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Les mid-term elections américaines
 
1. Les sondages et les Early Votes sont très favorables aux Républicains – donc à Donald Trump – qui ont pris 10 % de croissance d’intentions de votes dans les sondages récents, passant de 35 à 45 %. La logique, qui voulait que ces élections de mi-mandat (renouvellement de moitié du Sénat et de la Chambre des représentants) soit un raz de marée démocrate semble s’inverser.
 
2. Le contexte est en effet favorable pour Trump et les Républicains : les chiffres de l’économie et de l’emploi sont bons, ils ont réussi à faire nommer "leurs" juges à la Cour suprême et l’affaire de la probable arrivée massive de migrants honduriens fait leur jeu, car c’est là un sujet auquel leur électorat est particulièrement sensible, ce qui devrait donc fortement le mobiliser.
 
3. Depuis l’arrivée au pouvoir de Donald Trump il y a deux ans, les Démocrates n’ont cessé de développer un discours agressif et haineux à son encontre. Le parti de Barack Obam et d’Hillary Clinton ne fait plus de politique, ne propose plus de solutions : il est dans la diatribe permanente. Pire, avec l’aide de George Soros, leur principal soutien financier, ils n’ont cessé de financer des mouvements – parfois violents comme les Anti-Fa – opposés à Trump et à son électorat qu’ils accusent de populisme et d’extrémisme. Ce discours haineux a été relayé par les grands médias américains, presque tous proches de Démocrates et a contribué à pourrir davantage le climat interne. Mais cela ne plait guère à une grande partie de l’électorat démocrate qui n’adhère pas à cette stratégie de provocation constante et qui ne reconnaît plus son parti.
 
4. Une partie de l’électorat républicain, notamment sa frange la plus droitière s’est radicalisée en réaction à ce discours, ce que cherchaient probablement les Démocrates qui peuvent affirmer a posteriori qu’ils avaient raison. Cela pourrait expliquer les colis piégés adressés à Soros, Obama et Trump.
Toutefois, il est légitime de s’interroger sur la véritable origine de ces actions, tant elles semblent tomber à point nommé pour faire des Démocrates des victimes d’une droite extrême proche de Trump. Le "hasard" fait trop bien les choses à deux semaines d’élections à l’issue plus qu’incertaine pour ce parti.
 
5. La menace de possibles interférences russes dans ces élections ressort par ailleurs à nouveau, encore une fois véhiculée par des médias proches des Démocrates. Si la guerre cybernétique qui oppose la Russie à l’Occident est bien une réalité, cet argument paraît n’avoir aucun impact sur les électeurs américains qui semblent capables de faire la part des choses entre réalité et propagande politicienne.
De même, la récente affaire saoudienne (assassinat du journaliste Kashoggi sur ordre de Riyad) et la réaction ambivalente de Trump ne devrait pas avoir d’effet sur les élections à venir.
 
6. A l’orée d’un scrutin incertain, la grande question est de savoir quelle sera la réaction des membres de l’Establishment du Parti démocrate et des médias Mainstream qui les soutiennent en cas de défaite. Vont-ils poursuivre leur stratégie de déni des suffrages exprimés par le corps électoral américain en poursuivant leurs attaques systématiques, grossières et haineuses contre Donald Trump ? Vont-ils changer d’attitude ? C’est un enjeu majeur pour la démocratie américaine, dont le dysfonctionnement est patent depuis quelques années.

Bulletin du Centre Français de Recherche sur le Renseignement (Cf2R), envoyé par l'auteur, 28 octobre 2018
Publié dans De par le monde
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L’effroyable atomisation de la politique française
 
La situation politique actuelle de la France n’a sans doute pas d’équivalent dans l’histoire. Nous vivons une période étrange où tout s’effondre, sans la moindre perspective apparente d’un redressement.
Depuis un an et demi la France dite d’en haut, médiatique, politique, économique, a engendré de toute pièce un chimérique sauveur providentiel autour de l’image du plus jeune président de l’histoire. Or, celle-ci poursuit sa vertigineuse et inéluctable désintégration. Et sous les ruines de cette chimère, que découvre-t-on ?
Les oppositions se désagrègent lamentablement les unes après les autres, socialistes en voie de disparition – nul ne les regrettera –  Républicains noyés dans leurs querelles intestines, Mélenchon frappé par la foudre. Le seul donnant l’impression de conserver un genre de squelette, même branlant, est le lepénisme, mais justement, incarnant depuis un tiers de siècle le mal absolu aux yeux de 80 % des Français qui excluent de le voir un jour exercer le pouvoir.
La crise de défiance des Français envers la politique bat son plein, les seuls responsables politiques populaires étant les plus éloignés du pouvoir, donc inoffensifs, tels M. Hulot qui bat tous les records, caracole en tête malgré sa piètre performance au ministère.
 
Cet effroyable marasme de la classe dirigeante se produit dans un contexte de chaos sociétal majeur : violence de rue qui ronge subrepticement la vie quotidienne et fait couler le sang, crise migratoire sans fin, les banlieues à la dérive, le communautarisme islamiste, le chômage massif qui continue à augmenter au rebours de la tendance européenne, pauvreté galopante (9 millions de pauvres), écrasement fiscal et effondrement économique de la France.
La réponse des plus hautes autorités du pays à ce dramatique chaos est la plus inintelligente qui soit : plutôt que de vouloir s’attaquer aux vraies difficultés de fond, qui sont à la source du malaise, il n’est question que de les fuir en les noyant dans un chimérique et caricatural affrontement, à l’échelle européenne, entre le "mal populiste et nationaliste" d’une part et "le bien post frontière" d’autre part. Le but n’est plus d’agir pour tenter de résorber la cause profonde des désordres, mais de les transcender dans un récit homérique qui nie les angoisses et les souffrances de la population.
Surtout, ils vivent dans l’illusion que le peuple est prêt à entendre un tel discours. L’inintelligence des élites dirigeantes et leur fuite devant la réalité – aveuglées par leur vanité maladive et l’obsession de leur destin personnel – est à la source de la catastrophe. C’est là que se situe leur erreur de diagnostic fondamentale : elles ne perçoivent pas à quel point les gens ressentent le fait d’être méprisés. Comment peut-on sortir de cet effroyable chaos ? Comment rompre avec ce cercle vicieux du mépris d’en haut et du dégoût d’en bas ?
 
