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Nom : Aznavour ; Prénom : Charles
 
Il était le plus grand, le plus vieux, le dernier. Il était l'ultime incarnation de cette génération d'immenses chanteurs français qui furent au XXe siècle, ce que les poètes étaient au XIXe siècle : Brel, Brassens, Ferrat, Ferré, Barbara, Gainsbourg, etc.
Après eux, viendra
la génération des yé-yé, avec Johnny comme patron et icône, qui ne rêvaient que d'être américains. Tout est une question de date de naissance : ceux-ci avaient vu le jour après la Seconde Guerre mondiale, alors que l'armée américaine s'imposait comme la principale force de l'Occident. Ceux-là étaient nés dans les années 1920, alors que l'armée française sortie des tranchées jouissait encore de son surnom de "meilleure armée du monde".
 
Cette cohorte venue de tous horizons n'avait qu'une seule patrie : la France. La France, et sa langue, surtout, qu'ils chérissaient comme la plus adorée des maîtresses. Aznavour écrivait d'abord ses textes, et attendait patiemment que son bijou trouvât chaussure musicale à son pied.
Cela pouvait durer longtemps. Peu importait, le texte était toujours premier, la musique seconde. La musique était internationale, jazz dans ses débuts, et puis piochée dans tous les continents, les paroles étaient françaises. Aznavour plongeait dans les dictionnaires et n'en sortait que lorsque son texte était parfaitement poli : un diamant. Il s'était imprégné de tous les poètes français, jusqu'à ce qu'il fît corps avec eux, qu'il ait transformé en langue Aznavour ce qui était naguère à Hugo, Verlaine, Rimbaud, Lamartine, etc. C'est ainsi qu'on devient un auteur français. C'est ainsi qu'on est reconnu mondialement, y compris aux Etats-Unis, comme le plus grand chanteur du XXe siècle.
 
Il chantait l'amour, mais aussi la rupture, l'amour éconduit, la souffrance, le temps qui passe, la jeunesse qui s'enfuit. Il célébrait aussi la Vierge Marie et le charme des petites églises.
Certaines de ses chansons firent scandale. On les trouvait trop crues, jusqu'à l'indécence. Il en serait de même aujourd'hui. Nos ligues de vertu féministes n'apprécieraient pas "Donne tes seize ans", comme les associations LGBT auraient fait interdire les sarcasmes de Brel ou Brassens sur ceux qu'on n'appelait pas encore les gays.
 
Parce que le prénom arménien choisi par sa mère était trop compliqué, l'infirmière de la maternité l'avait changé en Charles. "J'aimerais la rencontrer pour la remercier", disait-il. Il avait même coupé son nom d'origine Aznavourian. Le grand footballeur français des années 1950 avait fait de même, écourtant son patronyme polonais Kopaszewski en Kopa. L'assimilation avait des règles qu'aucun immigré ne refusait au nom d'une identité tyrannique et d'une individualité capricieuse.
A l'époque, les immigrés rejoignaient un pays et pas une diaspora. Ils adoptaient la culture, l'Histoire, les héros des Français de souche et ne leur imposaient pas, avec l'arrogance d'un colonisateur, leurs mœurs et coutumes étrangères. Aznavour le disait lui-même : "J'ai abandonné une grande partie de mon arménité pour être français… Il faut le faire. Ou alors il faut partir." Abandonner pour mieux conquérir. Se dépouiller pour mieux se parer. Se fondre pour mieux briller et accomplir un sublime destin français.

Paru dans Le Figaro Magazine, 5 octobre 2018
Publié dans A tout un chacun
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Islam et nationalisme turcs en Allemagne
 
CHRONIQUE - S'il est normal et sain que les leaders allemand et turc se voient régulièrement, la récente visite de Recep Tayyip Erdogan en Allemagne a laissé un sentiment de malaise.
 
Pourquoi la visite du président turc en Allemagne, les 28 et 29 septembre 2018, nous a-t-elle laissé un diffus sentiment de malaise ?
Il n'y a rien d'anormal à ce que le chef tout-puissant de la première économie du Moyen-Orient se concerte avec la chancelière, qui préside aux destinées de la première économie d'Europe. Les deux pays entretiennent de très anciennes relations, dont l'apogée fut l'alliance secrète germano-ottomane du 2 août 1914, passée entre le gouvernement des Jeunes Turcs et celui du Kaiser Guillaume II.

Après sa rencontre le vendredi 28 septembre avec Recep Tayyip Erdogan, Frère musulman prêchant le néo-ottomanisme, Angela Merkel n'a pas caché les divergences de fond existant entre les deux pays - l'Allemagne est un État de droit démocratique, la Turquie ne l'est pas. Mais la chancelière a insisté, à raison, sur les rôles positifs que la Turquie pouvait jouer dans la stabilisation du Levant et dans la gestion des flux migratoires. Il est évident qu'aucune solution politique ne sera trouvée en Syrie sans la participation de la Turquie, qui fut le principal sanctuaire et pourvoyeur d'armes des rebelles, en grande majorité islamistes, qui combattirent le régime baasiste de 2012 à nos jours, et dont la défaite semble à présent irrémédiable. Il est également évident que l'Union européenne et la Turquie, liées par l'accord d'union douanière du 31 décembre 1995, ont tout intérêt à coordonner leurs efforts pour stabiliser ensemble l'est de la Méditerranée.
En Europe, nous ne goûtons ni les régimes ni les idéologies qui prévalent dans les quatre plus grandes puissances du Moyen-Orient, que sont la Turquie, l'Égypte, l'Iran et l'Arabie saoudite. Elles s'entendent mal entre elles mais elles ont toutes une importance historique, démographique, économique, géopolitique, qui justifie que l'Allemagne poursuive avec chacune d'entre elles une diplomatie propre. Bref, il est normal et sain que les leaders allemand et turc se voient régulièrement, ne serait-ce que pour lever les malentendus qui pourraient exister entre les administrations des deux pays.
 
En revanche, on a ressenti un malaise certain le lendemain, samedi 29 septembre, lorsque le président turc, dans un déploiement sécuritaire sans précédent, est allé inaugurer la nouvelle mosquée de Cologne. Cet immense bâtiment d'architecture contemporaine de béton et de verre, censé représenter l'épanouissement d'une fleur, a été construit en plein centre-ville par le Ditib, pour y abriter son siège. Cette organisation musulmane turque, qui contrôle plus de 900 lieux de culte en Allemagne, reçoit ses ordres directement de la Diyanet, l'office religieux du gouvernement d'Ankara. Le procureur fédéral d'Allemagne a lancé plusieurs enquêtes pour vérifier si la Turquie n'a pas utilisé le Ditib au cours des deux dernières années pour espionner des opposants à Erdogan réfugiés en Allemagne, qu'ils soient gülenistes (adeptes d'une secte musulmane, qui fut d'abord l'alliée, puis la concurrente et enfin l'ennemi du mouvement islamiste d'Erdogan), ou nationalistes kurdes. Des milliers de partisans du nouveau sultan, agitant le drapeau turc, rouge et blanc - étoile et croissant de lune de l'islam -, ont convergé vers la mosquée, aux cris de "Qui est la plus grande ? La Turquie !"
On peut trouver surprenants les rassemblements nationalistes d'immenses foules turques à Istanbulou à Ankara, qui viennent communier avec les provocations anti-occidentales de Recep Erdogan. Mais cela se passe en Turquie. En revanche, quand cette ferveur islamo-nationaliste s'exprime dans la ville natale du grand leader chrétien-démocrate Konrad Adenauer, on est pris de vertige.

On s'aperçoit que la jeunesse turque - dont la présence en Allemagne remonte aux années 1960 - a fait le chemin inverse de celui de la jeunesse allemande. Après la défaite de 1945, c'est le christianisme qui a su redonner sa dignité à une Allemagne qui avait été si profondément souillée par le nazisme. Ce sont les chrétiens-démocrates allemands, italiens, néerlandais et français qui ont bâti l'Europe de la paix, des échanges, de la prospérité. Mais avec la montée de l'individualisme consumériste à la fin des années 1960, les Allemands se sont progressivement déchristianisés et ont cessé de faire des enfants. Dans l'autre sens, une grande partie de la jeunesse turque d'Allemagne est passée du laïcisme hérité d'Atatürk à l'islamisme d'Erdogan, tout en adoptant le nationalisme propre aux deux. Bien qu'élevée dans les écoles allemandes, sa loyauté va à la Turquie avant d'aller à l'Allemagne. Elle n'a pas peur de faire des enfants.
Il y a un schisme qui se creuse entre la jeunesse allemande et la jeunesse immigrée d'origine musulmane. On n'a pas l'impression qu'Angela Merkel en ait vraiment pris la mesure.

