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L'abandon honteux des chrétiens d'Orient
 
L'anxiété qui a saisi les Coptes après qu'ils furent visés par un nouvel attentat islamiste dans une banlieue du Caire le 5 janvier 2019 (qui a tué le policier tentant de désamorcer la bombe), l'impossibilité qui est faite à cette communauté dont l'évangélisation remonte à saint Marc de fêter son Noël en pleine quiétude nous rappellent le problème plus large, et fort ancien, du sort fait aux chrétiens en terre d'islam.
Depuis leur victoire dans la Seconde Guerre mondiale, les Occidentaux ont su apporter de grands bienfaits à l'humanité tout entière. Scientifiquement, ils lui ont fait partager leurs grandes inventions, comme la pénicilline ou Internet. Juridiquement, ils ont construit l'ONU, institution qui n'est pas parfaite mais qui est un vrai progrès par rapport à feu la Société des Nations. Les droits de l'homme et la démocratie sont loin de s'appliquer partout dans le monde mais ils constituent la seule référence de gouvernance qui existe internationalement. Même la puissante Chine communiste du président à vie Xi Jinping n'ose ouvertement proposer son modèle d'autocratie dans les grands forums où elle s'exprime.
 
Les Occidentaux ont mis au point de terribles armes de destruction massive, mais ils ont réussi jusqu'à présent à en stopper la prolifération. Leurs réussites dans l'aéronautique civile ont permis le tourisme de masse, qui a centuplé les contacts humains entre différentes nations. Les Occidentaux ont réussi à ancrer dans la vie internationale le principe d'un minimum de solidarité en faveur des nations victimes d'une catastrophe naturelle ou sanitaire. Lorsque l'Afrique fut touchée par une épidémie de maladie à virus Ebola en 2014, ils ne restèrent pas les bras croisés.
Économiquement, ils ont créé le FMI et l'OMC ; ce ne sont pas des systèmes immunisés contre tout accident financier ou commercial, mais ils ont tout de même réussi à éviter le retour des longues dépressions du type de celle de 1929.
Bref, si tout n'est assurément pas rose dans le monde d'aujourd'hui (destruction de l'environnement, accroissement des inégalités, etc.), il reste indéniable que, sous l'impulsion des Occidentaux, de vastes succès politiques, techniques, sanitaires et sociaux ont été accomplis en l'espace de deux générations.
 
Mais il y a un domaine où la planète a indéniablement régressé depuis 1945, et où la responsabilité occidentale est patente. C'est celui de la liberté de conscience et de religion. L'intolérance religieuse n'a pas régressé depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale ; elle a progressé. Certes, le christianisme a continué à se réformer, acceptant la science, assumant ses racines juives, promouvant l'œcuménisme. Mais l'islam a, curieusement, parcouru le chemin inverse. Il a abandonné la voie réformatrice que lui avait montrée Mohammed Abduh (1849-1905). Ce grand théologien d'al-Azhar et mufti égyptien s'est battu pour faire admettre la nécessité de l'ijtihad (interprétation des textes sacrés), de l'enseignement des sciences, de l'adaptation des lois au monde moderne. Il proclamait l'existence du libre arbitre et fustigeait la doctrine de la prédestination. Très en avance sur son temps, Abduh prêchait l'amitié interreligieuse. Il a beaucoup défendu les Coptes, qui avaient été stigmatisés lors de la révolte nationaliste du colonel Ahmed Urabi, qui tenta en vain, de 1879 à 1882, de débarrasser l'Égypte de l'influence britannique. Mais tout l'héritage intellectuel d'Abduh fut balayé, une génération plus tard, par l'émergence du mouvement radical et antioccidental des Frères musulmans, fondé dans la même Égypte par l'instituteur Hassan al-Banna en 1928. Diffusé à partir des années 1980 grâce à l'argent du pétrole saoudien, le puritanisme wahhabite empira encore les choses. Conscient des dangers du totalitarisme communiste, l'Occident s'est étrangement montré aveugle face à la montée du radicalisme en islam.

Dans leur pacte du Quincy de février 1945 avec Ibn Séoud, les Américains ne décèlent aucun inconvénient dans l'idéologie wahhabite. En 1975, ils abandonnent les chrétiens libanais victimes du camp "islamo-progressiste". Dans les années 1980, ils utilisent contre le communisme en Afghanistan l'arme de l'intégrisme islamique (qui se retournera contre eux vingt ans plus tard). En 2003, ils font la guerre pour imposer la démocratie en Irak ; la conséquence en est un chaos qui oblige les chrétiens à fuir une terre qui était leur bien avant la naissance de Mahomet. Aujourd'hui, pour leur protection, les chrétiens d'Orient n'ont pas d'autre choix que se tourner vers des autocrates (Sissi en Égypte, Assad en Syrie).
En s'abstenant de défendre les chrétiens d'Orient, l'Occident a commis une double erreur stratégique : il a donné un signal de faiblesse en abandonnant ses amis idéologiques ; il a renié son credo où, depuis deux siècles, figure en première place, la tolérance religieuse.

Paru dans Le Figaro, 8 janvier 2019
Publié dans De par le monde
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Dieu ou l’Argent ?
 
Quoi qu’il en soit de l’avenir du mouvement, les manifestations des Gilets jaunes resteront un moment clé de la vie politique française. Je ne sais si le gouvernement parviendra finalement à amadouer ce mouvement ou à le marginaliser. Ce qui est sûr, c’est que les mesures ponctuelles annoncées par le président Macron pourront peut-être désamorcer la colère de certains, mais ne résoudront en rien le problème de fond soulevé par cet immense cri de détresse venu des entrailles du pays. Car ce qui est en jeu ici dépasse de beaucoup la hausse de telle ou telle taxe. Au reste, la France croule sous une telle complexité et un tel poids administratif et fiscal – nous sommes même devenus les champions du monde des prélèvements obligatoires ! –, que la baisse ponctuelle d’un impôt, si bienvenu soit-il, ne changera pas fondamentalement la situation. C’est tout le système qui serait à réformer – selon trois critères : simplicité, efficacité, justice – et cela semble une œuvre quasiment insurmontable, tant elle nécessiterait une volonté politique inexistante aujourd’hui et un soutien populaire ardu à obtenir… quand il s’agit d’exiger des sacrifices.
 
Un enjeu civilisationnel
Ce qui est en jeu, disais-je, dépasse ces aspects financiers, si importants soient-ils par ailleurs. En effet, les Gilets jaunes ne sont-ils pas un symptôme de la crise profonde que traverse notre civilisation, et d’abord de cet écart qui n’a cessé de se creuser depuis plusieurs décennies entre ce que Christophe Guilluy a appelé la "France périphérique" et la "France d’en haut" ? Cet écart se traduit certes par le déclassement économique et social de cette France encore enracinée, périurbaine, provinciale et rurale, représentant quand même près de 60 % de la population, qui ne bénéficie pas des avantages de la mondialisation, tandis que les habitants des grandes villes, à l’aise dans toutes les capitales du monde, en profitent largement.
Mais au-delà de ce déclassement bien réel corroboré par les chiffres (1), il y a ce que l’on pourrait appeler un "déclassement civilisationnel" qui touche plus particulièrement cette frange déjà fragilisée de la population.
 
Il consiste principalement au lent démantèlement de la nation, cercle le plus large de la vie en société telle qu’elle s’est pratiquée en Occident, cadre de l’avènement de la démocratie et d’une histoire commune faite de grandeurs et de misères, les premières l’emportant cependant jusqu’à peu dans la conscience collective nationale. Or, aujourd’hui, nos élites hors sol cultivent la haine d’un passé jugé obscurantiste – le politiquement correct imposant cette vision totalement négative – et militent sans nuance pour le multiculturalisme, l’ouverture des frontières, sans mesurer l’impact d’une immigration massive majoritairement musulmane dont elles savent se protéger, laissant les Français plus modestes en première ligne : ainsi ces derniers ont-ils le sentiment d’être non seulement socialement rétrogradés, mais devenus des étrangers dans leur propre pays, sans que leur sort suscite quelque compassion, laquelle est entièrement réservée aux "migrants" !
 
