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Etat du monde

Le monde , "quo vadis" : crises en tous genres, fragilité de l’ordre international, tentation des politiques de diriger "à l’émotionnel" aux dépens du rationnel , replis identitaires ; la nécessité pour les politiques de reprendre la main en se concentrant sur un "mix " anticipation des crises et gestion sélective des informations, de développer l’éducation des citoyens et de retrouver une "colonne vertébrale" dans les actions qu’ils mènent dans la "cité" au risque d’être emportés par des vagues de mécontentement en tous genres.

L’ordre international est fragile et en évolution constante : au cours du seul XXème siècle notre monde a été le théâtre :
- de deux guerres mondiales,
- de la décolonisation d’un nombre importants de territoires qui sont devenus des Etats nations issus des décombres de l’Empire Ottoman (les Traités de Sèvres de 1920 et celui de Lausanne de 1923 grâce duquel les Turcs obtiendront que la possibilité de création d'un Etat Kurde mentionnée dans le Traité de Sèvres soit annulée),
 - ou par accord entre puissances influentes de l’époque (accords Sykes Picot de 1916, qui répartit en grande partie le partage des territoires au Moyen-Orient actuel, notamment le Liban et la Syrie pour la France, la Palestine, la Jordanie créée en 1920 etc.)  
- et le découpage géographique de territoires de l’Afrique noire, certains Etats changeant de mandataire en fonction des aléas des guerres mondiales (territoires administrés par les Allemands (Rwanda, Burundi, Tanganyika, Togo, etc..) et réalloués aux puissances déclarés victorieuses (Belgique, France, etc..) .

Toujours au cours de ce siècle, un autre empire est né, l’Empire soviétique est né ce qui allait progressivement nous conduire vers un monde bipolaire sur fond d’affrontement idéologique, militaire mais aussi économique (l’exploration /exploitation du pétrole, des matières premières va devenir un enjeu de la concurrence acharnée entre ces deux nouveaux empires les Etas-unis d’Amérique et l’URSS.
L’état d’Israël va aussi voir le jour et cherchera à trouver sa place dans un orient compliqué, tandis que la crise de Suez de 1956 marque le passage de témoins entre las anciennes puissances. La Grande-Bretagne et la France au profit des nouveaux "maîtres du monde", Etats-Unis et URSS.
La France essaiera de maintenir son rang international en intégrant la CEE qui deviendra l’UE au début de notre siècle actuel (Traité de Lisbonne 2008), une structure originale souhaitant instaurer une espace irréversible de paix en Europe occidentale d’abord puis en Europe tout court après la chute du mur de Berlin en 1989 et la décomposition de l’Empire Soviétique qui s’en suivit.
Au cours de ces années de confrontation sévère entre Etats-Unis et URSS les pays nouvellement entrés dans le concert des nations et des nations dites unies (création de l’ONU en 1945 /46 avec la kyrielle d’organisations satellites, FMI , BIRD) préfèrent former un groupe de pays "non-alignés" (Conférence de Bandung de 1955 avec 77 pays signataires), tandis que les accords d’Helsinki de 1975 visait à éviter qu’un déluge de feu nucléaire suite à un conflit entre les deux empires du moment n’anéantisse notre planète.

Avec la fin de la guerre froide et du communisme international, les Etats-Unis ont eu des difficultés à trouver un opposant de taille (coalition contre les forces du mal, guerres contre l’Irak  guerre en Afghanistan etc…) , l’Europe se cantonnant à son rôle de puissance commerciale et défenseur pacifique du multilatéralisme, des droits de l’homme et des valeurs démocratiques. La mondialisation à l’œuvre allait cependant faciliter l’arrivée d’un nouvel acteur au niveau mondial, la Chine, membre proéminant des BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud) mais aussi la "promotion " de facteurs de crises du national au niveau régional et mondial (crime organisé, climat, conflits religieux etc...) sans parler des empires qui rêvent de renaitre (Russie, Turquie etc..) voire de califat. 
Parmi ces crises, celle de la vague de migrants vers l’Europe en particulier soulève plusieurs problèmes dont celui de l’anticipation de crises à venir et ce malgré une avalanche d’informations disponibles grâce aux systèmes modernes de communication ce qui pose le problème du traitement intelligent de ces informations. La tentation de facilité consistant pour les politiques à faire du " suivisme " de l’information en faisant la part belle à "l’émotionnel" (choc des images) est mortifère à terme. Cette approche s’appuie sur l’acculturation d’une partie croissante des populations en particulier mais pas uniquement sur le continent européen ; le risque étant à double tranchant car il est possible de constater de plus en plus de replis identitaires ici et là (peur de la mondialisation et des risques collatéraux réels ou imaginaires prêtés à cette dernière : risques économiques mais risques de guerres atomique, cyber guerre, etc.). Face à ces crises d’un nouveau genre qui se superposent aux anciennes, le rôle du politique doit redevenir central y compris dans sa tâche d’éduquer au sens large (y compris développer l’esprit critique etc..) au risque de laisser notre planète finir sa course prématurément.


La précarité de l’Ordre international : est-ce vraiment nouveau ? Les changements
 

          Un ordre en mutation

Si l’ordre international a semblé être un acquis c’est qu’il y avait une sorte de modus vivendi (guerre froide, un équilibre de la terreur "rassurant", la seule surprise pouvant être la destruction de la planète par un conflit nucléaire de grande envergure) soit, à travers un prisme européen.  L’Europe consciente qu’elle était de moins en moins dans le " siège du conducteur " de la maison monde se satisfaisait de la promotion de son "soft power" qu’elle cherchait à exporter à tout prix - faites de la démocratie, vous ne ferez pas la guerre. La chute du communisme, la montée en puissance de la Chine. La "renaissance" de la Russie de Poutine/Medvev aprèsl’épisode désastreux de Eltsine, les conflits du Moyen-Orient à alliances variables, les tensions en Asie du Sud-Est et en Corée, les aspirations du Président Turc Erdogan, etc.. sont autant de sources de conflits, de tensions qui seraient restées contenues du temps des deux grandes super puissances (théorie du "dual containment " de l’administration américaine appliquée au conflit Iran-Irak des années 80).
On ajoutera à cela que soit la prudence excessive des gouvernements occidentaux par crainte d’un jugement négatif de leurs opinions nationales respectives en cas d’échec de l’intervention militaire (guerre d’Irak pour la France et plus récemment pour la Syrie), soit des interventions militaires aux conséquences désastreuses, mal évaluées (intervention franco-britannique en Libye etc..).
 
           Besoin d’anticipation et de gestion intelligente des flux d’informations
Il est souvent entendu ici ou là  "qu’on n’avait pas vu venir la crise" ! Pourtant ce n’est par manque d’envoyés spéciaux de toutes sortes (1) ni les résolutions des Nations Unies (l’une des plus "célèbres" restée lettre morte est la 242 par laquelle il était demandé à Israël de revenir sur les frontières de 1948), les sanctions économiques et autres appliquées. Ou bien, n’est-ce pas plutôt que les dirigeants de ces pays "leaders" du monde noyés qu’ils sont par un flot continu d’informations en tous genres, n’opèrent pas le tri nécessaire de ce qui est important et consacrent plus de temps à suivre les sondages, préoccupés avant tout par la continuation de leur avenir politique.
Il est vrai que la rupture de la séparation assez nette entre conflits /crises intérieures (dont la gestion relevait de la souveraineté de l’Etat concerné) et crises extérieures complique un peu plus les choses avec l’internationalisation des crises internes antérieurement (crime organisé , les membres de DAECH revenus d’Irak et de Syrie qui considèrent la zone du Sahel comme leur nouveau territoire d’expansion ignorant les frontières existantes des pays concernés, Mali, Niger, Mauritanie, Sénégal, Tchad entre autres ).
Outre les zones identifiées de points "chauds", l’Ukraine, le Moyen-Orient avec Israël, l’Iran, la Syrie, l’Arabie Saoudite, la Chine, les Corées etc.. il convient d’ajouter le déplacement du centre de gravité du monde de l’Europe vers l’Asie (avec la mise en place d’une stratégie agressive de la Chine comme en témoigne ses plans OBOR (One belt one road) visant à prendre à son compte les routes commerciales maritimes et terrestres de l’Asie vers l’Europe  tout en effectuant son marché de matières premières en Afrique, les Etats-Unis tirant profit indirectement de ce glissement sauf que ce dernier contribue à l’affaiblissement plus encore du système de démocratie à l’occidentale et que indirectement aussi il tend à favoriser l’émergence de modèles alternatifs de pouvoir, y compris renforcer des pouvoirs autoritaires (Turquie, d’Erdogan etc..). Tout ceci dans un contexte de dérèglement climatique, de migrations incontrôlées, de cyberattaques en hausse constante, des éléments qui contribuent à crisper les relations entre les politiques, les élites et les citoyens

Dangers mondialisés / peurs" localisées"
 
           Un monde "village" où tous les "people" ne sont pas bienvenus
Si le monde est devenu un "village" avec ses attraits, ses opportunités nouvelles en tous genre générées par la mondialisation, la globalisation, non seulement ces opportunités n’ont pas profité à tous, elles ont aussi véhiculés des peurs, des angoisses parfois irrationnelles. Il est indiscutable que certains risques planétaires (les engins nucléaires, mais de plus en plus les cyberattaques) font peser des risques réels à notre planète ou au moins en partie ; si la sensibilisation du "citoyen monde" a été inégale dans le temps et selon les continents les effets du changement climatique sont plus perceptibles par le même citoyen soit qu’il en pâtisse directement (montée des eaux, ouragans etc.) soit qu’il le constate par media interposés.
Il en a est de même en ce qui concerne les vagues migratoires récentes, non seulement humaines mais aussi végétales, animales (2) (le bourdon asiatique), virales, en oubliant que les migrations ont existé de tous temps.
L’homme d’aujourd’hui mettra rapidement sur le dos de la mondialisation l’arrivée de virus souvent mortels (grippe aviaire, Ebola, sida, chinkgungounia etc…) de contrées lointaines, dans sa région, son pays. Un fléau que l’on pensait n’être qu’un souvenir lointain (la peste noire  et plus près de nous la grippe espagnole).
En ce qui concerne les migrations humaines (on rappellera ici qu’il est estimé que ce sont 50 millions d’européens qui ont émigré vers les Etats-Unis au cours de la seconde moitié du 19ème siècle et début du 20ème (source Y. Gazzo) migrations provoquées par les famines, les difficultés économiques, voire l’intransigeance religieuse (conflits protestants catholiques, pogromes en Europe centrale etc…) et par l’appel d’air que constituaient les Etats-Unis dans l’espoir de construire un avenir meilleur : à l exception de la période 1929 /33 période pendant laquelle le solde migratoire fut négatif, de nombreux migrants préférant retourner dans leur pays d’origine.
Certains chiffres, certaines projections (migration de 200 millions d’africains provenant d’Afrique sub-saharienne d’ici 2050 avec des conséquences non négligeables sur l’Europe, sa culture, ses pratiques religieuses, etc.. (cf. rapport de Nations Unies de 2000).

