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Les “gilets jaunes” ébranlent l'État faible
 
CHRONIQUE - Seul et en dépit de sa désorganisation, ce mouvement né du peuple a réussi à faire paniquer l'État, la classe politique, les syndicats, les médias, et révéler la grande mascarade du pouvoir.
 
Emmanuel Macron a assuré, l'autre jour, qu'il représentait "les vrais populistes […] Nous sommes avec le peuple". À dire vrai, sa proximité avec la France profonde ne saute pas aux yeux. Le président a réussi à rendre fous de rage les "gilets jaunes" issus des provinces oubliées. Il aura fallu des scènes d'insurrection, samedi dernier à Paris, pour qu'il annule enfin, mercredi soir, les taxes de 2019 sur le carburant. Mais le peuple reste invisible à ses yeux. Dimanche, sur C8, le député LaREM, Aurélien Taché, demandait : "C'est qui le peuple français ?", en se faisant l'avocat de la souveraineté européenne voulue par Macron.
Ce dernier est attendu lundi à Marrakech (Maroc) pour y signer le "pacte mondial pour des migrations sûres, ordonnées et régulières". Le texte a été refusé par les États-Unis, Israël et de nombreux pays européens. Il assimile l'immigration à un droit de l'homme et à une richesse. Même le Parlement ne sera pas sollicité pour avaliser cet engagement à dissoudre le vieux peuple français dans un multiculturalisme sacralisé.
 
La conversion populiste de Macron tient du cynisme d'un salonard. Le progressisme, dont se réclame "en même temps" le chef de l'État, n'est guère plus ouvert aux révoltés de la France d'en bas. N'est-ce pas la gauche internationaliste qui a délaissé les "petits Blancs" trop franchouillards, au profit des minorités déracinées ? Ces jours-ci, les âmes généreuses redécouvrent leur fibre sociale pour s'approprier un mouvement qu'elles ont beaucoup insulté. La gauche fantomatique aimerait tant réduire les "gilets jaunes" à une lutte des classes ressuscitée ! Ceux qui dénigraient des "poujadistes" recasent leur "convergence des luttes". Les anticapitalistes imposent des revendications sur l'abolition des privilèges, la haine du riche, le rétablissement de l'ISF, etc. Des collectifs "antiracistes" (Comité Adama, Comité Rosa-Parks) ont infiltré, samedi à Paris, la cause des cités dans celle des ruraux. Des lycéens cornaqués par le savoir-faire trotskiste entrent dans la danse, Jean-Luc Mélenchon jubile. François Hollande encourage…
 
Reste que la "révolution Facebook" a réussi, seule et en dépit de sa désorganisation, à ébranler l'État, la classe politique, les syndicats, les médias. Les "gilets jaunes", ces beaufs racistes dépeints par la propagande, ont mis deux semaines pour dévoiler la grande mascarade du pouvoir, censé être l'émanation de la société civile. Les éléments d'une révolution se dessinent. Il ne s'agit pas seulement de répondre à un mouvement social, même si des injustices sont à réparer.
L'enjeu est de donner au peuple abandonné sa vraie place au cœur d'une démocratie protectrice. Ce n'est pas L'Internationale qui est entonnée dans les rues ni sur les ronds-points ; c'est La Marseillaise. Le drapeau tricolore est partout brandi, à côté d'étendards régionaux. 
Dans Travelingue, Marcel Aymé met en scène un coiffeur de la rue des Recollets, à Paris : dans sa cuisine, il reçoit chaque soir des membres du gouvernement. Ils écoutent le bon sens de Félicien Moulot. Il leur dit : "La première chose, pour bien gouverner, c'est de connaître les Français". Moulot aurait sans doute un gilet jaune.
 
La parole libérée des citoyens en colère, amplifiée par l'Internet et les chaînes d'infos, a suffi pour consommer la rupture entre leur monde réel et celui de la technocratie macronienne. Il est tentant de moquer l'impréparation des "gilets jaunes" et leur désordre. Pour autant, leurs demandes de protection sociale et culturelle forment déjà un programme. Un tsunami de mots a englouti Jupiter et ses discours fleuves. Macron en est devenu muet. C'est Édouard Philippe qui est poussé au front. Toutefois, pour s'être contenté d'annoncer mardi une suspension pour six mois de la taxe sur les carburants, le premier ministre s'est fait contredire le lendemain par l'Élysée, avec l'annonce d'une annulation pure et simple. Ce nouveau recul montre la panique qui a gagné le pouvoir. Le geste suffira-t-il à calmer les "gilets jaunes" ? La raison commanderait qu'ils suspendent la manifestation de Paris, qui risque d'être détournée par les extrêmes. L'État blessé excite les fauves.

Paru dans Le Figaro, 7 décembre 2018
Publié dans En France
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Histoire : le chaos intérieur
 
La France a connu plusieurs situations de grand chaos intérieur au XXe et au XXIe siècles. Les caractéristiques sont les mêmes : la violence et la barbarie se répandent dans la rue, les forces de l’ordre sont débordées, la peur et la panique s’emparent des dirigeants politiques. L’Etat donne le sentiment de s’effondrer et de plus rien maîtriser.
Cinq viennent spontanément à l’esprit.
 
Le 6 février 1934 est le résultat d’une crise profonde de la démocratie dans les années 1930. La France est meurtrie par la grande dépression. Hitler est au pouvoir en Allemagne depuis plus d’un an et renaît la hantise de la guerre. La classe politique est gravement discréditée par l’un des pires scandales de l’histoire contemporaine, l’affaire Stavisky : un escroc ayant bénéficié de complicités de plusieurs dirigeants politiques et de la justice, retrouvé "suicidé". Le limogeage du préfet de police, Jean Chiappe, soutenu par la droite nationaliste, provoque un rassemblement place de la Concorde. La manifestation dégénère en émeute. La foule tente de bousculer les forces de l’ordre pour atteindre le palais Bourbon. Une fusillade fait 16 morts. La France est aux portes de la guerre civile.
 
Novembre-décembre 1947 : la France des débuts de la guerre froide sombre dans un chaos sans nom. Le parti communiste, alors très puissant et la CGT organisent un blocage des houillères et des émeutes violentes qui paralysent la reconstruction tandis que l’instabilité ministérielle bat son plein et l’Etat est désemparé face à ces phénomènes.
 
Mai 1958 : la guerre d’Algérie fait rage. Les gouvernements s’enchaînent dans une instabilité absolue. Les émeutes et les attentats plongent la France dans le chaos. Le 13 mai, des militaires annoncent avoir pris le pouvoir à Alger. Le pays sombre dans un chaos dont nul n’a la moindre de de l’issue possible. Là encore, la guerre civile paraît tout proche.
 
Mai 1968 : dès mars 1968, la révolte des étudiants embrase peu à peu le pays. Sa cause profonde est le rejet de la personne du général de Gaulle et de la France traditionnelle, dite bourgeoise et ses valeurs. Après des semaines d’émeutes d’une rare violence, notamment à Paris, marquées par des barricades, occupations, destructions de biens publics et privés, la classe ouvrière rejoint le mouvement et le pays entre dans une logique grève générale symbolisée par la pénurie d’essence qui prive les Français de leur outil de travail et d’un symbole de liberté : la voiture.
 
28 octobre 2005, la mort de deux jeunes gens qui tentaient d’échapper à un contrôle policier dans une cité sensible parisienne déclenche une émeute généralisée aux banlieues des agglomérations urbaines. Chaque nuit, pendant trois semaines, des violences opposent les jeunes aux forces de l’ordre, des milliers de véhicules sont incendiés et des bâtiments publics saccagés. Les blessés et les arrestations se comptent par centaines.
 
Chaque crise est différente, dans ses causes et dans ses manifestations. L’actuelle de novembre décembre 2018 exprime l’exaspération des milieux populaires qui se sentent méprisés, à la fois par les paroles et par les actes d’un pouvoir politique. Le chaos actuel a sans doute la particularité, contrairement aux autres mouvements, de bénéficier d’un net soutien du pays.
Comment en sort-on ? Quelle issue, quelle solution politique ? A chaque fois, les réponses diffèrent. En février 1934, on en sort par la constitution d’un emblématique gouvernement d’union nationale autour du populaire ancien président de la République, Gaston Doumergue, qui apaise les esprits. En 1947, l’issue est dans l’affrontement et la répression, orchestrés par le ministre de l’Intérieur – socialiste – Jules Moch avec le soutien implacable du chef de l’Etat Vincent Auriol. En mai 1958, le salut vient du recours à l‘homme providentiel Charles de Gaulle. En 1968, la réponse politique qui sort le pays des troubles est la dissolution de l’Assemblée nationale sur l’insistance du Premier ministre Georges Pompidou. En novembre 2005, la proclamation de l’Etat d’urgence fait figure de mesure emblématique qui coïncide avec la fin du mouvement.
 
