Magistro Beta

Switch to desktop Register Login

La parole libérée affole l'Union européenne
 
L’Union européenne creuse sa tombe. De la même manière que la glasnost avait précipité la chute de l’Union soviétique, la libération de la parole des peuples ébranle la citadelle bruxelloise. La pression exercée par l’UE sur le président italien, Sergio Mattarella, pour qu’il s’oppose au gouvernement choisi par les populistes vainqueurs des élections législatives a toutes les caractéristiques d’un coup de force. Le déni de la démocratie est flagrant, d’autant que Mattarella avait été désigné par l’ancienne majorité du parti démocrate, battue le 4 mars. Le comble de la provocation a été atteint avec la nomination comme président du Conseil de Carlo Cotharelli, ancien membre du FMI. Les Italiens, qui ont donné la majorité parlementaire à deux formations antisystème (La Ligue, le Mouvement 5 étoiles) vont donc être dirigés… par ce que le Système peut produire de plus caricatural. La trahison est tellement énorme qu’elle laisse deviner la panique qui s’empare du pouvoir européen. Ceux qui lui reprochaient, notamment sur ce blog (blog.lefigaro.fr/rioufol), d’être coupé des gens et des nations n’ont plus à démontrer l’accusation. L’Union européenne a déclaré la guerre aux souverainetés nationales. Et Emmanuel Macron a apporté, avec Angela Merkel, son soutien au coup d’Etat légal du président italien. Ce ruissellement de fautes bouscule l’histoire.

La dérive autoritaire et anti-démocratique de l’UE risque d’accélérer sa chute ou du moins sa refondation. C’est cette pente qu’a imprudemment prise Mattarella : il peut très bien se retrouver demain dans la situation du président français Patrice de Mac Mahon en 1877, sommé par le vainqueur des législatives, Léon Gambetta, de "se soumettre ou se démettre". Reste cette autre infâmie qui se profile chez les populophobes, qui laissent déjà entendre qu’un néo fascisme se dissimulerait derrière la nouvelle peuplocratie, ce monde de demain que Macron ne veut pas suivre. Parce que des manifestations de protestations sont prévues le 2 juin en Italie, des commentateurs veulent y voir un parallèle avec la Marche sur Rome de 1922 organisée par les faisceaux de Mussolini. Or les mouvements souverainistes, qui s'accroissent partout en Europe, sont tout au contraire en demande de démocratie directe, alimentée par les référendums d’initiative populaire et les réseaux sociaux. Le Mouvement 5 étoiles est lui-même l’expression novatrice de ce pouvoir de l’internet, qui permet de soutenir que le roi est nu. Il est peu probable que cette libération de la parole, que cherche à entraver l’UE aussi bien que la macrocrature, se laisse docilement canaliser. Face au camp du rappel à l’ordre, celui de la liberté a tout mon soutien.

Paru sur blog.lefigaro.fr/rioufol, 30 mai 2018
Publié dans Avec l'Europe
Écrit par
En savoir plus... 0
Europe et politique démographique
 
Des avertissements anciens concernant l’immigration
Il serait possible de remonter à Jean Raspail et à son célèbre ouvrage d’immigration-fiction, Le camp des saints (Robert Laffont, 1973). Concentrons-nous simplement sur l’avertissement que livra en février 1995 un excellent démographe, Jean-Claude Chesnais, dans un livre intitulé Le crépuscule de l’Occident (éd. Robert Laffont, 1995). Sa quatrième de couverture comporte cet avertissement : après avoir souligné "les déséquilibres internationaux et la situation de l’Occident – de l’Europe en particulier – où la menace de dépopulation se précise d’année en année en se combinant à un vieillissement accéléré de la population", il estime que : "L’Europe devient sous nos yeux le premier continent d’immigration, et cela avec des implications très préoccupantes et parfois explosives".
Il s’inquiète aussi du peu d’impact positif de la construction européenne : "L’avènement du marché commun, perçu comme un signe de la montée en puissance de l’Europe, n’a pas, jusqu’à présent, produit les effets escomptés". Il avertit enfin des conséquences économiques de l’hiver démographique européen dont il observe l’installation : "L’Europe ne peut imaginer de reprise économique sans reprise démographique. Les deux récessions, économique et démographique, s’entraînent mutuellement et participent du même sentiment de pessimisme."
 
Des responsables européens dépourvus de stratégie démographique  
Hélas, il ne semble pas que les personnes ayant d’importantes responsabilités dans le fonctionnement des institutions européennes aient, sauf exception, pris la mesure des conséquences du collapsus démographique européen. Le "grand remplacement" (selon l’expression de Renaud Camus) qui est en cours ne suscite aucune réaction efficace ; il est purement et simplement soit nié, soit considéré comme une chance, ou à tout le moins comme un problème assez facile à régler, soit subi, ce qui suscite naturellement des inquiétudes chez les autochtones – inquiétudes qui ne trouvent guère à s’exprimer politiquement que par l’essor de partis dits "populistes".
Des analystes plus soucieux de ménager la susceptibilité des tenants du "politiquement correct" emploient pour se faire entendre des formules plus douces, par exemple celle retenue par Julien Damon comme titre d’un article paru en 2016 dans la revue Commentaire : "Comment l’immigration change l’Occident". Mais que les avertissements soient virulents ou policés, ils ne sont pas entendus au niveau européen : l’Union européenne semble ne pas avoir de véritable stratégie démographique, ni pour la natalité ni pour les mouvements migratoires.
 
Une note récente de la Fondation Robert Schuman intitulée Europe 2050 : suicide démographique, due à Jean-Michel Boussemart et Michel Godet, le confirme : "Quel silence étourdissant face au suicide démographique de l’Europe à l’horizon 2050 ! (…) De fait, personne n’en parle, surtout à Bruxelles où l’on préfère produire des rapports sur les révolutions technologiques, le développement durable ou la transition énergétique." Et les auteurs de la note publiée par cette fondation – qui ne saurait être soupçonnée d’animosité de principe à l’égard de la construction européenne – ajoutent en commentant des projections démographiques de l’ONU à l’horizon 2050 : "Nous invitons nos interlocuteurs à imaginer quelques millions de réfugiés climatiques en provenance d’Asie ou encore plus de réfugiés politiques et économiques en provenance d’Afrique et du Moyen-Orient. Si 1 % du surcroît de la population africaine s’installait en France d’ici à 35 ans (ce qui est aussi proche de nous que 1980), cela ferait 13 millions d’habitants en plus dans l’hexagone d’ici à 2050, soit 20 % de plus ! Quand on songe que l’Union européenne a été fragilisée et ébranlée en 2015 par un million de réfugiés dont les trois-quarts politiques, on se rend compte que l’Europe devrait se préparer à de telles perspectives."
 
L’Union européenne devrait s’occuper de natalité et donc de politique familiale

Les conseils donnés par les deux auteurs cités ci-dessus sont très pertinents : premièrement, s’inspirer du Canada, qui a une "politique de quotas en fonction des besoins du marché du travail". Et parallèlement "encourager la relance de la fécondité dans le vieux continent, car l’intégration se fait d’abord par le brassage des cultures dans les écoles." La comparaison qu’ils utilisent est tout-à-fait juste : "Quand il y a trop de sable, le ciment ne prend pas. Pour accueillir le maximum de sable, il faut plus de ciment, c’est-à-dire d’enfants parlant la langue du pays. (…) Pour rester ouvert au monde, il faudrait relancer la fécondité en Europe dès maintenant." Hélas, se demandent-ils, "mais qui parle de politique familiale en Europe ?" Le nombre de décès a dépassé celui des naissances pour la première fois en 2016 sans que les dirigeants européens réagissent.
 
