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Arrêtons d’idolâtrer le numérique !
 
Les cyberattaques "sans précédent" se succèdent. Celle qui avait ébranlé toute une partie des États-Unis, en octobre 2016, a provoqué un feu de paille journalistique. Il en ira sans doute de même pour la cyberattaque mondiale qui a fait les gros titres des media le 15 mai 2017. Mais nous sommes loin d’avoir atteint le maximum de la délinquance informatique : les objets connectés, notamment, offriront dans quelques années des opportunités supplémentaires aux pirates. Imaginons les facilités dont profiteront les opérateurs de "rançongiciels" lorsque nos voitures, nos chauffages, nos appareils ménagers, et les machines dans les entreprises, seront connectés, et qu’il sera possible à des malfaiteurs astucieux de prendre leur contrôle à distance …
 
Le "tout numérique" est un engouement "politiquement correct", comme le furent en leur temps le chauffage au charbon et la production d’énergie par les machines à vapeur. Au début d’une révolution technologique, le sentiment du progrès rend peu sensible aux inconvénients que présentent d’une part les nouvelles techniques en elles-mêmes, et d’autre part l’usage maladroit ou volontairement nocif qui en est fait.
À cet égard, la facilité de la délinquance informatique n’est qu’un aspect parmi plusieurs. La mauvaise maîtrise de l’outil est une source de destruction de valeur tout aussi importante. Les administrations, notamment, ont de la difficulté à se doter de logiciels adaptés aux services qu’elles ont à rendre. Pressées par des responsables qui, souvent, n’y connaissent pas grand-chose, les services mettent ou font mettre en place des outils inadaptés, censés faciliter le travail, mais qui en fait se traduisent par des pertes de temps pour les agents et pour les administrés ; le drame qu’ont été les cafouillages informatiques du RSI pour de nombreuses petites entreprises en est un exemple parmi d’autres.
Nous avions, dans un précédent article, attiré l’attention sur le coût économique impressionnant que génère la facilitation par le numérique – ou plus exactement par une certaine organisation du numérique – des incivilités en tous genres, à commencer par les spams. On pourrait ajouter à cela les problèmes posés aux utilisateurs par un rythme effréné d’innovations dont l’utilité est douteuse pour eux.
 
Deux phénomènes différents contribuent à ces innovations plus nuisibles qu’utiles :
- premièrement, les changements et pseudo-innovations sont légions dans les logiciels que nous utilisons. Cela accélère le rythme d’obsolescence du savoir-faire des utilisateurs, les obligeant à consacrer un temps précieux à des apprentissages inutiles. Une hypothèse explicative pourrait être que les entreprises créatrices de logiciels emploient de nombreuses personnes dont l’utilité est intermittente, mais qu’elles tiennent à conserver pour les avoir sous la main, et bien entraînées, le jour où il faut faire rapidement un travail utile.
- deuxièmement, les changements sont souvent réalisés dans des conditions obligeant les utilisateurs à acquérir les nouveaux logiciels – ou à remplacer le système informatique dans son ensemble. Le client est comme prisonnier de fournisseurs indélicats pour lesquels booster les ventes en accélérant le processus de vieillissement ou d’obsolescence du software et du hardware est une stratégie classique.
 
Bref, si le numérique est, dans bien des domaines, un outil merveilleux, il ne mérite nullement d’être systématiquement présenté comme la panacée. L’univers du numérique est comme un enfant gâté : on lui passe tous ses caprices, ce qui n’est sain ni pour l’économie ni pour le fonctionnement d’ensemble de la société, perturbée par la mauvaise qualité d’une partie des liens informatiques qui tendent à se substituer aux liens traditionnels.
Il serait grand temps de remettre le numérique à sa juste place. Cet outil sera d’autant plus utile que nous éviterons sa divinisation : celle-ci profite à des personnes et à des organisations avides de pouvoir et de richesse, au détriment de l’immense majorité des êtres humains.

Jacques Bichot, économiste, professeur émérite à l’université Lyon 3
Publié dans A tout un chacun
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Il faut accorder la carte du combattant aux djihadistes de retour de Syrie
 
De nombreuses voix s’indignent des avantages consentis aux djihadistes français de retour sur le territoire national, notamment le bénéfice du RSA. Certains voudraient les déchoir de la nationalité française. D'autres les interdire de séjour, les emprisonner ou leur imposer un stage de radicalisation.
Nous pensons au contraire qu’il faut leur accorder le statut d'ancien combattant.
Pourquoi ?
 
Parce que dans la guerre de Syrie, ils se sont battus aux côtés de l'armée française.
Depuis 2011, la France a, de facto, fait la guerre au gouvernement de Syrie (dit "régime de Bachar el Assad"). Pour cela, il a livré des armes, fourni de l'entrainement  aux forces djihadistes (notamment en Jordanie), au moins à certaines comme Al Qaida (rebaptisé pour plus de respectabilité Al Nosra) - mais que ce soit Al Qaida ou d'autres, cela n'a pas d'importance, l'osmose entre les groupes djihadistes, y compris Daech, étant totale. Nos soldats les ont "conseillés" dans les combats, ce qui veut souvent dire "commandés". Des officiers français impliqués dans les combats ont été faits prisonniers par l'armée syrienne à Homs en 2012.
Certes il s'agissait de "forces spéciales" et notre pays n'était pas officiellement en guerre avec la Syrie - quoiqu’il ait entièrement rompu les relations diplomatiques avec Damas en 2012.  
 
Ils étaient du même côté que l'armée française
Il reste que les djihadistes en cause n'ont pas trahi la France. Ils se sont toujours trouvés du même côté que l’armée française en tous les cas celui de François Hollande. La cause qu'ils ont servie était officiellement promue par l'Etat français ; c’était la lutte contre le régime de Bachar el Assad et donc la cause des droits de l'homme et de la démocratie.  
Les djihadistes n'étaient pas seulement du côté de la France : ils étaient du côté du "monde libre ", puisque l’OTAN dans son entier était engagée aux côtés des islamistes syriens (appelés "rebelles", ça fait mieux) : Etats-Unis, Royaume-Uni, Allemagne, Italie, Pays-Bas, Danemark, Turquie etc.
Que nos volontaires se soient laissé pousser la barbe n'est pas non plus un obstacle : n'est-ce pas aussi dans les usages de la Légion étrangère ?
 
