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Commerce international : la poutre dans l’œil de Donald
 
"Pourquoi vois-tu la paille qui est dans l'œil de ton frère et n'aperçois-tu pas la poutre qui est dans le tien ?" Évangile de Luc, 6, 41
 
Le déficit commercial d’une nation peut avoir de nombreuses causes. Dans le cas des Etats-Unis, la politique économique amorcée par Ronald Reagan en est la raison principale. Avec le temps, cette politique se transforme en néolibéralisme aux effets dévastateurs. Les tarifs douaniers de Donald Trump n’élimineront pas le déficit commercial, ni ne feront revenir les emplois aux Etats-Unis. Plus grave, ils se révèleront contreproductifs tant pour les Américains que pour l’économie mondiale. Face à cette politique insolite, les marchés financiers s’interrogent, donnant des signaux contradictoires. Wall Street interrompt sa progression alors que le dollar s’apprécie.
 
Le retour à l’équilibre de la balance commerciale américaine exige une inversion de la politique actuelle – inversion qui ne peut se faire que dans le cadre d’un accord international car si la Chine est l’usine du monde, les Etats-Unis en sont le moteur – une réduction de leur déficit commercial entraînera nécessairement une réduction de leurs importations et une augmentation de leurs exportations. Les nations fortement exportatrices, comme la Chine et l’Allemagne, en subiront le contrecoup, et devront modifier leur politique économique en conséquence.  
 
Le déficit commercial des Etats-Unis a deux causes principales : un déficit budgétaire chronique et un taux d’épargne insuffisant. Le déficit budgétaire tient à un écart croissant entre des revenus stables et des dépenses en augmentation. Contrairement à une idée reçue, le budget de la défense n’est pas la raison principale du déficit budgétaire. Ce sont les dépenses sociales qui l’expliquent. Elles s’élèvent à 58,5% du budget en 2017 contre 15,4% pour la défense. Leur taux de croissance est quasi exponentiel (9 % par an). Comment se fait-il alors que 39 millions d’Américains soient dépourvus de protection sociale ? L’industrie pharmaceutique, connue à Wall Street sous le pseudonyme de ‘Big Pharma’, serait la grande bénéficiaire des programmes sociaux, selon certains analystes.
 
La seconde cause du déficit commercial est l’insuffisance d’épargne. Le taux d’épargne des Américains ne cesse de baisser. Il est passé de 13,3 % en 1971 à 3,4 % en 2017. C’est le résultat d’une paupérisation croissante de la population. En pourcentage du produit intérieur brut, le revenu moyen des salariés est tombé de 51.5 % en 1969 à 43 % en 2017. Les revenus les plus faibles sont les plus touchés. La part du revenu des personnes dont la rémunération est inférieure à la moyenne nationale s’élevait à 21 % en 1970. Elle est tombée à 12,5 % en 2014. Dans le même temps, la part des revenus les plus élevés doublent pratiquement, passant de 11,1 % à 20,2 %.
Pour maintenir leur train de vie, les ménages s’endettent chaque jour davantage. En janvier 2018, le niveau d’endettement des ménages excède celui de d’octobre 2008, considéré comme un sommet (13,2 milliards de dollars contre 12,7 milliards). Il est égal à 78.5 % du revenu disponible.
 
Pour sortir de la Grande Dépression, Franklin Roosevelt lança une politique de grands travaux, assortis de mesures sociales rééquilibrant la répartition des revenus. Lyndon Johnson lui emboita le pas avec son projet de Great Society, sensé éradiqué la pauvreté. Cette politique prit le nom de keynésianisme. Mais, Johnson commit une tragique erreur en intensifiant la guerre au Vietnam. Les Etats-Unis ne pouvaient s’offrir cette politique du beurre et des canons. Richard Nixon en prit acte en août 1971. Alors que les Accords de Bretton Woods lui enjoignaient de réduire le déficit budgétaire pour maintenir la parité du dollar avec l’or, il choisit de sacrifier la monnaie américaine pour éviter la récession et assurer sa réélection. Le keynésianisme fut rendu responsable de l’inflation qui en résultat. Dès lors, ses jours étaient comptés. Apparue alors l’économie de l’offre que Jean-Sébastien Say théorisa jadis. Promu par Paul Craig Roberts, secrétaire d’état au Trésor de Ronald Reagan, elle se traduisit par un déficit budgétaire accru et une politique monétaire restrictive. Le déficit était en partie dû à une réduction des tranches d’impôt les plus élevés qui par un effet de ‘ruissellement’, selon son promoteur Jack Kemp, devait se propager jusqu’aux classes défavorisées. Cette politique fut un succès en termes de croissance et d’emplois. Mais, elle accrut le déficit de la balance commerciale et ne fit rien pour les faibles revenus.
 
Les thèses défendues par Paul Craig Roberts, et les économistes Jack Kemp et John Williamson (père du Consensus de Washington), firent leur chemin, et se traduisirent dans le temps par la déréglementation de nombreux secteurs de l’économie. La réforme emblématique de cette nouvelle politique dite néolibérale, est la loi de modernisation des services financiers de 1999, plus connue sous le nom de Gramm-Leach-Bliley Act, du nom de ses parrains au Congrès. Elle remplace le Glass-Steagall Act de 1933 et ouvre la voie à une spéculation financière effrénée et frauduleuse qui conduira, avec l’aide de la politique monétaire laxiste du gouverneur de la Réserve fédérale, à la crise financière de 2008. Confrontés à cette crise qu’ils n’avaient pas anticipée et dont l’ampleur les surprit, les dirigeants politiques et le gouverneur de Réserve fédérale choisirent de secourir les grandes banques alors qu’il eut fallu congédier leurs dirigeants, déclarer un moratoire, et venir en aide aux débiteurs naïfs et aux épargnants floués.
Sous l’effet de cette crise, le déficit du budget battu un nouveau record en s’élevant à 1.412 milliards de dollars en 2009, soit 9,8 % du produit intérieur brut. La réduction du déficit de la balance commerciale de 762 milliards en 2006 à 384 milliards ne doit pas faire illusion. Elle est due à la récession qui suivit la crise. La récession passée, le déficit de la balance commerciale reparti à la hausse pour atteindre 552 milliards en 2017. Le néolibéralisme qui a remplacé le keynésianisme n’a pas donné les résultats escomptés par ses adeptes – loin s’en faut.
 
Les mêmes causes produisant les mêmes effets, la situation économique actuelle conduit inévitablement à une nouvelle crise dont l’intensité sera plus forte que celle de 2008. Les autorités, ayant dilapidé les munitions nécessaires pour y faire face dans une maîtrise imparfaite de la crise de 2008, seront démunies.
Dans cette affaire, les Américains n’ont cessé de reporter la responsabilité de leurs erreurs sur les autres. Donald Trump ne fait pas exception.

Envoyé par l'auteur, 2 juillet 2018
Publié dans De par le monde
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Retraites : comment réformer la réversion ?
 
