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A propos de la crise de la Guadeloupe

(...) (site endommagé en 2013)
- et qui pourrait gagner d'autres parties de l'outre-mer français - ne peut être comprise sans que l'on prenne en compte quelques données fondamentales de l'économie de ces territoires. Une économie qui demeure très spécifique même si l'on écarte les vieux schémas aujourd'hui dépassés : bien qu'exigus et de forte densité (à l'exception de la Guyane qui a au contraire une densité très faible mais qui rencontre des problèmes analogues), ils ne sont pas surpeuplés et leur natalité est aujourd'hui faible (1).

Une économie sous perfusion
Leur revenu par tête est très au-dessus de celui des autres îles des Caraïbes, de l'Océan indien, ou du Pacifique. Cela grâce à une aide importante de la métropole qui emprunte les canaux les plus divers : salaire des fonctionnaires (nombreux et rémunérés 40 % de plus qu'en métropole, avantage initialement consenti aux métropolitains expatriés puis étendu aux locaux), RMI, équilibre des caisses de sécurité sociale, dotations aux collectivités locales - et de l'Europe qui subventionne les grands investissements. S'y ajoute l'attrait de la loi Pons pour les investissements privés défiscalisés, essentiellement immobiliers. Ces données fortes excluent, sauf vent de folie, toute idée d'indépendance. Sans ces aides, la balance des paiements serait gravement déséquilibrée. Elles représentent environ 20 % du PIB mais, si l'on ne prend pas en compte les services locaux qui fonctionnent comme partout en circuit fermé, le taux serait d'au moins 80 %. En Guadeloupe, les exportations ne couvrent que 7% des importations.
Cette situation que d'aucuns qualifient d'artificielle a plusieurs effets. Le premier est de tirer les salaires à la hausse par rapport aux pays indépendants de la zone ou aux pays du Tiers monde en général. Un tel différentiel se justifierait si l'économie antillaise, réunionnaise ou polynésienne était très hautement productive mais ce n'est pas le cas. Le second effet est qu'il est difficile de maintenir dans l'outre-mer français des activités économiques rentables en dehors de celles qui sont destinées au marché intérieur et sont donc à l'abri de la concurrence (commerce, services, construction, travaux publics), activités qui elles-mêmes s'effondreraient si la consommation n'était soutenue par les transferts de métropole. Les secteurs productifs susceptibles d'apporter des devises nettes : banane, sucre, rhum, sont en crise et menacés par la pression de l'OMC tendant à abolir les débouchés protégés dont ils disposaient en Europe. C'est sur ces critères que l'on a longtemps opposé l'économie protégée de la Réunion avec celle de l'ile Maurice laquelle, ne bénéficiant pas d’aide extérieure, a pu développer grâce à ses bas salaires, une industrie textile efficace (mais bien des petits Etats indépendants de la zone caraïbe, très pauvres, continuent de stagner : la Dominique a demandé une fois à devenir un DOM !). En tous les cas, rien de comparable au développement industriel de Maurice à espérer pour nos territoires. Reste le tourisme ; mais pour les mêmes raisons, le rapport qualité/prix y souffre de la comparaison avec certains pays voisins. La conséquence de tout cela est un taux de chômage élevé : 27 % de la population active en Guadeloupe (pour 8 % en métropole). Ces considérations expliquent la réticence du patronat local à accorder des augmentations de salaire, lesquelles, si elles n'étaient pas compensées par de nouveaux allègements de charges, aboutiraient à appauvrir encore le tissu économique local et donc à aggraver le chômage.

Un vrai problème de pouvoir d'achat
Malgré des salaires très au-dessus de leur environnement, les départements français ne rencontrent pas moins un réel problème de pouvoir d'achat. D'abord parce que, si les fonctionnaires perçoivent sensiblement plus qu'en métropole, les salariés du secteur privé sont au contraire moins bien rémunérés : 1000 € de moins pour le salaire médian. Inutile de les comparer aux habitants des pays indépendants qui les entourent : les ultramarins français ont un mode de vie très différent du leur : les crédits à la consommation, les loyers élevés rendent, comme en métropole, les budgets familiaux inélastiques à la baisse. Surtout le coût de la vie est très au-dessus de celui de la métropole, la différence variant d’un territoire à l’autre autour de 50 %.

A cette cherté de la vie, deux raisons. L’une est légitime : l’isolement rend pour beaucoup de produits, le coût d’approvisionnement élevé. L’autre ne l’est pas : l’économie de ces îles est encombrée de monopoles à l’importation extrêmement lucratifs qui, tout en tirant le coût de la vie à la hausse découragent la production locale. L’eau minérale importée d’Europe est, à la Réunion, moins chère que celle qui provient de sources locales ! Ces monopoles concernent notamment les transports aériens où les compagnies low-cost n’ont guère accès, l’énergie – où l’électricité et les hydrocarbures sont hors de prix. Ils peuvent porter des noms connus : Air France, EDF, Total, mais sont aussi le fait de grossistes appartenant le plus souvent à la minorité blanche et influents dans les allées du pouvoir métropolitain. A leur manière certains syndicats, comme celui des dockers font partie de ces monopoles abusifs. Les énergies douces (éoliennes, solaire) qui pourraient trouver dans l’outre-mer un terrain de prédilection ne sont guère encouragées.
Il est difficile de dire jusqu’à quel point ces monopoles sont liés à des pouvoirs locaux de plus en plus autonomes et proliférants. De manière absurde, les quatre départements d’outre-mer ont aussi le statut de région, disposant chacun de deux assemblées élues concurrentes (2) : un conseil régional et un conseil général dont les fonctionnaires, nombreux, s’ajoutent à ceux de l’Etat et des communes. La légèreté avec laquelle sont prises certaines décisions concernant l’outre-mer est inconcevable : l’an dernier, un poste de député et un poste de sénateur ont été attribués à l’île de Saint Barthélémy
(8 500 habitants en majorité blancs) alors que la Guadeloupe voisine, en majorité noire, n’a que quatre députés et trois sénateurs pour 450 000 habitants – heureusement le Conseil d’Etat a atténué cette anomalie.

La décentralisation n’en a pas moins eu dans ces territoires les mêmes effets pervers qu’en métropole : émergence de féodalités locales, inflation des dépenses publiques, corruption, rétrécissement des horizons. Dans cette ambiance confinée, les entrepreneurs venus d’ailleurs trouvent difficilement des oreilles attentives quand la société locale ne conjugue pas ses efforts pour leur miner le terrain.

Les problèmes français exacerbés
En résumé, l’outre-mer connaît de manière exacerbée les problèmes qui sont aujourd’hui ceux de la France : la perte de compétitivité du fait d’une monnaie (l’euro, sauf dans le Pacifique) au cours trop élevé, inadaptée à leur niveau de productivité, la multiplication des féodalités publiques, l’hypertrophie de la fonction publique d’Etat et locale et en conséquence un taux de chômage élevé, que les aides sociales contribuent à entretenir tout en en atténuant les effets. S’ajoutent à cela les effets proprement spécifiques de l’isolement et des monopoles.


