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Pour un alter-mondialisme chrétien
 
Le thème de la mondialisation ne peut qu’interpeller les chrétiens. Certains peuvent y discerner un "signe des temps" qui ouvrirait les peuples à une forme de citoyenneté universelle. D’autres y décèlent les prémisses d’une rencontre heureuse de cultures diverses confirmant la vision mac-luhanienne du "village planétaire". Beaucoup se réjouissent qu’elle permette d’envisager désormais un recul de la pauvreté dans le monde. Ainsi, la mondialisation deviendrait l’ultime chapitre de Populorum Progressio et prendrait la suite du développement comme "nouveau nom de la paix", faisant converger l’humanité avec le plan divin.
Mais qu’en est-il de cette féérie enchantée par rapport aux réalités économiques, sociales et culturelles d’aujourd’hui ?
 
Au seul plan économique, la mondialisation est l’aboutissement accéléré de siècles de libre-échange qui, malgré de nombreux épisodes protectionnistes, constitue sans doute une tendance irréversible de l’histoire économique mondiale. Le commerce a connu, dès l’Antiquité et avant même "la route de la soie", un élargissement croissant de ses marchés dans la logique du capitalisme, seul système économique qui ait jamais fonctionné durablement et efficacement, sous ses formes successives, marchande, industrielle et financière. C’est pour cela que, si ce phénomène, qui est devenu la doctrine de l’OMC, génère bien les avantages comparatifs analysés par Ricardo, il est aussi à l’origine de tous les inconvénients de cette théorie. En effet, l’idée selon laquelle l’ouverture la plus grande au commerce international est toujours avantageuse pour tous, indépendamment de la compétitivité nationale, est fausse.
 
Elle heurte de ce fait l’anthropologie chrétienne qui repose sur la nécessité du développement pour tout homme. Pourquoi ? D’excellents spécialistes, bien plus compétents que moi, de droite comme de gauche, l’ont largement démontré. Je me bornerai donc à trois éléments bien connus :
 
Le premier, c’est que contrairement au modèle walrasien, la concurrence n’est jamais pure et parfaite en interne comme à l’international. Elle est en général oligopolistique voire monopolistique, ce qu’illustre la puissance des entreprises multi ou trans nationales qui se caractérisent par un ensemble intégré d’unités de production contrôlées en divers territoires par un centre de décision unique". Une cinquantaine d’entre elles, les plus importantes, figurent parmi les 100 premières puissances économiques mondiales, Etats inclus… qui, par la manipulation des coûts et des prix que leur force et leur diversification autorisent, faussent l’allocation juste des facteurs de production et imposent leur loi au marché mondial. Du coup, le déséquilibre des termes de l’échange entre riches et pauvres –rapport entre le cours fluctuant des matières premières et le prix des produits manufacturés- invoqué par la CNUCED, dans le cadre de l’ONU, dès 1964, non seulement demeure mais s’amplifie à l’échelle de la croissance du commerce mondial dont l’essentiel est d’ailleurs pratiqué par les grandes Puissances. En outre, les sociétés multinationales, dont les actionnaires sont mal identifiés par les peuples, et le chiffre d’affaire souvent supérieur à celui des petits Etats ou des Etats pauvres, n’hésitent pas à intervenir dans la vie politique de ces derniers en utilisant éventuellement la corruption de dirigeants indignes pour mieux asseoir leur rente de situation. Leur action n’est pas non plus étrangère au transfert vers les pays détenteurs de métaux rares d’une pollution dont ils dénoncent hypocritement les méfaits dans les pays utilisateurs au nom d’un discours écologiste de façade, ainsi que l’illustre par exemple le circuit de fabrication des batteries électriques équipant les véhicules "propres".
 
Le second réside dans le risque de sacrifier dans un pays, grâce à la libération de tous les freins aux échanges et à la mobilité encouragée des facteurs de production, des fabrications qui seraient plus rentables ailleurs. C’est une des raisons du chômage persistant dans beaucoup de nations, sans que pour autant cette politique bénéficie aux pays pauvres qui ne restent "profitables" qu’au prix d’un niveau de salaires et de prestations sociales maintenu à l’étiage le plus bas. Une des modalités bien connues en est le développement des délocalisations dont le "retour sur investissement" n’est jamais à la hauteur du déficit social qu’elles créent et qui, si elles augmentent les profits et les revenus des actionnaires, n’ont pas pour autant comme objectif de recréer les emplois détruits ou d’améliorer le pouvoir d’achat des salariés modestes.
 
Le troisième est bien évidemment la constitution de marchés financiers travaillant 24h sur 24 à l’échelle planétaire qui, combinée à l’utilisation fréquente d’outils très complexes et à des titrisations aussi contestables pour ne pas dire toxiques que les subprimes de 2007, créent un risque permanent de propagation mondiale de crises spéculatives. Cette menace pèse toujours sur nos économies totalement imbriquées dans la mondialisation et entièrement dépendantes les unes des autres, ce qui montre bien qu’un monde de plus en plus solidaire peut aussi se pervertir en une tribalisation déchaînée du mal… On pourrait ajouter que, face à la complexité de ce nouveau capitalisme boursier, seuls les experts en manipulations peuvent tirer leur épingle du jeu et qu’on est donc aux antipodes de ce que pourrait être un authentique capitalisme populaire répandu sur toute la planète pour le bénéfice du plus grand nombre !
 
Mais si la mondialisation ne peut sans légèreté être analysée comme profitant à tout homme, elle ne peut davantage l’être –et c’est sa seconde contradiction avec l’anthropologie chrétienne- comme profitant à tout l’homme, ce qui conduit à évoquer rapidement une autre problématique.
Economique et sociale, la mondialisation a aussi un contenu culturel, au moins sous trois aspects.
 
Le premier est que, parmi les acteurs les plus puissants de la mondialisation, figurent les fameuses GAFAM (Google, Amazon, Facebook, Apple, Microsoft), les NATU (Netflix, Air BNB, Telsa, Uber) ou, encore, versus chinois, les BATX (Baidu, Alibabab, Tencent, Xiaomi) et, en Russie, Yandex et VKontakte. On se contente souvent de dénoncer leur influence en raison de leurs abus de position dominante, de fraude fiscale ou de lobbying. Mais il est encore plus inquiétant de constater le volume de données numériques qu’elles recueillent et qui mettent en péril le respect de notre vie privée ou leur stratégie visant à rendre leurs produits addictifs voire à en programmer l’obsolescence. On est aux antipodes d’une mondialisation technologique dont la diffusion planétaire permettrait d’abolir les fractures numériques et apporterait les bienfaits d’une civilisation émancipatrice. C’est au contraire une nouvelle et implacable aliénation qui vient contester notre liberté, notre dignité et notre intimité en réalisant exactement ce que craignait Orwell avec son Big Brother.
 
Le second provient de la nature des produits diffusés. La plupart des sociétés multinationales agissant sur le marché mondial ne sont pas des sociétés internationales mais ont un capital majoritairement détenu par des Américains, des Chinois ou des Russes avec leurs intérêts propres. Que ce soit dans les comportements alimentaires (Coca Cola), dans la production ou la diffusion de films et de séries (Netflix), dans les contenus véhiculés par l’internet (Google) et dans les entreprises de désinformation déstabilisante qui semble devenues des spécialités russe et chinoise, ce sont les comportements culturels de la planète qui peuvent s’en trouver unifiés au détriment de l’objectivité mais aussi de la diversité de chaque culture nationale ou régionale. Sans céder aux caricatures de la "culture Mac World" (Mac Do+Coca et autre Mickey), il est manifeste que la propagation de l’obésité à travers le monde est par exemple le résultat d’habitudes alimentaires exportées des Etats-Unis. D’un point de vue chrétien, il faudrait "tordre le cou" à cette idée reçue d’une culture mondiale bienfaisante et pacificatrice, dont l’UNESCO serait le régulateur. C’est bien contre cette erreur que mettait en garde Saint Jean Paul II dans son grand discours, à l’UNESCO justement, le 2 juin 1980, allant jusqu’à définir, à partir de l’exemple de la Pologne étendu à toute l’Europe, une souveraineté culturelle de chaque nation et alertant sur une domination totalitaire des moyens de communication de masse qui l’abolirait au nom de l’indifférenciation insidieuse d’un métissage culturel. Dans son allocution, il demandait expressément à l’UNESCO de prendre en considération le primat du spirituel seul capable de construire l’homme intégral et l’apport du christianisme à cet humanisme salvateur des identités nationales. Nul n’est besoin ici d’expliciter la différence radicale entre cette vision personnaliste et une fusion mondiale des cultures, telle que la mondialisation la façonne aujourd’hui et contre laquelle, déjà, s’élevait Levi-Strauss, peu suspect de "populisme" en insistant sur la nécessité de préserver, grâce à la diversité des cultures, la richesse du monde.
 