Espérer en l’émergence d’un nouveau sauveur – pitre providentiel – serait la solution du pire, une chimère supplémentaire, éternel recommencement, une autre déception, qui déboucherait sur un effondrement toujours plus désastreux. Dans le monde moderne, celui de la transparence totale et des réseaux sociaux, tout sauveur providentiel a vocation à sombrer dans le ridicule.
Non, il faut tout reconstruire par les idées, le débat d’idées, le projet de société, restaurer peu à peu la confiance dans le vote et la démocratie pour que les Français retournent dans les urnes et se donnent des hommes d’Etat, c’est-à-dire motivés par l’intérêt général, la vérité et l’action pour le bien commun, et non plus la satisfaction de leur vanité morbide. Tout se joue sur le plan des idées et du réveil de la conscience collective. C’est à cela qu’il faut travailler. L’avenir des Français ne dépend que d’eux-mêmes et s’il existe une petite chance d’échapper au pire, elle ne pourra venir que des profondeurs du pays. Plus le temps passe et plus j’en suis convaincu.
Paru sur maximetandonnet.wordpress.com, 26 octobre 2018
Publié dans Du côté des élites
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En finir avec l'omerta qui abrutit la France !
 
CHRONIQUE - Par paresse ou militantisme, les médias se sont majoritairement faits complices des mensonges des dénégationnistes. Encore aujourd'hui, le langage médiatique oblige le public à décrypter les euphémismes.
 
La presse est chatouilleuse : elle aime faire la leçon mais déteste en recevoir. Certes, les insanités déversées ces jours-ci par Jean-Luc Mélenchon sur les dos de Radio France et Mediapart ont dévoilé sa fièvre stalinienne. Ces outrances contre des journalistes, coupables d'avoir mis le nez dans le financement de La France insoumise, ont justifié la réplique solidaire, lundi, des sociétés de journalistes, dont celle du Figaro. Reste que les procès en superficialité, voyeurisme ou conformisme, instruits contre les médias, ne sont pas tous infondés. Nombreux sont ceux qui concourent au décervelage de l'opinion. Deux confrères du Monde, Fabrice Lhomme et Gérard Davet, débarquent comme les carabiniers, ces jours-ci, pour décrire, dans un livre salué par la caste, l'islamisation de la Seine-Saint-Denis. Or cela fait plus de vingt ans que ce basculement a été identifié par quelques-uns. Mais ceux-là, à en croire Lhomme et Davet, n'étaient pas crédibles : ils faisaient de l'idéologie, tandis que les deux compères feraient du journalisme. Quand la presse se laisse ainsi aller à l'arrogance, elle montre son ridicule.

L'idéologie est bien l'écueil du journalisme. Mais, en l'espèce, c'est elle qui a incité les sentencieux limiers du Monde à ignorer la portée des révélations des premiers lanceurs d'alerte. Dès les années 90, le journaliste du Point Christian Jelen, disparu depuis, avait tout dit de la France éclatée, des casseurs de la République, de la guerre des rues. En 2002, les auteurs desTerritoires perdus de la République sonnaient à leur tour le tocsin. Votre serviteur a apporté son lot, avec d'autres encore. Cependant, parce qu'il ne fallait pas montrer les banlieues du doigt, ni stigmatiser des minorités, ni discriminer l'immigration, ni contrarier l'islam, ni faire le jeu du FN, une omerta a été avalisée par les autruches à carte de presse. Ceux qui ont refusé cette chape de plomb ont, tous, été marginalisés et caricaturés en fascistes et en racistes. Encore aujourd'hui, le langage médiatique oblige le public à décrypter ses euphémismes, comme le faisait le lecteur de l'Est sous la censure soviétique : un "jeune", une "cité sensible", une "voiture folle", un "déséquilibré", un "migrant" sont des mots flous jetés comme des voiles pudiques.
 
La violence à l'école et la perte d'autorité des enseignants font partie de ces sujets qui s'observent à l'œil nu depuis des décennies, sans avoir pu percer le mur du déni. "Menacer un professeur est inacceptable", a tweeté samedi soir le président de la République. Sa réaction a répondu à la diffusion d'une vidéo montrant un grand gaillard noir, élève d'un lycée de Créteil (Val-de-Marne), en train de pointer un revolver à billes sur la tempe d'une enseignante passive. "Nous allons rétablir l'ordre", a également tonné Jean-Michel Blanquer, ministre de l'Éducation nationale. Reste que si cette scène n'avait pas été diffusée sur les réseaux sociaux, rien n'aurait été montré de ce qu'endurent des enseignants de certains établissements. Leur parole se libérerait-elle enfin des silences imposés par le politiquement correct ? C'est ce que semble indiquer le succès que rencontre auprès des professeurs le hashtag #Pasdevague. Les enseignants y déplorent, sous prétexte de bienveillance, la lâcheté des hiérarchies.
 