           Divorce entre politiques et administrés
Ces éléments pris pêle-mêle donnent de plus en plus l’impression à certains qu’ils ont été floués par leurs dirigeants, qui estiment qu’il est urgent de rétablir des frontières nationales. Ainsi lors de l’incident nucléaire de Tchernoby certains hommes politiques et journalistes ont pu faire croire un temps que le nuage radioactif provenant de la centrale endommagée éviterait la France ! voire revenir à des entité régionales plus petites encore (Catalogne, Corse, Wallonie, Flandre) en espérant qu’ainsi il sera possible de mieux maitriser son destin.
Le destin de ceux et celles qui partagent la même identité. Mais quelle identité ethnique (Berbère ou Arabe, Tutsi ou Hutu, Wallon ou Flamand etc..), religieuse (Grec-catholique ou Melkite, Jacobite ou Syriaque, Chiite ou Sunnite, etc..), culturelle ; selon l’historien Marc Bloch le monde Européen est une création du Moyen-Age qui presque du même coup rompit l’unité, relative de la civilisation méditerranéenne, et jeta dans le creuset les peuples jadis romanisés avec ceux que Rome n’avait jamais conquis. 
C’est alors qu’est née l’Europe au sens humain du mot et ce monde européen n’a depuis jamais cessé d’être parcouru par des courants communs.
Peut-on en déduire que l’identité, les identités seraient fixes et immuables ? Non selon Stuart Hall ("quel est ce noir" : article "dans culture populaire noire de Amsterdam", Paris 2007)". L’identité est la "somme des positions offertes par un discours social dans lequel quelqu’un veut s’investir à un moment donné" s’inspirant ainsi du modèle de Jacques Derrida de "la différence". Cette identité réinventée, évolutive, somme d’identités acquises au cours de la vie, des vies s’oppose ainsi à celle de l’identité de repli du rejet de l’autre en jouant sur les peurs de l’autre, du système.
 
L’Europe bouc émissaire : l’Europe et son "soft power" n’arrête pas d’en faire les frais ; lors du referendum sur le projet de constitution européenne la peur du "plombier polonais " accusé avant l’heure de prendre le travail aux Français suite à l’entrée des pays d’Europe centrale dans l’UE avait fait mouche auprès d’un certain nombre d’électeurs. La peur des migrants venant d’Afrique et du Moyen-Orient en particulier est utilisée à nouveau par certains courants xénophobes, identitaires et nationalistes. Ces réveils "nationalistes" sont perceptibles notamment en Europe mais pas exclusivement, mélange de la méfiance de populations vis-à-vis de dirigeants d’organisations politiques (l’UE), qui sont suspectées de laxisme, d’autisme par rapport à des problèmes de la vie quotidienne, et de l’opportunisme de certains politiques qui font d’un retour à la nation à la région la condition sine qua non d’un  retour à un mieux vivre et à un destin contrôlé par les citoyens, en oubliant a' passage les "tendances lourdes" de l’histoire, en entretenant par exemple l’illusion que les vagues migratoires pourront être stoppées, que le bien être économique des citoyens s’améliorera en s’affranchissant de l’Euro par exemple. 
Le nationalisme n’est pas nouveau. Le concept nationaliste serait apparu à Rome après la prise de la ville par les Celtes ("les nationalismes émergents" Académie des sciences d’Outre-Mer, DACRES, 2016). La différence entre les nationalismes émergents et ceux d’aujourd’hui, au moins en Europe, tient au fait que ceux émergeants visent à se rattacher voire à agrandir ou conquérir un territoire. L’Europe qui a longtemps été un terreau pour les nationalismes avec les dérives que l’on connait et après avoir essayé de les dépasser par la mise en place d’une structure sui generis L’UE, assiste aujourd’hui à un retour à un nationalisme, non plus offensif mais défensif de repli.
Quelles seront les réponses des dirigeants politiques européens face à ce détricotage de l’Europe, à ce retour à un nationalisme, qui s’opposera de plus en plus à d’autres sources d’organisation de la société y compris celles souhaitées par les mouvements religieux( califat).

 

Le rôle central des responsables politiques pour le monde de demain : plus d'anticipation et d’action réfléchie, moins de" suivisme" et "d'émotionnel "


          Ruptures en tous genre : le sauvetage par l’éducation, la formation ?
Depuis quelques années, plusieurs ruptures plusieurs déséquilibres durables ont été constatés un peu partout dans le monde, entre riches et pauvres, écologiques, culturelles sociales, démographiques etc…
Dans les pays occidentaux principalement les politiques ont souvent pris une position de "suivisme" de l’opinion publique elle-même de plus en plus sous l’emprise de l’option "créateur d’émotion (le choc des images), au détriment du rôle utile qu’ils pourraient jouer plus encore comme éveilleur de conscience, le tout sur un fond de  rejet par certains du système politico-social dans lequel ils évoluent (défiance par rapport aux hommes politiques, aux institutions voire par rapport à la laïcité etc..).
Des segments de population de plus en plus importants ne disposant pas faute d’un bagage de formation qu’ils auraient dû acquérir au sein du système scolaire, ou ne souhaitant pas exercer leur sens critique. Tout ceci dans un contexte, répétons-le, de mondialisation dans lequel les valeurs occidentales (droits de l’homme, démocratie, état de droit), sont contestées de plus en plus soit parce que à l’expérience les pays occidentaux appliquent ces valeurs de façon très subjective et en fonction de leurs intérêts du moment (Problème Kurde, conflit israélo-palestinien etc..).
Par conséquent, ils sont "démonétisés", par l’application de valeurs différentes. Rappelons les valeurs asiatiques au nombre de 5, énumérés à l’époque par le Président Malaisien Mahatir (3). D’autres s’orienteront vers une identité de substitution religieuse par exemple en renonçant à leur identité d’aspiration. Ceci est le cas de personnes d’origine étrangère et de confession musulmane qui trouveront une identité religieuse qui les satisfera plus que l’identité française pour différentes raisons (Y. Gazzo "les cicatrices du vent : itinérances d’une identité" p. 136 - le Fantascope, 2008).

La réflexion doit supplanter l’émotion chez les décideurs (suiveurs ?) politiques : cette primauté donnée à l’émotion (crise des migrants actuelle) tend à réduire l’espace qui devrait être dédié à la réflexion politique, et c’est bien là la tâche des hommes politiques à savoir diriger un pays dans ses limites géographiques. Cette émotion érigée en baromètre du sentiment humanitaire que l’individu, la société est censée partagée se mélange alors avec un sentiment de pitié, de compassion (mais aussi parfois et de plus en plus de crainte de rejet de l’autre) qu’il ne faut pas confondre avec le sentiment de justice. Cette mise à l’écart de la "raison" par rapport à l’émotion "risque d’être le coup fatal porté à l’UE et aux valeurs qu’elle porte, de plus en plus de ses membres ne lui reconnaissant plus sa légitimité d’action (pays d’Europe centrale dit groupe de de Visograd mais aussi l’Autriche, l’Italie). L’avenir nous le dira.
A l’opposé, on constate la montée en puissance de pays qui privilégient un pouvoir fort (Russie, Chine, Turquie, mais aussi d’une certaine façon l’Amérique de Trump ) et qui ont tendance à s’éloigner du multilatéralisme, un axe fort de la politique de l’UE) en privilégiant les accords bilatéraux de circonstance ( Russie et Turquie sur la Syrie Etats-Unis et chine avec la Corée etc…) dans un contexte où les coalitions solides du passé (basées sur des valeurs communes, d’intérêts convergents, une idéologie commune) ont laissé la place à des coalitions ponctuelles pour un objectif précis (Rumsfeld 2001).
D’autres souhaitent s’appuyer sur le côté fédérateur de la  religion pour asseoir leur pouvoir (les Présidents Poutine avec l’Eglise Orthodoxe, le Président Erdogan avec l’Islam, sachant que les monarchies musulmanes, le Roi de Jordanie descendant du Sharif Hachémite de la Mecque chassé par les Wahabites au pouvoir depuis un siècle sur le Royaume d’Arabie Saoudite, et le Souverain Marocain, commandeur des croyants ), ou pour en installer un nouveau ( Califat par exemple ).
Comme le souligne Ortega y Gaset "ce sont des chefs religieux ou des capitaines aventureux qui jettent les fondements d’une communauté" là où certains comme Abdel Hamid Brahimi estiment que l’Islam et l’arabisme sont deux éléments intégrateurs du monde arabe (source Y. Gazzo l’Afrique du Nord d’hier à demain  Ed. Economica -1979 p. 199 à 203) ou encore Hélie Denoix de Saint-Marc qui lui fait écho "on ne fédère pas les âmes".  
Ce qui semble se dessiner pour le futur semble être une Europe affaiblie qui pourrait revenir à ses vieux démons nationalistes et qui devra faire cohabiter harmonieusement différentes communautés religieuses et dont le dialogue avec des pouvoirs autoritaires s’appuyant sur un monothéisme (l’Eglise Orthodoxe, l’Islam Sunnite en Turquie, l’Islam Chiite en Iran, etc.) sera de plus en plus compliqué. 
Les religions " dons de l’histoire" ou au contraire comme le souligne Castoriadis sont-elles des "obstacles au développement fournis gratuitement par l’histoire ".
 
           "no future" ou le sauvetage par le développement ?
C’est par le développement économique et social compris de façon la plus large, c’est à dire en s’appuyant sur l’éducation des individus, qu’il devrait être possible de redonner un sens à la raison, à des solutions raisonnées et raisonnables aux grandes interrogations concernant l’avenir de notre planète. Les projections de toutes sortes, démographique, climatique, politique etc.. ont de quoi inquiéter mais comme nous le rappelle B. de Jouvenel "si le présent est cartographiable le futur ne l’est pas " et au cours des années à venir de nombreuses inflexions aux projections actuelles pourraient modifier le cours de l’histoire, dans un sens positif c’est ce que nous pouvons souhaiter de mieux.
 