La durée de service sur le théâtre des opérations exigée pour obtenir la carte du combattant est de vingt jours : la plupart des djihadistes de nationalité française sont restés plus que cela. Beaucoup y sont même restés tout court, la mortalité étant particulièrement élevée dans cette guerre.
Il n’est certes pas prouvé que les instructeurs issus de l'armée française chargés de former les rebelles dans les camps d'entrainement aient rencontré les "volontaires" français issus de nos banlieues. Nous n'avons pas encore de témoignages directs à ce sujet. Mais il est bien évident que, pour des raisons pratiques, c’est à des instructeurs français qu’ont dû être confiés les volontaires francophones.
L'idée de donner la carte du combattant, avec tous les avantages afférents, aux djihadistes de retour au pays n’est donc pas absurde.   
Quoique l'engagement français ait commencé sous Sarkozy et Juppé, il a pris une ampleur encore plus grande sous Hollande. C'est donc à lui, tant qu'il est encore président, de prendre la mesure de justice élémentaire que nous préconisons.  
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Devoir des politiques, droits des journalistes ?
 
Il y a des moments de grâce intellectuelle dans la vie.
Quand les préoccupations du Pouvoir rejoignent, par exemple, celles du commun des citoyens et que "La Communication selon Macron" (Le magazine du Monde) interpelle ceux qui se passionnent pour les débats politiques et médiatiques.
Cette coïncidence est heureusement ressentie par un extraverti comme moi qui éprouve de l'admiration pour les systèmes comme celui de l'Elysée, à l'heure actuelle capable de discrétion, de retenue, muré sans la moindre mauvaise conscience dans une communication totalement maîtrisée.
Et, surtout, déterminé à ne plus laisser la main aux journalistes politiques mais à changer le rapport de force avec eux.
Pour la visite au Mali, certains auraient été choisis au détriment d'autres. L'Elysée a démenti.
 
Mais la tendance est claire. Avant la présidence d'Emmanuel Macron, les politiques, notamment les plus hauts d'entre eux, avaient des devoirs et les médias des droits. Les premiers étaient tenus de se plier aux désirs d'information éperdue des seconds et ceux-ci avaient toute latitude pour s'ébrouer comme ils l'entendaient dans le champ démocratique. Ouvrir grand les portes et à tous étaient la règle et qui n'adhérait pas à cette universalité absurde n'était pas un bon républicain.
Avec le nouveau président de la République, les choses apparemment ont radicalement changé.
On a le droit de rêver. Pour moi qui suis moins passionné par l'univers médiatique que par la réflexion, après-coup, sur lui, je songe à la volupté de pouvoir se constituer sur tous les sujets, notamment politiques et judiciaires, un aréopage de professionnels dont la qualité et l'intelligence seraient garanties. Et dont on serait assuré que rien d'absurde ne sortirait des entretiens, des échanges. ll pourrait y avoir Caroline Roux, Yves Calvi, Frédéric Taddéï, Serge Moati, Christophe Jakubyszyn, Frédéric Rivière, Audrey Crespo-Mara... Et évidemment Michel Field.
Si je termine par ce dernier, faisant référence au journaliste unique qu'il a été, peut-être trop intelligent - quel compliment ! - pour une mission de pur questionnement, c'est pour dénoncer les polémiques grotesques - défiance après défiance - dont il est accablé depuis qu'il œuvre aux côtés de Delphine Ernotte. Oser lui reprocher en particulier un article remarquable et critique (Libération) sur la manière dont France 2 avait rendu compte de la campagne présidentielle était d'autant plus aberrant, outre le corporatisme étriqué que cette dénonciation manifestait, que Field s'incriminait avec les autres et proposait une vision lucide se fondant sur les rares faiblesses d'aujourd'hui pour préparer la totale excellence de demain.
 
Dans "la communication selon Macron", j'apprécie que les interviews politiques soient relues mais qu'en revanche les entretiens traitant de la pensée, de la littérature, de la philosophie soient les seuls pour lesquels on fasse toute confiance à l'interlocuteur. Ainsi, questionné sur ce registre par Jérôme Garcin (L'Obs), Emmanuel Macron n'aurait jamais eu l'idée saugrenue de solliciter une relecture.
Cette manière de remettre le journalisme politique français à sa place me déplaît d'autant moins qu'elle détruit une trop haute conception qu'il a de lui-même, perçoit sa fiabilité relative dans l'analyse et les commentaires - quels sont véritablement les journalistes capables de damer le pion aux citoyens éclairés ? - et met en pièces cette surabondance de l'information continue qui s'imagine approfondir parce qu'elle répète. Alors que, se répétant, elle se prive inéluctablement de profondeur.
Un quidam dénonçant ces insuffisances est vite qualifié d'aigri ou de jaloux mais quand un pouvoir respecté fait le même constat et officiellement en tire les conséquences, une forme de noblesse tombe sur le thème et on a le droit de se réjouir modestement d'avancées dont on a été l'un des nombreux artisans civiques.
 
Il ressort que les politiques n'ont pas que le devoir et les journalistes les droits. Ceux-ci, pour le FN comme pour toutes les manifestations de leur belle mission, ne sont à la hauteur de ce qu'ils exigent comme une automatique considération qu'à condition de faire preuve d'un certain nombre de vertus intellectuelles et morales. De pluralisme et d'honnêteté. L'honneur d'être journaliste se révèle après, pas avant l'obstacle.
J'espère que cette rareté de la parole présidentielle, cette "communication selon Macron" ne surgissent pas seulement maintenant pour éviter tout couac avant les élections législatives mais qu'elles dureront parce qu'elles ne sont pas pour rien, en si peu de temps, dans l'adhésion majoritaire au nouveau style présidentiel.
On avait besoin de respirer un autre air, d'une autre ère.

Paru sur www.philippebilger.com, 21 mai 2017
Publié dans Du côté des élites
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Présidentielle 2017 : une euphorie trompeuse et dangereuse
 
Dans l'histoire de France, un certain nombre d'événements politiques ont donné lieu à des scènes de liesse, souvent de courte durée. Maxime Tandonnet met en perspective l'élection présidentielle de 2017 avec ces événements.
 
