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Sur quelques "vacances" de la Culture...
 
Le clonage du Louvre à Abu Dhabi devait nous rapporter prestige et monceaux d’or. Que de couleuvres avalées pour cela : les conservateurs français mettant leur expertise au service du Louvre des sables, donc aux dépens du Louvre parisien ; puis, sur le chantier, le traitement réservé aux ouvriers qui montra que le pays des Droits de l’Homme était aux abonnés absents. Or, un an et demi après l’inauguration de ce Louvre bis par les époux Macron, la Cour des comptes tire la sonnette d’alarme (1). Non seulement les engagements initiaux n’ont pas été tenus mais ils ont été renégociés par le Louvre… en sa défaveur. De l’art de se tirer une balle dans le pied et d’être le dindon de la farce : question prestige, c’est mal parti. Il a fallu attendre onze ans pour que les 2 parties signent un accord définitif et là (surprise !) le taux minimum des royalties sur les produits dérivés de 8 % devient un taux maximal ! Génial non ? Ainsi un taux zéro est possible. De plus, les sous-licences qui devaient être exceptionnelles s’avèrent de règle maintenant avec, déjà, une compagnie aérienne locale qui exploite gratis le nom et le logo du Louvre ! Le gouvernement devrait dénoncer ce contrat léonin devant les tribunaux mais n’y a-t-il pas derrière d’autres négociations, plus politiques, dont le Louvre ferait les frais ? Auquel cas se vérifie le peu de cas que font du patrimoine nos politiques….
Autre exemple le "Salvator Mundi" de Léonard de Vinci, le tableau le plus cher au monde, acheté par le prince héritier d'Arabie saoudite Mohammed ben Salmane, avait disparu des radars. Un achat de prestige problématique pour une monarchie islamique plutôt rigoureuse, d’autant que planent des doutes sur l’authenticité de l’oeuvre. La solution ? Le Messie de Léonard serait parti en croisière sur le yacht du prince. Voilà qui risque, avec les embruns, l’humidité ou les naufrages, de ne pas arranger cette peinture déjà très restaurée. Les conditions seraient-elles réunies pour faire disparaître une œuvre problématique ? Placer des œuvres dans des conditions épouvantables, et une fois le malheur arrivé, crier : "c’est la faute à pas de chance !" … cela ne vous rappelle rien ?
 
Notre-Dame n’est pas tirée d’affaire : moins de 10 % des dons promis ont été versés. Les lubies architecturales nées de la légèreté gouvernementale ont tari l’enthousiasme des donateurs : donner oui, mais pas pour financer n’importe quoi. J’en connais prêts à trainer le gouvernement en justice (genre class action) si leur don est détourné et si la double identité de la cathédrale n’est pas respectée : gothique et romantique. La cathédrale est en effet aussi le dernier chef d’œuvre de l’architecture romantique française. A ce propos vous pouvez lire un article où Victor Hugo vient à la rescousse d’une reconstruction à l’identique qui privilégie le bois
cliquer. Ou signer une pétition en ligne demandant la prise en compte de l’acoustique dans la restauration (celle de Reims est mauvaise, or sa charpente fut reconstruite en béton) cliquer.
(1) "les royalties du Louvre se perdent dans les sables d’Abu Dhabi", Le Canard Enchaîné , 29 mai 2019, p.3
Envoyé par l'auteur, paru sur www.sourgins.fr, 18 juin 2019
Publié dans Du côté des élites
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Patrie, quotas : les faux-nez de la macronie
 
