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Macron et la Pologne
 
Quand en 2006 les frères jumeaux Kascinsky se retrouvèrent au pouvoir en Pologne, Lech comme Président, Jaroslav comme président du conseil, la presse bien-pensante et en particulier Le Monde se déchaina comme au temps du général Pinochet : nationalistes, populistes, catholiques, tout fut bon pour les accabler.
Lech est mort à Smolensk dans un accident d’avion, Jaroslav n’a plus de fonction officielle mais à la tête du parti "droit et justice" au pouvoir, apparaît comme l’homme fort de la Pologne.
Le gouvernement est dirigé depuis 2015 par Beata Szydlo qui apparaît aussi inflexible que les jumeaux Kascinsky. La Pologne est avec la Hongrie, la Slovaquie et la République Tchèque, membre du Groupe de Visegrad, dans le collimateur de la commission européenne, qui l’accuse de ne pas être fidèle aux "valeurs" de l’Europe.
A l’instar de la Pologne, la Hongrie de Viktor Orban qui mit fin à l’invasion de "migrants" venus de Grèce en bloquant la route des Balkans, s’oppose à la création de quotas impératifs de réfugiés, Orban a aggravé son cas en fermant l’université du milliardaire mondialiste Soros à Budapest.
En fait les membres du groupe Visegrad refusent l‘admission de tout migrant, faisant valoir qu’ils ne sont pas, eux, victimes d’attentats islamistes.
L’exécutif européen a entamé une procédure d’infraction contre Varsovie mais aussi Prague et Budapest, la cour de Luxembourg ayant validé les quotas européens de réfugiés. Mais c’est surtout la Pologne - et les 38 millions de Polonais - qui est visée. On lui reproche, en plus du refus d’admission de tout réfugié, la mise au pas des juges et des journalistes.
Il est vrai que Beata Szydlo a fait de la lutte contre l’avortement, la fécondation in vitro et la corruption des médias ses chevaux de bataille, ce qui bien évidemment est contraire aux "valeurs de l’Europe".
C’est dans ce contexte que le président Macron cherche à réformer la directive sur les travailleurs détachés dont bénéficie surtout la Pologne. Que cette directive soit un scandale, imposant aux travailleurs français une concurrence déloyale insupportable, c’est bien évident, mais cette directive n’est pas née de rien et a dû être ratifiée à un moment ou à un autre par la France ou ses représentants.
Quoiqu’il en soit au cours de sa tournée en Europe orientale, au cours de laquelle il a soigneusement évité Varsovie  et Budapest, il s’en est pris à Sofia, à la politique globale du gouvernement polonais, qui porterait atteinte à l’Etat de droit et mettrait la Pologne à la marge de l’Union européenne.
Beata Szydlo n’a pas apprécié, et on la comprend, et a déclaré : "Peut-être ces déclarations arrogantes sont-elles dues à son manque d'expérience et de pratique politique, ce que j'observe avec compréhension, mais j'attends qu'il rattrape rapidement ces lacunes et qu'il soit à l'avenir plus réservé". Pas aimable mais pas faux, si Macron voulait tellement réformer la directive "travailleurs détachés", il serait préférable qu’il s’y prenne autrement et assure par exemple qu’en échange de concessions sur la directive, la France s’opposerait désormais à l’ingérence de Bruxelles dans les affaires intérieures polonaises. Cela ne couterait rien, les sanctions pour atteinte à l’Etat de droit devant être votées à l’unanimité. Plusieurs pays s’y opposent.

Envoyé par l'auteur, dejudasatartuffelettresaumonde.hautetfort.com, 11 septembre 2017
Publié dans Avec l'Europe
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Décès de Simone Veil : beaucoup de malentendus
 
Le concert d’éloges qu’a suscité le décès de Simone Veil recouvre bien des ambiguïtés.
D’abord le fait que, surtout de la part de la presse, c’est moins la personne que l’on célèbre que l’avènement du supposé droit à l’avortement. On fait ainsi de l’ancien ministre de la santé une icône de libéralisation des mœurs. Rien dans ses déclarations ne le laisse supposer. La loi Veil visait à encadrer et même réduire le nombre des avortements clandestins. La propagande féministe avait alors répandu le chiffre absurde d’un million par an – alors que la vérité était plus proche de 50 000, ce qui n’était déjà pas rien (1). Simone Veil avait-elle été dupe de cette propagande ? Probablement pas, mais tout laisse penser qu’elle voulait faire une loi d’encadrement et de contrôle plus que d’émancipation.
On ne l’a pas assez relevé : Simone Veil venait clairement de la droite. Elle était issue, comme Marie-France Garaud, de l’écurie de Jean Foyer, grand détecteur de talents et qui deviendrait un des adversaires les plus résolus de la loi de 1974. Il réussit néanmoins à y faire inscrire à l’article 1 que "La loi garantit le respect de tout être humain dès le commencement de la vie.", le reste de la loi ne venant qu’à titre d’exception : "il ne saurait être porté atteinte à ce principe qu'en cas de nécessité et selon les conditions définies par la présente loi." 
Simone Veil ne s’était pas engagée dans cette aventure sans crainte et tremblement. Elle devait dire plus tard que la loi n’aurait pas vu le jour si l’épiscopat avait manifesté haut et fort son opposition.
 
La grande défausse
Une loi qui n’aurait normalement pas dû s’appeler loi Veil. On n’a jamais relevé ce qu’il y avait d’abject dans le fait que trois personnalités de culture et, selon leurs déclarations, de foi catholique, trois hommes, Valery Giscard d’Estaing, président de la République, Jacques Chirac, Premier ministre et Jean Lecanuet, Garde des sceaux, soient allés chercher une jeune magistrate d’origine juive, rescapée des camps de la mort, pour lui faire porter le chapeau d’une loi dépénalisant (au moins en partie) l’avortement. Sur un sujet qui touchait les droits fondamentaux et donc en premier lieu le ministère de la justice, cette loi n’aurait-elle pas dû s’appeler loi Lecanuet ? Lecanuet, icône de la démocratie chrétienne finissante, enterré dans un monastère ! Instrumentalisation et de la judéité et de la shoah à des fins politiciennes : personne n’a souligné à quel point il y avait là une forme d’antisémitisme sournois, en tous les cas de lâcheté. D’ailleurs le piège diabolique concocté par Giscard et Chirac a fonctionné : la bêtise crasse qui caractérise une certaine droite l’a conduite à tomber les yeux fermés dans le panneau pour se livrer à des amalgames douteux qui ont terriblement affaibli la cause des défenseurs de la vie. 
L’intéressée était-elle obligée de tenir ce rôle ? C’est une question ouverte.
 
Le droit de l’avortement actuel n’a plus rien à voir avec la loi Veil
Enfin, et c’est le plus important, il serait temps de rappeler que la loi Veil de 1974 n’a à peu près rien à voir avec la législation de l’avortement de 2017.
Au fil des ans ont été supprimés : le principe du respect de la vie comme norme, la nécessité de l’état de détresse, l’entretien préalable avec une assistante sociale, le délai de réflexion. Le délai légal a été relevé à 12 semaines (ce qui est tout de même différent de pays, comme les Etats-Unis, où il n’y a pas de délai !). Ont été instaurés en parallèle le remboursent à 100 % de l’acte (et plus récemment de tous les examens préalables) (2) et le délit d’entrave à l’avortement. On n’est pas encore allé jusqu’à en faire un droit fondamental sans considération de délai, mais sous la pression de l’ONU et de l’UE, une motion dans ce sens a été votée récemment à l’Assemblée nationale. L’objection de conscience du personnel médical est menacée et affaiblie, les pharmaciens en étant désormais exclus. A l’instigation de Marisol Touraine, les hôpitaux sont obligés d’atteindre des quotas d’avortements et donc à y pousser les femmes hésitantes pour montrer qu’ils ne se dérobent pas à ce supposé  "service public". Le progrès du dépistage prénatal (et les actes de dépistage multipliés par la loi) ont fait de l’avortement, en France plus qu’ailleurs, un instrument quasi-généralisé d’eugénisme, ce dont on ne mesure sans doute pas encore toutes les conséquences (3). La science a entretemps découvert le RU 486 qui semble rendre l’acte plus anodin et qui peut être délivré par les infirmières de lycée.
Nous ne comptons pas au nombre des dérives la suppression de l’autorisation parentale, prévue à l’origine pour les mineures, tant le rôle des parents est, en cette matière, le plus souvent négatif.
 
