Magistro Beta

Switch to desktop Register Login

La grande transgression de Trump
 
CHRONIQUE - Au fond, ce que les élites européennes reprochent au Président américain, c'est de croire encore à la souveraineté des nations et à la diplomatie bilatérale.
 
On s'est trompé sur cette photo. On a voulu y voir un Trump esseulé, isolé, mauvais élève de la classe occidentale, tancé par ses pairs, avec Angela Merkel en figure de proue, au nom de la doxa libre-échangiste. On a voulu se tromper. Cela arrangeait beaucoup de monde, des dirigeants européens et des grands médias occidentaux qui, à la suite de leurs collègues américains, ont fait de l'hostilité au Président américain un principe. Car la photo dit aussi un Trump seul contre tous, dans la grande tradition américaine du cow-boy solitaire qui triomphe à la fin des méchants. Un Trump qui défend les intérêts américains, en tout cas d'une certaine Amérique, celle des vieilles industries et de leurs ouvriers, et pas des patrons de l'industrie automobile allemande, qui, eux, n'ont pas voté pour lui. Elle dit enfin, cette fameuse photo, un Trump assis, comme le roi sur son trône, et des féaux debout. Un roi qui protège militairement ses féaux, et qui est donc leur seigneur dans une tradition féodale revisitée ; et qui n'entend plus être "volé par eux".
 
Cette tradition féodale revisitée s'est étalée sur tous les écrans du monde, quelques jours après le sommet du G7 au Canada, dans la poignée de mains entre le même Trump et le Président de la Corée du Nord, Kim Jong-un. En se rendant à ce sommet, Trump prend un énorme risque : légitimer le dictateur communiste qu'il qualifiait il y a quelques semaines encore de "Rocket Man". Mais il n'avait pas le choix s'il voulait tenter de régler cette question qui avait pourri les mandats de ses prédécesseurs. C'est la conséquence logique de "ce pouvoir égalisateur de l'atome" qu'avaient théorisé les experts français dans les années 1960. A partir du moment où la Corée du Nord a la "bombe", ce petit pays se hisse au niveau des plus grands. Mais c'est aussi, et surtout, la conséquence de l'inclination de Trump pour la diplomatie bilatérale, le contact en tête à tête, au détriment de la diplomatie multilatérale. C'est en cela qu'il choque le plus nos bien-pensants occidentaux et leurs relais médiatiques.
 
Les élites européennes ne croient plus en la force des nations, à leur souveraineté, au poids de leurs armées et de leurs dirigeants. Elles veulent croire que le monde de demain sera régi par le droit et le marché, à la manière de l'Union européenne.
Or cette conception multilatérale qui privilégie le droit et les organisations internationaux, est remise en cause par un nombre croissant de pays : la Chine, la Russie, la Turquie, mais aussi la Hongrie ou la Pologne. Ceux-là tiennent à la traditionnelle realpolitik du XIXe siècle. Longtemps, les Américains ont fait semblant de défendre le droit international et la conception multilatérale pour mieux assurer leurs intérêts nationaux. Trump déchire ce voile d'hypocrisie car il estime que cela s'est désormais retourné contre les intérêts des Etats-Unis. C'est la grande transgression de Trump. Celle que ne lui pardonnent pas en Europe, mais aussi en Amérique, les élites occidentales.

Paru dans Le Figaro Magazine, 15 juin 2018
Publié dans Du côté des élites
Écrit par
En savoir plus... 0
Commerce international : une querelle dérisoire
 
Donald Trump a bousculé l’échiquier mondial au nom de son slogan "America First". Il l’applique en priorité à l’économie en vue de faire revenir aux Etats-Unis des emplois partis à l’étranger. C’est une mauvaise querelle qui repose sur une mécompréhension des faits.
 
Ceci dit, avant d’entamer notre propos, reconnaissons qu’il a raison au sujet de l’Allemagne. Sa politique est mercantile depuis la fin du 19ème siècle. Elle se conduit en passager clandestin en termes de défense ce qui bien sûr favorise son commerce extérieur. Avec l’euro, elle bénéficie d’un Deutsche mark dévalué d’environ 10%. Sa politique mercantile est en infraction des règles du Fonds monétaire internationale, de l’Organisation du commerce mondiale et de l’Union européenne. Elle a été condamnée par l’OCDE et le Trésor américain sans résultat. Voilà pourquoi Angela Merkel est si prudente dans sa réaction aux propos de Donald Trump.
 
Venons-en au débat proprement dit. En tant que gardien d’un système monétaire international qu’ils ont eux-mêmes élaboré à Bretton Woods (New Hampshire), en août 1944, les Américains étaient supposés s’astreindre à une politique économique prudente de manière à préserver la valeur du dollar, pilier du système. La coûteuse guerre du Vietnam les amena à faire abstraction de leurs obligations internationales pour privilégier la politique intérieure. Ainsi, en août 1971 Richard Nixon choisit-il la relance par la consommation pour assurer sa réélection, sans se soucier de son impact sur le système monétaire international. Le déficit de la balance commerciale américaine que Trump veut redresser pour rapatrier des emplois, a de nombreuses causes. La première est l’excès de consommation qu’autorise ce système dévoyé par la décision de Nixon, et non les importations d’acier ou d’aluminium. Donald Trump le sait-il ?
 