Paru dans Le Figaro, 2 octobre 2018
Publié dans Avec l'Europe
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Pollution et Art contemporain
 
A Bruges, à l’occasion de la Triennale 2018, le cabinet d’architectes New-Yorkais Studiokca a réalisé une baleine de 5 tonnes pour sensibiliser le public à une noble cause, celle de l’environnement : nos déchets plastiques sont en train d’asphyxier les mers. Jusque-là tout va bien mais le résultat, une baleine géante en plein quartier historique, tout près de la statue de Van Eyck, transforme Bruges en annexe de Disneyland, ou pire, en pseudo Marineland, alors que ces derniers sont dénoncés par les défenseurs des animaux. Fallait-il ériger, à cet endroit, une baleine constituée de déchets plastiques retrouvés dans les mers ? Autrement dit, pour dénoncer la pollution des mers, faut-il polluer visuellement le patrimoine qui n’y est strictement pour rien ?
Vous me direz, "c’est pour la bonne cause", mais remarquez que les mêmes procédés sont utilisés par l’AC : pratiquer ce qu’on dénonce… Et ceci devrait nous mettre la puce à l’oreille. L’écologie doit être cohérente ou elle n’est pas : on ne peut dénoncer une pollution par une autre… à moins d’être le faux-nez d’intérêts pas vraiment écologistes. Pour comprendre ce qui se cache derrière ce cétacé, il faut avoir en mémoire les révélations de Cash Investigation… le magazine de France 2 du 11 septembre dernier : "Plastique, la grande intox". Ce reportage a mis en lumière que de respectables associations mobilisant de généreux bénévoles, donnant temps et énergie, sont en fait financées… par les industriels du plastique et ceux qui utilisent cannettes et récipients en cette matière. Les journalistes ont remonté au siècle dernier et aux USA pour trouver l’origine de cette pratique. N’allez pas croire à un remord ou à une conversion sur le tard : ces lobbys industriels tentent ainsi de détourner l’attention du public de leurs activités lucratives et dévastatrices, afin de faire porter la responsabilité de la catastrophe écologique au seul consommateur.
Or notre baleine brugeoise, comme n’importe quel objet d’AC, est porteuse d’un discours… accusateur : les fautifs seraient les utilisateurs des "sacs, bouteilles d’eau, produits ménagers, gobelets"… Autrement dit, la pétrochimie ne fait que produire des objets vertueux qui peuvent même accéder à la dignité d’œuvre d’art, ils sont simplement mal utilisés par un public de sagouins. Les charmants jeunes gens qui composent Studioka, ce tandem d’artistes/architectes, sont-ils liés à un circuit semblable à ceux mis en lumière par France 2 ? En quelques clics les liens apparaissent. Leur projet Vortex -
cliquez - est réalisé au bénéfice de Green up Vermont une association écologiste 'mécènée' par - cliquer - entre autres, l’american Chimestry council, bref l’industrie chimique américaine !
 
Sinon, les affaires reprennent. Un rapport de la Cour des comptes, révélé par Le Canard enchaîné, impute à Jean-Paul Cluzel, patron du Grand Palais de janvier 2011 à janvier 2016, des notes de taxis excessives et la location d’une "limousine" pour plus de 410 000 euros en cinq ans. Il est vrai qu’Agnès Saal, mise en cause pour des faits similaires, vient d’être réintégrée haut fonctionnaire “à l’égalité, à la diversité et à la prévention des discriminations”, auprès du secrétaire général du ministère de la Culture.
Et pendant ce temps, faute de moyens, le patrimoine agonise comme la mythique Grande Chaumière menacée par une opération immobilière avec mise en vente aux enchères le 16 octobre prochain. Gauguin, Bourdelle, Léger, Foujita… Garouste ou Zao Wou-Ki y ont travaillé et on y vient encore du bout du monde. Vous pouvez signer la pétition - 
cliquez

Envoyé par l'auteur, paru sur www.sourgins.fr, 25 septembre 2018
Publié dans Du côté des élites
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Le retour de "l’abominable problème italien"
 
Dans un article intitulé "L’UE une nouvelle fois face à l’abominable problème italien", publié par Libération dans son édition du 28 septembre, Jean Quatremer critique la décision du gouvernement italien d’accroître le déficit budgétaire en accord avec ses promesses électorales. Ni Bruxelles, ni Frankfort n’étant disposé à lancer un programme d’ajustement à la grecque, il en conclut que ce sont les marchés financiers qui siffleront la fin de la partie. Cette analyse, dans le droit fil de la pensée économique actuelle, ne fait pas justice à l’Italie.
 
Par sa décision, le gouvernement italien pose la vraie question. L’euro est un Deutsche mark qui a changé de nom, mais un Deutsche mark dévalué tout à l’avantage de l’Allemagne. L’Italie dont la politique économique est à l’opposé de celle de l’Allemagne, ne s’y retrouve pas (la France non plus). Deux solutions : ou l’Italie s’adapte à l’euro ou l’euro est restructuré en une monnaie européenne. Les Italiens ont dit non à la première solution qui implique l’adoption d’un programme d’austérité. Les Allemands ont dit non à la seconde qui remet en cause leur politique mercantile. C’est l’impasse qui force Bruxelles à imposer une politique d’austérité à l’Italie. Mais, cela ne fait pas sens, à preuve la croissance américaine, bien supérieure à la croissance européenne, qui repose sur une politique économique franchement expansionniste, financée en partie, il est vrai, par la Chine et le Japon.
 
S’il est exact que l’Italie doit réduire sa dette, il est tout aussi exact que la politique économique allemande conduit à une impasse par l’accumulation de créances qu’elle entraîne. Ces créances s’élèvent à 903 milliards d’euro en juillet 2018, soit 28 % de son produit intérieur brut. Leur montant était négligeable en 2005. Cette accumulation ne peut se poursuivre sans risque pour le crédit de l’Allemagne car ces créances sont, pour l’essentiel, sur des pays de l’Europe du sud.
 
Le vrai débat derrière cet "abominable problème italien" - pour reprendre les propos de Jean-Claude Trichet – est celui de l’économie européenne. Sera-t-elle socio-libérale (keynésienne) ou néolibérale. Les peuples optent pour le socio-libéralisme, les banques et l’oligarchie pour le néolibéralisme qui est un faux-nez pour cacher un retour au capitalisme d’antan, et dont la Grèce fait les frais.
 
Alexis Tsipras s’est couché devant Bruxelles. Contrairement à ce que les commentaires ont laissé entendre, il n’y a pas eu de remise de dette. C’est la solution généralement adoptée dans ce genre de situation. Le Fonds monétaire international y était favorable. L’Allemagne qui, rappelons-le, n’a pas soldé sa dette envers la Grèce, s’y opposa. Les Grecs paieront au prix fort pendant de nombreuses années le reniement de leur premier ministre. Les Italiens réussiront-ils à faire plier Bruxelles et Frankfort ? A défaut d’accord, ce sont les marchés financiers qui règleront le problème, comme le prévoit Jean Quatremer. Ils le feront à leur manière : brutalement et sans préavis, pour le plus grand malheur des Italiens et des Européens. Pour éviter cette issue, peut-être faut-il prêter attention aux Italiens qui, par leur vote, posent une question fondamentale : quelle économie voulons-nous ?
 
Dans ce débat, la France prend le parti de l’Allemagne, sans doute en raison du traitement de faveur dont elle bénéficie et auquel elle s’est habituée un peu vite. C’est un mauvais calcul. Elle aurait tout intérêt à se ranger du côté de l’Italie.

Envoyé par l'auteur, 2 octobre 2018
Publié dans Avec l'Europe
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Repentance perpétuelle
 
Au fil d’un quinquennat qui avance inexorablement – et de plus en plus en eaux troubles – le président Macron semble réaliser qu’il n’a guère de prise sur les évènements. Éprouvant quelques difficultés à résoudre les problèmes du temps présent, il s’attaque à ceux des temps passés. C’est ainsi qu’il bat sa coulpe avec constance sur le dos de nos ancêtres. C’est indolore et ça donne bonne conscience à peu de frais. Il n’en est pas encore, comme le Premier ministre espagnol, à faire déterrer les cadavres, mais on peut s’attendre à tout. L’instrumentalisation de l’Histoire serait-elle devenue le dernier refuge des politiciens en situation d’échec ?
 
La nouvelle séquence d’autoflagellation franco-française, à soixante ans de distance, porte encore sur la guerre d’Algérie à travers le destin tragique d’un jeune universitaire communiste, Maurice Audin, complice objectif et assumé des poseurs de bombes du FLN, torturé et assassiné pendant la bataille d’Alger. Je me garderai de revenir sur l’argumentaire implacable développé par Jean Sévillia dans Le Figaro et par Éric Zemmour sur RTL. Ils ont trouvé une fois encore les mots justes pour diagnostiquer le nouveau prurit de repentance qui défigure l’Élysée. Je relèverai, pour ma modeste part, un étonnant argument d’Alain Duhamel lors du débat qui l’a opposé à Éric Zemmour (RTL). Le journaliste disait en substance ceci : la France est grande parce qu’elle est une démocratie, et elle montre l’exemple au monde entier en faisant acte de repentance. Par contre, l’Algérie n’est pas une démocratie, et l’on ne peut donc pas attendre qu’elle se comporte aussi bien. Sous- entendu, l’Algérie n’est actuellement ni grande, ni exemplaire.
 