On est ainsi passé de la loi de 1974 pour laquelle l’avortement provoqué était une exception à une règle générale de protection de l’enfant à naître, assortie d’un dispositif à finalité dissuasive, à un régime juridique, en théorie de semi-liberté, mais en fait d’encouragement. La sociologie contemporaine, de plus en plus hostile l’enfant, fait que les institutions les plus diverses : entreprise, hôpital, lycée, services sociaux et souvent famille se liguent pour pousser à l’avortement des femmes qui, au fond d’elles-mêmes, voudraient garder leur enfant. Tenter de dissuader une femme d’avorter est puni par la loi, l’y pousser, en soi, ne l’est pas (4). On estime à 60 % le nombre d’avortements sous pression de l’environnement et peu contestent qu’une femme entourée de gens, employeur compris, qui accueillent favorablement l’enfant, n’y recoure guère. Qui parle de liberté (5) ?
 
La loi de 1974 prévoyait que des études en vue de connaitre mieux les motivations de l’acte abortif, dans un but de prévention : cette disposition est passée à la trappe lors de la reconduction de la loi en 1978. Le sujet est devenu au contraire tabou. De même l’entretien préalable n’a la plupart du temps été qu’une formalité bien éloignée de l’esprit de la loi.
Ces évolutions ont été la plupart du temps votées à l’initiative du parti socialiste, la droite ne les remettant jamais en question "pour ne pas rouvrir le débat". Elles semblent conforter l’argument des pro-vie selon lesquels la loi Veil, sous une apparence restrictive, a ouvert la boîte de Pandore. De même, il n’est pas fortuit que le passage sans retour de la fécondité française au-dessous du seuil de renouvellement des générations date de 1975.
Il reste que Simone Veil a, au moins en privé, déploré la dénaturation de la loi qui porte son nom. Il aurait peut-être mieux valu qu’elle le dise publiquement, comme  elle a participé brièvement en 2013 (6) à la manifestation contre la loi Taubira.
Mais on trouve dans ses déclarations de 1974 des prises de position non équivoques : "Il n’y a aucun droit à l’avortement"… "Personne n’a jamais contesté, et le ministre de la santé moins que quiconque, que l’avortement soit un échec"… "C’est toujours un drame et cela restera toujours un drame", ou encore "si [le projet de loi] admet la possibilité d’une interruption de grossesse, c’est pour la contrôler, et autant que possible en dissuader la femme".
"Dissuader la femme !" Avec de tels propos, Simone Veil serait aujourd’hui allée en prison.  
 
(1) On compte aujourd’hui environ 220 000 avortements légaux par an. Ce chiffre, un des plus élevés d’Europe, ne baisse pas malgré des dizaines d’années de propagande pour la contraception. Il concerne principalement les populations autochtones.
(2) Alors que les soins dentaires ou les lunettes ne sont remboursés qu’à hauteur de 20 %.
(3) Combien de grands artistes ou génies scientifiques n’auraient pas survécu au dépistage prénatal, sûrement pas Toulouse-Lautrec ?
(4) Il y a des condamnations  de ces pressions mais, à notre connaissance, seulement en cas de violences physiques, au titre des "violences faites aux femmes".
(5) Ces pressions sont d’autant plus déplorables que la plupart des femmes en gardent des traces psychologiques profondes. 
(­6) Sa santé déjà compromise ne lui permettait pas de faire plus de quelques centaines de mètres, ce qui est déjà beaucoup..

Envoyé par l'auteur, 9 septembre 2017
Publié dans A tout un chacun
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Si l’Union européenne veut endiguer le flux des migrants, elle le peut 
 
Comment faire grief à Emmanuel Macron de vouloir réconcilier les factions qui se déchirent en Libye ? S’il y réussit, ce serait une excellente chose.
Beaucoup voient dans le retour à la paix le préalable au contrôle des flux de migrants qui traversent chaque jour la Méditerranée en direction de l’Europe.
Il est vrai que le renversement du colonel Kadhafi en 2011 a fait sauter le verrou qui bloquait le passage des populations de l’Afrique subsaharienne. Le flux n’a certes commencé en grand qu’en 2014, le temps que les réseaux s’organisent. Mais depuis, il ne tarit pas : 360 000 migrants ont pris le chemin de l’Europe en 2016 dont 4 000 se sont noyés. Pour les six premiers mois de 2017, le chiffre est de 80 000 dont 2 000 noyés. 
On aurait tort cependant de penser que la clef du problème se trouve exclusivement à Tripoli. Le rétablissement de la paix civile et d’un Etat digne de ce nom en Libye pourrait en effet faciliter le contrôle des flux de réfugiés, pour peu que ce gouvernement le veuille.
Mais le contrôle des réfugiés serait déjà possible à condition que les Européens prennent le contrôle des ports de départ pour y faire la chasse aux passeurs et autres trafiquants de chair humaine, pour y détruire les bateaux et pour filtrer en amont les vrais réfugiés, comme le propose Macron. Les vrais réfugiés sont en tout état de cause peu nombreux au départ de la Libye, moins qu’ils ne l’étaient au départ de la Turquie, une filière que les espoirs de paix en Irak et en Syrie ont commencé à tarir. 
Le fondement d’une intervention européenne (policière plutôt que militaire) dans les ports libyens pourrait être tout simplement un accord bilatéral entre le gouvernement de Tripoli et tel ou tel Etat européen (de préférence des Etats méditerranéens comme la France ou l’Italie). On objecte au Quai d’Orsay que ce gouvernement ne contrôle rien. Etonnante ignorance du droit international : on ne lui demande pas de contrôler son territoire mais de donner à d’autres le droit de le faire. Pour cela il suffit que ce gouvernement soit légitime, ce qui est le cas. Loin d’être un obstacle, sa faiblesse actuelle pourrait être un atout. Ne subsistant que sous perfusion de l’OTAN, il n’est pas en mesure de refuser un tel accord.
 
L’Union européenne ne veut pas arrêter le flux de migrants
Cela ne s’est pas fait à ce jour car l’Union européenne exigerait au préalable une résolution du Conseil de sécurité, autrement dit elle conditionne une opération qu’elle pourrait faire elle-même à l‘accord de la Russie et de la Chine – peu chauds, au vu des précédents, pour donner à nouveau un feu vert aux Occidentaux dans cette zone. Disons-le tout net : cette exigence parfaitement inutile signifie une chose, que l’Union européenne ne veut pas que le flux soit arrêté.
Pourquoi ? Différents documents émanant soit de l’ONU, soit de l’Union européenne ressassent depuis bientôt trente ans que l’Europe, compte tenu de son déficit démographique - qui est aujourd’hui d’un tiers à chaque génération, y compris en France pour la partie autochtone -  a besoin, pour fournir de la main d’œuvre à son industrie et pour équilibrer ses régimes de retraite d’un afflux de 40 ou 50 millions d’immigrés.   
On voit bien ce que ce raisonnement technocratique, seulement basé sur les chiffres, a de borné : il suppose que les hommes sont fongibles, hors de toute considération culturelle, ethnique ou religieuse. Les prospectivistes des institutions citées n’ont aucun souci de la cohésion des nations européennes. Ils préconisent même ouvertement ce qu’ils appellent le replacement. A Davos, l’effet économique positif de l’arrivée des migrants a été applaudi. Par sa politique d’accueil des années 2015 et 2016, Angela Merkel n’a pas raisonné autrement.
Dans les mêmes cercles, certains vont plus loin : ils comptent que le brassage des populations affaiblira les Etats et facilitera tant la mondialisation que l’intégration supranationale. Alors que chacun sait que c’est le contraire qui nous attend : cet afflux exacerbera les conflits religieux ou ethniques et mettra en cause un peu partout la paix civile.
Personne, dans ces sphères, n’envisage que l’effort de l’Europe pourrait porter sur le redressement démographique. Certes c’est difficile, mais pas plus que d’enrayer le réchauffement climatique ! Il n’en est pas question car cela semblerait remettre en cause la doxa féministe, comme si la maternité était un malheur.
 