Le passage de la déprime à l'euphorie collective, la béatitude, l'extase est une constante du caractère français et de l'histoire politique de la France contemporaine. Dans ces moments-là, toute manifestation de réserve ou de préoccupation pour l'avenir expose son auteur à l'opprobre, à l'exclusion et aux insultes. Au mieux, il est ringard, pessimiste, aigri, chagrin, jaloux, vieux, homme du passé, dépassé, rabougri, grincheux. Au pire, le voilà étiqueté de traître, réactionnaire, fasciste... Il est étrange de constater comment, de siècle en siècle, les mêmes phénomènes d'hystérie joyeuse se retrouvent avec constance. Mais bien souvent, les manifestations de joie, de bonheur retrouvé, d'allégresse nationale, forment un écran de fumée qui masque les désastres en train de germer. Faut-il se taire pour échapper à la vindicte, au risque de se voir traiter d'oiseau de malheur ?
 
14 juillet 1790 : la fête de la Fédération donne lieu à des scènes de liesse à Paris, de la part de délégations de patriotes venues de toute la France. Qui imagine la Terreur trois ans plus tard, la loi des Suspects, la grande Terreur, la guillotine, les massacres de Vendée, puis les guerres napoléoniennes, les centaines de milliers de morts et le désastre final ?
 
Février 1848, la chute de Louis-Philippe après une brève révolution, donne lieu à de fabuleuses scènes d'allégresse, Lamartine proclame la Seconde république, célèbre la bonté, la générosité, le progrès l'humanisme, "l'optimisme". L'heure est à la plantation des "arbres de la liberté", une ère nouvelle s'ouvre pour la France. Quatre mois plus tard, la fermeture des Ateliers nationaux provoque un effroyable bain de sang à Paris et Louis-Napoléon Bonaparte, élu président de la République, se met en marche vers le coup d'État et l'abolition de la République.
 
3 août 1914, à l'aune de "l'Union sacrée", les politiques annoncent que la guerre "sera courte" et les cris de "à Berlin !" retentissent dans les gares. Qui prévoyait que ce conflit allait plonger l'Europe dans l'enfer des tranchées, l'atroce calvaire des Poilus, provoquer 15 millions de morts, combien de mutilés, de veuves et d'orphelins ? 11 novembre 1918, le vertige de la Victoire, après tant de souffrances submerge la France. La "Der des Der" n'était pourtant pas la dernière. Qui voyait alors que le triomphe recelait un siècle de malheur dominé par la montée des barbaries totalitaires, soviétique, fasciste et nazie ?
 
29 et 30 septembre 1938, la signature des accords de Munich entre Daladier, Chamberlain, Mussolini et Hitler engendrent l'illusion que la "paix est sauvée". La classe politique (à l'exception d'une infime poignée d'hommes politiques de droite et du parti communiste) et la presse dans son ensemble les approuvent. Paris-Soir lance une souscription pour offrir une maison de la paix à Biarritz au Premier ministre britannique. La foule est enthousiaste et des scènes d'hystérie enflamment les rues de la capitale. Rares étaient les hommes et femmes qui sentaient, par-delà l'enthousiasme collectif, se profiler l'apocalypse de la deuxième guerre mondiale et ses 50 millions de morts.
 
Les grandes scènes d'enthousiasme collectif de ces dernières années ne sont évidemment pas à la dimension de ces moments d'histoire. Pourtant, à une échelle minuscule, leur nature est ressemblante : l'extase qui rend aveugle et masque les dangers de l'avenir.
 
12 juillet 1998, la victoire de la France en coupe du monde de football provoque une gigantesque flambée de bonheur national autour de l'équipe de France, symbole de la nation réunifiée, que Jacques Chirac reçoit à l'Élysée. Qui imaginait alors les crises des banlieues, la révolte d'octobre 2005, la montée des haines, de la violence, des communautarismes, du repli identitaire et du vote extrémiste en France ?
 
Ces derniers jours, la France d'en haut, médiatisée, visible, officielle, communie dans un indescriptible enthousiasme, et quasi unanime, à propos de l'élection du plus jeune président de l'histoire, de la faillite des "vieux partis" et de la recomposition politique en marche... Après la déprime de ces dernières années, l'heure est de nouveau à l'optimisme et à l'allégresse médiatique. Il devient incongru de s'interroger sur les ambiguïtés de la situation politique actuelle :
- Le danger pour la démocratie de l'émergence d'un vaste centre, absorbant les modérés de droite et de gauche, favorisant la démagogie et la tentation du recours aux extrémismes de droite comme de gauche.
- Les inconvénients d'une "pensée unique", bruxelliste (plutôt qu'européenne), ultralibérale, anti-frontières, qui ne peut qu'aggraver la fracture entre la France dite "d'en haut" et la France dite "d'en bas", réduite au silence, frappée par la crise sociale et le sentiment d'exclusion.
- Les manipulations autour d'une fausse nouveauté, celle d'un gouvernement par un vaste centre aux contours indistincts, dominé par les calculs politiciens, qui renvoie au souvenir du parti radical sous la IIIe République, sombrant dans l'instabilité, l'impuissance et l'indécision face aux périls les plus effroyables.
La seule vraie nouveauté dans la vie politique de ce pays tiendrait à la réhabilitation d'un mot, désormais ringardisé : celui de vérité.

