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Il est bien vrai que cette intervention est tombée à plat : nul n'y a fait écho, à peine une ligne ici ou là. Qu'il y ait eu là de quoi étonner, c'est cela, pourtant, qui est étonnant.
Depuis huit mois, tout a été fait pour persuader au peuple français que ce n'était pas son affaire ; que ce traité, tout simplifié qu'il est, est encore beaucoup trop compliqué pour sa petite tête, trop savant et trop subtil pour son esprit obtus ; qu'il est rempli de choses trop sublimes pour que, borné comme il est, il puisse s'élever à de pareilles hauteurs ; qu'il devait donc laisser le soin de s'en occuper à ses députés qui, ne se sentant pas assez qualifiés pour le lire, s'en sont remis à leurs gouvernants, lesquels avaient fait confiance à quelques initiés qui, seuls dans le secret, ont tenu à y rester en rendant leur chef-d'oeuvre illisible. Le peuple a bien compris le message : circulez, il n'y a rien à voir ! Il se l'est tenu pour dit et il a vaqué à ses occupations. Il n'a même pas fait au traité l'aumône d'une protestation; il lui a seulement réservé le plus haut degré de son mépris : l'indifférence !

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A propos du Kosovo, il y a une chose que la France ne devrait pas oublier : c'est qu'elle n'est pas libre, sur ce sujet, de parler ou d'agir à sa guise. Dans l'accord de Kumanovo qui a mis fin à sa guerre contre la Serbie comme dans la résolution de l'O.N.U. qui a défini le statut provisoire du Kosovo, elle a très expressément confirmé que la province relevait de la souveraineté de la Serbie et qu'elle faisait partie de son intégrité territoriale.

En reconnaissant l'indépendance auto-proclamée du Kosovo et en envisageant d'y dépêcher des troupes de sa propre autorité, les dirigeants français ne commettraient pas seulement une agression caractérisée contre un pays tiers, ils renieraient la parole de la France, violeraient ses engagements et montreraient, en dépit de leurs beaux discours, le peu de cas qu'ils font du droit international.
A vrai dire, les dirigeants français n'ont pas tout à fait oublié. Ils sont même si conscients du tort qu'ils vont faire à la réputation de la France et à l'autorité du droit international qu'ils auraient bien voulu le couvrir de la feuille de vigne d'une résolution de l'O.N.U. pour le faire passer inaperçu ; ils en veulent même beaucoup à ceux, Russes et autres, qui n'ont pas eu le bon goût de leur faciliter le recours à cet expédient . De même, ils savent très bien quel mauvais coup ils portent à un pays qui fut l'allié et le frère d'armes de la France et qui, en tous cas, ne lui a jamais créé de dommages. Tout irait mieux évidemment si la victime au moment d'être violée donnait obligeamment son consentement et, pour l'acheter, les dirigeants français étaient prêts à ne pas lésiner : ils ouvriraient à la Serbie les portes de l'Europe, de ses marchés, de ses crédits, de ses subventions. Ils n'auront pas de feuille de vigne onusienne ; la Serbie préfèrera claquer sa porte au nez de l'Europe; rien ne voilera la honte de la France. Et qu'on n'aille pas se donner bonne conscience en invoquant la démocratie ou le droit des peuples . Milosevic a été renversé et il est mort ; quant à la démocratie, elle n'est sûrement pas meilleure à Pristina qu'à Belgrade . Pour ce qui est du droit des peuples, il serait plus crédible s'il s'appliquait avec la même rigueur aux Serbes de Bosnie qu'aux Kosovars.

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Du 18 au 27 janvier, le Planning Familial a lancé en Ile-de-France, en partenariat avec le Conseil régional, une campagne publicitaire sur le thème "Sexualité, contraception, avortement : un droit, mon choix, notre liberté", campagne justifiée par le fait que "les lois sur la contraception et l'avortement relèvent aujourd'hui moins du droit que de la tolérance.
Elles ne sont pas correctement appliquées et les libertés que l'on croyait hier acquises sont de moins en moins reconnues", peut-on lire sur le site du Planning Familial. On connaît la dialectique de ces mouvements qui hurlent à la "liberté" en péril afin d'aller toujours plus loin dans la culture de mort. Il n'empêche que des signes montrent que le vent est peut-être en train de tourner. Certes, ce n'est pas le communiqué des évêques d'Ile-de-France du 22 janvier qui en est le symbole le plus probant : "Promouvoir l'avortement, c'est renoncer à nos responsabilités". Disons que ce communiqué a un grand mérite, celui d'exister et de marquer une opposition.
Mais le principal est ailleurs. De plus en plus de médecins refusent de pratiquer des avortements et le tabou sur le traumatisme qui touche les femmes qui y ont eu recours commence peu à peu à sauter. Certes, de tels témoignages, bouleversants, effrayants, ne passent pas dans les grands médias  - du moins en France -, mais ils vont inévitablement faire leur chemin, lentement mais sûrement : ils détruisent à eux seuls le mythe de l'avortement comme étant objet d'un "choix", d'une "liberté". Et puis l'on constate chez nos voisins espagnols et italiens une véritable mobilisation de l'opinion catholique, entraînée par des épiscopats qui n'hésitent plus à monter en première ligne avec pugnacité pour défendre la Vie. Deux millions de manifestants à Madrid le 30 décembre dernier défilant à l'appel de leurs évêques - avec ceux de Madrid, Tolède et Valence en tête - avec comme slogan : "Pour la famille chrétienne". Et en Italie, l'idée d'un moratoire mondial sur l'avortement a rencontré un large succès et provoqué un débat national de très grande ampleur. Il y a encore la Croatie, où les avortements ont chuté de près de 90 % depuis 1989 grâce à une politique d'éducation et de formation menée conjointement par l'État et l'Église.
Ces exemples montrent que le courant peut être renversé, que la victoire de la "culture de mort" n'a rien d'inéluctable.

