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Avec Notre-Dame, reconstruire la France
 
Marie saura-t-elle rassembler les Français divisés  ?
Ce serait là un miracle pour l’Église éreintée et pour la nation déchristianisée. Néanmoins, force est de constater la sidération collective née de l’incendie de Notre-Dame de Paris, dédiée à la Vierge. Dès les premières flammes, la vie politique s’est effacée derrière la puissance intacte d’une mémoire millénaire. Le feu a jailli, lundi à 18 h 50, d’une partie de la charpente en chêne posée il y a huit cent cinquante ans. L’enfer a ravagé la toiture de la cathédrale, symbole de la chrétienté en Europe depuis le XIIe siècle. Emmanuel Macron, qui devait distiller à 20 heures ses premières mesures après le grand débat, a judicieusement choisi de différer ses annonces. Les partis ont également suspendu leurs joutes en perspective des élections européennes. La soudaine vulnérabilité de Notre-Dame, gravement défigurée en une poignée d’heures, est venue rappeler, comme un châtiment, la fragilité d’une nation quand elle devient oublieuse de son passé et de sa culture. Dans la soirée, le président a appelé, "tous ensemble", à rebâtir l’édifice. Pour une fois, Macron a su être enthousiasmant.
 
Il faut parfois des tragédies pour sortir les peuples décadents de leur frivolité amnésique. Le temps dira si la douleur causée par la blessure d’un chef-d’œuvre, sorti des mains de générations d’anonymes inspirés par la quête du beau et du bien, saura se transformer en une renaissance. C’est pour avoir orgueilleusement négligé la mémoire et la lente expérience, au profit de la jouissance immédiate, que la modernité a renoncé à s’identifier à un idéal partagé. Le cheap, le toc, le bagou accompagnent son sillage. Rien n’est donc plus disruptif - ce mot macronien - que de tenter d’être à nouveau à la hauteur des humbles bâtisseurs du Moyen Âge. Lundi, une souscription nationale a été lancée pour faire renaître Notre-Dame de ses cendres. Beaucoup des plus grandes fortunes de France ont rapidement offert près d’un milliard d’euros. De nombreuses autres familles les suivront, sachant où ira leur argent.
 
L’occasion est donnée aux Français, éduqués dans l’illusion créative de la table rase et de l’homme nouveau, de retrouver le goût de la conservation, de la transmission, du respect des racines. Les déconstructeurs de l’identité nationale, vue comme une lubie réactionnaire, apparaissent déjà pour ce qu’ils sont : les maltraitants d’une nation attachée à ses souvenirs chéris. Il suffisait de voir la foule prier et pleurer devant son église en feu pour s’en convaincre. Ce sont les "progressistes", ennemis de la nostalgie, du respect des ancêtres et des vieilles pierres, qui ont affaibli la France à force de lui seriner qu’elle était dépassée, laide, odieuse. Ces jours-ci, ces fossoyeurs ont pris l’habit gris muraille, au spectacle de Notre-Dame martyrisée. Mais n’était-ce pas ce que recherchaient ceux qui exigeaient, au nom d’une laïcité intégriste, la disparition de la "fille aînée de l’Église" ? Certains de ceux-là en viennent à se lamenter sur le mauvais sort qui s’abat sur le pays fracturé. Puisse ce triste spectacle, qui symbolise la civilisation malade, les réconcilier avec la nation honnie.
 
La France n’a pas besoin d’être "transformée", comme le prêche le chef de l’État depuis deux ans. En février 2017, il assurait de surcroît, tout à sa séduction des nouvelles minorités : "Il n’y a pas de culture française." Or c’est bien l’effondrement physique d’une civilisation ringardisée qui bouleverse le monde. La France, déprimée par sa culpabilisation et la valorisation de l’Autre, a besoin d’être reconstruite. Jean-Pierre Chevènement à bien résumé l’enjeu, mardi : "Ce n’est pas seulement Notre-Dame de Paris qu’il faut rebâtir, c’est le patriotisme français, c’est l’histoire de France, notre récit national, notre République."
 
Tous les Français sont-ils prêts à se retrouver autour de Notre-Dame, c’est-à-dire autour de la protection affectueuse d’une Église catholique atteinte moralement et spirituellement ? Les autorités juives et musulmanes ont fait connaître très vite leur solidarité avec les catholiques. Mais, sur Twitter, de nombreux islamistes se sont félicités de l’incendie, dont la cause reste à ce jour inexpliquée. Les Amis de la Diversité ont feint, une fois de plus, de ne rien remarquer de cette sordide jubilation.

Paru dans Le Figaro, 19 avril 2019
Publié dans En France
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C’est au destin de la France que nous pensons (ND de Paris)
 
Notre-Dame de Paris, c’est Notre-Dame de France. Elle est le reflet de l’histoire du peuple français. Le miroir de son identité, de son âme. Elle est l’œuvre de bâtisseurs de génie. Architectes, maçons, menuisiers, verriers, sculpteurs, peintres, décorateurs ainsi qu’une multitude d’hommes et de femmes bénévoles ont uni leurs forces et leurs talents pour réussir la prouesse de dresser vers le ciel une œuvre sublime qui a forcé le respect et l’admiration à travers les siècles. Derrière la grandeur, tout un peuple.

Dès l’origine, l’évêque Maurice de Sully l’a voulue digne de la première ville de France. Elle est un symbole dont la force s’est transmise jusqu’à nous par les pages de l’histoire de France qui s’y sont inscrites : royauté, Empire, République. Notre-Dame, c’est l’incarnation vivante de la continuité historique de la France. C’est pourquoi le drame qui la frappe, nous frappe directement au cœur. Le raz-de-marée émotionnel est justifié. Les siècles défilent sous nos yeux et c’est, ayons le courage de le dire, à la nation France, à son destin, que nous pensons en regardant, pétrifiés, les flammes qui dévorent la toiture puis abattent la fière flèche. Chacun voudrait agir. Mais comment ? Nous nous sentons impuissants.
Le drame de Notre-Dame, c’est le drame de la France. Fragilisée, nul ne comprend qu’elle n’ait été secourue à temps en dépit de nombreux signaux d’alerte. Notre communion dans la souffrance traduit de façon éclatante la persistance d’un inconscient collectif qu’exprime aussi l’attachement viscéral des Français à leur patrimoine culturel et religieux. Le patrimoine, c’est eux. En dépit du lavage de cerveau subi depuis des décennies, la mémoire identitaire est en grande partie intacte. Les Français forment les parties d’un tout. Ils appartiennent au même corps. Ils sont le produit d’une même histoire politique et culturelle. Le fil de l’histoire ne peut être rompu.

