Magistro Beta

Switch to desktop Register Login

Quand Merkel devient un boulet pour ses alliés… et pour les siens
 
La baisse historique des chrétiens-démocrates de la CSU en Bavière est une conséquence directe de la politique d'ouverture aux migrants prônée par la chancelière
 
Ce n'est qu'une élection en Allemagne. Ce n'est qu'une élection en Bavière. Ce n'est même pas un changement de majorité : les chrétiens-démocrates de la CSU garderont le pouvoir. Bien sûr, ils perdent de leur superbe, au profit de partis sur leur droite, mais aussi sur leur gauche, avec les Verts. Et pourtant, c'est comme si l'église n'était plus au milieu du village.
L'Eglise, en Bavière, ce n'est pas rien. La CSU non plus, qui dirige le Land depuis l'après-guerre. Cette même CSU qui partage le pouvoir à Berlin quand la CDU occupe la chancellerie. Ce qui est le cas, bien sûr, avec Angela Merkel. Cette Merkel qui était leur assurance tous risques pour garder ses ministères et qui, depuis qu'elle a ouvert les bras aux migrants en 2015, est devenue leur boulet.
Les leaders bavarois ont pourtant tout fait pour se démarquer d'elle ; ils ont fait assaut de diatribes anti-migrants. Cela n'a pas suffi. L'AfD leur a pris des voix. Ainsi qu'un autre parti sur leur droite. Les leaders de la CSU ne sont plus ce qu'ils étaient. On n'est plus au temps de Franz Josef Strauss. Il faut dire aussi que les temps ont changé. La sécularisation a fini par atteindre les catholiques bavarois. La Bavière est riche, très riche. Mais un peu moins croyante. L'époque n'est plus où le danger socialiste, incarné par le SPD, ou même communiste, avec le mur de Berlin, soudait derrière la CSU. En vérité, tous les grands partis ont le même problème : le SPD a été le premier à payer la disparition du communisme. La social-démocratie ne servait plus à rien puisque les patrons n'avaient plus peur des rouges.
 
Il n'y a plus de différence sérieuse, sur le plan économique et social, entre les trois grands partis de l'échiquier politique allemand. D'ailleurs, ils gouvernent ensemble dans une grande coalition depuis des années. Une coalition qui ressemble comme une sœur à la majorité qui soutient en France Emmanuel Macron. Ils sont tous les gestionnaires autorisés de la mondialisation. Jusqu'à présent, seul le SPD a payé le prix fort. Et le PS français. Désormais, c'est au tour de la droite allemande, la CDU, et de la CSU. Les chrétiens-démocrates sont condamnés à mort.
Le clivage, désormais, ne tourne plus autour de l'économie ou de la manière de gérer l'Etat providence. Le clivage tourne autour de l'identité. De l'Allemagne de demain. Noyée dans le multiculturalisme ou préservant son caractère germanique, européen, chrétien. C'est la question que pose avec éclat le Hongrois Orbán avec son attaque frontale contre la démocratie libérale. C'est pourquoi le vote du Parlement européen le sanctionnant fut aussi important. C'est pourquoi la droite allemande, mais aussi française, s'est autant divisée.
Merkel a opté pour le multiculturalisme comme le SPD et plus encore les Verts. La CDU refuse de la suivre sur ce terrain-là, mais son alliance à Berlin avec elle disait le contraire. Les électeurs lui ont fait payer son grand écart et son double langage. Les électeurs sont cruels, ces temps-ci.

Paru dans Le Figaro Magazine, 19 octobre 2018
Publié dans Avec l'Europe
Écrit par
En savoir plus... 0
Guerre Commerciale Chine/ Etats-Unis
 
Si je devais résumer les articles que j’ai lu depuis que la "guerre commerciale" a commencé entre les Etats-Unis et la Chine, il me faudrait utiliser la célèbre formule que d’aucuns ont attribué au Maréchal de Mc Mahon : "Hier, nous étions au bord du gouffre, aujourd’hui nous avons fait un grand pas en avant".
A lire tous ces braves plumitifs dont l’incompétence ne le dispute qu’à la suffisance, nous serions au bord de la catastrophe, l’économie Chinoise va s’effondrer, le retour de la grande dépression est imminent et d’ici peu, il va falloir se balader en bicyclette et en robes de bure, chaussées de brodequins de chrétiens de gauche et claquant des dents sous la bise glaciale qui ne va pas manquer de se lever. Nous serons à la fois pauvres et laids. Curieusement, ce sont les mêmes qui nous disent depuis des lustres que la surpopulation entrainera la pénurie et que nous allons devoir nous promener à bicyclette etc… si nous ne sacrifions pas immédiatement à la déesse Gaia. J’imagine que dans le premier cas, ils pensent qu’eux aussi devront circuler à vélo à la place de se balader dans le second cas en voiture officielle bien chauffée, mais je suis peut-être injuste en pensant que ce qui les affole serait de se retrouver avec les gens du peuple, dont ils parlent beaucoup mais qu’ils n’ont jamais rencontré. Il est étrange de constater que ceux qui adorent l’Humanité détestent le peuple.
 
A mon humble avis, ces bienfaiteurs de l’humanité sous estiment gravement la capacité des Chinois à se préparer à ce qui leur apparaissait comme inévitable, c’est-à-dire un mouvement vers le protectionnisme de la part des Américains. Car en fait, les autorités de l’Empire du Milieu se préparent depuis dix ans au moins à cette éventualité et sont tout sauf surpris, car depuis 2008 au moins, ils organisent avec beaucoup de soin ce que j’ai appelé dans nombre d’articles "la dédollarisation de l’Asie"
Je m’explique.
 
Pourquoi 2008 ? Parce que c’est le moment ou les Chinois se sont rendus compte que nos banquiers centraux étaient des plaisantins dont le seul but était de demander au bourreau "encore cinq minutes" puisqu’ils n’hésitaient pas à foutre en l’air leur monnaie plutôt que de forcer les politiciens à s’attaquer aux réformes de fond. Inutile de dire que la crise de l’Euro de 2012 et les "solutions apportées", qui consistaient à ruiner les épargnants pour permettre le financement à fonds perdus des Etats sociaux-démocrates les a renforcés dans cette conviction. Leur impression très nette fût que nous étions devenus incapables de "boire la soupe amère" (que l’on boit après une cuite) pour utiliser leur expression ce qui veut dire que nous serions devenus incapables de nous imposer la moindre contrainte, aussi temporaire et légère serait-elle.
 