(1) j’ai eu le privilège d’accompagner l’envoyé Spécial Européen S.E. M. Moratinos, lorsque j’étais en poste en Jordanie accrédité au Yémen 1944 : 98
(2) Cf. Y. Gazzo "Migrations" - L’impératif du développement - Art dans Magistro et dans ASAF.
(3) la nation prime sur la communauté, la société sur l’individu, la recherche du consensus sur la querelle éventuelle, la recherche de l’harmonie raciale et religieuse, et le soutien que doit apporter la communauté à l’individu, (source Y. Gazzo, l’ASEAN asiatique Manille 2000).

Envoyé par l'auteur, 28 janvier 2019

Publié dans De par le monde
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Avant les élections de mai 2019 : L'Europe, ses succès souvent peu ou mal médiatisés, ses défis pour l'avenir
 
Un bref rappel des étapes de la construction européenne et de de ses institutions.

Une construction progressive : alternance /conflit entre "élargissement " et "approfondissement"
          "plus jamais cela" : les pères fondateurs chrétiens démocrates de l’Europe ; les succès, quelques échecs
C'est une approche pragmatique (Jean Monnet) la CECA (Traité de Paris, 1951) qui a permis à L'Europe de repartir sur de bons rail, avec à l'époque le soutien américain, ... (guerre froide ; contenir l’URSS ; plan Marshall, etc..) ; une époque marquée aussi par quelques ratés - l’échec du projet (français) de la CED (Défense) coulé par les français (De Gaulle et les communistes) - mais tout de même la Communauté Economique Europenne (CEE) portée sur ses fonds baptismaux par le Traité de Rome 1956 ; une CEE qui aura à affronter la "concurrence" de l'AELE qui voit le jour en 1959 (GB, Suisse, Autriche, Danemark, Norvège, Portugal), et ce en pleine crise de Suez de 1956 : la France choisit l’Europe dans l'espoir de rester une puissance reconnue, les Anglais, eux, préférant le grand large pour un temps.
Dès le départ le projet européen reposera entre autres sur les 4 libertés (libre circulation des marchandises, des personnes, des services et des capitaux) tandis que le sommet de Copenhague de 1993 fixera les conditions d’adhésion de tout nouvel état membre (état de droit, démocratie, économie sociale de marché, prise en compte des acquis communautaires)
 
          Entre "élargissements" nécessaires ou négociés et "approfondissement"
Si l’UE d’aujourd’hui est une institution "sui generis", à cheval entre un système fédéral type Etats-Unis et celui de la coopération intergouvernementale des Nations Unies, c’est en grande partie parce que les Etats Membres ont constamment navigué entre approfondissement (par abandon additionnel de souveraineté nationale) et   élargissement (priorité aux mesures libre échangistes au détriment du renforcement politique de type fédéral).
Le premier élargissement de 1973 fait passer l’UE (La CEE à l'époque) de 6 à 9 membres (Royaume Uni, Irlande et Danemark)
 
Ensuite, ce sera la Grèce (1980), l’Espagne et le Portugal (1988) puis en 1995 la Finlande, Suède et Autriche, puis en 2004 les pays d’Europe Centrale, sous pression allemande (Pologne, Hongrie, Tchéquie, Slovaquie), échec de la Constitution Européenne 2005) plus Chypre (espoir vain de convaincre les Turcs de signer un accord sur l’île puis Roumanie et Bulgarie et enfin Croatie en 2008.
 
Parallèlement aux élargissements successifs, l’UE a réussi tant bien que mal à "fédérer" des politiques nationales par abandon total ou partiel de souveraineté (mise en place du serpent Monétaire Europeen SME par R. Barre en 1978 puis monnaie unique, politique de développement /aide humanitaire, agriculture, commerce, politique étrangère et de sécurité commune etc...)
Ces évolutions ont été consignées dans une série de Traités, le dernier en date étant celui de Lisbonne (ratifié par tous les États Membres en 2009). Avec Lisbonne, l’UE dispose du Traité de l’UE (TUE)et celui du fonctionnement de l’UE (TFUE) ; le premier comprend celui de Paris (CECA), de Rome (CEE), celui sur l’Acte Unique de 1987, celui de l’UE (Traité de Maastricht entré en vigueur en 1993 avec plus de pouvoir donné au PE et l’ajout de plusieurs secteurs de coopération entre États Membres), celui d’Amsterdam de 1997 et puis celui de Nice (entré en vigueur en 2003).
Il convient d’ajouter le Traité Intergouvernemental sur la gouvernance et la coordination économique et monétaire entré en vigueur en 2013 (non ratifié par le Royaume Uni et la Tchéquie) ; ce dernier prévoit de faire adopter par les États Membres l’objectif de l’équilibre budgétaire et de renforcer la gouvernance de la zone euro.
Pour mettre en œuvre ces politiques et en assurer un suivi correct la mise en place d’institutions de gestion et de contrôle est nécessaire.
 
          L’architecture complexe de l’Union Européenne
Il y a évidemment les trois Institutions habilitées à prendre des décisions au niveau de l’UE ; mais il y a également les Parlements nationaux (subsidiarité), la Cour de Justice Européenne (contrôler l’application des lois européennes), la Banque Centrale Européenne (garantir la stabilité des prix), la Cour des Comptes (améliorer la gestion des fonds européens) le Comité Economique et Social Européen, le Comité des Régions, le Médiateur Européen (enquêter sur les plaintes reçues), le Superviseur de la Protection des Données Personnelles, la Banque Européenne d’Investissement et enfin les Agences.
Les principaux décideurs (PE, Conseil, Commission) émettent :
- des règlements applicables par tous les États Membres sans autre passage par les parlements nationaux sauf pour motif de la législation nationale concernée,
- des directives (liant les États Membres pour atteindre un objectif donné) ; les directives doivent être transposées dans le droit national pour entrer en application ;
- des décisions (à l’attention d’États Membres, de Sociétés ou d’individus) et enfin
- des recommandation/opinions (sans impact contraignant).
 
Toute proposition de règlement doit avoir une base légale (référence à un article précis des Traités).
La proposition vient soit de la COM soit d'une demande du Conseil. Le Conseil et le PE passent en revue les propositions de la COM (Comité de Conciliation jusqu’à trois rounds si nécessaire). Les Parlements nationaux reçoivent les propositions de la COM en même temps que le Conseil et le PE (s’assurer que le principe de subsidiarité est bien respecté), possibilité de référendum populaire (1 million, 1/4 des États Membres).

          le Parlement Européen
élection au suffrage universel par pays, 751 MEP (à 28) qui passera à 705 avec le BREXIT ;  élus 5 ans, ils  siègent à Bruxelles et à Strasbourg (12 plénières /an ).
99 MEP pour l’Allemagne, 74 pour la France, 73 Italie et GB, plancher 6 MEP par Etat (Malte, Luxembourg, Chypre, Estonie). Le PE a :
- le pouvoir de légiférer conjointement avec le Conseil
- la supervision démocratique de toutes les Institutions y compris de la Commission (COM) (approbation de la nomination du Président de la COM ; pouvoir de veto de la COM)
- la co-décision avec le Conseil sur Budget européen
 
           le Conseil
(ne pas confondre avec le Conseil de l’Europe crée en 1949, 47 EM, protection des Droits de l’Homme, démocratie et état de droit)
- il définit les priorités politiques
- il a pour membres les chefs d’états des 28 EM (27 après le BREXIT ?), le président du Conseil (élu pour 2 ans et demi renouvelable), les Présidents de la BCE, de la COM et la haute représentante EEAS.
- 4 réunions par an du Conseil ; le consensus y est de rigueur sauf parfois vote à la majorité  il y a en sus, 2 réunions par an de l’Euro Groupe
- au Conseil, il existe 10 Comités, chaque État Membre envoie le ministre concerné aux réunions (préparation des lois) sous la houlette d'une présidence qui change tous les 6 mois présidence en 2018, Estonie /Bulgarie et Autriche, Roumanie/Finlande en 2019
- 5 tâche principales : du Conseil
- passer les lois (avec le PE)
- coordonner les politiques des EM
- mettre en oeuvre la PESC
- conclure les engagements /traités internationaux
- adopter le budget de l’UE (avec le PE)
Le COREPER (Comité des Représentants Permanents) se réunit chaque semaine et prépare les lois. Le vote se fait à la majorité qualifiée (55 % des EM qui représentent 65% de la population de l’EU) dans certains cas, vote à l’unanimité (taxes), minorité de blocage 4 EM au minimum représentant au moins 35 % de la population de l’EU ; la France a 12, 98 % des votes
Il existe aussi la possibilité de coopération renforcée (quelques EM qui désirent aller de l’avant)
La PESC est un domaine particulier avec comme objectifs principaux la promotion de la démocratie, de l'état de droit, de la liberté et des droits de l’homme, du respect de la dignité humaine et des principes  d’égalité et de solidarité. Le SEAE (EEAS) est son bras opérationnel renforcé par le Comité Militaire de l’UE et par le personnel militaire de l’UE.
 
           la Commission
Bras exécutif de l’UE, propose les lois (droit d’initiative), des accords sur des politiques communes et est en charge de la promotion de l’UE. Les États Membres proposent un nouveau président ; celui-ci choisit les 27 Commissaires en liaison avec les EM ; les candidats retenus sont auditionnés par le PE.
La COM est la gardienne des traités et représente l’UE à l’international (commerce, aide humanitaire) sinon elle travaille en coopération avec le Conseil (affaires étrangères et sécurité)
 
          Les évolutions récentes
          Les évolutions récentes : positives mais il y a de la marge.
Le traité de Lisbonne (plan B du projet avorté de la Constitution européenne : rivalité Giscard /Chirac puis Chirac piégé par Tony Blair) a permis d’établir :
- un cadre institutionnel plus stable et visible : le président du Conseil élu pour 2 ans et demi à la majorité qualifiée, haut représentant pour l’action extérieure et vice-président de la COM ; plafond du nombre de parlementaires à 750 etc...
- une Europe plus démocratique et plus transparente :
- le PE a vu son rôle renforcé (co-législateur avec le Conseil, droit de décision égal au Conseil en matière budgétaire ; il élit le président de la COM sur proposition du Conseil en tenant compte du résultat des élections au PE : 
- les parlements nationaux ont un rôle accru (information, gardiens du principe de subsidiarité ; droit de demander à COM de revoir une directive),
- droit d’initiative populaire
- procédure de retrait volontaire de l'UE
 
           Combattre les "fake news", la désinformation
- la COM décide de tout dans son coin ? :  faux, elle est "cadrée" par le Conseil et le PE, également par les Parlements nationaux ; les perspectives financières sont établies sur 7 ans avec approbation du Conseil ; au minimum 4 sommets européens par an, réunion hebdomadaire du COREPER,… etc...
- énorme bureaucratie ? : le personnel des Institutions Européennes est de 35 000 fonctionnaires (moins que ceux de la Mairie de Paris qui en compte 73 000 !).
- l’Europe coûte cher ? : le Budget Européen a été financé au début par les droits de douane (qui ont pratiquement disparu suite aux accords multilatéraux passés avec d’autres pays ) et la TVA ; au fil du temps ce sont les contributions des États Membres qui alimentent le Budget Européen.
Ce dernier était de 862 milliards d’euros pour la période 2007/2013 soit un peu plus de 100 milliards par an (la contribution de la France est de 18 milliards pour un budget national de 1 800 milliards) après accord entre États Membres, il a été convenu de consacrer 1,004 % du PNB au Budget (COM proposait 1,024% pour financer plus de recherche etc... mais opposition de J Chirac et de 5 autres ). C’est un budget d’investissement à 95 % qui retourne donc en grande partie aux États Membres sous forme de subventions diverses (PAC, etc  ).
 