Les propos d’Alain Duhamel s’inscrivent dans le droit-fil de l’alibi de nos anciennes entreprises coloniales : la supériorité de la civilisation Française. Aujourd’hui, ce ne sont plus les mêmes mots, mais c’est le même état d’esprit. On ne parle plus du devoir des "races supérieures" d’apporter la bonne parole aux "races inférieures" (comme disait Léon Blum, entre autres), mais on se gargarise de démocratie. On prend les mêmes intentions et on recommence. Toujours cette prétention à faire la morale à la terre entière et à poser en exemple universel notre "culture supérieure", en l’occurrence la culture démocratique. Seulement, quand l’une des manifestations de cette "culture supérieure" consiste à renier nos pères, à les insulter, à les traiter de criminels contre l’humanité, il ne faut pas s’étonner que les "cultures inférieures" rechignent à nous considérer comme des exemples à suivre. En fait, les civilisations de nos anciennes colonies n’ont traditionnellement que mépris et dégoût pour ceux qui n’honorent pas leurs ancêtres. Ce n’est pas d’abord une question de grandeur ou de petitesse, c’est une question de survie civilisationnelle. Du Maghreb à l’Indochine, en passant par l’Afrique noire et Madagascar, des Amériques à l’Océanie, tous l’ont compris, tous le savent. Nous l’avons oublié.
 
Cracher sur les tombes des militaires français qui n’ont fait qu’obéir aux ordres des politiciens "démocratiquement élus", et faire du même coup l’apologie d’un complice des poseurs de bombes, c’est cela qui est dégradant, avilissant, c’est cela qui détruit à petit feu notre culture sous le regard affligé (ou goguenard) de ceux à qui l’on prétend encore donner des leçons.

Envoyé par l'auteur, 22 septembre 2018
 
Publié dans Devant l'histoire
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Le trépied de l’incompétence économique
 
Faut-il absolument continuer à faire perdre leur temps à des étudiants dans des filières économiques quand on leur apprend avec acharnement une incompétence qu’ils vont utiliser ensuite avec délices pour le plus grand malheur de leur peuple ?
 
Les trois pieds essentiels de l’économie y sont enseignés à l’envers.
Le premier pied est la compréhension de la monnaie dont la force énergétique connue de tous, n’existe que si elle vient d’une énergie humaine réellement utilisée. Quel pouvoir, autre que magique, pourrait avoir une monnaie que l’on imprimerait sans équivalence énergétique ? L’université se contente d’approcher la monnaie par ses usages historiques sans jamais la définir autrement que par le mensonge qu’elle aurait remplacé le troc qui n’a jamais existé nulle part et qu’elle confond avec le "donner recevoir rendre" qu’elle n’étudie pas.
 
Le second pied est la distinction entre la production et la richesse que n’importe quel enfant constate quand il voit une vache produire du lait et des bouses et quand il se voit lui-même produire des bisous et des bêtises. L’université n’arrive pas à faire cette distinction de peur peut-être d’être accusée de discrimination par les producteurs. Elle n’arrive pas à voir que c’est le client qui fait la richesse et non le producteur. Le client crée la richesse en abandonnant son argent de même valeur. Sans cet abandon la production n’est que rebut. L’économie est échange, l’université la voudrait création.
 
Le troisième pied est la prééminence du producteur sur la production alors que l’université privilégie la production en substituant l’entreprise au producteur. Elle n’étudie absolument pas la vraie création d’argent qui est la chaîne travail monnaie achat richesse au profit exclusif de la chaîne travail production vente monnaie qui n’en est normalement que le balancier équilibrant. C’est pourtant, comme dans une famille, en utilisant au mieux l’énergie de chacun tel qu’il est, et sans vouloir éternellement le formater à ce qu’il n’est pas, que le groupe peut transformer en monnaie l’énergie de ses membres et avoir suffisamment d’argent pour reconnaître, par ses achats, la richesse de la production des autres. Mais notre société, en laissant sans vergogne ses membres inactifs, en en accusant le chômage et le manque de croissance, et en se laissant "éclairer" par l’université, se prive du bon argent que ces chômeurs pourraient créer en étant utiles et, au contraire, leur en distribue pour qu’ils survivent. La chaîne travail production vente monnaie, n’étant plus alimentée par la chaîne complémentaire travail monnaie achat richesse, devient erratique et manque à la fois de clients et d’argent.
 
Manquant de clients, elle en cherche partout en baissant ses prix, en payant mal son propre travail et en déstabilisant l’économie des autres peuples dont elle voudrait la clientèle.
Manquant d’argent, elle fait fabriquer par les banques de la fausse monnaie qui dévalorise tout mais permet de tenir un certain temps. Mais il faut malgré tout fermer les hôpitaux, les gendarmeries, les postes….
Elle tente aussi de suspendre le temps pour retenir le désastre inéluctable. Elle fait croire à un monde qui ne manque ni d’argent ni de clients par une débauche d’argent qui n’est que de la fausse monnaie. C’est le sport, la publicité, l’intelligence artificielle, la recherche, le réchauffement climatique, le transhumanisme, le revenu universel, la monnaie hélicoptère que ce gentil cornichon de Mario Draghi trouve "intéressante".
 
Pendant ce temps, "en même temps" diraient certains, les Politiques se battent entre socialistes et libéraux, entre ceux qui préfèrent l’égalité et ceux qui préfèrent la liberté. Ils attendent tous la croissance, refusent d’ouvrir les yeux et nous refont le coup de l’orchestre du Titanic qui jouait… jouait… jouait.

Envoyé par l'auteur, 14 septembre 2018, paru sur www.surlasociete.com
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Patrimoine et Art contemporain
 
A l’heure où certains pratiquants du Street-art, comme Stéphane Moscato, prennent conscience que : "Les élus et les architectes se sont aperçus que nos fresques étaient un atout pour attirer de nouvelles populations dans certains quartiers. Nous mettons des pansements de couleur et, en un sens, nous participons au déplacement de certaines personnes en servant les intérêts des investisseurs" (1) …
On comprend mieux les déclarations de Stéphane Bern ayant, lui aussi, l’impression d’être un "cache misère". Celui qui imagina un Loto en faveur du Patrimoine, s’alarme d’une politique lourde de menaces. Les architectes ont déjà dénoncé la Loi Elan, un "“open bar” pour que les bailleurs sociaux fassent comme les promoteurs" (2), selon Monsieur Patrimoine "les élus ont voté d’une seule voix pour la loi Elan (…) ça fait 120 ans qu’ils veulent la peau des architectes des bâtiments de France, donc ils vont l’avoir”.
Est visé le petit patrimoine en péril, qu’il faudrait rénover, alors que certains élus trouveront plus juteux de le raser pour du flambant neuf. Ce petit patrimoine fait toute la saveur de nos terroirs, il entraîne un tourisme différent, plus "éclairé" que le tourisme de masse qui épuise les sites qu’il sur-fréquente, comme Versailles, (d’où l’absurdité d’y mettre de l’Art contemporain pour faire venir du monde !).
La ministre de la Culture a démenti mais elle est fragilisée par les agrandissements de sa maison d’édition, effectués dans un monument historique… sans consultation d’un architecte des bâtiments de France, (et sans déclaration au fisc). Cependant, il se murmure que Mme Nyssen n’a pas personnellement dirigé ces travaux et que l’affaire serait instrumentalisée par sa propre administration ne supportant pas d’être dirigée par quelqu’un qui n’est pas du sérail… à suivre.
 
