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Attaques chimiques en Syrie : des ficelles de plus en plus grosses
 
"Vous entendrez parler de guerres et de rumeurs de guerres" (Matthieu 24, 6). La guerre de Syrie semblait tirer à sa fin. Or des rumeurs de guerre inquiétantes en viennent encore.
Il y aurait bientôt une nouvelle attaque chimique de Bachar-el-Assad. La riposte est prête : le forfait n’est pas encore commis mais la punition se prépare déjà : le destroyer US The Sullivan armé de 56 missiles de croisière, est arrivé dans le Golfe persique, et le bombardier de l’US Air Force B-1 B avec 24 missiles de croisière Air-sol a été acheminé vers la base aérienne de al-Udeid au Qatar.
Et pour être sûr qu’il aura quelque chose à punir, huit chars contenant de la chlorite auraient été acheminés vers le village de Halluz, dans la province d’Idlib, le principal réduit djihadiste encore hors du contrôle du gouvernement syrien, où un groupe des militants spécialement entraînés par la compagnie militaire privée américaine Olive a été déployé afin de simuler le sauvetage de victimes d’une attaque chimique   
Cette opération, disent les Russes, a été planifiée par les services de renseignement britanniques pour justifier une frappe aérienne imminente visant l’infrastructure syrienne civile et militaire.
Certes la source principale est russe. Mais d’autres informations semblent la confirmer : Macron, qui est un maillon important de la machine de propagande occidentale a, dans son dernier discours devant les ambassadeurs réunis à Paris repris ses attaques contre Assad : son maintien au pouvoir serait, selon lui, une "erreur funeste". Mais de quoi se mêle-t-il donc ? Même au temps de la colonisation, que le même Macron dit avoir été un crime, la république ne décidait pas de qui devait être le roi du Maroc. Elle a essayé une fois, mal lui en a pris.
Macron avait semblé un moment devenir plus réaliste. Ce durcissement est significatif de quelque chose, probablement d’une nouvelle attaque contre à Syrie. La voix de son maître.
 
Quel intérêt auraient au demeurant les Russes de faire circuler ce genre de rumeur si elle n’était pas fondée ? Poutine a mis en garde les Etats-Unis contre la tentation de frapper une nouvelle fois la Syrie, mais s’il n’en était pas tenu compte "jusqu’où abusera-t-on de sa patience ?".
Près d’Idlib où l’attaque chimique est planifiée, pas par les Syriens mais par l’OTAN, une attaque analogue avait été imputée à l’armée syrienne à Khan Chekroun le 4 avril 2017. En représailles, les Etats-Unis avaient largué 49 missiles Tomahawk (dont chacun représente presque une bombe atomique) sur un aéroport syrien vide. Quelques mois plus tard, le général James Mathis, secrétaire d’Etat à la Défense de Trump devait avouer dans Newsweek (1), que le Pentagone n’avait aucune preuve de l’implication d’Assad dans une attaque chimique.

Nouvelle utilisation présumée de gaz le 7 avril 2018 dans le faubourg de la Douma près de Damas que pourtant Assad finissait de reprendre aux djihadistes. Même tollé. Cette fois 110 missiles ont été lancés par les Américains, les Anglais et les Français. Une mission de l’OIAC l’Organisation internationale nationale contre les armes chimiques est arrivée ensuite pour dire qui était responsable. Elle n’a pas vraiment conclu.

Errare humanum est :  pour tous ceux qui l’ont suscitée, la guerre de Syrie fut une erreur. Perseverare diabolicum ; c’est bien à une entreprise diabolique que nous avons affaire aujourd’hui. Il y a des deux côtés de l’Atlantique des hommes – et Macron n’est pas le moindre -, qui ne se résignent pas à avoir perdu la guerre de Syrie, à ce que le président Assad reste en place alors qu’ils n’ont cessé de répéter qu’il allait tomber. Qui aurait cru que pour tenter encore leur chance de renverser la situation, ils auraient recours une ficelle aussi usée ?
Quel serait donc l’intérêt d’Assad qui a pratiquement gagné la guerre d’utiliser ce genre d’armes que dès 1918 on trouvait peu efficace. Il faut dire que l’absurdité même de l’accusation alimente la propagande de l’OTAN : comment Assad peut-il être assez monstrueux pour se servir de gaz (contre des enfants – nous verrons que le principales victimes seront des enfants, le b a ba de la propagande de guerre ! ) alors que ça ne lui sert plus à rien ? Non seulement le crime est douteux, mais il n’y a pas de mobile.  
Comment pourrions-nous être assez stupides pour croire encore à ces balivernes ?
(1) Newsweek,  8 février 2018, article de Ian Wielkie

Envoyé par l'auteur, 9 octobre 2018, paru sur roland.hureaux.over-blog.com
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C’était mieux avant ?
 
Dans son dernier livre, Éric Zemmour évoque avec émotion la banlieue de sa jeunesse et conclut "que oui, décidément, c’était mieux avant" (1). Pourtant, tout est fait pour nous convaincre du contraire.
Dans un essai aussi passionnant qu’intelligent, Olivier Rey montre les "efforts quotidiennement déployés pour persuader les gens de ne pas en croire leurs yeux et leurs oreilles, que leur expérience les trompe et que les experts savent mieux qu’eux à quel point tout s’améliore" (2). C’est que le mythe du Progrès n’admet aucune contradiction, Alain Finkielkraut en sait quelque chose, lui à qui on reproche tant sa nostalgie du temps passé (3). L’axiome de la modernité, dont la Science est l’idole, est simple : aujourd’hui est mieux qu’hier et moins bien que demain ! Toutes nos difficultés ne sont que des problèmes techniques que la Science finira par résoudre.
Formidable naïveté qui fait bien peu de cas de l’expérience, ou plutôt qui ferme volontairement les yeux sur la réalité. Jacques Ellul, pourtant, dans une œuvre foisonnante hélas visiblement peu connue de nos dirigeants, a montré combien le progrès technique était ambivalent et souvent porteur de maux équivalents à ceux qu’il résolvait.
 
Drogués à la technique
Et de fait, nos sociétés, par la technique, se sont complexifiées à un degré tel que nous sommes devenus totalement dépendants d’ "une gigantesque machinerie, matérielle et sociale" (O. Rey, p. 57), sans laquelle nous sommes incapables de vivre, et même de survivre – amusant paradoxe quand on songe que la modernité se caractérise par une volonté d’autonomie et d’émancipation de toute contrainte émanant de Dieu, de la nature et même de la culture (théorie du genre).
Les innovations, qui se multiplient avec la concurrence, sont censées nous faire gagner du temps ; mais plus nous en gagnons et plus nous avons de choses à faire et donc plus nous en manquons ; c’est alors une course effrénée à la consommation d’objets nouveaux pour aller toujours plus vite. Et cette vie moderne trépidante exige des besoins énergétiques croissants entraînant d’irréparables dégâts écologiques, mettant en danger certaines réserves naturelles essentielles (biodiversité, forêts, poissons…).
 