Il est difficile de distinguer la part qui revient, dans l’achèvement d’une crise, à l’épuisement naturel des troubles et à l’impact d’une décision politique. De fait, l’expérience montre que dans les situations de chaos, les gestes d’apaisement, les signaux d’ouverture et de compréhension ne suffisent pas à ramener le calme. Parfois, ils ne font que les attiser. En cas d’effondrement du principe d’autorité, une fois déclenché le chaos, le retour à l’ordre est une tâche infiniment complexe. Seule une décision emblématique puissante, marquant les esprits en profondeur, peut en venir à bout. Quelle peut-elle être dans la crise présente : un changement de gouvernement ? Une dissolution de l’Assemblée nationale ? Un référendum sur les résultats duquel le chef de l’Etat engagerait sa responsabilité ? Il est certain que plus le temps passe, plus la situation s’envenime, plus le niveau de gravité de la réponse nécessaire s’élève.

Paru sur maximetandonnet.wordpress.com, 6 décembre 2018
Publié dans Devant l'histoire
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La Vème République ubérisée
La vague des Gilets Jaunes est en train de submerger le nouveau monde d'Emmanuel Macron, qui n'avait de nouveau que le nom
 
La révolte des Gilets Jaunes, qui menace désormais très sérieusement nos institutions et pourrait provoquer la chute du gouvernement, la dissolution de l'Assemblée, et peut-être, la fin de la Ve République, est en fait la conséquence directe du hold-up d'Emmanuel Macron sur le système politique français. 
En montrant qu'il était possible de partir quasiment seul à l'assaut de la présidence de la République, sans passer par les étapes intermédiaires jusqu'ici jugées incontournables, en entrainant simplement dans son sillage une armée de novices, et en levant des fonds comme on finance une start-up, Emmanuel Macron a donné le mode d'emploi d'une nouvelle forme de conception de la démocratie aux Gilets Jaunes. Et ils l'ont saisi à pleines mains, avec de bonnes chances de réussir, eux aussi, leur coup d'Etat...
Car, finalement quelles sont les différences entre les milliers de cellules militantes "En marche", nées spontanément un peu partout en France en 2016 d'un espoir de changement, et les milliers de points de blocage de Gilets Jaunes qui jalonnent l'ensemble du territoire depuis trois semaines ?  Elles sont infimes. 
 
Les Marcheurs et les Gilets Jaunes ont des points communs
Dans les deux cas, la plupart des marcheurs et des gilets jaunes sont novices, n'ayant jamais milité avant. Beaucoup ont erré dans les urnes, ces dix, vingt, trente dernières années. Les uns oscillant plus entre la droite et la gauche, sans enthousiasme, les autres, entre les pseudos extrêmes, sans illusion. Tous partagent ou ont partagé la même insatisfaction, provoquée par un système politique qui ne leur parle plus, ne les représente plus, et sur lequel, surtout, ils n'ont plus la main une fois leurs acteurs (au propre, comme au figuré), élus.
Dans les deux cas, ces mouvements populaires spontanés se sont accompagnés de la même générosité. Celle, d'abord, essentielle, capitale, redoutable, de mettre à la disposition d'une cause du temps, beaucoup, beaucoup de temps ; sans compter ; sans facturer. Celle d'offrir aussi des moyens logistiques stratégiques.
 
Fin 2016, En Marche a trouvé en un claquement de doigts des centaines de locaux au coeur de la plupart des villes de France, permettant de réunir ces militants improvisés, et de créer l'indispensable cohésion, moteur de tout mouvement associatif ou politique. Tout en permettant aussi de stocker tracts, affiches, calicots, et d'organiser les opérations de boitages et de phoning. Le tout mis à disposition ou offert par des gens souvent aisés, cadres ou entrepreneurs, enthousiasmés par le projet de start-up nation dont ils étaient déjà, souvent, les moteurs.
 
Fin 2018, les Gilets Jaunes ont trouvé en un claquement de doigts des centaines de tentes et pergolas pour abriter leurs militants sur les ronds-points des grosses conurbations de France. Permettant d'abriter de la pluie, à défaut de les protéger du froid, ces militants improvisés, et de créer l'indispensable cohésion, moteur de tout mouvement associatif ou politique.  Et sous les pergolas, autant de tables de camping, de braseros, de machines à café, de lampes balladeuses et de rallonges électriques. Mais aussi d'antédéluviens camping-cars et utilitaires diesel, capables d'abriter pour quelques minutes ou pour la nuit les plus déterminés. Sans compter les milliers de paquets d'arabica, de pots de rillettes, et de baguettes. Le tout mis à disposition ou offert par des gens qui n'ont pas grand-chose, quand ils n'ont pas déjà plus rien, dépités d'avoir été mis au banc d'une nation dont ils étaient, autrefois, le moteur.
 
Le coup d'état d'Emmanuel Macron sert de modèle aux Gilets Jaunes
Les différences sont bel et bien infimes entre les marcheurs d'hier et les Gilets Jaunes d'aujourd'hui. Les premiers ont voulu disrupter un système politique vieillissant, pour ne pas dire obsolète, en tout cas en inadéquation complète avec le monde digital dans lequel nous baignons désormais : l'interntocratie. Avec le succès dû à une blitzkrieg inédite apportant au jeune Emmanuel Macron (39 ans) la victoire incroyable que l'on connaît. Les seconds se sont trouvés et mobilisés grâce aux mêmes outils, et ont déjà remporté plusieurs batailles.
Celle de l'opinion qui les soutient très largement, celle de la quasi monopolisation des médias trois semaines de suite, celle des premières reculades, totalement décalées, gravement insuffisantes, d'un gouvernement désormais aux abois. Tout cela, alors qu'ils n'ont pas de leader à leur tête, et ne sont sans doute pas près d'en avoir un...
 
Mais ce qui distingue les marcheurs des Gilets Jaunes, comme cet exposé vient de le souligner (et comme bien d'autres experts, historiens, sociologues ou géographes avant moi), c'est l'origine sociale et géographique de ces deux catégories de rebelles au système.
Il n'y a pas beaucoup de gilets jaunes dans le IIIe arrondissement de Paris, où le futur patron de la start-up nation a recueilli 93,41 % au second tour de l'élection présidentielle. Là bas, on ne roule pas beaucoup au diesel non plus. D'ailleurs, on n'a pas de voiture, ou alors une BMW i8 électrique. Le patron est à Londres ou à New York (quand on n'est pas son propre patron), la banque est digitale, et la cheminée à l'ethanol. Pour la déco : la chaudière gaz à condensation toute neuve se pilote depuis le smartphone. Elle consomme 50 euros de gaz par mois.
A Narbonne, en revanche, où Emmanuel Macron n'a recueilli que 43 % des suffrages, (dont une large partie, comme d'ailleurs partout en France, par défaut), ceux qui tiennent les ronds-points et le péage (incendié par des casseurs, ou des gilets jaunes désespérés ?) roulent au diesel. La plupart des voitures arborent encore les anciennes plaques 11, signe de leur grand âge. Le patron, soit il n'en peut plus, soit, il n'y en a plus. La banque est dans le rouge, et la cheminée brûle le bois rentré pour l'hiver. Au moins, devant, on a chaud, le reste de la maison affiche 15 degrés, malgré les 150 euros de fuel mensuels.
 