Si on croyait gagné un combat pour le patrimoine, c’est bien celui que la classe médiatique remporta en début d’année contre le bouquet de tulipes de Jeff Koons, afin qu’il ne défigure pas l’espace entre le Palais de Tokyo et le musée d’Art moderne de la Ville de Paris. Or, qu’a-t-on pu voir à la devanture du Palais de Tokyo cet été ? Une maison de poupée Barbie géante avec ses couleurs rose et mauve, d’un kitsch digne de Koons, le tout invitant à visiter une exposition consacrée à l’enfance. En ce moment l’enfantillage fait florès dans l’AC, peut-être le goût d’une nouvelle génération (?). On se consolera en pensant que le papier peint rosé et le fauteuil bleu turquoise de Barbie, ont duré le temps d’une expo à la différence des tulipes de Jeff qui eurent été éternelles. Mais on se dit qu’il est bizarre que ce petit monde, qui aime toujours autant le kitsch, ait lâché Koons, bichonné à Versailles, au centre Pompidou, au Collège de France … Y aurait-il une cause cachée ? Ce lâchage pourrait bien être éclairé par l’interview de M. Pinault dans Le Monde cet été (3). Les déclarations de ce mécène d’Art très contemporain sur le président Macron, qui "ne comprend pas les petites gens", agitèrent des médias négligeant la suite des propos. Or M. Pinault vient de faire une grande découverte, il lui a fallu du temps mais il a enfin compris que : "Jeff Koons se perd dans les cocktails" ! D’où la revente à plusieurs dizaines de millions du Split-Rocker de l’américain, une pièce achetée 1,5 million. Mais cette œuvre, à l’origine, ne serait-elle pas une co-production, c’est-à-dire financée avec l’Etat, donc avec l’argent des petites gens ?  En tout cas, voilà qui nous éclaire sur les malheurs du bouquet de tulipes de Jeff, qui n’a peut-être plus en France le soutien nécessaire.

(1) Le Monde, 17 et 18 juin 2018, p.19.
(2) Ibidem, 18 mai 2018.
(3) M le magazine du Monde, 23 juin 2018, p.45 et 47.

Envoyé par l'auteur, paru sur www.sourgins.fr, 11 septembre2018
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"Ainsi va le monde… et c’est ainsi depuis toujours !"
 
De la crise de modèle à l’implosion du système
2006 : Crise des matières premières, le brut surfait autour des 150 $ le baril. Les meilleurs experts spéculaient allègrement à l’époque sur des hypothèses à 200, 400 $... Un baril autour des 50 $ n’était absolument plus imaginable compte tenu de la pression de la demande des BRICS, soit quasiment un milliard de nouveaux entrants, qui ont rallié notre modernité de façon spectaculaire en 25 ans. Pour autant ce transfert de modèle n’a concerné qu’une minorité de classes moyennes émergentes au sein de ces pays, ce qui laisse actuellement 5 milliards d’individus en dehors des critères de prospérité et de développement portés par notre vieil Occident… Ce dernier qui ne représente plus que 7,5 % de la population et à peine 40 % de la création de richesse (1) mondiale s’est depuis enfermé dans une crise de décroissance et une implosion de gouvernance qui ont contribué à déstabiliser son hégémonie sur le monde en une décennie…
Pourtant les signaux faibles étaient là depuis longtemps, annonciateurs d’une remise en cause de notre modèle matérialiste reposant au cours du XXème siècle sur la surenchère des énergies carbonées…
 
2008 : Crise des crédits hypothécaires américains, connue sous le nom des "subprimes". Greenspan, qui a été le concepteur avec Clinton de cette superbe supercherie bancaire, destinée à faire croire au bas de la classe moyenne américaine qu’elle deviendrait enfin et rapidement riche, a réussi à faire exploser l’économie mondiale en quelques semaines suite aux tensions sur les taux d’intérêts qui étaient liées à l’envol des prix des matières premières. Suite aux spectaculaires faillites bancaires, Greenspan devant le Congrès a avoué que "jamais il n’aurait imaginé un tel effondrement du modèle… ". Pourtant il a fait partie de ces apprentis sorciers adulés par toute la sphère financière et politique qui a neutralisé intentionnellement toute forme de contrôle et régulation politique pour faire du profit rapide et facile. Sans tomber dans la psychose du complot, on ne peut ignorer la responsabilité de tous ces cercles cyniques qui se sont enrichis de façon outrancière et sans scrupule en manipulant les opinions. De nouveau les signaux faibles étaient là annonciateurs d’une crise systémique beaucoup plus grave que la crise de modèle révélée par la crise des matières premières deux ans auparavant. Mais au "royaume des aveugles les borgnes sont rois" surtout quand la cupidité et l’avidité remplacent la lucidité et l’honnêteté…
 
Depuis, les effets induits de cette double spéculation sur les matières premières et sur les produits financiers ont généré une crise sans précédent de notre modèle urbain, énergétivore et consumériste qui a assuré à un petit milliard d’individus paix, prospérité et bien-être pendant quasiment 7 décennies. Il est vrai qu’aujourd’hui nous mourrons plus facilement d’obésité et souffrons plus de "burn-out" dans nos sociétés opulentes que de famines ou de guerres fratricides… Cela s’est traduit par des successions d’effondrements économiques dans les secteurs de l’immobilier et de la construction, de l’automobile mais aussi et surtout des activités financières et bancaires avec notamment la révélation des opérations Sponzi autour des produits dérivés des Hedge Funds. Dix ans après, tout le monde a oublié les ravages de ces effets dominos, pour recommencer de plus belle…
Pour tenter de maitriser la situation nos grands argentiers ont inondé le monde de liquidités avec la stratégie des "quantity-easing" (2) initiée par la FED américaine. Au lieu de se mobiliser sur une transformation du modèle en profondeur pour le rendre plus robuste, et d’investir une fois pour toutes dans une nouvelle société moins énergétivore et plus résiliente, le système financier et politique n’a fait que développer et multiplier de nouvelles bulles spéculatives (3). La plus extravagante étant celle des Bitcoins… Ces bulles s’avèrent actuellement pires et plus folles encore que celles de 2006/2008 sur les marchés obligataires et sur les marchés actions, avec en toile de fond une explosion des dettes, qu’elles soient souveraines (en Europe) domestiques (Etats-Unis) ou privées (Chine) (4). Pour autant les banquiers nous assurent encore aujourd’hui que tout est sous contrôle alors que tous savent et affirment en coulisse que le prochain krach sera beaucoup plus grave et intense que celui de 2008. De nouveau "il n’y a pas plus sourd que celui qui ne veut rien entendre… " Le déni de réalité est total !
 
Les modes de résolution de cette crise systémique, déjà testés au Japon qui a servi de laboratoire dans les années 2000, n’ont fait que générer depuis dix ans des logiques déflationnistes, contribuer à la montée d’un chômage structurel et fissurer la cohésion occidentale. Ce fut le cas en particulier en Europe sur les questions énergétiques où tout a volé en éclat aux lendemains de Fukushima avec l’abandon radical du nucléaire par l’Allemagne et l’envolée des stratégies carbonées. Comment imaginer un budget, une diplomatie ou une défense commune quand nous n’avons pas été capables de nous accorder a minima sur une simple stratégie de coordination de nos intérêts énergétiques quand il le fallait… Depuis nous sommes pris en otage par les stratégies russes avec leurs gazoducs sur la Baltique et sur la Méditerranée orientale et par celles des américains avec leur LNG issus de leurs schistes bitumineux. Pauvre Europe ! Si riche et si impuissante… Progressivement nous sommes entrés dans une crise profonde de la social-démocratie avec la montée des partis extrémistes et l’affirmation de postures égoïstes au sein des jeux d’acteurs qui privilégient désormais des replis stratégiques et le retour brutal de la "realpolitik" (USA, Allemagne, Italie, UK avec le Brexit, pays du groupe de Višegrad, Pologne etc.).
 
De la défiance vis-à-vis des élites à l’effondrement de l’autorité des Etats
L’effondrement de la légitimité et de la crédibilité des exécutifs qui en a résulté sur les dernières consultations depuis 2016 n’est que la résultante de l’implosion globale du système de vie que nous n’avons pas su transformer au cours des 30 dernières années. Pourtant tous les indicateurs et analyses nous invitaient à faire preuve d’audace créatrice dès les années 70/80, notamment en termes d’évolution de nos modèles de vie et de gouvernance (5). Jamais les élections n‘ont connu un tel niveau de désaveu et d’indifférence des populations. Les scores atteints par l’abstention, notamment en Europe, révèlent partout des décrochages considérables en termes d’adhésion entre les populations et les élites qui portent des programmes politiques. Les effets de séduction propres aux consultations électorales se dissipent vite et la plupart des politiciens retombent très vite sur leurs socles très marginaux de supporters qui ne représentent chaque fois qu’un faible pourcentage de la population. Les mêmes phénomènes de défiance et de rejets se développent vis-à-vis des médias et des "experts accrédités" qui véhiculent inconsciemment les pathologies collectives et les paradoxes de nos sociétés. La défiance s’est installée à tous les étages. Elle n’est que la traduction d’un profond décrochage des opinions vis-à-vis de ce que les élites dénomment "la mondialisation heureuse" … Elle traduit un sentiment de trahison et de mépris des populations qu’il ne faut plus sous-estimer !
 
