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Vers une quatrième guerre du Golfe ?
 
Les États-Unis poursuivent leur étranglement économique de l’Iran. L’idée est d’empêcher la Perse d’exporter son pétrole dans le monde, alors qu’il s’agit de sa première ressource budgétaire. Le 23 avril 2019, Donald Trump a annoncé que ne seraient pas renouvelées au mois de mai les dérogations (waivers) accordées à la Chine, à l’Inde, au Japon, à la Corée du Sud, à Taïwan, à la Turquie, à l’Italie et à la Grèce. Le 4 novembre 2018, le président américain avait interdit, sous peine de sanctions, aux entreprises pétrolières du monde entier d’acheter du pétrole à l’Iran, mais il avait accordé des dérogations aux huit pays qui étaient à l’époque les plus gros importateurs de brut iranien.
La date du 4 novembre n’avait pas été choisie au hasard : c’est le jour anniversaire du début de la prise d’otages à l’ambassade américaine de Téhéran par les étudiants révolutionnaires adulateurs de l’ayatollah Khomeyni (4 novembre 1979). Au mépris de la convention de Vienne, 52 diplomates américains avaient alors été détenus pendant 444 jours. Les États-Unis n’ont jamais pardonné à l’Iran des mollahs cette humiliation (qui n’a heureusement fait aucune victime américaine). Les Américains auraient pu envisager un pardon de l’offense après qu’un missile tiré du croiseur USS Vincennes eut abattu, par erreur, le 3 juillet 1988, un Airbus d’Iran Air qui se rendait de Téhéran à Dubaï, faisant 290 morts, dont 66 enfants ; mais ils ne l’ont jamais fait.

En privant la nation iranienne de sa principale ressource, que cherche à obtenir la Maison-Blanche ? Le président et son secrétaire d’État disent aimer le peuple iranien ; par ces sanctions, ils affirment vouloir seulement obliger le régime théocratique à renoncer à ses missiles balistiques. Ils souhaitent aussi que Téhéran cesse de s’ingérer dans les pays de l’"axe chiite" (Liban, Syrie, Irak) et qu’il arrête de fournir des armes et des subsides aux ennemis des deux grands alliés historiques de l’Amérique dans la région : Israël et l’Arabie saoudite. L’Amérique souhaite obliger l’Iran à cesser d’armer le Hamas palestinien à Gaza (frontière sud d’Israël), le Hezbollah libanais (frontière nord d’Israël) et les montagnards houthistes au Yémen (sud de l’Arabie saoudite).
Quel homme de bonne volonté ne partagerait pas le scénario idyllique proposé par le secrétaire d’État Mike Pompeo : désarmement de l’Iran, réintégration du pays dans l’arène internationale, fin de l’oppression théocratique de son peuple ? Reste à calculer la probabilité du déroulement paisible d’un tel scénario…

Est-il raisonnable de penser que la Perse va renoncer aux seules armes un peu efficaces dont elle dispose, les missiles balistiques ? C’est un peu comme si l’on demandait à Israël ou à l’Arabie saoudite de renoncer à ses chasseurs-bombardiers made in USA. L’Iran n’oublie pas que, encouragées par Washington, les forces irakiennes de Saddam Hussein l’agressèrent en septembre 1980. Cette première guerre du Golfe devait durer huit ans, avec usage d’armes chimiques par l’Irak, mais sans la moindre condamnation de l’agresseur par le Conseil de sécurité de l’ONU.
En août 1990, faute d’avertissement clair émis par la diplomatie américaine, Saddam Hussein décida d’envahir le Koweït. C’était après que les pétromonarchies sunnites du Golfe eurent refusé de compenser financièrement l’Irak pour les sacrifices consentis face à l’ennemi commun révolutionnaire iranien. À la tête d’une coalition internationale, les Américains libérèrent le Koweït en février 1991, tout en laissant sur son trône le dictateur irakien, afin de garder un minimum de contrepoids face à l’Iran. Cette deuxième guerre du Golfe fut considérée comme un succès diplomatique car elle engendra immédiatement après la Conférence de Madrid sur le Proche-Orient.
Mais, après le traumatisme des attentats du 11 septembre 2001, les Américains cherchèrent un ennemi à frapper qui soit plus significatif que les talibans afghans : ils envahirent en mars 2003 l’Irak (qui n’avait pourtant pas la moindre responsabilité dans ces attentats). Cette troisième guerre du Golfe créa un immense chaos régional, dont les conséquences se font toujours sentir aujourd’hui.

Étranglés économiquement, les Iraniens se soumettront-ils à l’ultimatum américain ou choisiront-ils la rébellion ? Risquons-nous le blocage du détroit d’Ormuz, par où transitent 29 % des exportations mondiales de pétrole ? Nous dirigeons-nous vers une sortie de l’Iran du traité de non-prolifération nucléaire, fatalement suivie par une course aux armements atomiques au Moyen-Orient ? Les Américains choisiront-ils alors de changer le régime iranien par la force ? Au vu des expériences précédentes, nous sommes en droit d’être réservés quant à leur capacité à bien gérer les conséquences d’une quatrième guerre du Golfe…

Paru dans Le Figaro, 30 avril 2019
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J’Accuse ….
 
Tout le monde se souvient de l’article dans l’Aurore où Zola prenait la défense de capitaine Dreyfus. L’idée centrale de l’article était que la Justice était supérieure à tout et que rien ne pouvait justifier qu’un homme soit déshonoré, avili, et maintenu en prison alors qu’il était innocent.
Eh bien, je soutiens qu’aujourd’hui nous avons des milliers de Dreyfus un peu partout dans le monde, dont la vie et la carrière furent brisées comme le furent celle du capitaine Dreyfus, que les coupables sont des journalistes, et que cela se passe sans qu’il y ait eu le moindre procès. Et les victimes ne peuvent même pas faire appel.
Pour mieux expliquer ce que je veux dire, revenons en arrière.
 
La civilisation Judéo-Chrétienne a ceci d’admirable que la frontière entre le mal et le bien passe à l’intérieur de chacun d’entre nous et non pas en dehors.
Cela nous est expliqué dès les premières lignes de la Bible : après avoir mangé la pomme de la connaissance, Adam et Eve se virent nus, c’est-à-dire fragiles et mortels. Mais en comprenant ce qui pouvait leur faire du mal à eux, ils comprirent instantanément aussi comment faire du mal aux autres. De la prise de conscience que nous sommes mortels et vulnérables est donc née l’idée que nous pouvons tuer les autres ou leur faire du mal.  Et c’est à cet exact moment que le serpent, le Malin, entre dans l’histoire du monde, à l’instant même où nous sommes devenus conscients de notre propre vulnérabilité. Cette idée, que je trouve très forte, n’est pas de moi mais de Jordan Peterson. Et elle implique que chacun d’entre nous peut être en même temps ou à tour de rôle un salaud ou un saint, un héros ou un couard…
 
Et le Christ de nous dire "ne jugez pas si vous ne voulez pas être jugé", ce qui ne veut pas dire qu’il ne faut pas condamner, mais qu’en aucun cas il ne faut juger que l’autre est mauvais dans son essence. Un homme peut être coupable, et donc soumis au châtiment, mais jamais il ne peut être totalement mauvais. Le péché est haïssable, le pécheur jamais.
C’est ce qu’avait compris de Gaulle quand le Père Bruckberger vint lui demander la grâce de Joseph Darnand, immense héros de la guerre de quatorze et chef de la milice. Il répondit à Bruck, après avoir refusé de commuer la peine, "Dites-lui en tout cas que je suis obligé de le faire fusiller par raison d’État, mais que de soldat à soldat, je lui garde toute mon estime." Darnand était condamné, mais pas jugé, le jugement n’appartient qu’à Dieu.
Sur cette base, où des condamnations ont lieu mais où personne ne prononce un jugement sur l’essence de chaque individu, on peut construire une société véritablement humaine car le pardon, le repentir et la miséricorde y sont possibles.
 
Mais la dérive de nos sociétés aujourd’hui amène exactement à l’inverse : les crimes ne sont plus condamnés tandis que des jugements condamnant des individus sont portés au motif que ces personnes seraient fondamentalement mauvaises, tout simplement parce qu’elles ne sont pas d’accord avec ceux qui s’autorisent à juger leurs contemporains. Et ceux qui ostracisent leurs contemporains sont presque toujours des journalistes, qui se sont arrogés le pouvoir divin de juger de l’essence de chaque individu sans même que la faute ait été prouvée.
Et donc, aujourd’hui, des milliers d’hommes et de femmes ont été déshonorés, mais non condamnés, ce qui est bien pire que ce qui est arrivé à Dreyfus car, dans le monde dans lequel nous vivons, il n’y a ni appel, ni pardon, ni miséricorde, ni même nécessité de prouver le crime : l’homme qui a perdu son honneur ne peut le récupérer.
 