Et ce démantèlement de la nation, sous les coups de boutoir d’une mondialisation plus ou moins dirigée par la finance et quelques gigantesques multinationales, est aggravé par l’Union européenne, insensible au désarroi des peuples demeurés attachés au cadre national et qui a perdu tout sens de son intérêt le plus vital. À cette décomposition des patries charnelles s’ajoute une déconstruction anthropologique sans précédent – avec le genre, on ne sait plus ce que sont un homme et une femme – qui contribue à la perte des repères traditionnels et au déracinement généralisé.
 
L’oubli de Dieu
À propos des Gilets jaunes, Mgr Michel Auptetit a écrit : "La conscience de Dieu le Père qui nous apprend à nous “aimer les uns les autres” a façonné l’âme de la France. L’oubli de Dieu nous laisse déboussolés et enfermés dans l’individualisme et le chacun pour soi" (2). L’archevêque de Paris a eu le courage de nommer ce qui est finalement le problème principal : l’oubli de Dieu !
La "financiarisation" de l’économie dans les années 1990 avec la mondialisation qui l’a accompagnée a entraîné comme un changement de paradigme : désormais ne compte plus que la rentabilité financière des grandes entreprises, tout lui étant subordonné, à commencer par les hommes, simples paramètres interchangeables d’ajustement. Ainsi, les choses apparaissent plus clairement : on peut dire, en simplifiant, que l’ancien monde servait Dieu plus ou moins bien, alors que le monde postmoderne a résolument choisi de délaisser Dieu pour servir le dieu Argent, confirmant la parole du Christ : "Vous ne pouvez pas servir Dieu et l’Argent"  (Mt 6, 24). Il faut choisir…
(1) Cf. Christophe Guilluy, No society. La fin de la classe moyenne occidentale, Flammarion, 2018, p. 52 et suivantes.
(2) Communiqué du 5 décembre 2018

Editorial paru dans La Nef, janvier 2019
Publié dans En France
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Emmanuel et manu                                                    
 
Les historiens de science politique ont tout de suite eu la "puce à l'oreille". Peu importent les arguments de campagne : plus personne n'y croit. Mais, après la prise de fonction (et non de pouvoir), les 2 premiers discours les plus importants, celui de la Sorbonne et celui déroulé devant le Congrès assemblé à Versailles, ont été révélateurs.
 
Le jeune et brillant élu – plus par défaut que par enthousiasme – proposait, nourri de ses humanités et de ses riches études, un monde idéal, ou du moins une Nation française idéalisée, enfin en accord avec elle-même, guidant la planète vers un lénifiant ciel bleu. Par le style, le choix des mots, le rythme et le phrasé, l'évocation d'un monde mieux gouverné (par lui) – donc meilleur - devait beaucoup, sous l'angle des réformes internes proposées, à une certaine Critique de la raison pure (1781), et pour notre politique internationale, le chemin était tout tracé par Le projet philosophique pour une Paix perpétuelle en Europe (1795). Deux axes développés par le grand Emmanuel Kant, universellement respecté. (1)
Précieux tuteur de la pensée pour l'étudiant zélé, saines lectures pour qui prévoit de gouverner un jour, mais dont il est tout de même recommandé de se méfier… Bref, tout cela ressemblait plus ou moins à une soutenance de thèse ou à une copie d'agrégation. Quel était, de fait, le sens de ce flot de frivolités quasi mystique, berceuse bienfaisante pour plus d'un représentant de la Nation ?
 
Qu'a retenu notre nouvel élu du foisonnant Emmanuel ? Point n'est question ici de faire l'exégèse d'une œuvre considérable, mais La Critique de la raison pure donne la clef de la gouvernance selon Manu : la base du raisonnement est que "toute politique est fondée sur le droit". La Raison ("faculté de connaître") est utilisée comme un outil objectif : le mécanisme de l'art de gouverner est un volontarisme dominé par la Loi : toute réforme doit avoir pour objectif "la réforme intellectuelle et morale de la Nation". La conquête du pouvoir s'incarne dans un solide schéma établi "a priori" permettant sur le long terme et à toute la population de conquérir davantage de liberté et d'égalité citoyenne. Kant répudie complètement le despotisme éclairé qu'il juge dangereux : il recherche au contraire une "liberté concrète dans la réalité". Donc, le chef de l’État a un Plan établi dont il ne se départira jamais, afin d'obtenir le meilleur des bienfaits collectifs. On peut ajouter à cela un peu de Fichte et de Hegel pour lequel "l’État est la sphère de la conciliation".
 
Quant au Projet philosophique de Paix perpétuelle, il nous éclaire tout à fait sur la vision de Manu : ce Projet déployé pour l'Europe et sur le long terme, propose l'élimination absolue de la guerre par la suppression des armées et de l'argent de la guerre. (ce que contredit le désir d'une armée européenne, mais le contexte actuel induit cette contradiction). La clef de la réussite de la Paix réside dans le libéralisme commercial, le cosmopolitisme, assortis du respect du droit des gens et la recherche d'un équilibre relationnel excluant l'inféodation et l'immixtion dans les affaires internes des Etats.
Après toutes les guerres, Kant recommande pour l'Europe de se diriger vers une "Ligue des Nations" assurant la liberté de circulation des personnes et des biens. Et selon une très belle formule, cette démarche est destinée à "supprimer l'anxiété des peuples". (2)
 
Tel peut être un résumé (maladroit) de l'éclairage kantien de la politique menée actuellement dans notre beau pays : vision très volontariste, légaliste et universaliste, construite sur du moyen et long terme par le président et son équipe gouvernementale. Si on adopte cette posture, on comprend mieux les incompatibilités et confusions abondamment répandues dans les médias.
 
MANU est donc arrivé à la Présidence avec une "ligne" politique bien claire dans la tête, décidé à la mettre impitoyablement en œuvre, dans le but de réveiller un hexagone endormi, vivotant sur des institutions plus embrouillées qu'efficaces, des gouffres financiers, une coûteuse mentalité d'assistanat permanent, ainsi que la plus totale absence d'éducation collective et sociale. Il s'inspire, certes, du brillant Emmanuel, mais aussi des exemples nordiques, du lointain Pacifique asiatique ou anglo-saxon. Ses réflexions "la France, pays des non-choix" ou "on rémunère les feignants", fort mal reçues (on le comprend) font office d'électrochoc, complétées par le sage constat du Premier ministre "aucune réforme solide n'a pu être accomplie depuis plus de 40 ans, car le pouvoir a eu peur des citoyens".
 
Premier Round : l'élection du jeune homme surprend, enchante, bouscule tous les cadres installés, brise et casse toutes les références usées. Dans l'esprit de Kant, il recrute autour de lui ceux qu'il considère "les meilleurs" dans chaque spécialité : on table sur un "gouvernement d'excellence", armé d'une baguette magique à l'effet quasi instantané.
 
Deuxième Round : l'équipe savante, éclairée, ouvre les "vrais" dossiers, ceux auxquels les trop brefs passages au Secrétariat présidentiel et aux Finances n'ont pas donné accès. Le constat est terrifiant. Mais il faut ne rien dire. Les nouveaux recrutés n'ont aucune "épaisseur politique", restent souvent des inconnus, assez timides, maladroits dans leurs discours et leur relation avec les médias. On se cogne brutalement dans la réalité : on ne gouverne ni avec de purs techniciens, ni avec des stars, quant aux vieux briscards enthousiastes, ils manquent de fiabilité. Tout cela vire un peu à la mayonnaise qui ne prend pas.
 