Patrie et quotas d’immigration: deux thèmes que la macronie va tenter de s'approprier ces prochaines semaines. Comme deux bouées de sauvetage ? Ce lundi sur RTL, Gabriel Attal, secrétaire d’Etat auprès du ministre de l’Education nationale, a louangé le Service national universel, lancé dimanche auprès de 2000 premiers jeunes. Il a vanté le "patriotisme" de ce nouveau rendez-vous des "brassages" et des "diversités". Il a rappelé ce qu’avaient été, ce matin, les premières heures des engagés volontaires : lever "6h30-7h", découverte de leur uniforme bleu, salut au drapeau, Marseillaise, etc. Attal a confié qu’Emmanuel Macron suivait "de très près" cette expérience. Elle devrait être généralisée, à l’horizon 2026, aux 800.000 jeunes Français.
De son côté le ministre de l’Intérieur, Christophe Castaner, hier dans le JDD, s’est dit ouvert à un débat parlementaire annuel sur la question des quotas dans le cadre de l’immigration légale. Il s’est dit en revanche opposé à des quotas en matière d’asile, au nom "de nos engagements internationaux" et de son "éthique personnelle". Ainsi, après avoir fustigé les "populistes", accusés de penser petit dans leur défense de la nation abritée par des frontières, le gouvernement tente de récupérer une partie du combat identitaire qu’il a laissé à la droite. Toutefois, sa promotion du mondialisme et des "valeurs citoyennes", construites notamment sur la non-discrimination, sont en contradiction avec la protection de la France, fragilisée par une immigration de peuplement que rien ne vient tarir.
La mascarade est la vraie nature de la macronie. A vouloir attirer la gauche et "en même temps" la droite, le pouvoir s’oblige à jongler avec les faux-nez, les masques, les déguisements. Ses mots sont des bulles : vidés de leur contenu, ils sont lancés comme des appâts. C’est ainsi que le service national universel associe dans un même intitulé deux contradictions : le repliement national et l’ouverture universelle. Mais dans la vision des mondialistes, c’est la nation qui au bout du compte doit céder la place au profit d’un monde plat, sans mémoire, fonctionnel et interchangeable. De la même manière, les quotas d’immigrés ne veulent rien dire quand n’est pas définie ce qu’est une immigration. Pour l'Etat, elle ne serait pas celle des demandeurs d’asiles. Or les pouvoirs publics ne font plus de différence entre le demandeur d’asile politique - que la France se doit d’accueillir quand il fuit une oppression idéologique - et le demandeur d’asile économique ou, demain, climatique. Cette filière humanitariste, attirée par la générosité des prises en charge qu’offre la France en comparaison d’autres pays d’Europe, est en passe de devenir la principale source d’immigration. D’autant que les reconduites à la frontière restent marginales. Bref, quand la macronie parle de patrie et de quotas, elle use de termes que l’opinion aime entendre. Mais c’est le chemin inverse qu’elle a pris avec son "progressisme" sans audience.

Paru sur blog.lefigaro.fr/rioufol, 17 juin 2019
Publié dans Du côté des élites
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Le Service national universel, un stage de savoir-vivre en France !
 
On peut bien sûr critiquer : trop court, trop cher, inutile... Et n'est-ce-pas à l'Education Nationale d'inculquer le vivre ensemble ? Pourtant, le test d'un Service National qui vient d'être lancé est indispensable dans l’état actuel du pays et de la jeunesse. La cohésion nationale n'est plus qu'un vain mot que l'on confond avec les coalitions "contre" quelque chose, à l’exception des grandes tragédies qui rassemblent, et de moins en moins longtemps. L’autorité reste un stigmate de l'ancien monde, la "tenue" ne veut plus dire grand-chose comme le dit un célèbre fast-food en faisant un slogan spécial jeune: " venez comme vous êtes"! Un monde soi-disant sympathique de cool attitude habillée de jeans à trous. Nous avons choisi au nom d'une pseudo liberté fictive, de faire tomber un carcan social supposé des règles de la bienséance bourgeoise, cela a considérablement nui aux comportements individuels et collectifs citoyens. La fracture sociale est bien sûr une fracture sociétale et il faut recréer une structure civique qui sera un passage obligé.
Jacques Chirac a commis une faute en supprimant le service militaire mais il faut se replacer à cette époque où la lourdeur de ce service était devenue inutile et trop pesante dans la vie des jeunes ; il aurait fallu le modifier drastiquement en maintenant un minimum d'obligations militaires ou civiles pour garder ce creuset et ce brassage qui manque tant aujourd'hui.
Alors oui, les questions concernant le
 SNU (Service National Universel) sont préoccupantes. Le coût d'abord : a priori 1 milliard et demi par an. Les contraintes de logement, d'encadrement, etc. Mais, en réalité, il n'y a pas de prix pour recréer a minima une sensibilité au concept même de "service" au pays. 15 jours c'est peu, et peut-être insuffisant, mais des prolongements sont prévus et pour le moment il s'agit d'un test.
Ce qui est organisé pendant ces 15 jours est loin d'être anodin : ne serait-ce que de ne plus être accro à son portable ! (Il sera autorisé 1h le soir). Distribuer un pack d'uniforme sera pour quelques-uns pour le moins étrange : pantalon, manteau, chaussures noires (certains n'ont jamais porté autre chose que des baskets !), casquette bleue, badge du service national, pour certains jeunes qui attachent une importance énorme à leur look qui contribue à définir leur appartenance à une tribu, une bande, un quartier. Ils découvriront la cérémonie aux couleurs le matin et on l'espère l'émotion pour la première fois peut être, à la vue d'un drapeau que l'on hisse. Une initiation au code de la route, au parcours du combattant, à la formation aux premiers secours, le respect des horaires, la participation à l'entretien apporteront une ouverture sur l'extérieur, un autre esprit, une expérience, la découverte d'autres lieux, d'autres ambiances.
 