Manifestement, le président Macron a compris ce qui se joue au travers de ce drame épouvantable. Il a su trouver les mots justes et surtout, par sa promesse solennelle de rebâtir très vite notre cathédrale, il insuffle de l’espoir. Nous devons retrouver l’énergie de repousser les limites, puiser en nous la force de renouer avec le génie français.
Notre époque saura-t-elle se hisser à la hauteur de la France, en être digne ? Il n’y a à mes yeux qu’une voie possible. Témoigner de notre amour de la France en nous engageant à perpétuer l’héritage français, reçu pour les uns, choisi pour les autres. Tisser de nouvelles solidarités à travers tout le pays. Unir nos forces, contre vents et marées, pour assurer la continuité historique de la France au travers du respect de l’identité française par-delà les origines ethno-raciales. Œuvrer à rendre la France plus forte en sachant inscrire l’évolution de notre société dans le respect de ce qui nous a précédés, à un moment où la cohésion nationale se dérobe sous nos pieds.
C’est notre obligation morale envers les générations futures.

Paru dans Le Figaro,18 avril 2019
Ancien membre du Haut Conseil à l’intégration.
Auteur de Décomposition française. Comment en est-on arrivé là ?  (Fayard, 2015)
Prix littéraire "honneur et patrie" de la société des membres de la Légion d’honneur.
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La perte d’une part intime de nous-mêmes (ND de Paris)
 
Elle avait traversé huit siècles, tous les conflits depuis le Moyen Âge, les guerres de Religion, la fièvre révolutionnaire et l’occupation nazie : elle avait résisté à toutes les époques de violence. Elle a brûlé pour la première fois aujourd’hui. Nous avons vu lundi, sidérés, s’effondrer sous nos yeux ces poutres du XIIIe siècle, ces chênes millénaires dont les mains de tant d’artisans anonymes avaient fait la charpente de l’une des plus grandes cathédrales d’Europe.

Notre-Dame de Paris n’est pas qu’une addition de pierres ; ce lieu a un sens, et ce sens n’appartient pas qu’aux chrétiens. Nous avons tous été touchés, le cœur retourné par ce drame, et l’âme habitée de la détresse d’avoir perdu une part intime de nous-mêmes. C’est bien que nous sommes liés les uns aux autres, sans le savoir parfois, par une histoire qui nous précède, et qui nous engage. Nous sommes, croyants ou non, les enfants de l’acte de foi qui fit monter vers le ciel cette flèche qui s’est effondrée hier. C’est cette aspiration qui fait un peuple. Notre-Dame de Paris, comme le plus humble clocher au cœur de chaque village, est le signe visible de l’élan spirituel qui a fait notre civilisation. Rien n’est jamais seulement fait de matière : tout est esprit et chair, jusqu’aux pierres, qui savent parler, lorsqu’elles deviennent une cathédrale.
Et ce que dit encore la haute silhouette de Notre-Dame, au cœur de notre capitale, c’est cette aspiration vers ce qui nous élève. Le miracle d’une cathédrale est là : il est possible de vaincre la fatalité de la pesanteur, qui réduit toute chose à la hauteur de l’horizon. Il est possible de vaincre la malédiction de l’éphémère, et de construire pour les générations qui viennent. Il est possible de faire tenir ensemble de lourdes pierres de taille soulevées pour longtemps vers le ciel. Toute cette victoire repose sur une découverte magnifiquement subtile, magnifiquement simple : il faut seulement une clé de voûte.
 
Sans doute est-ce cela qui nous fait défaut aujourd’hui. Où sont les clés de voûte qui pourraient nous tenir ensemble ? Nous ne savons plus dire qui nous sommes. Nous avons préféré ne pas nommer nos racines. Nous peinons à transmettre les éléments les plus fondamentaux de notre langue, de nos savoirs, de notre culture. Au lieu d’investir pour les générations qui viennent, nous consommons sous la forme d’une dette multiforme le bien que nous leur empruntons. Notre pays, nos sociétés occidentales semblent n’avoir pour perspective que la solitude de l’individu abandonné à l’éphémère. La fragmentation communautariste et la violence islamiste prospèrent sur le vide qu’ont laissé nos effondrements intérieurs. Une cathédrale ne peut tenir que par la clé de voûte qui défie la pesanteur ; un pays ne peut tenir que si nous nous tenons à ce qui nous élève, et nous relie. Où sont nos clés de voûte aujourd’hui ?

Dans le deuil que nous éprouvons dans cette singulière veille de Pâques, il y a un signe d’espérance. Après tout, le christianisme qui a façonné l’Europe nous a appris à regarder la mort comme un passage vers la vie… Nous voilà au moins ramenés, par la brutalité du désastre, à cette évidence oubliée, celle de l’histoire qui nous lie, de notre héritage commun. Nul ne peut nier que le cœur de Paris bat autour de Notre-Dame, d’où partent toutes les routes de France. Nous sommes peut-être encore capables de sortir du déni de réalité, de la rupture de transmission, de l’effacement de notre culture. Si nous savons nommer nos racines, elles seront le chemin par où puiser la sève pour nous projeter dans l’avenir.
 