La résistance compréhensible des peuples à cette perspective est tenue à Bruxelles et dans les capitales sous son influence pour un populisme rétrograde dont les leçons de morale et les poursuites judicaires devraient venir à bout. On n’imagine pas que ce puisse être l’effet du réalisme historique ou d’un légitime souci de préservation.   
Il va de soi que si ces idées figurent dans de multiples rapports, on se garde bien de dire clairement : "Non, l’Union européenne n’a pas l’intention de contrôler les passages en Méditerranée car elle a besoin des migrants". On se contente de laisser croire que ces flux ne sont pas maitrisables, qu’ils échappent à toute volonté politique, que le souci humanitaire doit d’effacer devant toute autre considération.  On renforce Frontex qui va au secours des migrants largués par les passeurs pour les amener en Italie. Au moment où les migrants ont afflué de Turquie (2015-2016), il était facile, dès lors que l’Allemagne avait décidé de les accueillir, de leur envoyer des billets d’avion qui leur auraient épargné le racket des passeurs et les noyades en mer Egée. L’hypocrisie de l’Union européenne qui ne veut pas empêcher les migrants de venir mais fait semblant de n’y pouvoir rien, est la cause des milliers de noyades en Méditerranée.
Disons-le clairement : la paix en Libye est souhaitable, mais quelle que soit l’évolution de la situation sur le terrain, si l’Union européenne veut vraiment contrôler ses frontières maritimes, elle en a déjà les moyens.
 
Le général italien Vicenzo Santo, interrogé par un journaliste sur la submersion migratoire actuelle, affirmait : "il suffit d'utiliser l'armée pour la mission qui est à
l'origine de sa création, celle de défendre nos frontières. Il est tout à fait possible de mettre le holà à cette immigration désordonnée et massive. En quelques jours, l'armée italienne pourrait y mettre fin".

Envoyé par l'auteur, 9 septembre 2017
Publié dans Avec l'Europe
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De la parole aux actes
 
Le président de la République et le gouvernement répètent à l’envi que la sécurité et la lutte contre le terrorisme sont des priorités nationales. Dont acte. Alors, par curiosité, regardons les choses par le petit bout de la lorgnette, sur le terrain où l’on est en prise directe avec la réalité du quotidien, loin des déclarations fracassantes et des coups de menton de Monsieur "Je suis l’chef".
 
Entrons dans une petite unité de gendarmerie située dans la banlieue d’une grande ville. Loin des belles déclarations d’intentions du gouvernement, le chef d’unité vient d’apprendre, en ce début septembre, que son budget mensuel est subitement réduit de 8 %, rabotage qui n’est pas compris dans la coupe budgétaire drastique à l’origine de la démission du général de Villiers. C’est une possibilité que se réserve Bercy, mais cela n’a jamais été appliqué à la gendarmerie. Il y a un début à tout, surtout si les circonstances s’y prêtent…
Un officier explique avec flegme et résignation que 8 %, c’est presque la moitié de la marge de manœuvre qui lui reste pour faire fonctionner son unité une fois que les salaires ont été payés. La nouvelle coupe budgétaire devrait donc limiter considérablement les capacités d’action de nos gendarmes. Seulement, comme ce sont des hommes de devoir prêts à tous les sacrifices, ils vont trouver les moyens d’assumer leurs tâches sans un sou vaillant. Les trois véhicules de la compagnie sont en panne au garage ? On ne peut plus payer les réparations ? On fera les patrouilles à pieds. Il reste une ramette de papier à imprimante pour tenir jusqu’en 2018 ? On se débrouillera. Et ainsi de suite.
 
Mais surtout, on va être obligé de faire des coupes sombres dans certains secteurs comme l’emploi de la réserve opérationnelle. Annoncée à grand fracas de communication, entrainée et formée à grands frais, cette réserve regroupe des jeunes gens courageux qui donnent plusieurs journées de leur temps chaque mois pour seconder la gendarmerie dans toutes ses tâches : antiterrorisme, contrôles routiers, prévention et répression de la délinquance, convoyage de détenus etc. Eh bien, faute de crédits pour employer ces réservistes, ou plutôt à cause des coupes budgétaires subites, il va falloir geler ce beau projet. Cette "Garde nationale" dont on nous a tant vanté les mérites, on ne veut plus la payer ni l’équiper. Alors, on l’abandonne au milieu du gué sans avoir prévenu personne. Que d’énergies, de bonnes volontés, de compétences, de sacrifices, d’investissements ainsi gaspillés ! Que de missions importantes, voire vitales, reportées aux calendes grecques !
 
Ma génération a grandi aux échos d’un certain "Je vous ai compris", suivi d’actes exactement contraires à ce que les mots pouvaient laisser croire. Mais n’est pas Charles de Gaulle qui veut, et surtout, l’abandon qui se dessine aujourd’hui à travers ces coupes budgétaires irresponsables ne concerne pas l’autre côté de la Méditerranée, mais le territoire métropolitain. L’étau se resserre. C’est comme cela que l’on prépare la défaite face au terrorisme, à l’embrasement des banlieues ou aux mutineries des prisons. Certains, comme Bazaine en 1870, auront des comptes à rendre devant la Nation et devant l’Histoire.

Envoyé par l'auteur, 7 septembre 2017
Publié dans Du côté des élites
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La réalité, ce n'est pas l'islamophobie, mais l'occidentophobie
 
TRIBUNE - Pour la philosophe*, il est vain de chercher des causes économiques ou psychiatriques au terrorisme. La matrice idéologique des djihadistes est la haine de la civilisation occidentale. Le problème est que nous non plus ne nous aimons pas.
 
Le terrorisme qui nous frappe s'impose à nous comme un objet non identifié. Nous sommes capables de mettre en place l'état d'urgence, de détenir des services secrets performants qui sans aucun doute nous évitent bien d'autres attentats. Mais nous sommes incapables de mettre le doigt sur les causes. Au début, à partir du 11 Septembre, on a commencé par prétendre que des raisons économiques poussaient ces jeunes garçons au meurtre de masse et au suicide. L'empreinte marxiste est déterminante dans les sociétés occidentales du tournant du siècle : on pense encore que le crime ne provient que du chômage et du mal-être social. Puis on s'est rendu compte qu'il n'en était rien, puisque les coupables étaient parfaitement intégrés et instruits. Aujourd'hui une nouvelle explication, non moins risible, court sur les antennes : les terroristes seraient des malades mentaux. On installe des "cellules de déradicalisation" aussi ridicules qu'inutiles, comme si on pouvait lutter contre des croyances avec les armes de la raison bureaucratique. La seconde explication a aussi peu de sens que la première. Car la véritable raison est étalée sous nos yeux, pendant que nous refusons de la voir, comme la lettre volée.
 