Le solde commercial d’une nation est égal à la somme de son solde budgétaire et de son épargne moins ses investissements. Cette relation a relativement bien fonctionné pour les Etats-Unis jusqu’au début des années 1980 quand Ronald Reagan lança la course aux armements avec la Guerre des étoiles. La dette américaine bondit, passant de 32% du produit intérieur brut en 1980 à 65% en 1995, donnant après coup raison à Jacques Rueff qui avait parlé de "déficits sans pleurs", en référence à cette possibilité que le système monétaire international, dit de Bretton Woods, accorde à la nation qui en est la gardienne, les Etats-Unis, de s’endetter sans limite. Valérie Giscard d’Estaing parlera plus tard du "privilège exorbitant du dollar". Inutile de préciser que les autres nations ne bénéficient pas d’une telle latitude. Si leur balance commerciale se détériore, leur monnaie se déprécie et ils doivent prendre des mesures d’austérité pour contrer la dégradation de leur économie.
 
De gardien, les Etats-Unis sont devenus les bénéficiaires, certains diraient les profiteurs, d’un système destiné à l’origine à écouler leurs surplus agricoles et industriels après la Second Guerre mondiale, tout en aidant les économies européennes à se relever. Alors que la raison demande qu’on amende le système, un évènement imprévu lui donna une nouvelle jeunesse. La crise asiatique de 1998 fit souffler un vent de panique sur des nations totalement impréparées. Craignant une nouvelle crise, leurs dirigeants accrurent leurs réserves en dollar, redonnant vigueur à un système moribond. Les économistes qualifièrent ce regain de vie de Bretton Woods II. Le dollar demeurait le pivot du système.
 
Suite aux attaques du 11 septembre, le budget américain de la défense doubla en dix ans, accroissant le déficit budgétaire ce qui, avec la crise de 2008, provoqua un recours accru à l’endettement qui passa de 55% en 2001 à 95% en 2011. A cet instant de leur histoire, les Etats-Unis entrèrent dans un nouvel environnement économique où la relation entre budget, commerce extérieur, épargne et investissement n’a plus cours. Ce monde éthéré dans lequel les lois de l’économie sont inopérantes, est un monde éphémère dont il faudra sortir un jour.
 
C’est le défi auquel Donald Trump est confronté. Les tarifs douaniers n’y changeront rien, ni les coups de menton à l’adresse des Chinois. C’est le système qu’il faut reformer. En tant que premier bénéficiaire, il est évident que les Etats-Unis n’ont aucun intérêt à se lancer dans une refonte du système. A supposer qu’ils s’y risquent, la Chine et l’Allemagne, autres grands bénéficiaires du système, freineront des quatre fers…

Envoyé par l'auteur, 12 juin 2018
Publié dans De par le monde
Écrit par
En savoir plus... 0
La coalition introuvable face à la Chine
 
CHRONIQUE - Face à l'extraordinaire montée en puissance industrielle, commerciale et militaire chinoise, les Occidentaux se révèlent incapables de former une coalition.
 
Derrière la farce qu'a constitué, les 8 et 9 juin 2018, le sommet au Canada du G7 (club des principaux États industrialisés du camp occidental), se profile une tragédie, moins médiatisée, mais beaucoup plus lourde de conséquences réelles. Face à l'extraordinaire montée en puissance industrielle, commerciale et militaire chinoise, les Occidentaux se révèlent incapables de former une coalition. Dans l'histoire contemporaine des relations internationales, les coalitions ont toujours servi à contenir les prétentions hégémoniques d'un État qui devient aveuglé par la croissance exponentielle de sa puissance. Les Européens se sont par exemple coalisés contre une France napoléonienne qui prétendait imposer sa loi partout, de Madrid à Moscou.
Le fait marquant de la rencontre de la Malbaie (Québec) n'est ni l'inaptitude de Donald Trump à toute diplomatie multilatérale (on le savait déjà), ni le coup de communication peu courtois du jeune premier ministre canadien (qui critique publiquement les États-Unis après le départ de leur président), ni la colère froide de la chancelière d'Allemagne (dont le formidable excédent commercial risque d'être un peu raboté par les nouveaux droits de douane américains).
 
Le fait marquant de ce G7, c'est l'incapacité des dirigeants du camp occidental à raisonner stratégiquement. On se dispute sur des tonnes d'acier et des camions de lait, mais on se montre incapable de prendre à bras-le-corps les grandes urgences géopolitiques du moment (l'hostilité persistante Ukraine-Russie, l'irrédentisme kurde au Moyen-Orient, l'expansionnisme naval chinois en mer de Chine méridionale, le retour de la Perse dans l'arène des nations civilisées, l'impasse israélo-palestinienne, l'explosion démographique de l'Afrique noire, la police des Océans, etc.). Embourbés dans leurs petites querelles économiques, Européens et Américains du Nord semblent incapables d'élever leur réflexion aux grands sujets de guerre et de paix : qui compte encore sur eux pour diminuer la fréquence des conflits ethnico-religieux à travers la planète ? Tout se passe comme si ces Occidentaux, enfants de la société de consommation, étaient devenus trop riches, trop vieux, trop peureux pour regarder en face les questions vraiment importantes, qui sont toujours religieuses, sociales, culturelles et idéologiques.
 