Il est temps de protéger, d’aimer humblement cette culture qui fait de nous ce que nous sommes - non parce qu’elle est puissante, mais parce qu’elle est fragile, et vulnérable à l’exacte mesure de sa fragilité. Savoir redire qui nous sommes, ce n’est pas se couper des autres, c’est au contraire pouvoir accueillir, s’ouvrir à l’altérité, et intégrer celui qui veut rejoindre une histoire à continuer. Il faut retrouver la clé de voûte qui nous fera tenir ensemble et retrouver la hauteur à laquelle nous engagent ceux qui nous ont précédés.
Tout n’aura pas été perdu si cet incendie nous sort de notre torpeur. Mais il y a urgence : il ne suffira pas de reconstruire cette cathédrale incendiée. Des trésors de notre patrimoine sont menacés de disparaître dans le silence, partout en France ; et au-delà de ces trésors de pierre, dans les cœurs et dans les esprits, nous avons une langue à sauver, des savoirs et des savoir-faire, une certaine manière de vivre, une civilité - tout ce qui fait la clé de voûte d’une civilisation millénaire qui mérite d’être transmise, comme ce fleuron magnifique qui nous a réveillés ensemble à sa grandeur et à sa fragilité. Dans cet incendie se concentrent notre détresse et notre attente - l’espérance que Notre-Dame de Paris puisse encore nous réunir et nous émerveiller pour longtemps.

Paru dans Le Figaro, 17 avril 2019
Publié dans En France
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Ces peuples musulmans contre l’islamisme
 
CHRONIQUE - Au Soudan, en Iran, en Égypte... On assiste de plus en plus à l’émergence de sociétés civiles qui rejettent désormais l’instrumentalisation de l’islam par leurs dirigeants politiques.

 
Dans ce grand mouvement de protestation du peuple soudanais contre la dictature militaire en place depuis trente ans, une scène étonnante eut lieu ce vendredi 12 avril 2019 à Khartoum. En milieu de journée, la foule rassemblée devant le quartier général de l’armée soudanaise voulut faire, comme il se doit dans un pays musulman, sa grande prière du vendredi. Mais les protestataires craignaient que l’armée profitât de ce moment de recueillement pour les disperser. Alors, les protestataires coptes (ces chrétiens représentent tout au plus 3 % de la population de la capitale) constituèrent une immense chaîne en se tenant la main, pour dessiner une sorte d’enclos humain autour du sit-in, afin de protéger de toute intrusion militaire leurs compatriotes musulmans en prière.
Ce mouvement d’unanimisme rappela celui où la foule chanta "Nous sommes tous des Darfouris !", après que le régime du général Omar al-Béchir eut accusé les protestataires d’être manipulés par des rebelles du Darfour. Cette région semi-désertique, musulmane et noire, de l’ouest du pays, s’était révoltée en 2003 pour obtenir une meilleure répartition des ressources. Le régime islamiste de Béchir s’était alors lancé dans une répression très pernicieuse : il avait armé des milices de nomades arabisés (les janjawids) contre les cultivateurs noirs, exploitant le racisme antinoir et d’ancestrales dissensions sur le contrôle de la terre. En juillet 2004, l’ONU estimait à 30.000 le nombre de tués en quinze mois et à un million le nombre de civils déplacés. En mars 2009, la Cour pénale internationale délivra un mandat d’arrêt international contre le président Omar el-Béchir pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité.
Cet officier parachutiste, responsable à la fin des années 80 des opérations militaires contre l’Armée populaire de libération du Soudan dans le sud chrétien du pays, avait pris le pouvoir à Khartoum à la faveur d’un coup d’État militaire en juin 1989. Allié au grand prédicateur islamiste Hassan al-Tourabi (le père spirituel d’Oussama Ben Laden), il imposa un code légal islamique à l’ensemble du pays, poussant fatalement les chrétiens du Sud à la sécession.

Lorsqu’ils prirent le pouvoir, Béchir et Tourabi proclamèrent une révolution islamique censée créer un nouvel homme musulman, marqué par le concept de générosité. L’aumône aux pauvres (la zakhat) est en effet l’un des cinq piliers de l’islam. Cette belle idée fut un voile utile pour cacher la suppression des libertés publiques. Dans un pays musulman, il est facile d’expliquer à des masses souvent incultes que la loi de Dieu est forcément meilleure que la loi des hommes.
Mais, assez rapidement, les Soudanais s’aperçurent que les discours moralisateurs ne s’appliquaient pas vraiment à leurs dirigeants, qui pratiquaient le "Faites ce que je dis, pas ce que je fais !". La corruption gagna ce gouvernement censé gouverner au nom de Dieu. Les frères de Béchir connurent un enrichissement rapide. Aujourd’hui le peuple de Khartoum réclame que Béchir - qui a été démis de ses fonctions et placé par ses collègues militaires en résidence surveillée dans un lieu tenu secret - soit jugé au Soudan pour ses crimes politiques et économiques.
On l’a vu dans d’autres pays musulmans, comme l’Iran, le Pakistan, l’Afghanistan, l’Algérie ou l’Égypte. Au départ, les islamistes jouissent d’un réel soutien populaire car ils promettent de l’honnêteté dans la conduite des affaires publiques et de la compassion envers les pauvres, comme le prescrit la religion. Mais les choses se retournent quand le peuple s’aperçoit qu’ils ne sont pas moraux mais seulement moralisateurs.

La jeunesse iranienne est définitivement revenue de la révolution islamique faite par la génération précédente. Les mollahs et les pasdarans lui apparaissent à la fois moralement corrompus, économiquement inefficaces et diplomatiquement dangereux. Comme la jeunesse soudanaise, elle souhaite que l’Iran redevienne un pays normal, où l’on puisse vivre librement, où l’on ne condamne pas à 148 coups de fouet et à dix ans de prison une simple avocate des droits des femmes, où une fille ait la même part d’héritage que son frère, où les dirigeants arrêtent de financer l’expansion de leur idéologie à l’étranger, au détriment du bien-être de leur propre peuple.

Au mois de juin 2013 en Égypte, de gigantesques manifestations populaires sonnèrent le glas d’un gouvernement de Frères musulmans qui prétendait imposer de nouvelles mœurs à ce très vieux peuple du Nil.
Est-ce à dire que la foi ait régressé dans ces pays musulmans ? Non, au contraire. Mais l’on assiste de plus en plus à l’émergence de sociétés civiles qui rejettent désormais l’instrumentalisation de l’islam par leurs dirigeants politiques.

