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Les défis du voyage de Macron en Russie
 
Le chef d'État français rencontrera son homologue russe les 24 et 25 mai à Saint-Pétersbourg. Les complexes dossiers ukrainien, iranien et syrien seront au menu.
 
Même si elles sont anciennes, les relations entre grandes nations ont besoin d'être nourries de rencontres régulières au sommet. C'est le sens du voyage d'Emmanuel Macron à Saint-Pétersbourg les 24 et 25 mai prochains, qui répond à la visite de Vladimir Poutine du 29 mai 2017 à Versailles, laquelle célébrait 300 ans de relations diplomatiques entre la France et la Russie. Les deux présidents vont pouvoir renforcer le Dialogue de Trianon, qui lance des ponts culturels et universitaires entre les deux nations. Mais améliorer les relations politiques et économiques sera beaucoup plus difficile, tant sont nombreux les obstacles obstruant la voie d'un rapprochement franco-russe.

Stratégiquement, l'objectif à long terme des Français devrait être clair : garder les Russes en Europe, ne pas les précipiter vers l'Asie, afin de constituer un bloc capable de parler d'égal à égal avec les Chinois, dont les tendances hégémoniques ne cessent de s'affirmer. La Chine vient de montrer doublement sa puissance. Le 18 mai 2018, elle a fait atterrir des avions H-6K (bombardiers à long rayon d'action) sur un îlot des Paracels, qu'elle a accaparé en mer de Chine méridionale, et où elle a construit un aérodrome militaire. De là, ses bombardiers stratégiques peuvent désormais atteindre le nord de l'Australie ou l'île américaine de Guam. Deuxième signe de l'omnipotence chinoise, les États-Unis ont annoncé le 20 mai qu'ils suspendaient leurs mesures tarifaires punitives à l'égard de Pékin, confiants que les Chinois allaient augmenter leurs importations américaines - au détriment des Européens, cela va sans dire.
À long terme, la Chine inquiète les Russes, propriétaires d'une Sibérie quasi dépeuplée. Mais, à court et moyen terme, ils apprécient cette amie forte et fiable - si différente de l'Europe -, qui montre cohésion et indépendance, qui est leur premier partenaire commercial, qui ne leur fait pas la morale, et qui ne leur inflige pas de sanctions.

Trois sujets politiques principaux sont au menu du sommet Macron-Poutine : l'Ukraine, l'Iran et la Syrie.
Au Donbass, Moscou a accepté le principe d'un déploiement de Casques bleus de l'ONU, sur la ligne de cessez-le-feu séparant l'armée ukrainienne des séparatistes pro-russes. Berlin et Paris ont salué le geste. Mais les Russes ne vont pas permettre aux Casques bleus de se déployer sur la frontière russo-ukrainienne, tant que l'Ukraine n'aura pas voté une loi donnant une pleine autonomie culturelle et linguistique à la région du Donbass, assortie d'une amnistie générale pour les combattants séparatistes. Or, à Kiev, théâtre actuel d'une surenchère nationaliste, il n'y aura aucune initiative politique avant l'élection présidentielle de mars 2019. Mais si le Kremlin faisait un geste concret allant vers le rétablissement de la souveraineté de Kiev sur le Donbass, les Français pourraient encourager, dès juillet 2018, une suspension des sanctions de l'Union européenne contre la Russie.
Les Russes ne supportent pas l'idée d'une entrée de l'Ukraine dans l'Otan. Pourquoi l'Allemagne et la France n'inscriraient-elles pas dans le marbre leur veto d'avril 2008 d'une adhésion de l'Ukraine à l'Otan ? Pourquoi ce pays ne deviendrait-il pas neutre militairement, à l'instar de l'Autriche ? Le sommet Macron-Poutine ne débloquera pas la situation en Ukraine. Mais rien n'empêche les deux présidents de préparer l'avenir !
Sur le dossier iranien, Russes et Français s'accorderont sur la nécessité de maintenir l'accord nucléaire du 14 juillet 2015, dont les Américains se sont retirés unilatéralement. À court terme, les grandes sociétés françaises obéiront au diktat américain, car leurs échanges avec les États-Unis sont incomparablement supérieurs avec ceux qu'elles ont avec l'Iran. Mais Macron pourra aussi exposer à Poutine l'idée des Européens de faire financer le commerce avec l'Iran, en euros, par la BEI (Banque européenne d'investissement), institution à l'abri des représailles américaines.
C'est sur le dossier syrien que le président français aura avec son homologue russe la position la plus difficile. Depuis qu'elle a fermé son ambassade à Damas en mars 2012, la France a disparu du jeu. Elle n'a comme allié sur place que les Kurdes du Rojava (bande nord de la Syrie), courageux adversaires de Daech. Or l'Amérique a déjà abandonné ces progressistes à l'armée turque dans le canton d'Afrine, dans le nord-ouest de la Syrie. Respectée par tous les États, la Russie est devenue la puissance "pivotale" du Moyen-Orient. Les Israéliens viennent de lui demander de prévenir une guerre avec les Iraniens en Syrie. Recevant Bachar el-Assad à Sotchi le 17 mai 2018, Poutine a donc prôné un prompt départ de "toutes les troupes étrangères" de Syrie.
Au Congrès de Vienne, Talleyrand avait déjà noté qu'on pouvait être le meilleur négociateur du monde, les rapports de force sur le terrain finissaient toujours par se rappeler à vous…

Paru dans Le Figaro, 22 mai 2018
Publié dans De par le monde
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Lire la presse est dangereux pour votre santé financière
 
Si j’en crois la presse française, l’économie en Grande-Bretagne va mal, très mal et cela serait dû à la décision de quitter ce havre de paix et de croissance que serait l’Europe, admirablement gérée par nos chères élites technocratiques comme chacun le sait. Nos médias expliquent ainsi que la croissance du PIB en Grande-Bretagne serait en train de s’effondrer. Il est vrai que les chiffres du dernier trimestre n’ont pas été bons. Ce que l’on ne vous dit pas, c’est que cet "effondrement" vient de la quasi-stagnation des dépenses de l’Etat depuis que les conservateurs sont revenus au pouvoir.
Admettons que 50 % du PIB dans un pays soit d’origine étatique et 50 % viennent du secteur privé. Si le secteur étatique cesse de croitre, la moyenne des deux va baisser. Celui qui pense que cette baisse est une mauvaise nouvelle croit sans doute que l’Union Soviétique a été un immense succès…  De fait, depuis le retour des Conservateurs, le poids de l’Etat dans l’économie britannique a déjà baissé de 4 points de PIB, ce qui ne s’est jamais produit en France, mais est habituel quand la droite est au pouvoir en Grande-Bretagne.
 