Pour un Service National en Entreprise
Sans parler bien sûr de l'autorité ! Une autorité à laquelle des parents qui ont peur d'une façon ou d’une autre de leurs enfants (82 % le reconnaissent) ont renoncé alors que cette autorité est revendiquée et souhaitée paradoxalement par 79 % des ados (sondage de l’APPEL).
On peut aussi prétexter que pour certains plus favorisés ce sera inutile, mais ceux-là connaîtront un brassage social nouveau et découvriront la réalité d'autres milieux, de comportements et de difficultés ignorées.
On pourrait, et on devrait élargir cette expérience au monde de l'entreprise, car tous ces jeunes sont amenés à y travailler du moins on l'espère, et le mini stage en classe de troisième n'est en quelque sorte qu'une sortie scolaire comme une autre. Il serait très bénéfique de leur faire appréhender cet autre brassage social professionnel. Les valeurs de l’entreprise sont un complément : montrer l'importance d'une sorte de collectif différent, d'une autre forme de hiérarchie, le respect d'une éthique, la notion de respect du client, l'importance des salariés, etc.
L'entreprise est un lieu idéal pour comprendre bien sûr les enjeux économiques mais plus simplement une autre forme de prise de risque. Ce type d’expérience s'est révélé efficace et apprécié par exemple pour les VSNE (Volontariat pour un Service National en Entreprise).
Les chefs d'entreprise sont demandeurs pour contribuer à cette mission d'intérêt général qu'est le SNU. Certes, la courte durée et les niveaux très basiques de certains nécessiteront une adaptation mais pourquoi pas ? Ce serait aussi une contribution bénévole et salutaire des entrepreneurs au pays. Après une demi-journée de découverte, donner par exemple pour simple mission au jeune de chercher par lui -même comment se rendre utile d'une façon ou d'une autre ?
Un chantier nécessaire et passionnant pour reconstruire notre société en misant sur l'avenir autrement qu'en tentant de satisfaire des revendications toujours croissantes.

Envoyé par l'auteur, paru Challenges, 20 juin 2019
Publié dans En France
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Hong Kong      
                      
Ce qui se passe à Hong Kong est préoccupant.
Pas seulement sur le plan politique, et pas seulement sur celui asiatique : la tentative est violente ; deux aspects sont en péril : le respect des engagements internationaux et les valeurs de la démocratie. Du moins dans sa conception occidentale. Cela dévoile assez brusquement la face cachée des ambitions de la République Populaire de Chine, ainsi que le mépris illimité qu'elle peut nourrir sur l'organisation des relations mondiales telles que concoctées par les Occidentaux.
 