En France, la quatrième Marche pour la Vie a eu lieu le 20 janvier : elle rassemble chaque année un peu plus de monde. Certes, 10 ou 20 000 personnes c'est peu en comparaison des foules madrilènes. Mais honneur aux courageux militants qui maintiennent bien seuls, dans le silence et une grande indifférence, le flambeau de la résistance publique contre la banalisation du "crime abominable" (concile Vatican II). Cette année, six évêques ont apporté leur soutien à la marche, dont le slogan était "L'avortement en tue 1 sur 4" : Mgr Aubry, Mgr Bagnard, Mgr Cattenoz, Mgr Centène, Mgr Fort et Mgr Rey. L'an prochain, ou plus tôt si l'actualité l'exige, pourquoi l'piscopat dans son ensemble ne soutiendrait-il pas une grande manifestation en faveur de la "culture de vie" avec de nombreux évêques à sa tête (rien ne vaut l'exemple) ? À force de publier des banalités sur de multiples sujets étrangers à leur vocation, nos évêques en sont arrivés à sous-estimer le poids d'une parole forte dans un domaine qui relève sans ambages de leur compétence. Pour défendre la Vie, ils pourraient, avec un peu d'organisation et d'intelligence, rassembler des foules significatives.

Car enfin, il y a un autre facteur qui joue en notre faveur, on l'oublie trop souvent : c'est la force de la vérité et de la logique. L'avortement ne peut être ni un "choix", ni un "droit" ou une "liberté", c'est un crime. Chacun comprend que l'on n'a ni le "choix", ni le "droit", ni la "liberté" de tuer son prochain. Mais ce n'est pas une personne, objectera le partisan de l'avortement. En vérité, il n'en sait rien et ne peut le prouver et c'est bien à lui et à lui seul qu'incombe la charge de la preuve. Pour que l'avortement soit moralement légitime, en effet, il ne suffit pas qu'on ne puisse pas prouver que l'enfant à naître est une personne, il faut démontrer qu'il n'en est pas une avec certitude (1). Or, la biologie montre au contraire combien le petit d'homme est déjà tout entier dans l'oeuf qui vient de se former. S'il n'est pas déjà une personne, quand le devient-il ? Aucune réponse incontestable n'a été donnée, montrant bien qu'il existe au pire un doute qui ne peut jouer qu'en faveur de la victime, l'enfant à naître, rendant ainsi l'avortement insupportable et injustifiable.

La "culture de mort" est encore toute puissante dans les médias et les institutions. Elle le devient un peu moins dans les esprits. La résistance s'organise. Ne soyons pas en France les derniers à rejoindre le mouvement qui, un jour ou l'autre, balaiera toutes ces horreurs, marques de ce temps d'indignité où l'on tue 200 000 enfants à naître chaque année …

La Nef 

(1) Henri Hude a bien développé cette argumentation dans Éthique et politique, Éditions Universitaires, 1992, p. 266-273.

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En ce 90ème anniversaire des 14 articles du président Wilson de 1918, on peut voir aujourd'hui une dramatique conséquence de ces propositions utopiques.
En effet, l'idéologie du président Wilson, en invitant au dépècement de l'Empire des Habsbourg, en proclamant comme vérité politique fondamentale le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes, en imposant au monde entier des régimes démocratiques comme une fin en soi, est à l'origine de nombre de catastrophes humaines et politiques du xxe siècle ! on l'oublie un peu trop souvent.

Cette fois-ci, c'est dans les Balkans que se prépare un drame humain et politique, la vraisemblable proclamation de l'indépendance du Kosovo qui se produira sans doute dans les jours à venir avec la bénédiction des États-Unis et de l'Union européenne, au mépris du droit international : en effet les Nations Unies ont souhaité que l'on arrache le Kosovo à la Serbie au prétexte que la majorité de la population est albanophone.

Le Kosovo est le berceau culturel et spirituel de la Serbie. En juin 1914, on comptait au Kosovo 300 000 habitants dont moins de 130 000 étaient musulmans et albanophones. De 1914 à 1938, la population serbe, profitant de son niveau général supérieur à celui des Albanais, refusant la misère du Kosovo ruiné par quatre siècles d'oppression ottomane, puis par la Grande Guerre, a fortement émigré vers la région de Belgrade, mais aussi vers les États-Unis et le Canada (environ 35 000). Ayant une démographie plus dynamique, les albanophones représentent un peu plus de la moitié de la population (58 %). Le coup de grâce au Kosovo serbophone est donné par le maréchal Tito. Croate, se méfiant des Serbes, il fit du Kosovo une province autonome de la République serbe, un des États fédérés constituant la Yougoslavie : de 1948 à 1981, la population albanophone croît de 15 %, les serbophones s'accroissent de 5 % seulement. En 1990, il ne reste que 27 % de Serbes. La politique de Milosevic pousse en 1999 les albanophones à fuir vers l'Albanie : au nom des grands principes, les puissances, au lieu d'aider les Kosovars albanophones à s'installer en Albanie, qu'ils auraient contribué à moderniser et développer, obligent manu militari (on se souvient des bombardements de Belgrade) les Serbes à laisser les albanophones revenir au Kosovo. Les albanophones, triomphants, réclament leur indépendance du Kosovo, entraînant l'exode des 2/3 de la population serbophone. Il reste environ 10 % de serbophones au Kosovo aujourd'hui. Depuis les dernières élections, le gouvernement albanophone du Kosovo veut proclamer l'indépendance, avec l'accord complice de Washington. L'Union européenne se résignera à l'accepter ! Mais quelle sera la réaction de Moscou, allié depuis toujours de Belgrade qui refuse le démantèlement de l'État serbe ?