Cette zizanie occidentale doit faire sourire Xi Jinping, qui s'est doté, sans le moindre murmure autour de lui, d'un statut de nouvel empereur de Chine. Lors du XIXe congrès du Parti communiste (octobre 2017), il a promis aux Chinois que leur pays allait devenir la première puissance du monde, vengeant ainsi l'humiliation subie, tout au long du XIXe siècle, face aux puissances étrangères. Il est vrai que, pour nourrir sa progression, la Chine dispose d'un solide socle idéologico-culturelle (révérence religieuse envers l'État ; prééminence de l'ethnie Han sur toutes les autres ; nationalisme exacerbé ; philosophie confucéenne, privilégiant le bien de la communauté par rapport aux droits individuels de la personne). Depuis que la Chine a renoncé à sa fantaisie maoïste, elle sait très exactement où sont ses intérêts et comment les atteindre. Le sommet de Singapour de ce mardi entre Donald Trump et le leader nord-coréen Kim Jong-un sert en premier lieu les intérêts de la Chine, qui a toujours préconisé un dialogue direct entre États-Unis et Corée du Nord. Car si cette dernière est autorisée à réintégrer les circuits commerciaux mondiaux, ce sont les commerçants chinois qui en profiteront en premier.
 
Alerté par un article publié le 15 août 2017 dans leNew York Times par Dennis Blair et Keith Alexander, deux ex-éminences du renseignement américain, Donald Trump a eu le mérite d'avoir été le premier président américain à fustiger haut et fort le vol de technologie occidentale auquel se livre la Chine depuis un quart de siècle. Ce pillage coûterait entre 200 et 600 milliards de dollars par an aux États-Unis. Le gouvernement américain a porté plainte auprès de l'OMC en mars 2018, aussitôt suivi par l'Union européenne, qui a été autant lésée par les Chinois. Mais le problème de Donald Trump est qu'il est incapable de suivre un dossier technique jusqu'à son règlement final. La concurrence déloyale de la Chine aurait dû être le grand sujet de ce G7 ; hélas, elle ne l'a pas été !
Avec un évident bon sens, États-Unis et Italie voulaient réintégrer la Russie dans ce club. Obsédés par la crise ukrainienne, les autres Européens n'ont pas voulu. Trump n'a pas insisté. Quel intérêt ont donc les Occidentaux à jeter les Russes dans les bras de la Chine, qui les recevait ce 9 juin dans le cadre du sommet de l'OCS (Organisation de Coopération de Shanghaï)? C'est un mystère inexplicable. La division publique des Occidentaux a dû réjouir Poutine. Mais c'est à la Chine qu'à long terme elle profitera le plus.

Paru dans Le Figaro, 12 juin 2018
Publié dans De par le monde
Écrit par
En savoir plus... 0
Quand les Russes défient les néoconservateurs
 
Au vu de la politique américaine agressive qui refuse la multipolarité, la question se pose de savoir comment cela va-t-il finir ? Quatre options se présentent : 1) les nations se coalisent et forcent les Etats-Unis à reconnaître l’inévitable transformation du monde, 2) la Russie défie les Etats-Unis qui reculent devant l’abysse nucléaire, 3) les Juifs américains, majoritairement démocrates et libéraux, dénoncent la stratégie de l’AIPAC et forcent le gouvernement américain à changer de politique, et 4) les psychopathes de Washington DC, dans un geste suicidaire, optent pour Armageddon. De ces quatre options, la plus probable est la seconde.
 
Les élections de mi-mandat sont désormais la préoccupation première à Washington DC, non que le résultat ait une grande influence sur la politique étrangère américaine, mais les formes doivent être respectées. Les relations internationales vont donc connaître une accalmie suivie d’un regain de tension après les élections. A un moment T donné, les néoconservateurs confronteront les Russes qui leur barrent la route de l’hégémonie. Nous n’en sommes pas encore là. Reprenons les principaux points de l’actualité.
 
Les récentes décisions de Donald Trump (transfert de l’ambassade des Etats-Unis à Jérusalem, dénonciation de l’Accord nucléaire uranien, veto à la résolution du Conseil de sécurité condamnant Israël pour les tués de Gaza, tarifs douaniers sur l’acier et l’aluminium) ont fait monter la tension internationale de plusieurs crans. Ses alliés européens les condamnent, au moins pour partie. Réagissant à la décision sur l’Accord nucléaire, le président du Conseil européen, Donald Tusk, déclarent : "Avec des amis comme ça, on peut se passer d’ennemis". Même le très politique Jean-Claude Juncker y va de son couplet en demandant que l’on mette fin "au Russia bashing". Les Russes et les Chinois se sont montrés discrets, mais n’en passent pas moins. Ils continuent de tisser leur toile au travers de l’Union économique eurasiatique, de l’Organisation de coopération de Shanghai, de la Banque asiatique d’investissements pour l’infrastructure, etc. Ainsi, le Forum économique de Saint-Pétersbourg a-t-il été un succès avec quinze mille participants, et la présence remarquée de Shinzo Abe et Emmanuel Macron.
 