Les Etats de l'Union Européenne, avec perspicacité, dans une période très offensive de "sinisation intelligente et pacifique" devraient peut-être mieux calibrer leurs réactions et leurs politiques extérieures, lesquelles, sans être agressives devraient être plus éclairées vis à vis des intrusions chinoises. L'obsédante balance commerciale n'est pas tout.
L'affaire n'est sans doute qu'à son début, et n'est pas nouvelle, même si le projet de texte prévoyant l'extradition en Chine des récalcitrants est "suspendu" et si Pékin (Beijing) et madame Lam (chef de l'exécutif HK) ont fait machine arrière. Respectant la fin de leur "bail emphytéotique de 100 années", les Britanniques ont cédé la place à la République Populaire en 1997. Abandon déchirant s'il en fût, mais amorti, au terme de laborieuses négociations par la garantie pour 50 ans – jusqu'en 2047 – du principe "Un pays (la Chine), deux systèmes", immuable, co-rédigé et signé. L'autonomie de la Cité (dans son intégralité), les libertés fondamentales des citoyens, les atouts commerciaux sont garantis et intouchables, pour encore un demi-siècle. Au début de l'arrangement, tout fut harmonieux et "rien n'était changé". Mais d'année en année, les craintes d'une reprise en main intrusive s'avèrent fondées : peu à peu l'empreinte de Pékin est plus lourde sur la liberté d'expression, de la presse, le contrôle des opinions, certains détails de la vie quotidienne ; l'étau autoritaire s'est infiltré et tend à se refermer.
Or, les Hong Kongais tiennent à leur statut particulier, à l'entretien de leur différence : cet inimitable mélange de mœurs britanniques et d'habitudes cantonaises. Déjà dès 2011, des protestations se sont élevées, puis en 2014 la révolte des parapluies secoua la Région autonome de manière durable. Et maintenant, cette tentative Faire peur, en menaçant d'extradition vers le continent tout opposant ou supposé tel. On connaît la tactique : on s'empare de l'intéressé, le tient au frais quelques temps, avec un éventuel simulacre de procès, et puis... pouf... plus rien, plus personne... Mais avec les étudiants et les cols blancs de Hong Kong, ça ne marche pas : ils connaissent leurs droits, leur particularité, l'Habeas Corpus et the Bill of Rights.
 
Le bras de fer n'est pas près de se terminer. Certes Pékin (Beijing), Monsieur Xi et son Parti ont reculé. Quelques tentatives de lois répressives ont déjà été annulées – ou du moins suspendues – plusieurs fois. Et puis, il ne faut pas chercher de noises en ce moment, car la situation intérieure n'est pas aussi idyllique qu'il y paraît : dans certains secteurs la mirobolante croissance patauge, certaines initiatives font des flops, et même à l'intérieur du Parti, des discordances existent peut-être.
Néanmoins, Hong Kong est dans le schéma de recouvrance des territoires et espaces périphériques : c'est clair et clairement annoncé ; il faut laver les vexations et démembrements infligés par l'Occident. Déjà, les Portugais ont rendu Macao depuis longtemps, et la RPP en a fait le plus grand casino du monde. Las Vegas est une cambuse à côté. Maintenant il s'agit de re-inclure Hong Kong dans le giron continental et juridique. Bientôt ce sera le tour de Taïwan toujours considérée comme la "22ème Province" et dont l'apparente indépendance reste fragile. Il y a aussi les littoraux, la mer de Chine, dont la définition territoriale est à revoir, avec des emprises de plus en plus importantes. Le Président Xi et son entourage comptent mener à bien tout cela pour le Centenaire de la République Populaire, soit en 2049, dont les grandioses commémorations sont déjà en préparation.
Si 2 millions de Hong Kongais et plus envahissent les rues, si la révolte de la jeunesse gronde sur Nathan Road, on fera le gros dos, on attendra... mais l'objectif d'intégration restera sans doute vivace.
L'infiltration économique et culturelle ayant été habilement menée à bien pendant 50, 60, 70 années, les Nouvelles Routes de la Soie ayant suffisamment contribué à siniser l'Europe, n'y a-t-il pas quelque risque à se laisser circonvenir sourire aux lèvres ? Le Majong remplaçant la belote et le bol de riz le cassoulet ?
A Hong Kong, en 1894, Alexandre Yersin isola le bacille de la peste : Yersinia pestis

Envoyé par l'auteur, 20 juin 2019
Publié dans De par le monde
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Gilets jaunes : ce feu qui couve sous la cendre
 
Dans un premier papier le 7 décembre j’ai alerté sur l’importance et la sensibilité de la crise des Gilets jaunes (1). Dans un Live pour l’association APM le 20 décembre j’ai explicité pour les chefs d’entreprise mon diagnostic et j’ai essayé de formuler quelques voies pour traiter de façon concrète cette colère d’une partie de notre société (2). Six mois après, cette crise sociétale est toujours là, avec désormais une trentaine de samedis de manifestations, voire d’insurrections. Que dire de ce triste bilan qui interpelle sur l’état de notre société :
 