Car qu’ont-ils vu en 2008 ? Alors que tout le commerce inter-asiatique se passait exclusivement en dollar, d’un seul coup, après la faillite de Lehmann-Brothers, il devint impossible de trouver le moindre dollar sur le marché des changes et importations et exportations asiatiques s’écroulèrent pour la simple raison que le numéraire (le dollar) n’était pas disponible. Et pourquoi ? Parce que les grandes banques françaises financent ce commerce international, ce qu’elles font en empruntant de l’argent à New-York pour le prêter en Asie. Et pendant quelques mois, le banques françaises et étrangères ne purent plus emprunter du tout à NY.
Et depuis, les autorités chinoises se baladent partout en demandant aux Coréens, Taiwanais et autres, pourquoi diable facturez-vous vos clients étrangers en dollar ? Ce à quoi lesdits Taiwanais et Coréens répondent que la volatilité de leurs monnaies était trop forte, les mouvements de change trop importants, ce qui leur faisait courir des risques qu’ils ne pouvaient prendre. Qu’à cela ne tienne, répondirent les Chinois, que chacun s’occupe de la volatilité de sa propre monnaie vis-à-vis du Yuan et nous nous occuperons du reste !  Après tout si chacun maintient sa monnaie vis-à-vis du Yuan dans des limites étroites, tout le monde sera stable.
Et ce que l’on voit apparaitre après 10 ans, c’est un très joli serpent monétaire du style de celui que l’on avait en Europe avant l’introduction du détestable Euro. Et du coup, tout le monde peut faire du commerce dans sa monnaie nationale, celui qui serait en déficit pouvant se faire financer sans difficultés par la banque centrale Chinoise ou par les nouvelles institutions internationales créées par les autorités chinoises dont je vais parler maintenant.
 
Car les autorités chinoises ont créés  il y a quelques temps un nouveau FMI et une nouvelle banque mondiale dont ils offrirent une part du capital à tous les pays qui le voulaient bien, non seulement en Asie,  mais partout ailleurs, ce que la Grande-Bretagne s’empressa d’accepter, mais pas le Japon… Et du coup, si un pays a un problème, le nouveau FMI s’en occupera et si un autre a besoin de capitaux a long terme, la nouvelle banque mondiale sera très heureuse de fournir des prêts à long terme, en Yuan …
 
Continuons
Pour prévenir un ralentissement à craindre si les USA devenaient protectionnistes, quoi de plus normal que de préparer des listes de grands travaux à effectuer dans tous les pays d’Asie dans le cadre des nouvelles "routes de la soie" qui relieront tous ces pays à … la Chine, tant il est vrai qu’il n’existe pas d’empire sans que toutes les routes ne mènent à Rome.
Hélas, la Chine reste très dépendante et du pétrole et du dollar, puisqu’il lui faut payer ce pétrole en dollars…
 
Qu’à cela ne tienne, Xi et Poutine ont passé des accords selon lesquels la Russie fournira de plus en plus de pétrole et de gaz à la Chine, la Chine finançant les pipelines, et ce pétrole sera payable en yuan et non plus en dollars, ce qui change tout. Il devient en effet beaucoup moins indispensable pour la Chine de gagner des dollars puisqu’elle peut acheter tout ou partie de son énergie en yuan…
Oui mais voilà, du coup la Russie va se retrouver avec plein de yuan, dont elle ne saura pas trop quoi faire…
Aucun problème, la Chine a ouvert au début de cette année un marché àterme du pétrole, non pas en dollar comme tous les autres marchés à terme de l’or noir, mais en Yuan, ce qui permettra à tous ceux qui passeraient des contrats à long-terme avec la Chine de se couvrir sans difficultés, sans passer à aucun moment par le dollar et sans risque donc de tomber sous le joug des lois américaines, qui ont une fâcheuse tendance à s’appliquer de plus en plus aux non-américains.
Et si la Russie a encore trop de Yuans après s’être couverte, la Chine semble prête à convertir ces yuans en …or et pour ce faire stabilise sans doute le cours de l’or en Yuan qui a été extraordinairement stable depuis deux ans. Chaque fois que l’once d’or passe en dessous de 8200 yuans par once "quelqu’un" achète de l’or et ce quelqu’un est très probablement la banque centrale Chinoise. Tout se passe comme si la Chine garantissait que le prix de l’or ne sera pas autorisé à baisser en dessous de 8200 y, ce qui donne une garantie de stabilité à tous les détenteurs de yuans.
Bien entendu, tout cela pourrait être le fruit du hasard, mais je n’en crois pas un mot.
Les Chinois savaient depuis longtemps qu’un conflit commercial était inévitable avec les USA et ils ont soigneusement préparé le terrain.
 
Qu’est que tout cela veut dire en termes de placements ?
Voilà qui est simple.
La plupart des observateurs scrutent le cours du yuan vis-à-vis du dollar tous les jours et en tirent toutes sortes de conclusions qui n’ont aucun intérêt. La seule chose qui compte pour la Chine est la stabilité des monnaies asiatiques vis-à-vis du yuan. En aucun cas, il ne faut que la monnaie chinoise dévalue contre les autres monnaies asiatiques, puisque cela les rendrait moins compétitifs et les affaiblirait. La Chine a sans aucun doute décidé de passer par pertes et profits ses excédents avec USA, qui ont sans doute duré plus longtemps qu’ils ne l’espéraient et vont s’attacher à organiser LEUR zone.
Et comme tous ces pays vendent plus à la Chine qu’aux USA (dans un rapport de 3 à 1) et que le taux de croissance des exportations asiatiques vers la Chine est le double du taux de croissance des exportations asiatiques vers les USA, le lecteur comprendra sans peine pourquoi ces pays savent de quel côté leur tartine est beurrée… et écoutent avec beaucoup de soin ce que leur dit l’oncle Xi.
Qui plus est, dans le passé, quand le dollar montait, comme tous les emprunts locaux avaient été effectués en dollar, la région s’appauvrissait et les bourses locales baissaient. Et quand le dollar baissait, tout montait.
Et comme le dollar est monté cette année, tout le monde a vendu avec abandon l’Asie, ce qui était sans doute une erreur en raison des préparatifs de la Chine dont peu de gens ont perçu l’importance.
Et donc, à mon avis, cette baisse récente constitue une occasion d’achat, non pas simplement sur la bourse chinoise (qui n’est pas chère) mais aussi sur toutes les autres bourses asiatiques qui pèteront à la hausse le jour où les marchés se rendront compte que l’Asie est devenue indépendante du dollar.
 