Comment les conservateurs arrivent-ils à ce résultat miraculeux ? En faisant baisser les effectifs de la fonction publique à chaque fois quand ils sont élus, ce qui est socialement insupportable et ne peut amener qu’à une dépression comme chacun devrait le savoir.
Les conservateurs (ces monstres), à partir de 2009, ont viré 1 million de fonctionnaires ou assimilés (les effectifs de la fonction publique passent de 6.4 millions à 5.4 millions en quelques années, échelle de droite) et la loi dite de Charles Gave se vérifie une fois de plus : pour chaque fonctionnaire qui disparaît, trois emplois au moins sont créés par le secteur privé, les emplois du secteur privé passant de 21.5 millions à 24.5 millions pendant la même période.
Notons de plus qu’il n’y a jamais eu autant de Britanniques au travail, 71% de la population contre 61 % en France et que le nombre d’emplois créés au Royaume-Uni a été plus de deux fois supérieur au nombre d’emplois créés en France depuis 2010…
 
Et comme la croissance du secteur privé est bonne, voilà qui favorise les rentrées fiscales… Et comme le maintien sous contrôle des dépenses de l’Etat reste très fort, à terme, le pays revient à l’équilibre budgétaire. En fait, d’après des chiffres préliminaires, il n’est pas impossible que le budget britannique repasse en excèdent dès 2018. Personne n’en parle en France…
Hors zone Euro, rien à signaler. En fait, la plus grosse partie du déficit extérieur vient de la zone euro, frappée de stagnation depuis au moins 10 ans et donc incapables d’importer des produits anglais… alors que les britanniques importaient joyeusement des produits européens.
La Grande- Bretagne va bien et continuera à aller de mieux en mieux puisque les emplois sont de vrais emplois créés par le secteur marchand…
Et donc certainement, la bourse de Londres doit être au plus haut par rapport à la bourse de Paris ….
Pas du tout ! Rarement la Grande-Bretagne a-t-elle été aussi bon marché par rapport à la France…

Paru sur institutdeslibertes.org, 14 mai 2018
Publié dans Avec l'Europe
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"La France en guerre laisse l'ennemi en paix"
 
CHRONIQUE - Observer Emmanuel Macron cautionner la stratégie de provocation du djihadisme palestinien et taire l'inspiration coranique de Khamzat Azimov, l'assaillant de l'attentat au couteau commis à Paris, fait douter de sa capacité de résistance à l'islamiste en guerre.
 
Celui qui tue au nom d'Allah sait attendrir et culpabiliser l'humaniste benêt qu'il combat. Il lui suffit d'exposer sa communauté en victime : ce statut vaut protection chez les belles âmes. Emmanuel Macron est de celles-là, quand il redoute de nommer l'idéologie islamiste qui excite les égorgeurs. Réagissant à l'attentat au couteau commis samedi soir à Paris (quartier de l'Opéra) par un djihadiste français d'origine tchétchène (un mort, quatre blessés), le chef de l'État s'est contenté en effet de dénoncer un "terroriste". Il a aussi assuré, dans un tweet envoyé depuis sa villégiature de Brégançon (Var) : "La France ne cède pas un pouce aux ennemis de la liberté." Les grands mots cachent souvent des faiblesses. De fait, lundi, Macron a aussi tenu Israël pour seul responsable des 60 morts palestiniens tombés ce jour-là à Gaza sous les balles de son armée. Le Hamas a dû apprécier la condamnation. Ce mouvement terroriste islamiste veut qu'Israël disparaisse de la carte.
Observer le chef de l'État cautionner la stratégie de provocation du djihadisme palestinien et taire l'inspiration coranique de Khamzat Azimov, qui a tué Ronan, 29 ans, fait douter de sa capacité de résistance à l'islamiste en guerre. Macron n'ignore rien du jeu du Hamas, qui tient Gaza sous sa botte. Lundi, prétextant du 70e anniversaire d'Israël et de l'inauguration de l'ambassade des États-Unis à Jérusalem, ce bras armé de l'Iran a encouragé les foules, adolescents en première ligne, à cisailler les clôtures de séparation avec les premiers kibboutz et à franchir la frontière défendue par l'armée israélienne. Les tirs à balles réelles ont été les réponses, préalablement annoncées, aux tentatives d'invasions. L'encouragement islamiste à braver la mort est assorti de subventions versées par le Hamas : 3000 dollars pour la famille d'un "martyr", 500 dollars pour un blessé grave, 200 pour un blessé léger. Comme le rappelle Jeannette Bougrab auFigaro : "La France doit comprendre qu'elle se trouve face à un ennemi qui divinise la mort."
 
Le fanatique qui accepte de mourir à Gaza pour tenter de tuer l'image d'Israël, à défaut de tuer un Israélien, est semblable à celui qui se sacrifie en France pour justifier son djihad. C'est pourquoi l'État hébreu, confronté au Hamas, préfigure ce qui pourrait s'installer en France demain. Notre pays est déjà la cible prioritaire du terrorisme déclenché en Europe par l'islam conquérant. Depuis 2015, 247 personnes ont été tuées en France lors d'attentats commis par des islamistes. L'intifada des couteaux n'est plus réservée à Israël. Outre Ronan, tué samedi, les victimes françaises deviennent nombreuses, depuis la décapitation du chef d'entreprise Hervé Cornara en juin 2015. À Magnanville, un couple de policiers (Jean-Baptiste Salvaing et Jessica Schneider) a été poignardé sous les yeux de leur enfant de 3 ans. Le père Hamel a été égorgé dans son église. À Marseille, gare Saint-Charles, Laura et Maurane ont été lardées de coups. Ces crimes se poursuivront tant que la République laissera l'ennemi en paix.
 
Il est trop commode de désigner Israël et les États-Unis de Donald Trump comme les fauteurs de troubles. L'émotion devant les images ne doit pas faire oublier la perversité de ceux qui poussent une foule sous les feux d'une armée. D'autant que la reconnaissance de Jérusalem comme capitale d'Israël par les États-Unis n'est que la confirmation d'une évidence vieille de 3000 ans : une mémoire que le narratif islamique tente d'effacer avec l'appui de l'ONU ou de l'Unesco. La protection d'un pays en guerre ne peut s'exonérer du recours à la force quand des assauts tentent de provoquer l'intrusion, fût-elle désarmée. La Marche du retour, mise en scène médiatique qui a servi de prétexte au Hamas pour tenter de pénétrer en territoire israélien, a fait comprendre que ce mouvement refusait la solution de deux États séparés. Les près de 60 morts palestiniens (dont 50 combattants du Hamas) et les 2500 blessés sont évidemment de trop. Mais qui a incité à ce drame sinon la stratégie victimaire ?

Paru dans Le Figaro, 18 mai 2018
Publié dans Du côté des élites
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Si tu veux la paix, prépare la guerre
 
Cet essai procède d'une double réflexion, celle de l'officier "homme de guerre" et celle du chrétien porteur d'une vision de l'homme et de la société conforme à celle de l'Eglise pour tenter de mieux comprendre les conflits actuels et les moyens de parvenir à une paix durable.

Les points clés sont les suivants :
1/ ce livre aborde la question de la guerre d'un point de vue politique et philosophique à partir d'une interrogation concrète : pourquoi 30 années d'interventions militaires occidentales nous ont-elles conduit dans une telle impasse ? Pourquoi ce va et vient permanent entre bellicisme et pacifisme que l'on peut observer depuis deux siècles dans nos sociétés ?
2/ les transformations de la guerre, du combat classique au terrorisme, et surtout leurs origines et leurs conséquences sont analysées : pourquoi sommes-nous revenus à la guerre totale alors que nous prônons la paix universelle depuis deux siècles ? Quels sont les devoirs du politique dans la préparation et la conduite de la guerre ? Quels doivent être les rapports entre le politique et le militaire dans une démocratie ?
3/ Peut-on encore parler de guerre juste ? le message et l'expérience de l'Eglise ont-ils quelque chose à nous apporter à ce sujet ? En quoi les principes de la guerre juste sont-ils radicalement différents de la vision manichéenne qui prévaut actuellement ? Peut-on redonner une valeur opératoire à des principes datant du Moyen-âge ?

Envoyé par l'auteur, 17 mai 2018


préfacé par le sénateur Bernard Seillier et publié aux éditions Viaromana.