- Près de 50 000 manifestations et rassemblements recensés sur le territoire,
- 2 448 blessées parmi les manifestants (dont 23 éborgnés et 5 mains arrachées) , 1797 parmi les forces de l’ordre (chiffres communiqués mi-mai et publiés par le JDD (3)
- 11 personnes ont perdu la vie suite à des accidents de la route liés au mouvement (plus personne n’en parle… et ne veux en parler …)
- Des milliers de condamnation (12 107 interpellations, qui se sont soldées par 10 718 gardes à vue, selon les chiffres du gouvernement publiés début avril. Environ 2 000 condamnations ont été prononcées dont 40 % de prison ferme),
- Des chiffres hallucinants en termes de nombre de munitions utilisées par les forces de l’ordre (chiffres rendus publics par l’IGPN pour la période de 2018 : 19 000 balles de défense, 5 400 grenades de désencerclement soit une hausse de 200 % de munitions tirées… (4),
- Des images inconcevables diffusées mondialement avec la profanation de l’arc de triomphe,
- Des scènes inoubliables des champs Elysées et des centres villes dévastées (4 milliards de casse pour l’économie dont 200 millions pris en compte par les assureurs),
- Des slogans de haine contre l’exécutif et les élites du pays,
- 10 milliards puis 30 milliards de chèques faits par le gouvernement pour tenter de calmer les manifestants (pour rappel le coût des intérêts de la dette est chaque année d’environ 42 milliards d’euros, la dette de la SNCF est de 35 milliards, celle d’EDF est de 33,4 milliards,… etc.),
 
Pendant cette période la France, paralysée et suspendue à ces manifestations hebdomadaires, n’a plus engagé de réformes de fond tout en continuant à emprunter portant la dette totale, au sens du traité de Maastricht, à 2 315 milliards fin 2018 soit 98 % du PIB… Pour rappel la dette publique a quasiment doublé en une vingtaine d’années… Pour autant nos médias nous disent quotidiennement que la France va mieux… même si elle est régulièrement déclassée dans les tableaux de l’OCDE (désormais à la 7ème place) …
 
Voilà le triste bilan d’une gestion de crise qui s’avère préoccupante pour le pays ! Le pouvoir comme les médias ont sous-estimé l’intensité et la gravité des problématiques contenues dans ce mouvement des "gilets jaunes". Ils admettent désormais 7 mois après le fameux 17 novembre qu’ils ont été surpris. Ils n’ont vu dans ces manifestations qu’une énième jacquerie antifiscale et n’ont pas du tout perçu l’ampleur de la crise de modèle, voire la crise existentielle et le déficit démocratique qui prévalent dans nos sociétés occidentales, notamment en France. Ils ont cru qu’en quelques semaines le mouvement se diluerait et qu’avec un chèque, puis un second les esprits se calmeraient. Ce fut l’inverse. L’indifférence du pouvoir, qui a tout misé sur l’essoufflement du mouvement, n’a fait qu’aggraver la dynamique de la contestation qui a muté au fil des semaines en se radicalisant. Par ailleurs la stratégie sécuritaire qui a été adoptée pour gagner du temps afin de sauver les élections européennes, seule obsession stratégique de l’exécutif pendant 6 mois, s’avère être une erreur majeure, même si elle aboutit sur cet essoufflement recherché et attendu sur le plan politique. Entre temps le pays est profondément divisé sur le plan interne et s’est marginalisé au niveau international.
 
Il eût mieux valu sauver la France que de vouloir sauver une échéance électorale… qui s’est avérée peu satisfaisante au vu des scores obtenus. Il faut en effet diviser par deux les résultats pour avoir une véritable idée de la réalité de la décomposition en cours du système politique français. Dans les faits les deux partis qui se sont appropriés médiatiquement 45 % des suffrages exprimés ne représentent en réalité que 22 % de l’électorat français en droit de voter… Entre l’abstention qui reste à des niveaux préoccupants et les suffrages exprimés sur d’autres listes cela signifie que près de 80 % de la population ne se reconnait pas dans le résultat de cette consultation. Celle-ci fut transformée tactiquement par l’exécutif en joute avec les "populistes" et en quasi-référendum national par les médias … Pendant ce temps le feu couve sous les cendres des samedis de contestation et la colère ne s’est pas dissipée.
 