Face à cette indifférence, il importe que les prochaines élections européennes se jouent pour une part importante sur les politiques qui exercent une influence notable sur l’immigration et sur la fécondité. Des candidats français pourraient par exemple inscrire dans leur programme l’instauration dans toute l’Europe d’une fiscalité et d’une protection sociale reconnaissant pleinement le rôle de la famille. Le quotient familial, débarrassé de l’absurde "plafond" dont l’ont attifés des pouvoirs publics français obnubilés par l’idée politiquement correcte mais économiquement fausse de "réduction d’impôt provoquée par le quotient familial", pourrait être promu au niveau européen.
De même faudrait-il faire comprendre à ce niveau le rôle de la famille en matière de retraites par répartition, et donc la nécessité en bonne justice et en bonne logique économique de baser l’attribution des droits à pension sur la participation fournie par chacun à l’investissement dans la jeunesse. Les candidats français aux élections européennes qui se présenteraient sur un programme où ces deux points occuperaient une position de choix mériteraient bien, à la fois, de leur patrie et de l’Union européenne.     

Envoyé par l'auteur, publié le 25 mai sur L’Incorrect : https://lincorrect.org/35395-2/
Publié dans Avec l'Europe
Écrit par
En savoir plus... 0
Les deux laxismes qui tueront l'UE
 
Pour la première fois depuis la guerre, l'Italie va connaître deux élections législatives la même année. Cela témoigne du dysfonctionnement de la démocratie italienne ; mais cela annonce aussi une grave crise en gestation pour l'Union européenne (UE).
Le scrutin de mars 2018 avait vu l'effondrement des partis politiques traditionnels et la poussée des deux formations antisystème. Le protestataire Mouvement 5 étoiles de l'ancien clown Beppe Grillo et la Ligue, fondée dans les années 1980 pour réclamer l'autonomie du Nord de la péninsule, se sont donc entendus pour former une majorité parlementaire et proposer le nom de Giuseppe Conte, un professeur de droit jusque-là inconnu, comme nouveau président du Conseil de l'Italie. Mais, à peine nommé, ce dernier a démissionné, car le président de la République, Sergio Mattarella, a accepté toutes ses nominations de ministres, à l'exception de celui des Finances. En effet, le ministre des Finances proposé, Paolo Savona, célèbre économiste, est un eurosceptique notoire. Ministre de l'Industrie en 1993, il a toujours depuis dénoncé l'euro comme un carcan pour les entreprises, comme une "prison allemande" et fustigé les "dérives institutionnelles" de l'Union européenne (UE) vers la supranationalité. Pour cet économiste réputé, il n'y a plus de véritable Europe, mais seulement une "Allemagne entourée de peureux"…
M. Mattarella a justifié son veto, inhabituel dans la vie politique italienne, en affirmant que l'arrivée d'un eurosceptique à la tête du ministère des Finances affolerait les marchés et ferait donc peser de grands risques à l'économie italienne. "Dans mon rôle de garant, je ne pouvais pas accepter un choix qui aurait pu conduire à la sortie de l'Italie de l'euro, et provoquer les inquiétudes des investisseurs italiens et étrangers", a expliqué le président de la République italienne, dimanche 27 mai 2018 au soir, dans un discours télévisé à la nation.
Cette crise politique a provoqué une forte hausse du spread, l'écart entre les taux d'emprunt à dix ans allemand et italien. L'Italie a la troisième dette publique du monde, laquelle représente 132 % de son produit national brut, c'est-à-dire plus du double de ce qu'autorise le traité de Maastricht sur la monnaie européenne commune.
Les partis antisystèmes ont dénoncé un "déni de démocratie" de la part du président de la République. "Nous ne serons plus jamais les larbins de personne. L'Italie n'est pas une colonie, nous ne sommes pas les esclaves des Allemands ou des Français, du spread ou de la finance", a tweeté Matteo Salvini, le chef de la Ligue.
Pour gérer les affaires courantes, le président de la République a nommé chef du gouvernement Carlo Cottarelli, un ancien haut responsable du FMI, proeuropéen, grand défenseur de l'austérité budgétaire, et connu pour ses critiques des dérives financières du programme de la Ligue et du Mouvement 5 étoiles.
 
Personne ne peut prévoir le futur proche en Italie. Mais les virulents propos de M. Salvini sont une première dans un pays fondateur du Marché commun. Depuis la guerre, on n'avait jamais entendu un tel langage dans la bouche de leaders de grands partis politiques européens. Après le Brexit, ne nous faisons aucune illusion. Si le pays dépositaire du traité de Rome venait à quitter l'UE, cela signifierait la mort à moyen terme de cette dernière.
Comment en est-on venu là ? L'UE, qui est la plus belle réalisation diplomatique du monde depuis soixante ans, a été, depuis le début de ce millénaire, victime de deux grands laxismes au sein de ses deux appareils de décision, la Commission et le Conseil. Bruxelles n'a pas été capable de faire respecter leurs engagements budgétaires par les membres de l'UE. En outre, aucune harmonie fiscale, sociale et budgétaire n'a été dessinée, alors qu'elle est indispensable au bon fonctionnement de toute Union monétaire. Les premiers responsables sont bien sûr les gouvernements des membres de l'UE, aveuglés par leur court-termisme et leur électoralisme. Qui plus est, depuis Delors, ils n'ont désigné à la tête de la Commission que des médiocres, incapables de corriger une crise des ciseaux : la double accumulation des excédents des pays du Nord et des déficits des pays du Sud.
 
Le deuxième laxisme de l'UE n'est pas économique, mais policier. En se montrant incapable de contrôler ses frontières et de maîtriser les flux de migrants venus du monde arabo-islamique et d'Afrique noire, l'UE a provoqué successivement la rébellion au sein du groupe de Visegrad, la cassure du Brexit, et l'accroissement des suffrages eurosceptiques partout sur son territoire.
L'UE est un club. Aucun club ne peut survivre longtemps sans le strict respect de ses règles par ses membres et sans une autorité supérieure (ici, le président de la Commission, qui a le monopole de l'initiative), capable de fixer un cap et de s'y tenir.

Paru dans Le Figaro, 29 mai 2018
Publié dans Avec l'Europe
Écrit par
En savoir plus... 0
Et si on parlait du bonheur national brut
 
Un peu comme l’Anglais est devenu la "lingua franca" du commerce international, l’économie est devenue le point de passage obligé de tous ceux qui prétendent réfléchir sur la société moderne.  Voilà qui me laisse un peu perplexe. En réalité, quand la plupart des "autres" parlent d’économie, en fait ils parlent de choses infiniment barbantes du style PIB, chômage, taux de croissance qui au fond m’indiffèrent complètement.
Je vis donc dans une schizophrénie totale : je trouve les économistes rasoirs et je trouve l’étude de l’économie absolument passionnante… A l’évidence, je n’étudie pas la même chose que mes distingués collègues (Je ne sais pas pourquoi mais les économistes sont toujours distingués).
En fait, et compte tenu des longues études qui m’ont poursuivies de ma vingtième à ma vingt septième année, cela doit faire à peu près cinquante- ans que j’essaye de comprendre pourquoi je trouve l’étude de cette matière absolument passionnante.
Et je crois avoir compris. Et donc, je me suis dit (ma caractéristique première étant la fatuité) que peut-être les lecteurs trouveraient intéressants que je leur explique ce qu’est pour moi "l’économie".