 
   

 
Publié dans A tout un chacun
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Le système veut remplacer les civilisations
 
Tout s’inverse analysait le 1er mai les deux chocs qui ont déstabilisé les idéologies des vainqueurs de la dernière guerre : mai 68 a mis à mal le communisme stalinien et Nixon, en août 71, a brisé les garde-fous irrationnels du capitalisme. Ce billet pointait depuis ces deux chocs, une société vivant de la fabrication à vau-l’eau de monnaies que l’on croit encore énergétiques alors qu’elles sont totalement déconnectées de leurs sources et de l’énergie qu’elles sont supposées véhiculer.
 
La première conséquence de cet aveuglement est l’inversion de l’approche de la richesse. La richesse ne se mesure plus que par la dépense et nous aimons croire que toutes les productions sont des richesses dès lors qu’elles sont vendues. Nous nous croyons riches puisque nous dépensons en nous endettant. Cette première conséquence en entraine beaucoup d’autres tellement le manque de "moyens" devient le seul frein médiatique à la solution de tous nos problèmes. Nous sommes tous convaincus que nous pouvons nous enrichir sans appauvrir qui que ce soit. Le peuple est tellement content de ne plus avoir besoin de la religion pour donner un sens à sa vie, tellement satisfait de pouvoir acheter son logement en empruntant à sa banque, qu’il tolère sans sourciller, et même avec un œil gourmand, tous les banquiers, tous les capitaines d’industrie et tous les intermédiaires serviles qui sont payés plus d’un million d’euros par an. Il se laisse aussi fasciner par tous les occupants de la politique et des médias qui diffusent leur logorrhée avec un talent bien rémunéré. La fausse monnaie fait ses ravages.
L’emprunt, qui dans toute l’histoire de l’humanité a toujours été un prêt sur gage, est devenu un prêt sur richesses futures. Seules les cautions pour les moins fortunés rappellent maintenant, de temps à autre, la notion de gage. Les richesses futures étant une vue de l’esprit, nous vivons, en temps réel comme disent bêtement les médias, le feu d’artifice des conséquences de notre aveuglement.
 
Il est très dommage de ne pas voir que la création de richesses totalement subjective est largement compensée par sa consommation et sa destruction, son obsolescence, programmée ou non. La science économique a dédaigné le fait que tout marche sur deux pieds, pas d’actif sans passif, pas d’extrémité sans origine, pas de création sans destruction, pas de monnaie sans source énergétique. Pour cette science, faire du pain, ce serait créer une richesse s’il trouve acheteur, mais le manger ce ne serait pas détruire une richesse. Plus exactement ce n’est pas un sujet qui intéresse cette science pas plus que la source énergétique de la monnaie utilisée. Cette source est devenue naturellement et très simplement, le rêve de la richesse future. La consommation, la destruction, le délabrement, le saccage n’intéressent pas cette science qui ne raisonne que sur le pied de la production et de l’argent que l’on fabrique pour transformer cette production en richesse.
 
Il est incohérent de parler de croissance mondiale ou nationale quand seule la fabrication éperdue d’argent permet de considérer comme richesses, la fabrication continue des machines. Leurs productions, comme les machines elles-mêmes, sont achetées par de la fausse monnaie sous forme de dette. Nous intégrons mal comme création de pauvreté, la consommation des matières premières qui ne sont ni infinies, ni renouvelables. Nous préférons laisser le sujet au romantisme des écologistes qui s’agitent avec notre sympathie. Nous intégrons mal comme autre création de pauvreté, l’accumulation des déchets dans les mers, dans les airs et dans les sols. Nous préférons rêver au jour où nous trouverons des acheteurs pour ces déchets et, en attendant, nous trions nos poubelles. Fabriquons vite beaucoup de monnaie pour que ces acheteurs existent ! Nous intégrons encore mal comme création de pauvreté, notre incapacité à utiliser l’énergie de nos concitoyens pour le bien commun. Nous préférons appeler notre incompétence, chômage, et en accuser évidemment le privé quand on est public ou le public quand on est privé. Félix Leclerc nous expliquait pourtant dès 1970 dans sa chanson "100 000 façons de tuer un homme" que "La plus efficace, c’est de le payer à ne rien faire, c’est gai dans une ville, ça fait des morts qui marchent." Nous avons oublié l’origine du mot chômage qui était le repos bien mérité du travailleur dans les champs aux heures où il faisait très chaud !

La classe dirigeante, elle-même formatée et souvent de bonne foi, entretient la folie collective de se croire riches, de parler de pays riches, de s’auto-convaincre de la réalité d’une prétendue création annuelle de richesses en additionnant nos dépenses. Cela tue notre civilisation en nous laissant croire que nous sommes des dieux et que nous pouvons, grâce à cette richesse, tendre vers l’éternité, l’universalité, l’omniscience et l’omnipotence. Nous nous sentons capables de dominer à la fois l’espace, le temps, le savoir et l’énergie. Nous avons malheureusement, et provisoirement tant que la réalité ne nous rattrape pas, oublié l’humilité d’un Albert Camus qui disait : "S’il existait un parti de ceux qui ne sont pas sûrs d’avoir raison, j’en serais". Nous sommes nombreux à rêver de l’existence de ce parti.
Ne pas être sûr d’avoir raison, n’empêche pas d’ouvrir les yeux et de constater les dégâts vers lesquels nous entraîne notre folie de nous prendre pour ce que nous ne sommes pas à cause de cette apparence d’énergie qu’est la fausse monnaie.
 
En nous voulant éternels, nous recherchons égoïstement la longévité d’une vie humaine devenue improductive, médiocre et hors de prix, au détriment de son renouvellement simple, multiple, productif et si peu coûteux. Par déni de la mort nous prônons l’assistanat, la précaution et la contrainte, symboles très onéreux de l’enfance, au détriment de la responsabilité, de la liberté et du risque, symboles très économiques de la maturité.
 
La première source de notre mal : notre peur de la mort.
Elle infantilise notre société en donnant au pouvoir un rôle de parents que personne ne lui reconnaît et qui lui fait dégrader la liberté en laisser-faire, l’égalité en similitude et la fraternité en solidarité. Nous ne comprenons même plus pourquoi, si nous pouvons être solidaires d’un bloc de béton, nous ne pouvons pas lui être fraternels.
En nous voulant universels, nous imposons notre civilisation malade sous le prétexte reposant d’éradiquer la pauvreté mondiale en lui faisant fabriquer ce que nous transformerons en richesses par la fausse monnaie. Notre civilisation devient la civilisation au mépris des autres civilisations qui se mettent à oser, comme le fait l’islam, non seulement résister mais passer à l’offensive avec la seule arme des faibles, la violence.
 
La deuxième source de notre mal : notre volonté d’imposer à l’humanité entière notre morale qui a abandonné le doute et la spiritualité collective.
En nous voulant omniscients, nous faisons gaspiller à nos enfants le premier quart de leur vie dans une éducation nationale qui engloutit une masse considérable de fausse monnaie pour lui faire ingurgiter un savoir souvent inutile tout en les préservant de la vie. Le premier formatage gratuit et obligatoire est de rentrer de plain-pied dans la société de l’apparence en faisant semblant d’apprendre dans une vie facile dite étudiante, protégé par le tout petit nombre qui apprend vraiment et par le rêve parental des richesses futures.
 
La troisième source de notre mal : notre dédain de la cohérence et du bon sens.
En nous voulant omnipotents grâce à l’énergie apparente de la fausse monnaie, nous n’acceptons plus d’être socialisés et nous sombrons dans un individualisme forcené qui n’accepte l’autre que dans le rêve doublement irréaliste de sa perfection ou de son inconsistance. Nous renonçons au bonheur qui ne s’atteint jamais seul pour nous contenter du plaisir.
Pour profiter de la vie et nous concentrer sur le plaisir nous faisons travailler les autres par la renaissance de trois esclavages, l’un dans l’espace, celui des autres civilisations chez elles par la mondialisation, l’autre dans le temps, celui de nos propres enfants par la dette, et le troisième, ici et maintenant, celui des autres civilisations chez nous par l’immigration.
 