Désormais les effets de surprise, pour ceux qui ne veulent rien voir, se multiplient ici et là, alors que tout est si évident pour ceux qui vivent au contact de nos sociétés. Ce fut le Brexit, puis l’élection de Trump, la réélection de Poutine, d’Erdogan et de Rohani, ainsi que les référendums d’autonomie et d’indépendance sur le maillon faible que constitue l’Europe. Ces consultations jugées "populistes" font sourire nos chroniqueurs qui ne voient que l’expression de "farces politiques" alors que nos constitutionnalistes tremblent en voyant s’ouvrir un peu partout des boites de Pandore nationalistes.
Ce sont les coups de boutoir des pays du groupe de Višegrad, rejoints par l’Italie, face à une Allemagne divisée sur la question des migrations.
Ce sont les coups de menton de la Pologne et de la Lituanie, sur cet "intermarium" cher à Pilsudski (6), face à la Russie.
C’est l’OTAN qui instrumentalise ces montées de tension pour essayer de relégitimer sa signature sur l’Europe orientale alors que l’Union européenne est devenue quasiment inaudible, si ce n’est inexistante face au réveil des pulsions identitaires et aux chocs sécuritaires qui secouent nos vieilles démocraties. Ne parlons pas de son impuissance chronique face aux ultimatums de Donald Trump qui exige qu’elle devienne plus responsable sur le partage du fardeau militaire au sein de l’Alliance atlantique…
Mais ce sont aussi les "mal élus" français et allemands, actuellement en baisse de popularité, qui essayent tant bien que mal, de sommets en sommets, ou de déclarations en déclarations parfaitement scénarisées, de réveiller une institution quasi moribonde.
L’Europe est bien morte à Pristina avec les opérations sur le Kosovo en 1999 et suite aux accords sur le referendum d’autodétermination qui justifient désormais toutes les transgressions du droit international en interne et sur les marges de l’UE (7). Il n’y a que les technocrates de Bruxelles qui ne l’ont toujours pas compris, à moins qu’ils ne simulent volontairement une forme d’autisme politique afin de gagner du temps.
 
Nos exécutifs, en perdant la relation de confiance avec les populations, ont favorisé la fractalisation territoriale à laquelle nous commençons à assister. Elle sera longue et conflictuelle comme toujours dans l’Histoire quand l’autorité de l’Etat se dilue face aux revendications identitaires locales.
L’exemple catalan face à l’Etat central madrilène n’en n’est que la première illustration.
En France les poudrières Calédonienne et Corse attendent en embuscade la bonne fenêtre de tir.
Les Etats mettent tout en œuvre pour résister à cette régression quasi systémique qui ramène la carte de l’Europe à une configuration similaire à celles du XIIIème et XVème siècles. Il en va de leur survie et de la continuité du modèle westphalien qui n’en finit pas de mourir. Mais rien ne pourra entraver cette régression collective car il n’y a plus de projets ou de référentiels qui font véritablement sens pour les populations. Le couple Etat/Nation est en crise profonde et contribue à ce processus de suicide collectif qui parait désormais irréversible au niveau européen. Ce ne sont pas les quelques parodies électorales peu convaincantes des candidats pour les prochaines échéances européennes qui modifieront l’issue de ce processus d’autodestruction. La crise financière et politique italienne en cours finira par achever cette lente agonie et permettra aux allemands de prononcer ce "germanxit" qu’une partie de l’électorat opposé à Angela Merkel souhaite désormais.
 
Implosion de l’Europe et reconfiguration des hégémonies mondiales
Comme personne n’a pu résoudre la crise de modèle, celle-ci se transforme en une crise systémique de gouvernance où chacun se recroqueville sur ses propres intérêts. Cela se traduit, sur un fond de menaces majeures de crise financière et bancaire, par des endettements considérables qui enlèvent aux Etats centraux toute crédibilité politique et aux politiques qui ont œuvré dans ce sens, toute légitimité. L’effondrement de l’autorité des Etats est proportionnel au désenchantement des populations, notamment des classes moyennes, principal objet de convoitise des technocraties qui ont pris ici et là le pouvoir. Ce mouvement de fond génère partout des votes de rejets vis à vis des élites qui représentent ces minorités financières arrogantes et ces technocraties européenne omniprésentes qui sont contestées de partout (cf. les élections en Tchéquie avec Babel, l’arrivée de Kurtz en Autriche qui promeut le retour d’une gouvernance habsbourgeoise, la méthode d’Orban qui accorde la citoyenneté hongroise à toutes les minorités qui ont subi le démantèlement de la grande Hongrie par Clémenceau, les démonstrations antieuropéenne du gouvernement polonais, le programme antieuropéen de la coalition italienne etc…).
 
Ces postures contestataires anti-européennes, improprement qualifiées de "populistes", très hétérogènes dans leurs constitutions et démonstrations de force, contribuent à fractaliser le peu de cohésion et de cohérence du monde occidental. Alors que les USA se replient derrière les slogans de Trump "America First", que la chine se déploie "China First", que la Russie essaye de s’affirmer sur le nœud eurasien aux cotés de l’Iran et de la Turquie pour contrôler le nœud énergétique mondial et que l’Inde monte en puissance pour devenir le pivot de l’avenir du monde à horizon 2050, nous sommes désormais en Europe en pleine implosion socio-politique. Même l’Allemagne, dont tout le monde pensait le modèle social-démocrate indestructible, se retrouve désormais confrontée à ses vieux démons.
La situation est pathétique. Elle ressemble étrangement à celle du Titanic qui a heurté l’Iceberg mais dont l’équipage demande à l’orchestre de jouer plus fort afin que les premières classes ne se rendent compte de rien. Tout le monde connait la suite : le bâtiment qualifié d’insubmersible a sombré sur une fissure horizontale qui a remis en cause les stratégies assurantielles des caissons verticaux. C’est exactement ce qui est en train de se dérouler sous nos yeux. La défiance et la fractalisation territoriale défient la verticalité de nos Etats et centralités technocratiques. Comme dans le Titanic chacun joue sa partition et affirme "ce qui est juste" pour lui afin de négocier sa place légitime et ses intérêts immédiats, quand il ne s’impose pas par la force sur le canot de sauvetage.
Les actuelles discussions et régulations entre acteurs concernés de l’hémisphère nord, tant européens, américains que russes, autour des questions migratoires et sécuritaires sont assez éloquentes sur le niveau de désagrégation des solidarités. Peu de gens connaissent véritablement les niveaux de brutalités, qui sont actuellement mis en œuvre en coulisse. Tout ceci se déroule dans un climat de confusion intellectuelle et morale qui révèle le vide sidéral sur les plans philosophiques et spirituels dans lequel nous nous complaisons depuis 30 ans.
 
Nous allons bientôt célébrer allègrement le centenaire de la fin de la première guerre mondiale (1918-2018) alors que nous sommes confrontés depuis 5 ans à une remise en cause de tous les protocoles et avenants du traité de Versailles. Cette virtualité médiatique est portée par des politiques qui adorent les commémorations (en France, nous en sommes à 27 par an, ce qui est à psychanalyser…) mais qui sont complètement déconnectés du retour de la "realpolitik" et de l’exaspération des populations sur le terrain.
Orban en Hongrie, comme Erdogan en Turquie, remettent en cause de façon explicite les traités de Sèvres et de Lausanne.
La Pologne demande le rattachement de la Galicie à l’Ukraine.
L’Autriche revendique la Padanie.
La Russie, la Turquie et l’Iran posent dans leurs réunions à Astana "la nouvelle question d’Orient" (8) et enterrent les vieux accords Sykes-Picot (9) sans nous associer à un redécoupage du Moyen Orient.
Le Royaume-Uni est confronté, suite au Brexit, aux revendications d’indépendance de l’Ecosse et de l’Irlande etc…
Tous les "experts accrédités" passent leur temps à sous-estimer la colère sourde des populations. Celles-ci rejoignent de plus en plus les quêtes identitaires, territoriales et religieuses, seuls sauf-conduits pour sortir de l’étreinte gloutonne des Etats en crise et de leurs sponsors, notamment financiers, qui ne cessent d’enfoncer notre pseudo bien être mondialisé, mais surendetté, vers un krach monumental. Beaucoup ont vu dans les soubresauts des printemps multicolores des révoltes emblématiques comme sur les places Tahir au Caire, Maïdan à Kiev, Taksim à Istanbul… Beaucoup ont cru à l’avènement d’une société mondiale plus démocratique et égalitaire. C’est l’inverse qui a jailli de ces pulsions naïves avec l’affirmation de régimes autoritaires, dictatoriaux (voire quand il n’y a plus d’Etats de mouvements radicaux qui sèment partout leurs graines de haine et de mort).
 