Quand cela se produira-t-il ? Aucune idée. Je n’ai jamais eu le moindre sens du "timing" et, en plus de quarante ans de carrière je n’ai jamais acheté le jour du plus bas ni vendu le jour du plus haut. Mais 10 ans après, cela n’avait plus aucune importance.
Aussi, je pense en toute honnêteté que le meilleur portefeuille pour les années qui viennent sera constitué par des positions qui seront 50 % en obligations longues de l’état Chinois et 50 % d’actions dans la zone Asie Ex Japon.
Et demander à quelqu’un comme la HSBC de vous le constituer ne doit pas être au-dessus des capacités d’une banque dont le siège est à Hong-Kong/Londres (après avoir été à Shanghai).
Et je signale immédiatement aux râleurs de services (si, si, il y en a parmi les lecteurs de l’IDL) que je ne toucherai aucune commission de cette vieille institution dont l’origine remonte au trafic de l’opium au XIX -ème siècle, ce qui rassurera tout un chacun sur sa solidité financière, et qu’en tout état de cause, comme tout un chacun, je peux me tromper et que les fonds propres de l’IDL seront insuffisants pour compenser leurs pertes.
Parr contre, ils peuvent être certains que s’ils perdent, je perdrais sans aucun doute autant qu’eux.

Paru sur institutdeslibertes.org, octobre 2018
Publié dans De par le monde
Écrit par
En savoir plus... 0
La France, en attente de preuves d'amour
 
CHRONIQUE - La grande braderie de la nation et de sa langue qu'opère Macron est le meilleur carburant du populisme, qui est la voix de ceux qui ne veulent pas que la France disparaisse.
 
Mener la guerre au populisme, c'est guerroyer contre le peuple pacifique. Emmanuel Macron le démontre : il maltraite la France qu'il dit vouloir protéger. Le chef de l'État voit son pays comme une vieille chose à transformer. Or nombreux sont ceux qui refusent cette orgueilleuse utopie. Candidat à la présidentielle, il avait déclaré en février 2017 : "Il n'y a pas de culture française. Il y a une culture de France. Elle est diverse." Le relativisme adore jeter ses pelletées de terre sur la nation millénaire.
L'autre jour, au sommet de la francophonie à Erevan (Arménie), Macron a récidivé : "Quand je parle de langue française, je parle de nos langues françaises. Son épicentre n'est ni à droite ni à gauche de la Seine. Il est sans doute dans le bassin du fleuve Congo…" Après l'éloge du multiculturalisme, celui de la créolisation des mots. Mais vouloir dissoudre la culture, la langue, le peuple, revient à promouvoir une terre de passage, aux allures de hall de gare ou d'aéroport international.
D'où la question : Macron aime-t-il la France ? Oui, Macron aime la France. Mais cruellement. Il l'humilie quand il la presse d'être une autre. Sa détestation des effusions nationales dit tout. Le dégoût que lui inspire le Hongrois Viktor Orban révèle ce qu'il exècre : la défense des territoires fragilisés par l'immigration massive, la protection des nations dans leurs racines chrétiennes, la valorisation des citoyens oubliés.
Or Orban exprime des idées respectables, comprises par beaucoup. Philippe de Villiers, qui admet avoir été "très déçu" par Macron, qui l'avait séduit, fait écho à l'opinion réfractaire quand il prédit (Valeurs actuelles) : "On va vers “l'orbanisation” des esprits, à savoir le retour à des choses simples : une frontière est une frontière, un État est un État, une souveraineté est une souveraineté et le peuple est le peuple - on ne peut décider sans lui." Macron est l'héritier de l'idéologie diversitaire qui faisait titrer au mensuel mitterrandien Globe : "Étrangers, ne nous laissez pas seuls avec les Français !" "J'aime la France. La gauche ne l'aime pas", écrit Benoît Rayski, qui vient de ce temps-là (1).
Le nouveau gouvernement, qui a notamment fait entrer mardi Christophe Castaner à l'Intérieur et Franck Riester à la Culture, confirme le renoncement du macronisme à lutter sérieusement contre l'islamisme et la déculturation. Castaner est la voix fidèle mais sans apprêt de Macron. C'est le nouveau ministre de l'Intérieur qui avait tweeté, en soutien à un raisonnement saugrenu du chef de l'État : "Qui doute que le réchauffement climatique pèse sur la dynamique du djihad ?"
Lui qui avait comparé le voile islamique à celui, catholique, "que nos mamans portaient". Son angélisme face à l'islam "religion de bonheur, d'amour" promet des débandades, alors que son prédécesseur, Gérard Collomb, a alerté lors de son départ sur de possibles affrontements face aux cités salafisées. Et constater que la Macronie n'a trouvé que le pâle Riester, politicien ambitieux venu de la droite, pour conduire la politique culturelle de la France, dévoile le désert intellectuel et artistique qui s'est installé chez les experts et technocrates de La République en marche arrière.
Ce qui reste inexplicable est l'incapacité du chef de l'État à s'amender. Prisonnier de sa posture postnationale, il en rajoute dans son mépris des enracinements et des héritages. La semaine dernière, Macron a ainsi approuvé la nomination de la rwandaise Louise Mushikiwabo comme secrétaire générale de la francophonie. Or le Rwanda a, en 2008, remplacé le français par l'anglais comme langue obligatoire à l'école. Ce pays a également rejoint le Commonwealth, qui est le concurrent de l'Organisation internationale de la francophonie (OIF).
Cette grande braderie de la nation et de sa langue est le meilleur carburant du populisme, qui est la voix de ceux qui ne veulent pas que la France disparaisse. Force est de constater que ce gouvernement, derrière qui rien ne semble repousser, ne se montre pas à la hauteur de son peuple. Il ne suffit pas de venir le plaindre devant les caméras quand il est frappé par des inondations, comme lundi dans l'Aude (14 morts). La France malmenée attend des preuves d'amour. De Macron, elles ne viennent toujours pas.
(1) "Les Bâtards de Sartre", Éditions Pierre-Guillaume de Roux.

Paru dans Le Figaro, 19 octobre 2018
Publié dans En France
Écrit par
En savoir plus... 0
Bouquet of Tulips : non merci, Jeff Koons !
 
La pensée unique fait bon ménage avec l’art officiel. L’Américain Jeff Koons fait partie de ces "artistes" devant lesquels l’Etat français et la Ville de Paris se croient obligés de dérouler le tapis rouge. Sans être passé par les préalables des appels d’offres ou des concours, l’ancien trader converti dans le business de l’art contemporain (il emploie 80 personnes) devrait voir son "Bouquet of Tulips" installé dans les jardins du Petit Palais, à deux pas des Champs-Elysées. La décision vient d’être confirmée par la Ville et par le ministère de la Culture. La production, qui mesure 12 mètres de haut et pèse 33 tonnes, reproduit une main portant des tulipes aux couleurs acidulées. Jeff Koons a fait don de son idée à la France (la construction étant à la charge de mécènes) en hommage aux attentats de novembre 2015 à Paris. L’homme d’affaires avait initialement demandé que son cadeau soit installé place de Tokyo, entre le Palais de Tokyo et le Musée d’art moderne de Paris : un lieu n’ayant aucun rapport avec les attentats ; mais un endroit idéal pour favoriser l’autopromotion du donateur.
Si ce souhait géographique a été retoqué par les autorités françaises, elles n’ont pas osé, pour autant, s’opposer au coup commercial. C’est parce que le XI ème arrondissement, lieu des massacres de novembre 2015, n’avait pas été jugé assez prestigieux par Koons et ses financiers que l’emplacement du Petit Palais a en définitive été proposé. Il reste à espérer que la Commission supérieure des sites et les défenseurs de la décence commune sauront faire entendre leurs oppositions à ce coup de force de l’art officiel, d’autant que le kitsch criard de ces tulipes géantes est totalement inadapté à la commémoration des attentats. En janvier, des artistes et des personnalités de la culture ont fait connaitre leurs critiques du cadeau de Koons. Ils ont notamment dénoncé un bouquet "grandiloquent, emblème d’un art industriel, spectaculaire et spéculatif". Ce vent de révolte contre l’emprise de l’art officiel est une bouffée d’air frais. Il est temps de déboulonner les idéologues, mais aussi les faux artistes mercantiles et leurs mystifications : Jeff Koons est de ceux-là.