La quatrième source de notre mal : notre croyance que l’argent est une énergie sans origine.
C’est la source la plus dramatiquement prodigue car elle nous permet tout. Si nous n’avons pas ce que nous souhaitons, c’est uniquement par manque de moyens. C’est la faute, pire ! la volonté, de l’État, des patrons, de toux ceux qui ont le "Sésame ouvre-toi" de la caverne d’Ali Baba des richesses futures. A ceux qui savent que cette caverne est vide, de résoudre notre contradiction ! Beaucoup le font en faisant semblant de croire qu’elle est pleine et qu’il faut simplement en retrouver la clé, faire revenir la croissance.
 
Ces quatre sources que nous détaillerons dans de prochains billets, se renforcent mutuellement et mêlent leurs eaux troubles pour former un torrent douteux qui nous submerge. Ce torrent subversif est justifié par les experts, vendu par les médias, inoculé par l’éducation nationale et rendu efficient par les Politiques qui en sont pour la plupart sincèrement convaincus car ils en vivent et ne voient les critiques que comme l’œuvre des jaloux.

Mais le peuple sait qu’il n’est pas un peuple de dieux, il sait qu’il n’est ni éternel, ni universel, ni omniscient, ni omnipotent. Il se réfugie dans l’immédiateté, dans la peur du lendemain et dans la quête de l’homme providentiel qui émerge de partout sans jamais affronter la profondeur des problèmes. Cette armée de Diafoirus qui nous harangue à chaque élection, n’est capable que d’essayer de nous vendre du sens, du mouvement et du rythme, bref de l’agitation. Elle oublie que le sens n’est que la rencontre de l’espace et de l’énergie, que le rythme mêle l’énergie au temps et que le mouvement n’est que le mariage du temps et de l’espace. Elle veut nous croire maîtres des fondations et elle construit pour sa gloire des étages imaginaires. Emmanuel Macron à Aix-la-Chapelle en a été la caricature en disant "N’attendons pas" (je maîtrise le temps), "N’ayons pas peur" (je maîtrise le savoir), "Ne soyons pas faibles" (je maîtrise l’énergie), "Ne soyons pas divisés" (je maîtrise l’espace). Qui peut croire sincèrement qu’il va résoudre par l’impératif des problèmes si peu analysés ?
 
En fait notre développement est une apocalypse, les deux mots signifiant tous les deux "lever le voile", l’un en racine latine, l’autre en racine grecque. Le voile se lève en effet sur ce que nous avons sous les yeux mais que nous refusons encore de voir et de comprendre. Nous sommes pourtant maîtres de notre civilisation comme de notre avenir. N’en ayons pas peur mais prenons conscience que c’est, comme en Italie aujourd’hui et comme en France au moment de la Résistance, par le rapprochement des sincérités disparates, et avec l’humilité, le courage et le bon sens indispensables, que se fera la révolution des esprits qui s’y préparent déjà de partout. Elle se fera dans l’équanimité par notre volonté ou dans la douleur par la réalité qui rattrape toujours la fiction pour la dépasser.

Paru sur www.surlasociete.com, 13 mai 2018
Publié dans A tout un chacun
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Prestige de la fonction présidentielle
 
Dans une interview passionnante et remarquable, le philosophe M. Marcel Gauchet, se félicite d’une "restauration de la fonction présidentielle".
 
Le thème est à la mode est un large consensus dans la France médiatique, intellectuelle, journalistique, politique, prévaut sur ce point : le "prestige de la fonction présidentielle" a été restauré. Qu’il nous soit permis de nous intéresser à ce phénomène qui relève largement de la psychologie collective.
Le prestige de la fonction présidentielle touche à la forme, l’allure, l’apparence, la posture, la représentation, l’image donnée. Il est courant d’affirmer que M. Sarkozy, par sa nervosité, et M. Hollande, par son allure débonnaire et sa logorrhée, "desservaient la fonction" au contraire de l’actuel titulaire, qui par sa prestance, sa jeunesse, son allure et de sa silhouette, la rehausse, au dedans comme au dehors.
Or, même dans une monarchie, comme dans une république, cette idée me semble à la fois illusoire et malsaine. Le mot prestige a une signification bien claire : Illusion dont les causes sont surnaturelles ou magiques (Robert). Invoquer, comme un but en soi, "le prestige de la fonction", est une manière avérée de mépriser les citoyens, considérés comme les dupes potentiels de l’illusion, de causes surnaturelles et magiques.
 
Alors, vaut-il mieux parler de respect de la fonction ? Chacun ressent la respectabilité d’une fonction selon ses valeurs personnelles. Ainsi, pour un citoyen qui déteste furieusement la vanité, sous toute ses formes, la considérant comme la quintessence de la bêtise et de la vulgarité, il sera infiniment plus respectable, de la part d’un responsable politique, de descendre spontanément dans la rue et de parler sans ostentation avec les passants, que de fanfaronner comme un paon à l’occasion d’une cérémonie solennelle ou devant les caméras de télévision.
La seule vraie question qui compte : qu’est-ce que la dignité, (ou l’honneur), d’un responsable public ? De fait, elle ne tient qu’à l’accomplissement de son devoir : se retrousser les manches et se salir les mains, en humble serviteur du pays, en ouvrier de la nation qui le rétribue. Elle se définit uniquement par l’action en faveur du bien commun : restaurer l’autorité de l’Etat face à la violence et au chaos quotidien qui détruisent la liberté, assurer la sécurité, maîtriser les flux migratoires, baisser massivement les impôts et la dette publique, améliorer le pouvoir d’achat, renouveler l’école et l’intelligence collective, réduire le chômage de masse et la pauvreté. En finir avec le terrorisme islamiste (qui vient encore de frapper).
Telle est la véritable et la seule dignité qui compte. Le fameux "prestige de la fonction", dont les médias et la presse se gargarisent, n’a aucun rapport avec l’intérêt général. Les responsables politiques n’ont pas pour mission de pavoiser, mais d’améliorer le quotidien des Français et de préparer l’avenir. Le reste, le "prestige de la fonction", dans une société médiatique malade d’obséquiosité et privée de repères intellectuels, n’est qu’un leurre, un écran de fumée et le paravent d’une déliquescence dans les profondeurs du pays.

Paru sur maximetandonnet.wordpress.com, 13 mai 2018
Publié dans A tout un chacun
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L’empereur de Chine
 
On pourrait penser que pour faire la promotion des énergies renouvelables, on mettrait en avant le cout du kilowatt.heure, la disponibilité, l’absence d’émission de gaz à effet de serre, il n’en est rien. Deux articles, l’un dans Le Monde "Les énergies renouvelables passent le cap des 10 millions d’emplois", l’autre dans Le Figaro "La lutte pour le climat va créer 18 millions d’emplois", me laissent songeur, car enfin la lutte contre le supposé réchauffement climatique n’a pas pour objet de résorber le chômage, il faudra bien que quelqu’un paye et ce ne peut être que par le coût de l’énergie. On pourrait aussi bien demander à EDF de doubler ses effectifs, sans pour autant augmenter la production d’électricité. Une sage politique énergétique a pour objet de réduire au maximum les coûts qui se répercutent immédiatement sur les produits.
Dans l’article du Figaro on peut lire "Les actions pour limiter le réchauffement climatique à 2 ° C vont se traduire par 24 millions de créations d’emploi. C’est beaucoup plus que les 6 millions de postes qui devraient être supprimés dans les activités à forte intensité de carbone et de ressources grâce au passage aux énergies renouvelables, aux véhicules électriques et à l’amélioration de l’efficacité énergétique des bâtiments".Quel aveu, cela veut dire que les prix vont augmenter et que c’est le consommateur final qui va voir son pouvoir d’achat diminuer.
 