J’ACCUSE donc la classe médiatique d’avoir créée un monde inhumain et donc totalitaire en se transformant de fournisseur d’informations en ayatollahs. Dans ma jeunesse, le journaliste dans une première partie du journal ou de son article vous présentait les faits tels qu’ils avaient pu être établis, et dans une deuxième partie vous donnait son interprétation de ces faits et c’était très bien ainsi. Et donc la première étape était la collecte de l’information, la deuxième la mise en place du raisonnement du journaliste, sous tendu par les faits, que le lecteur pouvait consulter librement et la troisième, qui ne concernait que le lecteur, la formation d’une opinion que chacun pouvait effectuer librement.
Aujourd’hui, des procureurs que personne ne contrôle passent des jugements sans appel sans même que tous les faits aient été connus, et ces jugements sont toujours fondés sur l’argument d’autorité qui cherche à nous faire croire que le journaliste sait mieux que nous et que donc nous devons y souscrire.
Le résultat final est, qu’en tant que lecteur, je n’ai plus accès aux faits et donc je n’ai plus la possibilité de me former mon opinion librement. Je dois hurler avec les loups. On est passé en cinquante ans du trois étoiles au McDonald et l’on m’explique qu’il s’agit d’un progrès.
Et cette chute est le résultat de la déchristianisation de nos sociétés. Car, comme nous le savons tous, depuis un siècle, notre monde s’est déchristianisé à toute allure, et il s’est passé ce que Chesterton avait prévu lorsqu’il écrivait "Quand les hommes ne croiront plus en Dieu, cela ne voudra pas dire qu’ils ne croient plus en rien, cela voudra dire qu’ils croiront n’importe quoi"
Nous y sommes et les journalistes qui ne croient plus ni à Dieu ni à Diable se sont mis à croire n’importe quoi et en particulier qu’eux ils étaient bons et que leur tâche était de lutter contre le mal.
Ce qui revient à dire que la ligne entre le bien et le mal ne passe plus à l’intérieur de chacun d’entre eux (puisqu’ils sont bons) et que leur seul et unique devoir est de débusquer les défenseurs du Mal. Nous sommes passés d’un monde objectif à un autre, fondé sur la subjectivité de ceux qui ont le droit de s’exprimer. Nous sommes passés de la Démocratie à la théocratie ou les prêtres nous informent de ce que nous devons penser. En fait, nous sommes retombés dans le manichéisme le plus pur, d’un côté les bons, de l’autre les mauvais et c’est toujours à ce moment que commence le totalitarisme puisque les mauvais doivent être détruits.
Et donc, dès que des informations extraordinairement partielles, partiales ou incomplètes semblent justifier leurs préjugés, ces nouveaux chiens de garde attaquent en meute, non pas pour essayer de comprendre ce que celui qu’il faut bien appeler une victime a pu vouloir dire, mais pour le détruire.
 
Et pour détruire celui qui pense mal, ils utilisent deux armes, toutes les deux létales dans le monde des idées :
- Ils tournent en ridicule le peuple, qui pense rarement comme eux, en les traitant de "beauf" incultes et grossiers. C’est le traitement qu’ils font subir aux gilets jaunes en France, qui correspond aussi à l’appellation de "déplorables" dont madame Clinton avait affublé les électeurs de Trump et au nom "little englander", donné en Grande-Bretagne au partisan du Brexit.
- Pour les plus dangereux de ceux qui ne partagent pas leurs idées car ils savent s’exprimer par eux-mêmes et qui auraient émergé grâce à leurs propres talents, ils pratiquent l’excommunication, sans retour en grâce possible. Ces pauvres individus, accusés de racisme, de fascisme, d’islamophobie ou de tout autre péché mortel n’ont comme solution que de se suicider intellectuellement et de cesser de produire quoi que ce soit car ils ne seront plus jamais invités à aucun débat, leur carrière universitaire sera brisée et leurs livres ne bénéficieront jamais de la moindre recension.
 
Tourner en ridicule le Peuple, excommunier les opposants à la pensée unique en se servant du monopole sur les media officiels qu’ils se sont créés avec l’aide des puissances d’argent, tels sont les deux outils que ces "journalistes" utilisent pour assécher les maigres oasis qui essaient de continuer à exister ici ou là et pour survivre dans le désert intellectuel dans lequel nous vivons.
J’ACCUSE donc les journalistes payés par les media officiels d’être devenu le bras séculier de la pensée unique, à qui l’on livre les criminels pour qu’ils soient condamnés et exécutés sur la place publique. Ils sont devenus le sous-officier qui a brisé l’épée de Dreyfus et arraché ses galons.
Mais ce n’est pas tout : J’ACCUSE aussi certains journalistes d’avoir pris pour exemple le Colonel Henry qui fabriqua les fausses pièces à conviction qui accablèrent le pauvre capitaine Dreyfus. Car beaucoup d’entre eux, non contents de déshonorer ceux qui ne peuvent répondre, vont jusqu’à fabriquer de fausses "preuves" ou à utiliser des "preuves" dont ils savent qu’elles sont fausses ou incomplètes.
Et pour ajouter à leurs crimes, J’ACCUSE enfin bon nombre de journalistes d’être des Esterhazy qui tout en connaissant le vrai coupable, hurlent à la mort pour faire condamner un innocent.
Que le lecteur me permette de donner deux exemples de ces pratiques abominables, l’un immense, l’autre minuscule et qui tous deux viennent de se produire.
 
Depuis près de trois ans, la classe journalistique dans son immense majorité nous a certifié que le Président des Etats-Unis était arrivé au pouvoir avec l’aide de monsieur Poutine.
Et tout l’arsenal qui avait servi à faire condamner Dreyfus y est passé.
- Fabrication de fausses preuves et utilisation de ces fausses preuves pour faire espionner le Président et son entourage.
- Fuites "anonymes" vers des media complices, appuyées sur ces fausses preuves, tendant toutes à prouver la culpabilité du Président.
- Campagnes de presses reprenant des éléments dont tous les journalistes savaient qu’ils étaient faux, en partant du principe que la fin justifie les moyens et que, comme le Président était une ordure, mentir et tricher étaient non seulement permis mais recommandable, ce qui est une monstruosité. Car chaque homme est responsable des moyens qu’il a utilisé sans considération aucune des fins qu’il poursuivait, et dire ou recommander le contraire, c’est encore une fois la voie ouverte au totalitarisme.
- Protection des vrais coupables, c’est-à-dire les équipes de madame Clinton et madame Clinton elle-même, à qui rien ne fut jamais reproché…
- Utilisation de la justice pour essayer de forcer certains proches du Président qui avaient commis quelques peccadilles à charger le Président en contrepartie d’un allègement de leur peine.
 
Tous les composants de l’affaire Dreyfus sont là, et l’on retrouve les mêmes personnages sous des noms différents, Esterhazy (Steele, l’espion britannique), le Colonel Henry (Comey, le patron du FBI), le général Picquart (le ministre de la Justice Barr) etc… mais le combat est à front renversé : cette fois ci, les salauds sont tous à gauche et les honnêtes gens à droite. Mais qu’est que la gauche aujourd’hui puisqu’elle hait le peuple ?
L’opinion publique a plutôt soutenu Trump comme elle avait soutenu Dreyfus tandis que quelques media (Fox, Breitbart) reprirent le rôle de Zola et de l’Aurore et défendirent le Président, mais la majorité de la presse "institutionnelle", y compris la presse française, a endossé sans état d’âme le rôle qu’avait choisi l’Action Française de Charles Maurras.
Mais nous savons maintenant, grâce au rapport Mueller et au nouveau ministre de la Justice monsieur Barr, que le Président est innocent et que les foudres de la Loi vont tomber -enfin- et sur les vrais coupables et sur ceux dans les media qui ont été complices de la première tentative de coup d’état dans l’histoire des USA. La vérité l’emportera toujours sur le mensonge disait Jean-Paul II
 
Venons-en au minuscule exemple.
Un transsexuel est attaqué à Paris et la presse se déchaine immédiatement contre l’homophobie de la population française et cela sans même connaitre les coupables. Je suis moi-même très affecté puisque mon jeune frère était homosexuel et qu’il est mort du sida au début des années 90, ce qui acheva de tuer ma mère après perdu mon père aussi d’une longue maladie. Voilà qui réveilla chez moi des souvenirs très douloureux.
Les coupables sont trouvés, et ils sont musulmans.
En une journée, l’information sort de tous les journaux, tant tous nos héros du bien ont peur de pratiquer le fameux amalgame. Et pourtant, dans ce cas-là, ils devraient défendre les homosexuels, car il y a 17 pays au monde qui pratiquent la peine de mort pour homosexualité et ils sont tous musulmans. Les musulmans qui ont attaqué la victime n’ont fait que ce que le Coran leur enjoint de faire. Dénoncer l’homophobie présente partout dans le Coran devrait être un devoir sacré pour tous les défenseurs du bien. Hélas, défendre les homosexuels ne rapporte rien, mais dire du mal du Coran ou du prophète peut couter cher comme l’a montré l’exemple de Charlie Hebdo.  Certes, "Nous sommes tous Charlie", mais pas au point de les accompagner au cimetière. Et donc, non seulement beaucoup de ces journalistes ont menti en accusant sans preuve aucune la population française mais dès qu’ils ont su la vérité, ils ont couru se cacher… On songe aux Allemands qui pendant la guerre n’ont jamais vu passer les trains…  Ils sont comme les chacals, agressifs en groupe, mais lâches individuellement.
 