Les ressorts de la politique US
Pourquoi Washington joue-t-elle de cette manière ? Il y a, à cela, plusieurs raisons : tenant à l'amitié avec la RFA protectrice des Croates et des Slovènes, elle n'a pas d'objection à ce démantèlement de la Serbie. Les États-Unis, pas plus d'ailleurs que la France, n'ont compris que chez les Slaves du Sud, les appartenances ethniques et religieuses sont bien plus importantes qu'une relation avec un État. Rappelons-nous les conflits entre Serbes et Croates dans la Yougoslavie d'avant-guerre, les oppositions ethnoculturelles dans l'État de Tito. Au surplus, les États-Unis s'intéressent au Kosovo, car un Kosovo indépendant dépendra financièrement d'eux et cela leur permettra de contrôler de très près le débouché du gazoduc Caspienne-Grozny-Novosibirsk-Bulgarie-Monténégro. Les Russes de surcroît envisagent de reconstituer leur flotte en Méditerranée en la basant dans le fjord de Kotor au Monténégro.

D'autres solutions ?
Ainsi Washington, une fois de plus, joue avec le feu. Le monde orthodoxe, profondément attaché au symbole que représente le Kosovo dans le conflit millénaire entre chrétiens et musulmans, est hostile à cette volonté américaine. Outre les Serbes et les Russes, leurs éternels alliés, Bulgares et Macédoniens, sont fondamentalement hostiles à la mainmise musulmane sur ces trésors chrétiens du Kosovo. C'est là que se trouvent les importants monastères et églises de Gracanika, de Lieviska et de Pec, qui soulignent le poids de la chrétienté orthodoxe dans les conflits avec les Ottomans dans les Balkans depuis l'ère byzantine. Pour nombre d'orthodoxes, abandonner le Kosovo aux albanophones musulmans est un crime d'autant plus grand qu'églises et monastères, aujourd'hui toujours, ne sont pas des monuments, mais des lieux vivants, vibrant de foi, héritiers d'une longue histoire.
Y avait-il d'autres solutions pour le Kosovo, en dehors de l'indépendance ? On pouvait envisager un partage de la province en regroupant la population serbophone dans le Nord-Est de la région à proximité de la Serbie traditionnelle et donner le Kosovo albanophone à l'Albanie : cela paraît dangereux à plusieurs titres, plus précisément car cela confortait le rêve d'une Grande Albanie annexant le tiers occidental de la Macédoine et la province grecque d'Epire, grande Albanie envisagée par les Italiens en 1915 et plus tard au temps de Mussolini.
Naturellement, la vraie solution était de laisser le Kosovo à la Serbie, mais de faire du Kosovo albanophone une région jouissant d'une grande autonomie garantie par l'Union européenne. Cette solution complétée par le rattachement de la Bosnie serbophone à Belgrade, la Bosnie musulmane et catholique étant rattachée à la Croatie. Cela éviterait l'existence de micro-États qui pourraient constituer de vrais précédents dans l'Union : l'Ecosse, la Flandre, le Pays Basque, la Corse et bien d'autres.

Une fois encore, pour tancer Moscou et interdire l'extension de Gazprom, les États-Unis ouvrent des vannes dangereuses. Le drame est que les États membres de l'Union européenne se tiennent cois, n'osant pas faire de peine même légère à Washington. Or le gazoduc russe arrivant à Kotor devrait protéger l'Europe des incidents russo-ukrainiens.

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Depuis les premières révoltes ou jacqueries provoquées par la stupidité du Président Tombalbaye, les rivalités ethniques, les tentatives d'ingérences libyennes ou soudanaises, ont empêché le développement dans le calme de ce pays au coeur de l'Afrique. De plus, des Français ignorant des réalités locales - Madame Claustre, l'Arche de Zoé entre autres - n'ont en rien arrangé les difficiles relations de notre pays et du Tchad.
Avant la colonisation française, le Tchad n'existait pas comme Etat : il n'y avait que des clans, voire des fractions dirigés par des chefferies traditionnelles, du nord au sud, de l'est à l'ouest. Au nord, les Turcs tenaient les postes de Fada et de Faya (Largeau pour les militaires français). Ce morcellement est toujours vivace : les Toubous se sont partagés entre Hissen Habré et Goukouni Oueddeye, les Zaghawa entre Idriss Déby et Timan Erdimi. Pendant des siècles le Sud animiste fut le terrain de chasse des négriers africains. Rabah, le dernier, tenta de se tailler un royaume. Jusqu'à l'arrivée des troupes françaises en 1909, Abéché fut le principal centre de fabrication des eunuques destinés aux harems d'Arabie et de Turquie. Le dernier convoi d'esclaves fut intercepté par nos soldats en 1919.