Le passage à un régime unique où les droits sont représentés par des points va évidemment remplacer par quelque chose de nouveau les différentes formules de réversion aujourd’hui en vigueur. En 2015, les "droits dérivés" se sont élevés à 36,1 Md€, soit 13,5 % des droits "directs", pourcentage qui a beaucoup diminué au fil des ans : il s’élevait à 22,6 % en 1990. Les bénéficiaires étaient au nombre de 4,4 millions en 2015, dont 89 % de femmes. Après avoir constaté que ce qui existe actuellement est loin d’être parfait, ce papier examine des remplacements possibles de la réversion dans deux scénarios : une réforme systémique complète, qui mettrait nos retraites par répartition juridiquement en accord avec la réalité économique ; et une réforme systémique partielle, unifiant le système et opérant le passage aux points tout en conservant le double rôle actuel des cotisations vieillesse, qui fait de nos retraites par répartition un système de Ponzi rendu obligatoire par les pouvoirs publics.
 
Des formules de réversion actuellement divergentes
A défaut de pouvoir passer ici en revue les dispositions spécifiques à chaque régime (il en existe plus de trois douzaines), examinons le cas des salariés du secteur privé et celui des fonctionnaires.
Supposons d’abord que le défunt ait été retraité du régime général et de l’ARRCO (plus l’AGIRC le cas échéant). La CNAV ne verse une pension de réversion au survivant que sous conditions de ressources : son montant diminue proportionnellement au dépassement d’un premier plafond, et s’annule au-delà d’un second plafond. En revanche, l’ARRCO et l’AGIRC versent une réversion indépendante des ressources du conjoint survivant. A la CNAV la pension de réversion plafonne à 54 % de la pension du défunt, tandis que le pourcentage est uniformément 60 % à l’ARRCO-AGIRC. Si le défunt a eu plusieurs conjoints, le partage du droit dérivé s’effectue entre eux, dans chacun de ces régimes, de façon proportionnelle à la durée de chaque mariage. En cas de remariage, la pension de réversion est supprimée à l’ARRCO-AGIRC, tandis que la CNAV la recalcule en fonction des revenus du nouveau couple.
 
Pour les fonctionnaires, la réversion, versée sans condition de ressources, a un taux moins généreux (50 %) et elle est supprimée non seulement en cas de remariage, mais aussi (en théorie ?) si le survivant reprend une vie de couple. Pour y avoir droit, il faut 4 années de vie commune, ou qu’un enfant soit né de l’union.
L’avènement d’un régime unique rendra obligatoire un choix du législateur entre le principe mis en œuvre par le régime général, qui considère la pension de réversion comme une aide en cas de ressources insuffisantes, et le principe retenu par l’Etat employeur et par les partenaires sociaux (pour les régimes complémentaires de salariés), qui en fait un droit indépendant des ressources propres du conjoint survivant.
 
Proposer aux couples un système de rente sur deux têtes
Difficilement concevable dans un régime par annuités et dans un patchwork de régimes, une logique patrimoniale et actuarielle peut être mise en place dans un régime unique où les droits à pension prennent la forme de points, qui sont en somme des actifs financiers (des parts de rente viagère).
Rien n’empêche en effet de mettre en commun, dans un régime matrimonial comportant la "communauté des acquêts", les points acquis par chacun des époux durant leur mariage, et de traiter ces points communs selon les techniques actuarielles des rentes sur deux têtes. Cela sera possible même si le régime unique conserve la formule économiquement absurde qui attribue les points au prorata des cotisations vieillesse, formule qui sera mis en place si E. Macron ne se rend pas compte qu’il est très dommage de perpétuer un système de Ponzi.

          En cas de réforme complète
Supposons un instant que, grâce à un effort de réflexion et d’ingénierie supplémentaire, les points du nouveau régime soient attribués au prorata des investissements dans la jeunesse (éducation des enfants par leurs parents et cotisations finançant l’entretien et la formation des enfants et des jeunes, seules contributions réelles à la préparation des futures pensions).
Dans un tel système, la mise en commun des points acquis par les époux durant leur mariage du fait de la mise au monde et de l’éducation des enfants coulerait de source, car les apports éducatifs de chaque parent ne peuvent guère être calculés séparément. Il s’y ajouterait un certain pourcentage des points acquis par les cotisations versées en vue de l’investissement dans la jeunesse (cotisations qui financeraient notamment la formation initiale, les prestations familiales, l’assurance maladie des enfants et des jeunes, l’assurance maternité, la Protection maternelle et infantile et l’Aide sociale à l’enfance).
Les conjoints pourraient naturellement, à leur initiative, aller plus loin dans la mise en commun, de façon à ce que la faiblesse des cotisations versées par l’un d’eux, davantage accaparé par les travaux domestiques, ne le désavantage pas.

          En cas de réforme a minima
Si l’on en reste à l’absurde attribution des points au prorata des cotisations vieillesse, la solution est une obligation de mise en commun d’une fraction assez importante des points acquis par chacun des deux époux au titre de la cotisation vieillesse.

          Dispositif temporaire durant la période de transition
Dans ce cas comme dans l’autre, la réversion stricto sensu entrera en extinction, au profit de la formule des rentes viagères sur deux têtes. Les pensions de réversion en cours seront conservées, comme les autres pensions en cours. Probablement faudra-t-il conserver aussi une formule aménagée de pension de réversion pour la période transitoire, le temps de mettre en place la rente sur deux têtes, et à cet égard l’adoption d’une formule proche de celle en vigueur à l’ARRCO-AGIRC parait souhaitable, puisqu’elle est cohérente avec le système des points qui aura définitivement remplacé celui des annuités.
 
Annexe : les rentes viagères sur deux têtes
On distingue les rentes "réductibles" et les rentes "réversibles". Les premières constituent en fait un assemblage de 2 rentes distinctes, donc dans le cas des pensions de retraite deux pensions totalement distinctes, une pour chacun des conjoints. Les secondes sont versées sans modification jusqu’au décès du conjoint survivant (en somme, réversion à 100 %).
Si le couple souhaite que le survivant ait simplement 50 % de la rente, il suffit d’une rente réductible. Si le but est d’obtenir davantage, par exemple 60 % (pourcentage de la réversion à l’AGIRC-ARRCO), on opèrera une combinaison de rente réductible et de rente simple. Pour cet exemple, il convient d’utiliser 80 % des points en rente réductible et 20 % en rente réversible. Chaque couple pourra choisir "à la carte" la proportion de rente réductible et de rente réversible qui lui convient, le cas échéant dans une fourchette définie par la réglementation, de façon à éviter le choix de solutions nettement spoliatrices pour l’un des époux.
Envoyé par l'auteur, 30 juin 2018
Publié dans En France
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Lecture : l’Etrange défaite, Marc Bloch, Gallimard 1990
 
Voici un grand classique que tout Français devrait avoir lu. Si j’en parle aujourd’hui, c’est parce que je viens juste de combler, la nuit dernière, une grave lacune à ma culture générale…
Marc Bloch est né en 1886, dans une famille de confession juive. Ancien élève de l’école normale supérieure, il est agrégé d’histoire, fondateur, avec Lucien Febvre, des Annales d’histoire économique et sociale. Ancien combattant de 1914-1918, mobilisé volontaire en 1940, bien que père de six enfants, il a été le témoin direct de la débâcle. Grand résistant, il a été arrêté par la Gestapo et fusillé le 16 juin 1944. Son manuscrit a été sauvé de justesse par des proches à qui il l’avait confié.
Marc Bloch pointe la responsabilité directe des généraux dans l’étrange défaite : "Quoi que l’on pense des causes profondes du désastre, la cause directe fut l’incapacité du commandement". Pour lui, le désastre fut avant tout celui de l’intelligence : les militaires français n’ont pas su penser, anticiper, concevoir, les conditions de la guerre moderne : "En d’autres termes, le triomphe des Allemands fut, essentiellement, de nature intellectuelle et c’est peut-être là ce qu’il y a eu en lui de plus grave." Les stratèges de l’armée française en sont restés, sur le modèle de batailles front contre front, 1914-1918, alors que les Allemands misaient sur les offensives éclairs, le mouvement. "Les Allemands ont fait une guerre d’aujourd’hui, sous le signe de la vitesse […] Nous n’avons pas su ou pas voulu comprendre le rythme, accordé aux vibrations accélérées, d’une ère nouvelle". Selon Marc Bloch : "Ils croyaient à l’action et à l’imprévu. Nous avions donné notre foi à l’immobilité et au déjà fait."
 