Iran : dans la vision néoconservatrice, la sortie de l’Accord nucléaire iranien doit être suivie de frappes israélo-américaines sur les sites nucléaires dénoncés par Benjamin Netanyahu le 30 avril. Calendrier électoral oblige, il n’y aura pas de frappes. Les Américains ne veulent pas de guerre. La Chambre des représentants en a pris acte en votant à l’unanimité le 22 mai un amendement rappelant au président qu’il n’avait pas autorité à lancer une attaque contre l’Iran. Le premier ministre israélien qui rencontre ses homologues britannique, allemand et français pour les convaincre de répudier l’accord iranien, devra prendre son mal en patience.
Notons au passage la contradiction des Européens qui souhaitent la coopération de Moscou dans l’affaire de l’Accord nucléaire, mais rejettent la proposition de Donald Trump de réintégrer la Russie dans le G7.
 
Corée du nord : ce sommet, voulu par Donald Trump, maître es négociation, se soldera par un échec. Ni les néoconservateurs, ni les Chinois ne veulent d’un accord.
 
Guerre commerciale sino-américaine : les Etats-Unis et la Chine parviendront à un accord avant les élections, ne serait-ce que pour calmer les agriculteurs américains qui craignent pour leurs exportations. Ils ont voté majoritairement pour Donald Trump en novembre 2016.
 
Après les élections, les choses reprendront leur cours normal. En premier lieu, l’Iran.
Pour justifier les frappes américaines, une attaque sous faux drapeau aura lieu dans une grande ville américaine (Boston, Chicago, San Francisco, etc.). L’émotion créée par le millier de morts, associée à la découverte d’un ou plusieurs passeports iraniens, suffira à convaincre le peuple Américain et ses représentants qu’une attaque est nécessaire pour laver l’affront. [Note : L’Opération Northwood, proposée par le chef d’état-major Lyman Lemnitzer en avril 1962, prévoyait de tuer un millier d’Américains par des actes terroristes attribués à des Cubains dans divers villes des Etats-Unis pour justifier l’invasion de Cuba.] (1) Rappelons aussi que les sénateurs Corker et Kaine ont proposé en avril un amendement qui, sous couvert de restreindre les pouvoirs du président, l’autorise en fait à déclarer la guerre sans l’accord du Congrès. Les frappes auront donc lieu, et seront peut-être suivies d’une invasion. Le monde entier protestera, Union européenne en tête, sans résultat. Seule la Russie peut s’opposer à cette nouvelle guerre ce qu’elle se gardera de faire, ne voulant pas sacrifier Moscou pour sauver Téhéran.
 
A ce point, le second objectif des néoconservateurs – créer le chaos au Moyen-Orient – aura été atteint. Viendra le temps de s’attaquer au premier : dominer le monde. Objectif : la Russie. Les combats reprendront dans le Donbass. La Russie devra prendre une décision : renoncer à défendre cette région, se soumettre et être pillée comme elle le fut au temps de Boris Eltsine ou réagir à cette nouvelle agression. La tension entre les deux nations sera à son comble, comme en octobre 1962 lors de la crise de Cuba. Fatigués des humiliations et des mensonges à répétition (Russiagate, Affaire Skripal, MH17, etc.) ainsi que des sanctions économiques injustifiées, l’Armée et le FSB (la CIA russe) prôneront une ligne dure quand Dmitri Medvedev et autres atlantistes se prononceront en faveur d’une solution négociée. Les premiers sortiront vainqueurs du débat et poseront l’index sur le bouton nucléaire en intimant aux néoconservateurs l’ordre de se retirer de l’Ukraine. Face à l’abysse nucléaire, trop attachés à leurs condominiums sur Park Avenue et à leur villa en Floride, les néoconservateurs se coucheront piteusement devant les Russes, révélant ce qu’ils sont réellement : des êtres minables, des assassins, et des imbéciles dangereux.
 
Débarrassé de ces monstres, le monde sera de nouveau en paix. 
 
(1) Le ressentiment des Américains à l’égard des Iraniens depuis l’affaire des otages de 1979 est profond, comme le démontre la récente décision d’un juge fédéral condamnant l’Iran à payer des milliards de dollars aux victimes du 11 septembre et à leurs familles.

Envoyé par l'auteur, 9 juin 2018
Publié dans De par le monde
Écrit par
En savoir plus... 0
La mouche du coche