Le déni de réalité est tel qu'on voit ces jours-ci des Espagnols défiler contre le terrorisme aux cris de "non à l'islamophobie", comme si la raison de tout cela n'était pas, évidemment, l'occidentophobie. Qu'on le croie ou non, l'aveuglement des ex-communistes vis-à-vis des crimes de Lénine/Staline a été encore dépassé par l'aveuglement de nos contemporains devant les meurtres de masse auxquels nous sommes pratiquement habitués…
On ne parle pas de l'occidentophobie. Et probablement, il est suspect d'en parler, parce que c'est une manière de mettre en cause une branche de l'islam. Pourtant, les attentats qui secouent nos villes à intervalles de plus en plus rapprochés, sont bien le fruit de l'occidentophobie. Il s'agit d'une récusation profonde de notre culture telle qu'elle se déploie dans nos sociétés, Europe et Amérique confondues. L'Américain John Updike a bien décrit cela dans son roman Terroriste: son héros, le jeune Ahmad Mulloy, ne supporte pas le spectacle de la vie quotidienne américaine : la consommation permanente et la passion des choses superflues ; les filles offertes dans un abus de nudité et de laxisme, où plus rien n'est interdit ; la vulgarité, la bagatellisation de tout, le refus de toute spiritualité.
 
Au fond, ce qui est mis en cause ici, c'est l'athéisme, la sécularisation générale, l'égalité des sexes, le matérialisme, la priorité du plaisir. Les terroristes sont d'abord des gens qui ne supportent pas les droits égaux pour les femmes, la laïcité, la fin du machisme patriarcal.
Un certain pourcentage de musulmans hébergés par l'Occident hait l'Occident. C'est un fait. Ils ont été accueillis ici mais se révoltent contre leur culture d'adoption. Ce sont des choses qui arrivent, et ce n'est pas la première fois dans l'histoire. Il ne s'agit pas d'un simple dégoût, sinon nos terroristes pourraient aller vivre dans des pays où le gouvernement est musulman et les femmes voilées. Il s'agit d'une haine, d'une volonté de faire disparaître une culture : une idéologie - cet islam veut le monde. Beaucoup d'Occidentaux croient naïvement que les idéologies, après l'enfer puis après le communisme, ont été supprimées. En réalité nous nous trouvons devant une nouvelle "guerre contre l'Ouest", héritière de celle dont parlait le Hongrois Aurel Kolnai en parlant du nazisme.
Les Occidentaux ont énormément de mal à admettre que des gens commandités par l'islam (même si évidemment aucun islam n'est tout l'islam) ont désigné l'Occident comme ennemi au point d'y commettre des massacres de masse. Car les musulmans, comme anciennes minorités opprimées, ont toujours raison : tel est notre mode de pensée. Incriminer des causes économiques ou psychiatriques des attentats, est chaque fois un moyen d'en rejeter la faute indirectement sur nous.
 
Cet aveuglement a des raisons intéressantes, et des conséquences non négligeables. Nous sommes parfaitement capables d'expliquer pourquoi nous, Occidentaux, devons être occidentophobes : toute la culture de la déconstruction nous le répète à satiété depuis un demi-siècle. Nous sommes capables d'expliquer comment la culture occidentale, responsable des guerres de religions et des guerres mondiales, est haïssable. Mais nous sommes bien incapables de comprendre et d'expliquer pourquoi un jeune musulman d'aujourd'hui, abrité et éduqué par l'Occident, va haïr la laïcité et l'émancipation des femmes : nous n'avons pas encore accepté cette réalité, tant elle nous insupporte, parce qu'elle déprécie une minorité que nous avons opprimée, c'est-à-dire un groupe de héros.
Nous avons depuis longtemps perdu l'habitude de défendre notre culture, de plaider pour elle. Faire l'apologie de la culture occidentale, nous pensons que c'est vichyssois, voilà tout. Aussi demeurons-nous pétrifiés et impuissants, incapables de comprendre avant même de répondre. Il faudrait justifier nos propres racines, que nous passons notre temps à ridiculiser depuis cinquante ans. Nous ne savons même plus où elles sont. La tâche est pour nous effrayante. Elle nous demande un retournement complet.
 
On ferait bien de cesser de pleurnicher sur la soi-disant islamophobie, qui n'existe que dans la mauvaise conscience, en ce cas mauvaise conseillère. La vraie réalité, qui se compte en nombre de morts, et cela est bien réel, c'est l'occidentophobie (qu'il vaudrait mieux appeler misoccidentie, si le mot n'était dissonant) : la haine de l'Occident. Il est probable qu'à force de vouloir nous déconstruire nous-mêmes, nous avons donné des armes à ceux qui déjà ne nous aimaient pas beaucoup - quand on bat sa coulpe en permanence, on finit par apparaître comme un raté. Mais enfin le mal est fait. Il nous faut tenter de comprendre, quand nous serons parvenus à prononcer ce mot, pourquoi pullulent les occidentophobes, habités par la nostalgie d'une société religieuse, patriarcale et machiste. Il ne nous suffira pas de les traquer physiquement, car c'est une bataille de croyances - on n'embastille pas des croyances. Où sont nos croyances ? Nous pourrions, avec profit, les rattraper dans le ruisseau où nous les avions imprudemment abandonnées.

Paru dans Le Figaro, 7 septembre 2017
 
*Membre de l'Institut, fondatrice de l'Institut Hannah Arendt, Chantal Delsol est philosophe et historienne des idées. Elle a dernièrement publié "Un personnage d'aventure. Petite philosophie de l'enfance" (Éditions du Cerf).
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Le déni de la réalité
 
Nous assistons à un double déni de la réalité : pour les dirigeants et diplomates français, depuis cinq ans, il n’y aurait pas de solution en Syrie sans la mise à l’écart de Bachar el Assad. Donald Trump, depuis un an, s’imagine pouvoir arrêter la course nord-coréenne aux armements nucléaires, soit par des menaces, soit par des pressions sur la Chine. Français et Américains vivent dans l’illusion. L’armée de  Bachar el Assad vient de libérer Deir el Zor pendant que nous pérorons : il se prépare à reprendre le contrôle de toute la Syrie. Que dirons-nous alors, faute de pouvoir agir ?
Donald Trump se refuse à admettre plusieurs réalités :
- Le régime héréditaire nord-coréen, présidé par Kim Jong-Un, croit que l’arme nucléaire assurera sa survie et lui évitera le sort de Kadhafi ;
- La Chine ne veut pas d’une réunification sous l’égide de la Corée du Sud, qui amènerai un allié des Etats-Unis à sa frontière ;
- La Chine ne veut pas d’un effondrement du régime nord-coréen, qui provoquerait un chaos aux conséquences imprévisibles.

La seule solution consisterait à admettre que le problème nord-coréen doit se résoudre en acceptant le statut de puissance nucléaire pour cet Etat, et des négociations directes entre les dirigeants américains et nord-coréens.
Pour la Syrie également, aussi longtemps que nous ne reprendrons pas des discussions directes avec Bachar el Assad, en constatant qu’il est incontournable, nous en resterons à vaines incantations. Et pendant ce temps, la Russie nous évince de Syrie et compte les coups.

Envoyé par l'auteur, 6 septembre 2017
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Corée : ne pas confondre coercition et dissuasion
 
La crise coréenne ne peut plus être résolue par une intervention militaire, qui ne pourrait être que nucléaire et donc apocalyptique, mais uniquement par la négociation.
 