Pourtant, l’auteur ne limite pas les causes de la catastrophe aux carences de la pensée des stratèges de l’armée. Il met en cause le déclin intellectuel de la société française dans son ensemble dont celui des stratèges militaires n’est que le reflet. "Les états-majors ont travaillé avec les instruments que le pays leur avait fournis […] Ils ont vécu dans une ambiance psychologique qu’ils n’avaient pas toute entière créée." Marc Bloch porte une accusation générale sur le pays dans son ensemble, dans les années 1920 et 1930. A vrai dire, nul ne trouve grâce à ses yeux : la presse, les fonctionnaires, les chefs d’entreprise, les  industriels, les syndicats de salariés, les politiques de droite et de gauche – à équivalence -, le peuple lui-même, sont à ses yeux, tous à leur niveau, responsables du désastre. Le pays tout entier n’a pas voulu regarder la réalité en face, il s’est enfoncé dans le pacifisme et dans le déni. Il s’est enseveli la tête dans le sable.
 
Le point le plus fascinant de cet ouvrage : au cœur du désastre se trouve le déclin intellectuel de la France et notamment l’affaiblissement de l’enseignement de l’histoire (déjà!). L’histoire donne la vision en perspective qui permet de disposer du recul nécessaire face aux événements en cours et par là même d’en lire mécanisme, de les interpréter et d’anticiper : "Le passé a beau ne pas commander le présent tout entier, sans lui, le présent demeure inintelligible. Pis encore peut-être : se privant délibérément, d’un champ de vision et de comparaison assez large, notre pédagogie historique ne réussit plus à donner, aux esprits qu’elle prétend former, le sens du différent ni celui du changement." Bien au-delà de la seule étrange défaite de 1940, ce petit ouvrage est une sublime source de réflexion générale sur notre époque… Honte à moi de ne pas l’avoir lu plus tôt…

Paru sur maximetandonnet.wordpress.com, 28 juin 2018
Publié dans Devant l'histoire
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L’anéantissement de la politique française est-il inéluctable ?
 
L’anecdotique prend chaque jour une place croissante dans l’actualité intérieure française. A chaque jour sa petite phrase ou son micro-scandale : le tennis de la Lanterne, la piscine de Bregançon, le vol de 110 km du chef de l’Etat, sa leçon de politesse à un adolescent, ses petites phrases sur "la lèpre" ou le "pognon fou", les comptes de campagne, la nomination comme "chanoine", la fête de la musique à l’Elysée. Et quand l’attention médiatique s’éloigne de son obsession élyséenne, c’est pour replonger, ailleurs, dans le futile et l’accessoire : un tract qui ose formuler le nom "France" fait scandale, les cartons de Mme Calmels, les dédicaces de M. Hollande, … De fait, la provocation rythme la vie politico-médiatique. La polémique est banalisée au point de devenir la normalité. La politique française n’est même plus dans une logique de communication, qui suppose un message, mais dans une réalité virtuelle, un grand spectacle nihiliste.
 
L’insulte et la caricature y prennent une place grandissante. La France du bien, supposée jeune, moderne, accueillante et généreuse s’oppose à la "vieille France, raciste et homophobe" comme dit un chanteur, dans une guerre sans merci. La bonne conscience se déchaîne contre l’Italie et son gouvernement paria, qui a rejoint les autres maudits, le Royaume-Uni, la Pologne et la Hongrie, dans le camp du mal. Bientôt l’Allemagne ? L’idée même de songer à maîtriser sa frontière – comme l’ont fait toutes les nations de la planète à toutes les époques de l’histoire – aux yeux des bonnes consciences françaises, est devenue insoutenable. La pureté généreuse, d’une part, et le mal réactionnaire, d’autre part, c’est-à-dire l’ange et la bête, se livrent quotidiennement à une guerre haineuse en toutes les occasions : l’Aquarius, la "fête de la musique" à l’Elysée, le projet de concert de Medine au Bataclan. Souvent, "qui veut faire l’ange fait la bête" : mais qui est encore capable d’entendre la fameuse pensée ?
 
Le culte de la personnalité écrase tout sur son passage. La seule question qui compte : adorer ou détester l’occupant de l’Elysée. En dehors de ce sujet, plus rien n’existe. Quatre ans à l’avance, l’obsession présidentialiste bat déjà son plein, ronge les esprits. La sondagite se déchaîne. La vie politico-médiatique se réduit inexorablement à une question : la future élection présidentielle en 2022. Quel sera le prochain "sauveur providentiel" du pays à l’horizon de quatre ans ? Une question qui déjà, écrase tout le reste. Le culte du chef n’a jamais été aussi puissant dans une France "d’en haut" qui, paradoxalement, vomit l’autorité. Il n’est rien d’autre que le masque du néant politique.
La vérité n’intéresse plus personne. Une partie de l’opinion publique s’extasie devant la "transformation de la France". Au-delà des coups de menton, qu’est-ce qui a authentiquement changé, quelles sont les améliorations, réelles, concrètes intervenues dans le champ économique et social ? Par-delà l’intoxication quotidienne, qui aurait l’idée, simplement, de se poser la question ? Le chômage de masse, la croissance en berne, l’endettement public, le déficit commercial. Voilà les sujets dont nul ne parle plus. Où en est la société française, ses problèmes d’exclusion, de violence, de pauvreté, de communautarisme ? Où en est le niveau intellectuel du pays après des décennies de saccage de l’enseignement du français, de l’histoire et de la philosophie ? Qui oserait, aujourd’hui, se hasarder à poser de telles questions ?
 