Paru sur blog.lefigaro.fr, 15 octobre 2018
Publié dans Du côté des élites
Écrit par
En savoir plus... 0
Le GIEC
 
(Le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat)
 
Ce qui est extraordinaire avec le dernier rapport catastrophiste du GIEC qui nous promet la fin du monde si nous ne faisons pas repentance et abjurons notre mode de vie, c’est l’unanimisme avec lequel quelques centaines d’experts autoproclamés l’endossent. Pourtant les prévisions du GIEC qu’il n’est pas bon de contester, reposent sur des modèles mathématiques dont la pertinence est loin d’être prouvée. Il n’empêche que les climatosceptiques qui doutent des causes anthropiques des évolutions climatiques sont mis au pilori, traités comme des moins que rien contestant l’évidence et pas éloignés du fascisme.
Les implications financières sont énormes si bien que le GIEC apparaît comme un lobby d’ "experts" stipendiés, de gourous et d’idiots utiles.
 
Entendons-nous bien il n’est pas question de contester qu’il puisse y avoir une évolution du climat, peut être un réchauffement, mais il y en a toujours eu et même de fort importantes sans que l’homme n’y soit pour rien. Mais faut-il pour autant compromettre notre économie pour une cause fort discutable.
Le climat dépend d’un vaste ensemble incluant les océans et notamment les courants marins, l’atmosphère et l’activité solaire. Cet ensemble présente des instabilités de très grandes constantes de temps entrainant les évolutions climatiques qui ont toujours existé.
 
La France produit un pour cent des émissions de CO2, principal "gaz à effet de serre" accusé du "réchauffement" supposé, tout ce que l’on entreprendra en France n’aura donc aucune influence à l’échelle de la planète, pas même l’épaisseur du trait.
Remarquons en passant qu’il ne faut pas confondre réchauffement de la planète et pollution en particulier urbaine : cette dernière n’est pas contestable et due aux émissions de toutes sortes, centrales thermiques en particulier au charbon, transport, chauffage… Mais il s’agit là de la basse altitude, l’air que nous respirons.
Pour ce qui est du CO2 la France est le meilleur élève grâce aux 58 réacteurs nucléaires qui depuis quelque 40 ans produisent fidèlement notre électricité. Ces réacteurs ne polluent en rien l’atmosphère à basse et haute altitude, contrairement à ce qui se passe chez les plus grands pollueurs qui brûlent du charbon, la Chine, l’Inde, les Etats Unis, la Pologne, l’Allemagne qui à la suite de l’abandon de l’énergie nucléaire n’arrive pas à diminuer sa consommation de charbon voire de tourbe.
Une loi sur la transition énergétique a décidé sans que ce soit justifié en quoi que ce soit, de ramener la part du nucléaire dans la production française d’électricité de 72% à 50% ce qui entrainerait la fermeture de quelques dizaines de réacteurs - dont en particulier ceux de Fessenheim - qui peuvent encore fonctionner de 10 à 20 ans selon leur âge.
 
La condamnation par les écologistes de l’énergie nucléaire repose strictement sur l’idéologie et non sur la raison. On assimile le nucléaire civil au militaire ou on surestime des risques qui ne sont pas nuls mais maitrisés. Remarquons que depuis les 40 ans que le nucléaire nous fournit notre électricité, jamais un incident ou un accident n’a mis en cause la sécurité d’une centrale. 40 ans c’est quand même un délai suffisant pour attribuer une certaine confiance à nos centrales nucléaires.
Bien sûr il y a eu Tchernobyl et Fukushima mais dans le premier cas il s’agissait d’une filière fort différente, les réacteurs étant instables dans certaines conditions, possédant une enceinte de moins. L’accident de Tchernobyl est du en particulier à des fautes d’exploitation qui n’auraient pas les mêmes conséquences sur les réacteurs français.
Quand à Fukushima, l’accident est dû à la non prise en compte pour des raisons d’économie d’un risque de tsunami connu.
Pour ce qui est du risque remarquons que les sources d’énergie ayant fait le plus de victimes sont le charbon et l’hydroélectricité. Le charbon au cours des deux derniers siècles a fait des milliers de victimes tant par les accidents miniers que par la silicose dont nombre de mineurs ont été atteints. Il arrive aux barrages de se rompre et d’entrainer des centaines de victimes, rappelons-nous Malpasset en France et il y a peu la rupture d’un barrage sur un affluent du Mékong au Laos.
 
On veut nous imposer le développement d’énergies dites renouvelables, notamment les éoliennes et les panneaux solaires qui, en plus de leur production intermittente, devront être largement importés de l’étranger, les panneaux solaires étant un quasi monopole chinois et les éoliennes venant notamment d’Allemagne. De plus l’électricité produite par ces méthodes, si on ne manipule pas les chiffres, est plus couteuse que celle provenant du nucléaire.
Pour ce qui est des éoliennes, il est assez piquant de voir les écologistes faire la promotion de dizaines de milliers d’engins qui ont à leur pied un bloc de béton de 1 500 tonnes appelé à rester là jusqu’à la fin des temps et défigurent les paysages qui font la beauté de notre pays sans parler d’autres nuisances.
 
Il est de bon ton d’évoquer la construction de deux réacteurs EPR l’un en Finlande l’autre à Flamanville dont la mise en service est sans cesse repoussée et dont pour cette raison les prix explosent. On parle beaucoup moins de l’EPR construit sans problème en Chine et qui va être mis en service. Nos difficultés viennent d’une perte de compétence industrielle due à l’interruption de toute construction de réacteurs en France depuis une vingtaine d’année. Relançons le nucléaire et nous retrouverons nos compétences dans ce domaine.
La France est le seul pays maitrisant l’ensemble de la filière, construction de réacteurs, fourniture d’éléments combustibles, retraitement des combustibles brûlés ; le Japon, la Grande Bretagne, La Chine, la Belgique et d’autres font appel à nos services. C’est là qu’il faut faire porter notre effort et non sur des filières où nous serons réduits au rôle d’installateurs. L’électricité est l’énergie de l’avenir si on veut renoncer aux produits pétroliers, regardons le développement rapide des véhicules électriques ; il va bien falloir les alimenter.
 