Enjeux et défis 
Les enjeux et les défis sont multiples pour l’Union Européenne ! Commençons par les défis, ils ne manquent pas et sont d’ordres divers.

          Les défis
Sans en établir une liste exhaustive, il est possible d'identifier quelques-uns :
 
           Des fondations de la maison UE soumises à rude épreuve
La maison originale (association volontaire d'Etats souverains acceptant de céder des parts de souveraineté) a été une “nouveauté” dans l'univers classique des états nations /empires /royaumes qui prévaut depuis plusieurs siècles. Le va-et-vient accepté entre les phases " d’élargissements" de la maison Europe et celles de son "approfondissement" ont laissé la part belle aux élargissements souhaités par certains et ce pour des raisons diverses (le Royaume Uni : diluer le projet européen et en faire une  grande AELE ; l’Allemagne : récupérer ses marchés économiques à l’Est, V. Giscard d'Estaing et son hellénophilie, souhait de réintégrer les pays d’Europe Centrale dans le projet etc...) au détriment de l’approfondissement nécessaire pour consolider l’Union Européenne. (J Delors : "L'Europe, c'est comme une bicyclette si elle n'avance pas elle tombe")
La crise migratoire qui a éclaté en 2015, a illustré au grand jour cette rupture entre les États Membres de l’Europe Centrale (groupe de Visograd) et ceux de l’Europe Occidentale (l’Italie de Salvini exceptée). Les accords de Dublin ne donnent pas satisfaction aux pays en première ligne (Italie, Grèce, tandis que l’Espagne gère mieux les flux migratoires grâce à une politique de coopération avec le Maroc mise en place il y a plus de 15 ans).
 
           Des choix institutionnels à effectuer
Si le BREXIT constitue et a constitué une épreuve inédite jusqu’à présent dans l’histoire de l’Union Européenne, le départ des britanniques, le fossé entre États Membres de l’Europe Centrale et ceux de l’Europe Occidentale, la montée des populismes un peu partout et l’écart grandissant entre la haute fonction publique et les dirigeants politiques en Europe nécessitent une attention particulière. Comment réduire la distorsion UE géant économique et UE nain politique et militaire ?
- Le Brexit : les négociations bien menées par l’Union Européenne ont permis jusqu’à présent de limiter la casse (la solidarité entre États Membres a été soumise à rude épreuve mais elle a tenu bon face  aux britanniques qui auront tout essayé).
- Le fossé entre États Membres des deux Europe : procédure  d’infraction lancée par la Commission contre la Pologne et plus récemment par le Parlement Européen contre la Hongrie (art 7), les populistes dirigent ou participent à un quart des gouvernements des 28 États Membres (Bulgarie avec la coalition qui intègre "Ataka", extrême droite, la Grèce avec Anel, droite nationaliste et complotiste alliée à Syriza, Slovaquie avec Robert Fico, populiste de gauche, l’Autriche avec sa coalition "noire bleue", l’Italie avec sa coalition anti-système, la Ligue et 5 étoiles, la Pologne avec la "révolution conservatrice" de Kaczynski ; la Hongrie de Victor Orban).
- L’écart entre la haute fonction publique et les décideurs européens :
 la crise migratoire avait été identifiée par la Commission mais il a fallu le naufrage de 800 migrants en Méditerranée en 2015 pour que les politiques européens se réveillent ; de surcroît ces mêmes politiques prennent des décisions qui ne font  qu’aggraver la situation et avec un effet boomerang anti-européen parmi les citoyens  : la décision de la chancelière Merkel d’ouvrir les portes de l’Allemagne (de l’Union Européenne) aux réfugiés, la décision de Messieurs Blair et Sarkozy d’attaquer la Libye (anarchie, vagues migratoires, djihadistes, trafiquants d’êtres humains etc…) les quotas de migrants imposés à tous les États Membres (les pays d’Europe Centrale ne veulent pas accueillir de musulmans chez eux).
 
           Les défis de proximité : vagues migratoires, développement de l’Afrique :
Il y a eu le sentiment que l’Europe était incapable de contenir une vague ininterrompue de migrants, une Europe vieillissante et en questionnement, confrontée à une Afrique à la population galopante, d’ici 2050, la population mondiale devrait passer de 7,5 milliards à 10 milliards, celle de l’Afrique devant quant à elle, doubler et passer de 1,2 à 2, 5 milliards. Les migrants et déplacés comptabilisés à 253 millions en 2017 (dont 65 millions de réfugiés /déplacés) devraient si rien ne bouge, augmenter au cours de décennies à venir. Une population jeune et sans emploi, un écart de richesse conséquent entre l’Europe (35 000 euros de PNB/tête) et l’Afrique (3 000 euros de PNB per capita), l’insécurité qui règne dans le Sahel en particulier, une gouvernance à améliorer, la corruption rampante sont autant de défis à relever y compris dans l’intérêt du vieux continent.
 
           L’évolution du monde : l’ordre mondial établit il y a 50 ans est remis en question.
- L’unilatéralisme est en train de prendre le pas sur le multilatéralisme, clé de voûte des relations de l’Union Européenne avec le monde extérieur( le tribunal de conciliation de l'OMC ne sera plus opérationnel fin 2019 pour recevoir et traiter plaintes et infractions ). Le PNB de la Chine devrait dépasser celui des USA grâce notamment à sa toile d’araignée mondiale (OBOR : One Belt One Road). Dans les années à venir 4 des 5 économies majeures au niveau mondial ne seront pas européennes
- Les alliances entre pays sont appelées à se faire en fonction d’un objectif donné à un certain moment (Russie avec Turquie au Moyen Orient). Il n’y a plus une coalition (guerre froide) il y a des coalitions (lutte contre le terrorisme). La Turquie "sort" de l’Otan en se cherchant des alliés (Russie, Chine voire Iran !). Le processus d’Astana (rencontres entre Russie, Iran et Turquie sur le dossier Syrien) illustre l’analyse de Donald Rumsfeld, ex ministre américain de la Défense qui faisait remarquer en 2001 que les nouveaux partenariats ne sont plus construits sur l’héritage idéologique, sur des valeurs communes et des intérêts convergents de longue date mais sur la nécessité de résoudre un problème concret. L’exemple de la Turquie qui s’est rapprochée de la Russie et de l’Iran en est une illustration : la Turquie s’est éloignée de l’Europe, néglige l’OTAN (achat de missiles russes), s’allie au Qatar, rival d’une Arabie Saoudite affaiblie (soutenue par les États Unis et Israël), Erdogan jouant la carte de l’Islam et se voyant en Sultan moderne, chef de file des sunnites.
- Comment concilier respect des droits de l'Homme et survie des démocraties occidentales, bousculées par les "démocratures" ?
- les grands pays ouvertement hostiles au projet européen : Les Etats-Unis (exemple, le projet Nord Stream 2, Steve  Bannon etc...) la Russie (réplique aux sanctions à propos de  l’Ukraine etc...); influences extérieures pour freiner les ambitions européennes de la France ?
 
          Les enjeux
La résilience de l’Union Européenne mise à rude épreuve : l’Union Européenne a jusqu’à présent résisté à toutes les crises et ces dernières l’ont généralement renforcée (crise financière de 2008, crise géorgienne, crise grecque etc…).
Ce qui est nouveau, c’est leur concomitance, crise sociétale, crise des élites, crise des peuples tant au niveau national qu’à celui communautaire, crise institutionnelle, (BREXIT, cassure entre les pays du groupe Visograd et les autres), crise migratoire, montée du bilatéralisme belliqueux s’appuyant parfois sur les religions (Erdogan, Poutine ; "les religions, dons de l’Histoire ou obstacle au développement fourni gratuitement par l’Histoire ?") Le tout complique le rôle de l’Union Européenne "exportateur de stabilité", contrainte de renforcer son rôle de protecteur, et de continuer à être une "Europe ouverte mais pas offerte" (Etat de l'Union 2017 Discours de JC Juncker : mise en place de 10 000 gardes-frontières ; en 2017 les entrées illégales de migrants comptabilisées à 1,8 millions représentent une baisse de 95 % par rapport à l’année précédente et le processus de solidarité entre États Membres a bien fonctionné.
 
Un sursaut salvateur ?
Si les bonnes initiatives ne manquent pas - plan Juncker de 400 milliards pour l’Afrique faisant pendant à celui d’un même montant mis en place pour les entreprises européennes, emploi record de 239 million de personnes (chiffre jamais atteint auparavant) -, on regrettera que ces annonces sont peu reprises par les media.
Le moteur franco- allemand qui semblait redémarrer, manque de souffle (Mme. Merkel sur la sortie et Emmanuel Macron affaibli) ce qui pénalise la mise en place de chantiers importants (Europe de la Défense, renforcement de la cohésion, de la convergence économique et sociale des États Membres) au point d’oublier que c’est grâce à l’Europe que ce continent vit en paix, un facteur essentiel à la prospérité d’un continent tant de fois ravagé par des guerres.

Envoyé par l'auteur, 29 janvier 2019
Publié dans Avec l'Europe
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Le grand écart
 
Croire à la création de richesse, c’est se croire un pays riche, se demander où passent les richesses et vouloir sa part. C’est une illusion très agréable qui fait perdre le contact avec la société en divinisant sa propre illusion.
Une société est une organisation utilisant l’énergie de ses membres pour leur survie et leur prospérité. Quand sa taille est importante, elle a besoin d’un véhicule externe de cette énergie : c’est la monnaie.