Ce matin 9 juin j’écoute en étalant une coulée de confiture de fraise sur une tartine de pain d’Aubrac un journaliste écolo dans la minute où (soumis à l’idéologie du GIEP) il taxe de fascisme ou de racisme les "climato-sceptiques". J’en suis, et ris de quel homérique rire !
Un puissant groupe de pression érige en vérité objective, incontestable, scientifiquement établie l’idée que nous sommes responsables du réchauffement de notre fragile planète. Ma crasse ignorance en la matière m’interdit de me prononcer, mais me fiant au bon sens dont cartésien d’honnête observance je ne crois pas manquer je prierais ce journaliste subrepticement fanatique de me dire comment se détermine en stricte exactitude la part des industries humaines dans un épisode tellurique d’hyperthermie.
Voilà un cas remarquable, dans la tapageuse actualité, où douceur et doute seraient le signe heureux d’un … tact scientifique. Mais si je suis fort ignorant, je le répète, en la matière, j’ai assez de nez pour flairer dans les déclarations comminatoires, dans les injonctions frénétiques du GIEP, de ses affidés, des politiciens et des journalistes à leur solde une louche affaire d’intérêts financiers ; ils ne seraient pas si impatients de convaincre et de mettre au pilori les sceptiques s’ils étaient sincèrement eux-mêmes convaincus. Les découvertes en astrophysique, en chimie organique, en cybernétique etc. ne provoquent pas un tel tam-tam de réquisitions et de réquisitoires. Les fans du GIEP et du G7, obsédés par leur conviction que c’est à nous qu’il revient de faire baisser la température parce que notre activité humaine serait la principale responsable de son élévation me font invinciblement penser à la fable de la mouche et du coche. Car l’activité solaire et le rayonnement cosmique sont peut-être en l’affaire (je dis peut-être, doux et humble dans mon énonciation) les facteurs déterminants. Tel est l’avis par exemple de l’israélien Nir Shaviv. Je tressaille de joie à la pensée que par un simple effort de réflexion je rejoins le point de vue d’un savant qui d’abord rallié à la doctrine officielle (celle de la Mouche, de la terrestre activité humaine) incline, réflexion faite, à mettre en cause principalement les "six forts chevaux", c’est-à-dire des phénomènes de bien plus vaste ampleur que nos émissions de CO2.
Ce fanatisme de "l’effet de serre" est d’un très grand intérêt parce qu’il est en voie de développement, se recommande d’une nuée de spécialistes, se pare ainsi d’une spécieuse apodicticité. Puis-je sans impudence citer la moralité de la fable ? "Ainsi certaines gens, faisant les empressés, S’introduisent dans les affaires : ils font partout les nécessaires, Et, partout importuns, devraient être chassés."

Envoyé par l'auteur, 9 juin 2018
Publié dans A tout un chacun
Écrit par
En savoir plus... 0
Vers un ministère de la Propagande ?
 
Madame Françoise Nyssen, ministre de la Culture, vient d’annoncer son grand projet pour l’audiovisuel public. Au milieu d’un catalogue plutôt fade de vœux pieux et de demi-mesures, elle présente tout de même deux lignes directrices intéressantes : au nom de la diversité, elle veut bannir de l’audiovisuel tout ce qu’elle juge réactionnaire. Au nom de l’antiracisme, elle prône la discrimination de l’homme blanc.
 
Les plus optimistes diront que c’est une gesticulation sans lendemain, destinée à donner des gages à la frange bobo la plus à gauche de l’électorat macronien. La ministre s’était jusqu’alors signalée par une rare insipidité à un poste dont on se demandait s’il n’avait pas disparu dans les oubliettes du nouveau pouvoir. Sa dernière déclaration la porte brièvement sur le devant de la scène, mais laisse entendre qu’une étrange conception de son rôle va transformer le ministère de la Culture en un ministère de la Propagande, outil de guerre contre ceux qui ne pensent pas comme la transparente ministre : les réactionnaires et l’homme blanc. Vaste programme…
 
Passé le premier constat de l’incohérence de ces propos ministériels, apparaît donc une réelle inquiétude face à ce qui pourrait être l’annonce d’une emprise idéologique dictatoriale et raciste sur l’audiovisuel public. Il ne s’agit pas de procès d’intention ni d’interprétation tendancieuse de ma part. Si les mots ont un sens, la purge envisagée est clairement exprimée sur la base de critères idéologiques et raciaux sans équivoque. C’est grave, et c’est inacceptable.

Envoyé par l'auteur, 8 juin 2018
Publié dans Du côté des élites
Écrit par
En savoir plus... 0
Fake news et Fake Laws
 
Faut-il toujours dire la vérité ? Il existe des situations dans lesquelles s’abstenir de dire ce que l’on sait constitue un devoir : pensons par exemple au secret professionnel des médecins. Il y a même des tromperies bienfaisantes : faire croire que l’on va attaquer en A, alors que l’on a comme plan de bataille de porter son effort sur B, a permis plus d’une fois de gagner des batailles en sacrifiant moins de vies humaines.
Cela étant, les fake news, colportées jadis par le bouche à oreille, et aujourd’hui par les media sociaux, sont un fléau, comme les moustiques ou les tiques. L’accroissement du sens moral qui en réduirait la production serait le bienvenu, comme l’a été l’assèchement des marécages grâce auquel la population de certains insectes nuisibles a fortement diminué. Mais faut-il ajouter aux dispositifs légaux et réglementaires qui existent déjà en la matière ? Il me semblerait nettement plus productif de centrer l’action du législateur sur la purification de ce dont il est directement responsable, à savoir la loi elle-même.
 
Le fléau des Fake Laws
Il existe dans la loi des truquages, des mensonges, des atteintes à la vérité, qui sont d’une extrême gravité. La loi sert, dans un certain nombre de cas, à imposer une sorte de vérité officielle qui occulte la vérité réelle, celle qui tient à la nature des choses. Ces Fake Laws peuvent porter un tort considérable à la population qui leur est soumise.
Il existe probablement des mensonges législatifs dans bien des domaines ; les règles fiscales en comportent par exemple un que tout le monde connait : l’imposition des intérêts nominaux comme s’il s’agissait d’intérêts réels, qui a spolié de nombreux contribuables à l’époque où la hausse du niveau général des prix était assez forte. Mais je me limiterai dans ce qui suit à deux Fake Laws d’une grande importance, que mes recherches en économie m’ont amené à détecter et à dénoncer : le mode d’attribution des droits à pension dans les régimes en répartition, et la séparation des cotisations sociales entre cotisations salariales et cotisations patronales.
 