Enfin, comment ne pas évoquer ici le développement d’une immigration planétaire des pays du sud vers ceux du nord et des immenses drames humains qu’elle crée, entre organisation maffieuse des passeurs, incapacité des pays d’accueil à mettre en place des politiques d’intégration satisfaisantes et perte de potentiel de développement pour les pays pauvres que fuient souvent leurs habitants les plus doués et les meilleurs, comme l’a fort bien expliqué Michel Camdessus ("Vers le monde de 2050", fayard, 2017, résumé par Jean-Paul Lannegrace dans le bulletin 87 du 3ème trimestre 2017 de l’OCHRES). Face à cette situation inacceptable, que  certains, par inconscience, en viennent même à juger inéluctable voire souhaitable ( !) dans une vision fataliste du monde (l’ "à-quoi-bonisme" vitupéré par Bernanos), les chrétiens doivent se mobiliser pour proclamer un droit, celui pour tout homme de pouvoir vivre dans son propre pays et d’y contribuer à son développement, et, afin que cette proclamation ne relève pas d’une bonne conscience hypocrite, pour faire d’un plan Marshall en direction des pays d’émigration la priorité des futurs G20 et de la Banque mondiale. Ce serait non seulement notre honneur, mais au-delà de l’exigence morale, une urgence politique, afin que cette dérive migratoire ne provoque pas les conflits et les affrontements dont elle est malheureusement porteuse.
 
Au terme de cette analyse, on voit bien qu’il serait tout autant vain de se poser en adversaire de la mondialisation qu’impossible de l’accepter sans un droit d’inventaire sérieux au nom de l’anthropologie chrétienne. Autrement dit, ne nous égarons pas dans l’anti-mondialisme mais soyons résolument alter-mondialistes et alter-mondialistes chrétiens ! Si la tentation du repli protectionniste a souvent coïncidé avec des périodes d’affrontements, les risques n’en sont pas moindres avec une mondialisation sans limites et une concurrence effrénée lourde d’antagonismes comme l’histoire de ces 150 dernières années l’a montré ou comme l’illustre aujourd’hui la guerre commerciale et monétaire sino-américaine.
Nul n’oserait écrire comme le libéral radical Richard Cobden en pleine révolution industrielle au XIXème siècle :
"Je vois dans les principes du libre-échange une force qui agira dans le monde à l’image de la gravitation dans l’univers physique. Elle rapprochera les hommes, abattra les antagonismes de race, de croyance, de langue. Elle nous unira par les liens de la paix universelle".
 
Non, l’économie-monde n’est pas l’ange Gabriel de la Parousie. En revanche, comment ne pas être attentifs aux avertissements lancés dès 1991 par l’universitaire démocrate Robert Reich, secrétaire au travail sous la présidence Clinton, dans son ouvrage "The work of nations : preparing ourselves for 21st century capitalism", traduit chez Dunod en 1993 ? la rupture sociale entre "perdants", salariés non-qualifiés devant accepter une compression de leurs rémunérations pour s’adapter aux impératifs de la mondialisation et "gagnants", détenteurs de hautes qualifications et propriétaires de capitaux, peut générer une nouvelle lutte des classes. A ceux qui aiment manipuler les symboles, je proposerai celui des "gilets jaunes" : dans un avion, là où le contexte de la mondialisation des transports interdit de taxer le kérosène malgré son bilan carbone désastreux, ils sont un signe de protection lorsque l’hôtesse décline les consignes de sécurité à des voyageurs souvent privilégiés. Mais, à nos carrefours et nos péages routiers, ils expriment la sourde colère des nouveaux "pauvres sédentarisés", subissant les taxes sur l’essence et le diesel et accusés par la bourgeoisie aisée de créer par la pollution de leurs vieux véhicules des milliers de morts innocents. Pauvres mais aussi assassins… voilà l’image d’eux-mêmes que reçoivent aujourd’hui les nouveaux héritiers des "classes dangereuses" dénoncées par les milieux dirigeants du XIXème siècle et que seuls alors les milieux sociaux-chrétiens défendaient.
 
Et, justement, l’Union européenne, si elle acceptait de prendre ses distances avec l’OMC et de renouer avec des sources chrétiennes toujours répudiées, pourrait prendre la tête d’une véritable alternative à une mondialisation purement libérale qui reposerait sur quelques principes simples :
L’acceptation de droits de douanes limités et ciblés dans le cadre de tarifs extérieurs communs justifiés par la disparité des coûts sociaux et salariaux et le dumping qui en résulte (l’Europe qui protège)
L’encouragement systématique à des modes de vie plus modestes par des incitations fiscales et un nouveau type d’allocations familiales (l’Europe des "limites")
Une forte volonté exprimée au sein du G20 afin de définir une éthique des firmes transnationales assortie, le cas échéant, de sanctions mais aussi définissant un plan Marshall pour les pays pauvres en contrepartie d’un contrôle des flux migratoires (l’Europe de la justice)
Une présence plus affirmée à l’UNESCO afin d’y promouvoir les droits de chaque culture nationale à son maintien et à sa promotion.
 
Ces pistes naturellement ne sont pas exhaustives mais, au moment où l’Europe doute d’elle-même, elles pourraient lui redonner un nouveau souffle, nourrir un projet ambitieux et la faire renouer avec sa vocation authentique, celle de parler au monde au nom d’une liberté maîtrisée et d’une vision équilibrée de la personne humaine.

Envoyé par l'auteur, paru sur le bulletin de l'OCHRES (Observatoire chrétien de l'entreprise et de la société), 30 novembre 2018
Publié dans De par le monde
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Les Gaulois et le ciel
 
Il paraît que la seule chose que craignaient les Gaulois était que le ciel leur tombe sur la tête, cela ne les a pas empêché d’être battus par César. Il en est de même de Macron et du gouvernement, la seule menace qu’ils veulent traiter est le réchauffement climatique, ils ne se préoccupent pas des deux vraies menaces auxquelles nous sommes exposés : une immigration invasive incontrôlée, liée à un risque terroriste permanent et une situation sociale dégradée.
 
Il y a en France plus de 3,5 millions de chômeurs, 6 millions de Français reçoivent une aide pour se loger, 1 million sont contraints de s’adresser aux Restos du Cœur pour survivre, sans parler de ceux qui font appel à la CMU pour pouvoir se soigner, les prélèvements obligatoires représentent 48,4% du PIB – nous sommes les champions d’Europe - la part des particuliers ne cessant de croître. La société où nous vivons peut maintenant se comparer au régime soviétique, les Français dépendant de plus en plus d’aides sociales pour vivre et voyant leur niveau de vie baisser inexorablement.
Dans ces conditions les préoccupations écologiques sont loin d’être leur préoccupation première d’autant qu’on veut faire changer leur mode de vie sous la contrainte : ils se rebellent. Ce qu’ils demandent est pourtant simple : vivre honnêtement du fruit de leur travail.
Ce qu’on leur promet est une poursuite d'une politique qualifiée de "transition énergétique" pour "sauver la planète" et qui ne fera qu’aggraver les choses.
Grace à des gouvernants visionnaires il y a cinquante ans, la France est un des pays les moins pollueurs de la planète, 75 % de l’électricité étant d’origine nucléaire. Pour des raisons purement idéologiques on s’oblige à ramener la part du nucléaire à 50 % ce qui oblige à la fermeture prématurée de centrales amorties produisant une électricité constante et peu couteuse, et de développer des énergies intermittentes notamment éolienne et solaire.
 
Pour le Français, la transition énergétique consiste à leur imposer une taxe carbone sur les produits pétroliers et une taxe sur l’électricité représentant actuellement 16 % de leur facture, ces taxes étant programmées pour croître inexorablement et destinées à soutenir le construction d’éoliennes allemandes et de panneaux solaires chinois. Il voit que l’on veut l’obliger à remplacer sa voiture alors qu’il n’en a pas les moyens même avec les aides prévues, à remplacer sa chaudière et à calfeutrer sa maison. Comment voulez-vous qu’il ne se révolte pas, d’autant qu’il voit bien que l’on ne demande rien aux transports aériens, maritimes et routiers qui peuvent continuer à émettre du CO2 sans contrainte.
 
La France produit 0,9 % du CO2 mondial, tout ce que l'on entreprendra ne servira à rien. Elle pollue deux fois moins que l’Allemagne qui brule de la tourbe dans ses centrales, quatre fois moins que le Japon, dix-sept fois moins que les Etats Unis, et trente et un fois moins que la Chine.
Dans ces conditions la politique énergétique doit être définie de façon à produire l’énergie la moins couteuse possible sans se préoccuper d’autres considérations qui sont, dans l’état actuel, secondaires.
D’autant que les verts qui il y a peu se préoccupaient des espaces humides, de la survie des crapauds et des paysages, veulent maintenant des milliers d’éoliennes, Macron veut les multiplier par cinq, des fermes solaires gigantesques – il en est prévue une de 2000 ha dans les Landes, désertifiant 1300 ha de terres agricoles et 700 de forêt - pour produire autant qu’un seul réacteur nucléaire. L’aide actuelle aux énergies renouvelables actuellement de 5 milliards d’euros par an sera portée à 7 ou 8 milliards par an.
 