Même évolution du côté des sciences biomédicales ; leur lutte contre la maladie connaît certes de spectaculaires réussites dont on ne peut que se réjouir, mais ces chercheurs, pour la plupart, ne sont plus guidés par une morale objective appuyée sur une anthropologie stable (loi naturelle) et ils en arrivent à vouloir appliquer à l’être humain tout ce qui est techniquement réalisable, ouvrant ainsi les portes à d’inquiétantes dérives (PMA ou GPA "pour tous", par exemple) dont le transhumanisme est la conséquence logique.
 
Et pourtant, malgré ce Progrès que l’on nous vante à tout propos – comme si le progrès n’était que matériel et non pas d’abord en l’homme lui-même, en sa capacité à embrasser le Vrai, le Bien, le Beau –, nos contemporains ne paraissent pas plus heureux ; leur vie n’a plus guère de sens et ce n’est pas le matérialisme ambiant qui peut leur en donner. Beaucoup sont exclus du système gouverné par la mondialisation libérale qui rogne une à une les protections sociales ; et même du côté des "inclus", se maintenir à flot et suivre la dynamique de ce mouvement perpétuel n’est pas une mince affaire.
 
Revenir en arrière ?
Face à cette modernité qui refuse toute limite, la sagesse voudrait nous faire revenir sur certaines évolutions récentes. "Le problème, écrit fort justement Olivier Rey, est que le processus en cours a pris une ampleur si gigantesque qu’une énergie elle-même gigantesque serait nécessaire pour en inverser le cours. […] Ce type de tenaille – entre persévérer sur une voie sans issue, et s’en extraire à un coût immédiat énorme – est une situation générale. Le “développement”, en détruisant la nature, les aptitudes et les savoir-faire traditionnels, a en large partie supprimé les possibilités de vivre sans lui, et rendu de ce fait un changement d’orientation trop périlleux pour qu’on s’y résolve. Seule une sortie de route y pourvoira" (p. 63 et 71).
S’il est nécessaire de modifier nos "styles de vie" consuméristes, comme les papes nous y invitent, un bouleversement trop radical est aujourd’hui impossible, comme le souligne Olivier Rey, car changer une société aussi complexe n’est pas réalisable aisément ni rapidement. Les indispensables réformes ne peuvent être que progressives – la modernité, au reste, n’est pas à rejeter en bloc, notre monde n’étant ni pire ni meilleur que les précédents. Mais, rétorqueront certains, nous n’avons plus le temps, l’effondrement est proche (4). La vérité, c’est que l’on n’est sûr de rien, les médias ne retiennent que les scénarios les plus catastrophiques qui ne sont que… des modèles scientifiques très imparfaits. Et puis, peut-être l’effondrement est-il le seul moyen de sortir de l’hubris moderne !
(1) Éric Zemmour, Destin français, Albin Michel, 2018, p. 28.
(2) Olivier Rey, Leurre et malheur du transhumanisme, Desclée de Brouwer, 2018, p. 57.
(3) Cf. "Ce qui était mieux avant", Le Figaro du 29 août 2018.
(4) Cf. Pablo Servigne et Raphaël Stevens, Comment tout peut s’effondrer, Seuil, 2015 (cf. La Nef n°273 Septembre 2015, p. 22).
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lanef.net, éditorial, octobre 2018
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Au sujet de l'espionnage russe
 
Les Pays-Bas, le Royaume-Uni, le Canada, l’Australie et la France ont accusé, le 4 octobre, la Russie de multiplier les cyberattaques contre l’Occident, notamment suite à une tentative de piratage du siège de l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques (OIAC) située à La Haye. Amsterdam a aussitôt expulsé quatre espions russes. Il est toutefois étonnant que cette affaire, découverte en avril dernier, ne soit révélée et médiatisée qu’aujourd’hui.
Après la supposée implication de Moscou dans la tentative de perturbation des élections américaines de 2016 et l’affaire Skripal, cet événement nous replonge dans un climat de Guerre froide.
 
L’espionnage russe est une réalité. Nous assistons incontestablement à sa remontée en puissance depuis quelques années, tant à travers des opérations de renseignement que des interventions clandestines, majoritairement cybernétiques. Cela ne signifie pas pour autant que toutes les actions imputées à Moscou soient de son fait.
Les services russes ne sont pas les seuls à être actifs contre l’Occident. Les Chinois le sont plus encore. Et de toute façon, tout le monde espionne tout le monde. N’oublions pas que le dossier Skripal illustre aussi très clairement les actions de renseignement que les Britanniques conduisent contre la Russie (1).
 
Aussi, dénoncer l’espionnage russe, ce n’est prendre en considération qu’une partie de la réalité en occultant délibérément l’autre. Trois faits doivent être rappelés si l’on veut objectivement considérer cette question.
 
1.Les Occidentaux – c’est-à-dire les Américains, appuyés ou suivis par les Européens – n’ont tenu ni les engagements ni les promesses faits à Moscou à l’issue de la Guerre froide. Qu’il s’agisse de l’élargissement de l’OTAN, de la crise ukrainienne, de l’intervention en Libye, des accusations systématiques d’espionnage sans toujours en apporter les preuves, de l’exagération grossière de la soi-disant menace russe… nous n’avons cessé de provoquer Moscou, voire de l’humilier, et lui avons imposé des sanctions fort discutables. Force est de reconnaître que nous sommes largement responsables de cette remontée en puissance du ressentiment russe à notre égard et de son activisme en matière de renseignement.
 
 2. Si l’espionnage russe est une réalité – et il importe de le dénoncer, de s’en prémunir et de riposter –, il convient de rappeler que l’Etat le plus actif en ce domaine est bien… les Etats-Unis.
En termes d’effectifs, de budget, de technologies, de couverture géographique, rien n’égale l’ampleur du renseignement américain. Depuis 2002, sous prétexte de lutte contre le terrorisme, Washington a mis la planète entière sur écoutes ; certes ses adversaires, mais aussi ses alliés et sa propre population ; et a tout fait pour faire taire Snowden que nous ne remercierons jamais assez d’avoir dénoncé de telles dérives. Ainsi, l’espionnage politique et économique des Américains est sans commune mesure avec celui des Russes, mais les élites et les médias européens, aveugles ou manipulés, ne le dénoncent que très rarement et timidement.
 