Dans une société cohérente, c’est l’État qui crée la monnaie en reconnaissance de ce que le peuple a déjà apporté d’utile au groupe social. C’est, en des millions de morceaux, la photo chiffrée de ce qu’un peuple voit comme sa richesse nationale. La monnaie devient indispensable quand le groupe est devenu trop important pour que cette richesse soit simplement dans toutes les têtes.
Au moment de l’introduction de la monnaie chacun est réputé avoir apporté le même travail, la même énergie, la même richesse dans le donner-recevoir-rendre constitutif de la cohérence du groupe. Chacun se retrouve donc au départ avec la même quantité de monnaie qui peut être abondante et cela donne la lire italienne, ou plus ramassée et cela donne le franc suisse valant 1700 fois plus. Cette monnaie est la preuve transportable et cessible que le groupe a une dette vis-à-vis du porteur de cette monnaie. Son chiffrage donne la valeur énergétique de ce qu’il détient. Le porteur peut faire exécuter cette dette en tout lieu et à tout instant par n’importe quel membre du groupe qui souhaite avoir cette même preuve en sa possession.

Mais l’introduction de la monnaie ne modifie pas le principe connu de toute éternité que l’énergie a une source, qu’elle se consomme, se transforme ou se disperse. Elle le fait d’abord objectivement pour la survie, ensuite subjectivement pour la prospérité. Subjectivement parce que prospère veut dire heureux et que l’impression de richesse n’en est qu’un des éléments. Dans tout groupe c’est l’énergie humaine qui permet la survie et qui produit ce que le groupe voit comme une richesse. Avoir accolé l’énergie monétaire à l’énergie humaine ne déroge en rien à ce principe. L’énergie humaine et la monnaie ne sont que deux formes du même sang du groupe. Cela est aujourd’hui soigneusement occulté.
La monnaie existante circule à chaque achat ou à chaque don mais contrairement au donner-recevoir-rendre, elle va pouvoir être stockée sous les noms de profit et d’épargne et être retirée de la circulation. Ce retrait n’est normalement possible que si quelqu’un s’appauvrit ou si l’État crée une nouvelle quantité équivalente de monnaie.

Mais dans une société cohérente la création de nouvelle monnaie ne se fait que lorsque l’État reconnaît que le groupe qu’il représente a une nouvelle dette vis-à-vis d’une personne physique ou morale. Il faut que le groupe se sente enrichi par cette personne. L’État chiffre et officialise alors cette reconnaissance en créant de la monnaie, créance sur n’importe quel membre du groupe. L’État, quelle que soit son organisation, doit veiller à ne créer de la monnaie qu’à bon escient. Il faut que les personnes à qui il donne cet argent aient véritablement et préalablement enrichi le groupe par leur action. Si ce n’est pas le cas, la création de monnaie ne fait que dévaluer la totalité de la monnaie et appauvrir tous ses détenteurs pour permettre l’enrichissement de ceux qui font du profit.
Ce jeu subtil de la circulation de la monnaie se contrôle par les prix qui flambent par la dévaluation quand l’État crée trop d’argent et qui ne permettent plus de vivre s’il n’en crée pas assez en laissant l’énergie humaine inemployée par le chômage ou mal employée par une production non régulée. Dans les deux cas le peuple paye l’incompétence de ses dirigeants.
L’État doit aussi en permanence distinguer dans ce que la société voit comme des richesses, celles qui sont immédiatement consommées comme la santé, la sécurité et la justice qui doivent être financées par l’impôt donc par la monnaie déjà existante et les richesses durables comme les bâtiments, les routes, l’éclairage public ou la recherche efficace et intelligemment orientée qui doivent être financées par la création d’argent. Leur disparition, leur délabrement ou leur inutilité doivent être aussi concrétisées mais par une destruction d’argent. L’important est que chacun puisse voir la réalité de la nouvelle richesse ou la disparition de l’ancienne quand l’État l’officialise par de la création ou de la destruction d’argent.
 
Mais au XXe siècle le capitalisme a inversé le temps en confiant la création d’argent aux banques en commençant par la FED aux États-Unis en 1913. En effet les banques, qu’elles soient centrales ou commerciales, doivent présenter un bilan parfaitement équilibré. Elles inscrivent à leur actif une créance à recouvrer identique à l’argent qu’elles créent et qu’elles inscrivent à leur passif à disposition de l’emprunteur. Le résultat est que l’argent n’est plus créé pour équilibrer une nouvelle richesse déjà constatée mais pour créer un déséquilibre rémunérateur pour la banque, déséquilibre qui ne disparaîtra qu’au remboursement de l’emprunt. Les banques ne vivent que sur l’intérêt de l’endettement de leurs clients, ce qui leur garantit de plus en plus mal leur train de vie, et les incitent malheureusement à jouer de plus en plus au casino avec leurs traders et notre argent.
Se pose alors la question de savoir avec quelle énergie, les débiteurs publics ou privés vont rembourser les banques. La réponse officielle des universités, des économistes, des politiques et des médias est que ce sont les richesses que nous allons créer qui vont tout rembourser. Les richesses créées vont non seulement rembourser les prêts mais, comme ces richesses vont, nous dit-on, rapporter plus qu’elles n’ont coûtées, la dépense étant baptisée investissement, nous allons être plus riches tout en asséchant notre dette. La seule raison pour laquelle nous ne voyons pas ce miracle tout de suite, c’est qu’il faut, nous dit-on toujours, laisser du temps au temps. Il parait que nous ne sommes pas assez patients.
 
La réalité est moins agréable et chacun peut constater, dans toutes les classes sociales qui ont encore une activité utile au groupe, qu’un seul salaire ne permet plus de faire vivre une famille comme il y a 50 ans. Toutes les classes sociales voient leur pouvoir d’achat s’effriter car la richesse n’est qu’un regard qui se remarque mais ne se crée pas. Là où un seul salaire suffit plus que largement c’est dans l’ensemble des activités inutiles de plus en plus nombreuses : les médias, la publicité, la finance, la haute administration, l’administration refuge des Politiques battus, tout ce qui n’existe que pour faire croire à la cohérence de la société.
Nous vivons le grand écart entre continuer à croire que nous créons des richesses et gérer le constat que ce n’est pas vrai. Comme tout grand écart il n’est supportable qu’en travaillant sa souplesse ou en séparant les deux branches de l’écart. Nous faisons les deux. Nous tentons d’éliminer le problème par le libéralisme ou le socialisme qui consomment idéologiquement de prétendues richesses sans les créer et nous nous contorsionnons dans tous les sens jusqu’à en être ridicules grâce au libertarisme.
 
Le libéralisme et le socialisme nient tout simplement le problème en s’inventant des richesses créées et en accusant, l’un l’État, l’autre les riches d’accaparer cette richesse prétendument produite. Tous deux cherchent à nous convaincre que nous créons des richesses et que nous sommes un pays riche alors que nous ne vivons que grâce à l’emprunt. La dette permet simplement à une majorité d’entre nous de vivre provisoirement juste un peu moins bien grâce à l’élimination d’une minorité au chômage dont on néglige la capacité énergétique. Cette minorité croissant inexorablement en dépit des chiffres volontairement truqués, nous accusons les entreprises de cette montée, tout en les caressant dans le sens du poil. Nous reprenons discrètement à notre charge leurs dettes quand elles s’écroulent et faisons perdre un quart de leur vie à nos enfants pour que les entreprises les trouvent désirables. C’est totalement incohérent. On ne cherche plus à rendre les citoyens utiles dans la coopération mais à faire en sorte que les autres peuples meurent avant nous par la compétitivité des entreprises. C’est l’activité première de ce qui nous sert provisoirement d’élite.

Comme cette élite tient tous les leviers de la communication et qu’elle est totalement incapable d’affronter la réalité difficile de la non-création de richesse, sa deuxième activité est de se faire croire et de nous faire croire que nous créons des richesses. Elle le fait en dépensant publiquement beaucoup d’argent, d’abord pour elle et ensuite pour toutes les minorités sous la bannière généreuse des droits de l’homme récupérés aussi bien à Paris en 1789 qu’à New York en 1948 où on les a décrétés universels. Pour en faire une vraie religion, il fallait qu’ils soient aussi éternels et on les a donc fait remonter jusqu’au cylindre de Cyrus le grand, au berceau de notre civilisation que nous avons par la force imposée à toute l’humanité.
C’est avec beaucoup de sérieux que, nous croyant riches et bons, donc généreux, nous avons en tous domaines renversé nos valeurs et abandonné le bon sens pour mettre au pinacle tous ceux qui souffraient de leur différence. Nous avons contre toute évidence nié systématiquement ces différences en creusant un fossé profond entre ce qui était vrai et ce qui était bien. Chacun voit ce qui est vrai mais n’a plus le droit de le dire car ce n’est pas bien. Mais ceux qui prêchent le faux ont droit à tous les haut-parleurs. Le libertarisme était né et nous en vivons les ravages.
En jouant à avoir du mal à nous partager un gâteau qui n’existe pas, nous nous entre-déchirons pour récupérer des miettes les uns sur les autres. Les individus, les entreprises et l’État exécutent ensemble un ballet malsain où seule la montée de la dette calme provisoirement l’agressivité et la dissimulation.
Nous vivons une course contre la montre entre la révolution des esprits et la révolution sanglante, course qui n’est alimentée que par la partie de la population encore réellement utile qui fond comme neige au soleil.

Envoyé par l'auteur, 27 janvier 2019
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Loi anticasseurs : un texte en phase avec l'attente de l'opinion
 
Le gouvernement aurait aimé échapper à l'appellation, mais c'est trop tard. La future loi sur la prévention des violences lors des manifestations est d'ores et déjà présentée comme une nouvelle "loi anticasseurs". Comme une réminiscence de la célèbre loi Marcellin de 1970 qui avait définitivement clos le chapitre de Mai 68 et rappelé le primat de l'ordre.
L'étiquette accolée au texte de Bruno Retailleau repris par Christophe Castaner est donc délibérément faite pour en souligner le caractère répressif, pour ne pas dire "liberticide". Comme si toute expression de l'autorité se faisait forcément au détriment de la liberté. Sous cet enjeu sémantique, le gouvernement livre en fait une double bataille: avec sa majorité d'une part, avec l'opinion de l'autre.
 