Les réalités le prouvent : par paresse ou militantisme, les médias se sont majoritairement faits complices des mensonges des dénégationnistes. Le discours dominant persiste à occulter tout ce qui peut abîmer l'image des minorités protégées, surtout quand elles se laissent aller à la violence, au racisme, à l'antisémitisme, à l'homophobie, au sexisme. Actuellement, les mouvements LGBT s'indignent d'agressions physiques contre certains couples homosexuels. Mais les dénonciateurs restent évasifs sur le profil des brutes. Mardi, Frédérique Vidal, ministre de l'Enseignement supérieur, s'est inquiétée de la "recrudescence" des actes antisémites dans des établissements de l'enseignement supérieur, sans en dire davantage. Or, sachant que le moindre indice suffirait pour dénoncer l'extrême droite, il est loisible d'en conclure que les réflexes pavloviens ne suffisent plus pour désigner les coupables rêvés. Le courage de la vérité est l'impératif qui s'impose à ceux qui s'estiment avoir été bernés par un discours aseptisé. Le conformisme et ses œillères se révèlent être les ennemis de l'intelligence.

Paru dans Le Figaro, 26 octobre 2018
Publié dans Du côté des élites
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Où en est la réforme des retraites ?
 
Le 20 septembre dernier, Jean-Paul Delevoye, Haut-commissaire à la réforme des retraites, a semblé avoir enfin compris comment ne fonctionnent pas les retraites par répartition. En effet, au cours de son intervention lors d’un "atelier participatif" ayant eu lieu ce jour-là pour permettre aux citoyens de faire entendre leurs voix sur cette réforme dont la préparation lui incombe, le Haut-commissaire aurait prononcé quatre courtes phrases de la plus haute importance : "Vous avez cotisé pendant des années, c’est vrai. Mais ce n’était pas pour vous. C’était pour vos parents. Vos cotisations ne vous donnent droit à rien".
Cette déclaration est rapportée par Marie-Cécile Renault, la journaliste "sécurité sociale" du Figaro, sous forme d’une citation entre guillemets et en italiques, dans l’édition du 11 octobre. Elle est inouïe venant d’une bouche officielle, mais il est peu probable que la journaliste l’ait inventée.
 
Le vrai fonctionnement des retraites par répartition
Quasiment dans tous les pays du monde, la retraite par répartition est organisée de la manière suivante : les actifs cotisent au profit des retraités, à qui les sommes versées sont intégralement ou presque intégralement transmises, et le législateur leur promet que ces "cotisations vieillesse" leur vaudront, quand ils seront âgés, de percevoir une pension.
Cette promesse n’engage en rien les bénéficiaires des pensions ainsi obtenues, qui seraient bien en peine de la tenir le moment venu, les uns étant morts et les autres professionnellement inactifs. C’est tout à l’honneur de J-P. Delevoye de l’avoir compris et dit.
Cependant le droit positif donne bel et bien des droits à pension en raison du versement des cotisations vieillesse. La réforme voulue par le président de la République vise même à faire de ce versement la cause unique du droit ouvert à des prestations vieillesse "contributives" : il n’est plus question de maintenir durant la dernière étape de la vie terrestre un niveau de vie analogue à celui atteint au cours de la vie active, comme le voudraient nombre de syndicalistes, mais d’appliquer le principe de la réforme voulue par le gagnant de la course à l’Elysée : "Pour chaque euro cotisé, le même droit à pension pour tous".
 
Quand le droit positif prend cette direction, il entre en contradiction avec la réalité économique. Celle-ci a été exposée par Alfred Sauvy dans les années 1970 : il expliqua, sans être entendu de nos gouvernants, que nous ne préparons pas nos futures pensions par nos cotisations, mais par la mise au monde, l’entretien et l’éducation de nos enfants. En jargon économique, cela signifie que les pensions de retraite constituent le dividende obtenu grâce à l’investissement dans le capital humain.
 
Il existe en fait moins de différence qu’on ne le croit souvent entre la retraite par capitalisation et la retraite par répartition : cette dernière fonctionne, comme la première, par capitalisation, mais tandis que la première investit dans le capital classique (infrastructures, bâtiments, machines, technologie, etc.) elle mise sur l’investissement dans l’homme. Ces deux investissements et ces deux préparations des futures pensions sont complémentaires.
 
Causalité juridique versus causalité économique
Le législateur s’est "planté" à propos des retraites par répartition, emporté par une sorte d’hubris, de sentiment de toute-puissance qui lui a fait perdre le sens des réalités.
J-P. Delevoye, en charge du problème en tant que Haut-commissaire, dévoile ce que l’on pourrait appeler, en s’inspirant d’un titre de René Girard, Des choses cachées depuis la fondation de la sécurité sociale. Plus précisément, il dévoile le mensonge fondateur de nos retraites par répartition, pas seulement en France, mais dans le monde entier, qui fait des cotisations versées pour fournir des ressources aux retraités la cause du droit à des pensions futures.
 
La répartition, en France, a été instituée par une loi de quelques lignes remontant à 1941. Ce texte n’explique d’ailleurs pas en quoi consiste la répartition, il se borne à ordonner que, désormais, l’assurance vieillesse fonctionne selon cette formule. Mais il n’y eut aucune ambiguïté : il s’agissait d’utiliser immédiatement les cotisations pour payer les pensions, au lieu de les investir en vue des rentes futures.
Utiliser l’argent qui rentre pour régler ce qui est dû aux retraités se justifie dans la mesure où il s’agit d’éviter les frais de transaction qui résulteraient d’une vente de certains des actifs en portefeuille pour payer les rentes, et d’un achat de titres pour préparer les pensions futures. Encore aurait-il fallu que l’on fasse cela proprement, en distinguant bien ce qui est en quelque sorte la propriété des retraités et ce qui appartient aux actifs. Que ceux-ci rachètent progressivement à leurs "anciens" les titres amassés est tout-à-fait acceptable. Ce qui ne l’est pas est de cesser d’accumuler des titres et autres biens (immobiliers par exemple) au profit des futurs retraités. Le passage de la capitalisation à la répartition, signifiant la dilapidation progressive du patrimoine accumulé, est une arnaque du type Ponzi et Madoff, que seules les circonstances dramatiques de la défaite et de l’Occupation peuvent faire pardonner.
 