Jamais peut-être dans l’histoire moderne la coupure entre les élites dirigeantes, politiques, médiatiques, judiciaires, économiques, et la majorité silencieuse, n’avait été aussi profonde. Le thème de la France unie et indivisible a disparu, tant il sonne faux dans le contexte actuel. Un couvercle de mépris s’est abattu sur le pays. Il s’exprime dans les termes qu’utilisent ceux "d’en haut" pour parler de ceux "d’en bas" : les terreux, les populistes ou les sans-dents…
 
Mais le plus nouveau, le plus étrange, c’est l’absence de toute espérance d’une relève, d’une alternance possible. L’apathie et l’indifférence ont gagné les esprits. Le parti socialiste a quasiment disparu, pour l’essentiel reconverti en LREM, les Républicains se noient dans leur guerre des chefs, et plus personne ne croit sérieusement en l’avenir du lepénisme. Peut-on mettre fin à l’anéantissement de la politique française, restaurer le débat d’idée, la notion de démocratie et la conscience d’un destin commun ? Dans les circonstances de désarroi collectif, 1794, 1870, 1940 et la Résistance, 1958 autour de de Gaulle, le salut vient d’un groupe de personnes qui choisissent de faire prévaloir l’intérêt général sur la maladie de l’ego et de s’unir pour lancer un signe d’espoir au pays. Mais nous n’en sommes pas là…

Paru sur Figarovox, 25 juin 2018 - publié sur maximetandonnet.wordpress.com, 28 juin 2018
Publié dans Du côté des élites
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Humanae vitae : un Magistère à défendre
 
Nous célébrerons en juillet prochain le cinquantenaire de l’un des documents pontificaux les plus mal compris : Humanae vitae (HV). Ce texte, qui prenait courageusement à contre-pied l’idéologie dominante, était en fait une initiative prophétique de Paul VI, tant la contraception allait avoir de répercussions fondamentales sur la sexualité et la famille, ce que personne, excepté le pape et quelques visionnaires comme Karol Wojtyla, n’avait entrevu.
En effet, la contraception a opéré un bouleversement sans précédent des comportements qui a radicalement changé l’approche de la sexualité : en déconnectant totalement cette dernière de la procréation, on a déconnecté du même coup sexualité et amour véritable – au sens de don de soi, d’engagement et de fidélité dans la durée (à vie) en vue de fonder une famille. La sexualité n’est plus alors la conséquence de l’amour (sa dimension unitive), elle répond désormais à l’appel du simple désir physique, fût-il passager et superficiel. Certes, il s’est toujours pratiqué une certaine distinction entre sexualité et procréation, mais cette distinction ne valait pas séparation en ce sens que la sexualité demeurait ouverte à la vie, même quand une naissance n’avait pas été souhaitée. Aujourd’hui, le lien sexualité-procréation est tellement rompu que l’avortement est là pour régler le "problème" de l’enfant non désiré après l’échec d’un moyen contraceptif.
 
Dissociation sexualité-procréation
Or, les dissociations sexualité-procréation, puis sexualité-amour ont eu pour conséquence de déresponsabiliser les personnes et de banaliser la sexualité réduite à une simple fonction de plaisir qui, dès lors, se pratique avec n’importe quel "partenaire", même inconnu, souvent utilisé comme simple objet de jouissance – cela rejoint la "culture du déchet" que combat le pape François et dont l’égoïsme est le fondement. Mais les effets sont encore plus profonds. Ces dissociations n’ont pas seulement banalisé la sexualité hors mariage entre l’homme et la femme, elles ont aussi "légitimé" toutes sortes de pratiques sexuelles d’une part, notamment entre personnes de même sexe, et la procréation "technique" par PMA ou GPA d’autre part : ainsi l’enfant, devenu objet d’un "droit" pour les adultes, se fabrique (selon des critères eugéniques) et s’achète comme une vulgaire marchandise. On peut désormais avoir un bébé sans sexualité (PMA) et sans maternité (GPA).
Tout est lié, tout s’enchaîne logiquement et c’est en cela qu’HV est un texte prophétique : l’encyclique avait mis le doigt sur l’origine de l’engrenage dans lequel nous avons été happés. L’argumentation d’HV appuyée sur la loi naturelle était juste, mais appelait assurément un développement – d’où l’apport personnaliste précieux de saint Jean-Paul II dans sa "théologie du corps" et son encyclique Veritatis splendor (VS, 1993), texte essentiel à relire pour bien comprendre les enjeux actuels d’HV.

En effet, les mêmes arguments avancés contre HV, et définitivement démontés dans VS, ont été repris par ceux qui espéraient faire évoluer la doctrine de l’Église sur les "divorcés remariés" après la publication d’Amoris laetitia. Et l’on voit poindre à nouveau ces raisonnements à l’approche de l’anniversaire de l’encyclique de Paul VI. Or, VS rappelle trois points majeurs de toute bonne théologie morale : le lien de subordination indispensable de la liberté à l’égard de la vérité ; la bonne intention ou la fin juste visée par le sujet, pas plus que les circonstances légitimes ou les conséquences bienfaisantes, ne suffisent à rendre bon un acte dont l’objet est intrinsèquement mauvais ; en conséquence, la bonne conscience – sans se soucier de savoir si elle a cherché à se former correctement – ne peut décider de façon autonome du bien et du mal, ni s’auto-satisfaire. À partir de là, Jean-Paul II montre les erreurs du "conséquentialisme" et du "proportionnalisme" qui ont resurgi récemment : "Le premier entend définir les critères de la justesse d’un agir déterminé à partir du seul calcul des conséquences prévisibles de l’exécution d’un choix. Le second, qui pondère entre eux les valeurs de ces actes et les biens poursuivis, s’intéresse plutôt à la proportion qu’il reconnaît entre leurs effets bons et leurs effets mauvais, en vue du “plus grand bien” ou du “moindre mal” réellement possibles dans une situation particulière" (VS 75).
 
Une "évolution inévitable" ?
Ceux qui, aujourd’hui, s’offusquent qu’un document comme Amoris laetitia soulève des questions parmi les chrétiens, jusque chez les cardinaux, ne se gênent guère pour contester frontalement HV ! Au regard des attaques subies par l’encyclique de Paul VI depuis 1968, les dubia de 2016 des quatre cardinaux apparaissent pourtant comme un modèle de déférence à l’égard du pape !
Mais il est surtout un type d’argument, ressassé à l’envi, auquel il ne faut pas céder : celui de "l’évolution inévitable" des mœurs qui rend la morale chrétienne inaccessible, laquelle doit donc être aménagée. Dans l’ordre moral, l’histoire montre que rien n’est jamais acquis définitivement, dans le bien comme dans le mal : il n’existe donc pas "d’évolution inévitable". Et c’est avoir un grand mépris pour nos contemporains que de les juger incapables de s’élever moralement, comme si la grâce n’était pas là pour suppléer à notre faiblesse humaine. N’existe-t-il pas des couples épanouis qui vivent sereinement selon la loi naturelle et le Magistère de l’Église ? L’erreur est de croire qu’il peut être facile d’être chrétien et qu’il suffirait pour cela de s’aligner sur les exigences du monde présent, alors que nombreux sont ceux qui attendent de l’Église une parole forte de vérité, à contre-courant des fausses facilités de la culture ambiante.