Troisième Round : le désir "d'aller vite" plaît au début : mais il y en a trop à la fois, c'est trop technique et mal expliqué. Comme Lénine l'a dit en 1920 "On ne réforme pas un vieux pays comme le nôtre en un claquement de doigts". Manu rêve de Paix, Emmanuel rêvait de Paix, mais on ne raye pas 250 ans de révolte, ni 40 années de non-sens en un an et demi. Par ailleurs, la patience n'est pas la plus éclatante qualité du peuple français. Son indiscipline est notoire, il aime la castagne.
 
Quatrième round : les jeux sont faits, rien ne va plus. C'est le retour de la castagne, la défiance, le désarroi de part et d'autre. Dialogue de sourds, trop de technique, pas assez d'humanité. Pauvre Samedi 2 Décembre ! Fini le soleil d'Austerlitz et le Sacre de Napoléon. Et le malheureux dormeur inconnu ? Il échappe de peu au gâchis. Un gouvernement K.O. debout tente de gérer un immédiat brutalement réaliste, sans toutefois se résigner à de pénibles reculades. Pour l'heure, il s'agit d'éloigner la peur du lendemain, de restaurer un minimum de confiance et abandonner l'illusion du pouvoir de l'argent. L'économie n'est pas "intelligente" quand elle saccage et soulève un sentiment d'aliénation. Souvenons-nous de "Charlot, des sous !" : rien n'a changé. Si ce n'est la forme de la violence, plus large, aveuglément destructrice.
 
Cinquième round, sixième, septième et encore d'autres sans doute... mais cela finit toujours par finir… La situation de fond est celle d'une anarchie "rampante", capable de s'enflammer au moindre faux pas. Compliqué et complexe, le divorce entre le regard présidentiel et la société qu'il entend modifier est profond. Le plus dur, pour un leader confiant en un programme qu'il pensait infaillible, va être d'admettre la nécessité de tracer une route différente. Parler normalement. Passer de l'illusion technocratique à la réalité d'un peuple déboussolé est sans doute l'exercice le plus difficile. Surtout lorsqu'on était certain d'avoir raison.
 
Maintenant, on patauge et piétine. Si Manu arrive à sortir de son auto-adoration, on peut tabler sur une éclaircie vers 2020. Peu avant son éventuel départ. Là, on retournera éventuellement vers l'incohérence : il faut environ 20 ans pour savoir si une réforme financière, fiscale, sociale, scolaire, ou autre, fonctionne (voir Antoine Pinay ou Schröeder). En Chine, monsieur XI, installé à vie chef de son Parti unique, doit continuer de sourire en coin. Devant les impasses revendicatrices ou revanchardes, la réelle détresse affichée, les projets réformateurs finissent en petites égratignures ; le repli vers des recettes anciennes est illusoire : l'inusable Warren Buffett (on n'est pas riche par hasard) l'a toujours proclamé "se tourner vers les recettes du passé ne sert à rien". (3)
 
Honnêtement, Manu est le prototype du "bon élève", dans un milieu protégé de classe moyenne. Il a beaucoup lu, défriché les "codes", les a souvent utilisés avec succès. Mais là, c'est bien plus difficile : le peuple français est retors, rétif, a une inépuisable capacité à s'auto détruire. Par ailleurs, du jour au lendemain, être confronté, tenter de faire jeu égal avec un Trump, un Poutine, être reçu comme un prince sous les ors des palais royaux puis le lendemain, devoir affronter des infirmières en colère, des chômeurs, et des abonnés des Resto du coeur, demande que le cuir se durcisse, que ces réalités opposées aient leur juste appréciation. Le désir de Paix perpétuelle sur une planète sauvée par lui devient un peu ridicule, et ne doit pas occulter la population qu'il doit tirer du marasme immédiat en se fiant à la Raison.
Pour la première fois depuis bien longtemps, l'équipe gouvernementale semble sincère et honnête. Il est aussi probable que ni le président ni les membres de son gouvernement n'avaient prévu, ni n'étaient préparés à la pluie d'"inattendus"- les plus souvent dramatiques - auxquels on est constamment confronté lorsqu'on gère un pays aussi complexe que la France. Chaque jour est consacré à "l'urgence", la réalisation des grands projets passe au second rang, parfois définitivement. La pression permanente, horripilante des médias, des journalistes dits "d'investigation" qui traquent le moindre mot malheureux, le moindre geste maladroit, est épuisante. Manu a mauvaise mine… Emmanuel n'y peut rien.
 
Le pouvoir n'est ni un jeu de go, ni une théorie applicable. Comme l'écrivit Winston Churchill "Le pouvoir c'est l'incertain, l'imprévisible et le dangereux", où les billes sont reprises très vite.
Bref, peut-être les Français attendaient- ils Brumaire ? Pour l'instant, ils ont François d'Assise parlant aux oiseaux...
 
(1) Emmanuel Kant, né et mort à Königsberg (1724 - 1804)
(2) Ce texte est écrit (et non terminé) en 1795. Kant a 70 ans. La Première République de la Révolution française se fige en Directoire. Emmanuel Kant ne connaitra pas les affrontements militaires des années 1798-1815. Ses projets pacifistes et universalistes ressurgiront régulièrement au terme des conflits les plus violents, notamment au sein de la Société des Nations en 1919.
(3) Warren Buffett a toujours proclamé les 3 principes de son enrichissement : "Ne jamais acheter quand ça monte, ne jamais vendre quand ça baisse, et ne jamais se tourner vers le passé".

Envoyé par l'auteur, 3 janvier 2019
Publié dans Du côté des élites
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Macron à l’épreuve des gilets jaunes
 
Les "gilets jaunes" ne sont plus, semble-t-il, le mystère qu’ils étaient lorsqu’ils ont fait irruption sur les ronds-points routiers, les accès aux grandes surfaces et l’avenue des Champs Elysées. Journalistes, sociologues et parlementaires les ont maintenant rencontrés, étudiés et décrits. Ramenée à l’essentiel, leur conclusion commune revient à expliquer que cette éruption jaillie des profondeurs du pays exprime une double demande : les petits de notre peuple veulent, d’abord, ne plus être étranglés par des taxes trop lourdes, notamment celles qui pèsent sur l’essence ; ensuite, ils aspirent à se faire mieux entendre du gouvernement. Rien de révolutionnaire ni même de dangereux. Que nos dirigeants se montrent moins autoritaires et impatients. Qu’ils accordent aux travailleurs et aux retraités modestes les primes et les allègements d’impôts les plus appropriés. Ces mesures simples, accompagnées d’une concertation décentralisée avec les citoyens de base, devraient suffire à ramener le calme. Dans trois mois, la réforme de notre société, telle que Macron l’envisage, et qu’il a suspendue depuis novembre, pourra reprendre son cours.
Je ne crois pas que cette interprétation rassurante soit la bonne. Les manifestations des "gilets jaunes" prouvent, à mon avis, que le peuple français est déchiré par des fractures profondes. Les réduire exigera beaucoup plus que les concessions consenties par notre classe dirigeante.
 
Pour comprendre ce que signifie cette explosion inattendue de colère populaire, il faut aller plus loin que les observations immédiates et les commentaires hâtifs dont nous avons été abreuvés. Il est indispensable de nous référer au bien commun, principe fondamental que tout gouvernement doit respecter sous peine de tomber dans le discrédit et la haine.
Un gouvernement soucieux du bien commun, est tenu de rendre accessible à tous ce dont chacun a besoin pour mener une vie digne : éducation d’abord, puis travail avec une rémunération suffisante pour obtenir un logement, payer sa nourriture et fonder une famille. Le pouvoir politique a l’obligation de veiller à ce qu’aucune catégorie sociale ne soit sacrifiée au bien-être d’une autre et, pour commencer, les plus pauvres à l’enrichissement des plus riches.
 