Il se peut que ces problèmes se soient trouvés exacerbés en Guadeloupe, longtemps tenue pour le parent pauvre des Antilles et où le taux de chômage est plus le plus élevé. De manière significative ; la présence militaire de l’Etat y est plus faible (non que ces militaires aient une quelconque responsabilité en matière de maintien de l’ordre mais nos forces armées mises à contribution après le passage des cyclones ou autres catastrophe naturelles, constituent un lien avec la métropole). La Martinique, qui dispose d’une élite significative, largement métissée, revendicative, particulièrement sensible à la mémoire coloniale mais cultivée, semble à ce jour plus stable. La Guyane, moins peuplée et adossée à une immense forêt vierge, redynamisée par le centre spatial de Kourou connaît des problèmes spécifiques comme une immigration clandestine incontrôlée (que l’on retrouve à Mayotte). La Réunion, la plus peuplée des régions d’outre-mer est aujourd’hui plus dynamique ; la diversité d’origine de sa population (au sein de laquelle des communautés asiatiques actives) en fait une société bigarrée aux explosions intermittentes mais sans lendemain. L’économie de la Nouvelle Calédonie a été revivifiée récemment par le boom du nickel, facteur parmi d’autres d’un certain apaisement politique. Quoique la Polynésie soit la moins peuplée de ces territoires, elle est seule entièrement peuplée d’autochtones. Liée au reste de la nation, comme la Nouvelle Calédonie, par un lien fédéral, ce pays d’outre-mer (POM) a une vie politique toujours chaotique. La fermeture du centre d’essais du Pacifique a clos les polémiques relatives aux essais nucléaires mais laissé un trou dans l’économie locale qu’aucun grand projet n’est venu combler. Au rebours de l’opinion commune, on devrait la considérer comme l’enjeu le plus important : grâce à elle, la France dispose de la première zone économique maritime du monde, à égalité avec les Etats-Unis.

Une dimension essentielle de la France
Malgré le caractère que l’on peut juger artificiel de l’ économie de ces territoires, ils contribuent à faire de la France une puissance universelle par sa présence sur tous les océans du globe et par sa diversité ethnique ; ils sont le lieu d’une civilisation originale, appelée créole dans les Antilles et à la Réunion, dont témoigne une école littéraire pleine de vitalité, où les Martiniquais se distinguent. Ils représentent au total 2,5 millions d’habitants soit près de 4 % de la population française.

Les problèmes de l’outre-mer furent longtemps gérés, sinon réglés, par le biais de réseaux politiques suivis de près par les grands leaders nationaux. Après De Gaulle et Pompidou, MM. Giscard, Mitterrand, Chirac disposèrent de tels réseaux. A présent que la politique nationale n’a plus d’autre partenaire que les médias, au temps de la politique "bling bling", l’outre-mer n’intéresse plus guère. M. Sarkozy pâtit gravement de la disparition de ces réseaux dont sa légèreté est largement responsable.
Il est évidemment beaucoup plus difficile d’être préfet de la Guadeloupe que de la région Champagne-Ardennes. Si ce dernier est mauvais, personne ne s’en apercevra, tandis qu’un mauvais préfet de la Guadeloupe peut mettre l’île à feu et à sang. Or longtemps les ministères ont nommé dans l’outre-mer des fonctionnaires en début de carrière, inexpérimentés, une tendance en voie de correction, semble-t-il. Le désintérêt croissant de la classe dirigeante française pour son outre-mer n’est pas la moindre cause du malaise qui s’y exprime aujourd’hui. La mondialisation où se délectent les élites parisiennes nourrit en fait leur égocentrisme et leur ignorance de ce qui constitue pourtant un facteur essentiel de dimension mondiale de la France.

On peut craindre que les remèdes apportés à la crise : un peu plus d’avantages sociaux, un peu plus d’autonomie des collectivités locales, terreau de féodalités dispendieuses, ne contribue à terme, comme ce fut presque toujours le cas dans le passé, à aggraver les maux de l’outre-mer. Un vrai retour de l’Etat par la nomination de représentants de haut niveau et un démantèlement énergique des monopoles abusifs serait plus approprié.

(1) A l’exception de Mayotte
(2) Cela résulte d’une décision du Conseil constitutionnel de 1983 qui a considéré de manière absurde que les deux échelons, départemental et régional, étaient un droit pour toute partie du territoire français.

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Turquie : Les kémalistes face à leurs contradictions

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l'opposition de gauche au gouvernement de Tayip Erdogan et son principal porte étendard le Parti Républicain du Peuple, apparaissent  à la traîne. Malgré une campagne vigoureuse sur les thèmes de l'unité nationale mis à mal par le processus d'adhésion à l'UE et de la laïcité menacée par les islamistes, le Parti crée par Atatürk en son temps, n'arrive pas à se défaire de son image élitiste pour mordre sur l'électorat populaire. En outre cette vieille gauche républicaine voit aujourd'hui ses dogmes nationalistes et laïques remis en cause en son sein même par l'émergence d'une nouvelle gauche qui considère paradoxalement à l'instar des islamistes de l'AKP, l'héritage kémaliste comme l'un des principaux obstacles à l'adhésion à l'UE et à toute modernisation de la société.
"Le nationalisme est le ciment de la société turque, il en constitue la valeur fondamentale qui fait de nous ce que nous sommes. Que personne n'ait rien à craindre du nationalisme. Que personne n'en fasse non plus un objet d'accusation" (1). C'est par ces mots que peu après l'assassinat à Istanbul du journaliste arménien Hrant Dink en janvier 2007, Deniz Baykal, chef de file du Parti Républicain du Peuple (CHP) répondait aux attaques de ceux qui l'accusaient d'avoir engendré un climat propice à ce genre de crime en jouant sur le ressentiment antieuropéenn. Cependant, loin d'être uniquement un postulat lié à la conjoncture internationale, la ligne nationaliste défendue par le CHP face aux abandons de souveraineté à l'UE et à la politique américaine au Kurdistan irakien est une orientation consubstantielle au kémalisme.