Que faire ? va me dire le lecteur… La solution est toute simple et existe en Grande-Bretagne. Les journalistes peuvent tout dire, tout écrire mais si ce qu’ils ont dit ou écrit est faux et diffamatoires, alors les tribunaux condamnent et le journaliste et son media sont littéralement ruinés par les dommages et intérêts payés à la victime. Cela n’empêche en rien la liberté de la presse, qui est sacrée, mais cela empêche assez efficacement les journalistes de détruire des vies et des carrières sans aucune preuve et sans que ces forfaits aient le moindre effet sur eux.
Voilà une réforme qui, pour une fois, serait utile.
Paru sur institutdeslibertes.org, 15 avril 2019
Publié dans Du côté des élites
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Supprimer l’ENA, une mauvaise idée
 
Rien n’est plus normal, plus classique. Quand un pouvoir politique est aux abois, quand il est à la dérive, la dernière issue qu’il lui reste, c’est de jeter un os à ronger à la foule en colère. Le naufrage dans la démagogie est le signe d’un régime en perdition qui n’a plus qu’une seule obsession, se maintenir à tout prix.
Quand la vanité, obsessionnelle, maladive, obscène, au plus profond du néant, écrase toute notion de bien commun, il reste la démagogie, les vieilles ficelles destinées à satisfaire l’instinct de foule. Annoncer la suppression de l’ENA, surtout dans ces conditions, est un réflexe de la pire espèce.
Et qui mettre à la place des quelque 4000 anciens élèves de l’ENA qui ont passé un concours extrêmement sélectif, à un poste pour 200 ou 300 candidats, déjà issus des meilleures formations (dont des agrégés d’histoire, de lettres, de philosophie, des X, des ingénieurs, des HEC et autres écoles de commerce, des sc po, des docteurs en droit, etc), pour lequel ils ont trimé pendant des années, sacrifié plusieurs années de leur jeunesse dans l’espoir de devenir préfets ou ambassadeurs ?
 
Les remplacer par qui, par quoi ? Des militants de LREM ou du FN ? Nos brillants lettrés de l’UNEF cette pépinière de la gauche française depuis 30 ans qui n’attend que cela ? Les enfants, les neveux, les amants ou les maîtresses des uns et des autres ? Recaser les B…… ? T….. ? G…… ? C’est déjà le cas pour une partie de la fonction publique ouverte aux nominations au tour extérieur ! Le rêve de certains politiques a toujours été de briser l’ENA pour pouvoir caser sans limites leurs protégés et leurs serviteurs. Règne absolu et sans partage du népotisme, des lèche-culs, de la médiocrité, des passe-droit, du clanisme politicien et du copinage : voilà ce que recèle le projet de supprimer l’ENA.
 
Il n’est plus question de traiter des vrais problèmes de la France, la crise de l’école et de l’Education nationale, l’effarant niveau des prélèvements obligatoires, la dette publique égale à 100 % du PIB, l’explosion de la violence et de la délinquance, la désindustrialisation, les 2 millions de jeunes sans formation ni emploi abandonnés au désœuvrement, le chômage qui touche 5 millions de personnes, les problèmes de pouvoir d’achat, les 8 millions de pauvres, le désastre des banlieues, de l’exclusion, du communautarisme. Alors, comment recouvrir la déliquescence d’une nation, sa fragmentation et le renoncement de ses dirigeants, par lâcheté et aveuglement ? Il suffit d’annoncer une mesure symbolique, explosive, pour couvrir tous les désastres, l’impuissance et l’absence de gouvernement, dans une belle polémique : supprimer l’ENA. Et qui peut croire une demi-seconde, que la suppression de l’ENA apporte la moindre solution à la débâcle française ?
 
Le vrai scandale tient à la cosanguinité entre une infime partie de la haute fonction publique et la classe politique, à l’image des 2 derniers occupants de l’Elysée. Pour cela, comme en Angleterre, il suffit d’obliger ceux qui s’engagent en politique à démissionner de la fonction publique. Tout le monde le sait mais personne n’a jamais eu le courage de le faire. Les individus qui ont utilisé l’ENA pour accomplir leur dessein politique et une fois parvenus à leurs fins, se retournent en crachant dans la soupe, sont une infime minorité à la source de l’image ambiguë de cette école : 1 ou 2%, pas plus.
 
Les autres sont des hauts fonctionnaires qui ont choisi le beau métier de serviteur de l’Etat et de leur pays et auraient pu multiplier leur rémunération par 2 ou 3 en allant dans le privé (constat de fait). Ils ont choisi la voie de l’épreuve intellectuelle du concours pour se donner un métier, préfet, ambassadeur, directeur d’administration centrale, plutôt que le jeu des réseaux claniques, familiaux et du copinage qui caractérise la plupart des autres filières de promotion sociale. Supprimer l’ENA, faire de cette Ecole le bouc émissaire des lâchetés, des renoncements, des fautes, de la bêtise et de la mégalomanie de quelques dirigeants politiques et de la déliquescence avancée d’une nation serait pire qu’un crime : une faute.

Paru sur maximetandonnet.wordpress.com, 17 avril 2019
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Notre-Dame : Merci patrons !
 
Les entreprises retrouvent enfin leur place. Elles veulent recruter plus et mieux, s’impliquer sur un plan sociétal. Elles mobilisent leurs collaborateurs pour aller voter. Et elles ont réalisé un espoir collectif par leur participation immédiate à la reconstruction de Notre Dame.
 
Le désarroi dans lequel se trouve actuellement la France a ceci de bon qu'il redonne à l'entreprise une place qu'elle n'a jamais eue. L'entreprise réhabilitée, l'entreprise valeur refuge, nous en avons rêvé. Le socle entrepreneurial est devenu aujourd'hui un repère et un recours dans de nombreux domaines.
Devant l'effroyable incendie de Notre Dame de Paris, saluons la réaction immédiate des deux grands chefs d'entreprise 
François Pinault et Bernard Arnault qui, les premiers, ont proposé de consacrer l'un 100 millions et l'autre 200 millions d'euros à la reconstruction de notre cathédrale en entraînant beaucoup d'autres. Des gestes symboliques qui, espérons-le, redoreront un peu l'image injuste de ces "salauds de patrons" du CAC 40 !
Le mouvement ETHIC a également lancé un appel à ses membres. Nous n'avons pas l'habitude en France de reconnaître la place et le rôle du mécénat, reléguant souvent celui-ci à une forme de "charité " dont les riches feraient preuve pour se dédouaner d'avoir gagné de l'argent. Evidemment, les extrémistes de toujours ont beau jeu de dire que ces dons sont une aubaine fiscale, que c'est " juste de la com' ", que c'est l'argent qui n'a pas été versé pour sauver des vies humaines... Les réseaux sociaux touchent les bas-fonds des âmes noires.
Symbolique et fort aussi de constater la volonté croissante des entreprises de s'impliquer dans ce qui touche à la collectivité, bien au-delà de leur objet social (pas besoin de Loi pour ça). Sur un plan sociétal, les entreprises ont également pris un tournant qui consiste à poursuivre des objectifs en matière de RSE (Responsabilité Sociétale des Entreprises) et au-delà pour certains. Les directions d'entreprise s'impliquent de plus en plus dans le bien-être quotidien des salariés, on a beau continuer de brandir le spectre du burn-out, la prévention en la matière est réelle. On peut bien sûr se moquer de ces efforts de recherche de bien-être et même de confort ou de plaisirs ludiques, comme l'a fait 
Nicolas Bouzou dans son livre L'entreprise inhumaine car, certes le babyfoot n'est pas l'eldorado du salarié et le management laisse à désirer, mais on ne peut pas critiquer les efforts pour améliorer la qualité de vie au travail des collaborateurs en s'en moquant, même si cela passe par de petits agréments du quotidien qui peuvent paraître insignifiants (massages au travail, pots, aide pour arrêter de fumer, afterwork, sport, etc.)
La crise des gilets jaunes a d'ailleurs étonnamment épargné de sa vindicte l'entité que représente l'entreprise, peut-être parce que l'on comprend enfin que le pouvoir d'achat, s'il dépend évidemment du salaire, n'a rien à voir avec ce que pourrait être un salaire brut allégé des prélèvements et charges. Un vrai sujet (à suivre).
 