3. Enfin, il importe de poser une question essentielle : qui porte aujourd’hui le plus atteinte aux intérêts politiques et économiques des Européens ? Qui contribue le plus à notre affaiblissement économique ? Qui rachète et démantèle nos entreprises ? La Russie ou les Etats-Unis dont nous mesurons chaque l’unilatéralisme croissant ? Les faits sont sans appel. Depuis une décennie, par l’imposition extraterritoriale abusive de son droit, Washington a tout fait pour affaiblir ses concurrents et néanmoins alliés du Vieux continent. Sous couvert de défense de la démocratie et des droits de l’homme, les Etats-Unis nous interdisent de commercer avec l’Iran et nous sanctionnent lorsque des sociétés européennes commercent avec des Etats qu’ils considèrent infréquentables. Sous couvert de lutte anticorruption, ils imposent des amendes faramineuses aux acteurs économiques européens. Que cela soit au titre des embargos ou de l’anticorruption, les entreprises françaises (BNP-Paribas, Total, Technip, Alstom, Alcatel, Société générale, Sanofi) ont versé ces dix dernières années plus de 14 milliards de dollars d’amendes au Trésor américain, sous la pression de la justice de ce pays et pour des raisons hautement discutables.
 
Aussi sachons raison garder. Et s’il convient de renforcer nos défenses face au renseignement russe, ne crions pas stupidement “au loup !”, sauf à vouloir faire le jeu de Washington et de l’OTAN et à défendre leurs intérêts au détriment des nôtres.
(1) Cf. notre éditorial n°48 d’avril 2018 (https://www.cf2r.org/editorial/hysterie-collective/).

Envoyé par l'auteur, éditorial paru sur www.cf2r.org, 9 octobre 2018
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La fausse monnaie a remplacé l’homme comme pivot de l’économie
 
Du silex taillé à l’intelligence artificielle, l’homme a toujours tenté d’accroître l’efficacité de son énergie. Il l’a d’abord fait par l’outil qui affine son énergie en la rendant plus précise, puis par la machine qui utilise une énergie externe pour remplacer l’énergie humaine.
La première machine a été la roue qui, encore outil dans la brouette ou la charrette à bras, était déjà machine dans le chariot à traction animale. L’intérêt indiscutable de la machine est de libérer l’homme pour qu’il puisse utiliser autrement et mieux sa propre énergie, ce qui fut fait partout dans le monde pendant des siècles, voire des millénaires.
Les premières machines utilisant une énergie ne nécessitant pas de repos furent le voilier sur mer et le moulin sur terre, qu’il soit à eau ou à vent. Ces machines étaient toutes construites par l’homme avec ses outils, et un équilibre s’est naturellement installé entre le travail nécessaire et les besoins existants, le travail freinant les besoins, les besoins stimulant le travail.
 
Depuis que la monnaie a remplacé le donner-recevoir-rendre que l’on connait encore dans la famille et qui n’a rien à voir avec le troc, la chaîne travail-production-vente a toujours été harmonisée par la chaîne travail-monnaie-achat, toutes deux plaçant l’homme, son travail et ses désirs au centre du dispositif économique.

Les arrivées successives de la machine à vapeur, du moteur à explosion et du moteur électrique voire électronique, ont augmenté l’efficacité des machines mais le malheur a voulu que dans le même temps, on nous fasse oublier l’origine humaine de l’énergie monétaire.
La société a très curieusement confié aux entreprises la gestion des deux engrenages qui pour ne pas se bloquer tournent forcément en sens inverses. Les chaînes complémentaires travail-production-vente et travail-monnaie-achat ne peuvent s’harmoniser que dans un système global cohérent que ne peuvent maîtriser isolément les entreprises et qui relève du monde politique et de l’intérêt général. Les entreprises ont cédé petit à petit pour survivre dans un monde de concurrence à la facilité de remplacer l’énergie humaine par l’énergie monétaire qui n’en est que le substitut. Elles ont fait évoluer la chaîne travail-production-vente qui démarre par l’homme, vers la chaîne machine-production-vente qui part d’une machine achetée. Cela n’a pas posé de problème au début, tant que l’argent n’était pas déconnecté de l’homme.
Malheureusement cette déconnexion s’est faite par à-coups au XXe siècle. Les entreprises ont aussi affaibli la chaîne travail-monnaie-achat en conflit d’intérêt avec leurs actionnaires qui tenaient à vendre le produit des machines dans un monde devenu compétitif car chacun se voulait riche en produisant beaucoup. Pour survivre les entreprises ont initié une immigration peu coûteuse et laissé à la collectivité le soin qui leur avait pourtant été aussi confié, de gérer la chaîne travail-monnaie-achat, de fournir la monnaie nécessaire aux achats sans lesquels il n’y a pas de ventes et donc pas de PIB.
 
Le XXe siècle a été, par le biais du capitalisme, le siècle des triomphes de l’apparence et de la double démesure. Apparence de la mort du travail et de la spiritualité, démesure de la fabrication d’objets par les machines et démesure de la fabrication de fausse monnaie par les banques qui ne s’en expliquent que par l’excuse affligeante qu’elles détruisent cette fausse monnaie dès qu’on la leur a rendue avec intérêts.
Les machines produisent et les banques fabriquent la monnaie qui va donner l’illusion que ces productions sont des richesses.
Nous ne vivons plus le double circuit naturellement équilibré, et se nourrissant mutuellement l’un l’autre, du travail-production-vente et du travail-monnaie-achat où l’homme et son travail étaient les pivots de l’économie. Nous devenons simples spectateurs du double circuit incohérent qui fabrique péniblement du PIB, le circuit machine-production-vente et le circuit banques-monnaie-achat. L’homme n’est plus bon qu’à consommer et à s’appauvrir pour rembourser les emprunts. Il doit en outre apprendre à bien voter pour confirmer sa complicité avec l’incohérence proposée et son approbation à l’enrichissement du clergé du système. On s’étonne de son hésitation et de la montée de l’abstention !
 