Une gauche nationaliste et élitiste
Dans l'empire ottoman, où cohabitaient dans le système dit des "Milliyet" (nationalités) dix-huit communautés nationales différentes, le nationalisme au sens moderne du terme n'existait pas. La grande rupture opérée par Mustapha Kemal avec la création de la République en 1923 est d'avoir extrait des entrailles sanglantes de l'empire défunt, un Etat-nation compact et homogène dans lequel un lien national sécularisé se substitue aux liens religieux et théocratiques. En d'autres termes, en Turquie, c'est l'Etat qui crée la nation et non l'inverse. Incontestablement, la turcité de l'Anatolie au lendemain de la guerre d'indépendance est en grande partie artificielle, en dépit de l'expulsion des populations chrétiennes, le lien qui unit les différentes composantes anatoliennes demeure en premier lieu l'Islam. Aussi, le kémalisme va s'employer pour légitimer la présence turque en Anatolie à créer un imaginaire national puissant, débarrassé des scories cosmopolites de l'empire ottoman. Le nationalisme devient le catalyseur de l'homme nouveau appelé par Atatürk, personnification du progrès, des principes rationnels et positivistes de la République.
Le nationalisme est avec l'Etat, la Révolution, la Laïcité, la Démocratie, la République, l'un des six principes fondateurs du kémalisme. Ces principes aussi désignés sous le terme des "six flèches"
(alti ock), définissent le nationalisme de la manière suivante : "Le nationalisme turc a pour objectif primordial de préserver les fondements propres du pays ainsi que son indépendance et de permettre d'avancer en harmonie sur la voie du progrès et du développement avec les autres nations contemporaines" (2).
Après l'instauration du multipartisme en 1950, le CHP perd sa place prépondérante dans le paysage politique turc au profit de la droite conservatrice qui sans remettre en cause la laïcité n'hésite pas à jouer sur des thématiques religieuses. En dépit, d'un programme à l'accent social-démocrate prononcé, force est de constater que la gauche turque à l'exception de personnalités comme Bülent Edcevit qui avait su adopter une ligne populiste, n'a jamais pu élargir son socle électoral en direction des franges les plus modestes de la population, réservoir de voix traditionnelle des partis conservateurs et religieux. Le Parti Républicain du Peuple n'arrive pas à se défaire de l'image d'un parti élitiste dont les assises sont à chercher au sein des classes moyennes et supérieures des grandes villes. Aux élections municipales de 2004, ce sont les quartiers les plus aisés d'Ankara et d'Istanbul qui ont donné leur suffrage à hauteur de 70% au CHP. A l'inverse et dans les mêmes proportions, les quartiers les plus populaires faisaient un triomphe aux islamistes de l'AKP…
Cet élitisme couplé à l'idée d'une démocratie autoritaire pour le peuple, mais malgré celui-ci, imprègne encore fortement l'appareil d'Etat. Il est à cet égard nettement perceptible dans le dernier discours du  Président de la République Ahmet Sezer, à l'Académie militaire d'Ankara en avril 2007, qui définissait la matrice républicaine comme une "idéologie d'Etat avec laquelle tous les citoyens doivent dégrossir… et que tous les citoyens doivent soutenir" (3). De son coté, le Président du CHP, sans aller jusqu'à demander l'abandon de la candidature à l'UE, qualifiait dans une interview à CNN Turquie, la politique européenne d'Ankara "d'espoir vide, d'illusion" et accusait Bruxelles par ses réformes continuelles d'attaquer l'essence même de l'Etat républicain en démantelant la laïcité et en favorisant les revendications des minorités (4).


Des remises en question
En réaction à cette crispation de l'appareil d'Etat et du CHP, se développe de manière spontanée en marge de la gauche turque depuis quelques années, un mouvement de remise en cause, accusant les vieilles élites kémalistes de prôner le statu-quo en bloquant toutes évolutions qui remettraient en cause leur place dans l'Etat et les rentes qu'elles en retirent (5).
Cette deuxième gauche voit dans l'héritage républicain le principal obstacle à tout changement de la société turque sur des "normes européennes" et au passage à "l'Etat post-national". De progressiste le kémalisme s'est mué selon-elle, en un archaïsme autoritaire qui emprisonne l'individu. La laïcité y est même perçue comme un obstacle à la démocratie. Celle-ci serait devenue de fait une quasi-religion d'Etat, violant la conscience au lieu  d'en garantir la liberté. Comme l'affirme l'une des figures de proue de ce mouvement, Baskin Oran : "Ils considèrent la laïcité comme une religion. Ne voyez-vous pas le parallélisme entre les propos de Mustapha Kemal et les paroles de Mahomet, le Mausolée et la Kaba, le discours (le Nutuk de Kemal) et le Coran ? Les paroles de Mahomet sont divisées en deux groupes : les authentiques et les apocryphes. Les propos de Mustapha Kemal font également l'objet d'une telle distinction… Peut-on gouverner un pays de cette manière ? " (6).
Le nationalisme est pour sa part assimilé à une quasi forme de fascisme. Ainsi, depuis l'assassinat de Hrant Dink, certains organes de presses et éditorialistes d'orientation libérale se font régulièrement l'écho des similitudes existantes entre la Turquie kémaliste des années vingt, trente et certains régimes autoritaires européens de la même époque (7). De telles attaques servent directement l'AKP et permettent à Tayip Erdogan de pratiquer la reductio ad hitlerum en dessinant des parallèles provocateurs avec l'Etat turc, affirmant entre autre à l'occasion d'une réunion des parlementaires de son parti que "l'Allemagne de Hitler était aussi laïque" (8).
De cette manière, toute une frange des élites de la gauche libérale sans pour autant se rallier formellement à l'AKP, se désolidarise du Parti Républicain du Peuple accusé de verser dans  l'immobilisme et le repli sur soi. Ce phénomène se traduit par l'explosion du nombre des candidats indépendants, en particulier dans les grandes villes. D'autre part, sur la scène internationale le Parti Républicain du Peuple doit faire face à une campagne de dénigrement, puisque circule actuellement dans les rangs de l'Internationale Socialiste, une pétition pour l'en exclure sous  prétexte de "dérive nationaliste" (9)

L'Anatolie mosaïque ?

C'est dans cette remise en cause de l'Etat-nation que se rejoignent cette nouvelle gauche et les islamistes de l'AKP. Pour les uns, il est une cause d'exclusion puisqu'il ne reconnaît que l'identité turque au détriment des autres composantes du creuset anatolien (les Kurdes par exemple), pour les autres il est à l'origine de la division de la communauté des croyants (Umma) dans l'Islam.
L'on assiste avec ce rejet de l'héritage jacobin et uniformisateur d'Atatürk à l'émergence d'une gauche communautariste, différencialiste et personnaliste. Ce courant très influencé par l'anatolisme, mouvement de pensée original dont les racines remontent au début du siècle avec des auteurs comme Halikarnas Balikçsi, s'exprime aujourd'hui dans des revues comme Türkiye Günlügü (10).
Héritiers de toutes les civilisations les ayant précédées en Anatolie, les Turcs formeraient une nation aux racines avant tout méditerranéennes où les différentes vagues de conquérants, des Hittites aux Mongols, en passant par les Turcs Seldjoukides d'Alp Arslan auraient fini par se fondre dans un tout commun. La société doit se construire à partir de l'individu dans le respect de son identité et de ses droits. L'Islam en serait le socle de valeurs commun sur lequel les diverses cultures anatoliennes pourraient coexister harmonieusement. Cette idée généreuse d'une République anatolienne multiculturelle, construite sur une revivification d'un "islam humaniste", et affranchie de la tutelle autoritaire de l'Etat-nation jacobin, peut s'apparenter en réalité ni plus ni moins au retour aux systèmes des nationalités de l'empire ottoman. Mais, affaiblir le lien national au profit d'un lien religieux, n'est-ce pas non seulement porter atteinte à l'unité de l'Etat, mais aussi attenter directement à la laïcité ?
Structurellement incapable d'arriver seule au pouvoir, dépouillée du flambeau de la modernité au profit des islamistes avec la bénédiction des européens et des Américains fascinés par l'idée d'une démocratie musulmane vitrine de l'occident, contestée en son sein par des intellectuels désireux de passer au stade post-national, la gauche turque voit lentement mais sûrement sa marge de manoeuvre se rétrécir dans le spectre politique.