D’où vient l’erreur ?
Pour comprendre d’où vient cette erreur on peut s’inspirer des analyses de René Girard. Le titre d’un de ses ouvrages,Des choses cachées depuis la fondation du monde (1), requiert juste une petite modification : Des choses cachées depuis la fondation de la sécurité sociale. Si l’on remonte assez loin dans le temps, nos ancêtres savaient parfaitement que les enfants seront les bâtons de vieillesse de leurs parents. Les textes sacrés ordonnaient de prendre soin des parents âgés, rappelant que leurs enfants leur devaient d’exister et d’être capables de produire. La Bible s’accorde parfaitement, sur ce point, avec le Traité de la piété filiale confucéen. Puis cette sagesse primitive a été occultée par une nouvelle croyance : la solidarité est une mythologie moderne sympathique à bien des égards, mais qui a caché le rôle de la réciprocité et de l’investissement un peu comme les mythes du temps jadis ont dissimulé le phénomène oh combien important de la rivalité mimétique.
 
Nos légistes ont donc inscrit dans la loi des dispositions relatives aux échanges entre générations successives qui sont les contes de fées du XXe et du XXIe siècle. Mais, pour réformer nos régimes de retraites par répartition, pour passer de la mythologie législative à la réalité des rapports entre générations successives, pour comprendre que nous ne préparons pas nos retraites par nos cotisations mais par nos enfants – selon la formule de Sauvy – il faudra que les 4 petites phrases de J-P. Delevoye fassent leur chemin.
Ce chemin, je le dessine depuis près de 40 ans, les croquis existent, mais il faut un bulldozer pour l’inscrire dans la terre lourde et caillouteuse de nos lois et décrets. Qui donc dispose d’un tel engin et fera le job ?
(1)  Grasset, 1978.

Envoyé par l'auteur, 24 octobre 2018
Publié dans En France
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Pourquoi le conformisme est une lâcheté
 
Surtout, ne pas stigmatiser les minorités ethniques ! Le politiquement correct, cette novlangue européenne, oblige à fermer les yeux sur certains de leurs comportements pour éviter une accusation en racisme ou en discrimination. Résultats : parce que la justice britannique craignait des réactions islamophobes, elle a interdit aux médias d’évoquer les enquêtes et les procès sur des réseaux pédophiles pakistanais soupçonnés d’avoir violé des dizaines de jeunes filles blanches. L’omerta judiciaire n’a été levée que vendredi, à l’issue du verdict du tribunal de Leeds : il a condamné pour viols et agressions sexuelles vingt membres d’un gang ayant sévi de 2004 à 2011.
 
De la même manière, le monde politique français feint de découvrir, depuis ce week-end, la violence et l’impunité qui se sont installées dans certains établissements scolaires des cités. "Nous allons rétablir l’ordre", explique ce lundi Jean-Michel Blanquer, ministre de l’Education nationale, au Parisien. C’est ce quotidien qui a révélé, samedi, une vidéo tournée dans une salle de classe d’un lycée de Créteil (Val-de-Marne) : elle montre un élève de 15 ans, grand gaillard noir, pointant un révolver (qui se révèlera factice) sur la tempe d’une enseignante en lui ordonnant de le noter "présent" alors qu’il vient d’arriver en retard. Dans la vidéo, les élèves rient ; l’un d’eux se place devant l’objectif pour faire un doigt d’honneur. L’enseignante a attendu la diffusion de la scène pour porter plainte. Dimanche, place de la République à Paris, plusieurs milliers de personnes ont manifesté contre des violences homophobes, en se gardant d’être plus précises sur les agresseurs.
 
Sous couvert d’humanisme et de morale, cet aveuglement collectif est une lâcheté. Celle-ci explique la perte d’autorité des professeurs, lâchés par leur hiérarchie, dans certains établissements scolaires, et les débordements haineux et sexistes de ceux qui se sentent protégés par leur statut de victime sociale. En Grande-Bretagne, le silence imposé n'a pas permis à la presse d’enquêter sur les réseaux criminels au prétexte qu’ils mettaient en cause des musulmans. "Ces hommes ont délibérément pris pour cibles des victimes vulnérables, les manipulant et les exploitant pour leur propre satisfaction sexuelle", a dévoilé le ministère de la Justice après le jugement. Plutôt que de dénoncer ces tortionnaires, la pensée dominante s’en est prise au journaliste anglais Tommy Robinson, coupable d’avoir refusé de se plier aux injonctions de se taire et d’étouffer le scandale. Pour avoir enfreint l’interdiction de la Justice d’évoquer les arrestations et les procédures en cours, Robinson a été jeté en prison en mai dernier dans l’indifférence générale, y compris des journalistes français. Présenté par le discours dominant comme étant avant tout "un activiste d’extrême droite" et un "islamophobe", ce lanceur d’alerte, libéré depuis sous caution, reste un infréquentable pour le monde politique et médiatique. Mais comment prendre au sérieux ces journalistes qui assurent défendre la liberté de la presse, quand ils se montrent incapables de s’indigner quand celle-ci est ouvertement méprisée ? Le conformisme médiatique est devenu l’ennemi de la démocratie.
Paru sur blog.lefigaro.fr/rioufol, 22 octobre 2018
Publié dans Du côté des élites
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Ensauvagement des jeunes, où sont les pères ?
 
TRIBUNE - La mort d'un adolescent roué de coups par d'autres mineurs et l'affaire du lycéen braquant un pistolet à bille sur son professeur conduisent à s'interroger sur l'effacement des pères, analyse la philosophe*.
 