Au cœur de "mon" économie, il y a une notion extraordinaire, la notion de valeur.
Ce mot peut avoir de multiples significations, l’on peut passer d’un homme de valeur à une valeur boursière, qui elle-même peut n’avoir aucune valeur… à l’évidence on ne parle pas de la même chose sous les trois acceptions mentionnées plus haut…
Tout en prêtant beaucoup d’intérêt aux autres notions tant les mots sont rarement le fruit du hasard, je ne vais retenir pour le document de cette semaine que la notion de "valeur" que l’on attribue à un objet ou à un service qui peut être acheté ou vendu, trahissant ainsi une fois de plus mon côté bassement mercantile. Et cette notion, comme l’ont montré les Autrichiens au XIXème siècle (et avant eux les Jésuites Espagnols au XVII ème) est purement "subjective".
La réalité est que chaque individu a au fond de lui-même une échelle de valeurs totalement unique, au moins aussi unique que peut l’être son ADN et être libre c’est pouvoir prendre ses décisions en fonction de sa propre échelle de valeur et non pas en fonction de celle du patron de la boite, du secrétaire de la cellule du parti ou du guide suprême.
En fait, nous nous baladons tous, toute notre vie avec une échelle de valeurs complètement unique (et qui d’ailleurs peut changer avec le temps) et au cours de ces pérégrinations nous rencontrons d’autres individus qui ont des valeurs similaires ou complètement différentes des nôtres.
Et de temps en temps, je tombe sur quelqu’un qui est prêt à acheter quelque chose dont je n’ai plus besoin alors que lui ne saurait s’en passer, ou l’inverse …Après forces discussions nous procédons à un "échange" et cet échange est matérialisé par un "prix". Et pendant la fraction de seconde où nous échangeons, la valeur (subjective) qui s’attachait à cet objet pour chacun d’entre nous est égal à un prix (objectif), ce qui est proprement miraculeux. Et pendant ce court instant, deux individus qui peuvent ne rien avoir en commun sont complètement d’accord, et qui plus est tous les deux sont certains qu’ils sont gagnants et en fait, ils le sont.

Résumons-nous.
Il y a un nombre infini de "valeurs subjectives" présentes dans le monde à chaque instant.
De temps un temps, un objet ou un service "change de main" et cela se fait autour d’un prix. Et quand ce prix apparait, et pour une milli- seconde, le prix et la valeur se confondent, mais en aucun cas il ne s’agit de la même chose. Dix minutes plus tard ou plus tôt, l’échange n’aurait pas pu avoir lieu, ou n’aurait pas eu lieu au même prix. Et ce miracle ne peut se produire bien sûr que si la transaction est librement consentie des deux côtés.
Etre libéral consiste donc à soutenir :
Que chacun a le droit de se constituer librement sa propre échelle de valeurs, et d’effectuer toutes les transactions légales qu’il souhaite en fonction de cette échelle de valeurs ;
Que le prix au moment de l’échange doit être fixé librement entre les deux parties,
Que la transaction soit libre et volontaire des deux côtés et tout cela encore une fois dans le respect des lois qui régissent la société.
Lorsque ces trois conditions sont réunies, alors la somme des "satisfactions" montera puisqu’il est établi que dans une transaction libre les deux parties sortent gagnantes.
Quiconque connait un peu l’histoire sait que ces trois libertés sont complètements inhérentes à la nature humaine et que toute croissance, toute avancée de la civilisation et toute hausse du niveau de vie n’ont jamais dépendu que de leur exercice et de rien d’autre.
Et le libéral affirmera donc et sans aucun risque d’être contredit que toutes les périodes où ces trois "libertés" ont existé ont aussi été des périodes de bonheur, et toutes celles où elles ne l’ont pas été des périodes de malheur, pour les petites gens en particulier.
A ces libertés s’opposent et s’opposeront toujours hélas les thuriféraires du collectivisme, de l’étatisme, les supporters de la tribu, les défenseurs de la pensée unique qui vont trouver toutes sortes de raisons pour empêcher les individus d’exercer leur libre arbitre, en bloquant les prix, en inventant une nouvelle monnaie qui ne correspond  à rien, en taxant comme des fous ceux qui font le meilleur usage de leurs talents, en se servant du monopole de la violence légitime pour mettre en prison, excommunier ou faire bruler ceux qui pensent différemment, bref nous retrouvons une fois encore nos oints du Seigneur, hommes de Davos et soutiens de morales collectives.

La lutte, éternelle et sans fin est donc toujours entre la liberté, reposant sur l’individu, et la contrainte reposant sur l’association de méchants.
Et mon boulot d’économiste est de compter les points entre les deux équipes et de tenir informé ceux qui me lisent des résultats du match.
Pourquoi ?
Parce que là où la liberté augmente, la valeur créée et partagée, qui n’a rien à voir avec la valeur ajoutée des comptables nationaux, augmente et que c’est donc vers là que doit aller le capital disponible de mes lecteurs pour participer à cet accroissement, et pour le renforcer. C’est pour cela que je leur recommande d’aller investir en Grande-Bretagne puisque la liberté individuelle vient d’y progresser de façon inattendue et considérable, les méchants ayant subi une défaite en rase campagne dont ils ont du mal à se remettre. Mais si la liberté diminue quelque part, alors il faut retirer son capital de cet endroit toutes affaires cessantes pour que cette expérience néfaste dure le moins longtemps possible.

Dans le fond, ce que je dis est simple : une transaction libre ajoute au bonheur national brut ou BNB, une transaction contrainte, empêchée, taxée, retardée ajoute au malheur national brut ou MNB, tout en ajoutant sans doute au PIB classique, compte tenu du grand nombre de contrôleurs embauchés pour empêcher chaque individu d’être libre. Dans le monde moderne, une hausse du PIB peut tout à fait correspondre à une forte baisse du BNB et a une forte hausse du MNB et c’est ce que l’on voit en France depuis Giscard au moins. Et l’expérience montre qu’il vaut mieux investir là où le bonheur national brut (BNB) augmente et désinvestir là où le malheur national brut (MNB) augmente.
Mon boulot d’économiste c’est donc d’estimer la variation au travers du temps et pour chaque pays de la différence (BNB-MNB) et d’investir en conséquence.
Et c’est pour ça que je trouve mon métier passionnant.
Paru sur institutdeslibertes.org, 21 mai 2018
Publié dans A tout un chacun
Écrit par
En savoir plus... 0
Professeur transgenre
 
Une fois encore la "grande presse", si l’on peut dire, se signale par un monument de désinformation et d’indignation vertueuse à sens unique. Que s’est-il donc passé ? On nous raconte qu’un professeur de collège de Seine-et-Marne a été victime d’insultes sur les réseaux sociaux à la suite de sa décision de "changer de sexe", disent certains, ou de "changer de genre", disent d’autres. La direction de l’établissement soutient l’enseignant transexuel (ou transgenre) et se fend d’une lettre quasi comminatoire aux parents d’élèves, les contraignant à accepter le choix du professeur en question. L’émoi est à son comble. La secrétaire d’État Marlène Schiappa intervient vigoureusement en faveur de la "victime" et saisit la DILCRAH, une délégation interministérielle chargée, entre autres, de la lutte contre le racisme et l’homophobie.
 
Où se situe la désinformation dans tout ça ? D’abord, il apparaît que le professeur en question n’a pas changé de sexe. Il n’a subi aucune opération. Il souhaite seulement s’habiller en femme et être désormais appelé "Madame la professeure". Ensuite, personne ne s’interroge sur l’opportunité d’effectuer un tel changement en cours d’année scolaire devant des élèves de 12 à 13 ans qui connaissent ce monsieur comme leur "professeur" de Français. Qu’il veuille changer d’apparence, où même de réalité, est un problème qui le concerne. Il est libre. Le dénoncer nommément et l’insulter sur les réseaux sociaux est condamnable. Mais n’aurait-il pas été plus sage d’attendre la fin de l’année scolaire, voire de changer d’établissement pour exercer son métier là où il n’est pas connu comme "Monsieur Untel" ? Car, dans cette affaire, qui pense à l’éventuel impact sur des préadolescents d’une décison aussi importante qu’une mutation transgenre ou transexuelle ? Ce n’est pas anodin. La pire désinformation est là : voudra-t-on nous faire croire qu’il n’y a pas de conséquences à imposer un tel choix aux enfants (et à leurs parents) ? Et quand je dis "imposer", le mot est faible, car les interventions de la direction du collège et de la secrétaire d’État sont d’une violence idéologique hallucinante. Toute forme de contestation est interdite avec une sévérité dictatoriale. Le mensonge idéologique doit rentrer de force dans toutes les têtes. La réalité biologique est niée. Pourtant, même s’il adopte les codes sociaux d’une apparence féminine, notamment des codes vestimentaires, ce monsieur reste un homme. Les discours idéologiques n’y changeront rien. Voilà où en sont la prétendue "Éducation nationale", son gouvernement de tutelle et la presse aux ordres : déni de réalité et mensonge obligatoire, avec à leur service tout l’arsenal répressif dont ils disposent.
 