Il suffit de comparer cette définition du bien commun à l’action du Président Macron, pour comprendre qu’elles divergent. Statistiques après statistiques montrent que l’écart entre nos riches et nos pauvres ne cesse de s’élargir sous le regard indifférent du gouvernement. Le Chef de l’Etat l’a même accru en transformant des impôts dont seuls les "premiers de cordée" devaient s’acquitter en taxes exigées de tous les contribuables. Un gouffre grandissant sépare les bons établissements d’enseignement où se réfugient les familles favorisées du niveau dégradé des autres. S’agissant du travail, la "France d’en haut",  assurée de situations bien rémunérées et stables, s’éloigne de plus en plus de la "France d’en bas" confinée dans les emplois précaires et les salaires insuffisants. La détérioration de l’habitat populaire transparaît dans tous les indices chiffrés. Les associations caritatives s’alarment de l’augmentation continue des queues aux guichets d’aide alimentaire. Le bas de l’échelle sociale se gonfle de familles éclatées, recomposées et monoparentales.
 
 Voilà la triste réalité d’une société qui n’a plus le bien commun pour but. Le mouvement des "gilets jaunes" n’est rien d’autre qu’un cri de protestation poussé par les victimes d’un ordre politique devenu injuste. Cette interprétation de leurs motivations est confirmée par un fait simple : c’est uniquement le Chef de l’Etat, responsable suprême du bien commun de la nation, qui a été interpellé par les manifestants. Comment expliquer autrement que leur seul chant ait été la Marseillaise, leur seul cri "Macron démission", leurs seules demandes des mesures de nature politique ? Pourquoi se sont-ils affranchis de tous les corps intermédiaires –partis, syndicats, associations de toute nature-  sinon parce qu’ils sentaient que leurs revendications dépassaient de loin un enjeu catégoriel ? Les grands patrons ont été tout surpris de constater que leur organisation -le Medef- était épargnée par la vague qui déferlait sur les boulevards parisiens. Ils s’en réjouissent sans bien comprendre pourquoi ils n’ont pas été une cible, eux qui représentent par excellence la "France d’en haut". Mais la "France d’en bas", elle, sait bien qu’ils n’ont jamais eu la charge du bien commun et qu’ils ne l’auront jamais.
 
Hélas, l’hôte du palais de l’Elysée ne semble pas saisir ce qui est attendu de lui. Son message de vœux montre qu’il s’entête à poursuivre un autre but, celui qui consiste, selon ses propres termes, à adapter la France aux exigences du libéralisme contemporain dont l’Union européenne est le modèle achevé, avec ses quatre libertés fondamentales : liberté de circulation des capitaux, des hommes, des produits et des services. Il ne voit pas que ce libéralisme-là a des conséquences politiques et sociales qui sont contraires à notre bien commun. L’expérience des quarante dernières années l’a montré. Il est étrange que le Chef de l’Etat ne l’ait pas médité. Mais, après tout, notre classe dirigeante n’est pas plus clairvoyante que son représentant suprême.
 
Si mon analyse est la bonne, la déchirure entre France d’en haut et France d’en bas n’est pas près d’être réparée. La "concertation" que Macron va organiser ce mois-ci aboutira au mieux à une trêve entre les deux parties. Notre classe dirigeante aura l’illusion d’avoir gagné. En réalité, elle aura obtenu un sursis avant une nouvelle explosion, probablement plus étendue et plus violente. Tant que le bien commun ne sera pas remis au cœur de la politique nationale, notre avenir restera sombre et menaçant.
 
PS : je prends la liberté d’indiquer que les idées présentées ici sont développées dans un livre que j’ai publié il y a neuf mois : Identitarisme contre bien commun chez FYP éditions. Une personnalité éminente a bien voulu écrire que ce livre était la clef des évènements récents. Il annonce et explique le phénomène des "gilets jaunes".

Envoyé par l'auteur, 3 janvier 2019
Publié dans Du côté des élites
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L’avenir de l’euro n’est pas assuré
 
A l’occasion du 20ème anniversaire de l’euro (1), ses partisans se félicitent de son succès. Mais, son avenir est loin d’être assuré. Au plan pratique, c’est un succès. Son adoption facilite les transactions commerciales et financières, et abaisse leur coût. Les touristes y trouvent leur compte par la facilité qu’il leur accorde de voyager à travers l’Europe.
Mais, économiquement, c’est un échec.
De 2000 à 2017, la croissance moyenne de la zone euro (1,3 %) est plus faible que celle de l’Union européenne (1,7 %), de la Grande-Bretagne (1,9 %) et des Etats-Unis (2,0 %). Le chômage (9,5 %) y est plus élevé qu’en Union européenne (9,0 %), qu’en Grande-Bretagne (5,9 %) et qu’aux Etats-Unis (6,1 %). Le taux de chômage des moins de 25 ans est alarmant : 34 % pour l’Espagne, 29 % pour l’Italie et 24 % pour la France. Seuls, l’Allemagne (9,8 %) et les Pays-Bas (10,2 %) font mieux. Ces chiffres sont à comparer avec ceux des Etats-Unis (12,8 %) et de la Grande-Bretagne (15,3 %). (2) Les "gilets jaunes" sont l’expression de cet échec, même si d’autres facteurs sont à l’œuvre. A quoi tient-il ? A trois causes principales : politique, idéologique et structurelle. En refusant de faire les réformes qui s’imposent pour le sauver, les autorités nationales et européennes le condamnent.
 
L’objet de l’euro était d’arrimer l’Allemagne à l’Europe. C’est une idée française. C’est aussi une idée fumeuse qui démontre l’inculture économique de nos élites. Comment peut-on imaginer "arrimer" un pays au travers d’un accord monétaire, sauf à supposer que les Allemands ne comprennent rien à ces choses ? Comme ils les comprennent très bien, ils ont accepté la proposition française en posant leurs conditions… Ils ont fait de l’euro un Deutsche mark qui a changé de nom. (3) Cela donne à nos "amis d’outre-Rhin" un avantage compétitif considérable en bénéficiant d’une monnaie dépréciée – l’euro – par rapport au Deutsche mark. La politique économique allemande étant traditionnellement mercantile, (4) les dégâts – côté français – ne se sont pas fait attendre, à preuve l’effondrement de notre outil industriel. Là aussi il y a plusieurs causes, mais l’euro en est une, incontestablement.    
 
En abandonnant l’esprit de solidarité présent dans la déclaration Schuman au profit du néolibéralisme, le traité de Maastricht est une bombe à retardement dont on voit les premiers effets en Italie, en France et dans le reste de l’Europe. Peu l’ont relevé, mais le lien existe. (5) A cette disparition de l’esprit communautaire s’ajoute la libre circulation des capitaux qui accroît tout à la fois l’efficacité et l’instabilité de l’économie de la zone. Cette disposition aurait dû s’accompagner d’un fonds de stabilisation pour contrer des mouvements de capitaux intempestifs. Les Allemands s’y sont opposés. Il a fallu attendre la crise de l’euro de 2010 pour qu’ils y consentent a minima.
 
Structurellement, l’euro est une construction déficiente. La monnaie unique ne répond pas aux conditions posées par l’économiste canadien Robert Mundell dans sa théorie de la zone monétaire optimale qui postule que les nations qui souhaitent avoir une même monnaie, doivent partager une même structure économique. Cela permet aux autorités de réagir par des mesures communes en réponse à un choc externe. La structure de l’économie allemande est différente de celle de l’Italie, sans parler de celle de la Grèce… (6) En l’absence de budget commun, la zone euro ne dispose que du levier monétaire pour répondre aux chocs externes, comme celui de la crise des subprimes. La liberté d’action de la Banque centrale européenne étant limitée par ses statuts, son gouverneur, Mario Draghi, contourna "astucieusement le carcan qui lui était imposé en rappelant à ses critiques qu’outre sa mission de veiller à la stabilité des prix, la BCE doit aussi assurer la stabilité du système bancaire.S’il n’intervient pas, plusieurs Etats membres de la périphérie seront en grande difficulté mettant du même coup en danger les banques, leur principal bailleur de fonds. Il lui faut donc aider ces Etats pour préserver la stabilité du système bancaire". (7) Mario Draghi sauva l’euro, pour un temps.
 