Tournent à plein dans les banques, les machines à créer la dette et tournent à plein dans les médias et dans les universités, les machines à formater les individus en leur faisant croire que les richesses futures rembourseront tout. La seule différence est que les médias le font sans gêne alors que les universités le font un peu gênées.
On a vu au XXe siècle la fausse monnaie fabriquée par les banques, remplacer la monnaie saine stockant réellement de l’énergie humaine et construire un nombre incalculable de machines pour produire tout et n’importe quoi. Le travail de l’homme n’était, parait-il, plus indispensable, ce qui a ravi les démagogues qui ont simplement oublié de se demander avec quoi les hommes, fussent-ils étrangers, allaient acheter ce que les machines produisaient. On n’avait plus besoin de travailleurs mais il fallait des consommateurs pour acheter car les banques tenaient à être remboursées pour pouvoir détruire la fausse monnaie qu’elles avaient créée pour fabriquer les machines.
 
Les inepties inventées pour faire croire à la génération spontanée d’argent pour pouvoir le dépenser à faire du PIB, montrent la fertilité de l’esprit humain.
On a investi les esprits en faisant croire qu’un investissement qui est une dépense, permettait de créer des richesses futures, sans appauvrir personne. Les banques ont voulu dépasser Aristote qui avait "vainement cherché sur une pièce de monnaie ses organes reproducteurs". Elles affirment les avoir trouvés en donnant au verbe investir le sens de planter de l’argent et attendre la récolte.
On a appelé Production Intérieure Brute (PIB) la somme de toutes nos dépenses annuelles publiques (57%) et privées (43%), dépenses confondues de consommation et d’investissement en laissant aux médias et aux universités le soin de nous faire croire que la dépense était une création de richesse à nous partager. Bienheureux d’ailleurs qui nous dira si les dépenses faites par des associations subventionnées sont une dépense publique ou privée. L’important est de dépenser et de faire du PIB.
On a inventé à grand frais la publicité pour faire croire que tout ce que les machines produisaient en continu étaient des richesses et qu’il est intelligent de le reconnaître en s’appauvrissant pour les acheter.
On a inventé le chômage rémunéré puisque les machines n’étaient plus là pour libérer l’homme et lui permettre d’être utile autrement, mais pour le remplacer. On déshabille Pierre pour habiller Paul mais il y a de moins en moins de Pierre à déshabiller et de plus en plus de Paul que l’on habille de guenilles au lieu de reconnaître leur utilité tels qu’ils sont.
On a inventé les marchés à conquérir sur toute la Terre sans jamais se préoccuper de la réalité et de l’origine de l’argent que posséderaient ces nouveaux acheteurs tout en prétendant faire de la macro-économie.
On a inventé les produits qui n’existent pas encore, les métiers qui n’existent pas encore, les solutions qui n’existent pas encore… mais qui vont bien sûr tout résoudre dans une nouvelle harmonie sans doute apportée par les cigognes ou trouvée dans les choux.
On a donné un nouveau sens à la compétition qui n’était qu’une pétition commune, pour devenir le désir de la mort de l’autre avant la sienne en oubliant la coopération et le vrai vivre ensemble.
On a changé le sens du mot inflation qui était l’enflure de la création de la fausse monnaie pour devenir la hausse des prix qui ne vient que de la nullité énergétique de la fausse monnaie qui abaisse la capacité énergétique de la vraie monnaie avec laquelle on la confond.
On a inventé les subventions, le RSA, le revenu universel voire la monnaie hélicoptère pour donner à tous de la fausse monnaie pour pouvoir acheter beaucoup trop cher les fabrications en continu des machines. Tout ça sous prétexte d’une prétendue redistribution d’une manne inexistante que les banques anticipent par leur distribution de fausse monnaie.
On a créé les partis politiques qui sous couvert de démocratie "font de la politique", c’est-à-dire qu’ayant compris qu’il fallait choisir entre plaire et conduire, ils ont choisi de plaire et ont renoncé à comprendre et à réagir car cela contrarierait leurs électeurs.
 
Mais le pompon nous arrive maintenant avec la fuite en avant, éternelle solution si souvent utilisée par toutes les idéologies.
L’Union européenne ne marche pas, c’est parce qu’il faut plus d’union.
Le socialisme ne marche pas, c’est parce qu’il faut plus de socialisme.
Le libéralisme ne marche pas, c’est parce qu’il faut plus de libéralisme.
Le capitalisme ne marche pas, c’est parce qu’il faut plus de capitalisme.
Le mondialisme ne marche pas, c’est parce qu’il faut plus de mondialisme.
Et donc si les machines et la fausse monnaie des banques ne résolvent rien c’est qu’il faut plus de machines et plus de fausse monnaie.
 
Comme l’argent ne coûte prétendument plus rien (ce qui au passage va faire exploser les banques et les assurances) et comme les machines produisent grâce à des "investissements" qui seront récupérés sur les "richesses futures", nous avons décidé en gaspillant les ressources de l’ensemble de la Terre, que nous construirions une chose bien plus réussie que l’homme, cet animal qui se construit presque tout seul en 9 mois par un simple moment de plaisir, qui est alimenté par n’importe quoi, qui s’auto-répare pour la majorité des incidents et qui s’auto-régule en tout tant qu’il fonctionne correctement et ce, pendant des décennies. Nous construirons des robots qui meurent sans faire d’histoire et nous allons marier l’homme et le robot grâce à l’intelligence artificielle et au transhumanisme pour que la mort soit vaincue. Tout est possible puisque les machines et la fausse monnaie des banques vont s’occuper de tout ! L’homme n’aura qu’à s’appauvrir pour payer tout ça !
 
Et si nous retrouvions la cohérence, de la famille, de la tribu, de l’oïkos grecque, de la domus latine, de ces villages gaulois qu’Emmanuel Macron est si triste de trouver très heureusement réfractaires à sa fuite en avant ?
Et si nous nous interrogions enfin sur l’utilisation intelligente de nos compatriotes à partir de ce qu’ils savent déjà faire et non à partir de ce qu’ils devraient savoir pour faire tourner un système impossible que rigoureusement personne ne défend globalement ?
Et si nous envisagions de confier la chaîne travail-argent-achat à une économie mixte qui ne soit ni purement l’État comme dans le communisme, ni purement le privé comme dans le capitalisme ? Une économie qui stimule la liberté d’entreprendre tout en veillant à ce que la coopération domine toujours la compétition.
Et si nous nous nous rebellions contre le formatage des esprits qui coûte si cher en argent et en temps dans les médias, dans les universités et dans les campagnes électorales ?
Et si la prochaine révolution était enfin celle des esprits ? Elle pourrait germer dans les universités, dans les médias ou même dans les partis politiques puisque Pandore nous a appris en ouvrant sa boite que l’espérance ne s’éteignait jamais.

Envoyé par l'auteur, paru sur www.surlasociete.com, 1er octobre 2018
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Comment gérer la dépendance ?
 