Pour ce qui est du pétrole et du gaz nous nous sommes interdits toute recherche et exploitation du gaz de schiste, toute prospection de nouveaux gisements de pétrole et de gaz sur notre territoire, c’est un non sens. S’en prendre à la production des produits pétroliers ne sert à rien et nous oblige à les acheter à l’étranger. Alors qu’il y a probablement des gisements au large de la Guyane et dans notre Zone économique exclusive du canal de Mozambique, nous préférons nous approvisionner auprès de la Russie ou de l’Arabie Saoudite voire du Kazakhstan. Notre dépense annuelle pour les achats de produits pétroliers s’élève à quelque 40 milliards d’euros, ce qui correspond aux deux tiers du déficit de notre balance commerciale. Remarquons que maintenant que les Etats Unis exploitent sur leur sol gaz et pétrole de schiste, ils sont devenus exportateurs.
 
La politique énergétique française doit être débarrassée de toute considération idéologique. Notre force est de disposer d’une production nucléaire d’électricité unique au monde et d’une compétence dans l’énergie nucléaire reconnue de tous. Nous avons perdu de l’expérience dans ce domaine faute de réalisation récente. Relançons le volontarisme des générations précédentes et reprenons notre effort, entamons le remplacement des réacteurs en fin de vie et maintenons notre activité dans le reste de la filière.
Pour ce qui est du pétrole c’est à la consommation qu’il faut s’en prendre et non à la production en recherchant les économies possibles sans pour autant perturber notre industrie.

Envoyé par l'auteur, 17 octobre 2018
Publié dans En France
Écrit par
En savoir plus... 0
Koons, Banksy : concours de "creativity" en art contemporain
 
À une semaine de la FIAC (Foire internationale d’art contemporain), les événements sensationnels de l’art contemporain ont déjà cartonné dans les médias. Dans l’étroit domaine autorisé à la créativité de l’art contemporain allant entre critique – dérision – déconstruction, la concurrence est impitoyable.
Comparons les performances des derniers finalistes.
 
Banksy télécommande la destruction de son œuvre, à l’instant où s’abat le marteau du commissaire-priseur. Innovation absolue ! Performance qui déconstruit Sotheby’s, haut lieu du marché international. En quelques secondes, cette œuvre de "street art" devient "conceptuelle". En changeant de statut, elle a, dit-on, doublé son prix potentiel.
 
Koons a accepté, comme lieu à déconstruire symboliquement, un bosquet, entre Concorde et Petit Palais. Le célèbre Bouquet, errant depuis un an, a trouvé enfin son contexte. La nature complexe de l’œuvre demande quelques explications. Elle est tout à la fois :
– un monument aux morts du Bataclan ;
– un cadeau sous forme de concept diplomatiquement offert par l’ambassade des USA, laissant le financement de sa "production" et installation à la charge de collectionneurs avisés et du contribuable ;
– un monument polysémique.
Le Bouquet de tulipes, pour mériter l’essentiel label "d’art contemporain", se doit d’être une œuvre "polysémique", ce qu’elle est : c’est indubitablement une offrande florale liée aux rites funéraires ayant ici pour but de déplorer la tragédie du Bataclan. Elle est aussi l’exact agrandissement et superposition de deux "sextoys", l’un empoignant l’autre : le "fist fuck", sorte de poing tendu et fermé, et le fouet sadomasochiste, type LGBT, aux couleurs arc-en-ciel et aux extrémités en forme de boutons de tulipe… objets usuels accessibles sur Internet pour des sommes modiques.
Ainsi, nous avons là une œuvre complexe qui déconstruit à la fois l’idée, sans doute archaïque, que nous nous faisons du monument aux morts, mais aussi du cadeau diplomatique.
Sous l’œil bienveillant de l’ambassade des États-Unis, il nargue le viril obélisque de la Concorde, glisse une pointe de dérision dans le contexte régalien environnant : l’Assemblée nationale, le Quai d’Orsay, se faufile aux abords prestigieux du Grand et du Petit Palais et fait coucou au locataire de l’Élysée.
 
Qui a gagné, d’après vous : Banksy ou Koons ?
On pense aux brillants jeux conceptuels de nos philosophes cyniques de la Grèce antique… Ils nous ont appris que critique, ironie et paradoxe sont utiles à la réflexion. Mais tout dépend de qui provoque ! Notre cher Diogène vivait nu… et son insolente pauvreté assurait à la fois liberté et légitimité à son impertinence.
Banksy "street artiste" nargue les artistes conceptuels qui s’estiment d’un rang supérieur, mais ceux-ci en font un des leurs. La rue, qui se veut libre, lui pardonnera-t-elle ?
Koons n’a convaincu personne de sa philanthropie, il ne sort pas indemne de son aventure parisienne. Le public connaît la fonction de ce produit d’appel extrêmement visible, moteur d’une industrie de bouquets sériels tous formats, tous matériaux, tous usages, tous supports.
 
On pourrait aussi se demander : qui a perdu ?
L’heure serait-elle venue du "geste artistique" sensationnel de trop ? Celui qui fera basculer le prestigieux "art contemporain du très haut marché" dans la catégorie de farce financière de haute rentabilité, avant le krach ? À suivre…

Paru sur www.bvoltaire.fr, 15 octobre 2018
Publié dans Du côté des élites
Écrit par
En savoir plus... 0
Face à Kim Jong-un, le courage du président sud-coréen
 
CHRONIQUE - Moon Jae-in, qui a entamé une visite de huit jours en Europe, a eu le génie de saisir la main tendue par le dictateur nord-coréen Kim Jong-un.
 
C'est par la France, membre permanent du Conseil de sécurité de l'ONU, que le président sud-coréen a entamé, le 13 octobre 2018, une visite de huit jours en Europe, destinée à expliquer sa stratégie de détente et de réconciliation envers la Corée du Nord. Il était important pour Moon Jae-in de parler en tête-à-tête avec Emmanuel Macron, qui jusque-là s'était montré plutôt sceptique quant aux chances de succès d'une telle démarche. Le président français avait même rappelé au Conseil de sécurité, lors de son passage en septembre à New York, son devoir de rigueur dans l'application des sanctions à l'encontre de la Corée du Nord. Ces sanctions avaient pour but d'amener le régime stalinien de Pyongyang à renoncer à son programme militaire balistique nucléaire, lequel menaçait non seulement ses voisins sud-coréen et japonais, alliés des États-Unis, mais aussi le territoire américain lui-même.