1) Radikal, 31 janvier 2007, "Baykal :Milliyetcilik toplumun çimentosu", (Baykal : le nationalisme est le ciment de notre société).
2) Sami Özerdem, Atatürkçülügün el kitabi, (Le manuel du kémalisme), Ankara, p.122.
3)Turkish Daily News, 9 juin 2007 Mustapha Aykol, "Uncivil society under a jealous god", (Société incivile sous Dieu jaloux).
4) Milliyet, 23 juin 2007, "Baykal:AB samini olsun", (Que l'UE soit honnête).
5) Turkish Daily News, 17 avril 2007, Mustapha Akyol, "The poverty of Marxism-Sezerism", (La pauvreté du Marxisme-Sezerisme).
6) Radikal, 4 juin 2007, Nese Düzel, Baskin Oran, "Kemal gelse, bu kemalistleri sopayla kovalar" (Kémal se serait défait de tous ces kémalistes).
7) Turkish Daily News, 24 janvier 2007, Mustapha Aykol, "Meet the monster:Turkish fascism" (A la rencontre du monstre : le  fascisme turc).
8) Milliyet, 28 mars 2007, "Bu sözler tartislir" (Des paroles polémiques).
9) www.sp-ps.ch/fileadmin/downloads/Diverses/international/070630_soz-int_bericht-sommaruga.pdf, Rapport du conseil de l'internationale socialiste des 29-30 juin 2007 à
     Genève : "L'intervention du président turc a été délirante. Par une approche nationaliste et militariste, alignée sur les positions de Bush sur la guerre contre le terrorisme et
     d'attaque verbale contre l'Irak, le CHP a montré qu'il est bien le parti des militaires en Turquie et surtout qu'il n'a plus rien à faire au sein de l'IS".

10) www.turkiyegunlugu.org

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Religion et politique à Madagascar

(...) (site endommagé en 2013)
la République de Madagascar, Marc Ravalomanana reçoit aujourd'hui l'investiture. Lorsqu'en décembre 2001, il s'était présenté pour la première fois devant les électeurs contre Didier Ratsiraka, il avait été fortement soutenu par les autorités chrétiennes du pays. Le Conseil des Eglises chrétiennes, où siègent ensemble l'archevêque de Antananarivo et les présidents des Eglises protestantes, réformée, luthérienne et anglicane, n'avaient pas ménagé sa peine pour orchestrer une campagne présidentielle, dans un genre finalement pas très éloigné des pratiques américaines - où il n'est pas rare de commencer une réunion politique par la prière ou l'invocation du nom de Dieu, ni non plus de voir et d'entendre évêques et pasteurs en habits ecclésiastiques exhorter les électeurs de la même façon qu'ils leurs prêchent, dans les églises, les homélies sur l'Evangile.

Chrétiens d'Europe latine, nous sommes souvent étonnés de cette proximité (voire confusion) du religieux et du politique. Alors qu'il est évident et nécessaire que les croyants sont citoyens et les Eglises doivent s'engager dans un rôle de vigilance éthique et sociale, la théologie protestante, (pour se limiter aux Eglises de la Réforme, qu'elles s'inspirent de Luther ou de Calvin), a clairement séparé les deux règnes, chacun, le spirituel et le temporel relevant, mais distinctement, du même règne de Dieu, dont ils sont les expressions à fonctions différentes.
Une distance s'impose aux Eglises si elles veulent rester crédibles quant à leur fonction, précisément, de vigilance spirituelle et morale. Aider au discernement et à la réflexion des fidèles, seuls responsables de leur choix politique, refuser l'intolérance, la tyrannie et les compromissions avec ce qui ne manifesterait pas la dignité de l'homme ou le respect de la création, affirmer la liberté de professer sa religion voire de lui consentir un rôle social, et même d'éducation à la citoyenneté, tout cela est bien du ressort des Eglises. Mais orienter le vote, plus encore soutenir un candidat, nous paraît peu conforme à l'exigence évangélique qui est aussi une liberté de parole pour les Eglises. Envisagerait-on, en France, que le Conseil des Eglises chrétiennes indique lequel des candidats à l'élection présidentielle s'imposerait seul au vote des chrétiens ?

En 2006, Marc Ravalomanana n'était pas fermement soutenu par les communautés religieuses, malgré qu'il soit vice-président de l'Eglise réformée, qu'il ait même participé au culte de la nouvelle secte fondée par Daoud, et qu'il ait réparti les présidences du Sénat et de l'Assemblée nationale et le poste de Premier Ministre avec un subtil dosage confessionnel (le Premier Ministre est catholique, le président du Sénat réformé et le président de l'Assemblée luthérien). Avec l'aide des Eglises, en 2002, le président avait difficilement obtenu 50 % des scrutins et l'élection fut contestée. Aujourd'hui, avec un appui plus discret, moins unanime et même non déclaré, puisque le Conseil des Eglises a rappelé qu'il n'avait "pas de candidat et ne soutenait personne", Ravalomanana a remporté l'élection au premier tour avec 54,8 % des voix.
Ni lui, ni les Eglises, n'ont intérêt à trop de connivences. Un rapport plus sain, plus distant, et, du coup, moins mondain, s'instaurerait donc heureusement à Madagascar. Il est alors temps pour les chrétiens malgaches, plutôt que de faire front commun dans une démarche politique, de travailler à un oecuménisme de terrain, de se rapprocher et de se réconcilier entre eux, pour être premièrement et visiblement une fraternité religieuse dont l'Evangile est la seule règle.

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L'Eglise, pédagogue de la démocratie à Madagascar

(...) (sit endommagé en 2013)
aucune nouvelle aujourd'hui ! La presse internationale, et elle l'était déjà dès le début de la crise en janvier, est à court d'analyse, et commence visiblement à se lasser. S'il est vrai que les derniers évènements ont été mineurs au regard des violences passées (le fait, par exemple, sans conséquence et donc sans intérêt, que des partisans d'Andry Rajoelina aient manifesté, assis et silencieux, devant un ministère, durant 5 heures hier mercredi (19 février), ils sont précisément révélateurs de la grande confusion dans laquelle s'enlise maintenant le pays. Rumeurs et démentis circulent au sein du peuple malgache qui ne comprend pas toujours vers quoi tout cela le mène.
Le Président Marc Ravalomanana et son opposant Andry Rajoelina sont l'un et l'autre fragilisés, non pas tant par les destitutions qu'ils se sont déclarés mutuellement, ni par l'inquiétude perplexe des observateurs internationaux, corps diplomatique, Union africaine, Union européenne..., mais parce que la situation critique dont ils sont l'un et l'autre responsables a mis sur le devant de la scène leur force de caractère et leur détermination, mais aussi les limites des espoirs dont ils se faisaient et se font encore les champions adverses.
Leurs partisans se complaisent dans la dénonciation redondante des origines de leur fortune, des liens de leurs affaires avec celles de l'Etat ou de la Ville, de leurs modes de fonctionnement, et de tout un inventaire de dérives, d'erreurs et d'insultes au peuple malgache.
Répéter ces tares supposées ou réelles ne fait guère avancer les choses ! Le bras de fer est engagé au risque de la guerre civile, parce que chaque clan, sous couvert d'envisager des négociations, se conforte dans l'assurance de son influence et de son droit. Ce duel persistant débouchera sur une impasse de résignation, ou sur la victoire radicale, mais sûrement éphémère, de l'un des deux.