Le niveau de technologie nucléaire atteint par la Corée du Nord ne permet plus de l’attaquer militairement sans qu’elle déclenche le feu nucléaire sur son assaillant ou son voisin du Sud, même si les arguties sur ce niveau-puissance de ses bombes, leur miniaturisation, précision des porteurs balistiques- cherchent à occulter le fait que la dissuasion nucléaire "du faible au fort" s’applique désormais inéluctablement. Kim Jong Un a parfaitement intégré ce concept que, encore aujourd’hui, certains stratèges ne semblent pas avoir assimilé.
Alain Peyrefitte dans son œuvre magistrale "C’était de Gaulle" rapporte comment le Général lui explique après l’explosion de la première bombe atomique française, qui n’était encore qu’une bombe A, le principe de la dissuasion :
"J’allais lui demander : ça ne vous fait rien de penser que vous pourriez… (Tuer vingt millions d’hommes deux heures après le déclenchement d’une agression)
Il me répond tranquillement : Précisément, nous ne les tuerons pas, parce qu’on saura que nous pourrions le faire. Et, à cause de ça, personne n’osera plus nous attaquer. Il ne s’agit plus de faire la guerre, comme depuis que l’homme est homme, mais de la rendre impossible comme on n’avait jamais réussi à le faire. Nous allons devenir un des quatre pays invulnérables. Qui s’y frotterait s’y piquerait mortellement. La force de frappe n’est pas faite pour frapper mais pour ne pas être frappé"
 
Les généraux et les stratèges américains le savent très bien, ou alors ils ne sont pas à la hauteur de leurs fonctions, mais les dirigeants et diplomates qui profèrent des menaces militaires l’ignorent ou font semblant de l’ignorer.
Les Etats-Unis auraient pu facilement soumettre à leur volonté la Corée du Nord par la coercition militaire en raison de l’immense différence de puissance en leur faveur avant que la dynastie des Kim n’atteigne pour leur pays le niveau nucléaire-si toutefois l’URSS puis la Russie, ainsi que la Chine les avaient laissé faire- mais désormais détenteur de l’arme fatale, même si loin de la parité, le petit pays ne peut plus être détruit sans déclencher des représailles insupportables pour la superpuissance.
C’est le principe de la dissuasion "du faible au fort" qui s’impose dont je rappelle la définition par le général Pierre-Marie Gallois, un des grands stratèges du vingtième siècle :
"Aussi, soudainement plongée dans l’ère de l’atome, l’opinion y a-t-elle raisonné ainsi qu’elle aurait pu rationnellement continuer de le faire dans le cycle classique. Elle pensait coercition, alors qu’il s’agissait de dissuasion. Elle comparait numériquement les forces en présence alors qu’il eût fallu qu’elle évaluât les dommages dont aurait souffert le plus fort, quelle que fût sa puissance, s’il s’en était pris à l’existence du plus faible."
 
Le Président Donald Trump avait montré au cours de sa campagne électorale une compréhension très grande des nouveaux équilibres mondiaux et annoncé qu’il voulait mettre fin à l’idée que les Etats-Unis devaient dicter leurs conduites à tous les états du monde, au prix de guerres coûtant trop cher en vies humaines et en argent, reprochant à l’administration précédente d’avoir jeté la Russie dans les bras de la Chine par une politique stupidement hostile, allant même jusqu’à dire au début de son mandat qu’il était prêt à parler avec Kim Jong Un. Mais on a vu que sur ce sujet comme sur bien d’autres, Russie, Afghanistan, Syrie, Chine, repris en main par le puissant complexe militaro-industriel dont  le Président Eisenhower disait le 17 janvier 1961 au moment de quitter sa présidence qu’il était un danger mortel, il a dû rentrer dans le rang pour mener la politique que "l’état profond" américain considère comme indispensable à  la suprématie de la première puissance militaire mondiale, dont l’économie est maintenant défiée par des puissances asiatiques. Il serait intéressant de savoir comment ces pressions s’exercent sur la direction de ce grand pays ami de la France depuis sa naissance, surtout dans les moments de crise, pour empêcher son gouvernement de mener une politique clairvoyante et raisonnable pour le monde et bénéfique "in fine" aux Etats-Unis eux-mêmes.
 
La Corée du Nord a atteint le niveau d’invulnérabilité que lui confère la détention de l’arme absolue, affirmant même sa maîtrise de la bombe à hydrogène comme le montre son dernier essai souterrain. Les sanctions ne l’ont pas empêché de progresser technologiquement, et même économiquement de façon modérée.
Ce n’est donc pas par ce moyen que quiconque pourra amener le pays à renoncer à l’arme de la souveraineté et de l’invulnérabilité, Kim Jong Un ayant en mémoire, en outre, le sort que les Etats-Unis ont réservé à Saddam Hussein et Kadhafi qui ne pouvaient résister à l’immense supériorité militaire américaine qui a pu exercer la coercition en l’absence de toute dissuasion. Le chef emblématique de la Corée du Nord ne correspond sans doute pas à la caricature qu’en font les journalistes occidentaux : loin d’être imprévisible, il applique une politique obstinée de souveraineté nationale dans laquelle il a grandi et s’est formé à l’imitation de son grand-père et de son père, intégrant maintenant la nouvelle puissance que ses aïeux ne possédaient pas mais ont travaillé à obtenir, et manie avec efficacité le concept de la dissuasion. Il cherche à préserver son pays d’un sort qui lui serait imposé de l’extérieur mais n’envisage pas de détruire la Corée du Sud et les milliers d’Américains qui s’y trouvent et ne présente donc pas une menace existentielle pour les Etats-Unis.
 
Pourtant une négociation est possible avec le gouvernement du Nord qui ne fait qu’assurer sa survie et n’entend pas convertir le Sud au communisme. Le nouveau Président Moon avait d’ailleurs indiqué sitôt après son élection qu’il était prêt à discuter avec Kim Jong Un pour avancer dans la normalisation de leurs relations. L’avenir de la péninsule est évidemment d’être un jour réunie : la question est de savoir par quelles modalités et sous quelle forme entre les deux entités si différentes politiquement mais si proches humainement. Une chose est certaine, c’est par le dialogue et la diplomatie que l’objectif doit être poursuivi, et non par une action militaire qui serait catastrophique pour la région et même pour la planète entière.
La Chine, au premier rang, peut et a intérêt à aider à ce règlement diplomatique, de même que la Russie. Les liens de ces deux grands pays avec la Corée du Nord sont anciens et connus des spécialistes qui peuvent disserter longtemps sur les aides qu’ils lui ont apporté autrefois dans les domaines scientifique et économique, directement ou par l’intermédiaire de pays tiers comme le Pakistan ou l’Ukraine, en d’autres circonstances, mais tous les deux ont intérêt à ramener le calme dans la région. Ce calme doit évidemment s’accompagner d’une diminution de la présence militaire américaine qui présente une menace toute proche pour plusieurs pays de la région, en tout premier lieu pour la Chine.
L’avenir n’est pas dans la résolution des différends par la coercition militaire mais par le dialogue prenant en compte les intérêts stratégiques et économiques raisonnables des acteurs régionaux. Les BRICS, avec les projets de développement inclus dans la nouvelle route de la soie proposent une participation "gagnant-gagnant" à ceux qui le souhaitent, sans domination de l’un ou de l’autre mais en proportion de l’investissement apporté. Ce projet économique mondial ne peut aboutir si certains pays se trouvent soumis à une menace militaire à ses frontières.
Envoyé par l'auteur, 5 septembre 2017
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Hystérie coréenne
 