La Fake law des retraites par répartition
Dans l’état actuel des textes, la retraite du régime général est définie par des textes très alambiqués qui ne permettent pas de déceler facilement l’entourloupe, c’est-à-dire le fait que le droit d’obtenir une pension découle des cotisations versées au profit des personnes âgées. L’article L351-1 du code de la sécurité sociale (CSS) détermine en effet les principes généraux d’un mode de calcul de la pension du régime général en fonction du "salaire annuel de base" sans indiquer pourquoi. Quant aux principes généraux, définis dans le tout premier article du CSS (L.111-1), ils se bornent à une référence au "principe de solidarité nationale", formule incantatoire à laquelle on peut faire dire (et l’on fait dire) tout et n’importe quoi, et à dire que la sécurité sociale "assure le service (…) des allocations de vieillesse".
Les partenaires sociaux ne sont pas plus précis dans le corps même de la convention AGIRC 1947, que nous prenons évidemment ici dans sa version mise à jour du 1er janvier 2018. Mais les articles 1et 2 du titre 1 de l’annexe 1 précise que les "allocations" sont déterminées en multipliant le nombre de points acquis au prorata des cotisations versées selon les règles figurant dans le corps de la convention par la "valeur du point de retraite fixée annuellement par le CA de l’AGIRC". On a donc un modus operandi précis qui fixe une relation entre cotisations et pensions : le montant de ces dernières résulte directement des versements de cotisation effectués tout au long de la carrière.
C’est à cette règle que nous devons nous intéresser puisque le projet présidentiel adopte sans ambigüité le principe de droits à pension découlant des versements de cotisation vieillesse en respectant la règle selon laquelle un euro de cotisation doit procurer les mêmes droits quel que soit le cotisant.

Or cette règle juridique est totalement en porte-à-faux avec la réalité économique. Celle-ci est un échange entre générations successives ; les membres de la génération A mettent au monde, éduquent et entretiennent leurs descendants de la génération B, sur lesquels ils acquièrent ainsi des droits, et ceux-ci, quelques décennies plus tard, s’acquittent de la dette ainsi contractée en versant des cotisations qui sont reversées, sous forme de pension, à leurs aînés retraités.
Le droit positif est donc dans une position de superbe ignorance vis-à-vis de la réalité économique. Dans le régime général, les dispositifs de rachat d’annuités montrent bien que, même si le législateur est resté plus vague que les partenaires sociaux, on est aussi dans une perspective du type "j’ai versé des cotisations vieillesse, donc j’ai droit à une pension". Or une telle formule n’est adaptée qu’aux retraites par capitalisation. Le droit positif de nos retraites par répartition est donc au mieux un "pieux mensonge" destiné à "ne pas désespérer Billancourt", comme disait Sartre dans L’enfer c’est les autres, à moins qu’il ne s’agisse tout simplement d’un aveuglement de certains des législateurs qui se sont succédé en France et d’un manque de courage des autres devant le caractère iconoclaste de la réforme à accomplir.
Quoi qu’il en soit, le résultat est que le droit positif de nos retraites par répartition, qu’il ait la forme de textes de loi ou de conventions collectives, est un magnifique exemple de Fake Law.
 
Les cotisations sociales
Il est difficile de trouver un texte parlant des cotisations sociales françaises qui ne comporte pas une jérémiade concernant le poids écrasant de ces cotisations et les conséquences désastreuses qui en résulteraient pour les entreprises, l’emploi, la compétitivité du pays, la balance commerciale, et tutti quanti. Les politiques d’allègements de charges sociales patronales constituent depuis une vingtaine d’année le leitmotiv des gouvernants comme des commentateurs. Or il s’agit là d’une erreur grossière, liée à une histoire qui remonte au XIXème siècle, à l’époque où certains patrons mirent en œuvre une technique de motivation de leur personnel consistant à donner des rémunérations supérieures à ce qu’ils auraient pu faire compte tenu de l’état du marché du travail.
Ces "sursalaires" avaient le triple avantage de fidéliser les ouvriers, de leur donner du cœur à l’ouvrage, et de positionner l’employeur comme un homme de bien, sensible aux difficultés des pauvres gens. Mais pour bien montrer qu’ils allaient au-delà du prix de marché du travail, et pour maximiser le rapport entre la dépense effectuée et l’utilité supplémentaire apportée aux salariés, ces patrons intelligents et raisonnablement altruistes donnèrent à ce supplément de rémunération la forme d’une cotisation à une société de secours mutuel remplissant les fonctions de sécurité sociale exercées, à l’époque médiévale, par les corporations. De plus, dans un souci éducatif, ils demandèrent à leurs salariés de verser eux aussi une petite cotisation.