En de telles heures de décadence et d’inversion des valeurs, il est urgent d’insister sur un indispensable retour au réel pour appréhender justement de tels évènements, et ne pas se fourvoyer dans des spirales idéologiques qui ne mèneront notre civilisation qu’à l’abîme. Les islamistes doivent se frotter les mains en voyant la civilisation européenne se suicider ainsi sous la conduite de ses pseudo-élites. Ils savent aussi, grâce à l’actualité récente, qu’il y a moins de risques à jouer de l’AK 47 dans les rues de Marseille qu’à déraper sur un compte Twitter à propos d’une personne transgenre. La leçon ne sera pas perdue. Nous n’avons pas fini d’en assumer les conséquences.

Envoyé par l'auteur, 25 mai 2018                                                                 
 
Publié dans Du côté des élites
Écrit par
En savoir plus... 0
Macron, grand perdant des élections en Italie
 
CHRONIQUE - L'Allemagne ne paiera pas pour les "folies" du nouveau gouvernement transalpin. Du coup, les projets français de réforme de l'Europe s'effondrent.
 
Cela ne pouvait pas durer éternellement. Tout au long de l'année 2017, Emmanuel Macron avait bénéficié d'une chance insolente : à l'intérieur, pour se faire élire ; à l'extérieur, les médias internationaux le consacraient "patron" de l'Europe, seul interlocuteur de Trump et de Poutine, tandis que les Anglais quittaient l'Union et que les Allemands ne parvenaient pas à former un gouvernement. Ce temps-là est révolu. Les élections italiennes ont sonné le glas du règne de l'empereur Macron. Les Allemands rient sous cape. Ils ont désormais une excuse en or pour enterrer les projets de réforme du Français. C'était déjà leur intention avant que la Ligue et M5S ne prennent le pouvoir en Italie. Macron l'avait très bien compris : "Réveillez-vous, la France a changé !" avait-il lancé à ses interlocuteurs germaniques. Sous-entendu : la France a accompli les réformes économiques et sociales que vous réclamiez ; à votre tour de bouger !
 
Le désaccord entre Français et Allemands n'est pas neuf, mais il est fondamental. La zone euro souffre d'un défaut de fabrication originel : dans toute zone unifiée monétairement, la région la plus productive, en l'occurrence l'Allemagne et les pays du Nord, attire les capitaux et la valeur ajoutée. Pour rééquilibrer, il faut un budget qui redistribue de l'argent vers les régions déshéritées. C'est ce que fait Paris avec la Creuse ou la Corse ; l'Italie du Nord avec le Mezzogiorno. C'est ce que réclame Macron pour la zone euro. Mais l'Allemagne dit : "Nein." Elle ne paiera pas. Et elle paiera encore moins depuis qu'elle peut se cacher derrière les "folies" du nouveau gouvernement italien. Macron est désarmé puisqu'il refuse par principe d'utiliser la seule arme qui ébranlerait les Allemands : le départ de l'euro et le retour aux monnaies nationales qui verrait un mark surévalué gêner les exportations allemandes… Fin du premier round.
 
Le second concerne l'immigration. C'est encore une fois les Allemands qui ont mis le feu au lac, avec l'ouverture aux migrants décidée par Merkel en 2015. Mais la France avait ouvert le bal avec l'intervention en Libye qui, en exécutant Kadhafi, avait fait sauter le verrou qui fermait la porte des côtes italiennes aux migrants africains. Entre 2016 et 2017, 350 000 migrants sont entrés en Italie. On comprend que les Italiens (du Nord) aient voté pour la Ligue de Matteo Salvini qui promet de renvoyer 500 000 clandestins.
Mais le futur ministre de l'Intérieur italien croisera alors le fer avec des juges européens dont la jurisprudence a rendu quasi impossible tout renvoi de clandestins. Le Hongrois Orbán et les Polonais, qui avaient été tancés par Merkel et Macron pour leur refus d'accueillir des migrants "musulmans", ont reçu un allié de poids. Fin du second round. Macron K.-O. Merkel reste sur le ring, groggy mais debout, pour défendre le modèle européen des sociétés libérales, ouvertes et multiculturalistes, de plus en plus rejeté par les peuples d'Europe. Debout, mais avec comme seuls alliés les Pays-Bas et la Finlande. Est-ce vraiment mieux ?

Paru dans Le Figaro Magazine, 25 mai 2018
Publié dans Avec l'Europe
Écrit par
En savoir plus... 0
Palestine et ses ennemis

"On pouvait se demander, en effet, et on se demandait même chez beaucoup de Juifs, si l’implantation de cette communauté sur des terres qui avaient été acquises dans des conditions plus ou moins justifiables et au milieu des peuples arabes qui lui étaient foncièrement hostiles, n’allait pas entraîner d’incessants, d’interminables, frictions et conflits. Certains mêmes redoutaient que les Juifs, jusqu’alors dispersés, mais qui étaient restés ce qu’ils avaient été de tout temps, c’est-à-dire un peuple d’élite, sûr de lui-même et dominateur, n’en viennent, une fois rassemblés dans le site de leur ancienne grandeur, à changer en ambition ardente et conquérante les souhaits très émouvants qu’ils formaient depuis dix-neuf siècles" - De Gaulle : conférence de presse du 22 XI 1967

 
Texte pour la 6ème conférence internationale sur la Palestine organisée par New Horizon et IRIB du 12 au 18 mai 2018 à Mashad
 
Conjoncture générale
Pour l’observateur attentif des relations internationales, il est clair que nous assistons à la fin du monde unipolaire dirigé par les Etats-Unis depuis l’effondrement de l’URSS, avec l’apparition de nouvelles puissances émergentes ou ré-émergentes qui définissent un monde multipolaire, ou apolaire, ce qui revient au même.
Cet enfantement d’un monde nouveau se fait dans d’horribles douleurs du fait du refus par la puissance dominante d’accepter cette réalité, utilisant tous les moyens les plus abominables pour tenter de pérenniser son influence. Pourtant ce monde nouveau est inéluctable scientifiquement : la géographie, la démographie et la physique s’associent pour en apporter la démonstration.
Face aux tentatives dilatoires et criminelles des Etats-Unis et de ses fidèles "alliés occidentaux", au point d’en être féaux, d’empêcher le cours de l’Histoire, inversant les valeurs morales et mentant de façon éhontée, vulgaire, illogique et paradoxale sur leurs véritables intentions, nous avons la chance d’avoir en face une alliance, parfois formelle, parfois informelle et conjoncturelle, de nations qui font preuve de raison et de modestie pour répondre à la coercition immodérée du camp occidental.
 
Les BRICS s’organisent de plus en plus pour proposer un monde nouveau fait de coopération entre les états pour le développement et pour résoudre les inévitables conflits d’intérêts par la négociation et non par la guerre. L’avenir de l’humanité est là comme le disait le Général de Gaulle aux universitaires mexicains en 1966 :
 
"En effet, par-dessus les distances qui se rétrécissent, les idéologies qui s’atténuent, les politiques qui s’essoufflent, et à moins que l’humanité s’anéantisse elle-même un jour dans de monstrueuses destructions, le fait qui dominera le futur c’est l’unité de notre univers ; une cause, celle de l’homme ; une nécessité, celle du progrès mondial, et, par conséquent, de l’aide à tous les pays qui le souhaitent pour leur développement ; un devoir, celui de la paix, sont, pour notre espèce, les conditions mêmes de sa vie."
 