La colonisation française fut mise à profit par les habitants du Sud pour s'instruire dans nos écoles, s'intégrer dans notre administration. Les Musulmans du Nord, tout en acceptant notre hégémonie, refusèrent notre système scolaire et participèrent rarement à notre administration. Lors de l'indépendance les cadres sudistes  prirent en main le nouvel Etat : la plupart étaient médiocres, en particulier Tombalbaye, ancien instituteur, qui élimina les quelques cadres musulmans qui existaient dans les années 1959-1965.
Le départ des troupes françaises en 1965 se traduisit par une multiplication des exactions par les fonctionnaires et militaires tchadiens, et des jacqueries d'abord dans le Guera. Rapidement, des intellectuels canalisèrent ces révoltes et déclenchèrent une véritable insurrection.
En 1968, Tombalbaye fit appel à de Gaulle. Sous réserve d'une réorganisation administrative et militaire, l'aide fut accordée par la France de 1969 à 1972. Pour de Gaulle, il ne fallait pas accepter un processus qui pût aboutir à l'éclatement du Tchad et donner de mauvaises idées au reste de l'Afrique. Rappelons que la monnaie libyenne avait cours en 1965 à Largeau et la monnaie soudanaise à Abéché. Dès cette époque, certains pays d'Afrique accueillent sans plus les mouvements rebelles tchadiens (Algérie, Nigeria, Egypte, Irak, Ghana), se contentant de les laisser ouvrir des bureaux de propagande. En revanche, le Soudan et la Libye, soutiennent plus activement les rebelles : ces deux Etats comptaient bien récupérer de grands lambeaux du Tchad ; Kadhafi avait envahi la bande d'Aouzou en 1982, avant d'en être chassé en 1987. A-t-il, ont-ils abandonné ces projets aujourd'hui ?

En dépit des efforts des Français, la mentalité des fonctionnaires et militaires tchadiens ne changea pas : dès le départ de notre mission de réorganisation, concussion et exactions reprirent envers les populations. Au fil des ans, Tombalbaye devenait paranoïaque, imposait une révolution culturelle, le retour aux rites animistes avant d'être assassiné en 1974.
Son successeur, le Général Maloum, demanda imprudemment le départ de nos troupes. Nous lui fîmes perdre la face lors de nos négociations pour la libération de Madame Claustre. En 1982, Hissen Habré prit le pouvoir et s'opposa aux activités libyennes avant de demander notre aide, accordée par le président Mitterrand en 1983. Sa victoire sur les troupes libyennes et la reconquête de la bande d'Aouzou ne compensèrent pas l'inefficacité de son administration et son autoritarisme. Il fut à son tour chassé par Idriss Deby, lui même en butte aux bandes d'un membre de son ethnie, Timan Erdimi. Il est clair que le Soudan a utilisé cette carte pour retarder ou torpiller le projet d'une force destinée à protéger les persécutés du Darfour. N'ayons pas d'illusion : tous les cinq ou six ans, ce manège recommencera, sans changement pour le peuple tchadien, constamment pressurés par l'administration et les bandes armées.

En 1964, lors d'une conversation avec un ami, j'avais dit que l'avenir du Tchad et de l'Afrique noire était évident. Il suffisait de regarder Haïti : la dictature, la corruption, les tontons macoutes, la misère. Comme je voudrais m'être trompé !
4 février 2008

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........................; Par-delà la vive polémique qu'il a suscitée, le discours du Latran inaugure une ère nouvelle dans les relations, historiquement méfiantes, entre l'Eglise et l'Etat.
Nous assistons à un changement hautement symbolique de la politique française dans ses rapports au fait religieux en général et au christianisme en particulier.

Celui-ci, avec les autres grandes traditions religieuses y compris l'islam - à condition qu'il procède à son propre aggiornamento - n'est plus exclu au nom de la déesse Raison et de la sacro-sainte spécificité française, mais accueillies au sein d'une laïcité positive capable de les absorber dans un vaste pacte républicain et de les impliquer dans un dessein à la hauteur de la France : une politique de civilisation.

Il ne s'agit donc pas, comme cela a été écrit, d'une altération grave des principes fondateurs de la laïcité, encore moins d'une remise en question de la loi de 1905, ce "monument inviolable", selon Jacques Chirac. Il s'agit au contraire d'un retour aux sources authentiques de la morale laïque. A l'instar des laïcités anglo-saxonnes ou germaniques, qui ont entretenu des rapports confluents et non conflictuels avec le religieux, la laïcité française, "enfin parvenue à maturité", se normalise en se mettant au diapason des nouveaux défis du siècle : choc des civilisations, apothéose du matérialisme et de l'hédonisme, néant spirituel, métastase de l'intégrisme, mondialisation du terrorisme...
Ces défis ont frappé de caducité le laïcisme qui, au nom du postulat marxiste ("la religion est l'opium du peuple"), a juré la mort de Dieu et l'extinction de la religion. A l'origine, en effet, la laïcité n'entendait pas extirper du corps social toute survivance religieuse, mais limiter l'hégémonisme spirituel et temporel de l'Eglise. La séparation de l'Eglise et de l'Etat a été l'aboutissement d'un long processus de sécularisation qui a commencé au Moyen Age, s'est raffermi grâce aux Lumières, a trouvé sa première traduction politique dans le radicalisme révolutionnaire de 1789 pour rencontrer ensuite sa première phase libérale et républicaine dans le Concordat napoléonien de 1801.
Avec la loi de 1905, c'est l'idéal laïc qui est imposé en France comme norme juridique et paradigme absolu du rapport entre foi et loi. En restituant au politique et au religieux leur autonomie réciproque, la loi de 1905 a été une rupture refondatrice, une destruction constructive. Théoriquement, la laïcité ne devait donc pas s'opposer à la religion, mais lui aménager une sphère qui lui est propre. Que s'est il passé en pratique ? La religion chrétienne a été stigmatisée, culpabilisée, et progressivement rayée, pas seulement des controverses politiques ou intellectuelles, mais également du débat moral et éthique.
"Le cléricalisme ? Voilà l'ennemi !", rugissait Gambetta. En fait, la lutte de la laïcité contre le cléricalisme a tourné au combat de l'athéisme contre le christianisme. Dans ce combat où la fille aînée de l'Eglise a perdu une partie de son âme, la laïcité a sacrifié un élément constitutif de sa philosophie : la tolérance. C'est ainsi que la France, terre du baptême de Clovis, est passée de la religion d'Etat, le gallicanisme, à l'athéisme d'Etat. Dopée par sa victoire sur le traditionalisme catholique, leurrée par le mythe rationaliste suivant lequel le religieux, le sacré même sont voués à la disparition, la laïcité française a baissé la garde en tombant dans un sommeil profond... jusqu'à l'irruption fracassante d'un islam conquérant et d'un islamisme guerroyant. L'eschatologie wébérienne du désenchantement du monde, reprise par Marcel Gauchet, a fait long feu.