L’article du Monde est encore beaucoup plus instructif : d’après l’Agence internationale pour les énergies renouvelables (Irena) on apprend que le cap des dix millions d’emplois a été franchi en 2017, toutes filières confondues. Oui mais 40 % de ces emplois ont été créés en Chine principalement dans la filière photovoltaïque où elle affirme sa suprématie : elle monopolise 65 % des effectifs mondiaux, c’est en effet en Chine qu’est fabriquée la majorité des panneaux solaires.
L’Europe crée 1,2 millions d’emplois dont le quart en Allemagne où sont fabriquées beaucoup éoliennes. Mais dans cette filière, la Chine fournit aussi 44 % des salariés.
Ajoutons les agrocarburants, 1,9 millions d’emploi dont 41 % au Brésil et les grands barrages hydrauliques : 1,5 million principalement en Chine encore, au Brésil  et en Inde.
 
Et la France dans tout cela ? On recense 107 000 postes dans les renouvelables soit seulement 1 % du total mondial.
Ce 1 % doit correspondre aux installateurs de panneaux solaires chinois et au montage d’éoliennes allemandes, ce n’est pas brillant, la France n’ayant développé que peu d’industrie dans ces domaines.
D’autant qu’il y a peu la France était en tête dans le développement de l’énergie nucléaire : réacteurs, éléments combustibles, retraitement, et travaillait pour de nombreux pays notamment en Europe, en Chine, en Inde, au Japon. C’est cette filière non polluante que les différents gouvernements poussés par des écologistes irresponsables s’emploie à saboter depuis des années, notamment en imposant à la France une limite de 50 % d’énergie nucléaire dans le "mix", énergétique, limite n’ayant aucune justification rationnelle. Pendant ce temps la Russie, la Chine et la Corée s’emploient avec succès à nous supplanter.
Les 107 000 emplois dans les énergies renouvelables seront perdus et au-delà par la disparition de la filière nucléaire.
A cela il faut ajouter l’interdiction que la France s’impose de toute nouvelle prospection pétrolière et de l’exploitation du gaz de schiste.
Etonnons nous du chômage et du déficit commercial endémiques depuis des années.
Ce n’est plus pour le roi de Prusse que nous travaillons mais pour l’empereur de Chine.

Envoyé par l'auteur, 15 mai 2018
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Les psychopathes nous détruiront-ils ?
 
La décision de Donald Trump de se retirer de l’accord nucléaire iranien n’est pas celle d’un iconoclaste. Elle s’inscrit dans une politique qui a pris naissance dans l’immédiat après-guerre, et n’a cessé de s’affirmer depuis avec pour objectif la domination du monde.
Pour justifier sa décision, le président invoque la durée de l’accord et l’absence de clause sur les missiles. Les commentateurs ajoutent la présence de l’Iran en Syrie et son influence grandissante au Moyen Orient, en Irak et au Liban en particulier. Ils oublient qu’il s’agit là d’une conséquence directe de la politique américaine. Les Islamistes sont une création des Etats-Unis. Zbigniew Brzeziński, le conseiller à la sécurité nationale de Jimmy Carter, l’a dit dans une interview donnée à Libération : les Talibans sont notre création. Al Qaïda est financé par les monarchies du Golfe, et indirectement par les Etats-Unis. Michael Flynn, le conseiller à la sécurité nationale de Donald Trump, l’a reconnu lors d’une interview donnée al Jazeera. Blâmer l’Iran pour des problèmes que l’on a créés c’est prétendre que son chien a la rage pour s’en débarrasser.
Et, puisque nous sommes sur ce sujet, reconnaissons que si le régime des mollahs est épouvantable, celui du Shah et de la Savak était désastreux à bien des égards, d’où le succès de la révolution iranienne. Le Shah fut rétabli sur le trône grâce à un coup d’état américain (à la demande des Britanniques pour protéger leurs intérêts pétroliers). Ce coup mit fin au gouvernement de Mohammad Mossadegh, élu démocratiquement par le peuple iranien ! Dans ces conditions, faut-il s’étonner de ce qui se passe aujourd’hui dans ce pays ? Le mensonge, la propagande, le non-respect du droit international, voire de ses propres engagements, font partie intégrante de l’arsenal américain (occidental), sans parler de la torture, des guerres, des exactions en tout genre, … etc.
 
La France, la Grande-Bretagne et l’Allemagne s’opposent à la décision de Donald Trump, et veulent pérenniser l’accord. Mais, les Etats-Unis n’autoriseront pas les entreprises européennes à commercer avec l’Iran. Cela annulerait les effets de leur décision. Les entreprises européennes ne risqueront pas de perdre l’accès au marché américain pour gagner celui au marché iranien. (1) L’accord européen, s’il se concrétise, est mort-né. Quid de la Russie ? En invitant Benjamin Netanyahu aux cérémonies du 9 mai, Vladimir Poutine a fait savoir qu’il se rangeait du côté occidental. Quant à la Chine, sujette au mercantilisme "trumpien", ses dirigeants ont opté depuis longtemps pour la neutralité afin de préserver la bonne marche de leur économie sur laquelle repose leur pouvoir. Ils ne risqueront pas un affrontement avec les Etats-Unis. 
 
La décision de Donald Trump a fait monter la tension au Moyen-Orient. L’attaque iranienne du 10 mai sur les hauteurs du Golan est une opération israélienne sous fausse bannière. Pourquoi les Iraniens attaqueraient-ils une position aussi bien défendue, sachant fort bien qu’elle entraînerait une prompte et violente réponse d’Israël ? Cette opération est le prélude à une guerre irano-israélienne. Dans un monde instable, dotée d’une économie chancelante et à la veille d’une crise financière d’ampleur, des individus soufflent sur la braise au lieu de l’éteindre. Ils s’appellent John Bolton, Nikki Halley, Benjamin Netanyahu, Avigdor Liberman, … etc. Ces psychopathes postulent que les Etats-Unis sont destinés à gouverner le monde. Le monde unipolaire est une chimère. Le monde est multipolaire. Prétendre le contraire, c’est le détruire. Détruire son histoire, sa diversité, ses cultures… 
 
Les grandes organisations internationales civiles ou religieuses étant silencieuses, seules des personnes, animées d’un idéal de paix, réunies au sein de groupements, seraient en mesure de contrer les psychopathes qui prétendre conduire notre monde. Ces personnes existent. Mais, elles existent en dehors de toute organisation structurée. Leurs voix sont inaudibles et sans effets. 
(1) Richard Grenell, ambassadeur des Etats-Unis à Berlin, a invité les entreprises allemandes à quitter l’Iran "immédiatement".

Envoyé par l'auteur, 15 mai 2018
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UE : face à Trump, l'épreuve de vérité

Que vaut un engagement de l'Amérique s'il peut être déchiré à tout moment, comme l'accord sur le nucléaire iranien, en fonction des changements de locataire à la Maison-Blanche ?
 