Paru sur Figarovox, 19 mai 2017
Publié dans En France
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L'identité de l'imam
 
Le 29 mars dernier, le Conseil Français du Culte musulman (CFCM) a annoncé l’adoption d’une "Charte de l’imam", demandant à tous les imams qui exercent leurs fonctions sur le territoire national de l’accepter et de s’y conformer. Or, dès le lendemain, plusieurs personnalités et fédérations (celles-ci regroupent les musulmans en fonction de leur pays d’origine ou de leur allégeance idéologique) ont protesté contre cette initiative. Pour Kamel Kebtane, natif d’Algérie et recteur de la Grande Mosquée de Lyon, "il s’agit d’un véritable contrat de travail, imposé de façon unilatérale, alors que les statuts du CFCM ne l’autorisent pas à s’ingérer dans les affaires des mosquées" (L’Express, 30/3/2017). Cependant, d’après Anouar Kbibech, qui cumule les présidences du CFCM et du Rassemblement des Musulmans de France, lié au Maroc, les instances de toutes obédiences ont été consultées avant l’adoption de cette charte (La Croix, 31 mars 2017).
[…]
 
Dans une société habituée au catholicisme, comme la France, il peut être tentant de considérer l’imam comme l’équivalent du prêtre. Or, l’islam ignorant toute médiation entre Dieu et les hommes, le sacerdoce ne s’y justifie pas. En effet, dans l’Eglise, le prêtre est investi d’un pouvoir sacerdotal qui le rend apte, par l’ordination, à dispenser la grâce divine à travers l’administration des sacrements et à exercer une paternité spirituelle, charisme inconnu dans l’islam.
On entend fréquemment dire qu’ "en islam il n’y a pas de clergé". Cette affirmation manque de clarté ; elle tend à confondre clergé et sacerdoce. En fait, il existe des personnes exerçant des fonctions dans le domaine de la religion. Mais ce sont des laïcs, des hommes "de religion" et non pas des "religieux" car l’islam méconnaît la vie consacrée (monastique ou apostolique) et donc l’engagement envers Dieu par des vœux (pauvreté, obéissance et chasteté).
"Tous les textes [sacrés] sont unanimes sur ce point : l’imamat est une pure fonction, souvent transitoire, interchangeable et relayable. Il n’y a rien, absolument rien, qui puisse rappeler une quelconque ordination", écrit le professeur Ralph Stehly dans La formation des cadres religieux musulmans en France, ouvrage dirigé par Franck Frégosi (éd. L’Harmattan, 1998, p. 27).
Dans l’islam sunnite, l’imamat se réfère au culte, tandis que dans le chiisme, il revêt une bien plus grande importance.
 
Etymologie
Le mot imâm dérive de la racine verbale amma, commune à toutes les langues sémitiques, qui signifie "être à l’avant", "marcher en tête". "A l’origine, l’imam était le convoyeur des caravanes […]. Dans le Coran, le mot acquiert une signification religieuse". Il équivaut à "guide" (Slimane Zeghidour, L’islam en 50 mots, Desclée de Brouwer, 1990, p. 51).
 
La fonction
L’imam n’est pas quelqu’un qui se situe "à part" par rapport aux fidèles ; il ne se distingue de ceux-ci que par la fonction qu’il exerce. Même s’il est considéré comme le plus instruit en matière religieuse, il ne s’agit pas là d’une condition absolue pour être imam : la piété a souvent plus d’importance que la science.
Le rôle de l’imam consiste d’abord à présider la prière rituelle (salât ) du vendredi, rite qui se déroule à haute voix dans la mosquée, face à la niche du mihrâb indiquant la direction de La Mecque. Comme les cinq courtes oraisons quotidiennes obligatoires, cette prière hebdomadaire, beaucoup plus longue, n’est valide que si elle est récitée en arabe, langue du Coran. Elle est précédée d’un sermon (khotba) que l’imam prononce en chaire (le minbar) et pour cela toutes les langues conviennent. En milieu musulman, ceux qui sont empêchés de se rendre à la mosquée peuvent entendre les paroles de l’imam car celles-ci sont retransmises par haut-parleur disposé au sommet du minaret.
 
Le prêche de l’imam peut comporter des aspects aussi bien religieux que juridiques ou politiques puisqu’il s’aligne sur les enseignements du Coran et de la Sunna (Tradition mahométane) : appel au djihad, rejet de la laïcité, recommandation aux maris de frapper leurs épouses, méfiance envers les juifs et les chrétiens, … etc.

Certains pays ont instauré un contrôle des sermons, en particulier là où les imams sont des fonctionnaires nommés et rémunérés par l’Etat ; il arrive même que les instances officielles chargées du culte imposent un texte obligatoire à tous les imams du pays, par exemple pour soutenir le parti au pouvoir. Tel est notamment le cas en Turquie, qui dispose de 80 000 imams, diaspora comprise.
L’imam préside également les prières des grandes fêtes du calendrier religieux musulman et les inhumations rituelles.
 
Conditions pour être imam
Le droit musulman classique (fiqh) a posé des règles pour l’exercice de la fonction d’imam : être musulman, adulte, et avoir un minimum de connaissance du Coran, au moins des sourates et versets utilisés dans la prière rituelle. Mahomet aurait dit à ce sujet :
"Que vous dirige celui qui est le plus expert en récitation du Coran". Il aurait aussi interdit à quiconque de s’imposer imam : "Qu’aucun imam ne dirige la prière s’il s’est choisi lui-même, contre le gré des fidèles ou contre leur volonté, sans les consulter" (cité in F. Frégosi, op. cit., p. 29-30).

Dans les assemblées mixtes, étant entendu que les femmes sont obligatoirement cachées derrière un rideau, l’imam doit être un homme. Mahomet a émis un précepte formel à ce sujet :
"Une femme ne doit jamais conduire les hommes dans la prière" (ibid., p. 91). Le juriste Malek bin Anas (m. 795), fondateur de l’école de droit malékite, a complété cette interdiction en ces termes : "La présidence de la prière par une “imame” est totalement blâmable ". Selon un autre juriste, Chafei (m. 820), fondateur de l’école chaféite, "si une femme dirige la prière d’un groupe mixte, la prière des femmes est valable mais pas celle des hommes et des garçons » (ibid., p. 31-32).
Cependant, aujourd’hui, certains pays, comme l’Egypte, autorisent des femmes à tenir le rôle d’imam pour des assemblées féminines. Le Maroc et l’Algérie ont créé la fonction de "mourchidate "(guide), exercée par des femmes ; diplômées en sciences islamiques, elles interviennent dans les mosquées, les écoles, les hôpitaux et les prisons pour conseiller et prévenir la radicalisation.
 