C'est dans ce contexte nouveau qu'il convient de lire les discours présidentiels à Rome, symbole du catholicisme, et à Riyad, symbole de l'islam. La laïcité positive à laquelle il appelle est en rupture avec le laïcisme français dont la dernière manifestation politique fut l'opposition d'inclure, dans le préambule à la Constitution européenne, toute référence aux "racines chrétiennes de l'Europe". Changement de génération ou régénération de la laïcité française, Nicolas Sarkozy ose affirmer que "les racines de la France sont essentiellement chrétiennes".

Plutôt que d'y voir une trahison de la "laïcité républicaine", ne peut-on reconnaître dans la laïcité positive des symptômes plus profonds ? Peut-être les prémices de la politique de civilisation dont le président vient, à Riyad, de préciser le contenu : "C'est une politique qui se donne pour but de civiliser la globalisation (et) qui intègre la dimension intellectuelle, morale, spirituelle..." Peut-être la volonté de renouer avec cette philosophie d'essence thomiste qui a été longtemps marginalisée en France au profit exclusif du marxisme et de l'existentialisme. N'oublions pas que le personnalisme d'Emmanuel Mounier a été une réponse à l'existentialisme sartrien ; de même que l'humanisme intégral théorisé par Jacques Maritain fut une réaction à l'humanisme marxiste.
Par-delà ce ressourcement philosophique et ces premiers balbutiements d'une politique de civilisation, n'y a-t-il pas dans le repositionnement sarkozyen un retour au gaullisme ? De Gaulle, en effet, qui a gravé la laïcité de l'Etat dans la Constitution, ne déclarait-il pas, le 31 mai 1967 à Rome : "L'Eglise est éternelle et la France ne mourra pas. L'essentiel, pour elle, est qu'elle reste fidèle à ce qu'elle est et, par conséquent, fidèle à tous les liens qui l'unissent à notre Eglise." C'est encore lui qui affirmait, le 11 février 1950 : "Nous sommes un pays chrétien, c'est un fait. Nous le sommes depuis longtemps... Eh bien, nous n'avons pas besoin de nous méconnaître et cette flamme chrétienne, en ce qu'elle a d'humain, en ce qu'elle a de moral, elle est aussi la nôtre."

Article paru dans Le Monde du 24 01 08

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Islamisme et démocratie : lequel dissout l'autre ?

... qui viennent de hisser le mouvement islamiste Hamas a la tête a la tête d'un Etat a la fois réel et virtuel créent une situation inédite et des plus ubuesques : comment les Etats-Unis, l'Europe et Israël vont-ils collaborer avec un gouvernement dont la mouvance est, encore aujourd'hui, inscrite sur la liste des organisations terroristes ?
Et, par-delà ce dilemme local - probablement surmontable moyennant quelques déclarations de principe de la part du Hamas -, de quelle manière les néoconservateurs américains vont-ils sortir de cet autre dilemme majeur, charrié par leur projet de "Grand Moyen-Orient" : contraindre les Etats arabo-musulmans a se démocratiser tout en évitant qu'ils basculent dans l'univers cauchemardesque du totalitarisme vert ? En d'autres termes, le "fondamentalisme démocratique" - pour employer une expression déja présente chez Garcia Marquez - doit-il se poursuivre, maintenant que l'on sait qu'il profite exclusivement au fondamentalisme islamiste ?
Que ce soit en Iran, ou des élections, elles aussi "démocratiques", ont conduit Mahmoud Ahmadinejad a la présidence de la République, ou en Irak, en Egypte, au Pakistan, au Koweit, en Arabie saoudite, au Maroc, aujourd'hui en Palestine et, on a quelquefois tendance a l'oublier, en Turquie, on assiste en effet a un retour spectaculaire de l'islamisme. Cette vague de fond se confirme à chaque occasion électorale. Comme on a du mal à saisir ce phénomène il est vrai renversant, on a pris l'habitude de plaquer sur cette réalité complexe des concepts tirés de la sociologie politique occidentale : vote sanction, vote contestataire, islamisme centriste, islamistes modérés par opposition aux islamistes intégristes... Ce placage de concepts exogènes peut altérer l'analyse et dissimuler les véritables enjeux que recèle la déferlante islamiste.

Il faut d'abord rappeler que le phénomène islamiste n'est pas récent, mais constant et graduel. Contrairement a un leitmotiv, l'islamisme n'est pas né en 1928, avec l'émergence des Frères musulmans en Egypte, qui entendaient ainsi catalyser le ressentiment des populations musulmanes après l'abolition (1924) du califat par Mustafa Kemal. Ses origines seraient plutôt en Arabie, berceau de l'islam... et de l'islamisme. Dans l'histoire moderne, le royaume saoudien est la première incarnation étatique de l'islamisme politique. C'est le premier modèle de théocratie sunnite qui va subjuguer Hassan Al-Banna, le fondateur des Frères musulmans. Il faudrait attendre 1979, sous la conduite de l'imam Khomeiny, pour assister a la naissance de la seconde théocratie, cette fois-ci chiite. Depuis cette date, l'islamisme, principalement inspiré de la doctrine des Frères musulmans et alternativement financé par l'Arabie saoudite et par l'Iran, ne cesse de marquer des points contre les Etats nationalistes issus de la décolonisation, qu'il taxe d'apostasie.
C'est qu'il existe une opposition idéologique et politique fondamentale entre l'islamisme et le nationalisme arabe. Il faut rappeler que Saïd Qutb, le successeur d'Hassan Al-Banna a la tête des Frères musulmans, a été condamné a mort par Nasser et pendu le 26 août 1966. D'ou la haine que vouent les islamistes au panarabisme en général et au nassérisme en particulier. Les assassins d'Anouar El-Sadate, en octobre 1981, avoueront avoir voulu venger la mort de leur "premier martyr", Saïd Qutb. Ce qui rend encore plus tenace cette haine, c'est le sentiment d'avoir été trahis : avant 1952, Sadate avait été membre des Frères musulmans et Nasser en avait été un fervent sympathisant.