La réalité est désormais ailleurs et elle constitue un véritable baril de poudre. Il faut l’évaluer au travers de cette masse critique silencieuse qui s’est détachée du bruit ambiant et dont une grande partie a soutenu implicitement le mouvement des gilets jaunes depuis le début. Quelques analystes arrivent à en percevoir la nature et la dangerosité comme le géographe Christophe Guilly sur le plan de la crise des territoires ou la philosophe Chantal Delsol en termes de crise de la représentation démocratique. La chance de l’exécutif tient finalement, à l’instar des autres mouvements spontanés issus de la société civile depuis une dizaine d’année, tels les bonnets rouges, les indignés etc. , à l’absence de véritable projet politique des gilets jaunes (cf. mon analyse en 2013 sur la crise des bonnets rouges (5). Ils sont restés dans la générosité et la spontanéité, pensant que les réseaux sociaux porteraient leurs messages, dans la doléance classique antifiscale et antisystème pour finalement dériver avec le temps dans la contestation contre l’exécutif, mais sans un véritable leadership. L’expérience montre que ce type de mouvement ne peut que déboucher sur une impasse en termes de crédibilité et légitimité s’il n’a pas une véritable consistance sur le plan des contenus politiques. Pour cela il faut observer ce qu’ont fait entre autres les mouvements indépendantistes écossais et catalans qui sont arrivés à un autre niveau de maturité avec l’écriture de livres blancs, l’émergence de leaders politiques pour tenir le champ de l’affrontement face aux Etats.
 
Au cours de l’entretien pour APM le 20 décembre j’avais alerté sur le fait que ce mouvement allait durer, qu’il allait s’enkyster et qu’il ne pouvait que se radicaliser, que l’option sécuritaire ne pouvait déboucher que sur une impasse, même si elle s’avérait indispensable vue les niveaux de violences, et qu’il fallait au plus vite traiter cette crise sur le fond et au plus près du terrain. C’est l’inverse qui a été fait avec de faux débats médiatisés par un Président transformé en "Truman show", des médias qui n’ont pas couvert objectivement les manifestations et des experts qui n’étaient absolument pas crédibles pour expliquer honnêtement le contexte. Qu’est-il resté de ce "grand débat" qui a mobilisé une énergie incontestable, voire brillante, et j’ajouterai honnête du Président et des élus ? Est-ce que les français savent exactement quel est désormais leur ligne d’horizon et quels sont les axes d’efforts indispensables pour sortir de cette crise après ces 7 mois de convulsions ? 
 
Quellesque soient les évolutions dans les semaines ou mois à venir ce mouvement singulier et unique dans l’histoire de France va laisser des traces profondes et va vraisemblablement ouvrir une période que je qualifie toujours de "révolutionnaire" sur le plan de l’évolution de nos institutions et de la gouvernance. Ce mouvement signe la fin d’un temps, celui des 30 dernières années dont nos édiles au pouvoir sont les derniers représentants. Ils ne sont pas les symboles du futur mais bien les derniers vestiges d’une certaine idée d’un Etat, non plus stratège mais par défaut spoliateur, qu’il faut sauver d’une faillite en cours contre la nation qui a une autre intuition de son avenir. La résolution de cette crise doit se jouer au plus près du terrain et des populations comme ce fut le cas dans d’autres pays, notamment au Canada dans les années 90. Tout ce qui est mis en œuvre actuellement est fait pour sauver cette idée de l’Etat et ne fait qu’engendrer malheureusement fractures, divisions et désordres.
 
Le management par le chaos est souvent d’actualité en ce moment dans nos démocraties déboussolées et désenchantées… Il l’est aussi de l’autre côté de la Méditerranée en Algérie avec un contexte politique instable, émaillé depuis des semaines par des manifestations antisystèmes de la société civile qui interpellent en termes de similitudes avec la situation française. Là aussi c’est le signe de la fin d’un temps et d’un type d’Etat… Et que dire du Brexit dur qui se profile comme je l’ai annoncé depuis deux ans, et du durcissement nationaliste qui s’installe partout en Europe centrale et orientale. Les convulsions françaises ne sont pas isolées, elles s’intègrent dans un mouvement de fond de décrochage et de fin de cycle.
 