Paru sur lanef.net, éditorial de juin 2018
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Immigration : pourquoi le pape se trompe
 
S’il est une personnalité dont il ne faut pas suivre les conseils concernant l’immigration,c’est le pape François. C’est pourtant ce que risque de faire Emmanuel Macron. A l’issue de sa rencontre avec le Saint Père, mardi au Vatican, le chef de l’Etat a confié que la conversation avait notamment porté sur "les populismes". Selon La Croix de ce mercredi, les deux hommes partagent la conviction qu’il faut aujourd’hui "entendre les angoisses dans la société, mais ne pas céder à la manipulation de ces peurs". Or la position que défend le pape, d’une ouverture de l’Europe à l’Autre, n’est qu’en apparente conformité avec le message du Christ ("J’étais étranger et vous m’avez accueilli", Matthieu). Le 16 avril 2016, sur l’île grecque de Lesbos, François a invité les Européens à l’accueil sans limite des étrangers, comme le rappelle Jean-Philippe Vincent dans une note pour la Fondation pour l’innovation politique (1) : "L’Europe est la patrie des droits humains, et quiconque pose le pied en terre européenne devrait pouvoir en faire l’expérience (…)", avait-il notamment déclaré. Cependant, cette vision millénariste, qui voudrait faire la cité de Dieu sur terre en oubliant les nations, est contestable et dangereuse. Le christianisme n’a jamais eu pour prétention d’être une doctrine politique destinée à changer le monde. "Mon royaume n’est pas de ce monde", dit Jésus. Comme l’écrit Jean-Louis Harouel dans un livre déjà cité (2) : "La manière chrétienne de changer le monde consiste à se changer soir-même", tandis que la démarche millénariste vise "à changer les autres". C’est ainsi que François est en train de faire de l’Eglise une ONG droit de l’hommiste, insensible aux angoisses identitaires des Européens qui se tournent vers les populistes honnis.
 
Légitimes sont les peurs de ceux qui s’affolent de l’angélisme du Vatican et de l’entêtement de Macron à ne pas percevoir la crise migratoire. Le président préfère parler de "crise politique", au prétexte que les flux de clandestins ont effectivement baissé depuis 2015. Mais cet argument factuel ne tient pas, si gouverner c'est prévoir. Or la pression migratoire actuelle n’est rien en comparaison de ce qui s’annonce. Selon un rapport de l’Onu de 2016, 60 millions de jeunes arabes se retrouveront, dès 2020, devant un marché du travail saturé. Quant à l’Afrique, qui compte 1,2 milliard d’habitants (Europe : 510 millions), elle sera forte de 2,5 milliards d’habitants en 2050, tandis que l’Europe en aura perdu 60 millions. Si rien n’est fait dès à présent pour protéger l’Europe de l’immigration, il n’est pas besoin d’être prophète pour annoncer de profonds déséquilibres culturels et religieux à venir. Ce mercredi matin, le navire humanitaire Lifeline attendait encore d’être autorisé à accoster sur l’île de Malte, l’Allemagne n’ayant toujours pas donné son aval à la solution commune retenue hier pour répartir les "migrants". Jeudi et vendredi, le Conseil européen, qui a toujours vanté les mérites de l’immigration, va devoir se confronter à ses erreurs et à leurs conséquences politiques. Elles mettent en péril l’avenir d’Angela Merkel. Si les européistes persistent dans leur ouverture impensée, en se contentant de la bénédiction papale, les peuples ne tendront pas l’autre joue.
(1) Ethique de l’immigration, juin 2018, Fondapol
(2) Revenir à la nation, Editions Jean-Cyrille Godefroy, 2014

Paru sur blog.lefigaro.fr/rioufol, 27 juin 2018
Publié dans A tout un chacun
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A travers la presse, les réalités de l'islam
 
La multiplication des attentats commis au cri de "Allah akbar " comme de ceux qui ont été déjoués, la lassitude suscitée par la ritournelle obligée du "pas d’amalgame", le choc provoqué dans l’opinion par le sacrifice du Colonel Beltrame semblent avoir levé une partie du couvercle, imposé par la "bien-pensance", qui empêchait d’aborder en vérité les questions que pose l’Islam à notre société.
 
La tribune "Non au séparatisme islamique" de plus d’une centaine d’intellectuels, publiée dans Le Figaro du 20 mars dénonçant "un apartheid d’un nouveau genre proposé à la France" par "le totalitarisme islamiste", et celle signée par 300 personnalités dans Le Parisien du 22 avril pour demander, face au "nouvel antisémitisme", "que les versets du Coran appelant au meurtre et au châtiment des juifs, des chrétiens et des incroyants soient frappés de caducité par les autorités théologiques " en sont une illustration marquante. Mais au-delà de ces interventions spectaculaires, plusieurs questions de fond ont été traitées ces derniers mois dans les médias. Vous en trouverez ci-dessous les éléments qui, concernant les réalités de l’islam, nous ont paru les plus importants.
 
L'islam n'est pas qu'une religion
"L’islam est à la fois une religion et un système juridique… la charia est décisive. Ce système de lois régit la totalité du comportement humain, y compris le religieux… La charia peut évoluer, mais ce qui reste, c’est l’idée selon laquelle la raison humaine n’est pas capable de déterminer par elle-même la bonne conduite." (Rémi Brague, Le Figaro 8 février 2018).
 
Propos qui font écho à ceux du très courageux écrivain algérien Boualem Sansal : "Cela fait des siècles que l’intelligence et la raison ont abdiqué devant l’islam" (Valeurs actuelles 15 janvier 2015).
"Dans l’islam on n’a pas besoin de conscience puisque la loi vous dit ce que vous avez à faire… La charia gouverne tout. L’islam constitue une civilisation clefs en main qui, en principe, peut vous donner toutes les recettes qui vous permettront de faire la volonté de Dieu dans toutes les circonstances de la vie, jusqu’au moindre détail. " (Rémi Brague, L’Homme Nouveau, 3 mars 2018)
 
C’est ce que confirment Hassan el-Banna, fondateur des Frères musulmans : "l’Islam est dogme et culte, patrie et nationalité, religion et Etat, spiritualité et action", et Hani Ramadan, son petit-fils et frère de Tarik : "C’est une organisation complète, qui englobe tous les aspects de la vie… C’est une culture et une juridiction, une science et une magistrature." (Valeurs Actuelles, 6 mars 2018)
 
Quelle différence entre islam et islamisme
"Il y a une différence de degré mais pas de nature entre islam et islamisme. La vraie séparation de nature apparaît entre un islam orthodoxe qui a une facette islamiste et un islam libéral réformiste qui est jugé totalement hérétique… ( et ce "depuis le Xème siècle lorsqu’il y a eu le blocage des écoles juridiques de l’islam"). L’islam orthodoxe sunnite est un tout qui n’accepte pas l’autocritique et qui n’a jamais remis en question les sources légales de la violence sacrée de l’islam. C’est là que puise le djihadiste pour légitimer et déculpabiliser son acte barbare… C’est pour cela que les djihadistes et les islamistes radicaux ne sont pas les seuls à excommunier les musulmans réformistes, puisque l’Université el-Azhar du Caire a elle-même excommunié tous les musulmans qui proposaient un islam rationnel qu’on appelle le mutazilisme…, qui propose d’utiliser la raison et de considérer le Coran comme créé par l’homme afin de pouvoir l’interpréter." (Alexandre del Valle, Boulevard Voltaire, 29 mars 2018).
 
Pascal Bruckner et Gilles Kepel font une analyse très proche :
Le terrorisme et l’intégrisme – salafistes et Frères musulmans- sont des frères jumeaux qui s’épaulent et agissent par des moyens différents … el-Azhar, qui est la "Sorbonne" de l’islam a attendu la fin de l’année 2014 pour condamner Daech."  (Pascal Bruckner, Le Figaro, 24 mars 2018).
 