L’ouverture d’une concertation sur la "réforme de la dépendance" pour préparer une "loi sur l’autonomie" est une démarche certainement pleine d’intentions louables. Malheureusement, le dicton est souvent vrai qui dit l’enfer pavé de bonnes intentions.
Depuis de nombreuses années, des voix s’élèvent pour réclamer une assurance dépendance, comme s’il était évident que ce problème requière la mise en place de nouvelles structures : une nouvelle branche de la sécurité sociale, ou des assurances privées dont les primes seraient en partie prises en charge par l’Etat ou la sécurité sociale. Partant de telles prémisses, il est probable que l’on débouchera sur une gabegie analogue à celle qui caractérise la superposition de l’assurance maladie publique et de complémentaires-santé privées. Comment éviter la mise en place d’une nouvelle usine à gaz ? En réfléchissant un peu !
 
La dépendance est à cheval sur la retraite et l’assurance maladie
On peut devenir dépendant très jeune, et même naître dépendant, mais le vocabulaire employé est alors plutôt celui de l’invalidité. Jetons donc un coup d’œil sur ce que dit de l’assurance invalidité le classique Droit de la sécurité sociale publié par Dalloz. Dupeyroux, Borgetto et Lafore écrivaient dans l’édition 2011 : "De nombreux systèmes d’assurances sociales ont assimilé l’invalidité à une sorte de vieillesse anticipée, regroupant les deux risques dans la même branche de la sécurité sociale. Mais la conception française la considère plutôt comme une maladie prolongée."
Le texte de ces éminents juristes révèle un point sensible : il existe des risques qui sont à cheval sur les domaines couverts par les deux grandes "branches" que sont la vieillesse et la maladie (ou la santé). La dépendance des personnes âgées fait typiquement partie de ces risques "à cheval" sur ces deux grandes branches. Les deux sont impliquées. L’important est donc de savoir qui doit faire quoi.
 
La dépendance des personnes âgées doit être financée par la branche vieillesse et traitée par la branche maladie
S’agissant ici de personnes du "quatrième âge", leur entretien et les soins qu’exige leur état relèvent clairement de la prise en charge des "anciens", c’est-à-dire d’un organisme (unique, si le Haut-commissariat dirigé par JP Delevoye va au bout de sa mission) en charge des retraites par répartition. Certains retraités restent autonomes jusqu’à leur heure dernière, tandis que d’autres ont besoin d’une assistance pour une forte proportion des actes de la vie courante. Cela relève économiquement de la partie assurantielle d’un bon système de retraites : de même qu’un tel système gère l’aléa correspondant à la diversité des âges au décès, de même serait-il logique qu’il prenne en charge financièrement l’aléa relatif aux problèmes de santé et à la perte d’autonomie des retraités.
Les soins et autres services prodigués aux retraités sont financés par les actifs, qu’il s’agisse d’une thérapie pour un cancer, de l’accompagnement nécessité par la maladie d’Alzheimer ou du "care" que requiert une incapacité à faire soi-même des actes de la vie courante (se laver, manger, se déplacer, etc.). Il serait donc logique que leur financement vienne des cotisations vieillesse, charge à France retraites (nom commode pour désigner l’organisme qui remplacera nos trois douzaines de régimes) de transférer les sommes nécessaires à France santé (ou à "France maladie", si l’on préfère cette dénomination).
 
Nul besoin, donc, d’une assurance dépendance spécifique venant ajouter aux organismes sociaux une extension de l’inutile Caisse nationale de solidarité pour l’autonomie (CNSA). La cotisation vieillesse doit logiquement financer les dépenses liées aux problèmes de santé et de dépendance des retraités. Le recul de l’âge moyen de départ en retraite devra naturellement être mis à contribution : le quatrième âge, celui de la dépendance, ne peut être convenablement traité sans écraser les actifs sous les cotisations sociales ou les impôts que si la sécu cesse d’offrir de trop longues vacances à des sexagénaires parfaitement capables de travailler.
 
Concrètement, la branche santé devrait organiser et mettre en œuvre les services de "care" destinés aux personnes dépendantes, comme elle organise et met en œuvre les soins aux malades et accidentés de tous âges. Simplement, le financement de ces services doit provenir du bon endroit : de la branche famille quand il s’agit de PMA, de surveillance de la grossesse, d’accouchement, et de soins aux mineurs ; de la branche vieillesse quand les bénéficiaires sont des retraités.
Autrement dit, mettons de l’ordre dans nos organismes de protection sociale et dans le financement de leurs activités, réorganisons-les selon une vraie logique économique, et les problèmes seront autrement faciles à résoudre que si nous continuons à entasser les institutions et à magouiller les financements sans réfléchir plus loin que le bout de notre nez.

Envoyé par l'auteur, 1er octobre 2018
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La sécurité, première exigence des peuples
 
En votant à 46 % pour le député populiste, ancien officier de l'armée de terre, Jair Bolsonaro, le 7 octobre 2018, au premier tour de l'élection présidentielle, et en ne donnant que 29 % des voix à l'universitaire du Parti des travailleurs Fernando Haddad, la population brésilienne a-t-elle émis un vœu de retour à la dictature militaire, telle qu'on l'a connue de 1964 à 1985 ? Le plus grand pays d'Amérique latine aurait-il soudain tourné fasciste, comme le laissent entendre certains commentateurs ? Bien sûr que non.
La preuve en est qu'aux élections législatives - qui avaient lieu en même temps - le Parti social libéral (PSL) de Bolsonaro n'a conquis que 52 sièges sur 513, un nombre légèrement inférieur à celui du Parti des travailleurs (gauche modérée, dont le chef historique, le syndicaliste Lula, président de 2003 à 2011, a été jeté en prison pour une obscure affaire de corruption). Au demeurant, le Brésil est un pays fédéral, qui connaît de très solides contre-pouvoirs et ce n'est pas demain qu'il se transformera en dictature mussolinienne.
Mais il est évident que la population brésilienne a voulu, dans ce scrutin présidentiel particulier, envoyer un message très clair aux élites politiques : ras le bol de l'insécurité !
À Rio de Janeiro, il y a des quartiers entiers où la police n'ose plus entrer, même de jour. Dans les favelas, les gangs de la drogue se font la guerre dans les rues.
À Sao Paulo, la capitale économique, les automobilistes ont peur de s'arrêter aux feux rouges, craignant un car-jacking par des groupes de jeunes en capuches.
En 2016, le Brésil a recensé près de 62 000 homicides, soit sept homicides par heure en moyenne. Le taux de meurtres pour 100 000 habitants est de 25,5 au Brésil. C'est le plus haut du monde. Il est cinq fois supérieur à celui des États-Unis, vingt-deux fois supérieur à celui du Portugal, soixante-quinze fois supérieur à celui du Japon.
 