Envoyé par l'auteur, paru sur Challenges, 18 avril 2019
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Le dogme et la conviction
 
La conviction est un essentiel qui vient de l’intérieur, le dogme est un essentiel qui vient de l’extérieur. La conviction motive, le dogme rassure, justifie et crée le lien social. Le but de toute éducation est d’apprendre à se forger des convictions, d’assumer sa liberté et de comprendre les dogmes. Le but de tout pouvoir est de faire confondre ses dogmes avec la vérité et s’ils sont faux, le pouvoir mène son peuple à sa perte car les convictions se heurtent aux dogmes.
 
L’éducation nationale est aujourd’hui un oxymore, une obscure clarté, une intelligence bornée, un apprentissage de fausses vérités. Quand l’éducation nationale ne réussit pas à instiller les dogmes, le politique fait des lois mémorielles qui les imposent sous peine de sanctions pénales. La conviction n’a plus droit de cité, l’homme n’a plus le droit d’être debout, la liberté d’expression n’est plus qu’un étendard que l’on courtise en le poignardant.
 
En économie les faux dogmes génèrent des techniques de paupérisation de plus en plus sophistiquées pour le plus grand profit de ceux qui les imaginent, qui n’existent que par leur inventivité et qui coûtent fort cher. Ces techniques ne prospèrent que parce que l’on a convaincu le peuple qu’il était incompétent en économie, que son bon sens ne valait pas intelligence et que les dogmes actuels de l’économie étaient vrais alors qu’ils sont faux.
 
Le premier faux dogme est que l’échange enrichit durablement alors qu’il n’est que double contentement, enrichissement mental de l’instant. Vénérer le libre-échange, c’est prendre l’instant pour le durable et faire payer son erreur par le peuple. Pour faire croire à la solidité du dogme, on a inventé le PIB, somme de toutes les dépenses que l’on a le culot d’appeler produit pour le présenter à tous ceux qui ne comprennent rien, comme une création de richesse à se partager, ce que font avec zèle tous les médias. Le libre-échange coûte en réalité extrêmement cher. Il coûte d’abord cher en argent avec des coûts de transport faramineux, avec le chômage qu’il crée et que l’on rémunère, et avec les baisses de salaire. Il coûte aussi cher en diminution de la biodiversité. Il est d’ailleurs regrettable que les médias ne nous parlent que de la diminution de la biodiversité animale et végétale sans jamais parler de la biodiversité humaine tout aussi en danger et pourtant tout aussi nécessaire. Et comme il faut bien payer ces dépenses du libre-échange, la paupérisation du peuple est une nécessité. Il grogne sans comprendre car on lui a dit que nous étions un pays riche puisque nous dépensions beaucoup. On l’a même convaincu, en en faisant un seuil, que la vraie pauvreté, c’était de ne pas dépenser.
 
Le deuxième faux dogme est que seules les entreprises peuvent demander à chacun le meilleur de lui-même et que lorsque l’État le fait, soit il déguise en fonction publique une sinécure permanente de moins en moins supportable par ceux qui n’en bénéficient pas, soit il tue dans l’œuf ses propres créations comme successivement, les ateliers de charité, les ateliers nationaux, les ateliers sociaux et les ateliers de travail et de charité permanents. On en arrive à tuer les entreprises en leur faisant supporter l’entretien de millions de chômeurs que l’on trouve normal de payer à être inutiles tout en entendant Macron redire qu’il faut "demander à chacun le meilleur de lui-même". Et quand l’entreprise meure, elle laisse ses dettes à la charge de la collectivité. On paupérise partout par la surtaxation des entreprises, par l’entretien de chômeurs involontaires et d’une masse incroyable d’inutiles subventionnés. La nouvelle coqueluche de l’auto-entreprenariat permet de reculer pour mieux sauter.
 
Le troisième faux dogme est la croyance que l’on peut créer de la monnaie avant de créer de la richesse, qu’il suffit d’investir comme ils disent. On semble avoir complètement oublié que la monnaie ne doit pouvoir être créée que pour équilibrer le constat d’un peuple qu’il a préalablement créé de la richesse à ses propres yeux. C’est ce troisième faux dogme dramatique qui rend présentables et apparemment crédibles depuis au moins un demi-siècle, grâce aux banques, les deux premiers faux dogmes, tout en ouvrant malheureusement la porte au quatrième.
 
Le quatrième faux dogme est que l’artificiel remplace facilement le naturel et que l’équilibre instable du funambule peut remplacer avantageusement l’équilibre stable du porte-manteau. La machine pourrait produire et l’intelligence artificielle concevoir, en laissant l’homme simplement consommer, dormir, se distraire et courtiser ses élites autoproclamées. On en arrive même à faire croire que la machine et l’intelligence artificielle sont moins coûteuses que l’homme, tant dans sa fabrication que dans son usage. Le dogme prétendant que l’homme demanderait plus d’énergie que la machine pour être conçu, nourri et réparé, est évidemment faux mais il fait ses ravages dans la recherche médicale et dans l’industrie dite "de pointe" qui, pour nous faire lutter contre la mort et pour nous laisser nous croire enfin des dieux, dépensent une énergie monétaire considérable à augmenter la population mondiale, la soumettre à notre façon de vivre et en déduire qu’il faut en changer tellement le résultat est catastrophique.
 
La somme de ces quatre faux dogmes laisse croire qu’il suffit pour se croire riches de fabriquer de l’argent pour acheter des machines, et encore fabriquer de l’argent pour acheter leurs productions. Comme cela ne marche évidemment pas, il faut absolument faire payer les autres peuples et donc être une "puissance", ce mot mi-sexuel mi-guerrier dont tous les Politiques s’habillent comme leur seule raison d’être. La "puissance" chiffrée par le PIB et générant même un prétendu "PIB mondial" n’est que la somme de toutes les dépenses payées par la création monétaire ex nihilo des banques. Ce pack bien ficelé est fourgué aux peuples que l’on a formatés à tout gober, comme une création de richesses dont ils ne voient évidemment jamais la couleur s’ils n’endettent pas leur descendance. On a inventé pour cela l’expression "développement économique" dont la racine latine veut dire soulever le voile, ce qui se dit en grec apocalypse. Le voile une fois soulevé, ce développement, cette apocalypse nous permettent de voir de mieux en mieux l’impasse dans laquelle on nous pousse tant que nous accepterons d’en être nous-mêmes par facilité les complices.
 
Les faux dogmes ne détruisent pas que l’économie. Le libéral crée le libertaire. Les mots deviennent creux. La république se réduit à l’oligarchie, la loi du petit nombre. Ce petit nombre peut même n’être qu’un seul comme le dit Mélenchon avec son "La république c’est moi" ou comme le vit Macron, ce jeune monarque improvisé que la réalité ne dérange même plus.
Les faux dogmes défient aussi la réalité en niant la faiblesse physique de la femme comme son monopole absolu dans les maternités et comme la nécessité d’un homme et d’une femme dans la conception et l’éducation des enfants. Simplement dire ces évidences devient un crime de lèse-dogme à mépriser avec d’autant plus d’ardeur que ce crime n’est que simple observation. Nier une vérité ne trouve sa force que dans l’idolâtrie du dogme.
 
Les faux dogmes détruisent encore le lien social en considérant la sexualité comme une orientation sans jamais s’aventurer à se demander, de peur de s’entredéchirer, si sa boussole se trouve dans les gènes ou dans l’éducation. Le dogme impose l’homosexualité comme un état alors que les Grecs la voyaient comme un passage utile et organisé entre l’autosexualité et l’hétérosexualité, passage dont il fallait savoir sortir. A-t-on encore le droit d’avoir des convictions sur ce sujet sans être embastillé pour homophobie ? Peut-on encore suggérer que l’homme a autant besoin de la femme que la femme de l’homme et que l’un sans l’autre ne peut être un équilibre à lui tout seul ?