Paru dans Le Figaro, 16 avril 2019
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Qu’allions nous faire dans cette galère ? (Rwanda)
 
Loin de moi l’idée de reprocher quoi que ce soit aux armées françaises pour leur action en 1994 au cours des massacres ethniques au Rwanda mais il faut bien dire que l’engagement français a été un échec total.
Ça a commencé en 1990 quand l’ethnie tutsie réfugiée en Ouganda a cherché à reprendre le pouvoir. Les Hutus gouvernaient depuis une vingtaine d’année en vertu d’une logique démographique qui ne signifie rien en Afrique.
Les Tutsis, ethnie dominante avaient toujours été au pouvoir quoique minoritaire, de l’ordre de 16 %, c’était dans la nature des choses.
 
L’amiral Lanxade raconte, autant que je me souvienne, que Mitterrand était alors embarqué sur un bateau de la Marine quelque part dans l’océan Indien et qu’il prit la décision d’intervenir sur un coin de table du carré, ce fut l’opération Noroit qui repoussa l’échéance de quatre ans jusqu’à l’attentat contre le Falcon présidentiel le 6 avril 1994.
Qu’on ait pendant cette période formé et armé l’armée rwandaise est une évidence mais c’était l’armée d’un gouvernement légal, reconnu par tous.
En 1994 la France voulut intervenir pour mettre fin aux massacres qui avaient commencé et rechercha une mission de l’ONU. La France oui, mais qui ? C’était en période de cohabitation, Mitterrand Président de la République et Balladur premier ministre étaient pour, le ministre de la défense Léotard et les militaires étaient contre.
La décision de l’ONU fut longue à prendre, les Etats Unis y étaient opposés. Il fallut attendre le 22 juin 1994, les massacres avaient commencé depuis plus de trois mois. Que Turquoise ait limité les dégâts c’est bien évident, elle a probablement sauvé des dizaines de milliers de personnes, il n’empêche que la France ayant formé et armé les Hutus fut accusée de s’être portée au secours des "génocidaires". Le 22 août 1994, il fut mis fin à l’opération Turquoise mais les massacres continueront en particulier en RPC, il y aura eu en tout plusieurs millions de victimes
 
Si on fait le bilan de toute notre intervention de 1990 à 1994, il est totalement négatif, tout ce que l’on voulait empêcher a eu lieu : le FPR tutsi a repris le pouvoir et y est encore 25 ans après ayant institué un régime dictatorial sous les ordres de Kagamé, les massacres ont eu lieu d’une façon épouvantable et le Rwanda a déstabilisé la RPC. En prime, la France est attaquée de toutes parts aussi bien de l’extérieur que de l’intérieur ayant en particulier perdu de l’influence en Afrique, bientôt on va s’excuser.
Si on n’était jamais intervenu au Rwanda, ni Noroit ni Turquoise, les Tutsis auraient certainement  repris le pouvoir ce qui est dans la nature des choses et les massacres n’auraient peut être pas eu la même ampleur.
Alors pourquoi sommes-nous intervenus au Rwanda où nous n’avons guère d’intérêt ? Uniquement par décision du Président Mitterrand sans qu’aucun accord du Parlement n’ait été recherché. Si on veut bien me pardonner une comparaison hasardeuse, Napoléon III était allé au Mexique de la même façon pour faire plaisir à Eugénie. Et en vertu de quoi : l’article 35 de la Constitution prévoyait à cette époque "la déclaration de guerre est autorisée par le Parlement" on me dira que ce n’était pas une guerre et qu’on ne déclare plus la guerre mais enfin qu’est ce qui autorisait Mitterrand à emmener la France dans cette galère ? Nous ne sommes plus en régime parlementaire mais bonapartiste modèle second empire.

Envoyé par l'auteur, 14 avril 2019
Publié dans Devant l'histoire
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De Gaulle 1969, l’autre révolution
 
De Gaulle 1969, l’autre révolution, par Arnaud Teyssier, Perrin 2019
Le 27 avril 2019 marquera le cinquantenaire de la démission du général de Gaulle de la présidence de la République, après son référendum perdu sur la régionalisation et la réforme du Sénat.
Ce magnifique ouvrage de M. Arnaud Teyssier revient longuement sur la décadence de la Ve République. Il montre, à travers de multiples exemples, que le régime actuel n’a plus guère de rapport avec celui que le général de Gaulle avait donné à la France en 1958. "Ce dernier point est essentiel : de Gaulle n’est pas présidentialiste avant la lettre, comme le seront la plupart de ses successeurs. Debré, Pompidou, Couve : à chaque période correspond un Premier ministre en fonction des nécessités et seulement en fonction des nécessités."
 
Ainsi, pour l’historien, le Général n’a jamais voulu instaurer un système politique concentrant dans l’image du chef de l’Etat la totalité du pouvoir politique. Bien au contraire, la Ve République, à l’origine, reposait sur un équilibre entre une présidence souveraine et un Premier ministre chef du gouvernement, sous le contrôle du Parlement. Il souligne combien le fonctionnement des institutions, pendant six ans (1962-1968), en cette période tout à fait particulière de modernisation accélérée et de rayonnement planétaire de la France, était fondé sur l’association au sommet de l’Etat d’un binôme formé de deux personnalités d’exception, de Gaulle et Pompidou.
 
Arnaud Teyssier présente les derniers mois du président de Gaulle à l’Elysée sous un jour profondément nouveau. Il réfute les thèses qui ont prévalu jusqu’à présent, mettant en avant le découragement, la lassitude et le pessimisme du Général, en particulier celle de Malraux qui a fait état d’un référendum suicidaire. A ses yeux, le chef de l’Etat de l’époque avait pris toute la mesure de la gravité des événements de mai 1968. Il entendait proposer à la France une voie nouvelle, "l’autre révolution" comme le souligne le titre du livre : "C’est pourquoi de Gaulle veut accomplir son ultime révolution. Avoir une meilleure prise sur la société, pour l’organiser, pour échapper au conflit des idéologies, tout en gardant ce ferment irremplaçable de la démocratie qu’est le suffrage universel, seule source de légitimité à ses yeux, telle est son ambition." Le président de Gaulle veut fonder sa nouvelle révolution sur deux axes essentiels qui consistent tous deux à rapprocher le peuple des centres de décision.
 