Les idéologues de droite, obsédés par leur culte de la liberté, et les idéologues de gauche, obsédés par leur culte de l'égalité, oublient trop souvent que ce que les citoyens demandent en premier à l'État, c'est de leur assurer la sécurité. Pour leur personne, pour leur famille, pour leurs biens. L'État ne se définit-il pas en effet comme l'institution disposant du monopole de la contrainte légitime ? Quand un État n'est plus capable d'assurer la sécurité à ses citoyens, il ne mérite même plus le nom d'État. Sans sécurité, les valeurs républicaines de liberté et d'égalité ne signifient plus rien, car privées de terrain d'application.
 
Lorsque, en 2003, les Américains ont envahi l'Irak pour y renverser la dictature politique de Saddam Hussein, ils se sont félicités d'y introduire la démocratie. De fait, en janvier 2005, eut lieu l'élection d'une Assemblée nationale constituante, où chaque Irakien a pu voter comme il l'entendait. Mais comme ils n'ont pas été capables, parallèlement, de maintenir la sécurité dans les rues, les Américains ont vite été détestés par la grande majorité de la population. Une mère de famille n'a que faire de son nouveau droit de vote si elle a peur d'envoyer ses enfants à l'école. Les Occidentaux néoconservateurs ont mis longtemps à comprendre que, pour les peuples d'Orient, il y avait pire que la dictature politique : l'anarchie. Et pire que l'anarchie : la guerre civile.
 
Aux Philippines, Rodrigo Duterte, le président populiste élu à l'été 2016, mène, avec des méthodes expéditives, une guerre sans merci aux trafiquants de drogue et aux toxicomanes (qui a déjà fait plus de 4 000 morts). Il dit vouloir éviter que l'archipel ne devienne un narco-État. Les fréquentes bavures de sa police n'ont pas rendu le président impopulaire. Il récolte des taux de popularité supérieurs à 75 %. La vérité est que la population, lasse de la criminalité engendrée par la drogue, est prête à payer le prix fort pour l'extirper du pays.
 
Depuis peu, les électorats d'Europe occidentale sont, eux aussi, tentés par différents votes populistes. La faute en revient aux gouvernements qui ont dirigé le continent depuis la fin des années 1960 qu'ils fussent inspirés par le libéralisme économique ou par la social-démocratie. Naïfs quant à la nature humaine, ils ont laissé se développer des quartiers où la loi de la jungle est venue supplanter les lois républicaines. Quand la population des quartiers populaires leur a demandé une réponse à poigne, ils ont fait preuve de pusillanimité, par peur d'être traités de "fascisants" par la bien-pensance bourgeoise (protégée, elle, par son argent). Ils n'ont pas compris que, pour tuer les tentations autoritaires, les démocraties devaient à tout prix assurer à leurs administrés le premier des droits de l'homme, qui est la sécurité.

Paru dans Le Figaro, 9 octobre 2018
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Retraites : va-t-on encore rater la réforme ?
 
Les informations relatives à la réforme des retraites parues dans Les Echos de ce lundi 8 octobre ne sont guère rassurantes. On savait déjà que le choix avait été fait de conserver un système de Ponzi, c’est-à-dire d’attribuer les points de retraite au prorata des cotisations vieillesse, qui ne servent absolument pas à préparer les pensions futures. Mais à cette erreur majeure il semblerait que vont s’ajouter diverses sottises, en particulier le maintien d’un âge minimal de liquidation de la pension, et la fixation par le législateur de l’âge pivot.
 
Neutralité actuarielle et âge pivot
Dans un système par points respectant le principe de neutralité actuarielle (principe fondamental pour disposer d’un système équitable et efficace), le calcul de la rente s’effectue en deux temps : on calcule d’abord le montant mensuel de la pension qui serait due si l’assuré social liquidait ses droits à l’âge pivot, puis on multiplie ce montant par un coefficient actuariel dépendant de l’âge de liquidation effectif. Si l’âge pivot est 65 ans, un départ à 60 ans s’accompagnera d’un coefficient nettement inférieur à l’unité, par exemple 0,75, et un départ à 70 ans donnera un coefficient bien supérieur à l’unité, par exemple 1,25. Il s’agit de laisser chacun libre et responsable de sa décision, sans risque ni possibilité d’être lésé ou avantagé : à chacun de voir s’il veut percevoir plus longtemps une pension mensuelle plus modeste, ou moins longtemps une pension plus conséquente.
 
L’âge minimal à la liquidation, stupidité bureaucratique
Dans un tel système, un âge minimal à la liquidation ne sert à rien pour l’équilibre financier du régime. Il manifeste simplement la tendance du législateur à multiplier les règles destinées à protéger les citoyens contre eux-mêmes. Liquider à 50 ans, avec une pension de misère, quelle horreur, il ne faut pas que ce soit possible, estiment les dirigistes, oubliant la diversité des situations.
Quid de la personne qui vient d’hériter de son oncle d’Amérique ou de gagner le gros lot à la Française des jeux ?
Quid de celle qui veut continuer à travailler, mais à temps partiel, et qui de ce fait acquerra encore des points, que cette fois elle liquidera à 70 ans ?
Quid de celle dont le conjoint est bien parti pour disposer d’une très confortable pension, et qui veut se rendre totalement ou partiellement libre pour s’occuper de ses vieux parents au lieu de les envoyer en maison de retraite ?
N’oublions pas qu’un grand avantage des retraites par points est de rendre possible les liquidations partielles et le cumul emploi/retraite avec totale liberté de choix pour les intéressés
(1).
S’il s’agit d’éviter que des citoyens, après avoir liquidé trop tôt une pension modeste, viennent ensuite quémander des secours publics, un entretien personnalisé suffit pour détecter le problème et déjouer ce comportement de pique-assiette. Les militaires ont heureusement compris, dans certains pays, que l’usage de munitions intelligentes était préférable à celui du tapis de bombes tuant les civils comme les soldats ennemis. Que nos réformateurs civils en prennent donc de la graine !
 