Ce 15 mai se tient à Bruxelles une réunion diplomatique d'une importance cruciale pour l'avenir de l'Union européenne (UE) en tant qu'entité politique. Autour de la haute représentante pour les Affaires étrangères, Federica Mogherini, se réuniront les ministres des Affaires étrangères d'Allemagne, de France et du Royaume-Uni. Ces trois puissances furent signataires, au nom de l'Europe, de l'accord international de Vienne du 14 juillet 2015 sur le nucléaire iranien. Le ministre iranien des Affaires étrangères est invité à se joindre à la deuxième partie de la réunion de Bruxelles.
Négocié pendant près de dix ans, cet accord, dont le nom exact est JCPOA (Joint Comprehensive Plan of Action), permet à la Perse de redevenir une grande puissance commerciale (grâce à la suspension des sanctions internationales dirigées contre elle), en échange de son renoncement à devenir une puissance nucléaire. Mme Mogherini a affirmé le 11 mai que l'UE était "déterminée à préserver" le JCPOA, qu'elle a qualifié, à juste titre, de "l'une des plus belles réussites jamais réalisées de la diplomatie".
Malgré le travail considérable qu'avait réalisé le secrétaire d'État John Kerry pour obtenir cet accord garantissant l'arrêt de la prolifération nucléaire au Moyen-Orient, Donald Trump a décidé de le déchirer. L'allocution solennelle, le 8 mai, du président des États-Unis pour annoncer leur retrait du JCPOA et le rétablissement de leurs embargos contre l'Iran, restera dans l'histoire diplomatique pour deux raisons : d'une part, son accumulation d'inexactitudes factuelles ; d'autre part, le reniement de sa signature par une grande puissance, pourtant jadis fondatrice de l'ONU (laquelle avait entériné le JCPOA sous forme de résolution du Conseil de sécurité).
Que vaut un engagement international de l'Amérique, s'il peut être déchiré à tout moment, en fonction des changements de locataire à la Maison-Blanche ? Opposé au traité de Rome de 1957, de Gaulle, revenu aux affaires en 1958, n'avait-il pas mis un point d'honneur à ce que l'État remplisse à l'avance toutes ses obligations découlant du traité européen, car était en jeu le respect de la signature de la France ? Lors de leur réunion du 15 mai, les trois ministres auront à relever deux défis. Le premier, immédiat, consiste à sauver le JCPOA, afin de prévenir la reprise par l'Iran de ses activités d'enrichissement d'uranium, et sa possible sortie du TNP (traité de non-prolifération nucléaire de 1968). Ils trouveront, dans cette tâche, le soutien de la Russie et de la Chine, cosignataires avec eux du JCPOA.

Le deuxième défi est encore plus ardu. Les Européens devront trouver une voie pour protéger leurs entreprises des sanctions promises par les États-Unis. John Bolton, le nouveau conseiller à la Sécurité nationale de Trump, a fait savoir qu'il n'hésiterait pas à faire sanctionner les sociétés européennes qui continueraient à investir ou commercer en Iran, dans les secteurs stratégiques définis par Washington. Le 10 mai, Richard Grenell, le nouvel ambassadeur américain à Berlin avait, dans un tweet, publiquement ordonné : "Les entreprises allemandes qui font des affaires en Iran doivent immédiatement se retirer !" Les Allemands croyaient avoir recouvré leur pleine souveraineté il y a plus d'une génération. Ils s'aperçoivent que ce n'est pas une réalité internationale pour tout le monde…
La Maison-Blanche menace de punir des entreprises européennes qui ne font qu'appliquer une résolution du Conseil de sécurité de l'ONU, adoptée unanimement il y a trois ans. On croit rêver ! Que peuvent faire les Européens face à une telle arrogance ? À court terme, ils peuvent activer un règlement du Conseil des communautés européennes de 1996 - surnommé "Blocking Regulations" -, qui interdit à toute personne physique ou morale européenne de se soumettre à des actes administratifs, législatifs ou judiciaires décidés par une puissance étrangère. Cela rassurera un peu les PME européennes, mais pas les grandes sociétés, qui ont trop d'intérêts en jeu sur le territoire américain. À moyen terme, les Européens peuvent dissuader les Américains de passer à l'acte, en promettant que toute sanction de leur part ferait l'objet de représailles de même grandeur. À long terme, les Européens devront se préparer à ne commercer qu'en euros. La BNP a été condamnée en 2016 à 9 milliards de dollars d'amende, au prétexte d'avoir utilisé des dollars pour financer le commerce de pays sous embargo américain. La compensation finale s'étant faite sur le territoire américain (au compte de la BNP à New York), il était donc "normal" que le droit américain s'appliquât à l'ensemble de l'opération… À l'occasion de ce diktat américain inouï, les Européens sauront-ils recouvrer leur indépendance ? C'est l'épreuve de vérité pour le volet politique de l'UE. Si elle se soumet à Trump, elle perdra toute raison d'exister.

Paru dans Le Figaro, 15 mai 2018
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Le Rwanda vu par Guillaume Ancel, ou l'histoire révisée de l'opération Turquoise

Les 15, 16 et 17 mars dernier, à l’approche du 24ème anniversaire du génocide rwandais (déclenché le 7 avril 1994 au lendemain de l’assassinat du président rwandais Juvénal Habyarimana et de son homologue burundais), le journal vespéral Le Monde a publié pas moins de six articles sur le sujet sous la plume d’un journaliste, David Servenay, connu depuis des années pour son parti pris en faveur de la thèse d’une culpabilité de la France dans le génocide rwandais.

Cette année, l'habituelle campagne de presse avait un objectif particulier ; celui d’accompagner le lancement d’un livre, plus exactement d’une réédition, sous un nouveau titre, du récit romancé d’un ancien officier de l’opération Turquoise. Après avoir en effet connu un échec lors du lancement de "Vents sombres sur le lac Kivu" en 2014, pour le 20ème anniversaire du génocide, Guillaume Ancel récidive avec "Rwanda, la fin du silence" publié aux "Belles Lettres", dans la collection - excusez du peu ! – "Mémoires de guerre".
Celle nouvelle édition – sous-titrée cette fois "témoignage d’un officier français" - s’orne d’une préface élogieuse de Stéphane Audouin-Rouzeau (1), professeur à l’EHESS, qui au travers de récents voyages au Rwanda, est devenu un initié de ce pays autant qu’un admirateur du régime qui le régit aujourd’hui sans discontinuer depuis la victoire militaire du FPR, la rébellion tutsie, en 1994.

Sur le Rwanda, il existe une thèse – largement initiée outre-Manche et outre-Atlantique - qui veut que la France soit à tout prix responsable du génocide de 1994 (le seul dont on parle vraiment, car il est jugé "révisionniste" voire ""négationniste" d’évoquer le "génocide-revanche", qui se déroulera entre 1995 et 1997, ainsi que les terribles massacres : aussi bien ceux de l’Indépendance, les Tutsis massacrés par les Hutus, que ceux de la guerre de 1990-1993, les Hutus massacrés par les Tutsis dans le nord du pays, provoquant alors l’afflux d’un million de réfugiés à Kigali).
Cette thèse est celle de Paul Kagamé, l’ancien chef rebelle Tutsi formé aux États-Unis et en Ouganda (dont il fut le chef du Renseignement militaire) et actuel président Rwandais, au pouvoir depuis 1994. Il vient de modifier la Constitution du pays pour se maintenir aux commandes du pays sans plus de limite désormais.