Le premier est la régionalisation : "l’avènement de la région, cadre nouveau de l’initiative, du conseil et de l’action, pour ce qui touche localement la vie pratique de la nation, voilà donc la grande réforme que nous devons apporter à la France." La réforme du Sénat était la conséquence de cette régionalisation dont l’objectif était de développer une démocratie de proximité sur les sujets locaux mais sans pour autant affaiblir l’unité de l’Etat.
L’autre grand thème du projet gaullien était la participation dans l’entreprise. Car de Gaulle, "ne veut pas non plus de la société qui vient, celle du confort et de l’argent, de l’individu-roi, telle que Péguy l’avait annoncée. Il veut la réconcilier avec elle-même sans pour autant reconstituer de puissants corps intermédiaires qui confisqueraient la souveraineté."
 
Dans les derniers jours de son mandat, alors que les défections et les trahisons se multiplient comme les mauvais sondages, le Général ne change rien à son mode de vie. Son rythme de travail "est resté immuable : il arrive à son bureau quelques minutes avant 10 heures, ayant déjà pris connaissance de la presse du matin. Il trouve sur son bureau les dossiers habituels : télégrammes des affaires étrangères, notes diverses, informations sur les visiteurs du jour. Un peu avant 13 heures, il part déjeuner pour revenir vers 14H40. "Il donne une impression de détachement pour lui-même. "Les Français souhaitent que je m’en aille" confie-t-il tristement, mais simplement, à Michel Debré.
Finalement, les Français lui ont dit "non" le 27 avril, à une faible majorité, entraînant sa démission.  A la lecture de ce livre exceptionnel, remarquablement écrit, on ne peut s’empêcher de songer qu’en lui disant non, le peuple français tourne le dos à l’avenir qu’il lui propose et s’engage irrémédiablement dans la voie du déclin pour en arriver, 50 ans après, au sinistre spectacle nihiliste et narcissique que donne aujourd’hui la vie politique française. Le livre se poursuit sur le récit d’une démission, quintessence de la noblesse, et sur des pages somptueuses concernant les voyages du général de Gaulle en Irlande et en Espagne.
De Gaulle 1969, l’autre révolution, par Arnaud Teyssier, Perrin 2019

Paru sur maximetandonnet.wordpress.com, 30 mars 2019
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Ngo Dinh Diem
de Paul Rignac éditions Atelier Fol’fer
 
Je souhaite attirer l’attention de ceux qui, comme je le suis, ont été passionné par l’histoire de l’Indochine puis du Vietnam. J’ai lu un livre rare en raison de l’impressionnante documentation sur l’émergence de la nouvelle république sud vietnamienne. En effet, même si l’homme est connu, peu de spécialistes ont fait un véritable inventaire de sa vision politique. Paul Rignac le fait avec une rare et très fine observation, remettant en perspective non seulement l’acteur de cette période de l’histoire mais en le plaçant dans le contexte culturel de l’identité vietnamienne, de l’importance de la transmission des valeurs culturelles par le clan familial et d’un sens presque sacrificiel de la fonction "du prince" difficile à comprendre pour de pragmatiques occidentaux et en tous cas illisible pour la pensée simpliste américaine. Ceux qui sont bouleversés par l’agonie de l’Indochine et l’échec d’une transition vers l’émergence d’une nation libre et authentiquement vietnamienne découvriront les clefs psychologiques, culturelles et historiques nécessaires à la compréhension des acteurs politiques de cette tragédie.

Seul Rignac, historien chevronné de cette partie du monde pouvait, il me semble, faire découvrir la pensée du fondateur de la république du Sud Vietnam, Ngo Dinh Diem. Il analyse en connaisseur (ses nombreux voyages et la très riche documentation dont il dispose) ici la complexion de l’âme asiatique incarnée en ce dernier. L’auteur s’est surpassé en faisant œuvre d’historien rigoureux et objectif. Son intelligence du contexte est particulièrement fine. Par une documentation très scientifique il situe la réalité d’un homme aussi complexe qu’exceptionnel. Réduire Diêm à un pantin des américains est aussi grossier que stupide. La preuve la plus évidente est sa fin tragique. Celle-ci fût orchestrée et soutenue par l’administration américaine qui donnera son feu vert pour le faire assassiner. La raison étant l’indépendance absolue de l’homme qui, parfois, va même jusqu’à se priver de ceux qui auraient pu l’aider. L’auteur le souligne notamment en présentant les diplomates français prêts à soutenir cette vision gaullienne avant l’heure mais qui seront découragés par la susceptibilité excessive du nouveau chef de l’exécutif indochinois. En cela Paul Rignac montre cette fragilité tellement propre au caractère vietnamien et qui, ici débouchera sur le tragique.
Enfin on a beaucoup gaussé sur la famille. La fameuse Madame Nhu, sa belle-sœur que la légende noire transformera en Torquemada parce qu’elle s’était attaqué au monde sulfureux des proxénètes et des trafics de drogue. Personnage complexe et de caractère, elle n’est pourtant pas étrangère à l’image traditionnelle de la femme vietnamienne aux rênes d’un pouvoir. Mais lui attribuer une totale domination sur la politique de son beau-frère est une simplification d’analyse que Rignac resitue exactement à sa place.
 
L’historien rappelle un contexte politique de l’époque redoutable. Cela rend tout jugement définitif entre mauvais et gentils, entre ce qui aurait dû être fait et pas fait hasardeux. La Chine et l’union soviétique, joueurs d’échecs virtuoses dament le pion à une Amérique inapte à saisir le monde qu’elle pense pouvoir remodeler avec des concepts simplistes. Diem profondément anticommuniste mais redoutablement susceptible sur la souveraineté de son Etat était à la lecture de cette biographie le seul homme d’envergure susceptible de damer le pion à Ho Chi Minh en incarnant la légitimité vietnamienne sans pollution idéologique. Il exaspère l’éléphant américain qui mal à l’aise dans les subtilités extrême orientales acceptera par une complicité tacite son assassinat. On ne peut être que consterné devant l’absence de pensée politique de l’administration américaine et de son ambassadeur Henry Cabot-Lodge jr .
 