Traditionnellement, l’imam était choisi par la communauté au sein de laquelle il vivait. Aucune formation spécifique n’était exigée de lui et il ne relevait d’aucune autorité. A notre époque, la fonction d’imam s’est professionnalisée. Les candidats à l’imamat suivent donc une formation appropriée, sanctionnée par un certificat. En même temps, on assiste à la multiplication d’imams auto-proclamés qui dispensent souvent leur enseignement par les réseaux sociaux, échappant ainsi à tout contrôle des pouvoirs publics.
 
Il existe dans le sunnisme une institution prestigieuse, El-Azhar, située au Caire (Egypte) et constituée d’une mosquée, d’une université et d’un réseau d’écoles. Son principal responsable, actuellement Ahmed El-Tayyeb, porte le titre de "grand-imam". Il est nommé par le chef de l’Etat. Son rôle dépasse donc largement les seules attributions liées au culte.
 
L'imam dans le chiisme
Dans cette branche de l’islam (minoritaire mais rivale historique du sunnisme, cf. A. Laurent, L’Islam, pour tous ceux qui veulent en parler, éd. Artège, 2017, p. 43-45), le titre d’Imam est attribué au guide de la communauté (Oumma). Il est en quelque sorte l’équivalent du calife sunnite. Le premier Imam fut Ali, cousin et gendre de Mahomet, quatrième successeur de ce dernier.
 
Le rôle de l’Imam, à la fois religieux et politique, est central. Le titulaire de l’imamat "détient, à l’exception de la révélation [coranique], toutes les prérogatives du Prophète" (Henri Laoust, Les schismes dans l’Islam, Payot, 1977, p. 417). "Ainsi, tout en étant infaillible et possédant la qualité de meilleur des hommes, l’Imam est le médiateur entre les hommes et Dieu, le dépositaire de la loi, le facteur d’unité de la communauté, le chef de la cité" (Mohammad-Reza Djalili, Religion et révolution, Economica, 1981, p. 17). Lors de la révolution iranienne (1978-79), l’ayatollah Khomeyni s’est imposé au sommet de la hiérarchie cléricale chiite en se donnant le titre d’ "Imam".

Paru dans La Petite Feuille verte de l'Association Clarifier, adressé par l'auteur, 15 mai 2017
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Saisirons-nous la fenêtre d’opportunité en Syrie ?
 
Depuis cinq ans, je répétais que nos gouvernements avaient "tout faux" pour leur politique en Syrie. Après avoir cru que le président Assad ne ferait pas plus le poids que Ben Ali en Tunisie, nos gouvernements successifs ont soutenu des groupes apparentés à ceux que nous combattions en Afghanistan et en Afrique, au Sahel notamment. Aujourd’hui, il est clair que le président Assad est en train de vaincre : les positions tenues par ses opposants se réduisent chaque jour. Finalement ses adversaires sont regroupés en deux entités : ceux proches de Daech - le califat islamique -, et l’Armée syrienne libre soutenue par les Etats-Unis. Et cette Armée syrienne libre se garde bien de s’en prendre à Bachar el Assad et aux territoires qu’il contrôle. Je dirai qu’il existe une connivence entre cette Armée syrienne libre et les forces de Bachar el Assad. Bien des soutiens imprudemment accordés par les Occidentaux ou des pays musulmans à des groupes souvent fictifs ont pratiquement cessé.
Il y a pour le nouveau gouvernement français une fenêtre d’opportunité à saisir sans tarder, si nous voulons reprendre en Syrie l’influence qui fut la nôtre jusqu’en 2011. Il faut admettre les fautes commises par le Président Hollande, et ses Premiers ministres depuis 2012. Il faut revenir au principe de réalité : Bachar el Assad est certes un dictateur, mais il ne sera pas renversé à court ou moyen terme. Et nul n’est en mesure de le remplacer.
Il faut rouvrir notre ambassade à Damas.
Il faut reprendre langue avec l’armée et les services syriens.
Il faut coordonner nos actions et les leurs.

18 mai 2017
Publié dans En France
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Provocations
 
On se demande ce qui peut bien pousser l’ "Occident", entendez les Etats Unis et l’Union Européenne, à prendre des mesures à l’égard de pays faisant partie de la zone d’influence russe, qui ne peuvent apparaître que comme des provocations et compliquent encore les relations entre les deux blocs.
Le Monténégro, ce minuscule Etat de 660 000 habitants situé en bordure de l’Adriatique va intégrer l’OTAN en tant que 29ème Etat membre de l’alliance. Le sénat américain a en effet donné son feu vert le28 avril.
Le Monténégro, ancienne république de la Yougoslavie, a fait sécession de la Serbie en 2006. Depuis la Russie y exerçait une forte influence économique par ses investissements et comme destination touristique. Puis il s’est rapproché de l’Europe, il a même soutenu les sanctions contre la Russie.
L’ambition du Monténégro est d’intégrer l’Union Européenne, sa monnaie de fait est déjà l’Euro. Il mène le processus d’adhésion à l’Union mais doit encore régler des problèmes liés à la criminalité, à la contrebande, à la corruption et à la liberté de l’information, vaste programme : la Commission Européenne estime que le Monténégro à fait des progrès significatifs, et propose que lui soit accordé le statut de "candidat à l’adhésion"
La Russie est évidemment furieuse et on le comprend, l’admission de l’OTAN de ce micro Etat loin des frontières russes et l’objet d’aucune menace, n’a aucune justification autre que de contrer la Russie et on ne voit pas l’intérêt de l’Union Européenne à s’encombrer encore d’un nouveau membre qui sera suivi ensuite par le Kosovo, la Macédoine…

Mais le Monténégro n’est pas la seule pomme de discorde entretenue par les Etats Unis avec la Russie : dans le texte de son budget mention est faite de  "l'occupation russe des territoires géorgiens d'Abkhazie et d'Ossétie du Sud ". En conséquence, cette législation interdit le financement de tout programme ou de tout état qui encourage cette "occupation" ou qui "viole la souveraineté et l'intégrité territoriale de la Géorgie".
On se rappellera qu’en août 2008 le président géorgien Mikheil Saakachvili encouragé par les Etats Unis et par Bernard Henri Levy, avait fort imprudemment cherché à reconquérir ses provinces sécessionnistes russophones d’Abkhasie et d’Ossétie du sud, ce qui avait immédiatement déclenché une réaction militaire russe et l’indépendance des deux provinces reconnue seulement par la Russie, le Venezuela et quelques micro-Etats.
Depuis la Géorgie frappe à la porte de l’Europe en signant un accord d’association et en espérant la libéralisation des visas.
 