Imaginons ce que sera la France couverte de milliers d’éoliennes hautes comme les deux tiers de la tour Eiffel, ce que deviendront nos paysages d’autant qu‘il faut savoir qu’au pied de chaque mât il y a un bloc de béton de 1500 tonnes qui y restera pour l’éternité.
Quant aux éoliennes en mer imaginons ce qu’elles subiront au cours d’une tempête dans le golfe de Gascogne pour prendre conscience du coût de leur entretien.
Remarquons qu’il faut distinguer la pollution à basse altitude et la production de "gaz à effet de serre" dans la haute atmosphère.
 
La pollution notamment urbaine est une réalité contre laquelle il faut lutter mais il faut régler la question à l’échelon local en fonction du contexte. Chaque agglomération devrait imposer les contraintes nécessaires, fluidification du trafic, interdiction d’activités et de véhicules polluants, développement des transports en commun. A ce sujet la création du "Grand Paris" qui aspire une grande part de l’activité économique et industrielle de la France est un non-sens. Il faudrait reprendre une politique volontariste d’aménagement du territoire répartissant au mieux dans tout le pays les services publics, les transports et les activités.
 
Pour ce qui est de la production de gaz à effet de serre, la France peut se permettre de ne rien faire : utiliser les centrales nucléaires le plus longtemps possible, et entreprendre leur remplacement par des réacteurs développés en fonction de leur rentabilité sans toutefois transiger sur la sécurité. Ne pas soutenir l’installation d’éoliennes et de panneaux solaires importés.
La France a été pionnière dans le domaine de l’énergie nucléaire, maitrisant seule toute la chaine de la fabrication du combustible au traitement des déchets, il faut reprendre notre place ce qui nécessite constance et volonté. La France a été à l’origine de projets innovants : Airbus, Ariane, les TGV, en quoi sommes-nous innovants actuellement, à la remorque des Américains et bientôt des Chinois ?
 
L’autre domaine pour lequel il faut abandonner la politique restrictive imposée par le lobby écologiste, c’est le pétrole : Mr Hulot a obtenu l’interdiction de toute recherche pétrolière en France et dans nos zones économiques. Actuellement les deux tiers de notre déficit commercial proviennent de l’achat de produits pétroliers – quarante milliards d’euros - ce n’est pas à la production pétrolière qu’il faut se prendre mais à la consommation. La Guyane et le Canal du Mozambique ont des sites prometteurs, pourquoi se priver de les exploiter ? Et pourquoi s’interdire toute recherche sur le pétrole et le gaz de schiste ?
Il faut faire taire le lobby écologiste qui mène la France à des dépenses inutiles qu’il faut financer par des taxes toujours croissantes. C’est la seule façon de relancer l’économie et d’élever le niveau de vie des Français, et de calmer leur révolte, c’est plus urgent que d’attendre que le ciel nous tombe sur la terre.

Envoyé par l'auteur, 30 novembre 2018
Publié dans Du côté des élites
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Remous écologiques

Le réchauffement climatique a accaparé l’actualité de ces dernières semaines. Démission brutale de Nicolas Hulot, rapport alarmiste du GIEC, agitation des "gilets jaunes", déclaration solennelle d’Emmanuel Macron, nouveau plan national de "transition énergétique" … ces évènements ont été à la fois précipités et confus. Je propose ici de clarifier leur enchainement et d’éclairer leur signification.
 
Le réchauffement de notre planète est une réalité prouvée scientifiquement. Aucune autorité qualifiée ne la nie. Perplexes, les experts ont voulu savoir sa cause. La majorité d’entre eux croient la trouver dans l’activité humaine sous deux de ses aspects : l’utilisation intensive des combustibles fossiles –charbon, pétrole et, dans une moindre mesure le gaz- d’une part ; la déforestation d’autre part, notamment celle des deux "poumons verts" de la planète, l’Amazonie et le bassin du Congo. La première libère une quantité énorme de gaz à effet de serre (dioxide de carbone et méthane principalement). Les plantes sont d’autant moins capables de l’absorber que la seconde réduit le nombre d’arbres. Les gaz à effet de serre restent dans l’atmosphère et y retiennent la chaleur des rayons du soleil.
Tel est le diagnostic généralement accepté par les spécialistes. Il faut bien voir qu’il ne se fonde sur aucune certitude. Comme dans une investigation policière, les enquêteurs ont réuni un important faisceau de présomptions sur l’identité du coupable, mais aucune preuve irréfutable. C’est pourquoi certains scientifiques, qu’on appelle climato sceptiques, rejettent l’accusation portée contre l’activité humaine. Ils affirment qu’elle n’est pas la cause principale du réchauffement.
 
En l’état actuel des choses, l’élévation globale de la température est un peu supérieure à 1°C par rapport à ce qu’elle était avant l’ère industrielle, c'est-à-dire avant que le charbon puis le pétrole soient utilisés massivement. Que se passerait-il si cette hausse se poursuivait dans les décennies à venir ? Pour y voir plus clair, la communauté des Etats a demandé à un groupe international d’experts, le GIEC, quelles conséquences auraient pour la planète en général et pour l’humanité en particulier une augmentation de 1,5°C au-delà de ce qu’elle était au début de l’ère industrielle, et une autre, pire, allant jusqu’à 2°C.
Le GIEC a rendu son rapport en octobre. L’exercice auquel il s’est livré est très risqué. J’en parle en connaissance de cause. Ayant été prévisionniste moi aussi, je sais les démentis cinglants que les évènements s’amusent à opposer aux spéculations de l’esprit. Faire des prévisions à échéance de dix ou trente ans est une gageure surtout quand le champ à examiner inclut des domaines aussi divers que les phénomènes météorologiques –sécheresses, inondations, fonte des glaces-, la biodiversité, la qualité de vie, les migrations et même les risques de guerres. Dans un souci de prudence scientifique, le GIEC s’est entouré de conditionnels. Il n’attache aucune certitude à aucune de ses prévisions. Il se contente de leur attribuer trois niveaux de probabilités : faible, moyen et fort.
 
En définitive, ce qui est dit de notre avenir dans la prochaine décennie et les suivantes, n’est rien d’autre qu’un édifice de probabilités hissées les unes sur les autres. Elles sont scientifiquement fragiles. Elles sont d’autant moins fiables sur un plan pratique qu’elles concernent la Terre entière et non pas un pays donné. Les variations seront grandes d’une zone géographique à une autre.
Le rapport du GIEC est difficilement compréhensible par les non-spécialistes. Son entrelacement d’hypothèses croisées et de déductions aléatoires déconcerte une opinion publique qui s’inquiète du réchauffement climatique et qui a besoin de causes certaines et de décisions claires. Elle se tourne vers ceux qu’elle croit être des intermédiaires qualifiés : les porte-paroles de l’écologie politique. Chez nous, le plus écouté d’entre eux s’appelle Nicolas Hulot. Quelle leçon pratique tire-t-il du rapport ? Il l’a expliqué dans une émission télévisée de presque deux heures, il y a quinze jours. Selon lui, il faut en conclure que les énergies fossiles "sont les pires ennemies de l’humanité". "Le temps est court" affirme-t-il, avant que vienne "l’irréparable". Il annonce même un point de non-retour "dans deux ans et demi". Si nous ne réagissons pas, "la fin du monde" ou, tout au moins "la fin de l’humanité" sont inéluctables. Elles seront précédées par "la fin de la démocratie", des "migrations gigantesques" et des "guerres sanglantes". Hulot n’a aucune culture scientifique sérieuse. Cela ne l’empêche pas de transformer les prudentes estimations des experts en certitudes apocalyptiques. C’est ce que devient la science quand elle est récupérée par l’idéologie.
 
Emmanuel Macron avait cru habile de nommer ce prophète de la fin du monde au ministère de la "transition écologique". Le visionnaire de l’écologie salvatrice s’est brusquement trouvé au contact des réalités de notre société. Le choc a été rude.  Surpris et déçu par les résistances qu’il a rencontrées, Hulot a interprété ses échecs selon sa manière de considérer notre époque. "Les lobbys", proclame-t-il, lui ont barré la voie ; "l’urgence écologique" exigeait une "union sacrée" mais le gouvernement n’a pas osé la révolution qui s’imposait ; il a choisi une méthode stérile de "petits pas". Constatant qu’il dirigeait un "ministère de l’impossible", Hulot a démissionné avec fracas. Le gouvernement des hommes s’accommode mal des illuminations du prophète. 
 