Une nouvelle fois, c'est donc sur un texte défendu par la Place Beauvau qu'apparaissent des clivages internes à La République en marche. Ce fut déjà le cas avec le projet de loi asile et immigration de Gérard Collomb, finalement voté sans trop de déperdition grâce à des concessions qui avaient en partie affadi le signal de fermeté de ce texte. Sera-ce encore le cas cette fois-ci ? Sur le périmètre de contrôle, sur la nature des interdictions de manifester, sur la dissimulation du visage, le ministre de l'Intérieur s'apprête à reprendre des amendements d'élus LaREM. Avec l'éternel dilemme : vider le texte de sa substance, ou au moins de sa portée, ou laisser s'organiser une fronde interne à la majorité. Entre la force symbolique d'un texte sécuritaire et la cohésion politique du groupe majoritaire, le point de passage est délicat à trouver pour Christophe Castaner.
Mais cette tension est révélatrice d'un clivage interne que le macronisme n'a pas su résorber, avec une aile gauche qui continue d'opposer sécurité et liberté ou qui n'admet pas que la répression contre les casseurs soit le meilleur gage de protection des manifestants sincères et pacifiques. En fait, depuis le début du quinquennat, une partie des Marcheurs déplorent l'accumulation de signaux trop unilatéralement envoyés à l'électorat de droite par le président de la République.
 
Exigence d'ordre
Certains Marcheurs ayant vécu la période Hollande vont jusqu'à faire le parallèle entre cette loi anticasseurs et la déchéance de nationalité tentée par l'ancien président socialiste. À savoir, dans les deux cas, une proposition réclamée par l'opposition de droite et que l'exécutif reprend à son compte dans l'espoir d'obtenir un consensus politique. À ceci près que Hollande avait échoué et profondément choqué son camp ; alors que Macron, avec la loi anticasseurs, devrait parvenir à faire voter son texte.
L'essentiel pour lui ne se joue cependant pas au Parlement, mais directement devant l'opinion. Car c'est elle que le chef de l'État doit reconquérir pour reconstruire son crédit politique. Or c'est en tenant un discours d'autorité, en défendant le maintien de l'ordre, qu'Emmanuel Macron et Édouard Philippe ont commencé, même timidement, de remonter dans les sondages. Parce qu'il y a longtemps que sur ces questions, les Français assument cette exigence d'ordre.

Paru dans Le Figaro, 30 janvier 2019
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Pourquoi le Venezuela peut ressouder les Occidentaux
 
La Russie, la Chine et la Turquie sont sorties du bois pour défendre le régime indéfendable de Nicolas Maduro. Ces trois pays ont une caractéristique commune : ils ne rechignent pas à jeter des avocats en prison.
 
Le 28 janvier 2019, dans un procès express à huis clos, un tribunal de Tianjin (ville portuaire à 200 km au sud-est de Pékin) a condamné l'avocat Wang Quanzhang à quatre ans et demi de prison. Son crime ? Avoir défendu en justice des citoyens victimes de saisies foncières arbitraires et des adeptes du Falun Gong. Ce mouvement de gymnastique spirituelle traditionnelle chinoise fut banni pendant la Révolution culturelle. Réapparu en Chine en 1992, il devint très populaire et compta bientôt 70 millions d'adeptes. Après que le Parti communiste chinois eut échoué à le récupérer, le Falun Gong fut interdit en 1999.
En Turquie, des dizaines d'avocats sont emprisonnés ou poursuivis pour avoir défendu des victimes de l'état d'urgence décrété en juillet 2016 par le président Frère musulman Erdogan.
En Russie, l'avocat Sergueï Magnitski a été jeté en prison (où il est mort faute de soins médicaux en 2009) pour avoir défendu un client américain victime d'une spoliation policière.
 
Ce qui est curieux avec ces trois pays, c'est qu'ils n'assument pas leur autoritarisme jusqu'au bout. Ils n'osent pas totalement jeter aux orties le principe de séparation des pouvoirs. Ils pourraient en effet se contenter d'oukases policiers pour enfermer ou dépouiller leurs victimes. Non, ils organisent quand même parfois des procès. Comme s'il était indispensable pour eux de singer l'État de droit. Comme si, dans leurs fors intérieurs, ils savaient que la pensée de Montesquieu (1689-1755) était indépassable en matière d'institutions politiques. On ne singe pas ce que l'on ne respecte pas quelque part dans son subconscient.
Forts de leurs réussites économiques ou guerrières, les dirigeants de la Chine, de la Russie et de la Turquie affichent leur mépris pour la démocratie et l'État de droit à l'occidentale. Mais ils ne parviennent pas à cacher que ces concepts demeurent mentalement leurs référents politiques.
 
Le cas du Venezuela, ruiné et déchiré par un régime ubuesque, offre une occasion unique aux pays défenseurs de l'État de droit de ressouder leur unité face au front informel grandissant des dictatures et démocratures (pays où les vainqueurs du suffrage universel estiment que leur victoire les dispense d'appliquer les règles de l'État de droit). En tant qu'institution, l'Union européenne serait bien avisée de rejoindre les États-Unis, l'Espagne et les voisins latino-américains du Venezuela dans leur reconnaissance du président par intérim Juan Guaido comme seule autorité légitime à Caracas. Maduro a toujours l'option d'organiser des élections vraiment libres. Il verra ce que son peuple lui répondra dans les urnes.
 
Depuis le début du millénaire, l'unité des Occidentaux a été mise à mal par les États-Unis, qui ont créé trois monstres : le néoconservatisme, l'extraterritorialisation du droit américain, l'unilatéralisme.
Les néoconservateurs américains ont voulu imposer la démocratie à l'Irak par une invasion militaire en 2003 ; faute d'administrateurs compétents, ils n'y ont produit que du chaos ; déçus par leur échec, pris d'impatience, ils s'en sont retirés en 2010, abandonnant à son sort un pays profondément déstabilisé. Du fait de leur incompétence, ils ont sérieusement écorné le prestige dont jouissait encore le principe de démocratie sur la planète.
L'extraterritorialisation du droit américain participe de la même arrogance contre-productive. Dans la société internationale moderne (incarnée par l'ONU, créée en 1945 à l'initiative de l'Amérique rooseveltienne), aucun pays ne peut se prétendre intrinsèquement supérieur aux autres. Dans les années 1960, les États-Unis ont parfois été agacés par de Gaulle. Mais ils respectaient pleinement la souveraineté des lois françaises en France. Ce n'est plus le cas aujourd'hui, dans la banque ou dans l'industrie.
L'unilatéralisme est le grand péché de Trump. En se retirant, en janvier 2017, du traité transpacifique d'Auckland, il a détruit l'instrument qui allait forcer la Chine à l'honnêteté commerciale, et à l'adoption de normes occidentales privilégiant le consommateur sur le producteur.
 
Si Xi, Poutine et Erdogan ne sont pas nos amis, ils ne sont pas non plus nos ennemis. Il faut leur parler. Persuader la Chine de respecter la propriété intellectuelle, la Russie de revenir dans la famille européenne, la Turquie de lâcher l'islamisme internationaliste. Mais pour mieux convaincre, pour préserver la paix du monde, il nous faut agir ensemble. Car nous, Occidentaux, savons que les États de droit se font beaucoup
moins facilement la guerre que les dictatures.
Paru dans Le Figaro, 29 janvier 2019
Publié dans De par le monde
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Referendum d’initiative Populaire (ou RIP), Gilets Jaunes et Système Politique

Il me semble raisonnable de commencer le papier de cette semaine par un rappel de ce qu’est la démocratie représentative qui a vu le jour en Grande-Bretagne, en 1689 à l’occasion de "la Glorieuse Révolution" qui donna au Parlement le droit de contrôler par le vote de l’impôt les dépenses de l’Exécutif (à l’époque le Roi, ou plutôt la Reine).
Comme en 1689, il fallait une semaine pour aller d’Ecosse en Angleterre les élites locales décidèrent d’élire des gens en qui ils avaient confiance pour défendre les intérêts des Gallois, des Irlandais, des Écossais à Londres.
La démocratie représentative était née et ce principe fut rapidement copiée et adaptée d’abord aux USA, puis en France et ensuite un peu partout dans le monde.
Deux difficultés apparurent très rapidement
- La première fut qu’à force d’habiter à Londres, les représentants oublièrent qu’ils étaient Ecossais, Gallois ou Irlandais et devinrent des Londoniens.
- La deuxième fût que le pouvoir central, à Londres, découvrit assez vite qu’il valait mieux envoyer des candidats de Londres directement qui se feraient élire sans difficultés localement, surtout s’ils arrivaient avec un gros chéquier, les chèques étant tirés sur la capitale en utilisant les impôts payés par la province.
La capture par le centre des candidats locaux couplée à la colonisation des candidats locaux par la capitale, tels furent toujours les deux écueils sur lesquels la démocratie représentative se fracassa souvent tout simplement parce que de représentation locale, il n’y en avait plus. Pour traiter le problème, les anglais qui voulaient que le système marche, passèrent donc d’un suffrage censitaire au suffrage universel (en 1928) pour finir par transférer une grande partie des pouvoirs politiques concentrés au centre à des parlements locaux, ce qui répondit au moins à une partie des problèmes.
 
Revenons à la France : le but des élites en France n’a jamais été de faire fonctionner la démocratie du mieux qu’ils le pouvaient mais de se maintenir au pouvoir quoiqu’en pense le Peuple.
Le but fût atteint avec la Constitution Bonapartiste et centralisatrice de la Vème en 1958. En France, depuis cette date, la situation de la représentation provinciale n’a cessé de se dégrader tant cela a été le but unique des classes dirigeantes puisque tout le monde sait qu’il n’y a de gens intelligents et compétents qu’à Paris.
Il me semble donc raisonnable ici de rappeler que notre système politique est passé maître depuis longtemps dans l’utilisation de toutes les astuces qui peuvent être utilisées pour vider la "démocratie représentative" à la fois de toute représentation et de toute démocratie. 
 