La Ve République a vieilli, elle aussi il faut l'ubériser
Bien malin celui qui pourra dire comment les choses vont tourner dans les prochains jours. Mais personnellement, je suis convaincu que cette éruption populaire est salutaire. Une réforme de nos institutions, mais aussi, de notre modèle économique s'impose. Le fonctionnement de la Vè République n'est plus du tout adapté à notre monde moderne, qui exige une démocratie vivante, active, participative. Permanente... Omniprésente ! Et tant pis si cela consiste à ubériser l'Assemblée et le Sénat. Au peuple, par voie de référendum, les grands sujets de société. Aux parlementaires, les questions techniques, juridiques, les ajustements, en respectant les desideratas du peuple. Qui n'a pas oublié Maastricht et le traité de Lisbonne.
Par ailleurs, le mensonge de notre système social-que-le-monde-nous-envie doit être révélé, pour que s'arrête enfin l'accumulation de dettes insupportables qui ont déjà mis à genoux plusieurs pays avant nous. Il faut changer de modèle de société, réunir les familles sous le même toit, à condition de déboucler l'étau scandaleux des règles d'urbanisme contraignantes, contraires à l'intéret général. Pouvoir se loger décemment est un droit consitutionnel.  Enfin l'arrivée, la déferlante même, de l'Intelligence Artificielle, doit être expliquée, accompagnée, encouragée aussi, pour nous permettre de surmonter et dompter cette nouvelle révolution anthropologique, en en faisant un atout pour nous réinventer, et non, une contrainte, une plaie, un laminoir.
C'est le moment, pour tous les hommes et les femmes politiques de bonne volonté, qui ont gardé encore en eux une once de dévouement, de prendre la parole, et d'agir pour encourager la révolution schumpetérienne dont nous avons impérativement besoin.
A défaut, la majorité des passagers de la 3e et de la 2e classe du Titanic vont y laisser leur peau, sans boulot, sans retraite, sans toit, sans rien ! 
Ah, au passage, souvenez-vous qu'en 1912, 40 % des passagers de 1ere classe, aussi, ont sombré dans le naufrage. Qui prendra le risque, parmi les sachants et les puissants, de continuer à fermer les yeux sur ce qui est en train de se passer, alors les Gilets Jaunes manifestent au grand jour pour leur demander de changer de cap, dernier sursaut salvateur de pans entiers de notre société qui ne veulent pas crever sans batailler ? 

Paru sur EconomieMatin, 5 décembre 2018
Publié dans En France
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La pire violence

On dégoise sur les violences commises samedi 2 décembre à l’Arc de Triomphe. Une Marianne a été endommagée. Monsieur Philippe s’est dit "choqué par la mise en cause de symboles qui sont les symboles de la France".

Symboles ! A-t-il été choqué lorsque son potentiel Président prétendait à Lyon, aux fins de gagner des voix de patriotes pour le moins suspects, qu’ "il n’y a pas de culture française", lorsque son Président effectif déplorait à Alger le crime contre l’humanité commis par la France coloniale ? Ces assertions ont une formidable portée ; elles sont, dans l’ordre symbolique, infiniment plus violentes que la mise à mal d’un monument. Enoncer qu’il n’y a pas de culture française n’était pas seulement un sot mensonge, c’était un crime contre notre civilisation (sans précédent dans les annales de nos cinq républiques) (1). Enoncer que la France a commis en Algérie "un crime contre l’humanité", c’était se mettre lâchement au diapason du Grand Turc nous accusant de "génocide".
 
Il n’y a pas lieu de réfuter de si grossières inepties ; mais il faut souligner qu’elles trahissent un grossier mépris du pays que l’on prétend gouverner. Au sens absolu, elles le trahissent. Les signes de cette trahison sont multiples, ne les énumérons pas. On ne peut être à la fois un freluquet de la Finance à la solde de l’Europe des banquiers, un courtisan du Qatar résigné à l’invasion islamique, et un représentant crédible du peuple français.
Il n’y a pas à se réjouir des dégâts causés par des "casseurs" (2), mais la Grande Casse, c’est notre Gouvernement qui s’y emploie, soumis qu’il est à des puissances étrangères, soigneux qu’il est de souiller notre Mémoire en détruisant peu à peu les trophées de notre Histoire et en nous infectant de culpabilité.

Nos médias sont des chattemites quand ils pleurnichent sur une Marianne ébréchée et se taisent sur la France lentement déshonorée et devenant étrangère à elle-même.
Monsieur Philippe devrait s’interroger sur ce que c’est qu’un Arc de Triomphe dans un pays où la honte nationale du 19 mars 1962 produit une épidémie de toponymes et de commémorations.
Les violences de ce 2 décembre peuvent être interprétées soit comme un Austerlitz de la reprise en main de la France par les Français décidés à virer leurs Marmonts (3) soit comme la confirmation symptomatique et symbolique par des boutefeux de l’enterrement, programmé par nos Marmonts, de feu la France.
 
(1) Mais son prédécesseur en couvrant de son autorité l’imbécile fiction et le concept foireux d’un "mariage pour tous" - insulte au génie de notre langue et à la justice des ajustements humains – avait commis un crime de même acabit.
(2) Un membre des forces de l’ordre témoigne ; les casseurs étaient des gens d’ "extrême gauche", l’"extrême droite" s’agitait mais ne cassait pas.
(3) Le maréchal Marmont a trahi Napoléon en 1814

Envoyé par l'auteur, 4 décembre 2018
Publié dans Du côté des élites
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L’impérialisme économique, première cause de la guerre de 1914
 
Ce n’est pas le nationalisme qui fut la cause de la guerre, mais le nationalisme impérialiste, issu des Lumières, aux visées d’abord économiques. Aujourd’hui, la célébration de l’esprit de paix est-elle si éloignée de la logique des intérêts politiciens et idéologiques qui ont fait avorter le projet pacifique de Benoît XV ?
 
"Mon mal vient de plus loin." Pour comprendre à fond la Grande Guerre, il faudrait raconter presque toute l’histoire de l’Europe et sonder les profondeurs de sa culture. De plus, l’Histoire en son tréfonds est un mystère, dont on s’approche moins par l’intelligence politique, ou par l’étude érudite et savante, que par la méditation du symbolisme puissant des visions du prophète Daniel ou de celles de l’Apocalypse de saint Jean.
De passage tout récemment à Saint-Pierre de Rome, je me suis recueilli devant le tombeau de Benoît XV, ce pape qui a essayé en 1916 de mettre fin à la Première Guerre mondiale, dont le déclenchement avait littéralement tué son prédécesseur, saint Pie X. Puissent leurs prières inspirer ces réflexions sur l’Histoire et les véritables causes de la guerre.
Il n’est déjà pas facile de découvrir ce que la raison simplement humaine peut comprendre. Pour l’atteindre, il faut chercher la vérité en la respectant et en la préférant à tout autre intérêt. Or, malheureusement, l’idée que les peuples se feront de l’Histoire est un enjeu de pouvoir entre les partis. Très souvent nous tenons "la vérité captive dans l’injustice". Et si une chose est bien sûre, c’est que la majorité des hommes et femmes de pouvoir se moquent éperdument de la vérité, les idées et les idéaux n’étant pour eux et pour elles que des instruments de pouvoir et des masques de leur volonté de puissance.
 
Roman national ou imposture partisane ?
Pratiquement tout parti ayant accédé au pouvoir offre de l’Histoire un récit simpliste et manichéen, présentant le présent comme l’accomplissement d’une destinée manifeste et la libération par rapport à un passé calamiteux. Les vrais adversaires politiques ou idéologiques sont de sinistres résidus ou d’horribles résurgences des cauchemars du passé. On espère s’assurer la bienveillance et la confiance des peuples en les persuadant de ces inepties. On espère aussi prendre l’ascendant moral sur l’autre, c’est-à-dire le ou les rivaux, identifiés peu ou prou à quelque Mal radical. Il s’agit d’ôter à l’autre l’autorité, voire la parole, en lui injectant de la culpabilisation pour produire en lui de l’inhibition.
Si nous nous comportons ainsi entre concitoyens, à plus forte raison nous comporterons-nous de même entre étrangers. C’est ainsi que la soi-disant réflexion sur les horreurs de la guerre et la célébration de l’esprit de paix peut s’inscrire dans la terrible logique qui, depuis toujours, a produit la guerre.
 
Le roman national est en grande partie une imposture nationale, solidaire des intérêts politiciens et idéologiques des bandits qui ont fait avorter le projet pacifique de Benoît XV. Quel sens y a-t-il à faire rentrer un million d’Alsaciens-Lorrains dans la communauté nationale, en faisant tuer un million et demi de Français et blesser quatre autres millions ?
Benoît XV partait du Père céleste qui regarde tous les peuples comme ses enfants. Aussi importants que soient les désaccords et les conflits d’intérêts, il n’y a pratiquement pas d’enjeu politique pouvant justifier des coûts humains aussi exorbitants que ceux de la Grande Guerre. Cette grande guerre civile européenne était un suicide pour l’Europe dans le monde.
Faut-il pour autant considérer comme des victimes les héros qui combattirent et moururent ? Certainement pas.
Il faut commémorer leur sacrifice et aimer la patrie. Cela n’implique aucun aveuglement. La misère du soldat est de devoir mettre des vertus souvent hors du commun au service de politiques rarement mieux que médiocres. Sa grandeur est de ne pas aimer la guerre et de faire ce qu’il faut dans des situations devenues impossibles.
 