La caractéristique de cet affrontement est la brutalité et la vulgarité du camp occidental, face à la modération - et souvent la subtilité - du camp qui s’oppose désormais résolument mais raisonnablement à lui et à sa négation des valeurs humaines universelles.
C’est dans cette conjoncture générale qu’il faut replacer la situation en Palestine où l’Etat créé après bien des hésitations des membres par une résolution de l’ONU en 1947 se comporte depuis en dominateur et conquérant, refusant toutes les résolutions de l’instance qui l’a créé. Son comportement envers les Palestiniens qui vivent sur leurs terres ancestrales est d’une sauvagerie seulement rendue possible par le soutien sans retenue de leur tuteur américain.
Non content de nier les droits des Palestiniens et de s’en prendre à ses voisins arabes qui contestent son arrogance, soutenu par les monarchies dictatoriales du Golfe persique liées aux Etats-Unis, Israël, atteint d’une hubris (démesure) incommensurable, s’attaque aux Perses, accusés de vouloir acquérir la bombe atomique dont il détient lui, illégalement, des centaines de têtes.
Allié ouvertement à l’Arabie Séoudite, Israël, sachant bien qu’il est incapable de battre militairement l’Iran ou le Hezbollah libanais, veut amener l’Occident, avec les Etats-Unis en tête à faire la guerre à ceux qui combattent en première ligne le terrorisme issu d’un sunnisme dévoyé à dessein et entretenu par les services américains, occidentaux, séoudiens et les monarchies autoritaires du Golfe, sans oublier la Turquie qui a changé plusieurs fois de position grâce à l’influence russe déterminante pour lui indiquer où étaient ses intérêts.
 
Avenir du monde
Devant les échecs de plus en plus marqués de la stratégie suicidaire de l’Occident sous la conduite des Etats-Unis, on peut espérer que ses dirigeants prennent conscience que leur intérêt est désormais de sortir de cette spirale de guerres perdues au Moyen-Orient et d’envisager une coopération avec le reste du monde qui constitue l’immense majorité de la population du globe et également maintenant de sa puissance économique et même bientôt militaire.
Et de lutter enfin sérieusement contre le terrorisme qui menace tout le monde.
Les déclarations de Donald Trump tout au long de sa campagne et son court discours initial après sa victoire contre toutes les forces établies en Amérique, montrent qu’il a vu et compris ces changements et qu’il voulait y remédier, même si sa dénonciation de l’Iran comme menace à la paix mondiale était, et est, une obsession récurrente erronée et sans doute inspirée par ses amis israéliens. D’où ses déclarations tonitruantes contre l’accord sur le nucléaire du 14 juillet 2015 entériné par une décision de l’ONU et donc de la communauté internationale, qu’il promet de déchirer.
Mais, depuis qu’il a été intronisé le Président de la première puissance mondiale est en lutte contre des complots multiples de forces obscures domestiques qui ne veulent pas accepter ses vues pragmatiques et le contraignent à poursuivre une politique brutale conforme à leur vision du monde. Il semble qu’il soit sur le point de se dégager de ces pressions après les divulgations récentes des activités criminelles et complotistes au plus haut niveau de l’administration, de ceux qui, parmi les Démocrates et au sein même des Républicains, veulent l’empêcher d’exercer son pouvoir comme il le souhaite.
S’il y parvient, nous pouvons espérer que ses liens avec la communauté juive l’amènent à suivre les conseils de la majorité des juifs américains qui déplorent l’influence néfaste de l’AIPAC (American Israël Public Affairs Committee) dans son soutien unilatéral aux gouvernements extrémistes d’Israël qui dénient les droits élémentaires des Palestiniens et les considèrent comme des hommes qu’on peut tuer impunément. Ces Juifs raisonnables estiment que l’intérêt des Etats-Unis, comme celui des Juifs en général, est dans une solution respectable des droits palestiniens à un état et la fin du régime d’apartheid que pratique Israël.
 
Dans un monde plus raisonnable tel que le propose les puissances qui contestent la vision américaine actuelle, les conflits d’intérêts doivent être réglés par la négociation et non par la guerre, en reconnaissant les prétentions légitimes des protagonistes. Ainsi en est-il du conflit qui ensanglante le Moyen-Orient depuis la création d’un état qui ne conçoit son existence qu’en guerre permanente contre ses voisins arabes, grâce à un soutien américain total obtenu par le financement de groupes de pression qui lui ont aussi apporté les compromissions d’Arabes trahissant délibérément leurs frères.

Envoyé par l'auteur, paru sur Geopolitiqua.ru, 24 mai 2018
Publié dans De par le monde
Écrit par
En savoir plus... 0
Les bombardements de Syrie font craindre une orwellisation du monde  
 
Pour ceux qui ont suivi de près les événements du Proche-Orient au cours des dernières années, il fait peu de doute que la prétendue attaque à l’arme chimique dans le faubourg de la Ghouta à Damas (8 avril 2018) soit n’a pas eu lieu (il est si facile de trafiquer des photos et de leur faire faire le tour du monde), soit est une action "sous faux pavillon" fomentée par le dernier carré des djihadistes qui se trouvaient dans ce faubourg, aujourd’hui entièrement reconquis par l’ armée syrienne.
 
Un prétexte douteux
Il en avait été de même le 21 août 2013 : au  même endroit, le gouvernement syrien avait été accusé d’avoir utilisé des armes chimiques, or une étude indépendante du MIT (1) et une autre, selon de méthodes différentes, de Organisation pour l'interdiction des armes chimiques, (OIAC, en anglais OPCW), basée à  La Haye (2), avaient démontré que l’attaque, bien réelle celle-là, ne pouvait pas venir des forces gouvernementales, ce qui conduisait à imaginer qu’il s’agissait d’une action d’Al Nosra, aidé par des forces spéciales occidentales (3). On se souvient pourtant du tollé que cette attaque avait suscité, le monde occidental en son entier ayant pointé un doigt accusateur vers Assad : Hollande demandait une intervention immédiate de l’OTAN et, à son grand regret, ne fut pas suivi par Obama (4). La célèbre juge internationale Carla Da Ponte avait également démenti qu’une autre attaque chimique près d’Alep soit venue de Damas. Doutes aussi sur l’opération récente de Khan Cheikhoun (4 avril 2017) (5).
Dans une interview à Newsweek (6) du 8 février 2018, le général James Mattis, pourtant considéré comme un faucon, a vendu la mèche en disant que le Pentagone n’avait jamais eu de preuves certaines que le régime de Bachar el- Assad ait tenté d’empoisonner son peuple à l’arme chimique.
Au demeurant, la seule source de la dernière attaque, ce sont les Casques blancs organisation prétendue humanitaire qui n’est que la doublure de groupes islamistes ; un film avait été réalisé à Hollywood sur cette organisation : mus par un reste de bons sens, les distributeurs ont refusé de le projeter en France.
 