Elle n’a d’ailleurs toujours pas répondu à l’adjuration du Président El Sissi, venu lui dire le 28 décembre 2014 "nous avons besoin de changer radicalement notre religion" et demander à son Grand Imam de parler car "la nation islamique est déchirée, détruite, court à sa perte."
"Le salafisme prêche une rupture culturelle fondamentale avec les valeurs de la société française. C’est sur cette vision des choses… que reposent aussi bien les doctrines du salafisme que du djihadisme. A la différence que celui-ci passe à l’acte et la traduit dans la violence. "(Gilles Kepel, Le Figaro magazine, 23 février 2018).
 
Mais il est difficile de tenir pareil discours, même si sa véracité est attestée par des textes entiers de la Ligue islamique mondiale et de l’Organisation de la Coopération islamique d’imams séoudiens, y compris le Grand mufti d’Arabie saoudite qui incitent les musulmans à refuser les mœurs des sociétés mécréantes, à islamiser l’Europe et à se plaindre de l’islamophobie pour désarmer les mécréants" (Alexandre del Valle, ibid.).
Car l’accusation d’islamophobie, source de multiples procès et "arme de destruction massive du débat intellectuel " (Pascal Bruckner, Le Figaro Magazine, 27 janvier 2017) a aussi été utilisée pour "chercher à interdire toute critique du dogme le plus rigoriste au sein de la communauté musulmane", tentative d’interdiction appuyée par "une nébuleuse islamo-gauchiste qui va aujourd’hui jusqu’aux Indigènes de la République et a touché certains partis comme la France insoumise." (Gilles Kepel, ibid.), et "des élites occidentales qui, par aveuglement ou pusillanimité se sont persuadées que magnifier l’islam fait reculer l’islamisme." (Boualem Sansal, interrogé par Annie Laurent, La Nef, novembre 2017).
 
L'indispensable émancipation de la pensée islamique
"Il est temps de refonder la pensée théologique islamique" affirme le théologien Ghaleb Bencheikh, présentateur de l’émission "questions d’islam" le dimanche matin sur France Culture. "Chaque jour que Dieu fait, des dizaines de vies sont fauchées par une guerre menée au nom d’une certaine idée de l’islam… ce n’est plus suffisant de clamer que ces crimes n’ont rien à voir avec l’islam… Ce n’est plus possible de pérorer que l’islam c’est la paix, c’est l’hospitalité, c’est la générosité … C’en est devenu insupportable ! La monstruosité idéologique de Daech, c’est le wahabisme en actes. C’est le salafisme dans les faits, la cruauté en sus. L’historicité et l’inapplicabilité d’un certain nombre de textes du corpus religieux islamique sont d’évidence, une réalité objective."
 
C’est ce que G. Bencheikh appelle "la partie belligène du patrimoine religieux islamique" qu’il est temps, dit-il, "de décla rer anti humaniste." Il importe "de renouer avec l’humanisme d’expression arabe… Il est consternant que cet humanisme soit oblitéré, effacé des mémoires et totalement occulté." (site internet : refonder-pensee-theologie-islam).
 
Mais cette réforme ne peut venir que des musulmans eux-mêmes, même si notre dialogue avec des islamologues non musulmans peut y contribuer. C’est ce qu’après Pascal Bruckner et Rémi Brague dit la philosophe Razika Adnani, membre du Conseil d’orientation de la Fondation de l’islam de France et présidente des Journées internationales de philosophie d’Alger :
"Tout discours concernant la réforme de l’islam venant de non musulmans… sera vu par la grande majorité des musulmans comme une intrusion étrangère dans les affaires de leur religion et une nouvelle offensive de l’Occident contre l’islam. Ce sera un alibi pour les conservateurs pour riposter et précipitera ainsi l’échec du projet de réforme que certains musulmans, qui ne vivent pas forcément en France, veulent porter aujourd’hui… et qui n’est pas celle de l’islam de France, mais celle de l’islam tout court. L’idée d’un islam de France… spécifique à la France est une utopie… et comporte une arrogance teintée d’une ignorance… elle ne fera que renforcer les attaques de ceux qui croient détenir le vrai islam."(Figaro vox, 28 février 2018)
 
Mais cette réforme est essentielle et doit être encouragée ; comme le dit Boualem Sansal :
"Je tiens à alerter sur ce qui, à mon avis, est le problème numéro 1 de notre époque : l’islamisation conquérante, dont l’islamisme est une composante forte." (La Nef, novembre 2017).
Paru sur associationclarifier.fr, dans La Petite Feuille verte, 21 juin 2018
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Déboussolés !
 
Que ce soit dans le secteur privé ou dans le secteur public, les exemples abondent de crédulités, de naïvetés, de conceptions erronées prises pour des idées géniales, d’erreurs et d’incertitudes à peine croyables sur des résultats chiffrés. Les idées fausses mais "politiquement correctes" conduisent à des gaspillages étonnants. Aurions-nous perdu nos boussoles – notre bon sens ?
 
La confusion des cerveaux et des comptes dans le secteur privé
La dernière en date des révélations dans le domaine des estimations chiffrées concerne "les vrais chiffres de l’exit tax", pour reprendre le titre utilisé dans le journal Les Echos de ce jour, le 27 juin. Ce quotidien économique annonce une erreur gigantesque sur les précédentes annonces officielles relatives aux recettes attendues de cette ponction instaurée sur les plus-values réalisées par les entrepreneurs ayant choisi d’émigrer : il ne s’agirait pas de 6 Md€, chiffre avancé en Commission des finances à l’Assemblée nationale par le directeur de la législation fiscale, mais seulement de 1,55 Md€. Encore faut-il se méfier d’une confusion possible : le Conseil des prélèvements obligatoires (CPO) a donné une évaluation à 803 M€, mais ce chiffre concerne parait-il uniquement l’impôt sur le revenu, pas les prélèvements sociaux, qui sont eux aussi des prélèvements obligatoires, et donc du ressort du CPO.
 
La veille, un article du même journal annonçait un "record de pyramides de Ponzi démasquées aux Etats-Unis". Cette forme d’arnaque, portée à son apogée par le célèbre Bernard Madoff, consiste à proposer des placements procurant des rendements merveilleux, et à utiliser les sommes récoltées pour payer effectivement les intérêts promis et mener la belle vie. Cela dure jusqu’à ce que décline le montant des apports de nouveaux fonds, et que trop de déposants demandent le remboursement de leurs avoirs, ce qui entraîne des refus pour cause de caisse vide et l’intervention de la justice. Bien que de telles arnaques se produisent depuis des décennies, la crédulité est grande et le bon sens loin de chez nous.
Le succès des cryptomonnaies, signes numériques dépourvus de valeur réelle, à la différence des monnaies de crédit qui ont comme contrepartie des prêts finançant principalement les entreprises et l’immobilier, est un autre exemple du manque de bon sens chez un certain nombre de nos contemporains, et de l’absence de scrupules de "petits malins" prêts à chercher à s’enrichir aux dépens des nigauds. Bien entendu, de même que, dans la nature, les gros prédateurs mangent souvent les moins coriaces, beaucoup de ces "petits malins" qui croient au Père Noël se font berner par d’autres, plus astucieux ou mieux organisés.
 