Justement l’Union Européenne vient d’exempter les Ukrainiens de visa pour entrer dans l’espace Schengen. Ce régime a été adopté le 11 mai par le Conseil de l’Union européenne. Donc à partir de juin, les 45 millions d’Ukrainiens pourront se rendre dans l’espace Schengen sans visa pour un séjour d’une durée de 90 jours.
Dès le mois de décembre 2015, la Commission européenne avait constaté que l’Ukraine remplissait tous les critères requis. Parmi les conditions fixées par Bruxelles, le Parlement ukrainien avait notamment dû adopter une législation "contre les discriminations au travail liées à l’orientation sexuelle". On admirera le prétexte retenu qui montre que l’Europe est plus préoccupée de considérations droitdel’hommesques que d’intérêts économiques ou politiques. Rappelons que ce pays failli, corrompu et en guerre civile avait déjà signé avec l’Europe un traité d’association. Il semble que Paris et Berlin aient particulièrement trainé les pieds, craignant les réactions de leurs opinions publiques, ils auraient mieux fait de mettre leur véto.
 
Voilà trois mesures qui ne peuvent qu’être considérées par la Russie comme des provocations voire des agressions.
Quand comprendra-t-on qu’il n’est absolument pas de l’intérêt de l’Europe, poussée par les Américains, de s’étendre indéfiniment vers l’est dans le but de contester au président Poutine sa zone d’influence et que par contre, tout le monde aurait intérêt à une normalisation des rapports entre l’Europe et la Russie même si cela déplait à Monsieur Trump. Finalement le Président Poutine a plus de légitimité démocratique dans son pays qu’un autre président souhaité par seulement vingt cinq pour-cents des électeurs. De toute façon jamais la Russie ne lâchera la Crimée, il faut tourner la page. Nous n’avons pas à prendre part aux querelles d’Allemands que les Etats-Unis entretiennent, on ne sait pourquoi, avec la Russie.

Paru sur dejudasatartuffelettresaumonde.hautetfort.com, 17 mai 2017
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Stratégie chinoise, paralysie européenne
 
A Pékin, les 14 et 15 mai 2017, devant vingt-neuf chefs d’État ou de gouvernement et des délégations venues du monde entier, Xi Jinping a présidé un forum sur le projet stratégique qui lui tient le plus à cœur : les "nouvelles routes de la soie". Annoncé par le président chinois dès 2013 dans un discours tenu au Kazakhstan, ce programme gigantesque d’extension des voies commerciales sur le continent eurasiatique, ce trait d’union maritime et terrestre entre le Pacifique et la Baltique, entre les mers de Chine et la Méditerranée, est communément appelé OBOR (One Belt, One Road), soit une ceinture (terrestre) et une route (maritime). En fait, la vision chinoise est aujourd’hui de deux routes maritimes et trois routes terrestres (certaines incluant l’Inde ou la Russie, d’autres non, etc.). L’idée stratégique de l’ "atelier du monde" est simple : sécuriser son approvisionnement en matières premières ainsi que les voies d’exportation de ses marchandises.
Xi Jinping a promis d’injecter immédiatement 128 milliards de dollars dans le projet. Mais l’objectif à long terme des Chinois est de rassembler 4 000 milliards de dollars pour construire de nouvelles infrastructures - voies ferrées, ponts, routes, tunnels, ports - visant l’acheminement d’un quart du commerce mondial et portant sur un espace où vivent 63 % des habitants de la planète. Les nouvelles infrastructures de la route maritime de la soie, incluent des ports aussi différents que Gwadar (ouest du Pakistan), Colombo, Djibouti ou Le Pirée.
 
Xi Jinping a insisté sur le côté pacifique de l’OBOR. On n’a pas de peine à le croire, tant on sait que les Chinois préfèrent se voir en commerçants qu’en guerriers. Contrairement à l’Amérique et à la Russie, la Chine contemporaine n’a pas de grande victoire militaire à son actif. Elle ne cherche pas à briller par les armes - même si elle sait utiliser l’intimidation militaire dans sa quête du contrôle de la mer de Chine méridionale. Elle veut devenir le suzerain incontesté de toute l’Asie, mais par une stratégie à la Sun Tzu, c’est-à-dire en poussant l’adversaire à renoncer de lui-même à la bataille.
Aux pays que traversent les "nouvelles routes de la soie", les Chinois disent : "Investissons ensemble, pour un profit commun. Mais si vous êtes trop pauvres, ce n’est pas grave, nous sommes prêts à investir tous seuls !" En Europe, c’est un discours qui ne passe pas bien. Certains Européens répondent en souriant : "Vous voulez que nous investissions ensemble dans les infrastructures qui vous permettront de mieux encore nous envahir commercialement ?" Mécontents d’une Chine qui n’est libre-échangiste que quand cela l’avantage, les délégations allemande, française, espagnole, portugaise et grecque ont refusé de signer le communiqué final du forum de Pékin.
 
Mais, en Asie, c’est un discours qui fonctionne mieux. En fin stratège, Xi Jinping s’est engouffré dans la brèche très imprudemment créée par Donald Trump à la fin janvier 2017, lorsqu’il abandonna unilatéralement le traité transpacifique TPP. Cet accord de libre-échange commercial, fondé sur des bonnes pratiques environnementales, financières et sociales, réunissait, autour de l’Amérique, des pays à forte croissance potentielle : Australie, Brunei, Canada, Chili, Japon, Malaisie, Mexique, Nouvelle-Zélande, Pérou, Singapour et Vietnam. Obama l’avait signé, mais le Sénat ne l’avait pas encore ratifié.
L’Inde et le Japon sont les seuls pays asiatiques à avoir boycotté le forum de Pékin. Mais les raisons en sont principalement politiques : Delhi n’apprécie pas que l’une des routes terrestres de la soie passe par le Cachemire pakistanais, territoire disputé depuis 1947. L’alliance stratégique entre le Pakistan et la Chine est ancienne et profonde - les Chinois n’hésitant pas à la comparer à la relation entre Israël et les États-Unis. Les Indiens redoutent aussi l’ascendant que pourraient prendre les Chinois sur l’île de Ceylan. En froid avec Pékin en raison d’une dispute territoriale en mer de Chine orientale, les Japonais voient dans OBOR un instrument de l’hégémonisme politique chinois.
 