Ngo Dinh Diem est né dans une famille aristocratique mandarine. Habité par une passion sans concession pour son pays il a hérité de son père, familier de la cour impériale, une francophobie exacerbée et mal venue au moment où la France envoie un corps expéditionnaire mourir pour un empire déjà souverain. La francophobie familiale n’empêchera pas son frère aîné de se faire former en France.
A l’inverse de son challenger du Nord Diêm sera un homme d’une intégrité morale unique dans l’histoire politique. Catholique convaincu il sera présenté comme "le moine président". Rignac pointe le revers d’une vertu exigeante sans doute : une excessive rigidité. Diem en quelques années abat un travail remarquable en modernisant son pays. Il construit "les villages stratégiques" qui auront pour effet d’éliminer la totalité des intrusions communistes au sud. Pourtant son hostilité aux Français dont plusieurs représentants lui étaient favorables le privera d’un soutien majeur et l’isolera sur la scène mondiale au même moment où la Russie et la Chine bénéficient en tous lieux et dans toutes les institutions internationales de réseaux d’influence et de lobbys particulièrement efficaces. Son nationalisme "autistique" lui enlèvera le soutien de puissantes alliances à l’heure où ses ennemis du Nord sauront magistralement orchestrer celles-ci. Diem, un de Gaulle asiatique incompris ? On ne peut qu’y penser en lisant ce livre exceptionnel écrit dans une langue fluide et magnifique.
Ngo Dinh Diem de Paul Rignac éditions Atelier Fol’fer

Envoyé par l'auteur, 2 avril 2019
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Familles nombreuses, réversion : la réforme des retraites est mal partie
 
Il y a quelques mois, le Haut-Commissariat à la réforme des retraites a fugitivement donné l’impression qu’il avait une petite idée de la façon dont fonctionnent les retraites par répartition. En effet, le Haut-commissaire avait déclaré à une journaliste que les cotisations vieillesse, immédiatement versées aux retraités, ne préparent nullement la retraite de ceux qui les versent. C’était un pas vers la découverte de la vérité, à savoir que la préparation de la retraite consiste à mettre au monde des enfants et à les éduquer de telle façon qu’ils trouvent leur place sur le marché du travail, condition requise pour qu’ils payent, quelques décennies plus tard, des cotisations vieillesse au profit de leurs aînés.
Las ! Une information récente montrerait plutôt que Jean-Paul Delevoye en est resté à l’idée poétique selon laquelle les bébés sont apportés par des cigognes puis entretenus et éduqués par des lutins. Il faut en effet avoir en tête une fantasmagorie de ce genre pour parler comme d’un "avantage", d’une manifestation de la générosité de l’Etat ou des régimes de retraite, et non d’un dû, à propos des maigres droits à pension qui sont accordés aux parents ès-qualité.
Concrètement, le Haut-Commissaire a posé la question suivante aux partenaires sociaux : "Doit-on maintenir un avantage pour les parents de trois enfants et plus ?" Il semblerait qu’il ait eu en tête l’idée de donner moins aux parents de famille nombreuse pour donner un peu aux parents de deux enfants. En tout cas, il reste enfermé dans le conte de fées selon lequel on prépare les retraites futures en payant celle des personnes âgées actuelles, et que si l’on accorde quelques droits à pension aux personnes qui ont élevé des enfants, c’est par charité républicaine (dite solidarité).
 
Chaque enfant élevé doit rapporter des points
En somme, il s’agirait de déshabiller Pierre pour habiller Paul. L’antique système des majorations de pension, terriblement injuste puisque l’enfant de riche "rapporte" alors davantage que l’enfant de pauvre, serait maintenu. Il s’agirait, toujours et encore, d’un "avantage", et non d’une juste reconnaissance du fait qu’élever des enfants prépare les futures retraites.
Au lieu de rendre aux parents ce qui leur revient en bonne justice, à savoir des droits à pension en remplacement de leur prise en charge directe, dans leur vieillesse, par leurs propres enfants (
1), l’Etat veut se faire passer pour une sorte de mécène qui distribue des "avantages" aux personnes "méritantes". Foin de la réalité économique : la République redistribue selon des critères inspirés par l’air du temps un argent qui ne lui appartient pas, mais qu’elle entend répartir à sa guise ! Et qu’elle utilise sans souci de justice, mais en référence avec une notion dénaturée de la solidarité – belle idée que nos politiciens ont hélas transformée en une sorte de catin dont on peut louer les services pour s’attirer, en redistribuant de l’argent à tort et à travers, les bonnes grâces des syndicats et autres quémandeurs disposant d’un pouvoir de nuisance.
Que feraient des dirigeants ayant compris le fonctionnement des retraites par répartition, expliqué jadis par Alfred Sauvy, et aujourd’hui par votre serviteur et quelques autres ? Au moment de passer à la retraite par points, ils choisiraient le nombre de points devant être attribués à chaque parent pour chaque enfant dont il a assumé l’entretien et l’éducation durant une année. Bien entendu, les pères et mère de trois enfants recevraient, à ce titre, davantage de points que ceux de deux enfants, eux-mêmes deux fois mieux pourvus que les parents d’un enfant unique. Il ne serait plus question d’avantage, il s’agirait simplement de la reconnaissance par le législateur d’une réalité indubitable, que Sauvy exprimait ainsi : "nous ne préparons pas nos pensions par nos cotisations vieillesse, mais par nos enfants."
Attribuer des points pour chaque enfant élevé pendant un an constituerait une formule autrement plus juste que la majoration de pension actuelle, dont la proportionnalité privilégie les parents aisés. Il est à peine croyable qu’aucun Président ou Gouvernement ou Parlement ne se soit jamais attaqué à cette injustice criante, qui n’a d’ailleurs l’air d’émouvoir ni les syndicalistes, ni les élus, à quelques exceptions près.
 