La confusion intellectuelle dans les affaires publiques
Ce manque de boussole intellectuelle ne se constate pas seulement du fait d’erreurs d’estimation ou de manœuvres, légales ou illégales, destinées à s’enrichir sur le dos de personnes trop crédules. Il affecte de nombreuses décisions publiques. Là encore, il suffit d’ouvrir le journal du jour pour tomber sur des exemples d’aveuglement. Regardons cette fois Le Figaro du jour où j’écris, le 27 juin : un inspecteur général des finances, Patrice Cahart, y expose de façon nette et précise le gaspillage engendré par la mode qui pousse les pouvoirs publics à remplacer les centrales nucléaires par des éoliennes. Obligée d’acheter le courant éolien à un prix double de celui qu’elle obtient de sa revente, EDF se ruine ; beaucoup de nos paysages sont défigurés, et nous allons devoir ouvrir davantage de centrales thermiques pour prendre le relais lorsqu’il n’y a pas assez ou trop de vent : l’effet sur la production de gaz carbonique sera l’inverse de celui recherché. Tout cela suite à l’engouement irrationnel d’une partie de la classe politique pour une écologie de pacotille.
 
Le système de santé est pareillement victime – et les Français avec lui – d’idées absurdes concernant les économies possibles en la matière. Il y a une vingtaine d’années, les admissions en seconde années de médecine ont été réduites de façon sauvage dans le but de diminuer la consommation médicale. Depuis quelques années, c’est la chasse aux lits d’hôpitaux qui a pris le relais : ainsi se réjouit-on que 4 000 lits aient été supprimés en 2016 ! La première de ces politiques malthusiennes a pour conséquence que la France fait venir des médecins de pays dans lesquels ils sont déjà trop rares. La seconde aboutit à priver les hôpitaux de lits d’appoint qui ne coûtent pas grand-chose s’ils sont inutilisés, mais peuvent se révéler très utiles pour des patients qui n’ont personne pour s’occuper d’eux quand ils regagnent leur domicile après une opération, et pour se débrouiller lorsque se produit une vague d’entrées imprévue, par exemple suite à une épidémie, à une catastrophe ou à un attentat ayant fait de nombreuses victimes.
Les pouvoirs publics donnent ainsi fréquemment l’exemple d’une absence de bon sens tout-à-fait désastreuse pour l’efficacité des services publics, et donc mauvaise pour le pays et pour les Français. Or ce déficit de bon sens s’explique en grande partie par des modes intellectuelles qui s’imposent en devenant "politiquement correctes".
 
La crédulité des décideurs publics face à des affirmations péremptoires, telles que "le privé peut faire cela mieux et moins cher", ou "le numérique va nous procurer une simplification et des économies de gestion fantastiques", provoque des gaspillages en série, pour deux raisons principalement : premièrement, le secteur privé est dans bien des cas inadapté pour produire des services publics, et les commanditaires sont incapables de négocier correctement les contrats et de veiller au grain lorsqu’ils s’agit de surveiller leur mise en œuvre ; deuxièmement, s’agissant d’informatique, bon nombre de hauts fonctionnaires ne sont pas aptes à veiller à la réalisation correcte de ce qu’ils demandent, si bien que le résultat est un raté fantastique comme Louvois pour la solde des militaires ou le logiciel du RSI pour la sécurité sociale.
Dans un grand nombre de cas d’échec retentissant, de fonctionnement médiocre, de surcoût inadmissible, la cause première est la propension à croire au Père Noël qu’ont bon nombre de personnes nanties de diplômes prestigieux et de réputations solides, auxquelles ont été confiées des responsabilités importantes.

Envoyé par l'auteur, 27 juin 2018
Publié dans Du côté des élites
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Faire contribuer l’action locale au redressement national
 
Tous ceux qui ont participé, directement ou indirectement, à la vie politique nationale depuis une quarantaine d’années, peuvent témoigner que celle-ci a été source de déceptions aussi récurrentes que cruelles pour les convictions que nous portons, soit que les espérances mis en tel dirigeant se soient révélées trompeuses, soit que le résultat des élections ait déjoué ces mêmes espérances : le cru 2017 vient de le confirmer encore une fois !
En revanche, l’action locale, qu’elle soit communale, départementale ou régionale, permet bien davantage d’inscrire ses convictions dans le pays réel.
Les raisons en sont assez claires : tout d’abord, on le sait, l’idéologie tient peu de place au niveau des territoires. Dès lors qu’on cherche à résoudre des problèmes tels que la sécurité des biens et des personnes, le soutien aux commerçants et aux autres chefs d’entreprise, le logement des familles, la scolarisation et l’accueil des tout petits, la voirie, le secours aux plus démunis, etc… les choix sont le plus souvent dictés par le terrain. Si on ajoute que les exécutifs locaux ne peuvent, à la différence des gouvernements, présenter un budget en déficit, ne serait-ce que d’un euro, on comprend pourquoi la bonne gestion est également la marque nécessaire de la gestion territoriale… Ensuite, parce que le rôle des partis y est bien plus réduit, y compris dans les plus grandes villes : je le constate tous les jours dans la mienne qui dépasse les 85 000 habitants. Même lorsque le responsable de l’équipe aux commandes se prévaut d’une étiquette politique, celle-ci est vite effacée par les préoccupations quotidiennes, d’autant plus que la plupart des autres élus n’ont pas d’appartenance partisane. Enfin, et cela est peut-être l’essentiel, dans une collectivité où les rencontres sont quotidiennes entre élus et habitants, qui partagent la même vie et se retrouvent dans les mêmes lieux, on ne peut pratiquer la "langue de bois" et l’action politique est immédiatement jugée en fonction de ses résultats.
 
Dès lors, deux possibilités se présentent : soit, concentrer ses efforts sur la seule gestion, dont on connait les "figures imposées" –réductions des dépenses, économies d’effectifs, modération des investissements pour ne pas augmenter excessivement la dette-. Cet impératif, qui est loin d’être négligeable, n’entrainera pour autant aucune adhésion profonde –même s’il se traduit notamment par une pause fiscale - s’il ne s’accompagne pas d’un véritable projet collectif, fondé sur une vision à long terme de la collectivité. Et c’est là – seconde possibilité - que l’action locale peut porter de vrais fruits : dans une commune en particulier, lieu d’excellence de l’incarnation politique, il appartient à ceux qui exercent une responsabilité de donner du sens à leur action en prenant des initiatives qui peuvent progressivement transformer le comportement et le cadre de vie des habitants. Les exemples sont très nombreux : aide à la création d’une école indépendante en lui cédant un terrain ou un local devenu sans objet, soutien à l’accueil des futures mères en difficulté et aux modes de garde familiaux, encouragement à la mixité générationnelle dans le parc social, préparation au mariage civil, politique d’intégration systématique pour les nouveaux naturalisés, découverte du patrimoine culturel national pour les élèves, participation des citoyens à des missions civiques en créant, entre autres, des auxiliaires de sécurité, renforcement de la solidarité au sein des conseils de quartier, organisation de conférences sur des sujets de fond, attention marquée aux projets culturels, spectacles vivants avec le concours des habitants… la diversité des actions possibles est considérable et riche de conséquences très positives.
 