Aux deux méthodes anciennes que j’ai mentionnées plus haut et qui ont été utilisées sans discontinuité depuis 1958, la classe dirigeante que j’appellerai "la Classe" a réussi depuis cinquante ans à :
 
1 -  Enlever à la représentation démocratique des provinces - le parlement - tout pouvoir sur quoi que ce soit. C’est ce qu’à fort bien réussi la Constitution Bonapartiste de la Vème République où le parlement de dispose d’aucun pouvoir. FAIT
 
2 -  Remplacer les élus provinciaux par des envoyés de Paris, faute de quoi la commune, le département, la région seront abandonnés à leur triste sort puisque personne ne saura parler à l’exécutif qui contrôle la manne des subventions étatiques. La création de l’ENA a beaucoup aidé à cette mise au rencart des élites locales. FAIT
 
3 -  Bâtir des systèmes électoraux qui permettent de rester au pouvoir même si l’on est largement minoritaire. En Grande-Bretagne, nous avons un système uninominal majoritaire à un tour : celui qui est en tête le jour de l’élection est élu et voilà tout. En France, nous avons un système à deux tours qui permet à toutes les combinaisons d’état-major d’avoir lieu. Imaginons qu’un parti enregistre 40 % des votes et deux autres 30 % chacun. En Grande-Bretagne, le parti a 40% serait largement majoritaire. En France les deux partis à 30 % peuvent s’allier au deuxième tour pour éliminer le parti dominant en portant l’anathème sur le premier qui se retrouvera avec zéro député, ce qui finit par décourager les troupes…FAIT
 
4 -  Demander à des amis fortunés, qui ont fait leur argent grâce au capitalisme de connivence d’acheter toutes les gazettes du pays, toutes les chaines de radio, toutes les télévisions de façon à ce que personne n’entende jamais parler des candidats qui pourraient mettre en cause le monopole des oints du seigneur sur le pouvoir.  FAIT
 
5 - S’assurer de la soumission des tribunaux pour utiliser le pouvoir des juges à bon escient au bon moment (cf. Affaire Fillon par exemple, exemple parfait d’un coup d’état mené avec l’aide des juges). Comme le disait l’un de mes professeurs de Droit à Toulouse il y a bien longtemps, "Il y a la magistrature assise, la magistrature debout, mais la plus utile au pouvoir a toujours été la magistrature couchée", les membres de cette magistrature-là étant les seuls à faire une carrière convenable, comme on le voit tous les jours. FAIT
 
6 - Faire passer des lois scélérates visant à empêcher la liberté d’expression, du type des lois mémorielles et demander à une autre partie de l’appareil judiciaire d’utiliser ces lois pour condamner toute forme de dissension. FAIT
 
7 -  Contrôler l’appareil bancaire et financier pour bloquer toute tentative de révolte : FAIT
 
8 -  Transférer à des copains non élus en dehors du pays des pouvoirs essentiels telles la surveillance des frontières, le droit des gens, la police de la pensée ou que sais-je encore, dans l’espoir que ces transferts feront comprendre aux manants qu’il est vraiment inutile de se rebeller puisque plus personne ne peut rien y changer dans le pays. FAIT
 
9  Eliminer les leaders gênants : si un homme politique, tel Berlusconi, était assez sot pour s’opposer à "la Classe", alors on organisera un coup d’état et il sera remplacé par un Quisling de service de façon à calmer les velléités de retour à la démocratie que certains pourraient envisager. FAIT
 
10 - Ne jamais prendre en compte le vote du Peuple : si par malheur à l’occasion d’un référendum, un vote tournait mal pour la Classe, eh bien on passera en force comme monsieur Sarkozy l’a très bien montré pour la Constitution Européenne. Et bien sûr c’est ce que cette classe est en train d’essayer de faire en Grande-Bretagne aujourd’hui. FAIT
 
L’embêtant pour la Classe est que les citoyens commencent à se rendre compte que dans le fond la démocratie est devenue une espèce de théâtres d’ombres où les gens qui ont le pouvoir font semblant d’organiser des élections, le peuple étant supposé être dupe et croire que les résultats vont changer quelque chose. Hélas pour eux, nous sommes arrivés au moment où cela ne marche plus : Comme l’a dit Lincoln "On peut tromper une personne tout le temps, tout le monde quelque temps, mais on ne peut pas tromper tout le monde tout le temps.".
Nous y sommes.
 
Et donc si j’analyse la situation politique purement française, j’arrive à une conclusion toute simple : il y a bien longtemps que les Français ne vivent plus en démocratie tant tous les pouvoirs ont été accaparés par une nomenclature qui a placé ses hommes à tous les points névralgiques et bloque tous les changements.
En conséquence, nous vivons dans une réalité économique et politique qui à peu à voir avec une économie libre ou une démocratie et tout à voir avec le genre de système qui fonctionne à la satisfaction de ceux qui détiennent le pouvoir en Sicile ou en Arabie Saoudite.
 
L’une des caractéristiques de ces systèmes est que la meilleure façon de s’assurer de l’obéissance des sujets (qui ne sont plus des citoyens) est de les maintenir dans la précarité et dans l’angoisse de louper la prochaine subvention que "not ’bon maitre" va nous envoyer de Paris.
Mais là, l’équilibre est très difficile à maintenir car il y a deux écueils à éviter.
- Le premier est que pour des raisons incompréhensibles, une heureuse prospérité se mette à régner, ce qui pourrait donner aux manants l’idée qu’ils n’ont plus besoin de demander des aides à leurs bons maîtres à Paris.
- Le deuxième est que la vis ait été trop serrée et que, crevant de faim et n’ayant plus rien à perdre, les mêmes manants se lancent dans une jacquerie et se mettent à pendre aux lampadaires ceux qui pensaient que les esclaves ne se révoltent jamais.
On le voit, le chemin est étroit et une erreur est vite arrivée…
Et c’est ce qu’est en train de découvrir monsieur Macron, qui a trop serrée la vis et se trouve dans la deuxième situation… ce qui a permis l’émergence d’un mouvement étonnant, venant des profondeurs de l’Histoire de France, le mouvement des Gilets Jaunes.
Car pour moi les gilets jaunes sont les descendants de ceux qui ont accompagné Philippe Auguste à Bouvines, Jeanne d’Arc à Orleans, ou de ceux qui sont montés dans les Taxis de la Marne ou suivis de Gaulle à Londres.
Et sur leurs ronds-points, ils redécouvrent la merveilleuse fraternité de ceux qui se revendiquent Français, tout en faisant griller des merguez, ce qui est rigolo.
 
En fait, je crois fermement, comme le disait Bernanos,”qu’il y a une bourgeoisie de droite, qu’il y a une bourgeoisie de gauche mais qu’il n’y a pas un peuple de droite et un peuple de gauche mais simplement un Peuple de France”.
Les Gilets Jaunes représentent la France de toujours et la preuve en est qu’ils sont insultés sans arrêts par les chiens de garde de la Classe. Les media n’arrêtent pas en effet de nous dire qu’ils n’ont pas fait d’études, sont à la limite de l'imbécillité congénitale, sentent mauvais, sont grossiers et n’ont pas dents…
Je ne crois rien de tout cela car ils ont parfaitement compris que ceux qui leur ont volé leur droit de vote veulent maintenant les dessaisir de leur propre pays, la France. Et la grande nouveauté est que ce Peuple aujourd’hui sait qu’on l’a emmené en bateau et est en train de prendre conscience de sa force. Gulliver se réveille et veut se libérer de tous les liens qui l’enserrent. Et les nains ont peur…
Et je suis très ému de les voir vouloir défendre à la fois leur démocratie et leur pays. C’est ce que j’espérais depuis longtemps.
 
Et si j’avais un conseil et un seul à leur donner ce serait celui -ci : ne vous dispersez dans vos demandes car une seule demande est essentielle : celle du referendum d’initiative populaire.
Par ce biais et par lui seul, vous pourrez reconquérir et vos droits et votre pays.
Ce qui veut dire que vos ennemis, qui sont aussi les miens, et qui sont regroupés dans cette horrible "Classe", vont tout faire pour vous empêcher d’obtenir ce résultat. Voyez ce qui se passe en Grande-Bretagne ou aux USA … Ils vont essayer de vous acheter, de vous diviser, de susciter la peur chez les plus craintifs, de faire monter des faux chefs chez vous qui vous emmèneront au désastre. Surtout, surtout restez Désunis sauf sur une chose : le référendum.
La seule demande que vous devez faire, c’est le Référendum d’Initiative Populaire.
Si vous l’obtenez ils sont perdus.
Si vous ne l’obtenez pas, la France est perdue.

Paru sur institutdeslibertes.org, 21 janvier 2019
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Cette autre révolution en marche
 
Ils étaient nombreux. Sans doute plusieurs dizaines de milliers de personnes. Ils défilaient dans les rues de Paris. Mais c'était un dimanche et ils ne portaient pas de gilet jaune et ils ne cassaient rien, pas la moindre devanture de banque, ni ne guillotinaient Macron en effigie. Ils protestaient surtout contre la "PMA pour toutes", le nouveau grand projet porté par les lobbys homosexuels et la majorité présidentielle. Ils "marchaient pour la vie". Ils étaient les derniers bataillons de la cohorte imposante quoique vaine de la Manif pour tous du printemps 2013 qui avait alors tenté d'empêcher l'instauration du mariage homosexuel. Leurs opposants les traitaient d'"homophobes" et croyaient clore le débat ainsi. Ils les traitaient aussi de "catholiques" et sans doute voulaient l'insulte encore plus infamante.
 
Catholiques, la plupart l'étaient. C'était une sociologie assez particulière de classes moyennes ou supérieures. Pratiquement pas d'ouvriers ni d'employés. Beaucoup de provinciaux. De jeunes gens, aussi. Les retraités de Mai 68 voulaient voir en eux l'avenir d'une revanche culturelle de la droite réactionnaire. C'était une bourgeoisie très française tout en étant favorable à l'Europe. Des catholiques mais qui n'avaient pas franchi le Rubicon de la gauche quand ce fut à la mode dans les années 1970. Sens commun fut son bras armé idéologique et politique et rejoignit Fillon pour la présidentielle.
Ce n'était guère étonnant. En 2013, le géographe Christophe Guilluy avait fait pertinemment remarquer que ce duel entre les socialistes et les lobbys LGBT, et la Manif pour tous était l'affrontement de catégories sociales qu'on pouvait classer toutes deux dans les "vainqueurs de la mondialisation". Ils vivaient pour la plupart dans les métropoles. Ils n'avaient pas de souci de fin de mois. C'était un combat entre deux sortes de libéraux mondialistes, libéraux-libertaires et libéraux conservateurs.
 