La compétition électorale qui vient de se dérouler en Palestine entre le Hamas et le Fatah s'inscrit dans la continuité de la vieille bataille politique et idéologique qui se joue entre panislamistes et panarabes. Mais le combat était inégal entre ceux qui sont devenus les "résistants" et ceux qui sont devenus les "collabos". Privés de leur chef charismatique, Yasser Arafat, n'ayant pratiquement rien obtenu de leurs partenaires israéliens, les responsables du Fatah ne pouvaient pas gagner ces élections. Outre le capital sympathie dont ils profitent a la suite du gros maillage social qu'ils ont pu tisser grâce aux capitaux saoudiens puis iraniens, les islamistes palestiniens bénéficient de la "légitimité coranique" et de la "légitimité martyrologique". Le crime a payé. Les nombreuses actions terroristes contre les civils israéliens n'ont pas été vaines. Et c'est la leçon que ne manqueront pas de retenir les activistes du Fatah !
On répète souvent que l'islamisme se nourrit de la misère économique et de l'exclusion politique. Certes, mais sa source intarissable reste cette culture "holistique" et hégémonique qui mélange Allah a toutes les sauces et réduit le Coran a un manifeste politique. Il suffit de revenir aux "sources", de suivre l'enseignement prophétique pour que le monde de l'islam retrouve son âge d'or perdu, enseignaient Ibn Abdelwahab (prédicateur fondamentaliste dans l'Arabie du XVIIIème siècle, inspirateur du wahhabisme), Hassan Al-Banna, Saïd Qutb et Khomeiny. C'est à partir de ce genre de mythes, majoritairement partagés par les musulmans, que les islamistes ont constitué leur idéologie messianique.

Dans une compétition démocratique, aucun discours politique, si humaniste, si progressiste et si émancipateur soit-il, ne peut rivaliser avec ce genre de rhétorique éculée mais extrêmement mobilisatrice. C'est sur le fumier de l'ignorance que prospère l'islamisme. Pour lui, la démocratie n'est point un système global de valeurs universelles et immuables. C'est un instrument, un moyen conjoncturel au service d'une fin conjecturée : l'instauration d'une théocratie moyenâgeuse. Dés lors, la question n'est pas de savoir si l'islamisme est soluble dans la démocratie ni si l'islam est compatible avec la laïcité. La question est de savoir si, dans le cas de sociétés profondément hétéronomiques et complètement envoutées par les zélotes du fondamentalisme religieux, la démocratie est un vaccin vivifiant ou un poison mortel.

Lorsqu'on est mûr pour l'islamisme, peut-on l'être pour la démocratie ? La réponse a son importance pour les néoconservateurs s'ils veulent résoudre ce grand dilemme : comment démocratiser le monde arabe en évitant qu'il chute dans l'escarcelle islamiste ?
Paru dans Le Monde, le 3 février 2006  

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.................... que par les totalitarismes qui ravagèrent le XXème siècle : communisme et nazisme institutionnalisèrent le crime de masse avec un mépris inégalé de la personne. Les points communs entre ces deux systèmes ne sont plus à démontrer. Il en est un, cependant, peu mis en avant : c'est leur même rejet et même haine de Dieu. Couper l'homme de Dieu, c'est inévitablement enlever toute limite à l'action humaine, cela conduit tôt ou tard à l'abolition de toute norme morale objective qui s'impose à tous : l'homme se faisant Dieu, croit ainsi être le maître de tout jusqu'à pouvoir par son génie procurer le "bonheur" à ses semblables. On a vu les résultats.…

Dans ce contexte, le concile Vatican II a particulièrement insisté sur la place centrale de l'homme dans la Création, "seule créature sur terre que Dieu a voulue pour elle-même" (1), et sur sa dignité ontologique en tant que seul être à avoir été créé "à l'image de Dieu" (Gn 1, 27), justifiant ainsi "le droit à la liberté religieuse [qui] a son fondement dans la dignité même de la personne humaine telle que l'ont fait connaître la parole de Dieu et la raison elle-même" (2). Il faut rendre grâce à Dieu pour cet enseignement de l'Église sur la personne humaine qui, plus que jamais, est aujourd'hui le seul rempart sérieux et cohérent à l'anthropologie archi-dominante qui ramène l'homme au rang de vulgaire animal. C'est en s'appuyant sur cette vérité que Jean-Paul II a contribué à renverser le communisme en Europe de l'Est , un communisme qui n'est cependant nullement éradiqué de nos horizons politiques.