La culpabilité supposée de la France est en fait la "doxa", la doctrine officielle du régime rwandais. Il faut un bouc émissaire et la France, qui a freiné sa conquête du pouvoir entre 1990 et 1994, est toute désignée pour ce rôle. Au point que Kagamé imposera au Rwanda de quitter la Francophonie pour rejoindre le Commonwealth. Il y a dix ans, pour soutenir sa thèse, Kagamé a fait publier par ses services un énorme pavé de 800 pages baptisé "Rapport Mucyo", condensé d’accusations plus énormes les unes que les autres, enrichi de faux documents si grossiers qu’ils en étaient risibles !
Mais cette thèse est relayée également à l’étranger, y compris bien sûr en France, par des organisations, des officines, des journalistes, des enseignants, des personnalités, tous adeptes de ce que le général François Torrès qualifie de "poisons intellectuels français : la repentance et le mensonge". Ces milieux que nous connaissons sous le qualificatif de "porteurs de valise du FPR", très marqués par les influences mondialiste, gauchiste, anti militariste… etc.  cherchaient depuis longtemps du "renfort ", c’est-à-dire des personnes susceptibles d’être utilisées "à charge", autrement dit  en mesure de valider leur thèse, et bien entendu, pour ce faire, quoi de mieux qu’un "ancien officier de l’opération Turquoise "  C’est Laure de Vulpian, l’ineffable activiste de France Culture qui, après un demi échec lors du ralliement à sa cause d’un ancien sous-officier du GIGN ayant participé à Turquoise, auquel elle tentera vainement de tenir la plume, décrochera enfin le gros lot en la personne de Guillaume Ancel, auquel elle donnera la parole dans son émission du 6 avril 2014. Peu de temps après que l’intéressé, qui venait d’effectuer une petite dizaine d’années dans le civil en situation de disponibilité, ait demandé sans succès sa réintégration dans les cadres de l’armée de terre.

Guillaume Ancel est un ancien officier, saint-cyrien de surcroît (Promotion Cadets de la France Libre, 1985-1988) et cela donne a priori à son "témoignage" davantage de crédit qu’un malheureux gendarme débauché sans succès quelques années auparavant.
Certes, il n’était lors de l’opération Turquoise qu’un tout jeune officier subalterne inexpérimenté. Certes, il n’avait dans cette opération aucune responsabilité de commandement, étant détaché en tant que spécialiste OGT de son régiment, le 68ème régiment d’artillerie, auprès de la 1ère compagnie du 2ème REI désignée pour participer à Turquoise. Certes, il n’avait en tant que tel pas accès aux ordres émis ou reçus aux échelons supérieurs. Il n’était qu’un exécutant sans aucune vue d’ensemble mais la "grande presse", actionnée par les réseaux que je viens d’évoquer, en ont fait au mois de mars "le" seul témoin, le seul "expert" capable de donner un témoignage véridique et sincère !

Le problème est que le livre d’Ancel ne résiste pas à une lecture honnête et attentive. Éliminons d’abord le moins important.
Sans parler de la forme à proprement parler (le ton très suffisant pour ne pas dire arrogant que l’auteur adopte de la première à la dernière page pour se dépeindre et se mettre en selle), le jeune artilleur, visiblement mal à l’aise dans les unités professionnelles de l’armée de terre, et quoiqu’il s’en défende à plusieurs reprises, règle dans son ouvrage de nombreux comptes personnels. Vis-à-vis de la Légion étrangère, vis-à-vis des Forces spéciales, vis-à-vis des Troupes de Marine, vis-à-vis de ses chefs, les descriptions, les qualificatifs, les commentaires, les allusions et même quelques solides attaques "ad hominem" pleuvent (2). Peu amènes, ces déclarations témoignent d’une envie déclarée de nuire, d’un sérieux besoin de reconnaissance et de revanche.

Sur le fond, on peut relever, page par page (3), un très grand nombre de contre-vérités, d’approximations et de contradictions. Si bien que ce livre donne une version toute personnelle, bien éloignée de la réalité, de la vérité de l’opération Turquoise.

S’agissant d’abord de la mission et des ordres reçus, comme l’a écrit le général Lafourcade qui était notre chef et comme je peux en attester moi-même : "Tous les ordres du CEMA et du commandant d’opération contredisent ses affirmations. Il n’a jamais été question d’une mission de combat contre le FPR ni d’un raid sur Kigali. Il n’a jamais été question dans ces ordres d’aider les forces gouvernementales ni de livrer des armes, à plus forte raison de payer leur solde. L’importance des moyens déployés avait pour but d’assurer la sécurité de la mission face à l’hostilité déclarée du FPR avant l’engagement". Tout est dit dans cette remarque du COMFOR Turquoise.

Néanmoins, depuis 2014, Ancel répète à l’envi que Turquoise et en particulier le Groupement Sud que je commandais, aurait livré des dizaines de milliers d’armes aux FAR réfugiées au Zaïre ! Avec cette histoire de "raid sur Kigali", il s’agit là du plus gros mensonge dont ce livre est truffé. Ancel là aussi fabule : je relève ainsi notamment l’épisode figurant aux pages 98 à 100 de l’ouvrage : "Aéroport de Cyangugu, Rwanda, juillet 1994 " (Ancel précise en note de bas de page : "je n’ai pas noté le jour, cela se passe lors de la deuxième quinzaine de juillet") dans lequel il me met personnellement en cause.

Dans ces trois pages (que Le Monde reproduira in extenso dans sa publication du 15 mars et pour lesquelles il me refuse jusqu’à présent, sous de curieux prétextes, un droit de réponse), Ancel évoque une demande que lui aurait fait mon adjoint, le lieutenant-colonel Laporte ("Lemoine" dans le livre, décédé il y a plusieurs années et qui n’est donc plus là pour se défendre…) de s’occuper d’un groupe de journalistes afin "qu’un convoi de camions (puisse) quitter la base pour transporter des armes vers le Zaïre". Plus loin, Ancel décrit "dans leur dos, de l’autre côté de la piste, une colonne d’une dizaine de camions transportant des conteneurs maritimes qui quitte le camp en soulevant un nuage de poussière". S’ensuit un dialogue surréaliste au cours duquel je lui aurais expliqué le soir même que nous livrions des armes aux FAR pour "les calmer et éviter qu’elles se retournent contre nous" ! Pauvres FAR, alors exsangues, battues et abattues, défaites moralement, précisément sans armes et sans munitions : comment donc auraient-elles été en mesure de s’en prendre à nous ?

Par ailleurs, si nous avions du livrer des armes aux FAR, nous leur aurions livrées, me semble-t-il, bien plus tôt, c’est-à-dire quand elles se battaient encore dans Kigali face au FPR, comme me l’avait demandé alors le 2 ou le 3 juillet leur sous-chef opérations le Général Kabiligi, ce que je lui avais alors bien entendu refusées (Voir "Les larmes de l’Honneur", page 47). Je déments donc bien entendu ici une fois encore toute livraison d’armes aux FAR et ne peux que conclure, dans le meilleur des cas, qu’il s’agit dans l’esprit de l’ex-capitaine Ancel d’une grave confusion.
Grave confusion pour un militaire de confondre les véhicules que nous avions en dotation : TRM2000, TRM4000 et VLRA avec des "porte-conteneurs" et "conteneurs maritimes" ("une dizaine" !) dont on se demande encore par quel itinéraire ils auraient bien pu rejoindre les confins zaïro-rwandais. Grave confusion car le gros des FAR en déroute étant passé par le nord du lac Kivu, nous n’aurions pas poussé le vice à nous livrer ainsi à leur profit à un exercice logistique aussi colossal qu’improbable !
Grave confusion encore car il mélange probablement ses souvenirs et confond cette livraison d’armes imaginaire avec la livraison bien réelle de fret humanitaire (Bâches plastiques, couvertures, aliments et médicaments de première nécessité) que j’ai fait effectuer le vendredi 22 juillet après midi (j’ai toutes mes archives !) aux familles des soldats du Général Kabiligi (4 300 personnes) réfugiées aux sorties ouest de Bukavu (Zaïre). Je ne faisais que répondre ainsi à la situation tragique d’êtres humains dans un dénuement et une détresse extrêmes, alors même que 3 enfants en bas âge venaient de mourir de faim, de fatigue et du manque de soins.