Nos dirigeants politiques se sont retrouvés obligés de fixer un cap sans pouvoir se réclamer d’une nécessité prouvée par la science ni se cacher derrière le voile d’une idéologie. Ils ont dû se résigner à faire tout simplement leur métier : gérer les réalités. Le Président de la République en personne s’y est essayé mardi dernier.
Vue sans passion, sa tâche était assez facile. La France participe, selon certains calculs, pour moins de 1% à la production mondiale de gaz à effet de serre. Elle est loin derrière les grands pollueurs que sont les Etats-Unis, la Chine et l’Inde. Elle est loin aussi derrière l’Allemagne. Notre politique de production d’électricité par l’énergie nucléaire –par définition indemne de toute émission de dioxyde de carbone- est citée avec éloge par le GIEC. Et puis la forêt, loin de reculer sur notre territoire, ne cesse de progresser. Nous n’avons pas à nous précipiter vers des décisions urgentes, ni en matière d’énergie éolienne, ni en ce qui concerne la voiture électrique ni en aucune matière délicate. Les nouveaux modes de "dé carbonisation" de l’air sont loin d’être au point techniquement et financièrement. Ils nécessitent encore de grands efforts de recherche. L’Etat doit encourager ces efforts mais n’a pas besoin de brusquer leur aboutissement.
 
Ce n’est pas cette voie de sagesse et de prudence que vient de prendre Emmanuel Macron. Tiraillé entre les sollicitations contradictoires des écologistes, des industriels, de la Commission européenne et d’autres encore, il a été incapable de se hisser jusqu’à l’essentiel et fixer une ligne claire et cohérente.  Nous sommes, plus qu’avant, encombrés de programmes inutiles, irréalistes, contradictoires et, au total, excessivement coûteux. Je ne les détaillerai pas ici. Mais, comme chacun le sait, ils ont conduit le gouvernement à nous imposer une "taxe carbone" fort peu nécessaire. La révolte des "gilets jaunes" en est sortie. Par un retournement inattendu mais compréhensible, la "transition écologique" par laquelle nos dirigeants pensaient se rendre populaires, est devenue synonyme de contraintes insupportables et de taxes injustes.
Le réchauffement climatique pose un curieux problème à notre bien commun. La science refuse de nous fournir une vérité solide qui servirait de base à un projet national. Les guides auxquels l’opinion est prête à faire confiance, se révèlent n’être que des songe-creux. Nos responsables politiques s’agitent entre dépenses incohérentes et impôts aveugles. Il est triste d’observer la dilapidation de nos forces.  Mais peut-il en aller autrement quand les élites flottent dans l’incertitude de la pensée et de l’action ?
Envoyé par l'auteur, 30 novembre 2018
Publié dans Du côté des élites
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Un islam de France est -il possible ?
 
Au moment où le gouvernement prépare une réforme de l’organisation du culte musulman en France et qu’un débat national s’est engagé autour de cette question d’une grande importance, il a semblé utile de faire paraître quelques extraits d’un article très instructif qu’Annie Laurent a publié dans le mensuel
La Nef d’octobre 2018, sous le titre "Les tentatives de créer un Islam de France".
Ce panorama étant très développé, il s'est agi ici de choisir les passages essentiels qui montrent l’échec de toutes les démarches entreprises par l’Etat français depuis la fin des années 1980 pour doter l’islam d’une instance représentative.
Pour rappels, ci-après un court article d’A. Laurent, paru dans la même revue et présentant les positions de plusieurs personnalités musulmanes françaises sur la réforme envisagée.

 
Le 4 janvier 2018, recevant à l’Elysée les représentants des diverses religions pratiquées en France, le président Emmanuel Macron, s’adressant à Ahmet Ogras, président du Conseil français du culte musulman (CFCM), a pu lui dire : "Nous devons avoir un travail sur la structuration de l’islam en France qui est la condition même pour que vous ne tombiez pas dans les rets des divisions de votre propre religion et de la crise qu’elle est en train de vivre sur le plan international". Le chef de l’Etat prenait ainsi acte de la situation de crise chronique qui affecte le CFCM, conçu en 2002 au terme d’un processus complexe entamé dès 1989 et poursuivi par les gouvernements de droite et de gauche. Or, cet échec résulte de facteurs propres à l’islam mais aussi des ambiguïtés de la République française dans son approche du fait religieux.
En cherchant à doter l’islam d’une institution nationale, l’Etat prenait acte de l’enracinement dans l’Hexagone d’une partie croissante des immigrés musulmans, naturalisés ou non, situation entraînant des exigences cultuelles propres (mosquées, formation d’imams, organisation des fêtes, enseignement religieux, boucheries halal, etc.) dont il fallait négocier la satisfaction avec les pouvoirs publics (…).
Il convenait donc désormais de susciter l’émergence d’un islam "de France" (…).
L’Etat a alors cru bon d’intervenir, prenant soin de préciser qu’il n’agissait qu’en tant que "facilitateur", séparation avec les religions oblige (loi de 1905).
 
L’initiative de Joxe
C’est Pierre Joxe, ministre de l’Intérieur sous François Mitterrand, qui prit une première initiative avec l’instauration d’un Conseil de réflexion sur l’islam en France (CORIF). Le 3 mars 1990, ce comité consultatif, composé de personnalités musulmanes françaises de diverses tendances, adressa au ministre un projet de statuts devant régir un futur Conseil islamique de France (…). Le CORIF obtint du gouvernement quelques mesures confessionnelles telles que la création de carrés réservés dans les cimetières et la distribution de nourriture halal dans l’armée. Son action s’étiola peu à peu pour plusieurs raisons, notamment le refus par le nouveau ministre, Philippe Marchand, de lui conférer en 1991 une reconnaissance officielle, au motif que "la mise en place progressive d’une structure représentative des musulmans en France, à l’instar des autres confessions, incombe en premier lieu aux musulmans eux-mêmes" (…).
 
Charles Pasqua, ministre de Jacques Chirac à partir de 1993, choisit la Grande Mosquée de Paris (GMP) comme interlocuteur unique, lui octroyant l’agrément exclusif pour l’abattage rituel (arrêté du 15 décembre 1994). Il conférait ainsi à son recteur, Dalil Boubakeur (toujours en place), la responsabilité de fédérer les associations et les mosquées. Le Conseil représentatif des Musulmans de France (CRMF), créé dans ce but en 1995, n’eut qu’une existence éphémère à cause du retrait rapide de la Fédération nationale des Musulmans de France (FNMF), proche du Maroc, qui s’opposait au monopole de la GMP (…).
 
Dossier repris par Chevènement
Dès 1995, le successeur de Pasqua, Jean-Louis Debré, retira son soutien à la GMP. Estimant d’ailleurs que l’Etat n’avait pas vocation à créer un "islam de France" sous peine de contrevenir à la laïcité, il renonça à toute démarche dans ce sens.
A partir de 1999, le dossier fut repris par Jean-Pierre Chevènement, qui s’y investit beaucoup, assurant cependant ne pas vouloir imposer ses choix mais être prêt à agréer ceux qui lui seraient proposés. Le ministre fut secondé par l’un de ses conseillers, Alain Billon (converti à l’islam), qui mit en place une Istichâra ("Consultation" en arabe), à laquelle furent conviés les représentants de diverses obédiences islamiques (…), parmi lesquelles l’Union des Organisations islamiques de France, représentant l’influent mouvement islamiste des Frères musulmans (…).
 
Les partenaires de l’Etat furent alors invités à adopter "sans restriction" une "Déclaration d’intention relative aux droits et obligations des fidèles du culte musulman en France", rédigée par le ministère de l’Intérieur. Mais, suite aux protestations d’un groupement d’associations conduit par l’Union des Jeunes Musulmans de France, proche de l’UOIF, contre ce "serment de la suspicion", la version qui fut signée et présentée officiellement le 28 janvier 2000 avait pour titre "Principes et fondements juridiques régissant les rapports entre les pouvoirs publics et le culte musulman de France", ce qui ouvrait la voie à une négociation d’égal à égal entre la République et l’islam. Du nouveau texte avait par ailleurs disparu, à la demande de l’UOIF, l’engagement explicite des musulmans à respecter "le droit de toute personne à changer de religion".
 
Voulant justifier ce retrait, Chevènement rappela que la Constitution française garantit la liberté de conscience. Cette reculade et l’argument du ministre furent contestés par une lettre ouverte, "Et la République ?", signée par plusieurs personnalités musulmanes (Marianne, 3-9 juillet 2000) (…). Pour sa part, satisfait, le secrétaire général de l’UOIF, Fouad Alaoui, déclarera ensuite : "De même que l’on demande à l’islam de changer, la laïcité doit changer" (Libération, 18 octobre 2001) (…).
 
L’action de Sarkozy
L’action entamée par J.-P. Chevènement fut reprise avec énergie et conduite à son terme par Nicolas Sarkozy peu après sa nomination Place Beauvau, en mai 2002. Le 20 décembre, à l’issue d’un séminaire à huis clos avec les membres de l’Istichâra (…). La présidence du bureau national fut octroyée, en vertu d’un choix personnel de Sarkozy, à D. Boubakeur, assisté de deux vice-présidents, Mohamed Bechari, de la FNMF, liée au Maroc, et Fouad Alaoui (UOIF). En imposant le recteur de la GMP, le ministre entendait promouvoir une personnalité à l’aise dans la République (donc rassurante pour l’opinion non musulmane) et proche de la droite, mais cependant perçue par les jeunes générations se réclamant de l’islam comme un notable éloigné de leurs préoccupations ; la présence de Bechari était justifiée par l’importance numérique des citoyens d’origine marocaine ; quant à la participation de l’UOIF, Sarkozy la jugeait nécessaire en raison de son influence croissante (…). Refusant de dépendre d’une institution confessionnelle, des musulmans créèrent, dès le mois de mai 2003, des associations se référant à la laïcité : la Convention laïque pour l’égalité des droits et la participation des musulmans de France, le Conseil français des Musulmans laïques, ou encore la Coordination des Musulmans démocrates (…).
 