La principale menace contre la dignité de la personne humaine provient aujourd'hui du relativisme et de l'anthropologie qui l'accompagne. Prenant prétexte de la "science" et notamment du néo-darwinisme, elle tend à estomper la différence fondamentale entre l'animal et l'homme, lequel serait né simplement au détour d'un heureux hasard. La personne est ainsi "chosifiée", ce qui banalise tous les attentats actuels contre la vie et la dignité de l'homme : avortement, euthanasie, recherche sur l'embryon humain, pornographie, publicité. Le paradoxe de la modernité est que cette vision dégradante de la personne se conjugue avec un appel incantatoire aux "droits de l'homme", à un individualisme forcené et même à un véritable nombrilisme, mais qui n'empêchent aucune de ces dérives, qui les favorisent même ne réclame-t-on pas que l'avortement soit un "droit de l'homme" ? tout simplement en raison d'une anthropologie fondamentalement erronée : une vision de l'homme, sans référence au péché originel ni même à la notion de péché, sans transcendance dans un univers sans Créateur et dénué de sens. Cela montre combien il est vain de prétendre défendre l'homme en le détachant de Dieu. Jean-Paul II nous a prévenu que le relativisme conduit la démocratie vers le totalitarisme : le danger d'un tel régime tient au fait qu’il exerce sa tyrannie sans violence apparente pour ceux qui n'en sont pas les victimes et, surtout, il connaît une adhésion réelle auprès de ceux qui croient encore qu'il défend la "liberté", "liberté" de faire ce qui nous plaît, sans référence à une loi morale normative qui est au-dessus de nous.

Dans une approche spirituelle, Benoît XVI a indirectement abordé ces questions dans sa magnifique encyclique Spe Salvi. Toute sa démonstration tient dans cette évidence déjà rappelée par saint Paul : 
"Un monde sans Dieu est un monde sans espérance" (n. 44). Contre l'idéologie du Progrès qui croit que la Science apportera le bonheur à l'humanité, le pape rappelle "qu'un progrès qui se peut additionné n'est possible que dans le domaine matériel". En effet, poursuit-il, "la condition droite des choses humaines, le bien-être moral du monde, ne peuvent jamais être garantis simplement par des structures, quelle que soit leur validité. […] Puisque l'homme demeure toujours libre et que sa liberté est également toujours fragile, le règne du bien définitivement consolidé n'existera jamais en ce monde"  (n. 24).

Dans un autre texte remarquable, le message pour la journée mondiale de la paix du 1er janvier 2008, Benoît XVI revient sur la nécessité d'une morale commune, la loi naturelle : "Pour qu'il y ait paix, il faut une loi commune, qui permette à la liberté d'être vraiment elle-même, et non pas un arbitraire aveugle, et qui protège le faible des abus du plus fort" (n. 11). Mais, entend-on, la loi naturelle étant devenue un concept incompréhensible pour nos contemporains, elle est inopérante. La belle affaire ! Ne faudrait-il donc se battre que pour ce qui est compris et accepté de tous ? Pourquoi donc alors dépenser de l'énergie contre l'avortement ou contre les unions homosexuelles ? "Il est indispensable, nous dit le pape, de revenir à cette loi fondamentale et de consacrer à cette recherche le meilleur de nos énergies intellectuelles, sans se laisser décourager par les équivoques ou les sous-entendus" (n. 13). Et s'il est un sujet accessible à la droite raison, c'est bien le concept de loi naturelle qui plonge ses racines dans l'Ancien Testament avec le Décalogue qui en est la première expression.


La loi naturelle n'est pas une option, rien ne peut la remplacer. Contre les dérives anthropologiques ici évoquées, elle est le principe minimum sur lequel les hommes doivent s'accorder pour conduire dignement leur vie en société. À temps et à contre-temps, il nous faut l'expliquer sans oublier la nécessité de l'évangélisation pour remettre Dieu à sa juste place, tant l'expérience nous montre, pour paraphraser Chesterton, que lorsque l'on chasse le surnaturel, c'est le naturel lui-même qui est vite attaqué.
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(1) Gaudium et spes n. 24, 3.
(2) Dignitatis humanae n. 2.

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.................... subit un violent séisme suivi de centaines de répliques. Les morts se comptent en dizaines de milliers dans ces régions isolées du sous-continent indien. Les secours de l'armée pakistanaise sont insuffisants, d'autant que cette dernière n'aurait qu'une vingtaine de ces hélicoptères indispensables pour sauver les populations civiles. Mais le Pakistan, par ailleurs, dispose de l'arme nucléaire.… 
Suivant cet exemple, la liste des pays en développement serait longue. Les pays où les dépenses militaires, celles en faveur des "canons", semblent privilégiées par rapport à celles pour "le beurre", c'est-à-dire pour le développement humain. Et ce sont les populations civiles qui en font les frais, subissant des surmortalités et laissées à l'tat de pauvreté.
Certes, cette liste des pays qui empêchent le développement humain par des surinvestissements militaires ne peut être établi d'une façon parfaitement mathématique. En effet, les budgets militaires annoncés par de nombreux États sont d'une fiabilité douteuse. Il faudrait connaître la taille des armées, sans oublier les multiples milices dont le nom n'apparaît pas dans les documents officiels. On sait ainsi que l'Irak de Saddam Hussein comportait plusieurs dizaines de milices entretenues avec l'argent du pétrole et servant au dictateur pour quadriller son pouvoir.
Il faudrait connaître le type et la quantité des armements achetés, données sur lesquelles existent certaines informations disponibles, mais qui ne prennent pas en compte les achats d'armes maquillés sous d'autres noms.
Il faudrait enfin prendre en compte les dépenses en matière de recherche militaire ou d'extension des moyens militaires. Mais même de telles données resteraient insuffisantes pour montrer la capacité de nuire du surarmement. Par exemple, l'achat d’armes légères, qui a un coût relativement modeste, ne ressort pas bien dans les statistiques sur les dépenses militaires et alimente pourtant des guerres civiles ou des massacres d'une cruauté extrême, sans parler de l'horrible essaimage des mines antipersonnelles. Le nombre des victimes n'est donc pas dépendant du budget de l'armement indiqué.