La mode désormais, dans les colloques, et dans les tribunes des journaux est de disserter sur la "nouvelle dangerosité" du monde, sur "l’instabilité" des relations internationales et sur "l’irrationnalité" des jeux d’acteurs. Comme si Donald Trump et Kim Il Jung étaient des cinglés alors que nous avons affaire aux dirigeants les plus rationnels et les plus déterminés qui soient sur le plan géostratégique pour imposer au monde une nouvelle partition, celle qui permet à leurs intérêts de s’imposer contre tous les autres. C’est ce qu’ils ont fait le 12 juin à Singapour, après avoir créé un brouillard politico-médiatique pendant un an, permettant ainsi à leurs services secrets réciproques de faire leur travail en toute discrétion et d’entretenir tous nos "experts accrédités" sur de fausses pistes.
C’est exactement ce qu’avaient fait de façon époustouflante Reagan et Georges Bush avec Andropov puis avec Gorbatchev avec la "guerre des étoiles" pour déboucher sur la rencontre de Reykjavik les 11 et 12 octobre 1986 et la déconstruction du protocole de la guerre froide issue de Yalta, là aussi entre services secrets...
Utiliser la crédulité, voire la stupidité de nos chroniqueurs, n’a pas de prix, surtout quand cela permet de surprendre, de "renverser la table" sur le plan géostratégique et, comme le disait Mac-Namara lors de la crise de Cuba, "d’inventer un nouveau jeu".
 
Qu’est-il sorti de la rencontre d’Helsinki entre Trump et Poutine le 18 juillet, rencontre qui relève exactement des mêmes processus entre diplomaties secrètes ? Tous sont en train de préparer des grands rendez-vous stratégiques sur les 4 à 5 prochaines années, ce qui correspond en termes de fenêtre de tir à leurs mandats respectifs. Trump verrouille ses alliances et fait payer le prix d’un alignement sans concession en réactivant l’arme douanière propre aux puissances maritimes, Poutine finalise ses prises de gage territoriales et revendique sa place dans les prochaines conférences internationales, Xi Jinping multiplie les effets d’annonce autour de son projet de route de la soie (10) et impose au monde une autre lecture du retour de l’empire chinois après "le siècle de mépris occidental", Narendra Modi suggère aux uns et aux autres de ne pas oublier la route des Indes… Chacun y va de sa rhétorique plus ou moins guerrière en sachant que 2019/2020 seront des années décisives de bascule sur le plan des rapports de force en termes de pouvoir et de puissance (11). Toutes les diplomaties secrètes sont prêtes pour les grands rendez-vous géostratégiques qui vont s’enclencher après les élections américaines de mi-mandat en novembre 2018 …
 
"Realpolitik" et sortie de crise
Toutes ces erreurs d’évaluation vis-à-vis de ces moments historiques que nous vivons révèlent le désarroi de nos équipes dirigeantes, particulièrement en France, quels que soient leurs niveaux de formation et d’information, depuis plusieurs décennies. Elles se sont mises en dehors des réalités pour profiter de la vie, cultiver une philosophie du bien être portée par une mondialisation débridée, faire de l’argent facile et rapide à partir d’une financiarisation exubérante et acheter la paix sociale et civile à la petite semaine. Cette vacuité de la responsabilité devant l’Histoire et cette lâcheté collective sont à la base de cette implosion globale de nos systèmes de vie et de décision qui apparait chaque jour un peu plus au travers des coups de boutoir que nos sociétés, notamment européennes, subissent dans tous les domaines qu’ils soient économiques, financiers, migratoires ou sécuritaires.
 
Comment en sortir ?
Par plus de dettes, la fuite en avant de ces 30 dernières années n’ayant pas suffi… ? Par plus de fiscalité, en dépossédant, voire en ruinant les classes moyennes pour continuer à nourrir des Etats incapables d’inventer un autre mode de "vivre ensemble" ?
Par plus de populisme en instrumentalisant les facteurs identitaires, voire religieux et en régressant sur une nouvelle féodalité territoriale ?
Par la soumission et l’abdication sous prétexte que le monde est devenu multiculturel et global, en cédant notre place aux nouveaux entrants, ces puissances centrales d’hier qui revendiquent désormais le rôle de nouveau gendarme du monde à la place des modèles ultralibéraux et maritimes anglo-saxons ?
Messieurs Poutine avec ses agents du FSB, Erdogan avec ses janissaires et Rohani avec ses pasdarans sont sûrement les meilleurs dirigeants que nous pourrions imaginer à moyen terme pour nous assurer un bien-être démocratique… Pourtant beaucoup de nos éditorialistes sont sous le charme de ces dirigeants ; ils opposent souvent les vertus apparentes de l’autoritarisme parfaitement scénarisé de ces dirigeants vis-à-vis de leurs peuples, pour les maintenir sous le joug, avec la perte pathétique d’autorité des nôtres qui font parfois sourire pour ne pas en pleurer de honte …
 
Il reste la solution de céder nos actifs aux chinois et aux indiens dont les prétentions hégémoniques à moyen terme (avec la valorisation de la route de la soie et la réouverture de la route des Indes) sont indéniablement supérieures aux Gafa (12) un peu trop sûrs de leurs pouvoirs transverses et virtuels sur le fonctionnement numérique du monde. Tout le monde sait que leurs constructions, notamment boursières et financières, peuvent s’effondrer du jour au lendemain. Les grands empires ont toujours disparu sur leurs spéculations financières, leurs surenchères guerrières et sur leurs dettes. C’est ce qui constitue actuellement la menace principale pour les Etats-Unis, comme pour ses alliés. En revanche les civilisations se sont toujours imposées par l’émergence d’un nouveau modèle de vie et par l’affirmation de nouveaux modes de gouvernance. L’Occident en est-il de nouveau capable (13) ?
 
La réponse est sûrement du côté de la démographie qui reste l’élément dimensionnant de toute réflexion géostratégique. Pour notre vieil Occident, y compris pour les Etats-Unis, comme pour la Sainte Russie, les courbes sont impitoyables. Elles sont négatives et nous sommes confrontés à des processus de submersion, voire de remplacement sur les prochaines décennies en termes de modèles de sociétés et de civilisation du fait du vieillissement de nos populations. Il en sera de même pour la Chine assez rapidement, ce qui n’est pas neutre dans son actuelle confrontation avec les Etats-Unis en termes d’hégémonie sur les 20 prochaines années (14).
Ce phénomène conduit sur le court terme à un repli grégaire de nos pays de l’hémisphère nord derrière des murs. Nos sociétés s’enferment sur des peurs convulsives qui sont compréhensibles. Mais elles ont pris de mauvaises habitudes. Elles ne souhaitent surtout pas renoncer aux plaisirs jouissifs offerts par la société de consommation qui les infantilise du matin au soir, et de fait elles sont prêtes à n’importe quelle compromission pour faire durer le plaisir. Elles ne vivent plus pour contribuer à un destin collectif, porter une espérance et une universalité comme ce fut le cas pendant plusieurs siècles, notamment avec le Christianisme. Elles n’ont plus envie de se battre pour inventer et imposer un autre avenir. Seuls les Etats-Unis ont, et pour combien de temps encore, cette volonté d’exister et de durer. Ce qui n’est plus le cas de l’Europe. Nous pouvons nous poser la question pour la Russie malgré le patriotisme, et ce côté "village Potemkine" (15) entretenu en particulier par Poutine avec le mondial, pour montrer que son pays n’est pas qu’une puissance régionale (16) et qu’il a encore un rôle salvateur à jouer sur le plan mondial, notamment pour la chrétienté.
 
Quand nous nous complaisons dans la déconstruction des référentiels et des valeurs qui ont assis notre pouvoir et nos facteurs de puissance depuis le XVème siècle, comment imaginer que le petit milliard d’hommes que pourrait constituer une coalition de l’hémisphère nord (USA, Canada, Europe, Russie, Corée, Japon) puisse faire face à tous les prétendants et logiques émergentes sur l’hémisphère sud (17) qui compte 6 milliards d’habitants actuellement, 10 milliards en 2050 ? Ne rêvons pas, ces derniers veulent tout simplement prendre notre place, récupérer nos richesses et nous imposer leurs modèles de société, avec pour la plupart un mépris total vis-à-vis de notre indolence et de nos états d’âmes. Il en a toujours été ainsi dans l’Histoire : les civilisations sont mortelles et les faibles ont toujours été remplacés par des forts. La vision multiculturelle d’un monde parfait et idéal n’est qu’une vision de "bobos" riches et incultes déconnectés des réalités du monde.
Plus personne n’attend le vieux monde occidental pour répondre aux défis du XXIème siècle. C’est trop tard, nous avons 30 ans de retard en termes de réponses sur la transformation des matrices de vie et de gouvernance. Nous avons trop profité de la vie et trop joué avec les profits. Nous n’avons pas assez investi sur le futur et pensé les nouveaux modèles sociétaux. Les Etats-Unis de Donald Trump, qui font rire nos chroniqueurs incultes, essayent tant bien que mal de rester "America first and great again", mais soyons lucides, même avec une logique de coalition entretenue aux forceps sur l’ensemble de l’hémisphère Nord pour contenir les pressions migratoires et économiques à venir de l’hémisphère sud, même avec une nouvelle alliance avec la "Sainte Russie", si tant est que les successeurs de Poutine ne soient pas tentés de basculer vers une autre alliance avec la Chine et vers les "mers chaudes", rien n’empêchera une transformation à très grande vitesse des rapports de force mondiaux. Si les Etats-Unis échouent dans leurs tentatives de maintenir leur hégémonie face à la Chine, ne nous faisons aucune illusion, le monde qui viendra reposera sur l’affirmation d’autres formes de pouvoirs qui seront plus autocratiques, voire dictatoriaux, que ceux qui assurent actuellement d’abord le suicide de l’Europe puis le déclassement progressif de l’Occident. 
 