Un CFCM peu crédible
Les rivalités n’ont jamais cessé, rendant le CFCM incapable de trouver des solutions crédibles et efficaces aux problèmes posés par le financement du culte et la formation des imams (…). Par ailleurs, il n’est pas parvenu à remédier à la radicalisation d’une partie des musulmans, question rendue plus cruciale avec les attentats commis sur le territoire français.
 
Le chantier de l’islam a donc été repris sous le quinquennat de François Hollande. Son ministre de l’Intérieur, Bernard Cazeneuve, mit en place, le 15 juin 2015, une "instance de dialogue", vouée à organiser des rencontres-débats entre l’Etat, le CFCM et d’autres composantes de l’islam (salafistes exclus). Il en est résulté la création d’une Fondation pour l’Islam de France (FIF, reconnue d’utilité publique par décret du 6 décembre 2016). Présidée par Chevènement – choix jugé "non idéal" par certains musulmans – et composée d’intellectuels, musulmans ou non, elle a une vocation culturelle (soutien à la recherche islamologique, formation profane des imams), relevant donc de la loi de 1901. Une Association musulmane pour un Islam de France (AMIF), à vocation cultuelle (loi de 1905), confiée au CFCM, lui a été adjointe. Destinée à rechercher des financements français pour les mosquées et la rétribution des imams et à garantir la transparence des fonds venus de l’étranger, elle n’a jamais fonctionné à cause de dissensions internes.
 
En fait, le CFCM n’a jamais réussi à s’imposer comme une autorité religieuse crédible, ce rôle restant l’apanage des imams dans la diversité de leurs options idéologiques – sur les 2 500 mosquées connues, 135 relèveraient du salafisme (Le Monde, 17 mai 2018) – ou leur dépendance financière envers des pays étrangers, notamment les riches monarchies arabes. En témoigne l’échec de deux initiatives récentes : la création d’un "Conseil théologique" prévoyant l’instauration d’une "certification des imams" afin de remédier au problème des imams auto-proclamés ; la promulgation d’une "Charte de l’imam" (…). Elles ont toutes deux été rejetées par une partie des membres du CFCM (…). On peut se demander si la véritable raison de ce refus ne tient pas à la présence dans ces documents de principes contraires à l’enseignement du Coran et de la Sunna (…).
 
Les propositions de Hakim El-Karoui
C’est néanmoins à la FIF et à l’AMIF que Hakim El-Karoui, normalien et consultant, que l’on dit proche d’Emmanuel Macron, suggère aujourd’hui de confier la gestion du culte, selon le plan qu’il expose dans son livre récent L’islam, une religion française (Gallimard, 2018) (…).
 
Pour El-Karoui, une fois assuré un "islam français", l’AMIF "devra engager une véritable bataille culturelle sur internet, les réseaux sociaux et sur le terrain, afin de réduire l’emprise des discours islamistes, salafistes et djihadistes sur les musulmans de France". Enfin, il préconise l’élection d’un "grand imam de France". "Représentant spirituel de l’islam français", collaborant avec le CFCM et l’AMIF, "il devra conduire le travail intellectuel et théologique" pour mettre l’islam de France "en adéquation avec la société française du XXIème siècle". Grâce à toutes ces mesures, "l’islam français", assure-t-il, pourra "être dégagé de la double tutelle des pays d’origine et du ministère de l’Intérieur" (Une religion française, p. 243-254).
 
La France parviendra-t-elle à relever un tel défi si elle continue à inclure l’islam dans une approche indifférenciée des religions et si pour sa part l’islam n’entreprend pas une réforme en profondeur de sa doctrine, notamment de ses conceptions dans des domaines aussi essentiels que l’anthropologie et le rapport au politique ? "Si la vérité sur certains aspects fondamentaux de l’islam ne se fait pas, nos démocraties traverseront bientôt une grave zone de turbulence, sans permettre à nos frères musulmans une réforme salutaire", prévoit avec une rare lucidité le Père Joël Guibert dans son dernier livre, L’Heure est venue (Téqui, 2008, p. 134).
 
La réforme vue par des musulmans français
Réformer l’islam.
La formule revient de plus en plus souvent dans le discours public, mais elle ne manque pas d’ambiguïté. S’agit-il de réviser les modalités d’exercice du culte musulman pour lui garantir une pleine autonomie, autrement dit de construire un "islam de France" comme il y a une "Eglise de France" ? Mais, pour permettre à l’islam de devenir une "religion française", comme l’envisage Hakim El-Karoui, suffit-il d’en changer les structures ? Que faire alors des fondements doctrinaux, moraux et juridiques qui caractérisent l’islam et le mettent en opposition parfois frontale avec les principes essentiels de la civilisation chrétienne ?
 
Sur ces questions, plusieurs intellectuels musulmans français s’expriment depuis quelques années. N’exerçant aucune fonction religieuse et souvent engagés dans une réflexion pour le renouvellement de la pensée islamique, ils sont généralement mal à l’aise avec les prétentions du pouvoir politique de trop se mêler de l’organisation d’institutions officielles. Réalistes, ils reconnaissent les limites d’un tel projet. Par exemple, en cas de révision de la loi de 1905, comme cela est parfois évoqué, quelle place donnera-t-on aux mosquées, instituts, écoles et associations qui se réfèrent à une doctrine islamiste et la diffusent, mettant ainsi en danger la paix civile ? Emmanuel Macron "ira-t-il jusqu’à fermer ces centres frérosalafistes qui propagent une idéologie de rupture et de conquête ?", s’interroge Mohamed Louizi, ancien Frère musulman et spécialiste de la radicalisation islamiste (Le Figaro, 13 février 2018). "Un autre islam doit naître. Il ne s’agit pas d’un “islam de France” ou d’un “euro-islam”. Il s’agit d’un autre islam. Point ! ", affirme-t-il dans son livre Plaidoyer pour un islam apolitique (Michalon, 2017, p. 183).
 
Tel est aussi l’avis de la philosophe Razika Adnani, qui a consacré à ce thème un essai Islam : quel problème ? Les défis de la réforme (UPblisher, 2017), dans lequel elle analyse honnêtement la crise de la pensée musulmane. Elle en scrute les causes, notamment le renoncement à l’ijtihad (effort réflexif) – cette "bouée d’oxygène théologique " selon l’expression de Malik Bezouh, président de l’association Mémoire et Renaissance (Crise de la conscience arabo-musulmane, Fondation pour l’innovation politique, 1995) – qui bannit l’usage de la raison et s’est imposé à l’islam sunnite à la fin du XIIème siècle.
 
Adnani regrette que la pensée musulmane contemporaine demeure "l’otage du passé", alors qu’elle doit engendrer "une réforme qui crée du nouveau" (El-Watan, Alger, 6 juillet 2018). Or, cela ne peut provenir des imams de France, constate l’islamologue Rachid Benzine, auteur de l’ouvrage Les nouveaux penseurs de l’islam (Albin Michel, 2004). "Ceux-ci n’ont pas reçu une formation qui les prépare à la distance critique et le travail de “déconstruction” que je peux faire ne leur apparaît pas comme un moyen de mieux comprendre l’islam mais comme une entreprise de démolition" ("L’islam sunnite refuse toute réflexion sur lui-même", L’islam en débat, Courrier international, 2017, p. 151). Pour R. Adnani, c’est donc l’islam "en tant que tel" qui doit être réformé. Elle met en garde contre "l’utopie" d’un projet spécifiquement français, lequel serait perçu avec méfiance par le reste du monde musulman. "Evoquer “la réforme de l’islam de France”, dans le sens de s’occuper de ne réformer que l’islam qui existe en France et en faire un islam distinct, comporte une arrogance teintée d’une ignorance" (FigaroVox, 28 février 2018).

Envoyé par l'auteur, paru dans La Petite Feuille Verte, 29 novembre 2018
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Deux peuples, deux mondes, deux France
 
A chacun son pavé. A chacun ses rues, à chacun ses manifs, à chacun ses slogans. Samedi 24 novembre, il y avait d'un côté les "gilets jaunes" et de l'autre, #NousToutes. D'un côté, on protestait contre la hausse de la fiscalité sur le diesel, de l'autre, "contre les violences faites aux femmes". D'un côté, la France périphérique, les classes populaires, employés, commerçants, ouvriers, une majorité d'hommes blancs entre 30 et 50 ans ; de l'autre, la France des "minorités", les mouvements féministes, LGBT, les "racisés", les indigénistes islamiques, les défenseurs des femmes voilées. D'un côté, les réseaux sociaux, de l'autre les médias "mainstream", les syndicats, la gauche bien-pensante ; d'un côté, la France qui a du mal à finir ses fins de mois ; de l'autre, la France qui vit grassement de subventions publiques. Et qui en demande toujours plus !
D'un côté, un peuple ostracisé par les élites et les médias, vilipendé et brocardé, traité de "beauf", de "fasciste", de "chemise brune". Quand les casseurs émergent en leur sein, le ministre de l'Intérieur s'empresse de dénoncer "l'ultradroite", avant qu'on ne découvre que c'était plutôt "l'ultragauche".
La "manif pour les femmes" est au contraire exaltée et glorifiée par tous les médias. Ceux-ci ne s'offusquent pas des cortèges séparés, interdits aux hommes ou aux femmes blanches ; ils ne s'interrogent pas non plus sur le profil dominant des agresseurs de femmes ou d'homosexuels dans la rue, que la police a ordre de tenir secret.
 