Qui fut à l’origine de cette guerre ?
L’opinion dominante répète que le nationalisme a causé la guerre et que le libéralisme internationaliste est toujours le seul à pouvoir garantir la paix — genre de demi-vérité qui exploite l’Histoire au profit d’intérêts fort peu pacifiques.
Car premièrement, si la cause de la guerre réside dans les nationalismes, ce n’est vrai que si nous précisons bien : nationalismes impériaux. La guerre de 1914 est clairement le choc de tels impérialismes, essentiellement la rivalité de l’empire britannique et de l’empire allemand. 
Deuxièmement, cet impérialisme est complètement issu des Lumières et de leurs idéologies, qui font de chaque État l’incarnation de la Raison. Le libéralisme avant 1914 était inséparable du nationalisme impérial des Britanniques, comme il l’est aujourd’hui de celui des Américains. "
Rule Britania, Britania rules the waves
, etc."
Troisièmement, cet impérialisme n’était pas seulement politique, mais d’abord économique. Je rappelle que l’ouvrage de Lénine, publié avant-guerre, intitulé L’Impérialisme, stade suprême du capitalisme, était basé sur les travaux et le consensus des économistes bourgeois et fut publié librement en Russie avec le visa de la censure tsariste.
 
Et la France là-dedans ?
La France ayant perdu sa chance d’accéder à l’empire à cause des folies de la Révolution et de Napoléon, a dû se positionner entre les deux principales puissances après 1871. Elle avait le choix entre une politique de paix, en se rapprochant de l’Allemagne et en modérant ainsi l’impérialisme britannique, et une politique de guerre, en s’alliant à la Grande Bretagne. La France a d’abord choisi la paix, avec le ministre Gabriel Hanotaux. Au tournant du siècle, la gauche radicale vient au pouvoir. Alignée sur la logique économique anglaise, elle ne peut offrir les réformes sociales qui attendront 1945. Elle a besoin d’ennemis pour faire oublier la lutte des classes ? Le clergé catholique et le Boche feront l’affaire. Donc, avant tout, politique de guerre, par la gauche radicale, jacobine et anticléricale, nationaliste et germanophobe, tel le successeur d’Hanotaux aux Affaires étrangères, Delcassé. L’extrême-droite, par haine de tout ce qui serait raisonnable, vint à la rescousse de la gauche belliciste, cependant que l’Allemagne acculée agit sans finesse et s’abandonna à des instincts brutaux.
Si nous savions lire l’Histoire, nous saurions mieux lire le présent et choisir sagement notre avenir.

Paru sur aleteia.org, 12 novembre 2018
Publié dans Devant l'histoire
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La France qui se tire une balle dans le pied
 
À trois semaines d'intervalle, la France a donné au monde deux visions antinomiques de son célèbre Arc de triomphe. Le 11 novembre 2018, devant un parterre de 70 dirigeants étrangers, le président de la République y faisait un bel éloge du multilatéralisme pour régler les problèmes planétaires et les différends entre les nations. Le 1er décembre, ce monument symbolique des gloires et des malheurs de la France réapparut au monde. Il était nimbé de la fumée des lacrymogènes et des incendies ; il résonnait des cris incohérents des "gilets jaunes" et des vandales.
 
Quel gâchis ! Combien de SMS inquiets n'avons-nous pas reçus le week-end dernier depuis l'extérieur, envoyés par des amis étrangers qui aiment encore la France - sa civilisation, sa langue, son histoire - mais qui se désolent de sa constante dégringolade. Notre pays n'a pas son pareil pour se tirer une balle dans le pied. Il ne se signale plus au monde que par les images délétères de ses grèves, de ses attentats, de ses émeutes. Naguère, il brillait encore, par sa culture, mais aussi par ses réussites industrielles, son Concorde, son TGV, son nucléaire.
Il y a trente ans, nous avons renoncé au colbertisme pour adopter le libéralisme anglo-saxon et la financiarisation de notre économie. Malheureusement, les PME de notre tissu industriel et notre population n'y étaient absolument pas préparées. Le plongeon dans l'économie mondialisée de nos forces productives, sans vérification préalable de leur compétitivité, s'est révélé une catastrophe. La désindustrialisation et le chômage de masse ont envahi les petites villes de province. Les "gilets jaunes" en sont les enfants.
 
Le problème de la France - et son désarroi actuel - est qu'elle a emprunté le chemin inverse de ses concurrents. Elle est devenue de plus en plus socialiste, alors que ses partenaires commerciaux l'étaient de moins en moins. Ce n'est pas une position très facile à tenir que d'être pratiquement le dernier pays socialiste de la planète ! Le socialisme à la française est une chose ancienne. Il commence avec Giscard (indemnisation du chômage à 90 %, autorisation préalable de licenciement, APL, etc.), pour s'aggraver ensuite considérablement avec Mitterrand, Jospin et Hollande. Les gouvernements de droite ne sont que des intermèdes où, par peur de la rue, l'on ne touche pas au système, que l'on finance par toujours plus de dette. Macron constate à juste titre que cela ne pourra pas durer éternellement. On le traite aussitôt de méprisant.
 
Le monde étranger reste perplexe face aux contradictions des Français, qui réclament toujours plus de services à leur État-papa, mais qui hurlent dès qu'il s'agit de les financer. En Amérique, en Asie et dans la majorité des autres pays européens, les citoyens ont compris que le pouvoir d'achat n'était pas quelque chose qu'on pouvait augmenter d'un coup de baguette magique et qu'il fallait d'abord produire plus de richesses. C'est un raisonnement de base, qui a l'air d'échapper à nombre de nos compatriotes.
 
Les "gilets jaunes" reprochent à Macron d'avoir supprimé (en partie) l'ISF. Les pays étrangers ont du mal à comprendre, car ils se sont tous débarrassés de cet impôt imbécile, qui fait fuir les investissements productifs. En France, l'ISF pouvait rapporter quelque 7 milliards par an. Mais, en faisant fuir les familles riches, il a engendré un manque à gagner fiscal de plus de 30 milliards (en impôts classiques que ces familles auraient continué à payer en France). Dans les cultures anglo-saxonne et asiatique, l'impôt sert à financer les dépenses de l'État, pas à punir le riche. En France, le riche est l'ennemi. À Paris, on raye les belles voitures, car on est jaloux. À Londres ou à New York, on les admire sans les toucher, car on espère que soi-même ou ses enfants seront un jour capables d'en acheter.
 
La triste réalité est qu'il n'y a plus un seul pays au monde qui admire l'égalitarisme à la française. Car le socialisme hexagonal ne marche même pas bien. Les Français ont les prélèvements obligatoires les plus lourds du monde, mais ils se plaignent constamment de la médiocrité des services qui leur sont rendus en contrepartie. À l'étranger, on ne confond pas le peuple avec la foule, le démos avec l'okhlos. Les "gilets jaunes" veulent s'exprimer ? Qu'ils utilisent les voies de notre démocratie. Qu'ils présentent une liste aux élections européennes : on verra enfin leur programme… et leur score.
Les correspondants étrangers à Paris restent bouche bée face à ces télés et radios françaises d'"information" en continu, qui ont appliqué à Macron leur règle des 3 L (d'abord je lèche, ensuite je lâche, enfin je lynche). Ils estiment à raison que si Macron ne méritait peut-être pas cet excès d'honneur de mai 2017, il ne mérite sûrement pas l'indignité dont on l'accable aujourd'hui.

Paru dans Le Figaro, 4 décembre 2018
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Gilets Jaunes : les raisons d’une colère populaire parfaitement logique
 
Je suis toujours complétement abasourdi par l’aveuglement de ceux qui prétendent nous diriger. Il m’arrive de penser que dans le fond, ils n’ont aucune compréhension des notions économiques de base qui devraient guider leurs actions et pour en faire la démonstration, je vais prendre l’exemple de la révolte des gilets jaunes qui semble se propager un peu comme les feux de tourbe autrefois, disparaissant ici pour réapparaitre un peu plus loin et ainsi de suite.
 