Bien sur on ne se réjouira pas de l’entrée de la Corée du Nord dans le club des puissances nucléaires. De là à déclencher l’hystérie actuelle allant jusqu’à la baisse des marchés financiers, c’est peut être excessif. A cette aune on aurait du s’inquiéter des arsenaux nucléaires, pakistanais, indiens ou israéliens. Surtout, alors que le plus grand détenteur d’armes nucléaires de la planète se voit déjà sous le feu nucléaire, il apparaît que le but recherché par le satrape coréen est plus la dissuasion pour la survie du régime que l’idée de s’en prendre à autrui, en particulier à la première puissance militaire du monde, ce qui serait proprement suicidaire.
Il s’agit donc de considérer la nouvelle situation calmement plutôt que de déclencher une nouvelle crise. Si les Etats Unis garantissent fermement la sécurité des voisins de la Corée du Nord : Corée du Sud, Japon, on ne voit pas comment cela pourrait dégénérer, la Corée du Nord ne pouvant risquer une totale destruction.
La Corée du Nord ayant dénoncé le Traité de Non Prolifération (TNP), on comprend mal l’indignation de l’ONU alors que cet organisme admet sans réaction que les cinq grandes puissances nucléaires continuent de moderniser les porteurs et les armes nucléaires au mépris du TNP qu’elles ont ratifié et qui prévoit un désarmement progressif. D’autant que la situation mondiale actuelle ne justifie pas un tel développement des forces de dissuasion. La France n’est pas en reste qui prévoit à court terme le renouvellement complet de ses deux composantes, porteurs, missiles et têtes nucléaires.
Evidemment on peut appliquer des sanctions économiques à la Corée du Nord mais ce n’est pas cela qui amènera Kim Jong Un à renoncer à son arsenal.
Une question qu’il faudrait se poser c’est de comprendre comment la Corée du Nord a pu développer à un tel rythme armes et missiles sans une aide extérieure.

Envoyé par l'auteur, dejudasatartuffelettresaumonde.hautetfort.com, 6 septembre 2017
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Et si Orwell avait vu juste ?
Notre société est-elle totalement exempte des ingrédients de la société tyrannique décrite dans 1984 ?

 
Le monde décrit par Orwell dans les années 30 est organisé autour de trois pôles dirigés chacun par des tyrannies collectives qui se font la guerre sans aucune visée expansionniste, soucieux de conforter mutuellement leur pouvoir. Ils se contentent d’organiser des conflits mineurs sur des régions limitrophes pour avoir accès à de la main-d’œuvre par chère ou à des minéraux précieux. Le coût de ces conflits leur permet d’utiliser les plus-values de la mécanisation et des progrès techniques et d’éviter ainsi d’améliorer le sort des prolétaires que l’oligarchie dirigeante veut  maintenir dans un état de survie et de conscience limité. Contrairement au communisme ou au nazisme, ces dictatures ne revendiquent même pas d’objectifs philanthropiques, leur but étant le pouvoir pour le pouvoir et la toute-puissance de l’oligarchie regroupée dans chaque pôle au sein d’un  Parti.
 
Winston le héros du livre est un membre du Parti d’Oceania, un des trois pôles, mais il n’est que dans la catégorie 2 du parti et ne peut passer dans la catégorie 1 qui regroupe les privilégiés dont on est suffisamment sûr, qu’après avoir fait la preuve de sa fidélité aveugle au régime. Or il doute et se refuse à suivre le troupeau des prolétaires et à subir les exigences des oligarques du Parti ; il est donc surveillé de très près du fait de l’omniprésence du "telécran" qui voit et qui parle mais aussi des micros cachés, des délations ou des trahisons ; il est espionné à toute heure du jour jusqu’à ce que ses doutes et sa contestation intérieure soit dévoilée : il est alors "pris en main", torturé, afin de le faire rentrer dans le droit chemin.
Les prolétaires sont naturellement les plus nombreux mais sont délibérément laissés libres de leur mouvement contrairement aux membres du Parti de catégorie 2, sélectionnés par les oligarques de catégorie 1 parmi le prolétariat pour leur capacité de réflexion et leur aptitude à la contestation ou à la révolte. Les prolétaires sont ainsi par définition le reliquat peu dangereux dont on peut négliger la surveillance quotidienne, considérant que leur inconscience et leur passivité sont des garanties suffisantes pour l’oligarchie régnante. 
 
À première vue notre monde d’aujourd’hui ne se résume pas, tant s’en faut,  à trois grands Pôles, aux mains de dictatures conciliantes, le "télécran" n’existe pas, l’oligarchie n’est pas regroupée dans un parti unique, les cadres et les élites montantes ne sont pas surveillées et torturées, l’importance de la classe moyenne et du niveau de vie ne permet pas de parler de prolétariat, l’absurdité des principes développés par nos dirigeants n’est pas aussi évidente que celle à laquelle se heurtait Winston, qui se refusait à admettre que deux et deux font cinq, et de cautionner un Parti  pour qui "l’hérésie des hérésies" était le "sens commun".
Mais en réalité, en y regardant bien, un grand nombre de caractéristiques du monde imaginé par Orwell sont bien présentes de façon insidieuse dans nos sociétés : les grandes puissances ne  ménagent elles pas leur prééminence respective, notamment au sein du conseil de sécurité et du G8, tout en contribuant plus ou moins directement aux conflits multiples qui se déroulent dans leur zone d’influence ? Les gains de productivité de nos sociétés ne sont-ils pas consacrés en grande partie à l’augmentation des budgets de la défense et du commerce des armements ? Le but principal est-il  bien de consacrer les produits de la mécanisation et de la mondialisation à l’amélioration du sort des classes défavorisées ? L’oligarchie transnationale bénéficiaire de l’économie de  marché et de la globalisation n’est-elle pas une réalité ? N’y a-t-il pas une coupure très marquée entre l’oligarchie dirigeante et la majorité de la population considérée, sinon comme des prolétaires, du moins comme une partie négligeable destinée à consommer des biens, des services, des allocations et des distractions diverses et variées ? Nos règles ne sont-elles pas souvent également absurdes pour l’individu et ne mettons-nous pas en place des moyens  de surveillance et de coercition qui limitent nos libertés ? Ne peut-on considérer qu’il y a une multiplication d’instruments de flicage des individus, au nom de la circulation routière, de l’équilibre de la sécurité sociale, de la survie des assurances, de l’exhaustivité des rentrées fiscales, de la sécurité des réseaux financiers, et plus généralement de la maîtrise du monde virtuel et de la quantité incalculable des données qui circulent à travers Internet et les échanges inter planétaires (soigneusement enregistrés dans Big Data par des enquêteurs de tout poil), sans compter les caméras de surveillance, les écoutes téléphoniques et la délation encouragée ?
 
Mais reprenons les termes mêmes d’Orwell, sinon dans la lettre mais dans l’esprit, afin de détecter des similitudes et des différences avec ce qui se passe dans le  monde d’aujourd’hui.
"Depuis l’origine le monde a été divisé en trois classes, la supérieure la moyenne et l’inférieure. Le groupe supérieur a pour but de rester en place alors que le groupe moyen désire prendre sa place avec l’aide du groupe inférieur lequel voudrait abolir toute distinction et obtenir l’égalité. Au début du XXe siècle l’égalité humaine était devenue techniquement possible car il n’y avait plus aucun besoin réel de distinction de classe ou de différences importantes de richesse… mais les élites au pouvoir en ont décidé autrement en optant pour la guerre et en utilisant ainsi les plus-values issues de la mécanisation à d’autres fins."
Peut-on dire que la situation a changé sur ce point ? L’organisation du pouvoir et les moyens de coercition sont-ils très différents aujourd’hui (A) ? La structuration de la société et l’absurdité des règles en vigueur ne sont-elles pas assez semblables (B) ?
 