Jadis, la gauche faisait le lien politique entre les élites et les classes populaires. Depuis de nombreuses décennies, la gauche, des universités aux médias jusqu'aux partis politiques, a choisi de célébrer "les minorités" et d'oublier les ouvriers et employés, coupables de mauvaises pensées "racistes", ou "homophobes". Ces nouveaux prêtres de la bien-pensance, dont Benoît Hamon est une des figures de proue, ont soumis sans état d'âme leur progressisme sociétal à l'islamo-gauchisme. Au nom de l'internationalisme, elles ont abandonné le peuple français. A ses yeux, les "gilets jaunes" sont des "déplorables", le mot dont Hillary Clinton avait affublé les électeurs de Trump ; pour les "gilets jaunes", leurs adversaires sont de plus en plus assimilés au "parti de l'étranger".
 
Les deux cortèges de samedi dernier incarnaient deux peuples, deux France, deux mondes.
Les "gilets jaunes", c'est le "cher et vieux pays" du général de Gaulle, "les Gaulois réfractaires", dirait Macron ; interdits de centre-ville par la hausse du foncier, ils ont fui la banlieue, où "ils ne se sentaient plus en France", pour se réfugier dans des zones éloignées des métropoles où la voiture est leur instrument de survie.
Le cortège féministe incarne la France des métropoles, la France mondialisée, l'alliance des centres-villes et des banlieues.
Ces deux France ne vivent plus ensemble ; ne se parlent plus, ne se comprennent plus. Se méprisent et se haïssent.

Paru dans Le Figaro Magazine, 30 novembre 2018
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Rétrospective sur le Brexit
 
Le vote sur le Brexit (23 juin 2016) est l’un des évènements historiques les plus importants depuis l’effondrement du mur de Berlin. Il convient d’en mesurer d’ores et déjà la portée et toute la signification. Il détruit le statu quo européen, il nous fait nous poser les questions qu’on évite depuis longtemps sur la construction européenne, et fait entrer notre continent dans une nouvelle période risquée et inconnue. Essayons de penser sur ce sujet avec une parfaite honnêteté intellectuelle. 
 
Premièrement, les nations européennes veulent-elles, oui ou non, conserver un régime démocratique ?
Il convient de se demander si le mandat donné par le peuple britannique sera appliqué ou non. Certes, l’avantage du camp Brexit dans le vote n’est pas énorme, mais il est supérieur par exemple au résultat du oui au traité de Maastricht (1992) en France (51%). Ce mandat sera-t-il dilué dans une manœuvre parlementaire comme l’a été le non au traité constitutionnel en France en 2005 ? La classe dirigeante britannique trouvera-t-elle toutes les bonnes raisons de ne pas faire jouer l’article 50 ? Les pouvoirs européens oseront-ils s’affranchir une nouvelle fois de la volonté populaire et traiter le peuple anglais comme ils ont traité les Grecs l’année dernière ?
Cette question nous montre le véritable enjeu de la construction européenne, enjeu que la campagne du Brexit /Remain n’a pas guère abordé : les nations européennes veulent-elles, oui ou non, conserver la démocratie ? Car on admet que la démocratie directe soit filtrée par la démocratie représentative. Pourtant, si ce qu’on appelle une démocratie représentative est telle qu’elle soit en tout en contradiction avec ce que seraient les décisions d’une démocratie directe, il n’y a plus aucune raison pour parler de démocratie représentative, ni donc de démocratie tout court. 
 
La démocratie existe en Europe dans le cadre des nations, et aujourd’hui uniquement dans le cadre des nations. Le Parlement européen a très peu de réel pouvoir ; et en aurait-il davantage, il s’agit d’une institution de démocratie extrêmement indirecte et qui a souvent participé au court-circuitage des volontés populaires non conformes à celle de certaines élites. Certes, on peut envisager qu’à long terme se construise une nation européenne, avec un seul peuple (démos), une culture plus homogène, un même sentiment national et des institutions démocratiques. Mais aujourd’hui, il n’y a pas de démocratie possible en Europe, car il n’existe pas de peuple européen, et c’est encore vrai pour plusieurs générations. Entre temps, l’Union européenne sera pendant soixante-dix ou cent ans la chose de ses dirigeants, qui par ailleurs peuvent très bien avoir de bonnes intentions. Est-il raisonnable, aujourd’hui, au nom de la raison, d’abolir la démocratie ? Telle est la question. Elle n’est pas sortir ou non de l’Union européenne ; il s’agit de sortir ou non de la démocratie. Faut-il considérer que l’Homme européen a besoin d’un nouveau régime, celui d’un despotisme éclairé et doux ?
 
L’Europe, comme on le dit à raison, est diverse et compte des dizaines de peuples qui ont tous des intérêts et des cultures diverses. La démocratie requiert la souveraineté. Pour dire les choses simplement, un peuple qui n’est pas souverain n’est pas une démocratie. Les gens peuvent y avoir des droits et vivre heureux, sans craindre pour la sécurité de leurs personnes ou de leurs biens, mais ils ne sont plus citoyens. Ils sont sujets. Ils obéissent à des lois faites par une autorité à laquelle ils ne participent pas, et obéissent à des dirigeants qui ne sont pas responsables devant eux. Les Français ont été sujets de leurs rois pendant huit siècles. N’oublions pas que tant que tout va bien en Europe, il est facile de parler d’harmonie et d’intérêts communs. Mais en temps de crise financière et économique violente, les intérêts des peuples européens seront aussi contradictoires que ceux de créanciers et de débiteurs, il n’y aura plus d’intérêt commun, mais l’intérêt des plus forts.
Ainsi, mutualiser les souverainetés nationales, c’est déconstruire les démocraties nationales, au profit d’un pouvoir étatique européen dont il est illusoire et / ou mensonger de penser qu’il pourra être démocratique avant plusieurs générations. En comparaison, toute considération économique ou financière est secondaire.
 
Europe, Empire et République
La construction européenne arrive donc à ce moment que la République romaine a connu à l’époque de César. Elle comprend que pour agréger des peuples et des cultures si différents, un régime de libertés civiques n’est pas suffisant, et qu’il faut un pouvoir beaucoup plus fort et centralisateur. César fut l’homme qui sacrifia la République (aristocratique) romaine pour assurer l’Empire. Car par sa taille, l’Union européenne a une dimension impériale. Or, un Empire ne tient que s’il est capable de répondre à la demande économique, sécuritaire et culturelle des peuples auxquels il prend leur liberté politique, de combattre ces forces centrifuges que sont les souverainetés et traditions nationales. Ainsi, aujourd’hui, si Bruxelles veut démontrer sa capacité à construire une union politique, elle doit démontrer sa capacité à générer une grande prospérité et des emplois riches pour tous les Européens qu’elle privera de leurs droits démocratiques, tout en étant capable de briser les volontés d’indépendance nationale.
 
Quant à l’idée selon laquelle on va demain démocratiser l’Union, tout en étant résolu à continuer à compter pour nulles et non avenues les expressions démocratiques des peuples, c’est une vaine idée. L’exemple du referendum grec de l’année dernière montre comment à la première tension grave, il est difficile de concilier démocratie et unité européenne, et montre aussi quel est le choix des autorités européennes quand la question se pose.
Et si l’Union, tout en privant les peuples de leurs droits démocratiques effectifs, se montre incapable de démontrer son utilité économique et de remplir son rôle de sécurité, alors l’union politique n’a aucun avenir autre que la dictature.
 
Quel est l’avenir de l’Union européenne dans sa forme politique ? La réponse à cette question dépend de la réponse aux questions précédentes. Bien entendu, l’Europe peut s’en tenir au marché commun envisagé au début, et se limiter à une alliance entre démocraties souveraines qui mettent en commun leur poids en négociant ensemble face aux grandes puissances. Mais cette version économique de l’Europe n’est clairement pas le chemin que suivent les pouvoirs européens. 
 