Quand tout nous oppose sur les plans identitaires, philosophiques et spirituels où se situe la porte étroite d’une éventuelle sortie de crise ? Là est la vraie et la seule question qui compte désormais. Il y a actuellement parmi nos élites une fascination qui prévaut dans les esprits avec l’avènement de "l’Intelligence artificielle". Le sujet est devenu la nouvelle marotte des cercles éclairés… Elle constituerait l’antidote qui permettrait de transformer notre crise de modèle. L’avenir ne s’écrit pas avec une petite boite à outil technologique et avec quelques remèdes économiques vendus par nos nouveaux apothicaires des temps modernes. Il faut des convictions profondes et une vision plus aboutie pour prétendre mener et transformer le destin des peuples. Cela suppose d’abord un réel réveil philosophique et spirituel, avec un autre niveau culturel de nos dirigeants. C’est la véritable bataille à mener pour les générations futures, celle de l’exigence, du courage et de la probité intellectuelle afin de nourrir et d’incarner une vision stratégique. C’est un tout autre défi que celui de l’agitation médiatique et de l’abrutissement des masses comme nous le subissons depuis plusieurs décennies avec tous ces imposteurs et petits technocrates qui entretiennent actuellement la confusion et l’illusion à tous les niveaux. N’oublions jamais ce mot d’Alain "Toutes les passions, comme le nom l’indique, viennent de ce que l’on subit, au lieu de gouverner " (18)
 
Le "chant du cygne" (19) de l’Occident est encore imperceptible pour beaucoup, il suffit pourtant de prêter l’oreille et d’observer tous les signaux faibles autour de la redistribution des cartes en termes de pouvoir et de puissance pour pressentir assez rapidement la nouvelle cartographie des rapports de force qui se dessine entre les civilisations. Les effets d’annonce, les coups de menton, les prises de gage, les effets de surprise, le déclassement des uns, l’émergence des autres constituent les marqueurs des grands jeux en cours. Ils sont normaux pour les historiens qui réfléchissent à l’échelle du temps long.
Finalement ce qui se déroule sous nos yeux n’a rien de surprenant.
L’Histoire a toujours montré qu’il n’y a que des dominants et des dominés avec parfois quelques médiateurs ou régulateurs astucieux. Maintenant rien n’est irréversible dans les jeux d’acteurs en cours, tout est toujours négociable ! C’est ce que nous démontrent quotidiennement tous ces dirigeants que nous prenons pour des "fous". Ils ne sont en fait que la caricature de leur propre Histoire. Cow-boy, tsar, sultan, fils du ciel… ils ont juste envie de réécrire de nouvelles partitions à leur manière. Comme nous n’avons plus envie de dominer ils remettent brutalement en cause les règles du jeu du vieil ordre mondial westphalien que nous avons créé il y a quatre siècles. C’est ainsi, et il en a été toujours ainsi depuis le début de l’humanité… Les faibles laissent inexorablement la place aux forts. Comme l’écrit Machiavel : "pour prévoir l’avenir, il faut connaitre le passé, car les évènements de ce monde ont en tout temps des liens aux temps qui les ont précédés. Créés par des hommes animés des mêmes passions, ces évènements doivent nécessairement avoir les mêmes résultats… "(20)
                                                                        
(1) Le G7 (USA, Canada, Royaume Uni, Allemagne, France, Italie, Japon) lors de sa dernière réunion à Malbey au Canada a représenté 750 millions d’habitants soit 8% de la population mondiale, 35000 milliards de $ de PIB (PPA) soit 32% du PIB mondial, mais 900 milliards de $ en termes de financement des budgets de défense des coalitions militaires (dont 600 milliards pour les seuls USA) soit 75% des dépenses militaires mondiales.
(2) Les "QE" correspondent à la stratégie de banques centrales de recourir à la "planche à billet" pour injecter des liquidités dans l’économie
cf.
https://abc-economie.banque-france.fr/quantitative-easing
(3) Cf. Livre de Marc Touati "Un monde de bulles" – Bitcoin, Bourse, dettes, immobilier…10 ans après le Krach de 2008, comment éviter une nouvelle crise ? éditions Bookelis sept 2018.
(4) Depuis le début de la crise en 2007, la dette mondiale est passée de 57 000 milliards de dollars à 233 000 milliards (source : FMI). Le Japon a le taux d'endettement le plus élevé au monde, soit environ 500% du PIB, tous secteurs confondus. Neuf pays dans le monde ont un ratio de dette publique supérieur à 300% et 39% des pays ont un ratio supérieur à 100%. La Fed a augmenté son bilan de presque 1 000 milliards de dollars fin 2008 au niveau actuel de 4 500 milliards... mais le PIB nominal n'a augmenté que de 2 700 milliards. Environ 900 milliards de dollars ont été investis sur les marchés financiers et ont provoqué un triplement du prix des actions américaines.
(5) Cf : Thierry Gaudin "2100, récit du prochain siècle" - Grande bibliothèque Payot
 Voir aussi  le site Fondation 2100 :
https://2100.org/fondation/
(6) Maréchal Josef Pidulski, créateur de l’armée et père de l’indépendance polonaise au XXème siècle.
Lire à ce sujet "Et si l’Europe avait écouté Josef Pidulski" par Alexandra Viatteau, écrivain conférencière à l’Université de Marne-la Vallée (avril 2005) 
https://www.diploweb.com/forum/pilsduski.htm
(7) Cf. de Jacques Hogard : "l’Europe est morte à Pristina" Hugo § Cie – 2014
(8) Lire l’excellent ouvrage de Georges Corm "La nouvelle question d’Orient" aux éditions La découverte 2017.
(9) Les accords Sykes-Picot – voir 
https://www.monde-diplomatique.fr/2003/04/LAURENS/10102
(10) Cf. le numéro 90 de la revue Diplomatie : "les nouvelles routes de la soie, forces et faiblesses d’un projet planétaire"
(11) Selon le FMI la Chine aurait déjà dépassé en PIB/PPA les USA en 2014
 
https://www.lesechos.fr/24/11/2017/LesEchosWeekEnd/00100-003-ECWE_quand-la-chine-deviendra-t-elle-la-premiere-economie-mondiale--.htm 
Quant à l’Inde elle est devenue sixième puissance économique mondiale et serait troisième en 2030.

https://www.latribune.fr/economie/union-europeenne/comment-l-inde-veut-devenir-la-3e-puissance-economique-mondiale-en-2030-468073.html
(12) GAFA/ acronyme pour définir les géants du numérique soit une quinzaine d’acteurs mondiaux de l’Internet.
(13) Cf. interview d’Andrew Sheng "l’Occident n’a pas d’idées pour gérer les enjeux essentiels" 27 avril 2018
http://www.lefigaro.fr/conjoncture/2018/04/27/20002-20180427ARTFIG00359-andrew-sheng-l-occident-n-a-pas-d-idees-pour-gerer-les-enjeux-essentiels.php
 https://som.yale.edu/blog/interview-with-andrew-sheng
(14) Cf. d'Isabelle Attané : "La Chine à bout de souffle" (Fayard 2016),
(15) L'expression "village Potemkine" désigne un 
trompe-l'œil à des fins de propagande. Elle fait référence à une opération où le façades des villes et villages traversés lors de la visite de l'impératrice Catherine II en Crimée en 1787 avaient été érigées à base de carton-pâte afin de masquer la pauvreté.
(16) Cf. déclaration d’Obama en mars 2014 : 
https://www.lexpress.fr/actualite/monde/europe/la-russie-est-une-puissance-regionale-en-perte-d-influence-selon-obama_1503285.html
(17) https://www.sciencesetavenir.fr/sante/quels-seront-les-pays-les-plus-peuples-en-2050_116673
(18) Cf. Alain : "Mars ou La guerre jugée / De quelques-unes des causes réelles de la guerre entre nations civilisées" - Gallimard 17 novembre 1917
(19) "Le chant du cygne" est une expression qui aurait été utilisée par Socrate, lorsqu’il a été condamné à mort pour impiété, afin d‘expliquer à ses amis combien sa pensée est similaire à cet instant au chant d’adieu de cet oiseau d’Apollon qui revêt une valeur divinatoire avant de mourir. 

http://agora.qc.ca/thematiques/mort/documents/le_chant_du_cygne_ou_la_mort_selon_socrate

(20 cf. Nicolas Machiavel – Le Prince
Envoyé par l'auteur, 7 septembre 2018 (édité sur http://www.xavierguilhou.com)
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Pourquoi le peuple français n'a-t-il plus confiance en ses présidents ?
 