Certes, Ancel écrit à plusieurs reprises, comme s’il voulait se protéger de lui-même, qu’il craint que ses souvenirs ne le trahissent, plus de vingt ans après. Je crois que c’est au minimum le cas. Mais alors, il aurait mieux fait de se taire comme le lui a rappelé sévèrement il y a peu le Général d'armée Bruno Dary président de la Saint-Cyrienne, l'association des anciens élèves de St-Cyr. La version qu’il donne de l’opération Turquoise est totalement partiale, dénuée de sens et d’objectivité, et elle relaie la propagande anti-française que mène depuis 1994 le régime totalitaire de Paul Kagamé au Rwanda. Je n’ai manifestement pas participé à la même opération que lui !
Comme je l’ai écrit publiquement à celui qui reste mon ancien subordonné mais auquel je dénie la qualité d’ancien "compagnon d’arme", la malhonnêteté, le besoin de paraître et la méchanceté n’ont jamais servi la vérité. Les millions de morts, Tutsis aussi bien que Hutus, anéantis dans des conditions atroces de 1990 à nos jours, méritent assurément mieux que les médiocres règlements de compte d’un officier subalterne en rupture de ban avec l’institution qui l’a nourri durant tant d’années.
Ce livre n’est en rien crédible pour qui connaît bien de l’intérieur l’Armée française et ses forces vives et pour qui a vécu l’expérience des opérations extérieures. Bourré d’inexactitudes, d’approximations, de contradictions, de contre-vérités (3), mélangeant comme à dessein les propos de popote, tenus ou supposés, avec les briefings où seuls les chefs d’un certain rang s’expriment, multipliant les allégations, les sous-entendus sans fondements, la caricature, l’ironie déplacée, ce livre ne fait en réalité pas honneur à son auteur.

Au-delà de ce livre et du personnage qui l’a commis, il faut redire avec force que la France n’a pas de responsabilité dans l’atroce génocide de 1994 et que l’opération Turquoise a été exemplaire. Je suis personnellement très fier d’y avoir participé.
En ce qui me concerne, chacun sait que je ne suis pas un défenseur aveugle et acharné de la politique étrangère de la France. Celle-ci peut commettre de très graves et lourdes erreurs. Ce fut le cas en ex-Yougoslavie, en Bosnie puis au Kosovo, ce fut le cas en Libye, ce fut le cas ces sept dernières années en Syrie, avec les terribles conséquences que l’on sait, tant au Moyen-Orient que chez nous en Europe et en France.
Ce ne fut pas le cas au Rwanda, où en définitive la seule erreur commise par le président Mitterrand fut de penser en décembre 1993 que la France pouvait se retirer et laisser à l’ONU la charge du maintien de la paix. Après qu’il ait pesé de tout son poids de 1990 à 1993 pour une plus grande démocratisation du régime du président Habyarimana, en échange de l’aide militaire de la France. Moins de quatre mois plus tard, du fait de l’incurie de l’ONU et de la MINUAR, de l’indifférence feinte ou réelle de la "communauté internationale", à la faveur de l’assassinat du président Habyarimana par le FPR, s’installait le chaos au Rwanda et dans la région des Grands Lacs.

Seule l’opération Turquoise a tenté d’y mettre fin. Véritable opération humanitaire, menée dans un contexte très difficile, sans arrière-pensée aucune, sans complot surréaliste, n’en déplaise à M. Ancel.
La lecture manichéenne du drame rwandais conduit à déformer l’Histoire, à la nier, à la réviser pour en donner une version fausse et génératrice de haines inexpiables. (4)
Colonel Jacques HOGARD, Ancien commandant du Groupement Sud de l’Opération Turquoise, 24 avril 2018

(1) Pour mieux comprendre qui est Stéphane AUDOUIN-ROUZEAU, le préfacier d’ANCEL, il faut absolument lire le texte aisément accessible sur Internet du Professeur Claudine VIDAL, "Les voyages de Stéphane Audouin-Rouzeau" ; Cette spécialiste des Grands Lacs africains et du Rwanda livre une critique passionnante du personnage et de son ouvrage "Une initiation. Rwanda (1994-2016) qu’elle qualifie d’ "essai construit sur le refoulement des savoirs existants" !
(2) Page 203, j’apprends que j’ai créé "une très lucrative société de conseil en intelligence économique dont l’activité ressemble étrangement à ce qu’il était convenu précédemment du mercenariat" ! Que vient faire cette évocation aussi malveillante que mensongère sur mes activités d’entrepreneur civil dont le lien avec le Rwanda est quelque peu difficile à établir !
(3)
- Pages 81, 82 et 86, le "crime de guerre" ou au minimum "homicide volontaire" avoué par Ancel est-il réel ou le fruit d’une imagination débordante ? En tous cas, il n’existe pas de "sergent Patrick Van Moyden" parmi les paras commandos belges tués à Kigali en avril 1994. Pas plus qu’il n’y avait parmi eux de spécialiste Mistral… !  En tout état de cause, si ce crime de guerre est réel, il est une tâche indélébile sur la conscience de celui qui en est l’instigateur. Et s’il est inventé, ce qui reste à ce stade fort possible, cela en dit long sur la personnalité de l’auteur. Dans tous les cas, il est manifeste que l’officier concerné n’avait pas sa place dans l’Armée française dont la solidité est bâtie sur un socle de valeurs intangibles, parmi lesquelles le respect de la vie d’autrui, y compris de l’adversaire, et la haine du mensonge.
- Page 87 : Ancel découvre un corps aplati "comme si un rouleau compresseur lui était passé dessus". Ancel renonce à enquêter. Il laisse planer le doute. Mais revient sur l’événement page 175 pour lui donner enfin une explication : il s’agirait d’un homme "jeté d’hélicoptère" (accusation reprise maintes fois par le régime de Kagamé parmi les "crimes" imputés à la France). Et pourtant, comme le relève avec justesse un avis autorisé : "Un corps sur lequel est passé un rouleau compresseur a la peau explosée. Il suffit de regarder l’effet d’une roue ayant écrasé un animal. Un corps qui tombe du ciel, largué au-delà de 400 m atteint une vitesse de 200 km/heure environ. Au sol, le corps parait intact. Le sang coule par le nez et les oreilles. La peau est suffisamment élastique pour encaisser le choc. Les fractures sont multiples. En tout cas, le corps ne ressemble pas à une galette. Cela suffit à discréditer ce "monsieur je sais tout". Il y a suffisamment de rapports civils ou militaires qui décrivent l’état du corps lors d’un tel accident ".
(4) Si un lecteur passionné cherche la vérité de l’Histoire sur le Rwanda, il faut lui conseiller le livre très récent de la courageuse journaliste canadienne Judi Rever "In Praise of Blood " (dont le lecteur non anglophone trouvera un résumé en français sur le site de l’Association France-Turquoise :
www.france-turquoise.fr) - ou encore le non moins récent ouvrage d’Hervé Cheuzeville "Rwanda ; vingt-cinq ans de mensonges" (Références sur le même site).
Envoyé par l'auteur, 11 mai 2018
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