L’Europe de la déconstruction ne mérite pas d’exister. Renouveau de la culture européenne ?
La liberté est une belle chose, mais qui ne vaut rien sans la raison et sans le bien. La réciproque est vraie aussi. C’est probablement là que gît le problème. Sans l’autorité de la culture, les pouvoirs sont sans force pour réformer, et la culture de liberté individuelle nihiliste qui domine aujourd’hui dans la sphère publique et médiatique ne nous fait plus vivre et n’a de force que pour déconstruire
La liberté restera sans force et s’évanouira, ou ne se réaffirmera que sous forme d’insoumission, de jacqueries et de sottises, tant qu’elle ne retrouvera pas le Bien. Encore une fois, toute potestas dépend de l’auctoritas de la culture. En son état postmoderne, la culture européenne nous place en face de contradictions insolubles et de violences rivales, celle de la populace tentée par la rébellion, ou celle de la technocratie qui écrase tout en croyant imposer la raison, ou celle des élites libérales qui accaparent et sont tentées par des pratiques fascisantes face à la nullité des démagogues et l’aveuglement des peuples. Si l’on veut préparer l’avenir, il faut passer à un humanisme supérieur qui rende à la liberté sa force en retrouvant la loi de paix et ses trois fondements, nature, raison et Dieu.   

Paru sur henrihude.fr, 26 novembre 2018
Publié dans Avec l'Europe
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Les Gilets jaunes restent en position de force
 
Le gouvernement ment.
Alors qu’il vient de faire voter la loi anti-fake news voulue par Emmanuel Macron, il s’est prêté samedi à des désinformations grossières dans le but de diaboliser les Gilets jaunes, qui manifestaient à Paris. Passons sur le chiffre grotesque donné par Christophe Castaner de 106.301 manifestants qui auraient été précisément comptabilisés sur toute la France : que le ministre de l’Intérieur avalise une telle farce, mimant puérilement l’exactitude, en dit long sur la pratique du bidonnage mise en œuvre au sommet de l’Etat. Il n’est donc guère étonnant d’avoir entendu Castaner qualifier les protestataires des Champs Elysées de "séditieux", en tentant une analogie loufoque avec la manifestation du 6 février 1934 place de la Concorde et en accusant "l’ultra-droite" d’être à l’origine des déplorables violences.
Gérald Darmanin y est allé de son couplet : "Ce ne sont pas les Gilets jaunes qui ont manifesté (sur les Champs Elysées), c’est la peste brune qui a manifesté". Pour sa part, le chef de l’Etat lui-même, dans un premier tweet, n’a pas eu un mot à l’adresse du peuple en colère, sinon pour l’accabler de sa "honte".
Ce lundi, les médias révèlent que les 101 gardes à vue sont largement constituées de jeunes hommes venus des provinces et n’ayant rien à voir avec l’ultra-droite. En revanche, les Black Blocs (ultra-gauche) ont signé nombre des saccages commis contre des vitrines ou des cafés. C’est donc sciemment que le gouvernement a travesti les faits afin de tenter de couper les Gilets jaunes de l’opinion. Peine perdue évidemment.

Le recours à de telles désinformations illustre l’isolement du pouvoir, qui n’a plus que l’insulte et le mensonge à la bouche. En mars, Macron assurait : "Je ne sens pas la colère dans le pays". Depuis, il se comporte comme s’il ne voulait toujours pas l’entendre. Quand il encourage ses ministres à évoquer des séditieux ou une peste brune chez les Gilets jaunes, il fait voir le mépris qu’il porte aux Oubliés, ces braves gens qui n’en peuvent plus de se faire insulter. D’autant que le chef de l’Etat, tout à son combat contre "la lèpre qui monte", fiche la paix au nazislamisme qui gangrène les cités. En fait, Macon ne cesse de se mettre en position de faiblesse en dévoilant son incapacité à admettre ses erreurs. Jamais le pays n’a été aussi tendu, prêt à exploser de rage tant le mépris des "élites" semble inépuisable. L’urgence commanderait au pouvoir qu’il cesse ses provocations incendiaires et ses fake news, indignes d’une démocratie. Les Gilets jaunes, en dépit des incidents sur les Champs Elysées, sont en position de force. Mardi, la réponse attendue de Macron ne saurait être de convoquer des experts, de créer des commissions ou d’imaginer des usines à gaz. Les Gilets jaunes exigent, dans l’urgence, la suppression immédiate des taxes supplémentaires sur les carburants. Ceux qui leur annoncent – grelin ! grelin ! - la fin du monde ressemblent aux illuminés d’une secte millénariste qui verraient partout des complots fascistes. La France n’a besoin ni d’un gourou, ni de cinglés.

Paru sur blog.lefigaro.fr/rioufol, 26 novembre 2018
Publié dans Du côté des élites
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Faillite de la démocratie française
 
Les images des Champs Elysées et de la place Charles de Gaulle, saccagés et en flammes, sont honteuses pour notre pays. Jacquerie d’un peuple au bord du désespoir comme l’affirment les commentaires ? Complot de "l’ultra-droite", comme n’a cessé de le marteler le pouvoir ? En vérité, il faut y voir la quintessence de la faillite d’un régime politique. Gilets jaunes ou casseurs ? La violence, répugnante, se répand quand nul ne croit plus au pouvoir des urnes.
Cette lamentable révolte est le fruit des élections biaisées de 2017, d’un second tour minable qui a privé les Français de choix respectable et d’un débat d’idées digne de ce nom, puis de la vertigineuse abstention aux législatives, abolissant de fait, la crédibilité de la démocratie française. Quand le Parlement en tant que creuset du débat démocratique, disparaît comme anéanti, les désaccords s’expriment dans la rue et par la violence. Cette catastrophe est aussi le fruit de la morgue et de l’arrogance d’une infime caste dominante qui, des "sans-dents" aux "fainéants", engluée dans son impuissance, a besoin du mépris et de la provocation pour exister. Elle résulte de la destruction de la politique au sens noble du terme, du gouvernement de la cité en vue du bien commun.
 
La vie publique n’est plus que postures et propagande, ivresse de la vanité. Le pouvoir, dans l’objectif de sa perpétuation, n’a de cesse que de fuir la réalité et d’enfermer les Français dans une bataille imaginaire entre les lumières de la modernité réformatrice et les ténèbres du "populisme". L’équipe dirigeante vit désormais dans l’obsession de mettre en valeur "l’ultra-droite" et le "lepénisme" pour s’ériger en rempart républicain. Mais qui est assez naïf pour se laisser abuser ? Et pour croire à la "transformation de la France" alors que les déficits, le chômage, les impôts et les taxes, la dette publique ne cessent d’augmenter ? Le spectacle immonde d’hier sur les Champs Elysée n’a rien d’un accident. Il correspond à une déliquescence générale de l’autorité, de la démocratie, de la solidarité nationale, de la crédibilité de la parole publique. Il traduit l’anéantissement de la confiance en l’autorité gouvernementale, la médiocrité morale et intellectuelle de la classe dirigeante. La tragédie n’en est malheureusement sans doute qu’à ses débuts.

Paru sur maximetandonnet.wordpress.com, 25 novembre 2018
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Le dangereux pourrissement du conflit ukrainien
 
Dimanche 25 novembre 2018, un conflit qu'on croyait gelé s'est soudainement rappelé à nous. Un remorqueur et deux petits patrouilleurs de la marine de guerre ukrainienne avaient quitté le port d'Odessa, sur la mer Noire, pour se rendre à celui de Marioupol, sur la mer d'Azov. Ils ont été arraisonnés manu militari par les garde-côtes russes au large du détroit de Kertch, et emmenés dans ce port situé à l'extrémité orientale de la Crimée (péninsule ukrainienne annexée à la Russie en mars 2014, après un référendum populaire massivement favorable, mais non reconnu par l'ONU). Kiev et Moscou s'accusent mutuellement de violation du droit de la mer. La marine ukrainienne rappelle qu'elle avait dûment averti les autorités russes du mouvement de cette flottille. La marine russe accuse les navires ukrainiens d'avoir violé les eaux territoriales russes en longeant de trop près la péninsule. Mais ces derniers ne considèrent pas la Crimée comme un territoire russe…
Cette escalade maritime russo-ukrainienne a commencé au mois de mars 2018, quand un chalutier de Crimée pêchant en mer Noire a été appréhendé par la marine ukrainienne. Juste après, les Russes ont imposé un régime d'inspections à tous les navires pénétrant en mer d'Azov, invoquant la nécessité de protéger la sécurité du nouveau pont enjambant le détroit de Kertch, ouvrage d'art de 19 km que Vladimir Poutine inaugura le 15 mai dernier. Avant la construction de ce pont, la Crimée était privée de lien terrestre direct avec la Mère Patrie russe…
 
L'incident n'est pas gravissime, car il n'y a eu ni mort d'homme ni bâtiment coulé. Mais il aurait fort bien pu dégénérer. Il nous rappelle qu'il est dangereux de laisser pourrir le conflit ukrainien. L'annexion de la Crimée en mars 2014 n'avait pas fait de victimes. Mais les deux guerres du Donbass (été 2014 et début de l'hiver 2015), entre l'armée ukrainienne et les rebelles russophiles des districts de Lougansk et Donetsk (soutenus par une intervention clandestine des forces russes) ont fait en tout dix mille morts. Ce conflit entre frères slaves orthodoxes, aux familles mêlées, est aussi absurde que si commençait aujourd'hui chez nous une guerre entre les Bretons et les Normands. Parrainés par la France et l'Allemagne, les accords de Minsk (février 2015) devaient ramener la paix au Donbass. Mais les autorités ukrainiennes sont aussi peu empressées à appliquer l'accord que les autorités russes. Le deal était pourtant simple : amnistie et autonomie accordées aux rebelles en échange de la récupération de ses frontières internationales par l'armée ukrainienne.
À Moscou comme à Kiev, les autorités semblent aspirées par une spirale de surenchère nationaliste. Les Ukrainiens rêvent d'une aide militaire américaine massive, qui permettrait à leur armée de reconquérir le Donbass dans une attaque éclair, à la manière de ce qu'avait réalisé la Croatie le 4 août 1995, récupérant la Krajina en faisant fuir sa population serbe. Les Russes sont obsédés par la propension de l'Otan à s'étendre toujours plus à l'est. Ils veulent la bloquer une fois pour toutes. Un territoire ukrainien amputé n'a pas vocation à entrer dans l'Otan, pensent-ils.
 