"Si je suis désavoué par une majorité d'entre vous, ma tâche deviendra évidemment impossible et j'en tirerai aussitôt les conséquences". Cette déclaration du général de Gaulle à la veille du référendum de 1969 est emblématique de sa conception de la République, fondée sur le respect des Français. Chez lui, une impopularité présidentielle est inconcevable. La mission du chef de l'État repose exclusivement sur la confiance du peuple. Par le recours fréquent au référendum, le président de la République pose périodiquement la question de confiance à la Nation et il se retire si celle-ci est rompue. La Constitution de 1958 confie des prérogatives importantes au chef de l'État. Mais, selon un principe, qui est le socle de toute démocratie, ce pouvoir a une contrepartie : la responsabilité permanente devant le peuple.
Or depuis 1970, il existe une constante : les présidents de la République sont toujours plus impopulaires les uns que les autres. L'institution présidentielle est prise dans l'engrenage d'une rupture toujours plus profonde avec la Nation. La chute est vertigineuse si l'on prend en compte la cote de confiance des chefs de l'État après un an de manda t: de Gaulle 69%, Pompidou 59%, Valéry Giscard d'Estaing 59%, Mitterrand 57%, Chirac 42%, Sarkozy 33% (Kantar-tns-Sofres). Un sondage Ifop Paris Match de septembre 2018 donne le président Macron encore plus impopulaire que son prédécesseur avec 31% de satisfaits (contre 32%) au même stade de leur mandat.
Les causes profondes de cette déchéance sont multiples.
 
Depuis le tournant des années 1980, le politique échoue face aux grands problèmes de fond des Français : dette publique, déficits, violence et insécurité, chômage de masse, pauvreté, déclin industriel, maîtrise des frontières, situation des banlieues, déclin de l'Éducation nationale. Pour couvrir les échecs, les chefs d'État modernes s'exposent dans une surcommunication. La médiatisation à outrance sert à masquer ou à faire oublier la défaite du politique sur le terrain de la réalité. Cependant, ce faux remède ne fait qu'aggraver le mal. Par cette surexposition, en prétendant incarner à eux seuls le pouvoir politique, dans une logique qui écrase le Parlement et le Gouvernement, les présidents se posent involontairement en boucs émissaires naturels de la Nation, incarnation de ses maux et de ses angoisses. Par le plus tragique des paradoxes, le chef de l'État, censé incarner le prestige national, finit par incarner de facto la déchirure, les souffrances et les angoisses de la Nation.
La question de la responsabilité présidentielle face à la Nation, au cœur de la République gaullienne, est annihilée, comme incongrue. Au contraire, les occupants de l'Élysée se placent dans une posture de rupture avec le peuple. Ils se persuadent de leur vocation à diriger le pays sans le soutien de la population, en ne comptant que sur eux-mêmes (voire une coterie de courtisans). Tel est le paroxysme en politique de la société narcissique et nihiliste décrite par Gilles Lipovetsky dans l'Ère du vide.

Cette erreur fondamentale est une source des malheurs politiques de la France contemporaine. Aucune démocratie ne peut être gouvernée sans la confiance durable de la Nation. Le général de Gaulle a sorti la France de la guerre d'Algérie, son plus grand défi depuis 1945, en s'appuyant sur la confiance du pays. Oui, la France est gouvernable, oui elle est réformable, mais sous réserve de la confiance du peuple en ses dirigeants. Le principe de l'autorité verticale, du haut vers le bas, l'autocratie, est absurde et illusoire dans le monde moderne. Il est inutile d'édicter des normes si la confiance n'est pas au rendez-vous, à tous les niveaux pour relayer les choix de société et les faire vivre.
Un président de la République sans la confiance populaire, qui est la courroie de transmission entre l'Élysée et le monde des réalités, est condamné à l'isolement et à l'impuissance. La confiance du peuple permet seule de légitimer l'action publique et de surmonter les intérêts particuliers et les obstacles intermédiaires. Il n'existe pas d'autorité, en démocratie, ni de réforme possible, en dehors de la confiance populaire. Comment peut renaître la confiance ? Autour de valeurs comme la vérité, la modestie (contraire de la vanité stérile), l'action authentique, l'intérêt général, les responsabilités partagées avec le Premier ministre, les ministres et le parlement, la simplicité, le respect, l'honnêteté, la sincérité, l'écoute, la vision de l'avenir, la volonté unique de servir la France.

Paru sur maximetandonnet.wordpress.com, 5 septembre 2018 (après parution sur Figarovox, 4 septembre 2018)
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Affaire Vigano : séisme au Vatican !
 
La lettre de Mgr Carlo Maria Vigano, ancien nonce apostolique à Washington de 2011 à 2016, rendue publique le 26 août, est un événement sans précédent dans l’Eglise. Par sa forme – jamais un membre aussi élevé de l’administration vaticane n’était intervenu de la sorte – et plus encore par le fond : les faits rapportés sont effroyables mais d’une précision factuelle qui leur donne une réelle crédibilité, et ce d’autant plus que le signataire révèle principalement des faits dont il a été le témoin direct.

Parmi les informations importantes ici dévoilées, il y a l’existence d’une complaisance au sein de la Hiérarchie vaticane à l’égard de la tendance homosexuelle de certains ses membres et, surtout, le fait que le pape François aurait été informé dès le 23 juin 2013 par Mgr Vigano lui-même au cours d’un tête-à-tête du passé de prédateur sexuel du cardinal McCarrick (il y a chez cet homme une dimension diabolique), ancien archevêque de Washington et haute figure de l’épiscopat américain. Mgr Vigano affirme que les déviances de McCarrick ont été découvertes vers la fin des années 2000 et que Benoît XVI avait pris des sanctions restées secrètes contre lui dès 2009-2010 mais qu’elles ne furent jamais suivies d’effet. Or McCarrick, homme de grande influence, a continué à jouer un rôle important, tout particulièrement comme conseiller de François depuis son élection en 2013. Y a-t-il réellement eu des sanctions et pourquoi alors Benoît XVI n’a-t-il pas été obéi ? Et, surtout, pourquoi a-t-il fallu attendre l’été 2018 pour que François se décide enfin à sévir contre McCarrick ?

Certes, on peut toujours s’interroger sur la méthode de l’ancien nonce de dévoiler publiquement ce qu’il sait – ce qu’il justifie par le fait que toutes ses mises en garde sont demeurées sans réaction de ses supérieurs –, on peut aussi penser qu’il eût mieux fait de s’en tenir aux faits sans aller jusqu’à demander la démission du pape, mais vu l’ampleur du désastre, ces aspects deviennent secondaires, car le texte de Mgr Vigano est en effet une bombe, l’expression n’est, pour une fois, pas exagérée. Et face à de telles révélations qui secouent profondément et écœurent le peuple de Dieu, le silence ne peut être une réponse. Car de deux choses l’une. Ou Mgr Vigano n’est qu’un affabulateur qui ment effrontément et alors le minimum à attendre de l’Autorité, c’est qu’il soit dénoncé, qu’une enquête canonique rétablisse la vérité et sanctionne de façon exemplaire le menteur. Ou Mgr Vigano dit la vérité – en tout ou partie – et nous avons là une affaire explosive qui ne pourra être traitée par la politique de l’autruche ; face à une telle affaire, le souci de vérité devrait obliger à mettre sur pied rapidement une commission d’enquête pour examiner chacun des points soulevés par Mgr Vigano et produire les documents prouvant ou invalidant ses affirmations. La politique consistant à détourner l’attention du problème de fond et ne proposer pour toute réponse qu’une tentative de discréditer l’auteur de la lettre qui serait "proche des milieux intégristes" ou au centre d’un complot américain anti-François n’est pas à la hauteur des enjeux.

Face à de tels scandales qui discréditent l’Église, on attend de Rome une réaction énergique, avec des mesures exemplaires, comme le demandent nombre d’évêques américains, ce qui, hélas, ne semble pas être la priorité actuelle ! Mais cela ne peut venir que du pape lui-même et nous n’avons pas à pétitionner pour exiger ceci ou cela, et surtout pas demander la démission de François, mais au contraire à soutenir la fonction papale. Ce que nous, humble peuple de Dieu, sommes en revanche en droit d’attendre, c’est de connaître la vérité et d’espérer que justice soit faite, ne serait-ce que par respect de toutes les victimes innocentes de tant d’horreurs commises par des hommes consacrés.

Paru dans La Nef, 4 septembre 2018
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Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.

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