Qui peut dire d’ailleurs l’intérêt que le président Bachar el-Assad et son mentor russe qui le surveille de près auraient pu trouver à utiliser des armes prohibées, peu efficaces et au retentissement symbolique fortement négatif au moment précis où ils venaient de gagner la bataille de Damas ?
De toutes les façons, il aurait fallu attendre l’expertise de l’OIAC pour se prononcer, ce qu’on s’est bien gardé de faire. Elle vient seulement de commencer.
Fâcheusement, les attaques sous faux pavillon sont devenues monnaie courante au cours des dernières années surtout, il faut bien le dire, de la part des Occidentaux. Déjà, le prétexte des bombardements du Vietnam du Nord avait été l’attaque d’un bâtiment de l’U.S. Navy dans le Golfe du Tonkin attribuée à Hanoï, dont on sait aujourd’hui qu’elle était un montage américain. La guerre de Yougoslavie a commencé par une opération de désinformation transformant l’escarmouche de Rajak entre l’armée yougoslave et les forces rebelles du Kosovo (15 janvier 1999) en génocide.  Plus récemment, la deuxième guerre d’Irak est partie de l’accusation des Etats-Unis à l’encontre de Saddam Hussein d’utiliser des armes chimiques et bactériologiques et d’avoir un programme nucléaire, ce qui s’est avéré faux.
 
Salisbury 
Les événements qui se sont produits à Salisbury (Royaume-Uni ) le 4 mars 2018 et qui ont contribué à mettre l’opinion occidentale en condition sont, eux, rocambolesques.
On nous a dit qu’un espion russe, Sergueï Skripal, passé à l’Ouest en 2010 et retiré depuis lors aurait été, avec sa fille, victime d’une attaque chimique de la part de la Russie de Poutine, cela "en plein territoire britannique". Il faut préciser que ces deux personnes ne sont pas mortes, ce qui devrait jeter quelques doutes sur l’efficacité du FSB (ex-KGB). Trouvées sans connaissance dans un jardin public, elles ont été emmenées à l’hôpital où elles se sont remises au bout de quelques jours. On fantasme sur une arme secrète qui ne ferait effet que quelque temps après l’injection. Devinette qui circule : quelle est l’arme biologique redoutable qui ne fait d’effet qu’après quelques heures, mortelle si on ne réagit pas mais dont on se sort vite si on se soigne à temps ? Réponse : une omelette aux champignons (Amanita phalloïdes) ! Que Theresa May et Boris Johnson aient engagé leur crédibilité sur une histoire aussi ridicule en dit long sur le déclin de la classe politique britannique. Macron, lui, a d’abord fait mine de se poser des questions pour se rallier sans preuves au bout de 24 heures à la thèse britannique de la culpabilité de Poutine. Là aussi, pourquoi Poutine aurait-il pris le risque de faire assassiner (sans y parvenir) un comparse de troisième ordre à quelques jours de sa réélection triomphale (18 avril) au risque de gâcher la fête ?
 
Des "frappes" de comédie ?
Irréels les prétextes, irréelles aussi les "frappes" occidentales de représailles. 103 fusées projetées sur la Syrie qui ne touchent que des bâtiments désaffectés et ne font aucune victime. Et ces projectiles ne sont pas des pétards : une fusée Tomahawk représente 500 kg de charge. Les sites tenus par les Russes ont été soigneusement évités. Les laboratoires et entrepôts prétendus chimiques visés, étaient aussi fantasmés que l’attaque au gaz de la Ghouta. Du mauvais cinéma.
Les contributions britannique et anglaise à l’attaque ont été faibles : à peine une vingtaine de vecteurs. La France en revendique douze, mais les Russes prétendent ne les avoir pas vus. Ils affirment en outre que l’armée syrienne, pourtant dépourvue des anti-missiles dernier cri, S 300 et S 400, aurait intercepté 71 des 103 vecteurs. Tout laisse supposer que les prétendues représailles ont été organisée en accord avec la Russie, ce qui en un sens est plutôt rassurant.
 
Vérité et liberté
Il reste que l’ensemble de l’épisode, du début à la fin, repose sur des mensonges. Sans doute les hommes politiques de premier plan ne sont-ils pas dupes (du moins on l’espère), mais ils s’en ont que mieux menti aux opinions occidentales, persuadées aujourd’hui que Bachar el Assad a utilisé des armes chimiques et que les Alliés l’ont, pour cela, lourdement sanctionné.
Cette dramatisation tient autant de la démonologie que de la démagogie ; en construisant une image monstrueuse du président syrien qui n’est ni meilleur ni pire que les autres dictateurs de la région, les dirigeants, en France en particulier, se donnent le beau rôle, celui du chevalier blanc qui punit le méchant. Infantile !
Singulière déchéance pour ce qu’on appelait naguère le monde libre, où il était acquis que la liberté et la vérité allaient de pair, le mensonge étant tenu alors pour le propre des régimes totalitaires. Le plus grave dans cette affaire est que nous assistons à une véritable orwellisation du monde occidental ; les  mots n’y ont plus de sens : "la guerre c’est la paix" ; que les puissants bombardent un petit pays, voilà un acte hautement moral. L’Empire ne tient que parce qu’une guerre obscure se poursuit indéfiniment quelque part à ses confins.
Par rapport aux idéaux qui semblaient devoir triompher en 1945 et à la longue guerre froide que se sont faite le camp de la liberté et celui du totalitarisme soviétique, c’est à une véritable inversion de signes que nous assistons.
Tout cela est grave : comme leurs enfant accros des jeux vidéos, les dirigeants occidentaux vivent désormais dans un monde virtuel – nous disons occidentaux car il semble bien que Poutine et ses proches aient, eux, gardé le sens du réel et la tête froide.
Certes par derrière la scène, les arrangements entre les états-majors américain et russe pour éviter tout affrontement direct montrent que, quelque part, un certain réalisme demeure – peut-être grâce à Trump. Mais pourquoi toute cette mascarade ?
Pourquoi aussi courir de tels risques ? Les grandes catastrophes arrivent par la perte du sens du réel. Or ceux qui semblent ainsi vivre dans l’irréalité ou au moins les contre-vérités, ne sont pas n’importe qui : ce sont les dirigeants de la principale puissance mondiale et de leurs deux principaux alliés, pas moins : autant dire qu’ils ont, plus que quiconque, barre sur le monde dans lequel nous vivons.
Et c’est bien ce qui rend le monde actuel éminemment dangereux et même inquiétant : cette déraison qui touche les dirigeants des principaux pays occidentaux, jusqu’où nous mènera-t-elle ?
 
(1) Massachussetts Institute of Technology 
(2) Cette étude de l’OIAC n’a pas été publiée, et pour cause ; elle a cependant fuité par l’agence de presse du Vatican
(3) Selon l’ambassadeur de Syrie aux Nations-Unies, des Français auraient aidé à cette manipulation.
(4) C’est surtout le refus du Parlement britannique qui a bloqué l’attaque. Cette fois il n’a pas été consulté, ce qui est sans précédent depuis la Magna carta (1215).
(5) D’autres opérations semblent avoir été faussement imputées à Bachar el Assad : ainsi l’assassinat de Rafik Hariri (2005)
(6)
http://www.newsweek.com/now-mattis-admits-there-was-no-evidence-assad-using-poison-gas-his-people-801542
Envoyé par l'auteur, 25 mai 2018
Publié dans De par le monde
Écrit par
En savoir plus... 0
COREE : Kim et Trump, rencontre à Singapour ?         
 
La rencontre est donc prévue le 12 Juin à Singapour. Mais la fin mai assombrit le ciel : les diplomates ont pourtant bien travaillé. Monsieur Kim et monsieur Trump devraient se révéler plus raisonnables qu'ils ne le paraissent. Alors que monsieur Kim affiche devant les médias le "démantèlement" de ses installations nucléaires opérationnelles tout en tempêtant contre l'omni présence militaire américaine près de chez lui, monsieur Trump envisage de remettre une fois de plus le rendez-vous. De chaque côté, l'esprit de provocation demeure.
Toutefois, dans ce jeu à 2 rôles, en fait, ils sont 4 : la Corée du Sud pèse de toute son influence et la Chine de Monsieur Xi garde un rôle prépondérant. On peut aussi élargir la conversation au Japon - aux premières loges du danger en cas d'échec - à toute la zone du Pacifique nord, et cette fois la Russie de Vladimir Poutine ne manque pas d'être un influent médiateur.
 