Historiquement, dans leur doctrine stratégique, les Russes ont toujours vu l'Ukraine comme un glacis face aux appétits des envahisseurs venus de l'Ouest (Polonais, Suédois, Français, Allemands). Ils reprochent aux Occidentaux de ne pas avoir respecté une promesse faite (oralement) par George H. Bush à Mikhaïl Gorbatchev, lors de la Conférence sur la sécurité et la coopération en Europe (CSCE) du 20 novembre 1990 à Paris, de ne pas étendre l'Otan vers les pays du Pacte de Varsovie, après que Moscou eut accepté d'en retirer ses troupes. En revanche, les Ukrainiens du mouvement de Maïdan aspirent à voir leur pays adhérer à l'Otan et à l'UE.
 
L'existence d'un tel niveau de frustration des deux côtés est explosive. Le conflit du Donbass est un abcès qui pourrit les relations internationales dans leur ensemble. Lourdement sanctionnée par les Occidentaux, la Russie refuse de coopérer avec eux dans les autres crises planétaires. Elle forge une alliance contre-nature avec la Chine.
Les guerres commencent souvent sur des querelles territoriales, qui apparaîtront bien plus tard comme insignifiantes aux ex-belligérants. Une nouvelle CSCE doit donc être convoquée d'urgence, pour y aborder toutes les questions qui fâchent : extension de l'Otan ; cyberguerres ; respect des frontières ; manœuvres militaires.
Tout le monde connaît la matière d'un possible deal : renoncement de Washington à l'extension de l'Otan, et de Moscou à sa vieille doctrine de la "sphère d'influence". La seule inconnue demeure la date du deal et le nombre de victimes qu'il faudra pour y parvenir.
Paru dans Le Figaro, 27 novembre 2018
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Manipulations

Chaque jour, ou presque, nous apporte son lot de manipulations de l’Histoire par le régime macronien. Si le président semble s’être fait une spécialité de l’instrumentalisation du passé, ses ministres lui emboitent le pas, avec moins de classe toutefois car leur inculture abyssale apparait alors au grand jour. Emmanuel Macron sait enrober ses propos de citations de Nietzche ou de Leibnitz, ce qui fait très chic sur France-Culture. Et puis, peu de gens iront vérifier. Mais ses ministres, dans leurs pauvres déclarations, ne dépassent pas le niveau intellectuel d’un tweet. On pense avoir touché le fond (mais le pire reste peut-être à venir) avec le ministre de l’Intérieur qui s’est risqué à un amalgame vaseux entre les gilets jaunes et les manifestants du 6 février 1934. Outre que les motivations, les contextes et les déroulements des deux manifestations n’ont strictement aucun rapport, ce rapprochement absurde révèle une incapacité du ministre à appréhender les faits actuels sans œillères idéologiques passéistes. Pour un gouvernant en charge de l’un des principaux ministères régaliens, c’est très inquiétant.
Précédemment, le Premier ministre lui-même s’était risqué au jeu dangereux du mélange des genres, entre commerce, politique, mémoire et Histoire. En voyage au Vietnam pour vendre des TGV, il a tenté de s’accrocher au train de l’histoire officielle du totalitarisme communiste. Mal lui en prit. Ses petits conseillers ministériels ont sans doute oublié de le prévenir, avant qu’il ne fasse l’éloge d’Ho Chi Minh, que les communistes vietnamiens n’avaient strictement rien à faire de "l’histoire apaisée" qu’il appelle naïvement de ses vœux.


Les apparatchiks millionnaires actuellement au pouvoir au Vietnam sont les héritiers en ligne directe des tortionnaires du peuple vietnamien qui ont dévasté le pays sous la houlette sanglante de Nguyen Sing Cung, alias Nguyen Tat Thanh, dit Nguyen Ai Quoc (le patriote), dit encore Ho Chi Minh (littéralement "celui qui éclaire", un peu comme Lucifer porte la lumière). Depuis les années 1990, la politique d’ouverture (Doi Moi) a surtout consisté à ouvrir les comptes en banque de la Nomenklatura à la manne des privatisations réalisées à leur seul bénéfice, pendant que les salaires moyens des ouvriers restent (encore aujourd’hui) en dessous de 100 € par mois, souvent plus près de 30 ou 50 €.
Les pratiques policières qui ont présidé aux camps de rééducation et à la fuite éperdue des boat people ont peu évolué. Avant qu’Édouard Philippe ne vienne témoigner son admiration pour l’ "austérité sereine" (sic) d’un grand criminel contre l’Humanité, la police vietnamienne elle-même incendiait les bois qui entourent le monastère de Thien An, près de Hué, afin de déloger les malheureux bénédictins qui refusent obstinément d’abandonner leur couvent.
Le droit de propriété au Vietnam est complexe. Pour présenter les choses succinctement, l’État est, au minimum, une sorte de nu-propriétaire. L’occupant d’un terrain en a seulement la jouissance. En apportant des preuves de jouissance d’un terrain, telles que le fait d’y avoir planté des arbres, on peut se faire reconnaitre officiellement le droit de l’occuper. La police de Hué attend donc patiemment d’avoir planté des arbres sur le terrain des bénédictins, préalablement incendié par ses soins, pour s’en faire attribuer la jouissance. L’objectif final est la création, par les pouvoirs publics, d’un grand parc d’attraction à la place du monastère. Victoire attendue du mercantile sur le spirituel. Lequel spirituel, en l’occurrence, est un héritage magnifique des missionnaires français au Vietnam. On pourrait multiplier ainsi les exemples d’une tyrannie qui fait table rase du passé et persécute toujours le peuple vietnamien jusque dans les moindres détails de la vie quotidienne. Ce n’est pas un article qui conviendrait, mais un ouvrage en plusieurs tomes.

En fait d’Histoire apaisée, notre Premier ministre a dû lui-même essuyer un camouflet dont la presse a peu rendu compte. Après avoir léché les Tongs du défunt dictateur, il s’est rendu à Dien Bien Phu pour s’incliner devant le souvenir des combattants des deux bords. La démarche eut été louable à condition de réciprocité. Hélas, ses chers nouveaux amis millionnaires marxistes-léninistes ont tout simplement refusé de l’accompagner au mémorial des soldats de l’Union française tombés dans la bataille.
On voit bien que les vertus chrétiennes de compassion, de pardon des offenses, comme les vertus confucéennes d’harmonie et de respect des défunts sont à des années-lumière des préoccupations de l’actuelle Nomenklatura communiste qui met le Vietnam en coupe réglée. Pour ne rien dire de la moderne repentance si chère à nos propres édiles...

De la lutte des classes, les communistes ont gardé la haine irrémissible comme principale motivation. Du capitalisme sauvage, ils n’ont même pas eu à assimiler le mépris total de l’humain, il était déjà constitutif de leur système de "valeurs".
Le grand dissident Duyen Anh écrivait cette phrase plus que jamais d’actualité au Vietnam : "communisme et capitalisme sont comme les lèvres et les dents, quand les unes s’ouvrent, c’est pour que les autres mordent." Notre Premier ministre ferait bien de méditer cela plutôt que d’essayer de calquer ses bons sentiments européo-centrés sur un Extrême-Orient qui y sera toujours réfractaire. La haine viscérale vouée à l’ancien colonisateur – bouc-émissaire officiel de tous leurs maux – amplifiée par l’échec atroce de soixante-quatre ans de régime marxiste (au Nord, quarante-trois au Sud), interdit aux communistes vietnamiens la moindre concession à notre égard, sauf s’ils y trouvent un intérêt plus fort que cette haine. C’est pour eux une question de "face", une des très rares choses qu’ils aient conservées du Vietnam ancien. Si l’on se prête à leur jeu, après nous avoir fait mettre un genou à terre devant leur icône maléfique ils essayeront toujours de nous écraser la gueule dans la boue de Dien Bien Phu.

Envoyé par l'auteur, 26 novembre 2018

Publié dans Du côté des élites
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