Tous les faux dogmes actuels ont besoin de dérivatifs pour occuper les esprits d’une jeunesse généreuse de son énergie mais que tous ces faux dogmes empêchent d’être utile. Ils ont généré des nouvelles religions pour étrangler la spiritualité collective qui donne trop de place au bon sens et qu’ils abandonnent à l’islam. Ils ont d’abord sorti de leur chapeau la laïcité qui décrète que la spiritualité n’est qu’individuelle alors qu’elle ne l’est que pour une infime minorité d’ermites. Comme la laïcité patine, on a inventé une autre religion qui, sous le prétexte de bienveillance et à l’inverse de la démocratie, survalorise les minorités pour un égalitarisme dogmatique qui n’est toujours que dans un seul sens. C’est la religion de la "discrimination positive" que l’on appelait autrefois la distinction, c’est la religion du "celles et ceux" tellement entendu et de la parité qui exclut la femme de la représentation de "ceux", mais qui ne bronche pas quand la parité se perd dans la magistrature et bientôt dans la médecine et dans les médias. Cette religion suicidaire culpabilise toute majorité, ne pousse pas les faibles à devenir forts mais imposent aux forts d’être faibles tout en prônant la compétition et en dédaignant la collaboration. Comme cette religion n’est pas fondée sur une générosité mais sur une obligation dogmatique, elle patauge aussi et n’enflamme personne. On a enfin inventé une religion qui peut enflammer la jeunesse. C’est le réchauffement climatique dont l’origine serait humaine. Personne ne commence par expliquer pourquoi la Terre a été glaciale et brûlante à différentes époques bien avant l’arrivée de l’homme. Or, sans avoir compris le pourquoi de ce large éventail de températures dont l’homme ne porte aucune responsabilité, est-il sérieux d’imputer à l’homme, par simple affirmation d’un GIEC composé de gens très divers qui y ont tous intérêt, la responsabilité du petit réchauffement actuel que l’on retrouve plusieurs fois dans les siècles passés. La religion du réchauffement climatique a en plus, pour l’élite autoproclamée, le gros avantage de prendre en charge le déclin bien réel de la biodiversité en en absolvant le vrai coupable, le libre échange. Et n’est-elle pas aussi une façon efficace de détourner l’énergie de la jeunesse de là où elle pourrait être utile donc vraiment dérangeante ?

Envoyé par l'auteur, paru sur www.surlasociete.com, 1er mai 2019
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De la chine (4) … et Taïwan ?             
 
Le Président Xi a peut-être vu Les 55 Jours de Pékin, film de Nicolas Ray dans lequel Ava Gardner se meurt d'amour pour le vaillant soldat US Charlton Heston et où le britannique ambassadeur David Niven met en déroute, presque à lui tout seul, les vilains Chinois. Il a peut-être aussi lu dans sa jeunesse Quand la Chine s'éveillera, ou bien encore Pearl Buck ou Lucien Bodard, ce grand nostalgique de son enfance au Sechuan… enfin tout ce folklore occidental qui nourrit nos fantasmes orientalistes, y compris Ségalen et les terrifiants reportages sur la Chine de Mao .
De quoi, sans doute, nourrir pendant des siècles un solide esprit de revanche.
 
Taiwan, cette belle île, instablement volcanique, plantée à moins de 150 kilomètres en face des grandes villes de Fuzhou, Quanzhou ou Xiamen (nord de HongKong) en Chine continentale, vit, coincée entre plusieurs "mondes", une histoire mouvementée.
Base commerciale et de piraterie en Asie depuis la nuit des temps, d'abord occupée par les Espagnols puis les Hollandais, les Européens la baptisèrent Formosa ; la dynastie Qing la reconquit, puis elle passe sous contrôle japonais en 1895 en vertu du traité de Shimonoseki, après une fracassante défaite chinoise, dont se mêlent aussi les Occidentaux.
Restituée à la Chine en 1945, elle est le refuge de centaines de milliers d'opposants à Mao Tse Toung et à l'emprise communiste. Nombre de familles restées sur le continent payèrent très cher, de leur vie même, le départ de leur proches vers l'île refuge. Protégée par les Occidentaux (surtout US), Taïwan devient un Etat indépendant, occupe le siège permanent chinois au Conseil de sécurité, jusqu'à ce que le régime communiste soit reconnu par la collectivité internationale occidentale en1971. Depuis, l'opposition entre les 2 Blocs politiques de la planète, et le sensationnel développement de Taïwan font de cette île un enjeu permanent, d'influence et de pouvoir. On peut presque dire qu'elle est une sorte "d'invention" nord-américaine, bastion idéal de surveillance de la Chine continentale, mais de son côté, cette même Chine ne se lasse pas de la scruter et  considère toujours Taïwan comme sa 22ème Province.
S'explique alors d'elle-même la petite phrase du Président Xi dans son discours du 2 Janvier : "la Chine doit être réunifiée". 
 
Taïwan incarne un grand paradoxe : vouée aux gémonies pendant plus d'un demi-siècle par la Chine communiste, elle incarne "l'autre monde chinois" : L'avancée rouge et l'installation des Maoïstes au pouvoir, engendrèrent l'exil de clans, de familles, de villes et villages entiers, jusqu' au bas du continent, traversant le détroit, délaissant même Hong Kong , afin de mettre en sécurité leurs personnes et leurs biens, mais aussi leurs traditions et leur culture fondamentale. Ils partirent, sans espoir de retour, et refondèrent une société ; c'est ainsi que l'île fut le refuge des plus précieux trésors impériaux (1), des parchemins les plus anciens, des artisanats les plus emblématiques de 5.000 ans de civilisation. Taîwan devint ainsi le réceptacle de la tradition. Le temps a passé, chacun ce son côté a connu succès et déboires, violences, dictatures, libéralisations durables ou éphémères. Les liens financiers, industriel et surtout commerciaux se sont liés peu à peu entre les soeurs ennemies, pour leur plus grand profit. Les échanges sont désormais nombreux, le tourisme et les affaires encouragés (avec, par exemple, plus de 500 vols de liaison par semaine). Même si Taïwan est une république à part entière avec une constitution, une monnaie, un drapeau, une représentation internationale spécifique, la trajectoire mentale de la République Populaire reste inchangée, et se trouve même renforcée par le désir actuel de retrouver racines et tradition dont l'île refuge est l'emblématique dépositaire : elle est – et sera – la 22ème Province.
 
Le lent processus de récupération devient évident.
De fait, cela s'inscrit dans une démarche tentaculaire de récupération ou conquête, d'abord illustrée par l'occupation et la violence faites au Tibet, de tous temps plus ou moins vassal de l'Empire ; en 1950 Mao mit fin à la relative indépendance de la théocratie, en lançant troupes et petit livre rouge à l'assaut ; le 14ème Dalaï lama dut signer un accord ambigu de 17 paragraphes qui était en fait le prélude à une annexion. L'occupation et la résistance furent terribles. Mais plus de 60 ans après, la sinisation est totale, assortie de l'envoi massif de colons chinois, et à l'inverse du déplacement en masse de tibétains en Chine ; on ne peut nier par ailleurs qu'une prospérité nouvelle anime les rugueuses montagnes, pourtant réputées inappropriables.
 
Ensuite, il y eut "l'affaire de HongKong" en raison de la fin du bail emphytéotique britannique à 99 ans sur les nouveaux territoires. Les négociations commencèrent en 1982, furent âpres et difficiles, l'Ile elle-même, la presqu'ile de Kowloong, les 498 ilots et les territoires continentaux, ayant des statuts différents étalés de 1842 à 1898. Les Britanniques exigèrent des garanties sur les droits humains et les relations économiques, tergiversant, comme ils ont l'art de le faire, tout autant que les Chinois.  En 1997, le départ des Britanniques fut pathétique et provoqua l'exil plus ou moins volontaire de près d'un million de Hongkongais. La prospérité, n'en déplaise aux Cassandre, perdura et s'amplifia ; au début, rien ne changea dans le "plus beau fleuron de l'Empire", lequel, bénéficia changeant de mains, d'une indispensable modernisation. Un peu plus de 20 ans plus tard, l'empreinte britannique se trouve fort édulcorée et la sinisation rampante a fait son œuvre. Le statut particulier est fragilisé et il est évident que Hong Kong est de plus en plus "une chinoise comme les autres".
La manœuvre sur Taïwan est donc l'Acte 3 de "l'enveloppement" par la Chine continentale de l'ensemble de son périmètre, de même que les actions  de conquête de territoires et de recul des frontières maritimes s'activent en mer de Chine. Nier les règles internationales de contrôle des eaux territoriales, la construction d'îles artificielles, s'inscrivent dans cette démarche. D'autant que "de l'autre côté de l'eau" la Corée du Sud et le Japon, leaders de l'économie libérale mondialisée, sont ressentis et présentés à l'opinion comme des empêcheurs d'être communistes en rond.
 