La stupeur domine à voir un garçon de 13 ans tué à coups de barres de fer par des adolescents de son âge aux Lilas (Seine-Saint-Denis). On a le sentiment - le souvenir ? - que "cela n'arrivait pas avant". Les rixes et les règlements de comptes existent dans toutes les zones urbaines, et certaines en sont coutumières. Mais un jeune ado, presque un enfant !
Puis, on nous informait que, à Créteil, un lycéen a braqué un pistolet à bille sur son professeur afin d'être marqué présent pendant qu'un de ses camarades filmait la scène et la diffusait sur les réseaux sociaux…
 
L'enfant n'est pas le bon sauvage de Rousseau. Il attend son humanisation. Si on ne l'humanise pas d'une manière ou de l'autre il se hâte de demeurer au chaud dans la barbarie primitive. Ainsi, ce ne sont pas de mauvais enfants qui vont chercher la barre de fer pour assassiner le voisin de cité - ce sont des enfants qu'on a renoncé à humaniser. Ou pire encore, qu'on se refuse d'humaniser, par utopisme, par démagogie, par lâcheté d'adulte.
 
Dans les sociétés mondiales l'ordre social, celui qui permet d'éviter ce genre d'insupportable meurtre, peut être atteint de deux manières possibles. Ou bien l'enfant est éduqué à la liberté, c'est-à-dire en permanent apprentissage de la responsabilité personnelle, ce qui est en principe le cas dans les sociétés démocratiques qui sont des fabriques de citoyens. Ou bien l'enfant est élevé dans la soumission, et un État autocratique vient réprimer tout écart, en général avec tant de sévérité que finalement l'ordre règne. Dans le premier cas l'enfant n'ira pas chercher la barre de fer parce qu'on lui a appris patiemment à remplacer la violence par les mots, et parce qu'il est contrôlé et accompagné par ses parents. Dans le second cas, il n'ira pas chercher la barre de fer parce qu'il sait que la police sera là avant lui, et que sa vie est ruinée s'il se livre à ce genre d'agression.
 
Le problème est que chacun de ces modèles sous-entend des conditions spécifiques. Notre modèle, celui occidental qui préfère l'apprentissage de la liberté et de la responsabilité, et la fabrique de citoyens, requiert une éducation soignée, qui ne s'arrête pas à l'affection et au dressage. Éduquer à la responsabilité exige généralement deux parents, c'est-à-dire deux pôles d'autorité capables de maintenir l'équilibre entre l'affection essentielle et la prise de risque que nécessite tout apprentissage de la liberté. Pour cela, les psychiatres le savent bien, il faut généralement un père. L'affirmation s'entend évidemment de façon générale sans préjuger des exceptions nombreuses. On constatera que dans toutes les sociétés dont les pères sont absents ou lointains (sociétés polygames, sociétés matriarcales), le gouvernement est autocratique. Il n'y a pas de hasard si les sociétés occidentales démocratiques sont en même temps, traditionnellement, des sociétés patriarcales (mais certaines sociétés patriarcales peuvent être en même temps autocratiques, comme la Chine).
 
Aussi y a-t-il une grande incohérence à vouloir écarter les pères et récuser l'autorité des parents (interdire la fessée !), ou à vouloir comme c'est le cas des lois en cours, programmer délibérément des enfants sans père. On aura remarqué l'enthousiasme frénétique avec lequel nos médias tentent de nous convaincre des bienfaits du matriarcat. Lors de son 50ème anniversaire, en 1995, les Nations unies ont déclaré que les Moso (une minorité ethnique de Chine, NDLR), une société matriarcale sans père ni mari, étaient un "peuple modèle", une "société parfaite" (je cite) !
On croit rêver. La société sans père est autocratique, parce qu'il faut bien à un moment donné stopper les méfaits du jeune barbare. Et la mère seule a beaucoup de mal à éduquer à la liberté en même temps qu'elle apporte l'indispensable affection, car l'un et l'autre s'entrechoquent et se contredisent.
 
Des études sociologiques américaines et norvégiennes (un abstract de nombre de ces études figure dans Le Coût social de la famille déstructurée, de Paul C. Vitz, in Revue éthique, 1996, no 21) ont été faites depuis vingt ans sur le devenir des enfants élevés par la mère seule. Sur des chiffres importants qui garantissent le sérieux des enquêtes, les résultats sont impressionnants. Les jeunes garçons délinquants sont le plus souvent ceux qui ont été privés de père. En France, on renâcle à publier ces enquêtes, et, placés devant ces chiffres, les sociologues ont tendance à récuser la corrélation, qui pourrait "discriminer" les familles monoparentales… Elle existe pourtant, sur le long terme et dans des pays fort divers (États-Unis, Canada, Grande-Bretagne, Norvège… des dizaines d'études sont référencées dans l'article cité ci-dessus).
 
Si on ne veut pas de pères dans les maisons, on aura un jour prochain la police dans les lycées et une sévérité pénale singapourienne. Aujourd'hui, le garçon de 13 ans est assassiné parce que nous sommes dans une situation politico-sociale de transition : nous avons une société démocratique (et non un État policier) et en même temps l'autorité parentale et paternelle est dénigrée ou récusée. Nous ne pourrons pas demeurer longtemps dans cette situation. Il nous faudra accepter de légitimer une autorité d'un côté ou de l'autre - aucune société ne peut vivre dans une situation anomique, où les enfants s'entretuent.
* De l'Institut. Dernier ouvrage paru : "Un personnage d'aventure: petite philosophie de l'enfance" (Cerf, 2017).