Je vais commencer par la notion de valeur qui est centrale à toute compréhension économique.
Je choisis souvent l’exemple de l’aigue-marine que ma mère portait sur sa main gauche. Cette aigue-marine n’avait pas grande valeur "marchande" mais pour moi elle avait une valeur infinie et donc elle n’avait pas de prix. La valeur est ainsi une notion purement subjective.
Ce qui m’amène à ma deuxième notion le passage de la valeur subjective à un prix objectif.
D’ici quelques dizaines d’année plus aucune personne vivante n’aura connu ma mère et cette bague, à la faveur d’un héritage ou d’un partage retrouvera un prix et changera de main, si j’ose dire. Et à cette occasion, prix et valeur seront équivalents pendant un très court instant, avant que de se séparer à nouveau, si cette bague orne une autre main qui sera vénérée par un autre fils.
Mais la chose importante dont il faut se souvenir, c’est qu’il y a des infinités de valeur qui se baladent dans le monde des hommes et qu’un objet ou un service peut changer de main soit par un troc soit par un échange d’argent contre objet et c’est cette deuxième transaction qui détermine le prix. Et, la chose phénoménale, est que de la fixation de ce prix si elle est libre nait une intense satisfaction pour les deux parties. Ce n’est pas la transaction qui crée de la valeur, c’est le fait que les deux parties soient libres. En fait un échange consenti librement entre deux parties accroit le bonheur général.
 
Milton Friedman disait toujours que la seule différence entre l’homme et l’animal était que l’homme était la seule créature à pratiquer l’échange volontaire et que c’était de ces échanges consentis librement que venait la civilisation. J’aimerai rajouter quelque chose à cette brillante idée : la recherche de l’échange gagnant-gagnant semble être une caractéristique plus féminine que masculine.
Laissez quelques petites filles dans une pièce et revenez quelques temps après, elles seront sans doute en train de jouer à la marchande alors que des garçons seront en train de se taper dessus. Il semble bien donc que la prise en compte de "valeurs" précédant la recherche d’un "prix" soit une caractéristique plus féminine que masculine et j’y reviendrai un peu plus bas.
 
Si donc, il est vrai qu’un nombre très important de femmes aient été présentes parmi les gilets jaunes, cela semble indiquer que la politique de monsieur Macron et de son gouvernement heurte beaucoup plus de valeurs "féminines" que la plupart des autres politiques débiles suivies par les gouvernements précédents et qui semblaient laisser les femmes de marbre.
Il va me falloir expliquer cette émergence de la colère féminine, et pour cela je vais en revenir encore une fois à des notions que tout un chacun devrait connaitre mais que nos élites semblent ignorer complétement.
 
Prenons une transaction de base monétaire argent contre service ou argent contre bien, qui permet la détermination d’un prix.
Si je suis celui qui achète, la question devient : comment se procurer l’argent qui va me permettre d’acquérir ce dont j’ai envie ? La réponse pour 95 % des gens au moins est : par mon travail d’aujourd’hui ou par mon travail du passé (mon épargne).  J’exclus le vol à ce point du raisonnement.
Ce qui me permet d’en venir à une seconde notion, celle de revenu qui limite mes dépenses dans le temps. Et tout un chacun sait que, et les revenus du travail et les revenus de l’épargne (taux d’intérêts zéro) ont baissé depuis une quinzaine d’années et que ce fut le résultat d’une politique menée aussi bien par la gauche que par la droite dans les pays du sud pour défendre le saugrenu Euro.
Or tous les économistes savent ou devraient savoir que ce qui compte pour la satisfaction des gens, ce n’est pas leur niveau de revenu relatif ou absolu mais que leur revenu à chacun d’entre eux croisse au travers du temps.
S’il il y a une hausse du revenu tout va bien, stagnation, la grogne s’installe, baisse la fureur gronde.
Depuis des années, le niveau stagnait.
Depuis l’arrivée de monsieur Macron au pouvoir, il baisse puisque toutes les mesures prises par le nouveau Président sont basées sur la conviction qu’il faut que le revenu moyen du français de base, baisse…  Et, c’est ce que le groupe de bobos qui l’entoure appellent "réformer". Réformer serait suivre une politique qui permette au revenu moyen de monter, mais pour cela il faut avoir du courage puisqu’il faut s’opposer aux puissants et non pas taper sur les faibles.
Qui sème le vent récolte la tempête… Même la sagesse populaire connait cette réalité
 
Poussons plus loin notre analyse du revenu.
Quiconque a des revenus limités sait qu’une grande partie de l’argent qu’il gagne devra être consacré à des tas de choses qui n’amusent personne et surtout pas celui qui paye : citons au hasard loyer, assurance, impôts, dépenses de nourriture, écoles des enfants, remboursement des emprunts…
Tant et si bien que les économistes calculent quelque chose qui s’appelle "revenu après dépenses obligatoires".
Et pour la plupart des gens, c’est l’évolution de ce revenu-là qui compte et pour une raison très simple que j’ai expliquée dans la première partie : c’est de l’échange de ce revenu-là contre des biens et des services acquis auprès de tierces personnes que vont venir les satisfactions.
Et donc, si le revenu général stagne, toute augmentation des dépenses obligatoires (qui ne procurent aucune satisfaction) amènera à une baisse des dépenses amusantes. Si en plus le revenu baisse, se déclenchera une considérable et bien compréhensible fureur de la victime.
Prenons un exemple : un travailleur qui gagnerait 1500 Euros par mois et qui devrait consacrer 80 % de ses dépenses à des achats forcés, dont 10 % pour le chauffage de sa maison et le prix de son carburant pour se rendre à son travail.
Tout compte fait, il lui reste 300 Euros par mois pour faire des dépenses qui l’amusent (aller voir jouer le BO à Aguilera, par exemple), ce qui n’est pas beaucoup surtout si l’on sait qu’il “coute” en fait 3 000 Euros à son employeur en frais réels.
Imaginons qu’un gouvernement de comptables décide de faire monter le prix de l’énergie de 50 % en quelques années pour des raisons de nature magique, comme le fait que la terre serait en train de rentrer dans une ère glaciaire….
A la place d’avoir 300 Euros pour enfin dépenser son argent comme cela lui plait, notre employé n’en a plus que 250 ce qui veut dire un effondrement de 16.66 % de son niveau de satisfaction, ce qui est gigantesque.
 
Et du coup, il passe un gilet jaune et j’en ferai autant et voici pourquoi : autrefois, le serf se définissait comme celui qui n’avait pas le droit de bouger, il était attaché à sa terre. Ne pas pouvoir bouger, c’est donc être un serf.
Augmenter le prix de l’énergie c’est donc ramener au servage des millions de gens (le grand rêve des écolos). Or Jacques Bonhomme n’a pas du tout envie de redevenir serf. Et que fait Jacques Bonhomme quand il n’est pas content ? Une bonne Jacquerie.
En fait, nous sommes donc en train de connaitre la première grande Jacquerie contre la pensée dominante écologique qui comme chacun le voit entrainera inéluctablement la réapparition du servage en France aboli pourtant depuis des siècles.
 
Mais venons en à la présence des femmes dans ce gigantesque happening
Et ici, je vais utiliser la pensée d’un homme prodigieux qui est apparu sur la scène médiatique il y a environ trois ans, un Canadien du nom de Jordan Peterson, professeur de psychologie à l’Université de Toronto et dont les vidéos sur You Tube ont été vues par des dizaines de millions de personnes.
Pour ceux qui comprennent
l’anglais, précipitez-vous et écoutez, c’est incroyable de qualité.
Que dit-il des différences entre homme et femme ? qu’elles sont réelles et profondes.
A ce sujet, il cite souvent l’exemple de la Suède, le pays qui depuis un siècle a le plus fait pour qu’il n’y ait aucune différence dans l’éducation entre les garçons et les filles, ce qu’il trouve très bien.
Et pourtant c’est le pays ou les choix de profession entre les deux groupes sont les plus fortement différenciés en fonction de deux sexes. Pour faire simple, les filles vont dans l’éducation et la médecine, les garçons dans l’informatique ou deviennent ingénieurs, ce qui est complétement contraire aux attentes des féministes.
Son explication ?
 