(A)
"Le pouvoir est collectif, l’individu n’a de pouvoir qu’autant qu’il cesse d’être un individu : l’esclavage c’est la liberté. Le pouvoir est le pouvoir sur les esprits ; la réalité est à l’intérieur du crâne, rien n’existe que la conscience humaine. Le pouvoir est d’infliger des souffrances et des humiliations, de déchirer l’esprit humain en morceaux que l’on rassemble sous de nouvelles formes préalablement choisies. L’esprit doit entourer d’un mur sans issue toute pensée dangereuse…  Celui qui contrôle le passé a le contrôle du futur, le contrôle de la réalité. L’orthodoxie c’est l’inconscience, c’est l’absence de pensée… Il faut restreindre les limites de la pensée en réduisant le nombre de mots et en restreignant le champ de la conscience…  L’hérésie des hérésies était le sens commun ; le parti finirait par annoncer que deux et deux font cinq et il faudrait le croire… "
 
Notre société veille aussi à exercer son pouvoir sur les esprits par l’école, la télévision, l’idéologie capitaliste et consumériste, la moralisation, l’exacerbation desémotions, la sensiblerie excessive,  l’exploitation de l’empathie et la projection des égos au détriment de la raison et de la mesure. Elle encourage aussi l’absence de pensée par le développement de la consommation de biens et de services, facilitant les voyages, la communication virtuelle et les jeux de toutes sortes ; avec l’omniprésence de la publicité elle maintient la conscience à un niveau faible : le spot paraît, l’esprit se ferme ! Elle contrôle la pensée par la mode, le politiquement correct, les lois mémorielles et autres dispositions de principe qui flattent les individus en les anesthésiant. Les normes, les règles et les décisions absurdes justifiées par des motifs les plus divers et notamment par la nécessité de financer la machine économique et apaiser les conflits sociaux pour maintenir le système en place, confinent bien souvent à l’absurde. (1)
 
Dans chaque société occidentale, les pouvoirs en places’appliquent à utiliser les produits de la croissance, de l’endettement ou de la cession de leurs patrimoines hérités du passé, pour calmer le peuple par des aides diverses et accroître exagérément sa sécurité. Deux alibis essentiels pour asseoir leur autorité et pour majorer les budgets des forces de l’ordre et encourager la vente d’armements au niveau de au détriment du niveau de vie des plus défavorisés. Il est important de susciter la peur qui occulte la conscience par médias interposés et par la dramatisation des événements par le pouvoir…(2)
 
Au niveau international, tout un chacun peut constater la rivalité complice des Etats tendant à conforter leur pouvoir respectif par des règles internationales protectrices comme l’intangibilité des frontières et la souveraineté des états, sans pour autant renoncer à leurs intérêts respectifs par la diplomatie ou les conflits localisés destinés à accroître leur influence et à développer leur marché sur les zones périphériques.
Parallèlement on peut constater la  mise en place de moyens de surveillance et de coercition redoutables au nom d’une surveillance justifiée par la paix sociale, le bon fonctionnement des institutions oligarchiques, la délinquance, les incivilités, le chômage ou le terrorisme : l’accumulation des données dématérialisées (Big data, fichiers de police, constats d’assurance, dossiers médicaux, casier judiciaire, radars, caméras, écoutes téléphoniques  etc.) sans compter les sanctions redoutables pour certains prisonniers ou internés mentaux délinquants emprisonnés, et l’ostracisme médiatique pour les intellectuels rebelles mis au ban de la société et condamnés au silence… Les institutions sont ce que les hommes les font et qui maîtrise les hommes en place maîtrise les institutions ; l’appartenance des policiers, magistrats et  organes de contrôle au pouvoir oligarchique, les rendent de fait solidaires du système en place, condamnés pour la plupart à l’autocensure pour éviter l’ostracisme et la placardisation.
 
(B)
"Pour le Parti les prolétaires étaient des êtres inférieurs qui devaient être tenus en état de dépendance et dont le seul horizon devait être le travail, les soucis de la maison et des enfants, les querelles mesquines entre voisins, les distractions diverses, télévision, film, football, bière et jeux… il n’y avait rien à craindre d’eux, et en conséquence, comme les animaux, les prolétaires étaient libres contrairement aux membres du parti qui étaient étroitement surveillés. L’idéal fixé par le parti était une nation de fanatiques marchant avec un ensemble parfait, pensant les mêmes pensées, clamant les mêmes slogans et travaillant perpétuellement, triomphant et persécutant… la loterie et les prix qu’elle était censée distribuer étaient le seul événement auquel les prolétaires portaient une sérieuse attention… ils ne se révolteront que lorsqu’ils seront devenus conscients et ils ne pourront devenir conscients qu’après s’être révoltés."
"La nouvelle aristocratie était constituée pour la plus grande part de bureaucrates, de savants, de technocrates, d’organisateurs de syndicats, d’experts en publicité, de sociologues, de professeurs, de journalistes et de politiciens professionnels. Ces oligarques sortaient de la classe moyenne salariée ou des rangs supérieurs de la classe ouvrière mais avaient tous étés formés par le monde du monopole industriel oligarchique et du gouvernement centralisé ; plus avides de puissance pure que les aristocraties précédentes ils étaient résolus à conserver leurs privilèges. Les nouvelles techniques leur donnaient la possibilité d’imposer un sage pas mécontent de cette uniformité d’opinion. La seule base sûre de l’oligarchie reste l’action collective car la richesse et les privilèges sont plus facilement défendus quand on les possède ensemble. Les seuls  dangers réels pour ces gouvernants seraient l’apparition d’un groupe de gens capables et conscients, occupant des postes inférieures mais avides de pouvoir ou  le développement du scepticisme dans leurs propres rangs. Outre l’impérieuse nécessité de solidarité oligarchique le problème de l’éducation du peuple et du contrôle de la pensée est donc un enjeu majeur. La perpétuation de cette oligarchie n’a pas besoin d’être physique et la transmission par cooptation, par appartenance à des réseaux est plus efficace encore que la transmission héréditaire traditionnelle. L’essentiel de la règle oligarchique n’est pas l’héritage de père en fils mais la persistance d’une certaine vue du monde et d’un certain mode de vie imposé par les morts aux vivants. Il n’est pas important de savoir qui détient le pouvoir pourvu que la structure hiérarchique demeure toujours la même. Pour diriger et continuer à diriger il faut être capable de modifier le sens de la réalité. D’où l’importance de la double pensée qui est le pouvoir de garder à l’esprit simultanément deux croyances contradictoire et de les accepter toutes deux.… Les deux buts du parti sont de conquérir le monde et d’éteindre une fois pour toutes les possibilités d’une pensée indépendante. Dans chacune des trois puissances il y a la même structure pyramidale, la même oligarchie, le même système économique… la permanence de la guerre auto entretenue, permettant d’éviter l’accroissement général de la richesse susceptible d’amener la destruction d’une société hiérarchisée et confortable pour ses élites, d’autant que la possession de tout le pouvoir par une petite caste dans un tel contexte semble être la condition naturelle et inévitable de survie pour le peuple attaché prioritairement à sa sécurité."
 