L’implosion de la gouvernance de l’Union européenne est en cours et ce ne sont pas les jeux de coalition à Bruxelles qui vont changer quoi que ce soit au processus de dislocation et de fragmentation qui s’est installé sur le plan politique depuis quelques années. Les questions de souveraineté et de régulation migratoire sont par ailleurs devenues centrales face aux convulsions géopolitiques qui sont en train de redéfinir les jeux de puissance au niveau mondial entre américains, chinois et russes. Ces dernières s’expriment actuellement au travers de la guerre commerciale entre USA et Chine pour le leadership mondial avec en arrière-plan des coups de mentons sécuritaires de haute intensité sur la Corée du Nord et l’Iran.
 
Face à ces jeux de puissants, l’Europe, comme l’Asie du sud-est, sont devenus deux espace-temps "faibles et consommables". A la moindre crise financière et sécuritaire ces deux espaces de libre-échange marchands et spéculatifs, dépourvus de véritable souveraineté, seront les premiers à disparaitre des écrans radars et à entrer dans des convulsions sociétales majeures. La crise des gilets jaunes ne peut pas être perçue comme un simple signal faible dans un maelstrom de signaux plus préoccupants au niveau mondial. C’est un véritable signal d’alerte issu d’une grande partie de la population qui sent bien, sans pouvoir l’expliciter intellectuellement, que son destin est en train de lui échapper. Le problème c’est que les intellectuels, qui auraient dû alerter sur ce niveau d’inquiétude et de désespérance de notre société, sont pour beaucoup d’entre eux dans un autre monde de certitudes et de confort. Ils sont dans l’incapacité de comprendre cette alerte salutaire souvent exprimée de façon maladroite ou anarchique avec les mots de Gavroche par les gilets jaunes.
 
Parmi ces évènements majeurs, une nouvelle crise financière et bancaire, qui serait imminente selon certains experts, de l’ordre de 20 à 30 fois plus importante que celle de 2008, avec une dette mondiale de 254 000 milliards de $, de nombreuses bulles spéculatives hors contrôle et le "shadow banking" (qui représente le 1/3 de la finance mondiale, non soumis à la réglementation bancaire…), ne pourrait que mettre le pays définitivement à genou. Elle donnerait à cette crise des gilets jaunes une autre dimension encore plus préoccupante sur le plan sociétal compte tenu du niveau de colère exprimé sur le terrain au fil des mois et l’importance du ressentiment contenu au sein d’une grande partie de la population contre la façon de diriger le pays depuis plusieurs décennies.  
 
Nous ne pouvons pas dire que la France ait dans cette perspective amélioré sa résilience pour se préparer à faire face à des évènements de très grande ampleur… Cette crise a été sous-estimée une première fois fin 2018 par toutes nos élites, il ne faut pas la sous-estimer collectivement une seconde fois… Il est encore temps de la traiter avec des véritables transformations de fond attendues depuis plus d’une décennie. Il faut engager une véritable transformation de notre Etat, une réduction drastique de son train de vie et du déficit public, une baisse de notre dette nationale et une mutation complète de notre société afin qu’elle soit plus compétitive et juste. Cela ne peut pas s’envisager uniquement avec quelques réformes cosmétiques en vue des prochaines échéances électorales…
 
Certes "les chiens aboient, la caravane passe ! ". Beaucoup pense à cet adage populaire en voyant avec un certain dédain les gilets jaunes sur les carrefours ou les images quasi insurrectionnelles qui émaillent chaque samedi la fin des manifestations. Ils s’imaginent que ce n’est qu’une crise passagère et que la colère populaire finira par se diluer avec le temps… Certains pensent de façon cynique que quelques dizaines de milliards constituent finalement le prix à payer pour retrouver de nouveau une pseudo paix sociale et pouvoir continuer à profiter des petits privilèges permis par des décennies de petits arrangements corporatistes…
 
Attention, les compteurs sont contre nous et le vent de l’histoire n’épargnera ni les faibles, ni les irresponsables.
Dans le contexte actuel nous devrions méditer cette phrase de Winston Churchill : "l’Histoire me sera indulgente, car j’ai l’intention de l’écrire ! ".