En outre, s’agissant du "Comment faire", chacune de ces actions peut être facilement confiée à un adjoint ou un conseiller municipal et s’appuyer sur une association existante : le principe de subsidiarité doit pleinement s’appliquer.
Au lieu donc de se satisfaire de lamentations permanentes sur les malheurs du temps – et Dieu sait qu’ils sont graves - tournons-nous délibérément vers les potentialités de ces actions locales : que nous soyons élus, animateurs associatifs ou simples citoyens capables d’en convaincre nos édiles, soyons initiateurs de projets qui, demain, de proche en proche, feront plus pour la renaissance de la société française qu’un changement de majorité au Parlement

Article publié dans la revue Permanences n°565, envoyé par l'auteur,18 juin 2018
Publié dans A tout un chacun
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L'Europe fracturée par l'immigration illégale
 
FIGAROVOX/CHRONIQUE - Il n'y a pas, en ce début de troisième millénaire, de sujet géopolitique plus important que l'explosion démographique en Afrique.
 
Au moment des indépendances, dans les années 1960, le continent africain comptait 250 millions d'êtres humains. Aujourd'hui, en 2018, la population africaine a atteint 1,25 milliard d'êtres humains. Et on prévoit qu'elle doublera d'ici à 2050.  À une ou deux exceptions près, les administrations des pays africains sont submergées par cette croissance exponentielle de leur population. Ni la production agricole, ni les infrastructures, ni l'urbanisation, ni la scolarisation, ni la création d'emplois durables pour la jeunesse n'arrivent à suivre.
Quand bien même jugerait-on possible pratiquement de relever un tel défi démographique que manquerait sur place la gouvernance étatique. Soixante ans de coopération technique européenne en territoires africains indépendants n'ont pas réussi à y greffer le concept pourtant élémentaire de planning familial. "Si nous ne réduisons pas la taille de nos familles, notre pays continuera à souffrir de la pauvreté parce que les ressources disponibles ne pourront plus couvrir nos besoins", a reconnu Goodluck Jonathan, ancien président (2010-2015) du Nigeria.
C'est de ce pays aux richesses naturelles fabuleuses, mais mal gérées et mal partagées depuis l'indépendance en 1960, que provient aujourd'hui le plus grand nombre de ces jeunes immigrants illégaux qui essaient par tous les moyens d'atteindre les rivages du nord de la Méditerranée. Le Nigeria comptait 34 millions d'habitants en 1960. Il en compte aujourd'hui presque 200 millions.

L'Europe se retrouve seule à devoir gérer le problème planétaire qu'est l'explosion démographique du continent noir. Politiquement, l'Amérique et la Chine s'intéressent peu à l'Afrique, et seulement du point de vue de l'exploitation de ses richesses naturelles. L'Europe se retrouve donc en première ligne. Elle fonctionne comme un aimant à l'égard de la jeunesse africaine. On assiste à un début de déversement de la jeunesse africaine vers un prétendu eldorado européen, et ce pour quatre raisons : la proximité géographique ; l'existence en Afrique du Nord de réseaux de trafiquants d'êtres humains bien organisés ; la porosité des frontières physiques européennes ; la générosité des systèmes sociaux des pays membres de l'Union européenne.
Par exemple, la France représente 1 % de la population mondiale, 4 % de la production de richesse mondiale, 15 % des dépenses sociales mondiales. Peu de pays comme la France offrent à ses habitants les plus pauvres un revenu minimum garanti, l'instruction secondaire et supérieure gratuite, les colonies de vacances gratuites, les soins médicaux gratuits, ainsi que la prise en charge d'une partie des frais de logement. En Chine, pays qui se dit pourtant toujours communiste, tous ces services sont payants.
Le meilleur moyen de s'installer en Europe pour un immigré illégal est de se faire passer pour un réfugié politique et d'invoquer le droit d'asile. Celui-ci a été forgé par les Français de 1789 pour accueillir les étrangers persécutés dans leurs pays pour avoir défendu les idéaux de la Révolution française. On assiste aujourd'hui à un détournement massif du droit d'asile, car l'écrasante majorité des réfugiés sont des réfugiés économiques. Une fois qu'il a mis le pied sur le sol européen, le migrant sait qu'il pourra y rester à loisir, car les reconduites forcées vers l'Afrique sont statistiquement rares.

Il est évident que les pays européens n'ont plus les moyens économiques, sociaux et politiques d'accueillir toute la misère du monde. Il est tout aussi évident qu'il n'y a aujourd'hui aucune solution miracle, tant sont complexes les problèmes humanitaires et juridiques soulevés par les migrations sauvages. Après l'échec du minisommet préparatoire du 24 juin 2018, le sommet européen du 28 juin promet d'être tendu.
Peu familiers de l'Afrique, et n'y ayant jamais eu de colonies, les pays d'Europe de l'Est refusent que l'Allemagne et la France leur imposent des quotas de migrants. Ils estiment que les sociétés multiculturelles sont un échec. Ils s'étaient déjà rebellés en 2015, lorsqu'ils n'avaient accepté du Levant que des réfugiés chrétiens, faisant observer que le christianisme disparaissait en Orient, alors que l'islam progressait en Occident.
Cela n'aurait aucun sens, ni juridique, ni politique, d'infliger une punition aux pays du groupe de Visegrad (Pologne, Tchéquie, Slovaquie, Hongrie). Quand ils ont rejoint l'Union européenne, ils ne se sont jamais engagés, ni à obéir à Paris et à Berlin, ni à recevoir chez eux sans visas des populations africaines ou moyen-orientales.
En revanche, en raison de l'urgence de la question migratoire, il est tout à fait légitime que la France et l'Allemagne, pays contributeurs nets, veuillent y concentrer les moyens financiers du budget européen. Il est clair que financer la construction d'autoroutes en Pologne ne constitue plus une priorité pour l'Europe. L'urgence est désormais d'arrêter l'appel d'air européen vers les populations africaines.
Les nouvelles priorités sont limpides : reconstruire un État en Libye et aider ses forces armées à combattre les trafiquants d'êtres humains et à sécuriser ses frontières méridionales dans le Fezzan ; déployer, aux côtés de la marine nationale de Libye, et dans ses eaux territoriales, des navires de surveillance européens capables de ramener les naufragés ou les dinghies surchargés d'êtres humains vers leur rivage d'origine. Le littoral libyen était naguère équipé de radars de surveillance que l'Union européenne avait financés. Ils furent détruits par des frappes franco-britanniques durant la guerre de 2011 contre le régime de Kadhafi. La coopération militaire, policière, humanitaire avec les autres États d'Afrique du Nord doit évidemment se poursuivre.
En Afrique noire, il faut en même temps accroître l'aide économique de l'Union européenne et la lier à l'instauration d'un planning familial, ainsi qu'à un développement de projets agricoles et énergétiques concrets, capables de nourrir et retenir chez elles les familles africaines.
L'Italie n'en peut plus, qui a vu plus de 700 000 migrants illégaux débarquer sur ses côtes depuis 2013. Sa générosité a des limites. Son nouveau ministre de l'Intérieur a prévenu que l'Europe institutionnelle jouait son existence même sur la question migratoire. Venant de la part d'un pays fondateur du Marché commun, c'est un message qu'il faut prendre au sérieux.

Paru dans Le Figaro, 26 juin 2018
Publié dans Avec l'Europe
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Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.

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