Après l'arrivée de Donald Trump à la Maison-Blanche et de nouveaux essais militaires nord-coréens, nucléaires comme balistiques, des insultes avaient été échangées, via des tweets ou des communiqués officiels, entre le vieux président américain conservateur et le jeune leader nord-coréen communiste. En septembre 2017, à la tribune de l'Assemblée générale des Nations unies, le premier avait même menacé le second de pulvériser son pays au moindre geste hostile envers les intérêts américains en Asie. En raison de la poursuite de ses essais nucléaires,le Conseil de sécurité avait alors décidé de renforcer considérablement les sanctions commerciales contre la Corée du Nord. Le 27 novembre 2017, Pyongyang procédait à des tirs de missiles balistiques à longue portée et annonçait que ses missiles pouvaient désormais atteindre n'importe quel point du territoire américain. L'US Navy envoyait une armada au large de la péninsule. Depuis la crise des missiles de Cuba de 1962, on n'avait jamais eu aussi peur d'un déclenchement accidentel de conflit nucléaire.
Puis, enfoui dans un discours martial de Nouvel An, survint un petit geste d'apaisement de la part de Kim Jong-un. Le dictateur nord-coréen proposa d'envoyer une délégation de sportifs et d'artistes aux Jeux olympiques d'hiver de Pyeongchang, en Corée du Sud, commençant le 9 février 2018. Il se déclara en outre prêt à entamer un dialogue avec Séoul. Le génie du président Moon est d'avoir su parfaitement saisir cette main tendue.

Cet avocat issu d'une famille modeste ayant fui le Nord communiste peu avant la guerre (1950-1953), élu à la magistrature suprême en mai 2017, est un libéral et un catholique qui n'a jamais perdu l'espoir d'une réunification progressive de la péninsule. Praticien des droits de l'homme depuis ses années d'étudiant en droit, Moon Jae-in, âgé de 65 ans,a toujours été un fervent défenseur du dialogue intercoréen. Il sait que n'est pas tenable à long terme une situation de division de la péninsule entre un Sud de plus en plus prospère et démocratique - un modèle de réussite en Asie -, et un Nord de plus en plus militarisé, dont la pauvreté relative de la population ne cesse de s'accroître. Il comprend que, tôt ou tard, le régime nord-coréen tournera à la catastrophe, que celle-ci prenne la forme d'une aventure militaire extérieure ou d'une implosion du pays. Il saisit que, dans les deux cas, c'est la Corée du Sud qui en subirait les premières et les plus graves conséquences.

Moon aime la paix et la recherche ; il n'est pour autant ni pacifiste ni naïf. Ayant face à lui un leader nord-coréen neuf, éduqué en Suisse, Moon pense simplement qu'il faut lui donner sa chance et accepter qu'il puisse être sincère. Après la trêve olympique, il envoya une délégation en Corée du Nord, qui revint avec deux cadeaux du "Leader suprême": une proposition de dénucléariser la péninsule et une offre de rencontre avec le président américain. Le 8 mars 2018, à la surprise générale, et sans avoir prévenu personne, Trump accepta. Le tourbillon diplomatique pouvait commencer. Le 27 avril, un sommet intercoréen se tint à Panmunjom et le 12 juin c'est la rencontre Trump-Kim de Singapour.
Les Nord-Coréens font des gestes concrets : ils démantèlent un site nucléaire et un site balistique. Kim, qui a médité le précédent de Kadhafi, n'abandonnera pas du jour au lendemain son arsenal nucléaire sans de solides garanties. Pragmatique, Moon le comprend et milite pour que les Occidentaux fassent à leur tour un geste à l'égard de Pyongyang, en allégeant les sanctions. Il a raison. Pour que la Corée du Nord poursuive dans la voie de la dénucléarisation, il faut qu'elle ait concrètement quelque chose à y gagner. En politique étrangère, comme le général de Gaulle nous l'a montré, il faut parfois savoir prendre de grands risques. C'est ce qu'a fait Moon. Et il est déjà, pour cela, entré dans l'Histoire.
Paru dans Le Figaro, 16 octobre 2018
Publié dans De par le monde
Écrit par
En savoir plus... 0
De la crise de 2008 à celle de 2020
 
Les annonces d’une prochaine crise économique et financière se multiplient aux Etats-Unis. Après l’ancien gouverneur de la Réserve fédérale, Ben Bernanke, (1) c’est au tour de Nouriel Roubini, professeur à la New York University de prévoir une crise pour 2020. (2) En soi, ce n’est pas un scoop, les crises sont récurrentes dans le système capitaliste, et le cycle actuel d’expansion est le second le plus long après celui des années 2000. Mais, la qualité du premier, et la crédibilité du second qui fut l’un des rares à prévoir la crise de 2008, confèrent une résonnance particulière à leurs annonces. Nouriel Roubini liste cinq raisons pour justifier sa prévision. Il oublie la plus sérieuse : la désastreuse résolution de la crise de 2008 par Barack Obama. Pourquoi est-ce important ? Parce qu’elle prive les autorités des instruments fiscaux et monétaires dont elles auront besoin pour contrer la nouvelle crise. Nouriel Roubini le reconnaît sans en donner la raison. Arrêtons-nous donc un instant sur la crise 2008 pour comprendre ce qui nous attend en 2020.
 
L’ampleur de la crise de 2008 conduit les autorités américaines à prendre des mesures inorthodoxes pour en contenir les effets. Elles utilisèrent à fond les leviers fiscal et monétaire. Cela s’est traduit par une série de déficits budgétaires colossaux en pourcentage du produit intérieur brut : 9,9 % en 2009, 9,4 % en 2010, 8,7 % en 2011 et 7,0 % en 2012 – du jamais vu dans l’histoire des Etats-Unis hormis pendant la Seconde Guerre mondiale – ce qui entraîna un accroissement de 40 % de la dette publique qui atteint 100 % du produit intérieur brut. Dans le même temps, Ben Bernanke abaissait le taux directeur de la Réserve fédérale à un niveau considéré jusque-là comme inconcevable : 1/8ème de pourcent pendant 7 ans, entraînant un quasi quintuplement du bilan de la banque – à nouveau, du jamais vu dans l’histoire de cette institution – une politique qui provoqua une envolée de la bourse, comme le rappelle Nouriel Roubini. Concomitamment, les autorités fédérales vinrent au secours des grandes banques qui étaient toutes en quasi faillite. Le résultat ne s’est pas fait attendre. A l’hiver 2010, soit deux ans après la banqueroute de Lehman Brothers – élément déclencheur de la crise – la croissance était de retour. Au vu de ce résultat, les autorités avaient tout lieu de s’estimer satisfaites. Le seul problème est que, dans leur empressement à endiguer la crise, elles en oublièrent les principales victimes : les épargnants qui, floués par les banques et leurs intermédiaires, avaient investi dans l’immobilier. (3) Que fallait-il faire ?
 