Typologie de la préférence pour les canons
Néanmoins, une typologie des pays en développement accordant une forte priorité aux "canons" est possible.
Il y a d'abord des pays pauvres dirigés par des dictateurs qui usent et abusent de la violence pour conserver leur pouvoir. C'est ainsi que les dirigeants de la Corée du Nord, de la Birmanie ou de la Syrie semblent disposer de budgets illimités pour les "canons", sans guère de considération pour des investissements sanitaires, éducatifs ou matériels qui permettraient le développement humain.
Dans une deuxième catégorie figurent des pays où se déroulent des conflits civils. Le pouvoir politique, même lorsqu'il est tenu par des civils, considère qu'il lui faut armer son armée pour contribuer à maintenir l'ordre. C'est le cas, par exemple, en Ouganda ou en Afghanistan, même si la situation y est plus complexe.
Dans une troisième catégorie, le poids de l'armée dans les rapports de force internes au pays est très grand. L'armée est parfois à ce point un État dans l'État que les canons qu'elle demande sont presque toujours financés, d'autant que l'armée possède elle-même, directement ou indirectement, de nombreuses fonctions de nature économique. Une telle situation se présente en Algérie, en Turquie ou au Pakistan (1).
Dans d'autres pays, l'importance des canons est davantage à usage externe qu'interne, afin d'être considéré comme "grande puissance". C'est ainsi que la considérable rente pétrolière iranienne profite essentiellement aux "canons", comme l'atteste une économie encore en état de sous-développement.
Certes, il ne faut pas avoir la naïveté de penser qu'on pourrait supprimer d'un trait de plume les budgets militaires. Le monde est dangereux et, pour tous ceux qui aspirent à la paix, la devise "Si vis pacem, para bellum" (2) reste malheureusement appropriée. Lorsque cette préférence pour les canons va bien au-delà de la formule latine, dans des pays où le produit intérieur brut par habitant est particulièrement faible, cela n'exonère pas les pays développés, mais suscite de véritables interrogations sur les progrès démographiques dans notre planète. Pour réduire la mortalité infantile, pour diminuer la mortalité maternelle, pour augmenter les taux de scolarisation, il faut engager une vaste opération de pédagogie afin que le développement humain devienne partout une véritable priorité.

Editorial de la revue
Population & Avenir, n° 675 - novembre-décembre 2005

(1) "À travers leurs fondations, les activités des militaires vont de la fabrication de corn flakes à celle du ciment en passant par l'immobilier, l'éducation", Le Monde, 15 octobre 2005, p. 3.
La situation est semblable pour l'armée turque.
(2) "Si tu veux la paix, prépares la guerre".

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................ le plus vaste du monde et de ressources considérables, la Russie voudrait bien voir utiliser à son propos le terme de "grand" dont bénéficiait feu l'URSS. 
Mais sa population diminue fortement et son poids démographique relatif dans le monde baisse encore plus. La Russie a atteint un maximum de population en 1992 avec 148,3 millions d'habitants. Depuis, chaque année enregistre une population moindre par rapport à l'année précédente et la dernière évaluation (2006) donne moins de 143 millions d'habitants, soit une perte de plus de 5 millions en quatorze ans. Quelles sont les causes d'un tel dépeuplement ? Elles ne tiennent pas à une hémorragie migratoire puisque le solde migratoire de la Russie est positif depuis 1974. Notons néanmoins que cet apport migratoire est limité, 107 432 en 2005 et 128 316 en 2006 , ce qui signifie un taux d'accroissement migratoire beaucoup plus faible que celui de l'Union européenne ou des États-Unis.

1. Les naissances et les décès en Russie
La perte de population de la Russie provient donc du solde naturel, d'un excédent très élevé des décès sur les naissances depuis 1992, souvent supérieur de plusieurs centaines de milliers par an. Examinons seulement la dernière année connue, 2006 : elle compte 146 cercueils pour 100 berceaux. Quelles peuvent être les raisons de ce déficit naturel considérable, jamais vu en période de paix ?
- D'une part, la fécondité de la Russie est basse, inférieure à 1,5 enfant par femme depuis 1992 et les effectifs des générations en âge de procréer ne sont pas très élevés en raison de l'histoire démographique de la Russie.
- D'autre part, la Russie connaît une forte surmortalité, le taux de mortalité le plus élevé de l'ensemble de l'Europe, double de celui de la France ou des Pays-Bas. Cette surmortalité concerne tous les âges de la vie, avec déjà un taux de mortalité infantile plus du double de celui de l'Europe occidentale ou de l'Europe septentrionale.
- Cette surmortalité  est encore plus marquée pour le sexe masculin, puisque son espérance de vie à la naissance est de seulement 59 ans (76 ans au Royaume-Uni, 77 ans en France) et celui des femmes  de 72 ans (81 ans au Royaume-Uni, 83 ans en France).
Il importe enfin de noter que la dépopulation de la Russie ne semble pas devoir s'enrayer si l’on considère les projections puisque même celles réalisées selon des hypothèse hautes annoncent un recul à 131 millions en 2040 et, selon les hypothèses basses, à 102 millions.

2. La population de la Russie

Même si la Russie reste membre permanent du conseil de Sécurité de l'ONU, comment sa chute démographique pourrait-elle lui permettre de redevenir un des deux "grands", alors que son poids démographique dans le monde diminue et que ce pays va en outre souffrir d'un manque accru de main-d'oeuvre, à tous les niveaux de compétence, l'obligeant à des accords internationaux  ?
Paru dans
Population et Avenir  n° 684 - septembre-octobre 2007
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Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.

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