Cette forme de protection sociale très paternaliste a pris une ampleur que n’auraient jamais imaginé ses créateurs, et elle a été prise en main par l’Etat, mais la cotisation patronale est restée en place, et les organisations patronales y sont très attachés, d’autant plus attachées qu’elle leur donne une bonne raison de se plaindre et d’obtenir des réductions sur ces "charges sociales" réputées renchérir le coût du travail. L’idée économiquement fausse selon laquelle les cotisations patronales renchériraient le coût du travail, constitueraient une sorte d’impôt sur les entreprises, est indéboulonnable puisqu’elle donne du grain à moudre aux syndicats patronaux.
Nonobstant le maquis de réductions évidemment mis en place par un complexe politico-administratif qui y trouve lui aussi une raison d’être et un moyen de paraître, il ne serait pas très compliqué de basculer la grosse majorité des cotisations patronales sur les cotisations salariales sans rien changer en ce qui concerne le salaire net, le coût du travail pour l’employeur et les recettes de la sécurité sociale. Seulement voilà : le système de Fake Laws qui organise la soi-disant mise à la charge de l’entreprise d’une grande partie du financement de la sécurité sociale est très apprécié, comme il vient d’être dit, d’un grand nombre de personnes et d’organismes qui trouvent leur avantage à s’en occuper. Quand un mensonge s’est enraciné dans des structures très complexes qui servent d’habitat préféré à beaucoup de beau monde, il est difficile de le remplacer par la simple vérité, à savoir que la vraie rémunération du salarié est le salaire super-brut, et qu’il paye en fait – économiquement - la totalité des cotisations sociales, aussi bien celles que l’on dit patronales que celles que l’on dit salariales.

Voici, Mesdames et Messieurs les Parlementaires, ce qui pourrait utilement vous occuper : le gros canon que vous avez entre les mains est inopérant, du moins dans un pays épris de liberté, en ce qui concerne les Fake news, alors qu’il ferait des merveilles si vous le pointiez sur les Fake laws.

Envoyé par l'auteur, 8 juin 2018
Publié dans En France
Écrit par
En savoir plus... 0
Les ciseaux vertueux
 
La maison de Pierre Loti est menacée d'être exclue des chefs-d'œuvre à restaurer à cause de propos peu amènes tenus il y a un siècle par son propriétaire. Notre époque s'installe imprudemment dans le "chrono-centrisme". Qu'est-ce que ce terme, aussi barbare que ce qu'il désigne ? Le promoteur du loto du patrimoine, Stéphane Bern, le définit, en mettant en garde : "Ne mettons pas notre regard d'aujourd'hui sur des personnages du XIXe siècle."
Après la polémique sur Hergé jugé raciste ou Bizet phallocrate, cet incident n'est que le nouvel épisode d'un mouvement de fond. Tel Javert poursuivant Valjean jusqu'à son dernier souffle, sans indulgence ni intelligence, la pratique se répand de porter des jugements anachroniques.
Le procureur Pinard peut être fier de sa postérité : celui qui poursuivit Flaubert et fit condamner Baudelaire au nom de la "morale publique" a une belle descendance. Dans des associations, et aux États-Unis dans des maisons d'édition, des esprits vétilleux travaillent à surveiller les arts et lettres. Leurs ciseaux vertueux n'ont rien à envier aux censeurs de jadis. Ils traquent les romans sans égard pour le génie de leur auteur, scrutent les toiles de maîtres, auditionnent les opéras avec l'oreille d'un juge d'instruction.
Comment en est-on arrivé là ?
La vision philosophique de l'homme fondée sur la liberté, sur quoi repose notre société, a depuis trente ans fait place à une défense des individus, de leur mémoire et de leurs droits particuliers. Pour protéger ceux-ci, le politiquement correct américain invente les contrôles "de sensibilité" - ah qu'en termes galants ces choses-là sont dites ! Mais qui dresse la liste des "sensibilités" ? La loi ? Ou les militants politiques et les communautés ?
Un spectre se dresse devant nous : la littérature, fille de Don Juan et de Boule de Suif, élevée sans corset, tant bien que mal, perd de ses belles couleurs et de sa vitalité. Le traitement à la "moraline" que lui inflige notre époque ne lui vaut rien. Son teint blafard annonce un monde bien triste.

Paru dans Le Figaro, 9 juin 2018
Publié dans Du côté des élites
Écrit par
En savoir plus... 0
L'Italie, problème ou solution de l'Europe ?
 
CHRONIQUE - La situation en Italie est révélatrice de tous les atermoiements de l'Union.
 
"Le bon temps pour les clandestins est fini ; préparez-vous à faire les valises." Le patron de la Ligue, Matteo Salvini, a le sens de la formule qui fait mouche. Ce n'est pas un hasard s'il a choisi le poste de ministre de l'Intérieur, laissant à ses alliés du mouvement M5S les ministères sociaux. À ce poste, on peut encore montrer qu'un État déterminé a les moyens d'agir. Encore faut-il qu'il le soit.
C'est toute la question posée par l'affaire italienne. Celle de la légitimité démocratique est derrière nous. Elle s'est réglée par un compromis à l'italienne : les vainqueurs des élections ont renoncé à "leur" ministre des Finances europhobe ; le président de la République italienne et les milieux européens de Bruxelles qui le soutenaient ont renoncé à empêcher une majorité "populiste" de gouverner.
Désormais, c'est à Salvini de jouer. D'abord parce que l'immigration fut le thème qui l'a porté au pouvoir. Ensuite parce qu'il doit montrer qu'il peut expulser massivement les clandestins (il a promis 500 000 renvois) et arrêter la déferlante migratoire sur les côtes italiennes. Salvini s'en est déjà pris aux ONG qui, sous couvert d'humanisme, sont les complices des passeurs. Il devra utiliser la marine italienne non pour sauver les migrants mais pour les arrêter, voire détruire leurs barques. Il devra enfin tenir tête aux juges européens qui ne manqueront pas de dénoncer des pratiques contraires aux "droits de l'homme". Osera-t-il ? Il devra aussi faire pression sur les pays de l'autre côté de la Méditerranée - Tunisie, Maroc et, au-delà, les autres pays d'Afrique pour qu'ils reprennent leurs ressortissants. Au temps de Ben Ali en Tunisie et de Kadhafi en Libye, ces pays bloquaient les migrants pour qu'ils ne se déversent pas sur l'Europe - preuve que c'est possible. L'Algérie n'hésite pas à renvoyer brutalement les migrants qui essayent de s'installer chez elle.