Les femmes s’intéressent aux gens, les hommes aux choses, et c’est une réalité qui est visible dans toutes les batteries de tests qui ont été mises au point dans les cinquante dernières années, au point que l’on peut considérer qu’il s’agit-là d’une vérité scientifique. Rendre les femmes plus libres les amène à choisir ce qu’elles préfèrent et encore une fois en tant que libéral, je ne peux qu’approuver des choix faits librement.
Et du coup, les femmes dans la réalité peuplent les associations caritatives et seront volontaires pour s’occuper des crèches, des plus anciens, des handicapés, de faire le catéchisme, d’aider dans les refuges d’animaux etc… et encore une fois cela est démontrable statistiquement par les grands nombres, ce qui ne veut pas dire qu’il n’existe pas de femme ingénieur ou programmeur ou d’homme infirmier.
Revenons à mon individu qui gagne 1500 Euros par mois et supposons cette fois ci qu’il s’agisse d’une femme.
Si le prix de l’énergie monte, cela n’aura aucune influence sur la billetterie du BO puisque de toutes façons, elle n’allait pas au match, mais cela l’empêchera d’aller visiter une prison ou de s’occuper d’enfants autistes. Or, c’est de là qu’elle tirait toute sa satisfaction. Elle ne redevient pas serve : elle doit abandonner en fait ce qui donne un sens à sa vie et qui fait que notre société est moins dure pour les plus faibles.
 
Ce dévouement au secteur non marchand d’une part importante de la population est ce qui rend nos sociétés viables. Et ces actions nécessitent que toutes ces personnes de bonnes volontés bougent pour aller à la rencontre de tous ces malheurs individuels.
Augmenter le prix de l’énergie, c’est forcer les femmes à abandonner des gens qui sont déjà complètement seuls.
Peut-on imaginer une pire saloperie de la part des autorités ? Et tout cela parce que ces activités ne sont visibles nulle part dans les calculs du PIB !  Mais on s’en fout du PIB à la fin ! Combien de gens sont morts pour défendre un PIB ? En fait, et comme je l’ai écrit dans le passé en citant Shakespeare "Il y a beaucoup plus de chose dans le monde, mon cher Iago, que ne l’imagine ta philosophie".
 
Nos gouvernements ne connaissent que ce qui peut être mesuré. Nous sommes gouvernés par des gens qui confondent un plan comptable avec la Bible et les 10 commandements avec les Ukases de la Commission de Bruxelles.
Et j’ai envie de citer la phrase de Fouché commentant l’exécution du Duc d’Enghien à propos de l’augmentation du prix de l’énergie "Cela est pire qu’un crime, c’est une faute".

Paru sur institutdeslibertes.org, 25 novembre 2018
Publié dans Du côté des élites
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Le boomerang
 
Richard Nixon a été obligé de reconnaître en 1971 que les accords de Bretton Woods étaient inapplicables et que les monnaies liées au dollar, lui-même lié à l’or, ne faisaient que faire fondre l’or de Fort Knox en l’absence de source énergétique de la monnaie.
Depuis, sans rien résoudre ni même poser correctement le problème, nous avons inventé une usine à gaz où les banques, centrales et commerciales, ne font que reporter le problème en mettant à disposition de l’argent qu’elles créent et en mettant le même montant en créance à recouvrer sur les bénéficiaires des richesses futures que cet argent "investi" aura prétendument créées. Les banques centrales détiennent des créances sur les peuples dont on ne parle jamais et les banques commerciales sur des entités dénommées qui remboursent quand elles le peuvent.
Pendant que les banques sont au plus mal et attendent l’hallali, les peuples que l’on a formatés pendant un tiers de leur vie dans les écoles et les universités à croire à la réalité des richesses créées, l’ont cru et mettent des gilets jaunes pour dire qu’ils veulent leur part de la richesse créée.
Les cornichons qui ont tellement bien vendu l’idée de création de richesses au point qu’ils y croient eux-mêmes, n’ont fait que réinventer pour la énième fois le boomerang car avec quoi vont-ils partager une richesse qui n’existe pas, qui n’est qu’un regard créé à grand frais par la publicité, ventilé à grand frais sur toute la Terre par les médias et rendu crédible par une toute petite minorité qui se pavane en dépensant publiquement sa fausse monnaie ?
Bon courage !

Envoyé par l'auteur, 5 décembre 2018
Publié dans A tout un chacun
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La valeur de la vie humaine : progrès ou déclin ?
 
Lorsqu’on s’interroge sur les signes de progrès identifiés aujourd’hui, on ne manque pas de citer immédiatement l’allongement de l’espérance de vie et la baisse de la mortalité infantile. Et, en effet, même si ces deux faits ne sont pas également répartis dans le monde, on ne peut que s’en réjouir. Faut-il pour autant en déduire qu’ils expriment un plus grand respect de la vie de la conception à la mort conformément aux exigences de l’anthropologie chrétienne, alors qu’ils ne traduisent qu’un progrès des techniques médicales ?
Certes non, car, malheureusement, la valeur de la vie humaine, en dehors de l’abolition progressive des lois sur la peine de mort, ne peut en aucun cas être considérée en progrès au regard de l’évolution de ces 50 dernières années. S’il était besoin de quelques rappels, l’exemple français serait dans ce domaine…édifiant !
 
Souvenons-nous d’abord l’accueil réservé à Humanae Vitae y compris au sein de notre épiscopat, alors que, depuis, cette encyclique fait l’objet de toute une relecture l’élevant au rang de texte prophétique, "génialité prophétique" selon le pape François. Lorsque Paul VI y dénonce la mentalité contraceptive, il veut simplement expliquer, dès juillet 1968, quelques mois après la loi Neuwirth, que l’utilisation de produits chimiques dans l’acte sexuel, avec la garantie de résultat qu’elle prétend apporter désormais, ouvre la porte à l’infidélité chronique dans le couple et à la perte du respect de la femme, précédant en quelque sorte les protestations de #Me Too. Et il prend soin de situer son intervention dans le cadre "d’une vision intégrale de l’homme et de sa vocation (…) naturelle et surnaturelle". Evidemment, que n’a-t-on entendu alors sur cette Eglise, ignorante des réalités de son temps, vivant dans la crainte de la sexualité et, surtout, encourageant par son attitude irresponsable le recours à l’avortement. Mieux aurait valu écouter Pierre Simon, grand maître de la Grande loge de France, déclarant quelques années plus tard qu’après avoir gagné "la guerre de la contraception", la "bataille de l ‘avortement"  serait grandement facilitée. Et, de fait, on connait la suite avec la loi de 1975 sur laquelle on me permettra une confidence personnelle, ce dont je ne suis guère coutumier.
Il est, me semble-t-il, assez clair que la vraie transgression de la loi Veil n’est pas la dépénalisation de l’avortement mais ses dérives successives qui, après avoir oublié plusieurs de ses articles qui réduisaient l’avortement à un recours ultime, ont culminé avec la proclamation de ce dernier comme droit fondamental, ce qui pratiquement interdit désormais toute opposition et bannit l’objection de conscience. Et, sans même entrer ici dans la controverse sur la nature juridique du fœtus ou la réalité de l’hylémorphisme dès la conception, n’en ayant ni la compétence scientifique ni les connaissances théologiques, je me réfèrerai simplement à la doctrine aristotélo-thomiste de la puissance et de l’acte pour rappeler que l’être humain est une continuité sacrée. Or, Simone Veil, que je voyais régulièrement lorsque j’étais secrétaire général de la Fondation Claude Pompidou – dont elle était un membre actif du bureau- s’emporta un jour avec véhémence contre ces dérives, notamment contre l’allongement des délais de recours à l’avortement, en venant à regretter amèrement d’en avoir été à l’origine. Je pense que c’est une des raisons pour lesquelles je l’avais retrouvée, en compagnie de son mari Antoine, aux premiers rangs de la Manif pour Tous où elle voulait sans doute rappeler les valeurs auxquelles elle était attachée.
 
Justement, le Mariage pour Tous, beaucoup plus que le PACS, fut l’étape d’après. Même tactique que pour le reste : la pilule devait éviter l’avortement, le mariage pour tous excluait la PMA, alors que le Code civil lui-même fait de l’éducation des enfants, avec la fidélité, l’assistance et la contribution réciproques aux charges du ménage, une des quatre finalités du mariage…. Et Macron président, rallié par un nombre conséquent de chrétiens (encore une chance que l’épiscopat ait eu la prudence de ne pas donner de consignes de vote !) s’empresse très logiquement de l’inscrire au calendrier de 2018, puis, face à la mobilisation des opposants, de 2019, après une pseudo consultation orchestrée par un CCNE acquis par avance. Ainsi, l’enfant devient le résultat d’une rencontre de cellules étrangères dans un laboratoire anonyme, au bénéfice des femmes seules ou des couples de femmes revendiquant désormais un nouveau droit à l’enfant sans père.
 