Décréter un moratoire pour protéger les épargnants, nationaliser (temporairement) les banques à leur valeur de marché, et licencier leurs dirigeants, puis négocier un compromis entre autorités fédérales et épargnants pour qu’ils ne soient pas dépouillés de leurs biens, comme ils le furent brutalement, ce qui, comble de l’ironie, permit à des individus peu scrupuleux d’engranger des profits faramineux en achetant pour une bouchée de pain les dits biens qu’ils revendirent avec profit quand la croissance revint ! Il convenait aussi de rétablir le Glass-Steagall et le McFadden Acts, non dans leur texte originel mais dans une forme qui tienne compte de l’évolution du secteur bancaire. Etonnement, les banques de Wall Street sont aujourd’hui plus grandes qu’elles ne l’étaient avant 2008, accroissant d’autant le risque systémique de crise. (4)
 
Si l’usage du levier fiscal se justifie en cas de récession, en revanche, l’usage du levier monétaire dans la mesure extrême où il l’a été se justifie beaucoup moins. Par ce biais, les autorités secoururent les grandes banques, maintinrent leurs dirigeants dans leur poste et négligèrent les épargnants. De toutes les nations touchées par la crise, seule l’Islande agit équitablement, nationalisant les banques et emprisonnant leurs dirigeants. Toutes les autres suivirent peu ou prou le modèle américain au nom d’un principe bien connu en économie qui veut que si les banques s’effondrent, l’économie s’effondre. (5) C’est exact, mais cela n’implique pas que leurs dirigeants qui faillirent à leurs devoir fiduciaire soient maintenus en poste, et encore moins que la survie de leurs institutions soit assurée par l’argent du contribuable. On assista donc à une situation ubuesque où les épargnants, par le biais de l’endettement public, sauvèrent les banques qui les avaient floués. Au nom d’un sacro-saint principe, on en a renié un autre qui veut que dans une économie capitaliste le dirigeant et l’actionnaire sont responsables de leur gestion.  Ils engrangent des profits ou subissent des pertes, selon que leur gestion est bonne ou mauvaise. Les autorités ont fait l’inverse : elles sauvèrent les coupables et livrèrent les victimes à leur sort. C’est pourquoi elles sont désarmées aujourd’hui.
 
S’il y a crise en 2020, le gouvernement américain ne pourra recourir à des déficits budgétaires abyssaux. La dette américaine a atteint un niveau record qui menace la crédibilité du dollar. De son côté, la Réserve fédérale ne pourra abaisser un taux directeur qui reste très bas en dépit de sa remontée récente. Quant aux épargnants et aux salariés qui perdirent leur emploi suite à la récession de 2008, ils n’accepteront pas d’être ignorés une fois encore. Si d’aventure les autorités fédérales utilisaient les remèdes de 2008, elles seraient confrontées à la colère du peuple – "la résurgence de mouvements populistes", nous dit Nouriel Roubini. A quoi faut-il alors s’attendre ? A une crise économique et financière d’ampleur, et non à une simple récession, comme le laissent entendre Ben Bernanke et Nouriel Roubini. Ce scénario n’est bien sûr pas écrit, mais il est le plus probable… d’où les annonces de ces deux économistes de renom.
 
Notes
(1) Bernanke says U.S. economy faces a ‘Wile E. Coyote’ moment in 2020. Bloomberg, 7 June 2018.
(2) Les cinq ingrédients qui préparent la crise de 2020. Nouriel Roubini, Les Echos, 4 octobre 2018.
(3) Les banques engagèrent des intermédiaires pour convaincre les Américains d’acheter des biens immobiliers. Un grand nombre d’entre eux n’en avait pas les moyens. Aussi, sur le formulaire de prêt, l’intermédiaire entrait-il – à l’insu de l’acheteur – dans la case "revenu" un chiffre supérieur à son salaire, suffisant pour justifier le prêt immobilier. Ces prêts – appelés "liar loans" (prêts menteurs) – étaient agglomérés dans des "special vehicle purpose" (entités juridiques spéciales) qui émettaient des obligations, lesquelles permettaient à la banque de récupérer sa mise. Etrangement, ces obligations de très mauvaise qualité recevaient la notation la plus élevée, "triple A".
(4) Le Glass-Steagall divise le secteur en banques d’investissements et en banques de dépôts. Le McFadden Act limite le secteur géographique de la banque à l’état dans lequel elle est enregistrée. Le Dodd-Frank Act, voté par le Congrès en 2010, est une loi couteuse pour les banques. Elle ne supprime pas le risque systémique qu’elles posent.
(5) Ce principe est à l’origine de l’expression "too big to fail" (trop grosse pour faire faillite) qui fut énoncée pour la première fois dans une étude interne à la Citibank. A la question posée par son président, Walter Wriston, en 1978 "quel doit être le montant des fonds propres de la banque", Geoge Vojta, directeur du Corporate Planning répondit que la banque était devenue si importante au regard de l’économie américaine que le gouvernement serait obligé de venir à son secours en cas de difficulté. Dans la décennie suivante, la conclusion se révéla prémonitoire. La banque connut de sérieux problèmes. La Réserve fédérale vint à sa rescousse, et l’investisseur saoudien, Al-Whalid, entra au capital.

Envoyé par l'auteur, paru dans Les Echos, 8 octobre 2018
Publié dans De par le monde
Écrit par
En savoir plus... 0
La pensée-massue
 
CHRONIQUE - Tous les adeptes du prêt-à-penser bétonné, persuadés d'incarner la Vertu, sont des insultes au libre arbitre, à la libre conscience, à la liberté d'expression.
 
Le ridicule tuera-t-il les "progressistes" ? Leurs prêches produisent beaucoup d'âneries.
Un exemple : trois Américains facétieux viennent de publier dans des revues scientifiques des canulars qui reprennent la dialectique victimaire des minorités sexuelles.
Sexuality and Culture a ainsi salué un texte encourageant les hommes hétérosexuels à s'introduire des godemichés dans l'anus pour faire baisser leur homophobie. L'argument a été vu, rapporteLe Monde, comme "une contribution incroyablement riche et passionnante […]". Ces imbécillités sont du même ordre que les rappels à l'ordre de l'art contemporain (1). C'est une "performance" artistique que conçut en 2000 l' "artiste" chinois Zhu Yu, en mangeant des fœtus d'enfants rôtis (2).
Quand Alphonse Allais présenta en 1882 un monochrome rouge intitulé : Récolte de la tomate par des cardinaux apoplectiques sur le bord de la mer Rouge, l'humoriste blaguait. Malevitch, avec son même Carré blanc sur fond blanc (1918), décréta pompeusement faire de l'art…
 
La révolution du bon sens, qui alimente la vague conservatrice, veut en finir avec les idéologues et leurs déconomètres. Ces jours-ci, le marché de l'art s'émoustille de l'autodestruction d'une production du "street artist" Banksy : à peine achetée, samedi chez Sotheby's (Londres) pour 1,12 million d'euros, La Fille au ballon s'est transformée pour partie en lambeaux, grâce à un mécanisme de découpage caché dans le cadre. Depuis, ce qu'il reste du tableau aurait doublé sa valeur marchande. Ce monde déphasé de l'art contemporain, qui se nourrit de la déconstruction culturelle, de la manipulation des esprits et du règne de l'argent, ressemble à la pensée progressiste qui s'effiloche. Ces deux univers ne tiennent debout qu'en anesthésiant la pensée critique. Oui, mais voilà : les peuples réveillés n'en peuvent plus de cette dictature ubuesque. Les apprentis tyrans creusent eux-mêmes leurs tombes.
 