La confusion de la loi et de la gestion
La fixation de l’âge pivot doit-elle relever de la loi, ou constitue-t-elle une décision de simple gestion, dont la responsabilité revient à la direction générale du système unifié de retraites par répartition ? La réponse à cette question devrait être : au législateur de définir quels sont les paramètres utilisables pour la gestion du système, et de poser une règle d’équilibre financier à moyen terme du dit système ; à la direction de manœuvrer ces paramètres pour que le système fonctionne correctement, et notamment soit en équilibre.
Les dirigeants de notre pays ont hélas pris l’habitude, sous prétexte de démocratie, de faire prendre par le Parlement des décisions qui relèvent soit du Gouvernement, soit de la direction de tel ou tel organisme public. Cela déresponsabilise les agents de direction, réduits à un rôle d’exécutants ; et cela revient à confier des prises de décisions techniques à des instances dépourvues des compétences professionnelles ad hoc.
 
Comme dit le proverbe, quand on demande à n’importe qui de faire n’importe quoi, il s’en tire n’importe comment : c’est exactement ce qui se passe depuis des années en matière de retraites par répartition, à cause de la manie qu’ont nos gouvernants, de quelque bord politique qu’ils soient, de faire voter par le Parlement des dispositions de simple gestion. Imagine-t-on un grand distributeur, disons Carrefour ou Auchan, qui devrait faire approuver par l’Assemblée générale ou le Conseil d’administration le prix de vente des bananes et celui des barils de lessive ? Voilà, en forçant un peu le trait, où nous en sommes pour la prise de décision publique.
 
Cessons donc de confondre la stratégie et la tactique, l’exercice du pouvoir politique et la prise de décision techniques. La technocratie, c’est-à-dire le pouvoir des techniciens, est une excellente chose s’il s’agit de conférer aux ingénieurs le droit de prendre les décisions qui relèvent véritablement de leur compétence. Mais elle est la pire des choses quand elle consiste, soit à laisser aux techniciens des pouvoirs qui reviennent de droit aux élus, soit à confier au personnel politique le maniement de manettes que les techniciens manœuvreraient de façon beaucoup plus professionnelle.
(1) Voir notre ouvrage La retraite en liberté, Le Cherche midi, 2017.

Envoyé par l'auteur, 8 octobre 2018
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Ne ratons pas le coche russe !
 
Charles de Gaulle appelait de ses vœux une Europe "de l’Atlantique à l’Oural". Autrement dit, l’ancrage à l’Europe de la partie occidentale de la Russie. Il nous faut encore plus d’ambition : jusqu’à Vladivostok et au détroit de Béring ! Il est en effet probable que la Sibérie devienne pour les bébés qui naissent aujourd’hui ce que le Far West fut pour les nourrissons des pionniers européens du XIXème siècle qui traversaient l’Atlantique.
Trois raisons à cela : l’immensité de cette contrée, les ressources de son sous-sol, et l’éventualité d’un changement climatique qui la rendrait, à terme, beaucoup plus accueillante. Avant d’aller coloniser des exoplanètes, l’humanité se répandra sur les étendues terrestres actuellement sous-peuplées, dont la Sibérie est la plus importante.
L’attitude occidentale vis-à-vis de Poutine est ahurissante : nos dirigeants le poussent dans les bras des autocrates chinois, à tel point que Le Figaro du 15 septembre pouvait titrer sans craindre d’être ridicule "l’axe sino-russe" à propos de manœuvres en Sibérie où la Chine avait détaché un (modeste) contingent. Se rend-on compte, à Bruxelles et dans les différentes capitales européennes, de ce que sera le monde que nous préparons à nos petits-enfants si la prodigieuse machine économique et politique du seul communisme qui ait réussi s’empare de ce qui sera vraisemblablement la grande nouvelle ressource de la seconde moitié du XXIème siècle ?
Les bécassons bruxellois, vexés comme des poux par le Brexit, sont incapables de faire ce qu’il faut pour que le Royaume-Uni reste un pilier de la réalité européenne même s’il n’est plus membre de la machine bureaucratique qui a phagocyté l’alliance des nations européennes. Il n’est donc pas étonnant que ces hommes occupés à édicter des normes sur la taille des cages à poule, l’affinage des fromages et les déficits budgétaires ne conçoivent pas la stratégie d’association avec l’immense Russie qui serait vitale pour notre civilisation.
 
Si les formations politiques nationales ne sont pas complètement sclérosées, elles devraient mettre l’enjeu russe et sibérien au cœur des prochaines élections européennes. Ramener la Russie dans le concert européen, lui offrir la place de premier violon, et donner ainsi à l’Europe la possibilité de jouer le rôle mondial qui est sa vocation, cela changerait la donne.
 
Cette élection est importante car elle pourrait être l’occasion de mettre en selle un stratège. Nous n’en avons pas, ni à Bruxelles, ni à Paris, ni à Berlin. Macron et Merkel sont des tacticiens assez habiles, mais cette qualité ne suffit pas pour être membre d’une équipe d’obstétriciens politiques capable d’aider efficacement le monde d’aujourd’hui à donner le jour au monde de demain dans des conditions satisfaisantes pour l’Europe. Trouvons un stratège, ou l’Europe vieillissante ne sera plus, selon la formule gaullienne, qu’une grande lumière qui s’éteint.

Envoyé par l'auteur, septembre 2018
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Le naufrage annoncé du macronisme
 