Tout décor a son revers. La Bundesbank accumule sur les pays du sud de l’Europe une créance qui ne cesse de croître. Fin 2017, elle s’élève à près du tiers de son produit intérieur brut avec pour principaux débiteurs l’Italie (481 milliards d’euros), l’Espagne (389 milliards), et le Portugal (81 milliards). La dette publique italienne est notée "qualité moyenne inférieure" par les agences de notation, juste un cran au-dessus de la notation "spéculative", niveau qui la transformerait en "obligations à risque" dans le jargon des marchés financiers. Cela entraînerait un relèvement des taux d’intérêt et accroîtrait le déficit budgétaire. La dette espagnole est notée "qualité moyenne inférieure", soit un niveau au-dessus de la dette italienne. Ces deux nations sont très vulnérables aux chocs externes. Leur situation ne peut que se dégrader lors de la prochaine récession américaine prévue pour 2020 par Ben Bernanke, ancien gouverneur de la Réserve Fédérale.
 
Il fut un temps où l’euro pouvait être sauvé. Ce temps est révolu. L’Italie et l’Espagne souffrent ainsi que la France, à un moindre degré. Quant à l’Allemagne, elle accumule des créances douteuses sur les nations du sud de l’Europe avec le risque d’être le banquier de l’Europe – risque inacceptable pour les Allemands. Par ailleurs, son avenir n’est plus à l’ouest mais à l’est, en Russie, en Chine et en Inde. Ces deux facteurs conduiront ses dirigeants à reconsidérer leur adhésion à la monnaie européenne et, in fine, à reprendre leur liberté pour se concentrer sur les marchés d’avenir. L’euro aura vécu.
 
(1)   Sous sa forme immatérielle, le 1er janvier 1999. Les pièces et billets entreront en service le 1er janvier 2002.
(2)  
Perspectives de l’économie mondiale – Octobre 2018 (FMI), et Eurostat.
(3)   Se reporter aux statuts de la Banque centrale européenne.
(4)   En 1887, le Parlement britannique a voté le Merchandise Marks Act pour tenter d’y mettre fin, sans résultat.
(5)   "
L’existence de l’euro, cause première des ‘gilets jaunes’ " par un collectif d’économistes et d’historiens. Barack Obama a reconnu l’existence de ce lien entre néolibéralisme qu’il appelle Consensus de Washington et mécontentement des populations laborieuses dans un récent échange
avec James Baker.
(6)   Cette disparité dans les structures économiques des états membres concentre l’activité dans les nations les plus performantes. Les nations les moins productives se vident de leurs populations qui émigrent vers les états membres à forte capacité industrielle. Cette migration est catastrophique pour certains pays, comme la Grèce ou la Roumanie.
(7)   Jean-Luc Baslé, "L’euro survivra-t-il ?" p. 113.

Envoyé par l'auteur, 3 janvier 2019, paru dans Le Cercle Les Echos 2 janvier 2019
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La dangereuse logique insurrectionnelle de l'Insoumis Mélenchon
 
Drôle de parallèle construit sur une simple homonymie. Et qui permet à Jean-Luc Mélenchon de voir dans le "gilet jaune" Éric Drouet une réincarnation du révolutionnaire Jean-Baptiste Drouet. Évidemment, la comparaison était plus compliquée à établir avec Juliette Drouet, la maîtresse de Victor Hugo, Minou Drouet, l'enfant poète des années cinquante, ou un autre Jean-Baptiste Drouet, premier gouverneur général de l'Algérie sous la Monarchie de Juillet…
 
Bienheureux révolutionnaire qui fournit au leader de La France insoumise l'occasion d'afficher sa "fascination" pour une logique où l'exaltation de la révolution et de l'insurrection l'emporte sur l'acceptation de l'élection. Reconnaissons à Mélenchon le mérite de la cohérence. Admirateur de Robespierre, il a toujours pris la Révolution française "comme un bloc", selon le conseil de Clemenceau, n'établissant pas de distinction de nature entre les essais des Cahiers de doléances et les excès de la Terreur.
 
Dès lors, le rapprochement des deux Drouet est révélateur. Le révolutionnaire est en effet celui qui, reconnaissant Louis XVI, a permis son arrestation à Varennes puis, ultimement, son exécution, tandis que le "gilet jaune" est celui qui invitait à "entrer" à l'Élysée, autrement dit à en déloger l'occupant actuel. Et dans un mouvement au cours duquel des effigies d'Emmanuel Macron furent brûlées ou carrément guillotinées, le parallèle a de quoi faire froid dans le dos.
Car Mélenchon applaudit au geste "citoyen" qui a permis de mettre à bas un "tyran" puisque à ses yeux la défense de la souveraineté populaire passait par la suppression de l'ordre politique en place. Et c'est là que la symétrie mélenchoniste est inquiétante car elle en vient à justifier la mise en cause de la légitimité du pouvoir macronien, fut-il démocratiquement élu, dès lors qu'il serait perçu comme attentatoire à la justice ou au bien du peuple.
N'est-ce pas le propre de la logique révolutionnaire de stipuler que la légalité d'une autorité politique ne suffit pas à garantir sa légitimité ? Et donc n'interdit pas son empêchement par d'autres voies que la voie électorale ? Là encore, il y a une forme de cohérence du leader de La France insoumise entre sa fascination pour le modèle vénézuélien et son exaltation du mouvement des "gilets jaunes", toutes deux fondées sur sa conviction que l'histoire n'a rien de linéaire et qu'elle se construit à coups de bascules brutales, incompréhensibles pour ceux qui croient à la résistance des institutions.
 
Mais dans son dangereux lyrisme révolutionnaire, Jean-Luc Mélenchon joue aussi contre lui-même. Car sa posture lui interdit d'être le fédérateur des gauches, comme en témoigne la réaction de Benoît Hamon. Elle valide l'analyse de ceux qui parient sur une fusion inévitable des extrêmes, dans la foulée du précédent italien. Tout en faisant le jeu de celle qu'il présente pourtant comme sa véritable adversaire, Marine Le Pen. Laquelle donne l'impression de moins chercher ostensiblement à récupérer les "gilets jaunes", tout en respectant la logique des institutions. Laissant ainsi Mélenchon sortir seul du cadre républicain.

Paru dans Le Figaro, 3 janvier 2019
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Gilets Jaunes, ce qui se joue et quel rôle pour le dirigeant ?

Envoyé par l'auteur, 27 décembre 2018 :  https://www.youtube.com/watch?v=BFaxKZGRXkA
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Les Khmers verts
 
Depuis un mois et demi la France est mise à feu et à sang par les Gilets Jaunes. Le détonateur de ce mouvement a été la hausse de la taxe carbone s’appliquant aux produits pétroliers, essence, gazole, fuel. Cette taxe dont la hausse est programmée sur de longues années a pour objet de décourager l’usage des voitures où leur remplacement par des voitures électriques, fait partie de la politique de transition énergétique chère aux écolos.
Les Français sont sensibles aux problèmes environnementaux – comment pourraient-ils ne pas l’être avec le battage qu’ils subissent à longueur d’année – mais pas au point de se passer de leur voiture surtout dans les régions rurales. Ils se sont donc révoltés entrainant des troubles qui durent depuis un mois et demi et qui ont fait reculer le gouvernement : exit l’augmentation de la taxe carbone.
 
Maintenant quatre ONG écolos portent plainte contre l’Etat pour inaction climatique et lancent une pétition qui aurait recueilli 1,4 millions de signatures. Souhaitent-elles le rétablissement de la hausse de la taxe carbone ? Peut-être.
Il faut remettre les choses dans le contexte : la France produit 0,9 % des gaz à effet de serre, la Chine 28 %, les Etats Unis 15 % et l’Allemagne 2,1 % soit 2,2 fois plus que la France. La France est donc un pays vertueux grâce à l’énergie nucléaire et tout ce que l’on fera ne dépassera pas l’épaisseur du trait, il est donc urgent de ne rien faire.
 