Paru dans Le Figaro, 24 octobre 2018
Publié dans A tout un chacun
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Les tulipes du déshonneur
 
Le nouvel adjoint à la maire de Paris, Christophe Girard, vient d’annoncer que la Ville de Paris a enfin trouvé où planter
les encombrantes tulipes de l’artiste américain : dans les jardins aux alentours du Petit Palais. Toute l’affaire est résumée sur le site de Contrepoints : cliquez
Pour les lecteurs des précédents Grains de Sel, soulignons ce qu’il y a de nouveau dans ce rebondissement : le cadeau payant de Jeff Koons nous est présenté désormais comme un cadeau forcé. Continuer de le refuser friserait l’incident diplomatique. L’amitié franco-Américaine serait menacée car les tulipes ont le soutien de l’ancienne ambassadrice des Etats-Unis en France, Jane Hartley.
La servilité de la mairie de Paris relève-t-elle alors d’une forme de colonisation culturelle ? C’est ce que pensent certains observateurs qui rappellent qu’autrefois le colonisateur envoyait ses soldats cachés derrière les missionnaires mais qu’aujourd’hui, il missionne des hommes d’affaires dissimulés en artistes, ce dont Koons semble la caricature vivante. Sous couvert de bienfaisance, le colonisateur s’installe en terrain conquis et y prodigue ses valeurs en remplacement de celles du colonisé ; en France, les cadeaux sont  gratuits et on n’a jamais vu un homme offrir un bouquet et exiger qu’il soit placé au milieu du salon. Koons, tout sourire, nous rééduque à rebours. Enfin, le colonisé finit souvent content de l‘être, il échange tous ses biens contre de la pacotille ; dans les cas extrêmes, le colonisé se colonise tout seul… Or ici, l’ancienne ambassadrice Jan Hartley n’appartenant pas à l’administration Trump, aucun risque de voir le bouillant président américain s’émouvoir. La Ville de Paris déploie donc un zèle que personne ne lui demande.
 
Franck Riester, le nouveau ministre de la Culture, spécialiste de l'audiovisuel, du numérique et de la loi Hadopi, a commencé son règne en inaugurant la Fiac. Après Aurélie Filippétti (2012-14), Fleur Pellerin (2014-17), Audrey Azoulay (2017-16),  Françoise Nyssens (2017-18) … il est le 5ème ministre en 6 ans ! Un poste hautement instable. C'est pourquoi le ministre, le voudrait-il, n'a guère le temps de changer les choses : les ministres passent, l'administration demeure, or elle est acquise à l'AC (1) , qui est, en France, un "art bureaucratique"…

(1) Art contemporain

Envoyé par l'auteur, paru sur www.sourgins.fr, Grains de sel, 22 octobre 2018
Publié dans Du côté des élites
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Derrière l'affaire Khashoggi, le bras de fer Arabie-Turquie
 
FIGAROVOX/CHRONIQUE - Il y a, entre le néo-ottomanisme du président Erdogan et le wahhabisme modernisé du prince héritier Mohammed Ben Salman, une rivalité pour la domination du monde sunnite, la grande majorité des musulmans.
 
Après avoir menti pendant trois semaines au monde entier, le royaume d'Arabie saoudite a enfin reconnu qu'il avait bien assassiné son sujet Jamal Khashoggi, journaliste bien connu dans le petit milieu des observateurs du Moyen-Orient. Ce meurtre - dont on ne connaît pas encore toutes les circonstances - s'est déroulé le 2 octobre 2018, dans l'enceinte du consulat saoudien à Istanbul. Khashoggi, 59 ans, petit-fils du médecin d'Ibn Séoud et éditorialiste épisodique au Washington Post, connu pour ses positions critiques envers la politique du prince héritier de son pays (Mohammed Ben Salman, dit MBS), avait pris un rendez-vous de type administratif au consulat. Il devait y retirer un certificat de divorce, en vue d'un mariage. Le même jour, le royaume avait envoyé à Istanbul, sur deux avions privés, une escouade de quinze "spécialistes" des services de renseignement. En tuant Khashoggi, ils auraient agi de leur seul chef, essaient aujourd'hui de faire croire les autorités saoudiennes, sans parvenir à convaincre. Le président turc Erdogan a promis qu'il prononcerait un grand discours ce mardi 23 octobre 2018, où il détaillerait toute la vérité découverte par ses services de renseignement.
Au cours des trois semaines écoulées, le gouvernement turc a fait subir à la monarchie saoudienne une sorte de supplice persan. Sans la dénoncer officiellement, il a distillé sous le manteau à la presse turque de plus en plus de détails, de plus en plus horribles, sur les circonstances de cet assassinat. Au point que le prince héritier, MBS, a désormais gagné le surnom de Mohammed Bone Saw (scie à os) dans les milieux journalistiques américains. Ankara a compris que cette affaire allait capturer l'imagination des opinions publiques du monde entier et l'a immédiatement exploitée avec habileté.
 
Dans le jeu triangulaire des trois puissances les plus concernées par Khashoggi, l'Arabie saoudite, la Turquie et les États-Unis (dont le journaliste détenait une carte de résident), c'est la Turquie qui a, pour le moment, le mieux joué. Elle s'est rapprochée des États-Unis en libérant le pasteur Andrew Brunson, injustement poursuivi pour espionnage (lire notre chronique du mardi 14 août 2018) ; elle a joué les vierges effarouchées dès la disparition du dissident saoudien ; elle a affaibli le royaume en le laissant s'enferrer dans ses mensonges. L'Arabie saoudite est la première responsable du naufrage de sa politique de relations publiques (pour laquelle elle dépense quelque 900 millions de dollars par an). Mais les Turcs n'ont à aucun moment songer à lui lancer une bouée…
C'est qu'il y a, entre le néo-ottomanisme du président Erdogan et le wahhabisme modernisé du prince héritier MBS, une rivalité pour la domination du monde sunnite - la grande majorité des musulmans, ceux-ci étant fidèles à la tradition (sunna) des compagnons du Prophète, par opposition à la faction (chia) des partisans de son gendre Ali, que l'on appelle chiites. En termes démographiques, l'Arabie saoudite (33 millions d'habitants) est nettement distancée par la Turquie (80 millions). Mais en termes économiques, le PIB de la première (684 milliards de dollars) n'est pas très loin de celui de la seconde (851 milliards). Et si se poursuit la hausse des cours du pétrole, l'Arabie saoudite va à nouveau regorger de capitaux disponibles, ce qui ne sera pas le cas de la Turquie, fortement endettée. En termes symboliques, la monarchie wahhabite a l'avantage de pouvoir se proclamer la gardienne des deux plus saintes mosquées de l'islam (La Mecque et Médine). Mais elle est pénalisée par son alliance non avouée avec Israël, alors que la Turquie se présente, depuis 2010, comme la grande défenderesse de la cause palestinienne.
 