A l'heure actuelle, l'attentisme de l'Armée est éloquent, même s'il est question d'un groupe de cinq hauts gradés qui auraient la velléité d'arbitrer la crise : ils se font désirer, sans doute...
En porte-à-faux est l'attitude du Conseil des Eglises chrétiennes de Madagascar. On lui attribue une déclaration qui demande le départ du Président. L'Eglise protestante FJKM, dont Ravalomanana est le vice-président, ne veut évidemment pas être solidaire de cette déclaration partisane et décevante. De toutes façons, et quasiment sans surprise, elle a été démentie dès les heures suivantes de la nuit.
Nous avons confiance que, pour sortir de cette confusion et de la tragi-comédie où les acteurs du dénouement sont absents de leurs rôles-titres, le Conseil oecuménique de Madagascar, au vu du crédit qui lui reste encore, doit être le médiateur courageux et immédiat. Les chrétiens ont cette vocation, en contexte malgache, et ce temps favorable, d'être, sans concession, les pédagogues de la démocratie.

Chronique protestante sur Radio Notre-Dame

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L'Eglise, arbitre à Madagascar

(...) (site endommagé en 2013)
depuis le 24 janvier, émaillée d'épisodes tragiques dont le peuple est la première victime, ne se résume pas au conflit qui oppose deux hommes pour le pouvoir.
Marc Ravalomanana, président de la République, élu légitimement quoique avec difficulté, et son adversaire, qui prétend le destituer par la rue, le jeune maire de la capitale Antananarivo, Andry Rajoelina, ont beaucoup en commun. Ils sont l'un et l'autre ambitieux en affaires et en politique, et, jusqu'ici, les unes et l'autre leur ont réussi.
A l'échelle de leur pays, ils sont à la tête de véritables empires industriels et ils assoient leur popularité autant sur leurs actions politiques et sociales dans leurs responsabilités, l'Etat ou la Ville, que sur le rayonnement de leurs affaires, l'agro-alimentaire pour le Président, l'impression numérique et la publicité pour le Maire. Ils ont aussi derrière eux des intérêts à dimension internationale : Marc Ravalomanana trouve ses partenaires économiques aux Etats-Unis ou en Corée, tandis qu'Andry Rajoelina entretient des liens serrés avec la France et, dit-on, avec la famille du président Ratsiraka en exil en France.

Ce que l'ambassadeur des Etats-Unis à Madagascar a publiquement pointé du doigt le 6 février dernier, à savoir qu' "il ne faut pas mélanger affaires privées et affaires d'Etat", s'applique aux deux rivaux, sauf que le phénomène est peut-être plus flagrant en pratique chez le Président lorsque, par exemple, il fait établir une loi pour exonérer certains produits de sa firme Tiko, de TVA et taxes à l'importation.
Le malaise des Malgaches ne dépend pas seulement de ce bras de fer et des évènements  violents et parfois meurtriers de ces derniers jours. La tentative des partisans de Rajoelina d'installer des ministres de transition dans les bâtiments officiels, hier lundi, s'est soldée par des échauffourées dérisoires et pitoyables au regard du drame profond que vit Madagascar.
Les 5 et 6 février, l'Eglise catholique, puis le 11 février, le Conseil des Eglises chrétiennes de Madagascar, sont intervenus en médiateurs pour tenter de réconcilier les deux camps. Dans la grande île, les Eglises ont joué un rôle important et ambigu lors des deux dernières élections présidentielles, la première surtout, celle précisément qui a porté Ravalomanana au pouvoir. Lui-même est vice-président de l'Eglise protestante FJKM et certains postes clefs de l'Etat sont répartis en fonction d'appartenances religieuses.
Le Conseil oecuménique pourra-t-il aider au dialogue, sans devenir un arbitre de plus ? Saura-t-il, comme il semble en avoir la volonté, ne plus être un acteur politicien de la politique ? Sa médiation serait vouée à l'échec si elle se contentait de chercher une trêve ou l'acceptation des concessions. De notre point de vue, la responsabilité du Conseil des Eglises chrétiennes est de parvenir à faire avancer Madagascar en maturité démocratique et laïque, et, pour ses dirigeants, apprendre le renoncement à la gloire personnelle et le service du peuple. Les autorités chrétiennes peuvent contribuer non seulement à la résolution de la crise, mais bien plus encore à l'émergence du bonheur auquel a droit le peuple malgache. C'est ici une responsabilité considérable, nous la croyons fondée sur l'Evangile.
Chronique protestante sur Radio Notre-Dame

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L'annonce a été confirmée : le Pape Benoit XVI se rendra en visite officielle à Jérusalem en mai prochain. Outre les enjeux que revêtirait immanquablement cette visite en toute autre période, le voyage du Pape permettra d'éradiquer le soupçon d'antisémitisme qui s'installait de nouveau avec l'affaire Williamson. Une occasion très forte est ainsi donnée de manifester au monde la définitive et universelle amitié judéo-chrétienne.
Par les temps qui courent, l'Eglise catholique peut s'estimer à bon droit victime de la méfiance et de commentaires désabusés, comme ceux qui ont tôt fait d'amalgamer le discours négationniste du seul Williamson avec la pensée et les actes officiels du Vatican. Il a suffit de la malencontreuse simultanéité d'un acte longuement préparé, la levée d'excommunication des quatre évêques lefebvristes, et la diffusion des déclarations négationnistes de l'un d'entre eux, pour qu'émerge un jugement sans appel à l'encontre du catholicisme : rétrograde, autoritaire, antisémite, etc.
Souvent, en contre-partie, le cumul de reproches bénéficie à la réputation du monde protestant, au demeurant aussi mal connu, peut-être davantage, par ceux qui n'en sont pas, que le monde catholique. Nos contemporains en France ont une perception favorable des Protestants : martyrs des guerres de religion, combattants de la laïcité, protecteurs des Juifs pendant l'Occupation, libres en leur conscience et en leurs gestes, discrets, austères, tolérants, et ainsi de suite... Cette réputation nous va bien et n'est pas sans fondement ! Cependant, malmener le catholicisme nuit à tous les chrétiens.

L'opinion publique majoritaire et instable suit, en réalité, la mise en spectacle du fait religieux. Quand les médias relaient les JMJ à l'époque de Jean-Paul II, et les rassemblements de Taizé, ou lorsque les intellectuels français sont conquis par l'éblouissante prestation de Benoît XVI au Collège des Bernardins, les chrétiens ont bonne presse. Les reportages (trop rares) sur leurs engagements dans le travail social ou diaconal auprès des populations défavorisées, en Inde, en Egypte, à Madagascar, en Palestine... augmentent le capital de sympathie à l'égard des croyants.
Survient l'épisode de la levée d'excommunication, tout cela n'est plus d'actualité, et le catholicisme redevient l'objet de la vindicte générale – ou peu s'en faut ! Pour renchérir, les journalistes insistent alors sur le désarroi des catholiques eux-mêmes.
C'est pourquoi nous attendons les bons fruits qu'apportera la visite pontificale en Terre sainte. Quand Benoît XVI était allé en Turquie et qu'il s'était recueilli dans la Grande Mosquée bleue d'Istanbul, il a contraint le monde – et pas seulement les musulmans – a reconnaître la vérité de ses intentions de dialogue, son immense respect de l'Islam et la position authentique de l'Eglise, alors que son discours à l'Université de Ratisbonne avait été précipitamment interprété et déformé, posé en prétexte à l'ultime charge anticatholique des temps modernes.
L'intermittence médiatique est déplorable, certes. Tantôt un vieux fonds de sympathie et d'égards, voire d'admiration et de fascination envers le christianisme, tantôt le tout aussi archaïque fonds de militance anti-ecclésiale, saisissant toutes les occasions pour dénoncer l'anomalie d'un christianisme persistant dans ses erreurs et ses tromperies. L'alternance nous devient coutumière !
La prochaine fois que la chrétienté fera la Une sera donc un grand moment historique : en mai, à Jérusalem, Benoît XVI, reçu par Shimon Peres, exprimera la dignité de la conscience religieuse. La seule annonce de l'évènement fait reculer les miasmes nauséabonds de l'évêque dénué d'inspiration. Le témoignage des chrétiens n'est pas dans les paroles de Williamson, ni dans l'analyse des médias : en Terre sainte, Benoît XVI sera plus grand qu'eux.