Dans nos sociétés, entre une oligarchie bénéficiaire du progrès, les classes moyennes et les classes défavorisées la coupure est bien réelle aussi, au-delà des apparences démocratiques et égalitaires. Les oligarques du Parti virtuel, unis par des liens personnels, des associations et réseaux multiples, sont à l’évidence tous les décideurs et en premier lieu les capitalistes qui détiennent le pouvoir économique et le pouvoir médiatique, les élus qui assurent la gestion politique de la société sous leur contrôle, les technocrates qui les conseillent et mettent en musique les mesures avec les cadres supérieurs, rédacteurs en chef ou patrons de syndicats. Il est possible aussi d’assimiler l’oligarchie seconde, la catégorie 2 du Parti dans la société d’Orwell, celle qui doit faire ses preuves, avec le reste des cadres, les enseignants, les agents publics, les bureaucrates, les journalistes et les syndicalistes qui ne sont pas dans le premier cercle mais profitent des progrès économiques et d’une situation confortable et qui de fait sont solidaires des institutions et de ceux qui les utilisent. Ils doivent donc bien être politiquement corrects notamment pour pouvoir envisager de passer dans la catégorie des décideurs du Parti. Comme dans la société d’Orwell la transmission du pouvoir se fait par cooptation, appartenance à des réseaux, et l’héritage est essentiellement la persistance d’une certaine vue du monde et d’un certain mode de vie propice au développement de leur oligarchie. Comme le dit Orwell la seule base sûre de l’oligarchie reste l’action collective car les privilèges et la richesse sont plus facilement défendus par un groupe que par un individu; les seuls dangers pour elle étant la constitution d’un groupe d’insoumis au sens critique en éveil, susceptibles de prendre le pouvoir,   ou encore le développement du  scepticisme et de la division dans leurs propres rangs. Il n’est donc pas très important de ce fait de savoir qui détient le pouvoir pourvu que la structure hiérarchique demeure toujours la même, et sa cohérence totale.
 
Au nom de la nécessaire efficacité, le système représentatif  et les règles qui régissent la procédure électorale et l’exercice du pouvoir sont conçus pour optimiser le pouvoir de l’oligarchie en place en empêchant les nouveaux partis d’émerger et être ainsi en mesure de continuer à gouverner sans majorité réelle dans le pays. Au nom du politiquement correct, de l’idéalisation de certains principes fictifs et de la surévaluation des valeurs liées à l’homme et à la vie, l’esprit critique et la lucidité sont combattus et sanctionnés par l’ostracisme médiatique en même temps que des avantages occultes se distribuent entre les membres de cette oligarchie.
 
Quant au peuple, classe moyenne ou catégorie défavorisée, il subit sans le savoir l’emprise de l’oligarchie comme dans la société d’Orwell : leur seul horizon est le travail, les soucis, les ennuis, la peur du lendemain, et les distractions diverses ; le pain et les jeux restant toujours le plus sûr garant de leur maintien dans le minimum de conscience, les tablettes, les i Phones et Internet jouant désormais un rôle majeur. Par les médias, les réseaux, le libéralisme débridé, l’oligarchie dominante leur impose une uniformité d’opinion, consumériste, cosmopolite et "droitsdel’homiste", contrôlant habilement leur éducation et leurs opinions en veillant à la persistance d’une certaine vue du monde et d’un certain mode de vie. Le pouvoir sous toutes ses formes s’évertue à leur cacher  la réalité des choses et d’éteindre toutes possibilités d’une pensée indépendante en évitant l’accroissement de richesses susceptible d’amener la destruction d’une société hiérarchisée et confortable pour ses élites!
 
Cette réflexion est sans doute quelque peu exagérée mais non dénuée de réalité. Le balancier de l’histoire entre liberté excessive et autorité excessive est toujours en ordre de marche. Comment allons-nous pouvoir relever le défi du dérèglement climatique et de la biodiversité sans autorité véritable et sans discipline effective au service du bien commun ? La tyrannie s’est avérée déjà dans l’histoire comme le moyen privilégié par le peuple pour réduire l’influence de l’oligarchie !
 
(1) Ainsi en est-il par exemple de l'interdiction de l'activité d'auto entrepreneur et de l'imposition d’une cotisation arbitraire en l'absence de tout revenu et de toutes prestations futures en contrepartie, pour un citoyen qui a effectué un placement financier régulier, du seul fait du type de société choisie par  le professionnel vendeur de ce service (jugement du tribunal des affaires de sécurité sociale de Paris en date du 9 janvier 2014 et du 22 juin 2017 dans lequel le tribunal lui-même reconnaît qu'il n'est pas juge de l'absurdité de la loi et qu'il n'est pas habilité à vérifier la constitutionnalité des textes qu'il applique) ; ainsi en est-il aussi de l'impossibilité de faire entretenir un chemin rural du fait du découpage intercommunal et du refus constant des deux maires concernés se renvoyant la responsabilité, encouragés par l'abstention du préfet et du conseil général. Citons aussi un permis de construire jugé illégal par la cour d'appel de Versailles après finalisation de la construction autorisée par le maire et confirmée par le tribunal administratif, en raison de la seule position du garage, d'ailleurs contigu à la construction et  non effectivement construit !
(2) Actuellement le terrorisme est largement exploité pour susciter la peur et empêcher le peuple de se poser les bonnes questions (disproportion entre le nombre de reportages médiatiques et des déclarations politiques avec le risque réel ; en deux ans 325 morts en Europe sur plus de 300 millions d'habitants). L'exacerbation des émotions est un outil remarquable pour occulter la raison et l'esprit de mesure.

Envoyé par l'auteur, 4 septembre 2017
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Cette pièce trop connue que jouent Macron et Mélenchon

Ce fut le combat politique de l'été. Un combat de mots et d'images. Un combat complaisamment mis en scène par les médias. Un combat sans cravate et où les paquets de pâtes avaient remplacé les pavés d'antan. Un combat entre Macron et Mélenchon, qui permettait à ce dernier d'occuper la place d'opposant à Sa Majesté, qu'il avait manquée de peu, à son grand dam, au soir du premier tour de la présidentielle.
Ce titre d'opposant à Sa Majesté, c'est Macron qui l'a offert délibérément à Mélenchon. En faisant de sa réforme du code du travail la mère de toutes les batailles de son quinquennat, en s'enlisant tout l'été dans une guerre de tranchées budgétaires, Macron et son gouvernement ont donné l'impression que nous étions revenus aux temps jadis où la question sociale, et même la question ouvrière, était le cœur battant de la vie politique nationale. Ce «Vive la Sociale!» satisfait les deux adversaires, le technocrate Macron pour qui tout est économique ; et le populiste de gauche Mélenchon, pour qui tout est social.
Cette opposition est bénie par les médias pour qui elle est la seule acceptable moralement. Elle permet à Macron de conforter son opération réussie de la présidentielle de réconciliation autour de lui des deux bourgeoisies, la droite des beaux quartiers et la gauche des bobos. Leurs traditionnels représentants, Républicains d'un côté et Socialistes de l'autre, ne sont pas en mesure de rivaliser, trop occupés à organiser leurs obsèques. En cette rentrée, le Medef reçoit les ministres macroniens par fournées et avec enthousiasme. Le patronat prend son bien en patience.
Pour Mélenchon, cette stratégie macronienne, c'est pain bénit. Elle lui permet de revendiquer tout l'espace de l'opposition au libéralisme. On est décidément revenu en 1830, sous la monarchie de Juillet: Macron est Louis-Philippe ; Edouard Philippe, Guizot ; Mélenchon peut jouer à Victor Hugo écrivant Les Misérables.
Mais tout cela sent un peu trop les livres d'histoire ; la mise en scène est trop ostentatoire ; les acteurs surjouent leurs rôles.
Parfois, la trame du rideau se déchire, laissant voir ce qui ne devrait pas apparaître sur scène: les migrants qui déferlent sur les côtes européennes ; des attaques islamistes à Barcelone, Londres, ou Paris ; le grand retour de la question raciale dans les affrontements politiques aux États-Unis ; la quasi-légalisation de la PMA pour les couples homosexuels en France ; la nomination comme porte-parole de l'Élysée du journaliste Bruno Roger-Petit, grand pourfendeur de la Manif pour tous et partisan décomplexé du «grand remplacement». Événements majeurs ou dérisoires, mais qui révèlent qu'il existe d'autres conflits, d'autres thématiques, d'autres clivages, que ceux imposés par le médiatiquement correct. Et qu'une autre histoire s'écrit en dehors du combat scénarisé entre Emmanuel Macron et Jean-Luc Mélenchon.

Paru dans Le Figaro Magazine, 1er septembre 2017
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