Taïwan serait donc "une belle affaire" à entrer dans le giron de la République Populaire, non seulement en raison de ses talents technologiques et commerciaux, mais aussi parce qu'elle restituerait une grande partie de la légende chinoise, celle de l'Empire du Milieu et de ses finesses culturelles. Par ailleurs, dans le cadre du déploiement maritime de l'OBOR, l'ile est le verrou nord de la mer de Chine méridionale, la péninsule indochinoise, la Malaisie et Singapour. La ville-état est également dans le viseur du Parti : il n'est pas exclu que d'ici à 50 ou 60 ans elle se retrouve dans le giron "d'une seule Chine". Sa besogneuse population est à 80 % due aux vagues successives d'immigrants chinois, les liens sont nombreux ; la crise de 2008 a permis l'entrée de Beijing dans l'économie du plus grand port d'Asie du sud-est, de ses banques et de ses entreprises. La pénétration est la même que celle pratiquée pour Hong Kong ou ailleurs... en Australie par exemple : avancer ses pions lentement, en commençant par la culture, les universités, la banque, le commerce gros ou petit, organiser des fêtes et des concerts, envoyer des containers entiers de cosmétiques, de vêtements et de battes de cricket ou de base ball…
 
Donc, entre le Non jamais et le Oui peut être, Taïwan navigue dans l'incertitude au gré des majorités électorales. La prochaine présidentielle aura lieu en 2020, c'est à dire demain. L'allié et protecteur Nord-Américain pèse très lourd, est capable d'un revirement hostile ou d'engager un bras de fer avec le Parti. De fait, la stabilité est politiquement fragile, économiquement bonne, humainement vulnérable. L'enjeu est de taille, et tout acte franchement hostile embraserait la totalité de l'Asie du Sud Est, et peut être plus loin. Cela étant la doctrine n'a pas changé d'un iota depuis 1949 : "...la Chine Une et indivisible".
 Elle s'appuie aussi, désormais sur l'adage de DenXiaoping : "La pauvreté n'est pas le socialisme, s'enrichir est glorieux".
 
(1) Le voyage, parfois rocambolesque, et souvent dangereux des trésors de la Cité Interdite et autres lieux, des réserves d'or et de biens transportables, est désormais connu, a fait l'objet de plusieurs publications en anglais et français. Une magnifique exposition "Trésors du Musée national du Palais, Taïpei, mémoire d'empire" a eu lieu au Grand palais  de Paris en Octobre 1998.

Envoyé par l'auteur, 3 avril 2019
Publié dans De par le monde
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Notre-Dame en flammes : un fait géopolitique
 
Le monde a vu brûler Notre-Dame de Paris en direct, les réactions ont été immédiates. L’examen de leur contenu révèle un phénomène géopolitique concernant l’Art. Quand en 2001, le monde entier a vu également en direct s’effondrer les Twin Towers, les terroristes ont crié victoire mais le reste du monde s’est ému. On déplora 2 750 morts mais personne ne pleura les tours, symbole de la puissance américaine aux yeux du monde entier.
Dans le cas de la destruction de Notre-Dame, il n’y pas eu de morts et les causes restent hypothétiques, terrorisme ou négligence des institutions à l’égard du grand patrimoine ? Comme pour New York, la déploration n’a pas été unanime : les réseaux sociaux ont trahi satisfactions et cris de joie non commentés par la presse, mais aussi titres et déclarations venues des cinq continents, où l’on constate que l’incendie a été vécu comme une épreuve partagée avec les Français.
 
Le Grand’art serait-il un corps doué d’une âme ?
Le contenu des messages est inhabituel. Il ne ressemble pas à des condoléances. Ici le malheur les accable autant qu’il nous accable. Quel est-il ? La cathédrale, grande œuvre d’art par sa forme et son contenu, est désignée comme un être ayant un corps et une âme indissolublement liés. Ce bâtiment est un être, un parent, que le monde entier regarde mourir en éprouvant souffrance personnelle et angoisse. N’est-ce pas mystérieux ? L’œuvre d’art aurait- elle une âme chevillée à son corps ?
Le phénomène est surprenant car l’Art, celui qui est subventionné par l’État en France et dans le reste du monde, l’est de façon privée, par collectionneurs, grandes marques et groupes financiers : l’Art contemporain — international — du haut marché, répond à une définition exactement contraire à celle évoquée plus haut. Il n’est pas de célébration mais de critique, il ne crée pas, il déconstruit, il applique la dérision à tous les arts civilisationnels et en particulier à l’art Occidental, considéré comme particulièrement peccamineux. Seul un art global, "contemporain" mais sans identité, pourrait apporter la paix et la concorde internationale.

La deuxième surprise est que cette cathédrale est qualifiée dans les messages comme ayant à la fois une identité française, européenne et une qualité universelle… qu’est-ce-à dire ?
L’attachement à sa propre identité n’est donc pas un obstacle à la relation avec une autre tout aussi attachée à la sienne ? L’art serait-il plus qu’une marchandise, un produit financier, un support de propagande idéologique ? Un lien positif au-delà des conflits politiques entre des cultures différentes ? Voilà qui n’est plus enseigné dans nos écoles. Y aurait-il une distance entre le réel et l’idéologie mainstream ?
En l’espace de quelques heures tout au long de la tragédie visuelle vécue par le monde entier, la notion moyenâgeuse de l’art, formulée par Saint Thomas et l’Abbé Suger après l’avoir été par Aristote, remonte comme une pousse au printemps. Serait-ce une notion naturelle que l’on observe depuis le paléolithique ?

L’art circule dans le monde parce qu’il est beauté habitée de sens et en cela partageable malgré la différence des conditions et cultures. Entre 7 h du soir et 10 h du matin nous avons formé une humanité planétaire soudée devant le spectacle de notre âme commune, brûlant dans un corps de pierre. L’homme se reconnaît anthropologiquement dans l’art de l’autre. Plus encore, il a besoin pour se dépasser de la différence avec l’autre et de l’échange. Sans cela, c’est la stérilité et la mort.
Cela n’empêche pas que l’Art contemporain international, le seul dont on dit dans les grands médias qu’il existe, soit un très bon produit financier patrimonial. Il est très fluide dans l’international, discret, défiscalisé. Il a de multiples usages et avantages, son rendement annuel est de 8 % en moyenne, chose remarquable à une époque où les taux d’intérêt sont presque nuls, voire négatifs. Grâce à quoi, au-delà de tous les dons spontanés de tout un chacun dont l’âme exige impérieusement d’être restaurée,
quelques grandes fortunes font des dons conséquents. Il est intéressant de remarquer cependant que les montants de leurs dons ne sont pas très éloignés des plus hautes cotes de leurs artistes collectionnés en réseau : un Balloon Dog de Koons, édité en 5 exemplaires, a une cote de 58 millions de dollars, un tableau de David Hockney, 90 millions de dollars.
 
La flèche mise à l’encan
Si l’on regarde le phénomène du côté français on observe quelque chose qui est condamné par la morale des élites au pouvoir : l’expression d’un attachement profond et charnel à cette cathédrale, faisant partie de son identité.
La somme recueillie en 24 heures pour une cause qui n’est pas matérialiste a même choqué, provoqué une polémique : comment peut-on trouver tant d’argent en France pour une cause non humanitariste ?
Il faut sans doute y voir une occasion rare d’exprimer une profonde tristesse et colère d’être sans cesse humiliés par
l’installation permanente d’œuvres éphémères ou permanentes, financées en grande partie par le contribuable, dans le patrimoine français le plus prestigieux. Leur but déclaré publiquement est de le tourner en dérision, déconstruire, détourner, etc. Ainsi, vagin de la reine, plug anal, bouquet de tulipes, Arc de Triomphe emballé, Grande Roue de la Concorde promue œuvre d’art, etc.
Aussitôt que les millions d’euros ont afflué, le chef d’État a annoncé qu’un concours international serait ouvert aux architectes pour créer une nouvelle flèche. Et tout recommence ! Tout le monde sait que c’est une occasion exceptionnelle de célébrité, à condition d’obéir aux consignes de la contemporanéité en art : il faut déconstruire, transgresser ce qui existe. Quand Viollet-le-Duc a proposé une flèche non identique à l’ancienne disparue depuis longtemps, il l’a conçue gothique, dans l’esprit du lieu.
À peine les flammes éteintes,
le projet de dénaturation de l’identité apparaît
, ceux qui protestent à l’idée d’une flèche d’Art contemporain sont déjà diabolisés. En 2000, un projet visant à coiffer les tours de Notre-Dame de deux derricks en fer a failli aboutir…
 
Le Grand’art redevient une réalité anthropologique pendant les 15 heures
Notre-Dame en flammes a fait apparaître un profond clivage dans la façon de considérer l’Art dans le monde. New York s’est effacé devant Paris le temps de l’incendie. Pendant une nuit, le cœur du Grand’art battait en France… et cela alors même que les bilans 2018 du marché de l’Art contemporain de 2018 annoncent l’Amérique en tête, après avoir été plusieurs années au deuxième rang derrière la Chine.
L’usage de l’art comme soft power pour renforcer une hégémonie géopolitique triomphe aujourd’hui financièrement, mais est contesté sur le fond. Trop vide, trop attaché au principe de dérision, sans beauté, il ne peut pas traverser les siècles comme une cathédrale. La révolution technologique permet une libre connexion entre affinités civilisationnelles, libres, désirées, essentielles à la vie des arts. Qui peut empêcher le phénomène naturel de pollinisation ?
L’Art périt en circuit fermé, vit en milieu ouvert, se nourrit de la différence, emprunte sans copier et coller, assimile, se métamorphose, continue les civilisations sans les trahir. L’Art unique uniforme et global est une utopie totalitaire. L’art actuel, hors du système financier, existe pour durer, même non rentable, dans la suite de l’Art des grandes civilisations. Il a été aperçu, reconnu en regardant la cathédrale en flammes.