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Benoit XVI, un Pape en vérité

Il y a parfois, dans les Eglises, des personnes qui commentent les décisions du Pape, ses intentions et ses buts inavoués. Dans certains salons parisiens, elles parlent à voix basse et à demi-mots, sur le ton assuré de ceux qui en savent plus que les autres et, pour un peu, nous feraient croire qu'elles étaient là, invisibles mais toutes ouïes, à observer dans l'ombre les conciliabules du Pape avec ses conseillers secrets.
Il se chuchote donc, dans les milieux, comme disait Coluche, "où l'on s'autorise à penser", que Benoit XVI connaissait les déclarations négationnistes de l'évêque Williamson. Il aurait délibérément associé la levée d'excommunication des quatre évêques lefebvristes à l'image particulièrement mauvaise et honteuse que renvoie, de ce fait, le monde intégriste. Et ceci pour compromettre les fruits de la dite levée d'excommunication.
L'interview aux inacceptables propos sur la Shoah date du 1er novembre ; elle a été rendue publique le 19 janvier dans un grand journal allemand, soit deux jours avant l'acte pontifical. Il aurait été trop tard pour revenir en arrière. Mais voici la vraie raison murmurée par les gens bien informés : on a judicieusement fait en sorte que les évènements soient conjoints, décisions romaines et interview de Williamson !
Puisque le Pape n'aurait pas désiré aller au delà de la levée d'excommunication, le négationnisme de l'un des quatre bénéficiaires sert la cause de l'Eglise. Car celle-ci, dans le fond, ne souhaitait pas le retour de ces catholiques marginaux. Le scandale public est une aubaine pour indiquer les limites de l'accueil : Rome a fait un pas charitable et paternel, les intégristes en sont indignes, tenons-nous en là ! On a montré de la bonne volonté, mais, par leur faute, les lefebvristes ne pourront pas obtenir davantage de place dans l'Eglise...
Sur l'air entendu de ceux qui révèlent de tels calculs et l'esprit retors du Vatican, les commentateurs gloussent de satisfaction.
Peut-on croire un seul instant que Benoît XVI et ses collaborateurs aient orchestré pareils confusion et troubles des croyants en vue d'une conclusion aussi subtile ?
S'il est probable que Williamson empêche, de fait, les catholiques dissidents de retrouver la pleine communion avec Rome, ceux-ci auront à discerner dans leurs rangs les responsables de la division, et s'ils veulent être chrétiens avec le Pape, à quelles exigences de vérité ils s'exposent.
Le Pape Benoit XVI est sincère en ne déviant pas de sa volonté de réconcilier tous les chrétiens, à commencer par les catholiques entre eux. La levée d'excommunication était préparée déjà sous le pontificat de Jean-Paul II. Une occasion très forte lui est aussi donnée de montrer au monde entier la désormais définitive et universelle amitié judéo-chrétienne, lorsqu'il se rendra prochainement à Jérusalem.

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La France dans l'OTAN : le choix de la facilité

Il faut en donner acte aux avocats du retour dans l'OTAN, il est probable qu'on ne s'apercevra pas de grand chose quand il sera effectif le 3 avril. La force de dissuasion n'est pas concernée ; notre droit souverain d'engager ou non nos forces restera intact ; notre participation à des opérations intégrées ne sera pas nouvelle ; l'intégration n'est plus ce qu'elle était au temps où elle imposait d'occuper un créneau dans un dispositif rigide tourné vers l'Est.

Est-ce assez pour affirmer que rien ne change tout en ajoutant dans le même souffle que tout change pour le mieux puisque l'influence française grandira, que notre défense sera mieux adaptée aux menaces du jour, que la voie sera dégagée à la défense européenne ? Est-ce assez, surtout , pour conclure que défaire ce qu'a fait de Gaulle est le bon moyen de lui être fidèle ?
L'affaire mérite mieux que ces propos lénifiants et vaut la peine qu'on tâche de voir un peu plus loin que le bout de son nez.

1) Le retour dans l'OTAN change en profondeur notre rapport à l'Amérique. Nous restons libres d'engager nos forces mais jusqu'ici le non-engagement était la règle, l'engagement l'exception ; désormais, ce sera le contraire : pour rester à l'écart, il faudra déroger à la règle et décevoir l'attente. L'abstention manifestait un désaccord ; le refus exprès de solidarité passera pour une dissidence sinon pour une trahison. Ce qui est aujourd'hui une péripétie ouvrira demain une crise. Dès lors, de deux choses l'une : ou bien on fait le pari d'un avenir sans désaccord aucun avec les Etats-Unis et c'est un pari perdu d'avance ; ou bien, et c'est le plus probable, on a résolu, sans le dire, de toujours se ranger en dernière analyse au point de vue américain.

2) La France ratifie la métamorphose de l'OTAN. L'OTAN est méconnaissable et n'a plus beaucoup de rapport avec son traité fondateur. Elle n'a plus d'ennemis à sa porte ni à sa mesure ; alors elle s'en invente et, pour leur donner la chasse, elle va les chercher à des milliers de kilomètres. Elle est née défensive mais sur le tard elle se fait interventionniste pour ne pas dire agressive. Elle était protectrice, elle est devenue aventureuse et guerrière. Elle a gagné la guerre froide sans tirer un coup de feu mais aujourd'hui, il n'y a que par la force des armes qu'elle veut résoudre les crises .
Cette dérive est ancienne et la France y a souscrit peu à peu, en détail et à regret ; la nouveauté, c'est qu'avec le retour dans l'intégration, elle y adhère d'un coup, en bloc et sans réserve ni retour. Parce qu'elle aura quelques généraux dans les états-majors intégrés, elle se flatte d'infléchir la doctrine et l'action de l'OTAN ; quand on sait ce que représente SHAPE (1) en volume et en moyens, quand on sait, surtout, quel pouvoir de fascination et d'intimidation la machine de l'OTAN exerce sur nos militaires, on est plus enclin à croire à l'otanisation de l'armée française qu'à la francisation ou à l'européanisation de l'OTAN.

3) La France fait son deuil d'une défense européenne autonome. On croit rusé de se convertir à l'atlantisme pour mieux convertir nos partenaires à la défense européenne. Mais qui espère-t-on tromper en avouant nous-mêmes les arrière-pensées dont on nous accuse. Le procès d'intention qui nous est fait est trop commode et trop efficace pour être abandonné. Pourquoi, d'ailleurs, nos partenaires s'écarteraient-ils si peu que ce soit de l'OTAN puisque nous n'avons de cesse d'y rentrer ? Et si l'OTAN est à ce point essentiel, comment ne pas conclure que l'Europe est superflue ?

