak, celui du père Hamel – à cent cinquante kilomètres de Paris – nous engage. Il doit réveiller nos âmes. Nous devons cela à tous ces témoins ! On ne peut pas non plus juger ceux qui auraient renié. Ils ont souvent existé dans l’histoire du christianisme. Et l’Eglise a bien sûr accordé son pardon à ceux qui avaient flanché devant la peur de la mort ou de la souffrance. Saint Pierre, en l’occurrence, en est le bon exemple !
Aurions-nous été fidèles à leur place ? Personne ne peut en être certain. Comment le savoir d’ailleurs… tout en l’espérant, avec la grâce de Dieu ! Mais nous pouvons déjà être fidèles maintenant dans ce que Dieu attend de nous, chacun dans ce que nous avons à vivre de plus ordinaire, parfois de plus répétitif. Une fidélité dans les petites choses d’aujourd’hui afin d’être fidèle, demain, dans les grandes. C’est ainsi qu’on apprend à être prêt.

Paru sur www.padreblog.fr, 7 juin 2017
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