Les Français viennent de découvrir que les écolos voulaient les faire changer de mode de vie sous la contrainte : normes de en plus sévères sur les voitures, obligation de calfeutrer leur logement, hausse constante des prix des produits pétroliers et de l’électricité, celle-ci devant financer les énergies renouvelables et en particulier des dizaines de milliers d’éoliennes qui défigurent nos paysages.
En fait le lobby écologique déclare que la terre ne peut plus supporter la population mondiale si on ne réduit pas notre consommation, comme si ce qu’on économisera en France sera demain à disposition des subsahariens et autres pays sous-développés.
Le Français devra s’adapter, utiliser les transports en commun, le covoiturage et les vélos, se chauffer au bois, être heureux d’avoir une éolienne de 200 m de haut à 500 m de chez lui, ne plus manger de viande ou très peu, les bovins n’étant pas assez nombreux pour nourrir tous les humains et produisant du méthane par leur flatulence.

Alors que les Français aspirent à la croissance on veut leur imposer la décroissance leur expliquant que ce n’est pas une régression mais un passage à une vie plus frugale, plus saine et respectueuse de la nature.
Il est temps d’expliquer aux Français ce qu’on veut leur imposer et de leur demander leur accord, je ne suis pas sûr que les résultats soient à la hauteur de ceux de la pétition sur la poursuite de l’Etat pour son inaction climatique.
Sortons du dogmatisme et de l’idéologie de nos Khmers verts, adaptons-nous à un rythme tel que ce ne soit pas une contrainte, sinon nous reverrons les Gilets Jaunes.

Envoyé par l'auteur, 27 décembre 2018
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Sommes-nous vraiment un pays riche ?
 
En ces temps compliqués où nous ne savons plus trop si l’on fête la naissance du Christ ou de la nouvelle année, si l’on attend tout du lendemain qui chante avec l’innovation ou de la sagesse du passé avec la spiritualité, arrêtons-nous un instant sur notre satisfaction d’être un pays riche. Sur l’ensemble de l’échiquier politique, il y a en effet unanimité pour parler des pays riches dont nous ferions partie.
Ai-je le droit de soutenir contre tous les médias qu’il est stupide ou enfantin de parler de pays riches et de pays pauvres, comme de richesse nationale, son inverse la pauvreté nationale semblant être délaissée par les commentateurs ?
Comme toujours, et le GIEC pour ne prendre que lui nous en donne un exemple concret permanent avec le climat, c’est en quantifiant ce que l’on a du mal à définir, qu’on le rend apparemment concret, palpable et réel. Comme la qualification est un exercice périlleux qui nécessite le doute, la modestie et une capacité d’observation aiguë, il est très tentant de contourner l’obstacle en quantifiant ce que l’on a du mal à définir pour rendre sa réalité incontournable. C’est tellement vrai que tous les totalitarismes quantifient ce qu’ils ont du mal à imposer. Le régime national-socialiste comptait les juifs, les tziganes et les communistes et de même les fausses démocraties interdisent de quantifier les réalités qui les gênent comme les statistiques ethniques.
 
Qualifier la richesse n’est pas simple et les dictionnaires sont incapables de la définir simplement. Elle est en fait une approche à tâtons par un groupe donné du beau et du bien vus par lui, comme la justice est une approche du bien et du vrai, toujours vus par le groupe considéré. Son étymologie, le mot franc riki qui veut dire pouvoir et qui a donné reich en allemand, indique la tendance naturelle de tout groupe à donner le pouvoir à ce qu’il trouve beau, bon et bien.
Comme la richesse est très difficile à définir et que certains viennent même tout compliquer comme cet ancien président du Mali qui disait "Nous sommes riches de la famille", le capitalisme et ses intellectuels ont décidé de la quantifier pour qu’elle soit réelle, non discutable et universelle. Faire croire à l’universalité de la richesse, négation de la réalité, nouveau colonialisme et même nouvel esclavagisme, est la mission que se sont donnés l’ONU et l’OMC en se laissant totalement pervertir.
Et c’est là où le ridicule le dispute à l’absurde. Il a été décidé arbitrairement que les entreprises créaient la richesse et que cette richesse pouvait se chiffrer en monnaie. A commencé alors une longue descente aux enfers où l’intelligence s’est surpassée dans la manipulation du faire croire.
On a commencé par confondre la richesse avec la production pour lui donner une réalité concrète et on a éliminé dans la production, les notions mêmes de déchets et d’encombrants pour que la confusion soit vraiment totale. Il a fallu ensuite nommer cette richesse soi-disant créée par l’entreprise et on lui a donné le nom sympathique et très parlant de valeur ajoutée. On cherchera pourtant vainement un quelconque ajout de valeur puisqu’il ne s’agit que de la dépense des clients diminuée de ce que l’entreprise a préalablement dépensé chez ses fournisseurs. On commence déjà à prendre la dépense pour une valeur, pour une richesse. La valeur ajoutée d’une entreprise n’est pourtant que la partie de l’argent de ses clients qui n’a pas été donnée à ses fournisseurs et qui sera totalement distribuée à ses salariés, à ses actionnaires et à l’État. L’entreprise est essentielle pour faire circuler la monnaie grâce à sa production mais elle ne fait que cela. Si sa production ne trouve pas preneur, l’entreprise meurt et parler production sans parler clients, créer le désir sans savoir comment le satisfaire comme le fait la publicité, est indigne et générateur de malheur. Laissons l’entreprise à sa place : elle permet à la monnaie, en répartissant l’argent de ses clients, de remplir son rôle de titre de créance sur le groupe. Il est manipulateur, en feignant d’ignorer l’argent dépensé par les clients pour fabriquer la valeur ajoutée, de faire croire que l’entreprise crée des richesses.
 
La valeur ajoutée n’existe donc que par la dépense des clients. Mais par un tour de passe-passe, l’INSEE vient nous expliquer finement, sans jamais mentir ouvertement mais en faisant tout pour que l’on comprenne de travers, que la somme des valeurs ajoutées est la richesse annuelle produite alors qu’elle n’est que la somme des dépenses qu’elles soient publiques ou privées, intelligentes ou stupides, à consommer tout de suite quand on l’appelle consommation, ou à consommer plus tard quand on l’appelle investissement. Pour bien nous tromper on appellera cette somme de dépenses, Produit National ou Intérieur Brut, PNB ou PIB. Cela permettra à tous les "experts" de présenter le PIB qui n’est qu’une dépense comme une création de richesse.
Faut-il à nouveau rappeler que le PIB mesure dans un espace-temps donné toutes les activités d’achat et de vente ? Il peut donc se calculer de trois façons : par l’argent dépensé, par la valorisation des marchandises vendues et par la somme des transactions. C’est ce que fait l’INSEE dans un langage abscons sur
son site. Un observateur attentif remarquera l’imbécillité de mettre l’import-export dans le calcul de la seconde définition sans le mettre dans la première et dans la troisième, tout en aboutissant prétendument au même résultat. Puisque nous sommes dans l’imbécillité, observons que les fameux critères de Maastricht, pas plus de 3% de déficit budgétaire et pas plus de 60% d’emprunt, sont exprimés en pourcentages du PIB, donc de la somme des dépenses publiques et privées. En clair il est sage d’après l’Union européenne de dépenser jusqu’à 103 % de ce que l’on a déjà dépensé et, plus l’on dépense, plus il est judicieux d’emprunter. Que personne ne s’étonne de la montée de la dette ! Et ayons tous la charité de comprendre pourquoi Juncker se réfugie dans l’alcool.
 