Face à cette montée en puissance de la Chine - raisonnée, progressive, souple et sereine -, l’Union européenne brille par son absence de stratégie. En matière commerciale, les États-Unis ont une forme de stratégie : ils sont devenus opportunistes. Libre-échangistes et protectionnistes alternativement, au gré de leurs intérêts immédiats. Le 11 mai 2017, ils ont d’ailleurs passé un mini-accord avec Pékin, notamment dans le domaine agroalimentaire.
En matière commerciale, l’UE a remarquablement réussi sur le plan intérieur (le marché unique). Il lui reste à trouver et à appliquer une vraie stratégie face au monde extérieur.

Paru dans Le Figaro, 16 mai 2017
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Le parrain d’Emmanuel Macron
 
Un consultant du nom d’André Archimbaud a écrit un papier sur l’élection présidentielle intitulé : "France : Soros 66 %, Poutine 34 %". Le papier est mauvais mais le titre est bon. Soros a gagné l’élection présidentielle. Poutine a perdu. Soros est le parrain putatif d’Emmanuel Macron. Les choses sont plus compliquées que la présentation qui en est faite ci-dessous mais le temps est venu de "déconstruire" la déconstruction.
 
George Soros, milliardaire bien connu pour avoir fait chuter la livre sterling en septembre 1992, est un hongrois, naturalisé américain. Il est le fondateur de l’Open Society Institute dont l’objet officiel est la promotion de la démocratie et des droits de l’homme. Derrière ce vocable innocent se cache une volonté de régir le monde par l’uniformisation de la pensée et des cultures. Voilà pourquoi Emmanuel Macron a déclaré effrontément qu’il n’y a pas de culture française et que la colonisation est un crime contre l’humanité. Il était dans son rôle de "young leaders" (le lecteur intéressé découvrira que Bill Clinton, Barack Obama, Tony Blair, David Cameron et Matteo Renzi furent aussi des "young leaders" en leur temps, tous jeunes, inexpérimentés, et malléables). Il fallait s’y attendre, les remarques du jeune candidat firent des vagues, à tel point qu’il dut rétropédaler pour effacer la gaffe. Mais, le mal était fait et donnait un parfait exemple de déconstruction. Ces thèmes culturels réapparaitront dans le futur avec le même objectif : déconstruire. Déconstruire la culture qui a fait la France (et l’Europe) pour la remplacer par un nihiliste consumériste et hollywoodien… par toutes ces choses merveilleuses qu’une certaine Amérique exporte volontiers… Hébété par ce matraquage médiatique le peuple ne pensera plus par lui-même.
 
Entre-temps, le jeune président entamera des réformes économiques et sociales pour mettre la France à l’heure de la mondialisation ce qui en soit est une bonne chose… le monde évolue et nous devons évoluer avec lui… encore faut-il que cela se fasse dans le respect de nos traditions et coutumes. C’est là que le bât blesse : il n’en est pas question, la France devra les abandonner. Plus d’appellations contrôlées, de camembert, de champagne, de Graves ou de Saint-Emilion. Des marques, uniquement des marques (Coca-Cola, McDonald, Frito-Lay, etc.) C’est l’objet de l’Accord de libre-échange transatlantique (TTIP) que Donald Trump a annulé. Rassurez-vous, il réapparaitra. En fait, il est déjà là avec le Ceta – l’accord commercial que l’Union européenne a signé avec le Canada. C’est le petit frère du TTIP. Il agira sur la culture européenne par le commerce. Un rêve, direz-vous ? Non. John Quincy Adams, sixième président des Etats-Unis, missionna l’ambassadeur américain à Ottawa pour qu’un accord commercial soit conclu avec le Canada. Cela en fit un dominion. Note : les Etats-Unis tentèrent la conquête du Canada par les armes en 1812. Ce fut un échec. Le commerce se révéla plus sûr et moins couteux.
 
Revenons à la France. Pour garantir l’élection de Macron, on fit trébucher Fillon. Battre Le Pen fut un jeu d’enfant. Les Français eurent alors le choix entre la peste et le choléra. Ils optèrent pour la peste. On est tenté de paraphraser Churchill : ils choisirent la peste pour éviter le choléra. Ils auront la peste et le choléra. On pense aussi à Daladier qui, acclamé par les parisiens à son retour de Munich, marmonna : "les cons".
 
Cette volonté de domination de George Soros est partagée par David Rockefeller, le fondateur du Bilderberg groupe et de la Commission trilatérale. Les modalités de leurs projets respectifs divergent mais l’objectif est le même : l’établissement d’un gouvernement mondial au service d’une ploutocratie. Jacques Attali le verrait bien à Jérusalem.
 
En résumé : les choses sont plus compliquées que ne le laisse entendre cette note, mais l’essentiel y est. Nous sommes confrontés à une déconstruction de notre monde. Face aux Soros qui veulent effacer de notre mémoire collective la Renaissance, le Siècle des Lumières et bien d’autres choses encore, Poutine se fait l’avocat de notre passé et de notre culture. Rappelons qu’il est le produit d’un système que se voulait universaliste et déconnecté du monde ancien (c’est entendu : Poutine n’est pas un saint, mais les présidents américains non plus, et les dirigeants européens pas davantage). Cet attachement à la tradition n’interdit pas le changement, mais il exclut toute domination du monde par un petit groupe d’individus quel qu’il soit.
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Technique de gouvernement et gouvernement technique
 