Envoyé par l'auteur, paru sur Contrepoints, 24 avril 2019
Publié dans En France
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Incendie de Notre-Dame : et si le pire était à venir ?
 
La cathédrale Notre-Dame ravagée pendant des heures par les flammes, scalpée, éventrée : avouez que vous n’auriez jamais cru qu’au XXIème siècle, en plein Paris, en temps de Paix, cela puisse arriver. Certes, il faut saluer le courage des pompiers qui ont évité le pire, à savoir un effondrement total de l’édifice et de peu, à un quart d’heure près, nous dit-on. Mais leur dévouement ne doit pas masquer le scandaleux abandon du patrimoine historique par l’Etat, qui est la toile de fond de cet incendie qui risque d’être suivi par d’autres. Il y a quelques semaines, c’est à Saint Sulpice qu’un feu se déclarait : malveillance ? Didier Rykner, le rédacteur de la Tribune de l’art, a vu des prises électriques “absolument pas aux normes” à l’Eglise de la Madeleine : n’est-ce pas une autre forme de malveillance ?

A Notre-Dame, le feu s’est propagé très vite et d’une manière anormale. Sur LCI, interrogé par David Pujadas, Benjamin Mouton, l’ancien architecte en chef du monument se dit  stupéfait : “du vieux chêne, il faut beaucoup de petit bois pour le faire brûler… sic", d’autant que l’installation électrique et les alarmes (pour une fois !), avaient été refaites … Prudent, l’architecte "se perd en conjectures" mais ne prononce pas le mot "criminel". Inutile, dès l’ouverture de l’enquête, la cause était entendue : la police scientifique ne pouvait pas encore aller sur place mais "tout montrait un accident", curieuse célérité. Mettons que ce soit un accident, dans ce cas, il y a eu, soit désinvolture, soit incompétence.
Mais faire pleurer Margot sur "la faute à pas de chance" est indigne. Quoi, un tel patrimoine qui a résisté aux révolutionnaires, aux communards, aux nazis, aurait été détruit par un mégot, où tout autre geste aussi idiot qu’évitable ? Les fautes ne sont peut-être pas à imputer aux entreprises qui menaient le chantier. Les causes de ce gâchis sont en amont. Nombre de spécialistes dénoncent le laxisme des prescriptions pour les travaux sur les monuments historiques.

Il y a des moyens de détection immédiate qui permettraient d’agir vite, la surveillance vidéo par exemple. A Notre-Dame on ne les connait pas, semble-t-il : on sait que l’alarme a retenti une première fois, 23 minutes avant la seconde alerte… mais qui, que, quoi, où, on ne sait pas, la fameuse "procédure de lever de doute" est en débandade. Les grandes échelles des pompiers n’étaient pas assez hautes. Ah si, il y avait bien un camion avec une plus grande échelle mais à Versailles… le temps de venir, avec les embouteillages, Notre-Dame cramait. Paris participe à des Nuits Blanches et autres grandes parades, va financer à coup de milliards des jeux olympiques et ne peut pas se payer une très grande échelle pour sauver, ne disons pas des siècles d’histoire, mais un haut-lieu touristique, sources de devises, (langage plus compréhensible pour nos gouvernants) ?

L’historien Alexandre Gady pointe depuis des années "un budget des monuments historiques trop faible", devenu une variable d’ajustement, avec une foire aux pis-aller, le dernier étant le loto du patrimoine. Et Stéphane Bern s’ingénie à ce que ses efforts ne soient pas détournés : il n’est pas au bout de ses peines puisque la Française des jeux va être privatisée. Le patrimoine va rapporter, mais au privé. C’est pourquoi les propos du Président sont très inquiétants ; aucun regret sur la faillite de l’Etat dans sa gestion du patrimoine. Il a salué toutes les catégories de la population qui ont soutenu la cathédrale en flamme sauf une : "les croyants qui ont prié" n’existent pas (autant dire qu’on en tiendra guère compte dans la reconstruction et pourtant ils sont venus en masse). En revanche, il n’a pas oublié "les écrivains (qui) ont rêvé". En tant qu’écrivain, j’en frémis : il n’y a que Néron qui puisse rêver devant une merveille en flammes. L’inquiétude suprême est cette reconstruction au forceps, en 5 ans. Et pourquoi pas cinq mois, quitte à entrer dans le livre des records ? M. Macron s’apprêtait à faire un discours donné comme un tournant de son quinquennat, et au moment où il devait parler, la flèche s’effondre et tout doit être annulé. Or M. Macron s’est toujours voulu "le maître des horloges" : avec ses cinq ans, il reprend la main et nomme tambour battant à la tête de cette restauration… un général cinq étoiles, non, hélas, ce n’est pas un poisson d’avril ! (1)

Or il faudrait plutôt, en ces temps de mondialisation, se tourner vers le Japon dont les temples sont entièrement en bois et régulièrement reconstruits à l’identique par des charpentiers, des menuisiers dont le savoir-faire est considéré, là-bas, comme un trésor national. Nous avons encore, ici, ces corps de métiers : les compagnons par exemple. Ceux-ci ont commencé d’alerter sur le manque de personnel qualifié car, depuis des années, l’Etat ne fait pas son devoir, n’entretient pas les monuments, il asphyxie des corps de métiers qui n’embauchent pas. Cet incendie révèle en profondeur la gabegie étatique où l’on voit les collectivités territoriales faire des dons (pas forcément symboliques) qui vont cruellement manquer à l’entretien de leur patrimoine local. Restaurer le patrimoine, c’est aussi entretenir tout un savoir-faire qui est lui-même un patrimoine, directement héritier des bâtisseurs de cathédrales. Peut-être, pour des raisons de solidité, faudra-t-il panacher avec d’autres matériaux mais ne pas en faire un prétexte à n’importe quoi. Puisque M. Macron veut être un bâtisseur, qu’il s’en donne le temps, qui ne respecte jamais ce qui a été fait sans lui.

Il est à craindre qu’on assiste à bien autre chose. François-Henri Pinault fut parmi les premiers à offrir 100 millions d’euros, LVMH et la famille Arnault surenchérissent à 200 millions, puis les grandes fortunes ont rivalisé de dons. Ne croyez pas que ce soit pour l’amour de Notre-Dame : c’est un coup de com qui va leur rapporter gros. Car ces dons sont défiscalisés au moins à 60 %, et ce pourcentage, qui ne rentre pas dans les caisses de l’Etat, c’est le contribuable qui le payera. Tous ces gens-là sont généreux du bien des autres. Car la loi Aillagon sur le mécénat est devenue une vache à lait pour traire le public. Fait notable, la famille Pinault, elle, a renoncé à la réduction d’impôt afférente, reprenant l’avantage dans cette bataille médiatique…
Mais le plus dangereux ce sont les contreparties en faveur de ces grands donateurs, collectionneurs d’Art contemporain. Cette reconstruction rapide risque d’être accompagnée d’un concours ébouriffant, jubilatoire pour nos d’architectes hypermodernes qui pourront rajeunir cette vieille dame trop gothique. Autre affirmation inquiétante de Monsieur Macron ; "nous la reconstruirons plus belle". Plus belle, sans rire, plus contemporaine peut-être ? On pourrait ajouter des coupoles lumineuses ou une toiture écolo végétalisée (proposition qui circule déjà), "un concours international afin de doter Notre-Dame d’une nouvelle flèche" est déjà dans les tuyaux (pas ceux de l’orgue, muets pour longtemps). Jeff Koons, après ses tulipes en hommage au drame du Bataclan, risque de proposer ses services pour consoler Notre-Dame : à quand le bouquet de roses ? Je ne plaisante pas : une reconstruction, surtout à la sauvette, peut être pire que ce qui vient d’arriver, si les élites qui ont mené ces politiques culturelles délétères continuent à le faire. Et elles ont mené celles-ci dans la plus grande opacité financière, je le rappelle (2). Est-ce que la générosité publique ne va pas financer l’enterrement de Notre Dame sous les strass et paillettes ? Pour fêter l’an 2000, un projet très sérieux (visible en cliquant sur ces 
documents d’archives) coiffait (temporairement mais pour 30 millions de francs) les tours de Notre-Dame de 2 derricks aussi  hauts que les tours, avec un zeste de citron (pardon : un escalier en colimaçon). Je n’invente rien : d’affreux obscurantistes ont fait échouer… ce projet qui pourrait resurgir. Une pétition est en ligne pour demander une reconstruction (le plus) à l’identique possible.