Les populistes, s'il leur reste à prouver qu'ils ont les idées claires, ont la chance d'avoir comme adversaire une pensée-massue, sectaire, fruste, répulsive. La gauche américaine, qui donne le tempo, vient de se prêter à un superbe procès stalinien contre un proche de Donald Trump : parce que Brett Kavanaugh, pressenti pour être nommé à la Cour suprême, est un conservateur blanc et catholique, il a eu à subir d'infamantes accusations de violences sexuelles prétendument commises il y a près de 40 ans. Le camp démocrate, sous la pression de l'inquisition féministe (#MeeToo), n'a reculé devant aucune bassesse pour tenter, en vain faute de preuve, de salir le magistrat qui a été confirmé à son poste.
Cette brutalité dogmatique se retrouve, par exemple, chez la sénatrice française Laurence Rossignol, qui veut interdire la clause de conscience pour les médecins refusant de pratiquer des avortements. En 2016, la pasionaria avait inventé le délit d'entrave numérique à l'IVG, en cherchant à censurer les sites de conseils et de réflexions préalables.
 
Tous ces adeptes du prêt-à-penser bétonné, persuadés d'incarner la Vertu, sont des insultes au libre arbitre, à la libre conscience, à la liberté d'expression. L'amicale des "progressistes" s'est donnée comme mission de dénoncer "la haine" chez ceux d'en face. Mais ces petits anges débordent de méchanceté et d'inhumanité.
Parce que Patrick Jardin, père d'une des victimes du Bataclan, est parti en guerre contre l'islamisme qui tue, Le Monde lui a récemment consacré un portrait titré : "Après le Bataclan, un père sur le chemin de la haine." Alors que Gérard Collomb, ex-ministre de l'Intérieur, a admis, avant de se carapater, la possibilité d'un affrontement entre la communauté française et la contre-société islamisée et revancharde, cette proche perspective affole bien moins que le réchauffement climatique et ses lointaines hypothèses cataclysmiques. L'immigration de peuplement que subit la France, et que Laurent Obertone dévoile dans son ampleur (3), est dissimulée par des désinformations et des omertas qui déshonorent la démocratie.
Se satisfaire de ces mensonges ?
(1) Christine Sourgins, Les Mirages de l'Art contemporain, La Table Ronde.
(2) Alain Kleinmann, Interrogations sur l'art contemporain, Les Éditions de Paris.
(3) La France interdite, Ring.

Paru dans Le Figaro, 12 octobre 2018
Publié dans Du côté des élites
Écrit par
En savoir plus... 0
La macrocrature traque la liberté d'expression

La macrocrature, ce monde clos érigé autour du chef de l’Etat, vient de faire un pas supplémentaire dans la mise sous surveillance des opinions non officielles. Dans la nuit de mardi à mercredi, les députés ont voté en nouvelle lecture les deux propositions de lois destinées à lutter contre "la manipulation de l’information" en période électorale. Il est également prévu d’instituer un "conseil de déontologie de la presse", qui serait confié à l’ex-président de l’AFP, Emmanuel Hoog. C’est la ministre de la Culture, Françoise Nyssen, qui est montée mardi à la tribune de l'Assemblée, comme on monte à l’échafaud, pour défendre ces textes potentiellement liberticides : une besogne dont il n’est pas certain qu’elle lui sauve la tête lors du remaniement gouvernemental, suspendu au bon plaisir d’Emmanuel Macron, plus despote que jamais.
En mai, Françoise Nyssen avait déjà mobilisé l’audiovisuel public à des fins de propagande d’Etat. Elle lui avait donné comme mission de "devenir un miroir de nos différences", en jugeant "les mâles blancs" trop nombreux à l’antenne. Taxant certains Français de "hautement réactionnaires", l’ancienne éditrice avait également annoncé que les chaînes et radios auraient à "changer les mentalités sur le terrain". Cette mentalité de garde-chiourme est une constante en Macronie : à peine élus, les député LaREM avaient, le 24 juillet 2017, complété l’article 1 de la loi sur la moralisation de la vie politique en y ajoutant un amendement "anti-raciste" inspiré de la Licra et destiné à accentuer l’arsenal répressif des délits d’opinion. Cette disposition avait été supprimée par le Conseil constitutionnel qui y avait vu une "atteinte disproportionnée à la liberté d’expression".

La liberté d’expression fait peur à la macrocrature, comme à tous ceux que la vérité effraie. En janvier dernier, Benjamin Griveaux, porte-parole du gouvernement, avait dit vouloir soutenir "une information propre", aseptisée en somme. Cette traque aux "fake-news", qui conduirait le juge à décréter ce qui est vrai et ce qui est faux, n’est autre qu’une volonté d’instaurer une indéfendable vérité officielle. Le Sénat, qui s’est opposé en première lecture à ces textes dangereux, n’a aucune raison de changer d’avis. D’autant que le chef de l’Etat, qui abuse lui-même d’une communication mobilisée sur sa propre personne, ne donne pas l’exemple d’une tempérance dans l’interprétation de sa politique sublimée. La vérité qui se dessine est celle d’un pouvoir autocratique, renfermé sur lui-même, qui cherche à étouffer la parole d’une société de plus en plus furieuse. Le trop libre et impertinent Internet sera la prochaine cible de ce pouvoir aux abois, qui donne des leçons de démocratie aux pays de l’Est sans vouloir s’attarder sur ses propres turpitudes. Faut-il ici rappeler l’article 11 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 ? : "La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l’Homme : tout citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement". Sous la macrocrature, ces principes élémentaires ne vont plus de soi. Il serait temps que les Français s’en inquiètent.

Paru sur blog.lefigaro.fr/rioufol, 10 àctobre 2018
Publié dans Du côté des élites
Écrit par
En savoir plus... 0

Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.

Top Desktop version