Après avoir bien expliqué en lui donnant un nom que dépenser c’est s’enrichir, arrive alors le dernier maillon du faire-croire, maillon indispensable pour que la dépense soit vraiment considérée comme une création de richesse. Les banques créent la monnaie pour que les clients puissent la dépenser et transformer la production des entreprises en richesses. Dans une économie cohérente c’est l’État qui crée l’argent en reconnaissance de sa dette, en reconnaissance d’une énergie intelligemment et préalablement dépensée pour la collectivité. Dans l’économie capitaliste les banques inversent le temps et créent l’argent en prétendant le récupérer plus tard, ce qui enlève à la monnaie son rôle essentiel de régulation puisque c’est le futur qui équilibrera tout. Le futur a toujours bon dos ! Les banques inondent le marché d’argent en faisant monter la dette pour équilibrer leur fausse générosité exclusivement fondée sur l’intérêt qu’elles en retirent. Et comme la richesse est vue comme une capacité à dépenser, le magma politico-médiatico-publicito-universitaire constate avec une fausse tristesse la montée continue de la dette tout en se félicitant de la baisse de la pauvreté grâce à la croissance qui est la croissance des dépenses mais qu’il présente comme une croissance de la richesse.
 
Mais ce magma vend tellement bien l’illusion de la richesse créée que cela lui revient en
boomerang
 dans la figure par les Gilets jaunes qui ne comprennent évidemment pas pourquoi ils n’auraient pas leur part. "En même temps" on voit une mignonne secrétaire dite d’État, venir pérorer dans les médias pour dire qu’elle a "déclenché des cellules de crise" et qu’elle est "sur le pont" (BFM TV 22 décembre 2018). Rassurons-nous. La Macronie va nous sauver à force d’être "trop intelligente" comme dit l’ineffable Gilles Le Gendre.
Plus sérieusement l’État ne pourrait-il pas enfin rendre utile tous nos concitoyens sans se décharger de ses devoirs sur les entreprises ? Dès qu’on s’est réveillé de la fausse création de richesses par les entreprises, on s’aperçoit avec tristesse que l’État ne fait qu’habiller Paul en déshabillant Pierre, activement et passivement. Activement en tentant d’acheter le peuple avec une apparente générosité et avec un argent qu’il n’a pas et qu’il est obligé d’aller chercher. Passivement en laissant la gestion monétaire aux banques qui ne crée l’argent à dépenser tout de suite qu’avec une créance à récupérer plus tard grâce à une création de richesses qui n’existe pas. Chacun observe la dette monter inexorablement sans s’en laisser déranger.
 
Il est intéressant d’observer comment la seule expérience importante d’État de ces deux derniers siècles a été dévoyée, rabaissée à la charité publique, conspuée et immédiatement interrompue. Il s’agit des ateliers nationaux de la IIe république qui n’ont duré que 4 mois du 27 février au 21 juin 1848. L’État fournissait du travail aux chômeurs, l’organisait et le payait. L’idée extrêmement intéressante s’est instantanément heurtée au fait que l’État connait très mal les vrais besoins du peuple, qu’il a une très faible capacité d’organisation et qu’il n’est pas maître de la monnaie. Le résultat en a été ce que l’État sait admirablement faire aujourd’hui avec le RSA et les subventions : payer les gens à ne rien faire en prenant l’argent chez ceux qui travaillent. Mais à l’époque il y avait encore des députés dignes de ce nom qui, comme Victor Hugo, rejetaient cette facilité. Voilà ce qu’il disait à la Chambre le 20 juin 1848 :
"Les ateliers nationaux sont un expédient fatal. Vous avez abâtardi les vigoureux enfants du travail ; vous avez ôté à une partie du peuple le goût du labeur, goût salutaire qui contient la dignité, la fierté, le respect de soi-même et la santé de la conscience. À ceux qui n’avaient connu jusqu’alors que la force généreuse du bras qui travaille, vous avez appris la honteuse puissance de la main tendue ; vous avez déshabitué les épaules de porter le poids glorieux du travail honnête, et vous avez accoutumé les consciences à porter le fardeau humiliant de l’aumône. Nous connaissions déjà le désœuvré de l’opulence, vous avez créé le désœuvré de la misère, cent fois plus dangereux pour lui-même et pour autrui. La monarchie avait les oisifs, la République aura les fainéants (…).
Cette fainéantise fatale à la civilisation est possible en Turquie, en Turquie et non pas en France. Paris ne copiera pas Naples ; mais, jamais Paris ne copiera Constantinople".
 
Victor Hugo pourrait nous redire cela aujourd’hui mais cette piste est pourtant la seule à creuser si nous voulons réellement nous convaincre que nous créons de la richesse. Mais la mauvaise expérience des ateliers nationaux nous a appris que le travail utile à effectuer comme son organisation doivent être laissés à l’initiative privée. La force de l’État, s’il reprend enfin son rôle de créer la monnaie, est de gérer cette création en vérifiant que ce qu’il achète avec cette nouvelle monnaie est vraiment considéré comme un enrichissement de la nation. S’il en crée trop, il dévalue la monnaie et appauvrit son peuple. S’il n’en crée pas assez, il se désintéresse de l’énergie de son peuple en faisant perdre à la monnaie son rôle de créance sur la collectivité.
 
Le nœud de notre problème est bien le rapport compliqué entre le travail, la richesse et la monnaie. Ce n’est pas parce que l’État a raté l’expérience des ateliers nationaux et que le capitalisme nous a apporté la cacophonie incompréhensible et prétentieuse des économistes, que nous ne devons pas nous contraindre à inventer une nouvelle harmonie entre le dynamisme de l’initiative privée et la force de la puissance publique.
N’oublions pas notre Constitution qui dit avec grand bon sens : "Chacun a le devoir de travailler et le droit d’obtenir un emploi". Que les fêtes qui ne sont plus la joie partagée après l’effort commun mais qui sont achetées pour faire de la croissance, ne nous le fassent pas oublier trop vite !

Envoyé par l'auteur, paru sur www.surlasociete.com, 24 décembre 2018
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Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme
 
Il y a un peu plus d’un an, en octobre 2017, j’écrivais Lorsque l’orage menace… qui était introduit par ce chapeau qui annonçait les Gilets jaunes : lorsque l’orage menace, le troupeau se rassemble. Le problème n’est pas alors de savoir quoi faire mais de le faire ensemble, de savoir avec qui le faire, de ne plus être seul à ne pas savoir quoi faire. Partager son angoisse avec ses congénères est l’instinct grégaire habituel des mammifères dont les humains.
 
Aujourd’hui la question se pose de comprendre cette angoisse ou de la laisser ravager les êtres de l’intérieur jusqu’à ce qu’elle nous submerge tous par la guerre dont les protagonistes aléatoires se choisissent au dernier moment sous n’importe quel prétexte tellement ils ont peu d’importance. L’important est de s’entretuer pour trouver un coupable à l’aveuglement collectif. La guerre est abominable pour ceux qui la vivent mais elle a l’immense avantage de remettre à plat tout ce que les dirigeants ont été incapables de faire par refus de regarder la réalité du problème. Elle peut être civile entre citoyens ou militaire entre soldats mais elle fait toujours son travail. Elle seule a généré les républiques depuis que nous avons réduit ce mot à l’une de ses formes en lui retirant son sens simple de "chose publique" admirablement décrit au règne d’Henri III, le dernier des Valois, par Jean Bodin en 1578 dans Les six livres de la république classés en monarchie, aristocratie et démocratie.
La première république française est née de la révolution, la deuxième, des émeutes parisiennes de 1848, la troisième, de la guerre de 70, la quatrième, de la seconde guerre mondiale et la cinquième, de la guerre d’Algérie.
 