Quand une élite culturelle valide un “vagin de la reine” à Versailles, un plug annal place Vendôme, pour ne rien dire d’un Christ sur une chaise électrique dans la cathédrale de Gap (l’Eglise n’est pas en reste en matière d’Art trop contemporain), tout peut arriver. Christo va bien emballer l’Arc de triomphe, projet déjà acté, alors que ce symbole vient d’être attaqué lors d’une émeute, et voilà que notre nomenklatura nous en propose une version ludique, rigolote, en rabâchant et rebachant, 35 ans après, l’emballage du Pont Neuf. Un usage aussi désinvolte du patrimoine, où l’occident crache sur son passé, multiplie les pieds de nez transgressifs à sa culture, à ses valeurs… transforment les artistes en charogne-ART,  vivant sur le dos du patrimoine avec les deniers publics. Tout cela engendre  un air du temps cool, où tout est amusant, rien n’est important mais tout est à vendre. Et là s’installe la négligence qui tue, la camera qui manque, l’alarme qu’on n’a pas mise là où il aurait fallu, parce que c’est bien assez pour ce vieux tas de pierres…
Le patrimoine, il faut le servir et ne pas s’en servir. Quand un peuple ne mérite plus son patrimoine, il le perd. Il y a un corrélat d’ordre religieux à cette dure loi de l’effondrement des civilisations. Qu’une cathédrale brûle en pleine Semaine Sainte, en dit long : il ne faut pas être grand théologien pour se douter que les récentes affaires de mœurs nauséabondes déplaisent à la Providence divine, peu satisfaite de la manière dont l’Eglise se conduit et est conduite. Or ce sont les hauteurs de l’édifice qui sont parties en fumée, la flèche en particulier (dont les apôtres et évangélistes s’étaient absentés). C’est peut-être un hasard, bien sûr, mais c’est assurément un symbole.

(1) Dans ces conditions, pourquoi pas l’historien d’art Alexandre Gady chef d’opération au Mali ?
(2) Voir  “Brève histoire de l’art financier” in, Christine Sourgins, “Les mirages de l’Art contemporain”, édition 2018, La Table Ronde.

Envoyé par l'auteur, 23 avril 2019
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Créer l'élan
 
L'incendie de Notre-Dame de Paris est une tragédie nationale et elle est bien vécue comme telle.
Le cœur de la Nation est atteint. Nous sommes meurtris, terriblement tristes. Mais il nous faut réagir.
Si nous le voulons, cette épreuve peut engendrer un sursaut. De la catastrophe peut naître quelque chose de positif si nous savons rassembler les Français ainsi que tous ceux qui, de par le monde, ont été atteints par cette perte.
 
Pour rassembler, il faut proposer un objectif à partager et une action commune. Une première étape est en train d'être franchie par l'appel aux dons. Faisons fi des polémiques stériles à ce sujet. Incitons à faire des dons, même minimes. Que les donateurs soient les plus nombreux possible ! Tous ceux qui auront fait un don se sentiront directement concernés par la restauration.
Mais allons plus loin et faisons en sorte que chacun "participe" à cette restauration.
Pour cela, il faut que tous soient, dès maintenant, largement et régulièrement informés sur les choix envisagés et les actions prises. Ensuite, lorsque les travaux de restauration commenceront, il y aura à expliquer ce qui se fait, indiquer qui intervient et saisir l'occasion de faire connaître les remarquables artisans dont la France dispose.

L'étape suivante, derrière la zone de sécurité, faire en sorte qu'il soit possible de voir travailler – au moins partiellement - ces "bâtisseurs de cathédrale".

Enfin, élargissons le parvis, créons un vaste espace piétonnier qui rejoigne la place Saint-Michel et soit, face à cette cathédrale qui a failli mourir, un espace de vie, un lieu de création et d'enthousiasme. Là auraient lieu en permanence des manifestations diverses et de bonne qualité qui mettraient en évidence l'histoire de Notre-Dame de Paris, les multiples métiers qui contribuent à sa restauration et au-delà, le savoir-faire français. Pourraient se succéder conférences, films, concerts, représentations théâtrales.

Ceci permettrait de calmer notre impatience à retrouver l'édifice, d'instruire, d'offrir une cause nationale et d'assurer un lien avec nos si nombreux amis qui, hors de France, se sentent vivement concernés.
Du monde entier on viendrait voir le chantier.
La restauration de Notre-Dame de Paris est l'affaire de tous.
Après l'effondrement, le sursaut !  

Envoyé par l'auteur, 20 avril 2019                              
 
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Quand le brasier de Notre-Dame enflamme les mémoires
 
CHRONIQUE - Face à Notre-Dame de Paris en flammes, toutes les querelles sur "les racines chrétiennes de la France" sont vaines et ridicules.
 
"Qu’il aille ou non à l’église, le Français a les Évangiles dans le sang." En contemplant le spectacle dantesque de la cathédrale Notre-Dame de Paris en flammes, cette formule d’André Suarès prenait soudain tout son sens. C’était la France qui brûlait devant nos yeux incrédules et bouleversés. Notre histoire millénaire, notre "fille aînée de l’Eglise", des générations d’ouvriers français qui avaient mis des siècles à édifier cette œuvre d’art, tous nos rois qui défilaient en humbles pénitents, et notre Empereur qui s’y faisait sacrer ; et nos républiques qui venaient y quérir le secours de la Providence pour nos armées. Soudain, toutes les querelles sur "les racines chrétiennes de la France" devenaient vaines et ridicules. Si évidentes que tout argument paraissait superflu. Pour les étrangers qui se lamentaient, c’était une réalité qui ne se discutait pas. Pour paraphraser la formule de Marc Bloch, qui expliquait que ceux qui ne vibraient ni au sacre de Reims ni à la fête de la Fédération ne comprendraient jamais l’histoire de France, on pouvait dire que ceux qui ne pleuraient pas sur la flèche en flammes n’étaient pas français.
 
La plupart l’ont compris. Pourtant, certains essayaient de biaiser, à l’instar de Jean-Luc Mélenchon qui, avec son habituel talent de rhéteur, emportait la cathédrale loin de sa foi catholique pour insister sur le rationalisme de ses ingénieurs qui, par le génie des calculs mathématiques, s’arrachaient à la tutelle de la superstition. Faire de la cathédrale le symbole de la lutte des hommes contre l’opium du peuple, il fallait le faire ! Mélenchon l’a fait, en occultant soigneusement les ravages causés par la piétaille révolutionnaire ; en ne comprenant pas surtout, ou en faisant mine de ne pas comprendre, que ce style gothique, qui monte fièrement vers le ciel, incarne justement la quintessence de la synthèse chrétienne du Moyen Âge, qui met la raison au service de la foi, pendant que, de l’autre côté de la Méditerranée, à la même époque, on refusait que la raison vînt interférer dans la foi. Les deux civilisations s’éloignaient irrémédiablement l’une de l’autre.
 
Sur les réseaux sociaux justement, des musulmans exultaient sans pudeur, en appelaient à la vengeance d’Allah sur ces infidèles qui, quelques jours plus tôt, s’étaient, paraît-il, moqués de La Mecque. Il faut préciser que certains de leurs coreligionnaires les sommaient de se taire. L’Union des mosquées de France appelait les musulmans à prier pour la cathédrale. Cette ambiance tendue nous rappelait que l’incendie de Notre-Dame n’était pas le premier, mais l’apothéose d’une succession de saccages d’églises intervenus depuis des mois et qui ne scandalisaient personne. Un Pakistanais était arrêté et condamné pour des destructions d’objets sacrés de la cathédrale Saint-Denis ; la police suivait une piste criminelle après l’incendie de Saint-Sulpice ; la justice condamnait une djihadiste, Inès Madani, qui avait tenté de mettre le feu à une voiture remplie d’explosifs devant la cathédrale Notre-Dame de Paris. C’était en 2016. Déjà.

Paru dans Le Figaro Magazine, 19 avril 2019
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