4) La France, et c'est le plus grave, bascule dans une vision hégémonique du monde. La décision de 1966 visait à desserrer l'étau des blocs pour en extraire la France ; la décision de 2009 fait le choix de bétonner le seul bloc qui existe encore et d'y enfermer la France à double tour. Au temps de la guerre froide, l'OTAN assurait l'équilibre des forces ; aujourd'hui, elle impose sa suprématie absolue. Elle veillait, hier, à l'intégrité de ses frontières ; elle rêve, aujourd'hui, de les repousser toujours plus loin. Elle s'inclinait devant l'autorité de l'ONU ; elle ne songe plus qu'à prendre sa place et à usurper ses prérogatives. Après avoir sauvé la liberté des nations, elle se met au service d'un dessein d'hégémonie mondiale.

La France n'avait pas le courage de quitter une OTAN qui trahissait sa vocation ; elle gardait, cependant, une distance et marquait une différence. Rien ne l'obligeait à sortir de cette réserve, aucune nécessité, aucune urgence, aucune utilité même. Si elle le fait, c'est qu'elle a décidé de franchir le pas. Elle répudie le temps où elle était la championne reconnue d'un monde de souverainetés nationales ; elle préfère devenir la simple comparse d'une entreprise hégémonique et borner son ambition à s'inscrire aux côtes de l'Angleterre et de l'Allemagne dans la course au titre d'allié le plus favorisé de l'Amérique .
Elle a fait le choix de la facilité et aucune poudre aux yeux ne pourra longtemps le dissimuler ; le peuple, déjà, qui a l'instinct plus sûr que ses élites ne s'y trompe pas.

(1) Supreme Headquarters Allied Powers Europe

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Si l'efficacité d'une action politique se mesure au bruit médiatique qu'elle provoque, la levée de l'excommunication du pape Benoît XVI a atteint son objectif.Il faut dire que le diable s'en est mêlé. Ce qui n’aurait dû n'être au départ qu'une affaire de sacristie a pris une toute autre dimension avec les propos absurdes  - et concomitants - de l'un des bénéficiaires de la miséricorde du pape, niant l'extermination des juifs par Hitler. On peut certes se demander ce qu'allait faire à ce moment là (1) sur une télévision suédoise un évêque anglais vivant en Argentine. Mais, manipulation ou pas, des propos scandaleux ont bien été tenus. Le confinement social, politique et intellectuel où vivent depuis de nombreuses années les traditionnalistes de la mouvance de Mgr Lefèvre a laissé prospérer de sombres fantasmes. Nul doute qu'en levant l'excommunication, le pape a voulu remettre dans les courants d'air la vieille tour gothique. Cela ne plait sans doute pas à tous ceux qui l'habitent. Et de la tour ainsi éventée, si l'on nous pardonne cette image à la Walt Disney, ne surgit  pas toujours la Belle au bois dormant : d'étranges chéiroptères peuvent aussi en sortir bruyamment  -  nous parlons des idées, non des hommes, même si ceux-ci sont  blâmables. 
Fallait-il pour autant que le pape s'abstint ? 

S'il ne s'agissait que de réduire le schisme lefévriste (une opération dont l'aboutissement est encore loin !), peut-être. Mais tout laisse à penser que le dessein de Benoît XVI est bien plus vaste. Le grand objectif de son pontificat est le rapprochement avec l'orthodoxie, qu'à l'instar de Jean Paul II, il tient pour le poumon oriental de la chrétienté européenne. Vaste dessein dont l'aboutissement remettrait sans doute en cause un ordre géopolitique dominé depuis longtemps par le "Nord-Ouest" anglo-saxon et protestant (2). Un tel projet rompt notamment avec la géographie d'un Samuel Huntington, plus culturelle que théologique à vrai dire, pour qui dans sa théorie du "choc des civilisations", une césure majeure sépare l'Ouest catholique et réformé de l'Est orthodoxe. On ne comprendrait pas sans une telle perspective la modération de l'attitude du Vatican lors de l'affaire de Géorgie. Pas davantage son obstination à réduire le schisme traditionaliste. Comment en effet vouloir se réconcilier avec ceux qui ont arrêté le temps au XIe siècle, si l'on n'est pas, dans son propre pré carré, capable de le faire avec ceux qui l'ont arrêté au XVIe ?  Peut-être pas dans ces termes, c'est sûrement ce que des orthodoxes ont dit au pape.
En sus de sa portée géopolitique, une telle problématique illustre ce que sont  les nouveaux chemins de l'oecuménisme.  Pour les tenants "progressistes" de ce dernier, l'interlocuteur privilégié était, même si cela n'était pas dit ouvertement, le seul protestantisme libéral. Le programme proposé au catholicisme, dans la suite supposée de Vatican II,  n'était d'ailleurs pour beaucoup que de lui ressembler de plus en plus. Cette voie a-t-elle encore un sens ? On peut se le demander au vu de l'évanescence de l'interlocuteur, de plus en plus sécularisé, largement débordé par une mouvance "évangéliste" bien plus obscurantiste sur les questions de science que Rome ne le fut jamais. L'évolution affligeante d'un Mgr Williamson illustre à sa manière la déliquescence de l'anglicanisme.

Si elle veut encore faire progresser l'unité des Eglises, l'Eglise catholique n'a pas le choix : ce n'est plus à des libéraux qu'elle a à faire désormais. Les uns sont crispés sur telle ou telle forme de rituel, les autres sur une interprétation littérale de la Bible que même saint Augustin, au IVe siècle écartait. Même si les vraies divergences apparaissent comme mineures, le rapprochement n'en est que  plus difficile. Les religions non chrétiennes avec lesquelles le dialogue continue d'être nécessaire sont elles-mêmes le plus souvent  attachées à différentes formes de littéralisme. Littéralisme que le pape a pris à contre-pied dans son discours des Bernardins en rappelant que dans la grande tradition occidentale, pour sacré qu'il fut, tout texte appelait une interprétation. 
En tendant la main aux lefévristes, le pape Benoît XVI a pris un risque considérable. S'il l'a fait, c'est que l'enjeu en était bien davantage qu'une affaire de chapelle.


(1) On ne saurait mettre en doute la bonne foi du pape quand il affirme ne pas avoir été au courant de ces propos avant la signature de la levée d'excommunication. Cela vaut-il cependant pour tous les membres de la Curie ?
(2) Est-ce pourquoi  l'offensive contre le pape est partie du Spiegel, le grand hebdomadaire de Hambourg ?

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Qu’attend-on pour injecter à nos enfants cette nécessaire dose quasi-quotidienne ?
Les modèles scolaires étrangers comme l’Allemagne l’ont compris avant nous : l’absence d’enseignement l’après-midi permettant de favoriser l’épanouissement physique (sport), le développement culturel (lecture, musées, …) et le rattrapage scolaire (études) permettent à l’enfant, tout en en connaissant l’essentiel, de s’accomplir en tant qu’être humain. N’apprenant que les 60% utiles du programme, il libère 40% de sa journée pour les consacrer à son épanouissement personnel. Bien dans sa tête et dans son corps.
Lors d’une longue discussion avec l’un de nos champions olympiques, nous arrivions à la même constatation : le système éducatif français doit être changé au profit d’une recherche d’épanouissement de l’enfant par le sport.