Mais, dira-t-on, ceux qui n’ont pas d’enfant, ou qui n’en ont qu’un, ne vont-ils pas être un peu "short" en matière de droits à pension ? Pas du tout, si l’on applique jusqu’au bout la logique d’Alfred Sauvy. En effet, les enfants n’ont pas besoin seulement de leurs parents, ils ont aussi besoin d’écoles, de collèges, de lycées, d’enseignement supérieur, et cela coûte environ, en France, 130 milliards par an. Or, bêtement, nos lois ne prévoient pas de récompenser ceux qui financent cet investissement dans la formation initiale, alors qu’il fait partie intégrante de la préparation de nos retraites. Il ne serait pourtant pas difficile de remplacer divers impôts et cotisations par une cotisation productrice de points de retraite, destinée à financer la formation initiale. La formule française de l’impôt sur le revenu, à savoir le quotient familial, est justement bien adaptée à cet usage : à revenu égal, elle prélève moins sur les personnes ou les couples qui ont des enfants à charge. Ceux qui ne sont pas dans ce cas acquéraient donc plus de points de retraite grâce à cette cotisation.
N’entrons pas davantage dans les détails, le lecteur intéressé les trouvera dans notre ouvrage La retraite en liberté (Le Cherche-midi, 2017), et voyons l’autre problème actuellement examiné par le Haut-commissariat, à savoir la réversion.
 
Passons donc de la réversion à la mise en commun des points acquis par les époux !
La réversion est une formule qui date de l’époque où les couples étaient le plus souvent stables, unis "pour le meilleur et pour le pire" du mariage à la mort d’un des époux. Dans ces couples, la femme avait une activité professionnelle le plus souvent moins longue et moins bien rémunérée que celle de son conjoint, voire pas du tout d’activité professionnelle. Dans ces conditions, la réversion corrigeait plus ou moins l’absence de droits à pension attribués pour la mise au monde et l’éducation des enfants : c’était mieux que rien.
Aujourd’hui, les couples sont moins stables et les femmes travaillent professionnellement davantage : la réversion est une formule qui a fait son temps. De plus, elle donne parfois lieu à des rentes de situation injustifiables : certains régimes permettent au conjoint survivant, marié peu avant son veuvage, de remporter le gros lot. Son remplacement s’impose, et différents pays ont déjà fait le nécessaire, en recourant au partage des droits à pension entre les conjoints.
Les deux membres d’un couple marié devraient pouvoir mettre en commun les droits à pension acquis par chacun d’eux, que ce soit en raison de l’éducation de leurs enfants ou des cotisations versées pour la jeunesse. Il s’agirait en quelque sorte d’une extension du régime matrimonial dit "communauté réduite aux acquêts". Dès lors que les points de retraite seraient (enfin !) considérés comme des actifs financiers, il serait tout naturel qu’ils entrent dans la communauté des acquêts, au même titre que les placements financiers et les investissements immobiliers. Les couples seulement unis par un pacs pourraient éventuellement bénéficier d’une formule analogue.
 
Cette financiarisation de la retraite par répartition résoudrait toutes sortes de problèmes ; citons-en quelques-uns. D’abord un problème de justice : impossible, quand on partage seulement les points mis en commun durant l’union, de réaliser une captation de droits à pension après seulement quelques années de vie commune. Ensuite un problème d’équité : en cas de divorce, les points mis en commun seraient automatiquement partagés par moitié ; plus question d’avoir à choisir entre se remarier ou perdre ses droits à réversion, comme cela existe dans certains régimes. Enfin, un problème de dignité : il serait clair que le veuf ou la veuve ne bénéficierait pas d’une faveur accordée par l’Etat providence, mais d’une pension dûment méritée dans le cadre d’un partage des tâches au sein de la cellule conjugale. Si dans tel cas la pension résultant du partage des points de retraite est trop faible pour assurer une vie décente, bien entendu son titulaire aura droit au minimum vieillesse, mais le problème de l’assistance ne viendra plus polluer les questions conjugales.
Si l’on supprimait l’obligation faite aux enfants de famille nombreuse de cotiser au profit des personnes qui n’ont eu que peu ou pas du tout d’enfants, les parents de trois enfants ou plus auraient des vieillesses dorées, et les personnes n’ayant pas eu d’enfant en seraient réduites à faire la manche.

Envoyé par l'auteur, 1er avril 2019
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Pendant que Bruxelles réglemente, Pékin avance
 
Alors que les Chinois conquièrent la vieille Europe, celle-ci régule, crée des lois, invente des directives et se protège de tout et de rien, à la conquête de l'universalisme législatif...
 
Les Chinois à Paris ont cruellement mis en lumière l'absence totale de projet européen. Non seulement il n'y pas de numéro de téléphone pour appeler l'Europe, comme le faisait déjà remarquer très judicieusement Henri Kissinger il y a 50 ans, mais plus personne ne sait pour quel projet précisément on pourrait bien voter.
 
Quel manque de souffle, quelle absence d'unanimisme, quelle déception. Moins il y a de projets fédérateurs, plus il y a de candidats et d'ambitions personnelles. Les ministres sont prêts à déserter et à renoncer à leur mission pour une place à Bruxelles. Est-ce parce qu'ils espèrent se faire payer des assistants parlementaires ?! Que la place est bonne ? Qu'ils pensent vraiment changer le cours de l'Europe ? Et pour proposer quoi et pour qui ? Pour leur parti ou ce qu'il en reste, ou pour la France ? Au fur et à mesure que la campagne se précise, la désespérance, voire le rejet, s'installent. Les élections ont pris un ton de plébiscite présidentiel : on va voter pour des candidats en campagne qui veulent rejouer l'élection du Président de la République ; on redoute déjà au soir des élections les commentaires habituels des gagnants, triomphants d'on ne sait quoi. Cela ressemble au concours de The Voice, il faudra choisir celui qui a la plus belle voix, mais surtout le plus grand nombre de voix !
 