Comment ne pas dès maintenant annoncer la suite ? Les hommes seuls ou mariés entre eux ne pourront accepter longtemps d’être écartés de ce droit à l’enfant et, d’ailleurs, quelles objections pourra-t-on leur présenter, la marchandisation du corps si souvent invoquée à l’encontre de la GPA étant déjà introduite dans plusieurs pays pour la PMA, en raison notamment de la rareté des donneurs et se dévoilant aussi au travers des dons d’organes ? Si l’avortement est maintenant un droit fondamental, l’égalité est en effet, quant à elle, un principe général de notre droit…. après l’enfant sans père, ce sera donc l’enfant sans mère. Et comment ensuite ce principe d’égalité n’entrainera-t-il pas les futurs parents que les progrès de la thérapie génique et prédictive désigneront comme porteurs de gènes du handicap ou de maladies transmissibles à revendiquer et à obtenir à leur tour la PMA ou la GPA au nom d’une "normalité" que, pourtant, jusqu’à ces derniers temps, la pensée dominante jugeait imprégnée de présupposés raciaux ? Et comment encore, l’ensemble des candidats-parents n’exigera-t-il pas bientôt, au nom de cette même normalité de pouvoir bénéficier des mêmes droits que les précédents, c'est-à-dire de choisir les caractéristiques détaillées de leur "projet parental" ? Loin d’être de la société-fiction, cette perspective existe déjà en Europe puisqu’au Danemark une banque de sperme met cette possibilité à la disposition de ce nouveau marché.
 
D’ailleurs, dans cette société en cours de construction, telle que la post-modernité l’inspire, on ne voit pas bien, dès lors que la science le permet, au nom de quel argument, on interdirait aux individus et aux couples de disposer, dans des conditions médicales de qualité, de l’enfant idéal correspondant exactement au désir de chacun, fût-ce le même modèle reproduit à l’infini, le clonage sans risque et sans bavure, un progrès pour le bonheur de tous, le bien-être dans la sécurité ? Etre ou pouvoir comme les autres n’est qu’une nouvelle forme du désir et de la rivalité mimétiques dont René Girard nous a expliqués le cycle de violence qu’ils développaient. Les mauvais esprits rétrogrades, ceux qui pourraient encore penser que la naissance est un don de Dieu dont un homme et une femme sont les co-créateurs, même si l’amour humain est plus fragile qu’une éprouvette, auront beau observer que l’argent deviendra le nouveau critère de discrimination et la paternité rêvée l’apanage des plus riches, cela ne servira à rien. Car la société qui vient, celle du meilleur des mondes, confirmera bien l’avertissement du Christ : "On ne peut servir Dieu et Mammon". Et il n’est pas excessif de penser que c’est peut-être sur l’autel de ce nouveau Maître que se livrera une des grandes luttes de l’Apocalypse où l’arbre de la connaissance du Bien et du Mal sera définitivement foudroyé.
 
Car il est impossible de réduire cette question de la naissance de la vie à une affaire de lois dites de bio-éthique sans en décrypter la stratégie sous-jacente : à considérer l’évolution de la législation au moins depuis la loi sur la contraception du 19 décembre 1967 et les perspectives que nous venons d’évoquer, de quoi s’agit-il sinon de faire en sorte qu’il y a ait de moins en moins d’enfants dans le cadre du mariage d’un homme et d’une femme, comme la nature le permet, et qu’il y en ait à tout prix dans les couples homosexuels, où la nature s’y oppose. Contraception, avortement, mariage pour tous, PMA, GPA, et, sans doute bientôt dans un domaine voisin euthanasie, ne sont que les volutes successives d’une spirale aboutissant, au prétexte d’une diversité de modèles familiaux, à une révolution s’écartant de plus en plus de l’essence même de la famille. La raison en est simple à comprendre : la famille est le signe privilégié de l’amour humain et de la vie, le lieu de l’intimité, de la proximité et de la transmission par excellence, dans une société où tout conspire à les nier au profit de l’impersonnel, du lointain et du déracinement. Les Etats totalitaires ont cherché pour cela à la déconstruire et c’est elle qui, toujours, leur a le mieux résisté.
Le transhumanisme athée et son homme augmenté, appuyés sur "une science qui peut tout" et un amoralisme de principe, est l’avatar contemporain d’un totalitarisme qui, après ses modalités positivistes (Comte) économiques (Marx), philosophiques (Nietzche et Feuerbach) et culturelles (Mao) cherche désormais à nier la condition humaine elle-même en s’insinuant dans ce que la personne a de plus précieux, au cœur même de son identité d’enfant de Dieu et de la chair de l’homme. La bio-éthique et ses comités de circonstance n’en sont que les alibis procéduraux qui, tous les sept ans, en sapant un peu plus les fondements de la morale naturelle tentent de sonner le glas de la Civilisation de l’Amour.
Alors, "Quand le fils de l’Homme viendra, trouvera-t-il encore la Foi sur la terre" et nos lampes allumées ? Le Christ lui-même n’a pas craint de poser cette question à chacun de nous et de nous interroger sur notre résistance aux épreuves et notre persévérance quotidienne. La Foi pourra passer, l’Espérance aussi pourra passer mais nous savons avec Saint-Paul que l’Amour, lui, ne passera pas !

Envoyé par l'auteur, 30 novembre 2018
Publié dans A tout un chacun
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Islam et entreprises
 
Vous êtes le directeur du Centre Français de Recherche sur le Renseignement (CF2R). Pourriez-vous nous expliquer en quoi consistent vos activités ?
Depuis 18 ans, le CF2R travaille dans trois directions : sur l’histoire du renseignement, afin de redonner sa juste place à cette activité dans l’Histoire ; il suit de près toutes les évolutions du renseignement contemporain, français et étranger (lois, budgets, réorganisations, recrutements, opérations, contrôle parlementaire, etc.) : enfin, le CF2R se consacre à l’analyse de la sécurité nationale et internationale (subversion, contestation, crises, conflits, criminalités, etc.).
Évidemment, les problématiques de l’islam radical et du terrorisme djihadiste sont au cœur de nos préoccupations et de nos travaux, au même titre que la montée en puissance de l’écoterrorisme ou que les conflits syrien et yéménite.
 
Vous avez été l’auteur, en 2005, d’un rapport, appelé "Rapport Denécé", considéré comme l’équivalent du rapport Obin à l’école, sur le radicalisme musulman dans les entreprises. Pouvez-vous nous rappeler les faits, et l’accueil qu’a eu votre rapport ?
Ce rapport était issu d’une étude menée, à partir de 2003, avec plusieurs entreprises françaises des secteurs de la grande distribution, du transport de pli et du gardiennage, touchés prématurément par le phénomène. Tous les signes avant-coureurs de la situation actuelle y étaient clairement décelables.
Lors de la publication du rapport, j’avais fait une émission dans la matinale d’Europe 1 en compagnie du journaliste Laurent Cabrol. Nous avions fait exploser le standard, tant les appels téléphoniques de femmes et d’hommes d’entreprise étaient nombreux pour confirmer mes propos. Malheureusement, aucun n’a jamais voulu témoigner. Il en a été de même avec le recteur de la mosquée de Paris, M. Dalil Boubakeur, qui m’avait alors appelé pour me dire que ce rapport était pertinent… mais en dessous de la réalité ! Lui non plus n’a jamais voulu tenir de tels propos publiquement, alors qu’il mesure chaque jour la radicalisation d’une partie de la communauté dont il a la charge.
 
Il y a dix ans, le regretté Roger Heurtebise vous avait déjà interviewé. Vous évoquiez la présence, de plus en plus nombreuse, de musulmans radicalisés dans les entreprises françaises. Dix ans plus tard, je présume que votre constat doit encore être plus alarmant, non ?
Malheureusement, oui. Il semble cependant qu’il y ait eu une phase de ralentissement entre 2008 et 2013, où le phénomène semble avoir été moins marqué. À moins que nous n’ayons recueilli moins de témoignages… En revanche, il est reparti à la hausse depuis et touche désormais tous les secteurs économiques sans exception, du monde industriel à celui du bâtiment et des travaux publics, de l’enseignement à l’encadrement sportif, et jusqu’aux grands cabinets de conseil en management et aux sociétés de Private Equity. Et ce qui est encore plus préoccupant, c’est que cette radicalisation concerne de plus en plus fréquemment des femmes et des hommes avec un niveau d’études supérieures, et non plus des individus en situation d’échec scolaire et professionnel.
Face à cela, rien de vraiment sérieux n’est fait. Le gouvernement a certes débloqué des budgets pour que des spécialistes aillent parler de fait religieux et de radicalisation dans les entreprises. Mais cela a été globalement un fiasco, car ceux qui ont récupéré ces budgets n’ont, dans la très grande majorité des cas, pas été à la hauteur, soit par incompétence, soit par méconnaissance de la problématique dans les entreprises, soit parce qu’ils sont restés dans le politiquement correct. Comme nous le constatons lors de nos interventions auprès d’acteurs économiques publics et privés, les entreprises considèrent que cela ne les a aidés en rien et que tout reste à faire. Des budgets ont ainsi été dilapidés au profit de quelques acteurs dont l’action a été nulle.
 