Recherche ministre de l’Intérieur, désespérément : Emmanuel Macron, qui a confié cette nuit le poste de premier flic de France à son premier ministre, Edouard Philippe, laisse voir le vide qui est derrière la clinquante Macronie. Ce monde clos se révèle, en effet, incapable de fournir sur le champ un successeur à Gérard Collomb qui a jeté l’éponge. Il est loin le temps où Macron, tout juste élu, se permettait en juillet 2017 de rabrouer le Chef d’état-major des Armées en lui rappelant : "Je suis votre chef". Cet autoritarisme déplacé, que le général Pierre de Villiers avait récusé en démissionnant de ses fonctions, a montré depuis ses limites annoncées. Non seulement Jupiter ne maîtrise rien des humeurs de son gouvernement, mais il se fait humilier par celui, Collomb, qui avait été son premier soutien. En confirmant, hier dans Le Figaro, son intention de démissionner en dépit du refus présidentiel, le ministre de l’Intérieur a fait acte de rébellion. Ceux qui ne veulent voir dans sa décision spectaculaire qu’un désarroi affectif passent à côté du SOS politique envoyé par celui qui veut désormais se réfugier dans sa mairie de Lyon. Ce que fuit Collomb, après Nicolas Hulot et le général de Villiers, est une pratique du pouvoir personnalisée à l’extrême et inefficace. Elle a fait le vide autour d’un président nombriliste habité par son propre destin. Inutile de préciser, pour les habitués de ce blog, que le naufrage du macronisme n’a rien d’étonnant. La mascarade habite le pouvoir depuis le début. La marée qui se retire dévoile des nageurs sans maillots et sans bouées.
Collomb a eu le mérite d’indiquer le nord, dans un gouvernement guidé par l’air du temps. Le ministre de l’Intérieur a fait connaitre ses critiques sur la généralisation du 80km/heure sur les départementales, le fardeau fiscal excessif supporté par les retraités, la pratique hautaine du pouvoir, les risques découlant du fait du prince (affaire Benalla), le politiquement correct. Pour autant, l’histoire ne le classera pas parmi les grands ministres de l’Intérieur. La raison en est simple : les sujets qu’il avait à traiter - l’immigration, la violence urbaine, le communautarisme, le terrorisme islamique, etc. – n’ont jamais été pensés comme des priorités par le chef de l’Etat. L’impasse de Macron sur les problèmes sociétaux, au profit de l’économie, explique peut-être pourquoi le ministère de l’Intérieur sera géré, en tout cas pour l’instant, par le premier ministre. Ce mercredi, dans une rapide cérémonie de passation de pouvoir avec Philippe, Collomb a insisté sur la situation "très dégradée" des quartiers difficiles. "On vit côte à côte, je crains que demain on ne vive face à face". En réalité, ce face à face hostile est une réalité depuis longtemps. "On n’est plus en République, j’en ai parlé à Collomb" s’est d’ailleurs émue ce week-end Martine Aubry, maire de Lille. En 2011, elle expliquait, parlant de sa ville : "35 % de Maghrébins, eh bien c’est génial. Moi je m’emmerde dans une ville où on est tous pareils". L’atterrissage des autruches s’annonce brutal.
Paru sur blog.lefigaro.fr/rioufol, 3 octobre 2018
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Anniversaire de la Constitution : le réveil du bon sens
 
Un enquête d’opinion Odoxa le Figaro révèle ce matin que seuls "44% des Français sont attachés à la Ve République", à l’occasion du soixantième anniversaire de cette dernière. Il est fascinant de constater à quel point l’opinion, dans son immense majorité comprend mieux les choses que les élites médiatiques et politiques.
Oui, les institutions politiques actuelles de la France contribuent au malaise général, ce que les personnalités dirigeantes ou influentes ne perçoivent pas, ou si mal.
Les institutions, dans leur fonctionnement quotidien, reposent sur une imposture. Elles ont l’apparence de l’autorité à travers la sublimation d’un chef. Pourtant, l’excès de la personnalisation du pouvoir qui touche à son paroxysme favorise l’inefficacité et le chaos. La réélection présidentielle s’impose comme la fin suprême, au détriment du bien commun. Dans ce système, le culte d’un personnage, devenu un but en soi, prend le pas sur l’intérêt général. La communication prend donc une place démesurée et écrase le sens de l’action authentique au service de la nation. L’obsession de l’image présidentielle, socle du régime, a pour effet d’affaiblir l’Etat et ses outils de gouvernement : Premier ministre, ministres, parlementaires, services publics, collectivités.
Oui les Français ont raison.
L’obsession de la course à l’Elysée transforme le monde politique en une maison de fous et accélère la chute de la France par rapport aux pays voisins. L’argument selon lequel le système actuel favorise la stabilité des gouvernements est mensonger : il permet certes une apparence de stabilité, liée à la déresponsabilisation des acteurs : pendant cinq ans, ils peuvent provoquer les pires catastrophes, par leurs gestes, leurs paroles, leurs choix ou plutôt, non-choix, à l’abri de toute sanction. Mais les conséquences de leurs errements, qui ne s’expriment pas immédiatement, se manifestent sous d’autres formes. La crise est larvée, profonde, se retrouve dans le découragement ou le dégoût des citoyens. La crise de confiance se substitue à la crise politique : or, elle est infiniment pire. Elle n’éclate pas d’un seul coup mais se traduit par une déliquescence de l’esprit public. Le gouvernement n’est pas renversé tous les six mois mais il tourne dans le vide, se démotive et se délite – d’où la vague de démissions –  tout en se coupant de la population.
 
Cependant, la plupart des commentateurs commentent une erreur essentielle. Ils confondent la Ve République du Général de Gaulle et le régime actuel qui n’a plus rien à voir. Il suffit de relire le texte de la Constitution du 4 octobre 1958 –  notamment ses articles 5, 20 et 21 – qui est d’une clarté absolue : un président arbitre et protecteur, impartial, au-dessus de la mêlée ; un gouvernement seul en charge de gouverner le pays ; un Parlement dont la mission est d’exercer la souveraineté nationale et de contrôler le gouvernement. Au fil du temps, la Ve République a été totalement dévoyée de ses objectifs. Elle finit par se réduire, de quinquennat en quinquennat, aux facéties médiatisées d’un acteur élyséen, et une bataille de postures, au détriment de l’intérêt général, du choix d’une politique cohérente et efficace axée sur le bien commun. Le quinquennat présidentiel, adopté en 2000, en a eu un impact désastreux en favorisant "l’omniprésidence".
 
L’opinion publique, à travers ce sondage, montre qu’elle sent bien l’essentiel. Reste à en convaincre les élites médiatiques et dirigeantes, ce qui est plus difficile tant les esprits sont intoxiqués. Et puis, une génération narcissique acceptera-t-elle de renoncer à son rêve de magnificence élyséenne ? Sans doute suffirait-il de peu de choses pour s’engager dans la voie d’un redressement. La question n’est pas de "transformer la Constitution" et encore moins de passer à une VIe République, mais simplement de l’appliquer ! Il est étrange qu’une Nation qui se veut républicaine et démocratique ait ainsi banalisé à un tel point le viol permanent de sa Constitution. Certes, le retour à un septennat, rendu non renouvelable, aurait pour avantage évident d’atténuer la démesure élyséenne qui corrompt la vie politique. Mais il n’est même pas certain qu’il soit indispensable. Une idée simple, ne nécessitant aucun changement juridique, serait de faire élire l’Assemblée nationale avant le président de la République. Dès lors nous aurions une majorité en charge de l’application d’un projet, un Gouvernement digne de ce nom, chargé de l’appliquer, et un président guide et protecteur, au-dessus de la mêlée, conformément à l’esprit initial de la Ve République. Le président Macron, en décidant la dissolution de l’Assemblée nationale avant la fin de son mandat, rendrait ainsi un fier service au pays.

Paru sur maximetandonnet.wordpress.com, 4 octobre 2018
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