L'Arabie saoudite et la Turquie professent des idéologies très différentes. Le wahhabisme (du nom d'un prédicateur puritain qui fit alliance avec la tribu Saoud au XVIIIe siècle) prône socialement l'imitation du comportement des "pieux ancêtres", ces bédouins du VIIe siècle. Politiquement, il ordonne la soumission aux princes légitimes. À l'opposé, le président turc Erdogan est un frère musulman qui n'a que mépris pour les monarchies dynastiques, qu'il juge intrinsèquement corrompues, et qui croit aux vertus de l'expression politique des fidèles.
Géopolitiquement, l'Arabie saoudite est l'alliée des Émirats et de l'Égypte. Mais, en 2017, la Turquie a pris sous sa protection le riche émirat du Qatar, qui courait le risque d'être avalé par ses voisins saoudien et émirati. Les Saoudiens prient tous les jours pour la destruction de l'Iran chiite, alors que les Turcs entretiennent de cordiales relations avec la Perse depuis près de 400 ans.
L'affaire Khashoggi a révélé chez les musulmans l'acuité d'une rivalité intrasunnite qui, jusque-là, était cachée par l'ancestrale opposition sunnites-chiites.

Paru dans Le Figaro, 23 octobre 2018
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Outre Fiac : Art Libre à la Fondation Taylor
 
Octobre ! La saison des arts s’ouvre ces jours-ci. Vous irez sans doute à la FIAC pour prendre la température de l’art global mainstream. Peut-être, après avoir subi ses discours moralisateurs, sa critique sociale institutionnelle, sa déconstruction essentialiste, et les recommandations de votre conseiller patrimonial et fiscal, aurez-vous envie de vous encanailler et découvrir le meilleur off que Paris réserve aux amateurs, aux amoureux de la liberté.
 
Mais où voir de la véritable création à Paris ?
C’est le moment idéal de découvrir l’hôtel particulier de la Fondation Taylor qui abrite une spacieuse galerie et un atelier de peintre. Ces espaces sont aujourd’hui consacrés à l’exposition d’artistes choisis par le Conseil des artistes en charge de cette fondation plus que séculaire. Vous n’aurez pas le désagrément d’y rencontrer un seul fonctionnaire de la culture, ni expert financier, ni journaliste accrédité…  ici les critères sont : liberté, diversité, valeur intrinsèque de la forme et du sens.
Cette fondation qui n’a ni les qualités, ni les défauts de la Fondation Louis Vuitton, a le mérite d’être en soi "l’autre modèle" existant aujourd’hui. Elle a été créée par le fortuné, quoiqu’artiste, baron Taylor, en 1844. Cet homme de plume, tout particulièrement dramaturge, a une vision large. Il perçoit que l’autonomie des artistes est féconde mais fragile. Que si l’on met au centre de l’art la création libre plutôt que les idéologies où le mercantilisme, il faut aussi la protéger, et que la meilleure protection de la création réside en la solidarité des artistes eux-mêmes et de leurs amateurs.
Toujours inébranlable, malgré sa discrétion, la Fondation Taylor existe et siège au cœur de la "Nouvelle Athènes", quartier de Delacroix, Géricault, Gustave Moreau et de tant d’autres célébrités ! On y flâne et l’on y discute encore dans les cafés environnants de la Place Saint Georges.
Chaque exposition associe peintres, sculpteurs et graveurs et inclut dans ce choix un artiste étranger afin de le faire connaître… sinon Paris ne serait pas Paris.
 
Zeng Zhenwei : l’invité chinois 
Zeng Zhenwei appartient à la première génération d’artistes chinois ayant renoué avec la liberté de création au début des années 80. Il est aussi un des premiers à avoir quitté son pays pour se former aux enseignements des écoles d’art japonaises, qui n’ayant pas connu la rupture de la Révolution culturelle, enseignaient à la fois l’art traditionnel de la peinture à l’encre et la modernité du design.
Tout ce qu’il n’avait pu apprendre en Chine, à cette époque-là, lui était enfin accessible !  Il y a découvert en même temps la dimension spirituelle de l’art et la nécessité d’améliorer l’environnement des hommes. Au Japon, il doit d’avoir été initié à un "design" au sens fort du terme : jamais seulement utilitaire et formaliste, toujours lié à l’art et au sens. Faire un design urbain humaniste devint son ambition et le ressort de sa démarche créatrice. Il eut alors le désir ardent de revenir travailler dans sa ville natale, Canton, en pleine métamorphose.
Une ville sans sculptures est inconcevable, il se mit à l’œuvre ! Son souci fut de ne jamais séparer – sa création d’artiste – son travail d’entrepreneur d’une société de design urbain – de professeur à l’Université. Ici entre les murs de la Fondation Taylor on ne verra bien sûr que des petits formats d’une œuvre essentiellement monumentale.
 
En parcourant Canton on découvre quelques œuvres de Zeng Zhenwei dont style, matière et forme s’accordent naturellement avec cette ville tropicale, large, aérée, aux nombreux gratte-ciels, tous différents, que l’on voit surgir comme des pousses, des bourgeons géants de mille espèces. Cette ville debout semble surgir d’une luxuriante forêt vierge qui court au pied des immeubles, tel un fleuve végétal de feuilles et de fleurs. Les sculptures de Zeng Zhenwei relèvent le défi de se mesurer au gigantisme de l’architecture et à la prolifération végétale. Proportions et harmonie sont là… leurs formes sculpturales jaillissent des parterres de fleurs, semblent propager l’élan vital que l’on ressent partout. Canton se veut belle, les créations nouvelles lui redonnent, jour après jour, son identité millénaire de ville ouverte sur le monde, commerçante, industrieuse, raffinée, amie des arts.  