Notre amie Ghislaine Dumesnil a raconté, à partir de 2012, la réalité de ce qui se passait à la RATP. Elle a parlé du rôle de la discrimination positive à l’embauche, de la complicité des organisations syndicales, et de l’islamisation progressive de son dépôt. Elle a payé cher son courage, puisqu’elle a fini par quitter l’entreprise. Vous n’avez pas dû être très surpris ?
Le cas de Ghislaine Dumesnil est tout à fait emblématique et je voudrais commencer par saluer son courage. Elle a été la première à témoigner de l’ampleur du problème en interne à la RATP. C’est particulièrement édifiant. Il a été possible de le mesurer lors des attentats de 2015, puisque l’un des terroristes était salarié de l’entreprise publique. Mais la RATP a décidé de mettre le couvercle sur ce phénomène et dissimule effrontément la réalité de la situation. Ses représentants annoncent aujourd’hui urbi et orbi que la situation a changé, que le problème est réglé, que tout va bien. Ce sont là des mensonges honteux, de facto couverts par l’État.
D’ailleurs ce dernier est d’une passivité coupable face à ce phénomène, au risque d’entraîner l’apparition de réactions extrémistes. Force est de constater qu’en réalité les autorités ne savent guère comment gérer ce problème et ne font finalement rien de concret ni d’efficace.
 
Vous évoquiez également, il y a dix ans, le rôle de l’extrême-gauche, violente, dans certaines entreprises. Cela s’est-t-il également confirmé, et accentué ?
En effet, nous observons une retour en force progressif des activistes d’extrême-gauche, anarchiste, anticapitalistes, qui agissent aujourd’hui derrière le paravent de "micro-causes" : la défense de l’environnement, la défense du droit des animaux, la lutte pour le droit à l’immigration, etc. Leur but demeure depuis toujours de "faire exploser" un système qu’ils exècrent. Mais la menace qu’ils représentent n’est pas nouvelle et est bien moindre que celle de l’islamisme radical et terroriste.
Parallèlement, il convient de ne pas négliger la résurgence de groupes d’extrême-droite, dont certes les médias grossissent l’importance à dessein. Ils se sont renforcés ces dernières années face à l’inaction des autorités face à l’islamisme et aux phénomènes migratoires incontrôlés. Mais il serait catastrophique qu’ils passent à l’action car cela ne ferait que déclencher d’épouvantables réactions en chaîne.
 
De nombreux Français se posent des questions sur les nombreux "incidents" qui touchent la SNCF, et sont capables de paralyser des gares plusieurs heures, voire deux jours. Que pensez-vous de ces différentes pannes et incendies mystérieux ?
Je considère qu’à défaut de preuves, il convient toujours de rester prudent.
On peut toujours formuler des hypothèses, mais le risque est de tomber dans le complotisme. Seules des investigations poussées et argumentées permettent de se prononcer sur de tels phénomènes, dont les origines sont souvent multiples (incidents, malveillance voire sabotage).
 
Pensez-vous que les entreprises françaises exposées (transports, nucléaire, raffineries…) sont suffisamment protégées, face au recrutement d’autres Samy Amimour, cet ancien machiniste de la RATP qui s’est fait exploser au Bataclan ?
Craignez-vous un jour une catastrophe dans un avion, un train, un métro ou une centrale nucléaire ?

Nul ne peut écarter une telle perspective, mais je crois qu’il convient de rappeler qu’en dépit de l’horreur des actes qu’il commet, le terrorisme est un épiphénomène. S’il fait régulièrement la Une des médias depuis 2001, son efficacité opérationnelle est minime. Quitte à choquer, il convient de rappeler que moins de 300 de nos compatriotes ont perdu la vie dans des attentats en 17 ans, soit en moyenne moins de 20 par an. C’est insupportable, mais il s’agit là de la plus faible cause de mortalité violente en France, plus faible que les victimes de noyade ou d’avalanche. Nous en avons une vision faussée due à la médiatisation de ces actes inexcusables qui détruisent des vies et des familles.
En revanche, la vraie menace, c’est la tentative de subversion et d’islamisation de la société française par les milieux salafistes, wahhabites et les Frères musulmans. C’est là quelque chose de bien plus dangereux que le terrorisme de Daech ou d’Al-Qaïda, car cela ne déclenche pas un phénomène de rejet similaire.
 
Si un salarié d’une entreprise, comme Ghislaine Dumesnil l’a fait en 2012, veut témoigner sur la réalité de son entreprise, peut-il s’adresser à vous ? Sinon, que lui conseillez-vous ?
Oui, le CF2R recueille de nombreux témoignages en la matière, notamment à l’occasion de nos interventions en entreprise. Mais pour des raisons de confidentialité, nous ne publions rien en la matière. Toutefois, ces témoignages sont indispensables pour que certains de nos contemporains qui pensent qu’il s’agit là de vues de l’esprit, prennent conscience des choses ; c’est également utile afin d’élaborer des réponses à ces situations.
 
Souhaitez-vous ajouter quelque chose, pour conclure cet entretien ?
Oui. Je crois que nous nous trompons dans deux domaines. D’une part nous ne sommes pas assez durs avec ceux qui véhiculent dans notre pays ce fascisme islamique dont le but est, sans ambiguïté, d’islamiser durablement la France. Nous ne faisons rien pour interdire ces idéologies néfastes, fermer mosquées, librairies et chaînes TV, interdire la venue sur notre sol de prédicateurs étrangers, etc. Nous sommes comme tétanisés face à cette subversion. Or, face à cette menace, être politiquement correct, c’est être islamiquement complice.
D’autre part, nous sommes souvent trop durs avec nos compatriotes musulmans "laïques", qui sont pris entre le marteau des islamistes et l’enclume de la suspicion. Certes, ils sont très clairement l’enjeu de tentatives de récupération par les islamistes, mais la grande majorité d’entre eux n’adhère pas à cette vision archaïque, haineuse et obscurantiste de l’islam. Certains leur reprochent leur passivité dans la situation actuelle et il est vrai qu’on ne les voit pas se manifester. C’est à la fois le signe qu’ils ne se pensent pas nécessairement d’abord comme "musulmans" dans la société française ; c’est aussi l’absence de prise de position ferme des autorités face aux extrémistes islamistes qui les amènent à faire profil bas, devant un avenir incertain.

Enfin, un dernier point me semble essentiel. Le cœur du problème se situe au Moyen-Orient, principalement en Arabie saoudite et au Qatar. Nous avons là deux États à l’idéologie malfaisante, qui disposent de moyens financiers considérables. Bien que wahhabites, salafistes et Frères musulmans ne représentent qu’une minorité de l’islam sunnite, ce sont eux qui pourrissent le monde actuel en exportant partout, jusque dans nos banlieues et nos entreprises, leur fascisme islamique et leur volonté de domination. Et ils bénéficient de l’appui total de ces deux États, lesquels ne s’en cachent même pas. Or, la France – comme l’Occident en général – continue d’entretenir des relations diplomatiques et amicales avec ces deux royaumes pervers, dans l’espoir de glaner quelques contrats, alors même qu’ils mènent une véritable politique de subversion de notre société.
Nous sommes là en pleine contradiction. Il est indéniable que les "cadeaux" dont bénéficient nos "élites" politiques de la part de Riyad et de Doha, ne les incitent pas à réagir. Pour paraphraser Lénine, les Saoudiens pensent clairement que "les Occidentaux nous vendront la corde avec laquelle on les pendra !". C’est donc contre eux qu’il faut agir, rapidement et sans faiblesse. Sans cela, le problème perdurera et connaîtra chaque jour plus d’ampleur.

Envoyé par l'auteur, 2 décembre 2018
Propos recueillis par Pierre Cassen dans le cadre d'une interview donnée à Riposte laïque, 1er décembre 2018
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