Paru dans Le Figaro Magazine, 8 juin 2018
Publié dans Avec l'Europe
Écrit par
En savoir plus... 0
Le ralliement des droites, l'idée en marche
 
Alors qu'une vague conservatrice s'abat sur l'Europe, la France navigue à contre-courant. Il serait pourtant temps que tous ceux qui entendent résister à la lente dilution d'une Europe construite sur la diversité, le multiculturalisme et l'accommodement avec l'islam conquérant s'allient.
 
Un pas est franchi : évoquer un rapprochement des droites n'indigne plus les maîtres de ballet. Sur ce sujet comme sur d'autres, se vérifie la remarque de Schopenhauer : "Toute vérité franchit trois étapes : d'abord elle est ridiculisée. Ensuite elle subit une forte opposition. Puis elle est considérée comme ayant toujours été une évidence."
Votre serviteur, qui a enduré la première étape en décrivant la centralité de la crise identitaire, confirme le constat : les infamies se tarissent. Il est devenu banal d'évoquer la submersion migratoire, la perméabilité des frontières, la dangerosité de l'islam politique, le renoncement à protéger la nation. L'idée fixe est une opiniâtreté qui a permis à Ulysse de triompher des tempêtes et des pièges pour rejoindre son Ithaque, comme le rappelle brillamment Sylvain Tesson. Cet entêtement peut aussi devenir une vertu pour ceux qui refusent de se laisser distraire ou décourager. C'est ainsi que les interdits finissent par voler en éclats sous la force du bon sens.
 
Le ralliement des droites, embourbées dans leurs tranchées, fait partie de ces dénouements inévitables. L'Italie, maintenant dirigée par une coalition antisystème en dépit d'une tentative d'obstruction vite dénouée, offre un exemple à suivre de près. Si la défense de l'euro a servi de prétexte au président de la République, Sergio Mattarella, pour tenter de mettre au pas les deux alliés (la Ligue et le M5S), il n'a rien trouvé à redire au projet de Matteo Salvini (la Ligue) d'expulser 500.000 clandestins. "La planque, c'est fini. Les clandestins doivent faire leurs valises et partir dans le calme", a déclaré ce dernier, nommé ministre de l'Intérieur. En Italie comme ailleurs en Europe, le problème migratoire suffit à constituer des rassemblements souverainistes contre la globalisation. Les querelles économiques sur la place du libéralisme passent au second plan dans cette mobilisation pour la reconquête des cultures oubliées.
 
Le choix d'Emmanuel Macron pour le postnationalisme, la souveraineté européenne et l'ouverture à la mondialisation devrait être une raison suffisante pour obliger les droites à passer outre d'archaïques "lignes rouges" : celles-ci interdisent de consolider tout front commun, au bénéfice du pouvoir en place. Le clivage entre gauche et droite ne signifie plus grand-chose quand le débat se structure entre les partisans d'un monde ouvert et indifférencié et ceux d'un retour aux frontières et aux enracinements. Quatre leaders Républicains se sont faits, mardi dans Le Figaro , les avocats d'une Europe fière de ses racines et à l'écoute des peuples: leurs mots étaient ceux que tiennent également Marine Le Pen, Marion Maréchal, Nicolas Dupont-Aignan et tous ceux qui entendent résister à la lente dilution d'une Europe construite sur la diversité, le multiculturalisme et l'accommodement avec l'islam conquérant. Les Républicains, qui veulent faire bande à part, ne peuvent ignorer que l'union fait la force.
Le cordon sanitaire, que suggère encore Laurent Wauquiez (LR) quand il refuse tout contact avec le FN recentré, est à côté de la plaque. Même Marine Le Pen est descendue de son Aventin : elle se dit prête à des alliances, dans une recomposition de la vie politique. Elle vient d'ailleurs de rebaptiser son mouvement Rassemblement national, le week-end dernier. Sa nièce, Marion, jure pour sa part qu'elle ne fait pas "un retour politicien" en ouvrant cette année, à Lyon, un institut de formation politique (l'Issep) s'inscrivant dans le nouveau courant conservateur. Reste que la jeune femme de 28 ans a déjà rejoint le top 10 des politiques. Elle pourrait être bien placée, demain, pour représenter une seule et même droite libérale, conservatrice et sociale, si ses aînés s'entêtent dans les guéguerres du vieux monde. Il ne faut pas non plus exclure, après les Européennes et les municipales, la survenue d'un fédérateur inattendu.
Macron a prouvé qu'un jeune hussard sorti de l'ombre pouvait enlever une élection.
Paru dans Le Figaro, 8 juin 2018
Publié dans Du côté des élites
Écrit par
En savoir plus... 0

Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.

Top Desktop version