Le choix de Singapour comme lieu de rencontre est solidement pesé : hautement sécurisé, il plaît aux 2 premiers rôles. Kim Jong-Un y a séjourné lorsqu'il n'était qu'héritier. L'endroit est suffisamment luxueux pour être apprécié des 2 parties, capable d'accueillir les suites nombreuses, les intervenants, leur sécurité, les gens d'information du monde entier. L'Ambassade américaine est un véritable fortin, en face du Jardin botanique. Singapour est aussi un "bloc bancaire" (expression d'un éditorialiste australien) très important , au Top 4 des places financières mondiales, où nos héros ont d'importants placements, une bonne part de leurs petits magots publics et privés. Singapour est une des clefs du grand commerce maritime international, point de départ de la fameuse ceinture dorée qui passe par Suez et Panama.
La symbolique est donc forte. A cela s'ajoute l'influence de la Chine continentale sur la Cité-Etat, à 85 % chinoise par sa population, ses mœurs et son exemplarité au sein des différentes communautés d'Asie. Les Occidentaux – surtout Australiens et Nord Américains – y ont de puissants intérêts.
 
Ce n'estpas seulement un éventuel pacifisme qui prévaut dans cette rencontre originale ;  c'est l'intérêt économique et financier : pour les uns, au Sud, il faut préserver ce qui existe, pour les autres, au Nord, il faut conquérir sa place dans le cœur des nantis. Pour la Chine de Monsieur Xi, il s'agit de sécuriser son projet de développement à horizon 2050, notamment en mer de Chine, et qu'il ne soit en rien entravé. Le principe majeur sera très confucéen : celui de la réalité. Mais à l'abri des bonnes influences stellaires. En Asie le ciel n'est jamais loin, même si l'excentrique commerçant de la Blanche Maison aime provoquer et pense surtout à son tiroir-caisse.
 
Singapour se situe aussi, désormais, dans l'orbite chinoise, et dans celle japonaise. Elle est la charnière de ces 2 mondes antagonistes, pour lesquels le contentieux est si ancien et encore pesant. Singapour a tout à y gagner aussi, se protège ainsi d'un étouffant bouclier chinois, et reste ouverte aux stratégies occidentales. Ce faisant, elle affiche son aide à ses deux plus proches concurrents (Corée Sud et Japon) tout en s'assurant de leur continue collaboration. En moins de 30 ans la Ville-Etat est devenue une sorte de mini "laboratoire" pour l'avenir tant sur le plan technologique et financier que politique. A la fois fragile et fort, son équilibre dans la durée peut dépendre, en partie, des résultats de la rencontre du 12 Juin.
 
Le président Trump (et son entourage) affiche une stratégie d'usure : on joue les gentils et puis, brusquement, on verrouille ; c'est en quelque sorte à celui qui mentira le mieux.  Il serait étonnant que Mr Kim annihile en un jour une puissance nucléaire qui a mis 40 ans à être construite au prix de sacrifices sociaux et économiques monstrueux. Où est la cachette ? Et il maintiendra son mécontentement tant que la puissance militaire US dans sa zone d''influence n'aura pas baissé de plusieurs degrés. Les exercices militaires accomplis conjointement par Séoul et Washington sont une sérieuse épine. Il serait étonnant que monsieur Trump renonce subitement au verrouillage de cette zone, et à ses propres menaces, juste pour faire plaisir aux deux Corées… Jeu de dupes, leurre médiatique ? Ou peut-être intentions inavouées de part et d'autre. La diplomatie de surface cache le plus souvent la diplomatie réelle ou son absence.
 
Par ailleurs, en apparence, monsieur Trump n'applique pas à l'égard de l'Iran le même apparent bon vouloir diplomatique que celui finalement adopté à l'égard de la Corée du Nord ; pourtant il s'agit des mêmes griefs : fabriquer en douce du nucléaire militaire sans respecter les besogneux arrangements négociés avec ses prédécesseurs (Clinton et Obama), avoir la tentation d'agresser ses alliés, ne pas respecter les promesses successives et empocher les dollars généreusement distribués. Sans doute l'enjeu asiatique est-il plus clair, car il s'agit de maitriser une position jusqu'à présent nettement dominante. L'enjeu du Moyen Orient est d'une complexité tellement profonde, islamique, dans un enchevêtrement si confus d'a priori historiques, religieux, claniques, que la Maison Blanche ne domine pas vraiment, et où il faut jouer aussi avec l'Europe (qui est peut-être le vrai ennemi à abattre dans la zone ?)
 
Enfin, la rencontre programmée du 12 Juin peut être– en filigrane – pour tous les riverains du Pacifique, l'occasion de tenter de relancer le grand Traité commercial TransPacifique conclu en 2015, qui satisfaisait tout le monde et que Donald Trump raya d'un trait de plume à peine installé. Il s'agit d'un autre sujet que le problème coréen, mais voilà une bonne occasion d'en parler, car un tel rendez-vous ne se reproduira peut-être pas. Mais il ne faut pas anticiper : l'annulation pure et simple, l'impasse, ne sont pas loin. Il serait alors certain que Chine et Russie reprendraient la main (la Russie n'était pas partie au TransPacific) et ce pourrait être alors le début d'une sorte de "bye bye commercial à l'Amérique isolationniste".
 
Pour l'heure, il s'agit d'éliminer le conflit sur le nucléaire et de régler l'antagonisme coréen né de part et d'autre du 38ème parallèle. Le but ultime peut être à long terme un traité de paix véritable entre les deux Corées, assorti de l'humanisation des relations. Ce serait bel et bon.
La diplomatie est l'art des petits pas.

Envoyé par l'auteur, 24 mai 2018
Publié dans De par le monde
Écrit par
En savoir plus... 0
Sur la question des migrants. Macron aux Bernardins
 
 
TEXTE DU PRESIDENT
Sur les migrants, on nous reproche parfois de ne pas accueillir avec assez de générosité ni de douceur, de laisser s’installer des cas préoccupants dans les centres de rétention ou de refouler les mineurs isolés. On nous accuse même de laisser prospérer des violences policières.
Mais à dire vrai, que sommes-nous en train de faire ? Nous tentons dans l’urgence de mettre un terme à des situations dont nous avons hérité et qui se développent à cause de l’absence de règles, de leur mauvaise application, ou de leur mauvaise qualité – et je pense ici aux délais de traitement administratif mais aussi aux conditions d’octroi des titres de réfugiés.
Notre travail, celui que conduit chaque jour le ministre d’Etat, est de sortir du flou juridique des gens qui s’y égarent et qui espèrent en vain, qui tentent de reconstruire quelque chose ici, puis sont expulsés, cependant que d’autres, qui pourraient faire leur vie chez nous, souffrent de conditions d’accueil dégradées dans des centres débordés.
 
C’est la conciliation du droit et de l’humanité que nous tentons. Le Pape a donné un nom à cet équilibre, il l’a appelé "prudence", faisant de cette vertu aristotélicienne celle du gouvernant, confronté bien sûr à la nécessité humaine d’accueillir mais également à celle politique et juridique d’héberger et d’intégrer. C’est le cap de cet humanisme réaliste que j’ai fixé. Il y aura toujours des situations difficiles. Il y aura parfois des situations inacceptables et il nous faudra à chaque fois ensemble tout faire pour les résoudre.
Mais je n’oublie pas non plus que nous portons aussi la responsabilité de territoires souvent difficiles où ces réfugiés arrivent. Nous savons que les afflux de populations nouvelles plongent la population locale dans l’incertitude, la poussent vers des options politiques extrêmes, déclenchent souvent un repli qui tient du réflexe de protection. Une forme d’angoisse quotidienne se fait jour qui crée comme une concurrence des misères.
 