Ces derniers sont des opposants au "progressisme" cher à Macron, mais ne sont pas des "gilets jaunes". Ils sont favorables à l'Europe et à la mondialisation, mais considèrent qu'on peut arrêter "la marche du progrès" aux questions sociétales. Le philosophe Jean-Claude Michéa les traite d'"idiots" qui ne comprennent pas que le libéralisme économique entraîne inexorablement le libéralisme sociétal. Que le capitalisme est une machine révolutionnaire qui détruit toutes les structures traditionnelles, la féodalité jadis, la famille aujourd'hui.
Depuis lors, il y a eu la victoire de Macron et les "gilets jaunes". Les héritiers de la Manif pour tous doivent choisir leur camp. Rejoindre l'alliance des bourgeoisies, nouveau "parti de l'ordre", ou suivre la révolte des classes populaires. Suivre la logique de ses intérêts économiques et y sacrifier son éthique (les progressistes feront la PMA et même la GPA pour tous !) ou "trahir sa classe" pour prendre la tête d'une rébellion populaire et nationale.
Un choix vieux comme l'histoire de France.
Paru dans Le Figaro Magazine, 25 janvier 2019
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Mémoire collective
 
Si les cités ne sont pas "gilets jaunes", ce n'est pas parce qu'elles sont devenues sages ou qu'elles n'ont rien à exiger. En fait, les banlieues restent étrangères au sursaut vital d'une France millénaire qui s'accroche à sa mémoire collective. Elle se prend même à mimer les révolutionnaires de 1789 qui, galvanisés par les cahiers de doléances, firent tomber la royauté. La convergence des luttes, espérée par l'extrême gauche, s'est réduite pour l'essentiel à la participation de pilleurs dans les fins de manifestations. Cette indifférence de la nouvelle France contredit ceux qui veulent résumer la protestation populaire à une lutte de classes et à une quête égalitariste. Ces prétendus ressorts ne fédèrent pas, à l'évidence, l'ensemble des plus pauvres. À la source de la mobilisation apolitique, récupérée depuis par le Rassemblement national et La France insoumise, demeure le ras-le-bol de travailleurs modestes, indépendants ou salariés, qui ne tirent pas les bénéfices de leurs efforts quotidiens.
 
Il est une autre raison qui tient les cités à l'écart de cette révolution en marche. L'explication est liée au fait que le multiculturalisme, qui structure cette contre-société, entre en opposition avec les exigences de souveraineté nationale. Ces revendications s'entendent sur les ronds-points, dans les manifestations et les débats qui se multiplient à l'écart des directives gouvernementales. Lorsque le chef de l'État avalise dernièrement le pacte de Marrakech, sans consultation préalable, il cautionne un communautarisme conçu pour accompagner la mondialisation qu'il promeut. Pareillement, lorsqu'il signe d'autorité avec Angela Merkel, mardi à Aix-la-Chapelle, un traité franco-allemand qui vise à renforcer la souveraineté européenne au détriment de la souveraineté nationale, il fait comprendre qu'il n'a rien saisi des demandes de la France oubliée : elle ne veut pas se laisser diluer au prétexte d'un abandon de la nation. À quoi bon prôner un débat si de telles questions, essentielles, sont laissées aux caprices du prince ?

Paru dans Le Figaro, 25 janvier 2019
Publié dans En France
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Impôts, justice, école : le virus mortel de la complexité française
 
Complexité fiscale, complexité judiciaire, complexité territoriale, complexité scolaire et universitaire ! Tout est en bonne voie... sauf la simplification alors que notre système fait partie de l’un des plus distributifs et des plus protecteurs au monde.
Nous allons mourir asphyxiés par la complexité nationale, incurable et croissante. Car tous nos problèmes viennent de là et personne ne s'y attaque réellement. Nous inventons des usines à gaz à la moindre occasion, incapables de mettre en application des décisions simples.
La 
mise en place du Grand débat confirme ce vertige collectif : process, contrôles, pseudo groupes de travail, commissions, comité contrôlant les commissions, contrôleurs de synthèses des synthèses… Les décisions se diluent, les conclusions s'étiolent, le temps passe inexorablement à la plus grande exaspération de tous et en général nous accouchons d’une souris sur laquelle, en plus, nous ne sommes pas d’accord.
 
L’État méprise la société civile, ses initiatives, sa créativité, son management, seuls les commissaires d’État sont dignes de penser et d’agir. Nous dépensons 300 milliards d’euros pour la fonction publique dont on ne sait plus qu'elle est la fonction. Proportionnellement, c’est plus que dans tous les pays européens (et les autres).
Et nous ne sommes pas contents.
Dans une PME, pour 142 journées de travail, 6 heures par semaine sont consacrées à la gestion administrative (dite improductive) : irritant ! Des tâches administratives liées à la complexité ont coûté cher en 2018 : 7 millions d’euros supportés par les entreprises... Les écheveaux hiérarchiques, les doublons des structures en tout genre, l'éparpillement des démarches administratives, rendre les délais insupportables et de plus en plus déconnectés de la rapidité croissante avec laquelle va le monde...  
Voilà pourquoi nous sommes indignés, 
gilets jaunes inclus, alors que notre système fait partie de l’un des plus distributifs et des plus protecteurs...
 
Des solutions simples mais non appliquées...
Une hargne et une haine liées au sentiment de gâchis et d'obstruction. Pour les plus modestes, il faudrait de nouveaux services de renseignements pour leur indiquer ce à quoi ils ont droit (sic). On estime que 30 % des allocations ne sont pas perçues, soit par non connaissance, non demande ou non proposition des agents qui traitent les dossiers. Un imbroglio administratif kafkaïen qui est par ailleurs majoritairement responsable aussi des fraudes aux cotisations sociales, alors que la charge administrative oscille entre 60 et 80 milliards d’euros, soit 4 % du PIB.
On consomme du temps et des hommes sans gain additionnel, alors que sans cesse on réclame "plus de moyens" !
Quant à supprimer des impôts, il faut d'abord 
remettre à zéro le système fiscal, c'est la première des économies sans parler des taxes qui coûtent plus cher à prélever qu’elles ne rapportent. 252 taxes qui nourrissent elles-mêmes des coûts, 360 taxes et impôts, 5,5 millions de fonctionnaires en emploi à vie... En Suisse le statut de fonctionnaire n'existe même plus. Ce statut d'embauche à vie est une maladie exclusivement française. La haute Fonction publique (15 000 fonctionnaires) nous coûte 6 milliards d’euros mais les administrations ne savent pas se réformer elles-mêmes, alors sur qui compter ? Le découragement vient de ce que certaines solutions seraient si simples, mais personne ne les prend. Quant à la volonté du président de la République, si elle existe, elle est impuissante face au poids des structures et lui-même s'impatiente !
 
Le cancer est généralisé : complexité fiscale, complexité judiciaire (récemment on est revenu 
sur le plafonnement des indemnités de licenciement
), complexité territoriale (mairies, communes, départements, régions... tout cela avec des structures en doublon et une piètre autonomie, complexité pour les individus : inefficacité croissante des soins (les urgences !) complexité scolaire et universitaire où tout est en bonne voie... sauf la simplification !
Croyons-nous vraiment que ce soit le grand débat qui puisse simplifier les choses ?

Envoyé par l'auteur, 24 janvier 2019, paru dans Challenges
Publié dans Du côté des élites
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Oui, les journalistes ont des comptes à rendre
 
Les journalistes seraient-ils inattaquables ? Les imbéciles qui s’en prennent physiquement à des reporters de terrain, lors des manifestations de Gilets jaunes, se comportent comme des petits fachos. Les insultes que reçoivent des personnalités médiatiques laissent souvent voir la bêtise de leurs accusateurs complotistes. Tout ceci est insupportable. Pour autant, l’erreur serait d’ériger le journaliste en une sorte de martyr, ou de vache sacrée. "S’attaquer à la presse, c’est s’en prendre à un des piliers de notre démocratie", avait déclaré Benjamin Griveaux, il y a un mois. "S’attaquer à la presse procède de la haine des libertés. A quand les autodafés ?", avait dit avant lui Richard Ferrand, le patron des députés LaRem. Ce lundi, sur RTL, le ministre de la Culture et de la Communication, Franck Riester, s’est à son tour indigné : "Les attaques répétées contre les journalistes ne devraient pas exister dans une démocratie comme la nôtre (…) On ne peut pas faire siffler les journalistes quand on est en démocratie". Est-ce à dire que le journalisme serait un nouveau clergé, dont la parole ferait naturellement autorité ? Faudrait-il inventer un délit de blasphème pour punir ceux qui accusent la presse de ne pas toujours assumer sa mission d’information équilibrée ? Evidemment non. Les raisons de la défiance contre les médias et leur suivisme ne peuvent se réduire à des attaques contre la démocratie, comme le soutient le discours gouvernemental. Plaider pour une impunité médiatique reviendrait à assigner la presse à un rôle de caste protégée par l’Etat. Une obligée du pouvoir en somme. Non, merci ! D’évidence, les journalistes ne sont pas des petits saints. Ils ont naturellement des comptes à rendre.
 
Relire Roland Barthes : "Le fascisme n’est pas d’empêcher de dire, c’est d’obliger à dire". Depuis des lustres, le journalisme s’est majoritairement rangé du côté du discours dominant, aseptisé et hygiéniste. Nombreux sont les faux curés à cartes de presse qui prétendent dire le Bien et décréter les excommunications. Alors qu’il n’est détenteur d’aucune légitimité démocratique, le journaliste peut décider de ce qui existe et de ce qui doit être tu. Le syndrome de la grosse tête accompagne souvent cet abus de pouvoir. Celui qui n’entend pas se plier à cette règle d’essence totalitaire se condamne le plus souvent à la caricature et à la marginalisation. Si les Gilets jaunes n’aiment pas la presse, c’est parce que celle-ci n’a jamais eu un regard pour cette société trop enracinée et trop française. "Nous n’avons rien vu venir", reconnaissent d’ailleurs la plupart des commentateurs. Cette honnêteté intellectuelle les honore. Mais elle dit le manque de curiosité d’une profession qui s’est laissé envahir par l’idéologie et ses idées fausses. Ce matin, Riester a dit vouloir mobiliser la profession et l’Etat contre la "désinformation", les "fake news", les "infoxs". Le ministre a annoncé que le Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA), le gendarme de la pensée officielle, allait "monter en puissance en termes de pouvoir". Or cette prétention de l’Etat à contrôler des vérités labellisées s’apparente à de la propagande. Cette dérive est une menace pour la liberté d’expression. C’est cette clef de voute de la démocratie que les journalistes doivent défendre, plutôt qu’un grotesque statut d’intouchables.

Paru sur blog.lefigaro.fr/rioufol, 21 janvier 2019
Publié dans Du côté des élites
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Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.

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