En même temps sur des starkings blocks, les candidats pour les municipales à Paris sont eux aussi, prêts à partir en courant ; n'est-ce pas affligeant de voir que le porte-parole du gouvernement par exemple, supplie qu'on le relève de ses fonctions ? Ainsi que le député espoir du gouvernement avec araignée et lavallière, passionné, créatif qui  veut à tout prix être maire de Paris (il faut sans doute être fort en maths). On a failli perdre la ministre de la Santé qui était très compétente en la matière et beaucoup moins en Europe, cela fait désordre.
La plus grande confusion règne au moment où l'on est supposé résoudre la crise des gilets jaunes et tirer des conclusions de ce que veulent les Français ; on ne sait déjà pas quoi faire en France, alors en Europe... pourtant quelques gilets jaunes esseulés visent le Parlement Européen, avec un semblant de programme ?
Une Europe apeurée ?
Mais la vraie leçon est chinoise, c'est le colossal projet qui mobilise un pays, que dis-je un continent. La route de la soie, c'est mythique, une conquête du monde, un retour vers le passé pour créer l'avenir. Certes, on objectera que les droits de l'homme et les conditions de vie et de gouvernance en Chine ne sont pas un modèle, mais pour créer l'unité et arriver au partage des richesses, quoi de mieux que ce projet pharaonique. On espère que le reste suivra.  
Imperturbables, les Chinois conquièrent la vieille Europe après avoir "acheté" l'Afrique : ils tracent leur route. Même dans le domaine artistique, ils émergent, imposant leur soft power comme l'explique Nathalie Obaldia dans son ouvrage "La géopolitique de l'art contemporain" *.
Pendant ce temps-là, l'Europe régule, crée des lois, invente des directives et se protège de tout et de rien, à la conquête de l'universalisme législatif, piètre programme.
Une Europe apeurée qui tente de gérer un 
Brexit feuilletonnesque à coup de technocratie galopante et de nouvelles règles d'échanges commerciaux. Une Europe troublée qui fait semblant de présenter un front uni à la Chine alors que l'Italie triomphante a déjà signé des deux mains les accords proposés par Xi Jinping sous l'œil courroucé des autres (peut-être aussi une petite vengeance contre cette même Europe qui l'a laissée seule face aux afflux de réfugiés ?) Mais les Chinois, tels les Horace et les Curiace, préfèrent s'entretenir avec chaque pays individuellement. Et, 300 airbus commandés à la France c'est un argument !
Quel est notre projet Européen commun, en dehors de taxer les GAFA ? Quelle image donnons-nous au président Chinois d'une Europe qui n'est qu'une Europe de frontières sans frontières, sur lesquelles les pays concernés ne sont d'accord que pour la photo ? Où est le projet enthousiasmant, mobilisateur, rassembleur, comme celui de la conquête de l’espace des Américains ou encore l'intelligence artificielle (face à laquelle nous sommes des nains).
Et quid de l’Europe des entreprises ? Patrons et salariés guettent aussi la décision qui favorisera les grands projets économiques et l'harmonisation fiscale et sociale tant souhaitée (qui s'alignera sur la fiscalité française !?).
Alors on va essayer de voter pour "son" parti (pour ceux qui ne sont pas orphelins) en essayant de dégager un peu d'enthousiasme des joutes oratoires qui ne manqueront pas. En attendant la bonne surprise, celui ou celle qui saura nous faire vibrer, ou des découvertes, comme celle de la tête de liste européenne (enfin une) menée par une jeune inconnue de 24 ans, Colombe Cahen Salvador qui prône de faire de la politique autrement en Europe (!) avec des Européens. D'autres jeunes têtes de cette même liste sont présentes dans plusieurs pays d’Europe.
Mais, finalement, ce sont les Chinois qui vont peut-être donner l'impulsion qui manque à cette campagne : Xi Jinping aura-t-il réveillé la vieille Europe… comme on réveille la Belle au bois dormant, non d'un baiser mais d'un projet ?

Envoyé par l'auteur, paru dans Challenges, 28 mars 2019
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Raminagrobis
 
La saga de Donald Trump s’est enrichie de deux épisodes que nous, Européens, devrions prendre en considération : le Procureur Mueller n’a pas constaté de collusion entre l’équipe électorale de Donald Trump et Moscou. Depuis le président Américain a offert le plateau du Golan à Israël.
Maintenant que l’hypothèque russe est levée, il est bien évident que Trump ne va pas pour autant pouvoir se rapprocher de Moscou et va devoir continuer à réchauffer la guerre froide.
 
Pour ce qui est du Golan, occupé en 1967 et annexé en 1981, cette annexion n’a jamais été reconnue par l’ONU ni la communauté internationale. Dans ces conditions on ne voit pas comment on va pouvoir reprocher à Poutine l’annexion de la Crimée qui apparaît autrement légitime. Le Golan, pris à la Syrie n’a plus grande importance stratégique mais est le château d’eau de la région où l’eau est la richesse ultime. La politique des Etats Unis se fait décidément maintenant à Jérusalem.
 
Si l’Europe avait une certaine intelligence, elle tirerait  de ces deux évènements les conclusions  qui s’imposent. : l’Europe qui, si on en croit Philippe de Villiers est ab initio une construction américaine, est considérée outre-Atlantique comme une vassale priée de s’aligner sans discuter, qui coute trop cher à défendre, elle devrait en profiter pour reprendre son indépendance, sortir de l’OTAN et se rapprocher de la Russie avec laquelle elle a, à l’évidence, nombre d’intérêts communs en particulier vis-à-vis de la Chine.
 
Nous ne serions pas trop pour contenir Monsieur Xi et les routes de la soie,  appellation poétique d’une entreprise qui n’a d’autre but que la conquête du Monde.
Nous recevions Monsieur Xi pour une visite d’état et avions déroulé le tapis rouge pour accueillir le dirigeant chinois qui n’a comme objectif que de dévorer une par une toutes les vieilles souris européennes. Il est bien évident que Raminagrobis a la tâche facile avec ce continent jadis glorieux mais maintenant perclus de droits de l’homme, de transition énergétique, de repentance coloniale, perdu dans des guerres picrocholine, le moteur franco-allemand, le Brexit, le groupe de Visegrad, l’excommunication de Vincent Orban, le populisme croissant sans parler d’une immigration invasive.
Monsieur Xi qui comme tous les Chinois, a la mémoire longue devait avoir une certaine jouissance à venger les guerres de l’opium, le sac du palais d’été, les traités inégaux, les concessions, les stationnaires européens sur le Yang Tsé, Hong Kong, Kouang-Tchéou-Wan et toutes les humiliations qu’un Occident conquérant leur avait imposées. Le président Macron n’avait pas osé l’affronter seul, il avait convoqué Angela Merkel et Jean Claude Juncker pour faire croire à la solidarité du continent, dérisoire tentative.

Envoyé par l'auteur, 28 mars 2019
Publié dans De par le monde
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Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.

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