Notre exigence est justement dans une tension éthique permanente de tenir ces principes, celui d’un humanisme qui est le nôtre et de ne rien renoncer en particulier pour protéger les réfugiés, c’est notre devoir moral et c’est inscrit dans notre Constitution ; nous engager clairement pour que l’ordre républicain soit maintenu et que cette protection des plus faibles ne signifie pas pour autant l’anomie et l’absence de discernement car il y a aussi des règles qu’il faudra faire valoir et pour que des places soient trouvées, comme c’était dit tout à l’heure, dans les centres d’hébergement, ou dans les situations les plus difficiles, il faut aussi accepter que prenant notre part de cette misère, nous ne pouvons pas la prendre tout entière sans distinction des situations et il nous faut aussi tenir la cohésion nationale du pays où parfois d’aucuns ne parlent plus de cette générosité que nous évoquons ce soir mais ne veulent voir que la part effrayante de l’autre, et nourrissent ce geste pour porter plus loin leur projet.
 
C’est bien parce que nous avons à tenir ces principes, parfois contradictoires, dans une tension constante, que j’ai voulu que nous portions cet humanisme réaliste et que je l’assume pleinement devant vous.
Là où nous avons besoin de votre sagesse c'est pour partout tenir ce discours d'humanisme réaliste, c'est pour conduire à l'engagement de celles et ceux qui pourront nous aider et c'est d'éviter les discours du pire, la montée des peurs qui continueront de se nourrir de cette part de nous car les flux massifs dont vous avez parlé que j'évoquais à l'instant ne se tariront pas d'ici demain, ils sont le fruit de grands déséquilibres du monde.
Et qu'il s'agisse des conflits politiques, qu'il s'agisse de la misère économique et sociale ou des défis climatiques, ils continueront à alimenter dans les années et les décennies qui viennent des grandes migrations auxquelles nous serons confrontés et il nous faudra continuer à tenir inlassablement ce cap, à constamment tenter de tenir nos principes au réel et je ne cèderai en la matière ni aux facilités des uns ni aux facilités des autres. Car ce serait manquer à ma mission
.

 
COMMENTAIRE
Un discours moral et juridique qui fait abstraction du problème politique international
Peu critiquable en ce qu’il dit, ce passage du discours l’est à cause de ce qu’il ne dit pas. D’une part, il en reste à un exposé de principes fort admissibles et consensuels, alors que le sujet est plutôt leur application – et on n'a pas vraiment l'impression que ce problème soit au nombre de ses principales préoccupations ; d’autre part, et surtout, il fait abstraction de nos responsabilités internationales. C’est ce second point que je voudrais développer.  
Nul ne peut soupçonner le président Macron de ne pas donner toute son importance à l’international, à la participation de la France au gouvernement du monde. Et il le fait bien mieux que ses prédécesseurs.
Il faut approuver aussi le président de ne pas être dans la réaction immédiate à l’urgence médiatique. Il a une vision de long terme. C’est assez rare pour ne pas être salué.
Mais il amalgame trop deux choses différentes : immigration et migrations.
L’immigration ne date pas d’hier, mais les migrants ne sont pas les émigrés. Beaucoup d’immigrés illégaux veulent, c’est vrai, se faire passer pour des réfugiés. Mais si tant de réfugiés affluent quand même en Europe, venus d’Afrique et du Proche-Orient, c’est parce que le président Sarkozy a plongé dans le chaos la Libye, donc le Sahel, et parce que nous participons à une politique qui a prolongé jusqu’à aujourd’hui la guerre en Syrie. Au moins la France, grâce au président Chirac, n’est-elle pas responsable du chaos en Irak.    
Le phénomène de l’immigration a des causes "politiques", "économiques" ou "climatiques" "durables" "dans les années et les décennies à venir". Mais il est trompeur de le confondre avec le phénomène des migrants, qui a pour cause beaucoup plus spécifique la politique hégémonique de l’Amérique avec ses guerres sans fin au Proche-Orient.    
Concernant l’islamisme, il est indubitable qu’il ne serait pas un problème d’une telle importance, si les Occidentaux n’avaient constamment soutenu le parrain du salafisme mondial, à savoir l’Arabie Saoudite. Que si leur invocation des motifs humanitaires en Syrie était authentique, les dirigeants se soucieraient autant des atrocités saoudiennes au Yémen, ou des conditions de vie épouvantables des émigrés pakistanais ou philippins dans les pays du Golfe. Que l’islamisme militaire est né en Afghanistan, monté par Washington et financé par Ryad contre la présence soviétique. Et qu’il n’a jamais été désarmé depuis.    
Ces migrants réfugiés font peur à une grande part de l’opinion parce qu’ils sont en grande majorité musulmans et réputés à tort ou à raison islamistes. Mais les islamistes ne seraient que peu de choses sans leurs patrons. De plus, au-delà des clichés, quelle est aujourd’hui la situation réelle de l’islam dans le monde ? Nous ne voulons entendre que des histoires qui nous conviennent, alors que la seule chose véritablement utile serait la vérité objective.
 
Un rapport de forces est un rapport de forces
Pour défendre ou excuser le président Macron, on répondra que son discours si abstrait est le seul que nos dirigeants puissent aujourd’hui tenir. A la politique impériale des USA, nous nous associons moins par atlantisme doctrinaire (car il est évident à peu près à tous que les USA ont perdu le sens de la mesure), mais faute de pouvoir nous en détacher sans dommages. A la puissance des USA s’ajoute la dépendance de notre économie à l’égard du pétrole et celle de notre budget à l’égard des capitaux des monarchies pétrolières, peut-être aussi la crainte de subversions qui pourraient être suscitées chez nous.
Un rapport de forces est un rapport de forces. Que peut-on faire d’autre, nous les Européens, sinon nous conduire en alliés complaisants, mais malgré tout encore libres, moyennant quoi avec nous on garderait les formes, nous conserverions de l’influence, des marges de manœuvre, et nous obtiendrions aussi une part du gâteau ?
Avant de juger trop vite des actions comme la participation de la France aux bombardements du 13 avril 2018, mesurer à la fois ce rapport de force et l’utilité de donner un gage à Washington avant la visite du président Macron aux USA, lui qui ne désespérait pas de convaincre son homologue américain.   
 
L’heure de vérité du président Macron
L’excuse précédente était assez valable jusqu’à la dénonciation du traité avec l’Iran par le président Trump. Mais cette action change vraiment la donne. Y a-t-il encore quelque chose comme un droit international, un respect de la parole donnée, des traités,  ou est-ce que la volonté capricieuse de l’hégémon doit désormais servir de loi ? Washington ne traite plus les Européens en alliés, mais en sujets. La question est de savoir si nous acceptons de devenir des sujets. Jeudi 17 mai, au sommet UE-Balkans à Sofia, la réponse était clairement non.  
Outre notre dignité, notre souveraineté, nos intérêts, il s’agit surtout de notre sécurité. Savoir si nous nous laisserons entraîner dans une politique qui ne conduit à rien d’autre qu’à la guerre mondiale, dans le cas où la Chine et la Russie ne se soumettraient pas et n’accepteraient pas d’être gouvernées à terme par des représentants en accord avec l’hégémon.
Comment résister sans subir de terribles sanctions, ni sans procéder de fait à un renversement des alliances, qui ne se justifie pas non plus ? Et faire des Européens les arbitres de la situation ? Cela demande des trésors de courage et de diplomatie.   
C’est donc aujourd’hui l’heure de vérité du président Macron. Comme l’écrit Aristote dans son Éthique à Nicomaque [1130 a 1] : "archê andra deixei", "le pouvoir révèlera l’homme".
Paru sur www.henrihude.fr, 20 mai 2018
Publié dans En France
Écrit par
En savoir plus... 0

Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.

Top Desktop version