Entre la Droite "la plus bête du monde" et une Gauche sans boussole, une vaste esplanade de possibilités est ouverte à la recomposition du paysage politique français dans ses instances les plus élevées (Assemblées – Exécutif) tout en conservant le solide et puissant socle des représentations territoriales sur lequel s'appuie la réalité du pays. L'astuce est là : on change sans détruire.
Notre Grand Elu nouveau semble avoir – dans son cerveau bien fait et avec son équipe – efficacement assimilé les leçons du passé, la stratégie des verrous et des ouvertures ainsi que l'art de contourner les blocages. Les différentes tentatives de "gouverner au Centre" ont toujours échoué en France, ou du moins, ont été éphémères, dévorées par leurs deux ailes et réduites à l'immobilisme en raison de la fuite des soutiens parlementaires. L'exemple le plus terrible est celui de Raymond Barre lequel, au-delà de sa grande compétence et de ses bonnes intentions, sans parti, sans argent et sans équipe bétonnée, n'a jamais franchi la barre de l'élection présidentielle.
Aujourd'hui, ces leçons ont été assimilées : bien qu'un peu brusque et peut être pas assez "ancré" dans la France profonde, un Mouvement a été mis en place, sitôt transformé en Parti dès l'élection accomplie ; la chasse au personnel fidèle et compétent, engagée depuis des mois ainsi que le financement de l'opération et ses objectifs sont clairement définis.
 
La difficulté réside désormais dans l'appréhension de la nouveauté par les opposants : les rancœurs, les haines farouches, les trahisons, la peur ou la panique d'avoir perdu ou de risquer de perdre un poste, un siège, une sinécure, le scepticisme, l'instinct de destruction (si fort en politique), le goût immodéré de la chicane, la franche détestation de la nouveauté, la crainte de toute réforme même minime, la perte des réalités... tout cela forme un bloc de béton mental qu'il va falloir dynamiter... avec des pétards procéduriers et juridiques dont le maniement relève de la performance permanente. La France aime la castagne politique. Comme l'exprime un grand juriste (Chagnolleau) "La France est le pays de l'Affrontement, alors que l'Allemagne est devenue celui de la Conciliation".
Ce que le jeune Président a peut-être dans la tête, est l'exemple nordique – notamment finlandais – une réussite constante et toujours efficace qui sort régulièrement ces sociétés des impasses ou des gouffres vers lesquelles elles se dirigeaient : la recette est à la fois simple et complexe :
Sous la houlette énergique d'un Président de la République (Finlande) ou d'un Premier Ministre s'appuyant sur la bienveillance du souverain héréditaire (Pays Bas, Norvège, Danemark, Suède), est constitué un Gouvernement d'Union Nationale ou bien un Gouvernement d'Urgence, ou encore un Gouvernement Technique (les 3 appellations sont reçues), ce dernier terme est surtout employé dans l'impossibilité d'obtenir une majorité parlementaire : les différents Partis sont priés de mettre leurs idées vengeresses et leurs opinions opposées au placard, et de gouverner ensemble – au mieux – dans l'intérêt du pays. Le chef d’État ou de gouvernement choisit ce qu'il estime être "les meilleurs dans leur spécialité" dans chaque tendance et les oblige à l'univocalité réformatrice en trouvant et mettant en œuvre les meilleures solutions pour sortir du marasme. Et ça marche !…
 
Il faut, bien sûr, l'assise d'une majorité ou d'une union parlementaire (c'est ce qui est recherché depuis dimanche dernier), permettant de légiférer ou de faire passer des ordonnances et décrets autoritaires pour "aller vite". Dans un délai correct (généralement un an) ces mesures d'urgence sont, soit reconduites soit entérinées par un vote parlementaire qui les transforme en lois normales. C'est par ce moyen que la Finlande, longtemps si fragile, a pu éviter de retomber dans le filet des communistes en les marginalisant progressivement et sans émeutes, évité la faillite à plusieurs reprises ; que les Pays Bas ont tourné le dos à plusieurs crises et à une extrême droite mortifère, que les Suédois et les Norvégiens ont retrouvé une prospérité financière envolée. Winston Churchill a aussi joué cette carte à sa manière. Plusieurs pays dans le monde ont tenté ou pratiquent cette recette avec plus ou moins de succès.
 
Généralement et assez vite, les impétrants s'entendent parce qu'ils ont compris le sens du  pari et sa nécessité, aimant avant tout leur pays. C'est peut-être cela le problème français : nos politiques aiment-ils vraiment la France et non pas plutôt, leur carrière, leurs prébendes et leurs petites chamailleries ? Par ailleurs il ne faut pas se leurrer : ces pays nordiques sont de "petite population" avec un personnel politique assez peu nombreux : tout le monde se connaît et il est difficile de tricher ; ils sont majoritairement protestants, la discipline sociale est grande, les sanctions aux manquements sévères. Nos voyous politiques deviendront-ils des saints par la volonté de ce Président à la posture d'ange rédempteur et à la volonté de fer ? Nos prédicateurs politiques, nos procureurs télévisuels tablent sur l'échec, c'est à en être stupéfait. Bref, comme dit Bernard Blier citant Audiard : "c'est pas gagné, ma Poule" …
La tentative de l'Union large risque d'être constructive car elle offre une autre lecture de la situation française : le bord d'un gouffre à la grecque n'est pas loin. La réaction doit être vive et rapide, c'est ce qui est promis. La lente et implacable désindustrialisation de la France est une catastrophe et ce ne sont pas le tourisme de masse et les services à la personne qui vont à eux seuls, relancer la croissance. L'artisanat français est le plus remarquable de la planète : il est en train de mourir faute de formations et de recrutement. Les agriculteurs et les commerces indépendants sont pathétiques. Le système éducatif et celui de la justice sont en lambeaux, ne parlons pas de "la dette", des impôts et taxes et de tout le reste... Comme il a été dit dès le discours du Louvre "la tâche est immense". Un des baromètres essentiels et de réalité sera la première visite officielle chez Angela Merkel : elle fera peut-être taire les plus acharnés Cassandre.
Autre écueil : les électeurs, entre un élu local non macronisé, mais qu'ils connaissent et les représente assez bien et un candidat inconnu soutenant le Président, hésiteront. Qui choisiront-ils ? Donc jusqu'en Juin, la partie est délicate et rien n'est acquis. Reste l'énigme des Droites : c'est "Que choisir ?" version parlementaire… La patience est une grande vertu, surtout en politique : comme il a été écrit "celui qui gagne n'est pas le meilleur, c'est celui qui sait attendre le plus longtemps". Donc, attendons l'homme qui marche…
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