À Paris, voir l’œuvre d’un artiste chinois suscite une curiosité. On s’interroge… comment crée-t-il ? Qu’est-ce qui l’anime ?
C’est en poussant la porte de son lieu de travail que l’on découvre, presque par inadvertance, la clef du mystère. Au rez-de-chaussée on entre dans les bureaux bruissant d’activité de son entreprise de design, on grimpe les marches pour accéder à un premier étage plus calme, on y voit la bibliothèque du professeur, son bureau. Plus haut, on accède à l’atelier du sculpteur. Au dernier étage enfin, on découvre un lieu silencieux et reclus : un ermitage avec une table, des pinceaux, de l’encre, des rouleaux de papier… l’alcôve où la pensée et la main s’épousent, la source de l’œuvre !  Et l’on comprend ainsi que l’art cultivé et intime de la calligraphie pratiquée par un lettré, nourrit aujourd’hui le design urbain aux dures exigences de la ville futuriste de Canton.

Zeng Zhenwei est un artiste du geste dont les formes naissent d’abord sous le pinceau. L’encre et le papier donnent la première matière aux fulgurances de son âme. Les métamorphoses qui suivent sont une alchimie particulière aux sculpteurs. Ils connaissent les mille chemins qui mènent à la troisième dimension. Le vitalisme de sa sculpture prend des formes très diverses, irradiantes, rayonnantes, fluides ou de rhizome. Tout cela fait une œuvre qui ne peut se classer ni dans abstraction, concept ou figuration… les forces contraires sont après tout faites pour s’aimer et faire des enfants, tous singuliers ! Zeng Zhenwei a choisi un art de célébration plutôt que de dérision.
Si le visiteur de la Fondation veut aller au bout de cette escapade Outre Fiac, il lui reste à trouver l’escalier caché au fond de l’enfilade des salles d’exposition pour grimper à l’Atelier du baron Taylor. L’amateur y découvrira d’autres talents encore.

Envoyé par l'auteur, paru sur Contrepoints, 17 octobre 2018
Publié dans Du côté des élites
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L'homme peut-il être inhumain ?
 
Il y a quelques heures, cinq hommes ont été interpellés à Toulouse. Ils sont soupçonnés d’être impliqués dans un acte particulièrement atroce : le 16 septembre dernier, au cours d’une soirée, une jeune fille était victime d’un viol en réunion. Comble de l’horreur, ses agresseurs hilares filmaient la scène en direct. En apercevant ces images au hasard des réseaux sociaux, je n’ai pu en regarder plus de quelques secondes – la vidéo a heureusement disparu depuis. Mais il reste d’une telle scène, avec l’écœurement qu’elle provoque, cette question obsédante : comment l’homme peut-il tomber si bas ? Comment pouvons-nous être inhumains ?
 
Une telle question est étonnante : elle suppose que le nom d’humain n’est pas seulement celui d’une espèce, mais aussi d’une qualité, le signe de la bonté qui serait naturelle à l’homme. Ce postulat a été défendu par un philosophe, qui en fait son acte de foi : tout au long de son œuvre, Jean-Jacques Rousseau ne cesse de supposer que l’homme est un être originairement bon, aussi innocent et incapable de nuire que ne le sont les autres vivants. Bien sûr, tout l’univers naturel est marqué par des rapports de lutte, de prédation et de mort : il arrive que l’animal tue pour survivre. Mais cet instinct de survie est son seul motif ; seul l’homme est capable de tuer, de blesser, de faire souffrir pour son plaisir, ou par orgueil, entrant dans des logiques de concurrence mortifères qui semblent bien étrangères à la simplicité du monde animal.
Cette innocence originaire, nous l’avons perdue, affirme Rousseau, en entrant dans l’état social où nous vivons aujourd’hui. Car la société remplace la paisible solitude par la compétition effrénée, la santé de l’instinct par les complexités de la raison, et la norme du besoin par l’énormité du désir. En quittant l’état animal, nous perdons ces bornes que la nature fixe aux pulsions de tous les êtres vivants, et nous voilà seuls parmi eux capables de commettre de telles atrocités. Face au "bon sauvage" encore tout près de la pureté primitive, l’homme le plus civilisé est aussi le plus barbare.
 
Par le mot de "barbare", les grecs de l’antiquité désignaient pourtant les sons inarticulés qui sortent de la bouche d’un homme qui ne saurait pas parler. Laisser l’homme à son état brut, c’est l’abandonner à une brutalité qui lui est bien peu naturelle. Car l’homme est singulièrement un être de culture ; et quand il décrit sa bonté, Jean-Jacques oublie simplement qu’elle a besoin d’une société tout entière pour s’accomplir peu à peu.
En affirmant que "tout homme est par nature un animal politique", Aristote affirme que la condition humaine ne se réalise que par la qualité de la cité dans laquelle il s’inscrit. "Si l’homme, parvenu à toute sa perfection, est le premier des animaux, il en est bien aussi le dernier quand il vit sans lois et sans justice. C’est alors l’être le plus pervers et le plus violent ; il n’a que les emportements brutaux du sexe et du ventre."
Quand la cité se disloque, l’humanité se défait. C’est la raison pour laquelle la barbarie de ce viol ne peut que nous concerner : cet épisode sinistre, et si peu isolé hélas, nous redit combien il est urgent de retrouver, et de sauver, les conditions indispensables pour que l’homme ne soit pas inhumain.

Paru sur www.fxbellamy.fr/blog, 18 octobre 2018
Publié dans A tout un chacun
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