L’angoisse actuelle qui construit si l’on n’y prend garde la prochaine guerre, vient d’une prise de conscience intuitive du peuple que, s’il n’a pas la solution, ses élites autoproclamées ne l’ont pas non plus. La classe qui dirige le pays n’a rigoureusement rien compris à l’économie tout en s’entêtant à se croire seule depuis deux siècles à la comprendre. Ce magma informe et sans cesse en croissance, mélange politico-médiatico-publicito-universitaire de plus en plus coûteux, improductif et citadin, continue à croire et à faire croire que nous créons chaque année des richesses et que la seule question est d’en produire davantage et de mieux les partager. Pour s’occuper et pour ne pas regarder la réalité en face, elle se divise entre ceux qui accusent l’État d’être obèse et ceux qui accusent "les riches" de tout accaparer. Comme évidemment personne n’accapare ce qui n’existe pas, les deux parties se sont artificiellement et mutuellement montés en mayonnaise pour tenter de prouver toutes les deux que l’on a créé beaucoup de richesses, que l’on va en créer encore davantage et que Lavoisier avait tort de dire "Rien ne se perd rien ne se crée, tout se transforme" .
 
L’État avec son administration de plus en plus nombreuse tellement la tâche est ardue, a comme activité quasiment unique de reprendre au peuple les richesses imaginaires qu’il a annoncé lui avoir procurées et que le peuple a cru avoir gagnées. Il le fait par la montée sans fin des normes, des obligations et des interdictions qui rendent tout plus coûteux et par la montée tout aussi illimitée du jeu subtil entre les taxes identiques pour tous et les impôts plus individualisés. Tout naturellement, étant tellement absorbé par cette tâche qui coûte très cher, il ferme les postes, les hôpitaux, les gendarmeries, les commissariats, les tribunaux et les casernes.
De leur côté "les riches" se rachètent mutuellement entre eux à des prix de plus en plus délirants les parts qu’ils détiennent sur ce qu’ils affirment être leur richesse, en actions, en immobilier, en médias et en œuvres d’art. Cela permet de rendre jaloux le bon peuple à qui l’on fait croire que très peu de personnes détiennent la quasi totalité des richesses mondiales mais cela permet surtout à ces riches de dépenser ostensiblement l’argent créé par les banques pour bien prouver qu’ils sont riches.
C’est là où les banques et les universitaires sont mis a contribution. Les banques fabriquent de la monnaie en faisant monter sans fin la dette et les universitaires, suivis par leurs étudiants et par les médias, expliquent sans rire que dépenser c’est s’enrichir. Le PIB, somme annuelle de toutes les dépenses publiques et privées est présenté doctement comme une création annuelle de richesse et sert de référence à une flopée de schémas ineptes qui tournent en boucle. Les imbéciles qui, lorsqu’on leur montre la lune regardent le doigt, répètent que si le PIB n’est pas parfait c’est au moins un indicateur.
 
Regardons de plus près ce fleuron du magma qu’est Emmanuel Macron. Quand, du sommet de son Olympe, il disait à Davos le 24 janvier 2018 "La situation est très claire : il faut rendre la France plus compétitive, plus novatrice pour pouvoir financer justement un système juste", il condensait en une courte phrase toutes ses erreurs d’analyse. Sa seule excuse était d’avoir un but assez sympathique, un système juste qui est un but final louable. Encore eût-il fallu qu’il dise ce qu’est pour lui un système juste et si l’intention est louable, la voie choisie est aussi stupide que les moyens pour y arriver. Il est navrant d’avoir à l’expliquer.
 
D’abord regardons son but, financer. Financer c’est normalement simplement mener à bonne fin. Mener à bonne fin c’est se servir de l’énergie de tous nos compatriotes en les sortant du chômage pour utiliser leurs capacités telles qu’elles sont et nous enrichir de ce qu’ils savent faire, comme le fait n’importe quelle famille. Mais financer est devenu dans la tête et la parole du magma, mener à bonne fin non pas grâce à l’énergie des Français mais uniquement grâce à l’énergie monétaire depuis que cette énergie n’a plus de source. Chacun peut observer que les banques fabriquent de l’argent sans vergogne pour répondre aux demandes de moyens venues de toutes parts et que cette avalanche de monnaie ne fait que faire monter la dette et les prix en dévaluant la monnaie dont l’énergie se disperse. Financer tel que les composants du magma le comprenne c’est appauvrir le peuple et lui vendre en même temps tout plus cher. C’est une double peine.
 
Ensuite regardons ses moyens pour avoir cet argent qui lui est si précieux. Rendre la France... Il ne dit pas "les Français" mais "la France". Comment parler de la France quand on la découpe en macro-régions arbitraires à l’allemande, soumises à la nouvelle Sainte Trinité, Bruxelles Strasbourg Luxembourg, sous l’égide d’un quelconque poivrot de service que de braves âmes sont obligées de soutenir quand il est de sortie ? Sa France à lui est destinée à mourir pour que son rêve s’accomplisse et les Français ne peuvent pas bien le vivre.
 
Continuons. Rendre la France plus compétitive est la première ânerie martelée par le magma qui ne veut pas voir l’incohérence globale de son système et rêve de le financer en faisant payer les autres par une balance commerciale excédentaire non rééquilibrée normalement par un réajustement des monnaies. Son idée est qu’il faut faire mourir les entreprises des autres pays pour que les autres achètent enfin nos produits et finance notre système. Il n’ose pas vraiment le dire comme ça car tous ceux qui se retrouvent à Davos disent la même chose à leurs peuples. Il claironne qu’il faut rendre la France plus compétitive alors qu’il faut d’abord utiliser toutes ses énergies par une collaboration interne intelligente au travers peut-être de sociétés d’économie mixte embauchant tous les sans-emplois de France pour leur faire faire ce qu’ils savent déjà faire. C’est le principe de l’avantage comparatif de Ricardo que le magma impose bêtement à l’extérieur en oubliant aussi bêtement de l’appliquer à l’intérieur. Il faut évidemment abandonner le long formatage à grand frais de notre système éducatif destiné principalement à une utilisation à peu de frais de matériau humain indifférencié par les entreprises. Il faut en revanche reconnaître en espèces sonnantes et trébuchantes l’utilité de tous les Français et c’est le premier rôle d’un gouvernement qui n’y est qu’aidé par les entreprises dont ce n’est pas la vocation première alors que c’est la sienne. La lâcheté du magma à se décharger de l’emploi sur les entreprises en profitant du formatage général à l’aveuglement, est aussi stupéfiante qu’inacceptable.
 
Continuons. Rendre la France plus novatrice est la seconde ânerie qu’utilisent tous les charlatans pour décrire sans risque, et en se faisant payer très cher, des lendemains qui chantent. J’ai un problème ? Demain le résoudra ! Nous avons des chômeurs ? Vous n’imaginez pas les nouveaux emplois que l’innovation va créer ! Vous êtes malade ? Ma potion est miraculeuse !
Henri Queuille qui a été ministre un nombre incalculable de fois et trois fois chef du gouvernement, a prédit Emmanuel Macron et ses prédécesseurs 60 ans à l’avance en expliquant parfaitement la politique du magma qui était pourtant à l’époque encore très minoritaire :
"Il n’est pas de problème dont une absence de solution ne finisse par venir à bout".
"La politique ne consiste pas à faire taire les problèmes mais à faire taire ceux qui les posent".
"Toute réforme fiscale consiste à supprimer des impôts sur des choses qui étaient taxées depuis longtemps pour les remplacer par des nouveaux plus lourds, sur des choses qui ne l’étaient pas".
"Quand vous êtes embêtés embrouillez tout".
 
Tant que le magma continuera à croire et à faire croire que les entreprises créent des richesses parce que les banques fabriquent de la fausse monnaie pour transformer leurs productions en richesses en faisant monter la dette, tant que les gouvernements n’auront pas envie de créer des structures permettant à tous les chômeurs d’enrichir la France par leur savoir-faire, tant que, nous croyant riches, nous alimenterons l’immense armée d’inutiles qui ne vivent que sur le petit nombre qui travaille encore et qui succombe, l’angoisse se diffusera, la violence prospérera et le ridicule se montrera chaque jour davantage.

Envoyé par l'auteur, paru sur www.surlasociete.com, 20 décembre 2018
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