Un enfant ou adolescent en échec scolaire ou familial doit réussir ailleurs pour atteindre cette vitale confiance en soi, le sésame de la vie, l’objectif prioritaire qui lui permettra de lever la tête, de regarder le monde en face, en étant fier d’exister. Le sport le permet. Se sentir fort quelque part est un élément structurant de la vie d’un petit homme. Au temps de la Rome antique, le peuple voulait des jeux. Le peuple d’aujourd’hui n’a pas changé, il ne va plus au stade mais le stade vient à lui par la télévision. Il veut s’enflammer en voyant des combats et en rêvant d’y participer. Le sport est le premier intérêt télévisuel des français après la sacro-sainte Météo ! Exutoire pour les spectateurs, défouloir pour les pratiquants il est également un "ballon" d’espoir pour une jeunesse des "banlieues" souvent désœuvrée et laissée à elle-même, une façon de se défouler en expulsant sa haine sans conséquence négative. Nos politiques cherchent des solutions à cette jeunesse si difficile à canaliser et vivant souvent dans des espaces cloisonnés que mêmes les animaux ne supporteraient pas longtemps. La France manque de stades et de structures. Les jeunes, eux, n’attendent que cela. Dans les cités à tourner en rond jusqu’au cadre stressé, tous en ont besoin. Au lieu d’abîmer vos beaux villages, messieurs les Maires, par ces constructions à n’en plus finir de pavillons sans âme qui dénaturent nos campagnes, construisez des stades ! Et surtout, donnez leur du rêve, le rêve d’exister, de ressembler l’espace de quelques minutes, d’un panier ou d’un but, à leur idole du moment. Mettez le sport au centre de votre action et vous en percevrez le changement.

L
a deuxième carrière d’un sportif de haut niveau n’est cependant pas aisée. Habitué à mériter sa place, justement récompensé par ses nombreux efforts et sacrifices, il se confrontera à des règles subitement opposées. Il devra exceller, non plus dans l’art d’être le meilleur, mais dans celui qui consiste à être à sa place en toute circonstance, ni plus ni moins. Savoir communiquer deviendra l’un de ses devoirs. L’art du bon mot, du mot juste, du politiquement correct supplantera le culte de l’efficacité et du résultat. Les sportifs de haut niveau comme les plus modestes ne sont pas préparés à cet exercice d’équilibrisme. N’ayant pas anticipé la rudesse de cette deuxième vie, la chute et l’échec d’une prise de greffe difficile peuvent n’en être que plus durs.
Pour le téléspectateur assidu de compétition sportive, pour le fan de stade, le sportif est une idole permanente. Loin de nous l’idée de penser qu’un illustre compétiteur, mondialement connu du grand public, ayant porté les couleurs de la France au son de l’hymne national puisse être Rmiste quelques années plus tard. C’est pourtant le cas aujourd’hui. Trop vieux à trente ans, il sera oublié sans aucune gratitude, rayé de la carte.

Je me souviens d’avoir rencontré un candidat, au RMI, ancienne gloire de ma jeunesse. Cherchant à comprendre le pourquoi et le comment d’une telle réussite et d’une telle chute, nous décortiquions, ensemble, les heures durant les éléments structurels qui, superposés les uns aux autres, avaient formé un cocktail gagnant au départ puis perdant par la suite. Lui, l’homme au multiples succès, l’étoile et le phare d’une génération était le perdant d’une société incapable de gérer un profil comme le sien. Broyé aujourd’hui par le système en place, il survivait tel un zombie, après avoir donné tant d’espoirs à des millions de jeunes. Peu de temps après avoir compris, ensemble, les raisons de cet échec et décelé l’attitude à adopter dans ce nouveau monde, il trouva un emploi à sa mesure et récupéra une partie de son image de jadis. Proche du gouffre, ayant appris à accepter la défaite pour mieux gagner, il avait su puiser au fond de lui et se remettre en selle. Ce moral d’acier, travaillé depuis tant d’années, lui avait permis de ne pas sombrer.
Tous n’ont pas la chance de rebondir. Le monde du sport est encore plus dur que celui de l’entreprise car, seuls, les meilleurs subsistent. Les autres n’y ont pas leur place (n’y étant pas préparés), là où les seconds couteaux pullulent dans le monde du travail.
Q
ui n’a pas ressenti l’émotion intense de sa propre victoire ne peut comprendre ses propos. Le sportif de très haut niveau est un semeur de rêve dans un monde austère.

Ces anciens de trente ans, pris en main par leur ligue depuis plus de vingt ans, arrachés à leur famille pour rejoindre les sports-études dès l’âge de douze ans, sont la crème de la crème. Forts d’un moral d’acier, d’envie de conquêtes et de nouvelles victoires, ayant su se sacrifier pour réussir, ils se sentent trahis. Trahis par leurs muscles, par leur souffle, mais surtout trahis et lâchés par leurs fans. Ceux qui les ont encensés, rêvant de les toucher, ne leur tendent même plus la main. Le gladiateur est en vie mais le pouce est en bas, les jeux sont finis, le peuple change de veau d’or à aduler. Fort de cette constatation et lassé de rencontrer certains candidats de faible valeur se prenant pour des stars, je fus frappé de remarquer que la majorité de ces candidats médiocres n’avaient jamais eu à pratiquer un sport en compétition. Certes, il ne faut pas en tirer de constatation trop hâtive mais un salarié d’entreprise de culture sportive, intégrera plus facilement la notion d’objectif fixé par sa direction. Il s’appuiera, pour ce faire, sur ses qualités propres : résistance au stress, rigueur de vie, sens de l’objectif et du résultat, capacité à gérer la déception de l’échec et la griserie de la victoire, courage et sens du combat.

Ces valeurs sont-elles dépassées ? Doit-on encore rechercher la pureté, l’efficacité et le respect d’autrui dans l’entreprise ? Sans idées reçues ni a priori, nous pouvons changer le cours, soi-disant inéluctable, des choses. Il suffit d’y croire pour ouvrir la première porte du changement. Le sport fait une sélection, dès le plus jeune âge, par la compétence. Seuls les meilleurs resteront ou les plus tenaces, ceux qui le veulent vraiment. Exigence développée à son paroxysme le tamisage de la réussite sera sans concession ni favoritisme. La RTT (rigueur, travail, talent) des sportifs crée de la réussite, là où la RTT de l’entreprise la tue. Comment permettre à l’entreprise de retrouver, tout en améliorant sa compétitivité, l’âme de la pythie ? Essayons de montrer à nos futurs champions qu’ils peuvent s’investir aujourd’hui à faire briller la France et ses entreprises représentantes de façon différente. Les sociétés françaises leur tendront les bras dans quelques années, bien que ne sachant comment les intégrer aujourd’hui. Tout comme les universités américaines font la place belle à de jeunes gens peu doués scolairement mais brillants en sport, les entreprises ouvriront leur portes à des sportifs peut-être peu diplômés mais moteurs et entraînant pour leurs collègues.
A chacun sa route.

 

 

 

 

 

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Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.

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