(1) Vous vouliez une "transition", vous avez une "révolution" ! - http://www.xavierguilhou.com/Clients/Guilhou/site_xavier.nsf/Libs/PDF.img/$FILE/Transition.pdf
(2) Gilets Jaunes, ce qui se joue et quel rôle pour le dirigeant ?" - https://www.youtube.com/watch?v=BFaxKZGRXkA
(3)  https://www.lejdd.fr/Societe/gilets-jaunes-quel-bilan-chiffre-6-mois-apres-lacte-1-3899090) 
(4)
http://premium.lefigaro.fr/actualite-france/gilets-jaunes-pas-de-violences-policieres-selon-l-igpn-20190614
(5) Dossier crise des bonnets rouges sur le site www.xavierguilhou.com dans la rubrique Edito :
"Ici Quimper ! Les Bretons parlent aux Français" :

Envoyé par l'auteur, 16 juin 2019

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A quoi sert la puissance ?
 
Le général Vincent Desportes, ancien directeur de l’Ecole de guerre et professeur de stratégie à Science-Po et à HEC a dit au Figaro le 24 mai :
Je pense au grand affrontement déjà en cours entre les États-Unis et la Chine, qui s’affirme comme la nouvelle puissance impériale. Dans les années qui viennent, les relations internationales seront basées sur la puissance ; l’Europe doit se doter de ses attributs pour faire rempart à la Chine et faire part égale avec son ancien allié. Elle doit absolument reconstruire sa puissance, condition de son autonomie.
Douze jours avant Nicolas Baverez confiait au même Figaro à propos de l’Union européenne :
L’Union se trouve en porte-à-faux face aux grandes mutations du XXIe siècle. Son marché de 500 millions de consommateurs, ouvert et régulé par le droit de la concurrence, est devenu la variable d’ajustement de la grande confrontation entre les États-Unis et la Chine. Elle se découvre isolée et désarmée face aux ambitions des nouveaux empires qui rivalisent pour dominer le monde. Or loin de montrer son unité et sa force face à ces défis, l’Union affiche sa faiblesse et ses divisions.
Les défenseurs de l’Union européenne ont comme principal argument que chaque nation prise isolément n’est pas assez forte, trop désarmée, pas assez puissante "face" aux Etats-Unis, à la Russie et à la Chine, et que l’Union doit se montrer forte et puissante. Mais ne nous trompons-nous pas d’époque ?
 
Aujourd’hui tout a changé et les prétendus nouveaux empires ne cherchent nullement à faire payer les autres en leur prenant leurs richesses par la force. Ils veulent au contraire que les autres leur achètent et consomment ce qu’ils produisent.
L’idée de faire payer les autres est vieille comme le monde et depuis des millénaires les guerres ont été là pour qu’un peuple en fasse payer d’autres. Partout les peuples produisaient, consommaient peu et se nourrissaient ainsi que ceux qui priaient ou combattaient pour eux. Chaque région était auto-suffisante et la possession par la force de nouveaux territoires permettait d’aspirer une partie de la richesse produite en ces lieux soit en pillant, soit en réduisant ses habitants en esclavage soit en leur faisant payer un tribut. La force était alors évidemment nécessaire et il était indispensable d’être puissant pour vaincre ou ne pas être vaincu.
 
Mais aujourd’hui l’autosuffisance des régions n’existe plus et la puissance consiste à faire consommer sa production après l’avoir vendue en laissant les peuples conquis se débrouiller pour savoir avec quoi payer. On rentre dans un monde de ruse et de puissance intellectuelle et non de puissance physique. On est dans le "faire croire" et les vendeurs comme les acheteurs se contentent d’une régularisation future par la dette que l’on soldera officiellement par la création de richesses par le PIB et réellement sans le dire par l’esclavage de nos enfants. Chacun sait que la création de richesses est un mythe car la richesse n’est qu’un regard et chacun se réjouit que l’esclavage n’existe plus. A part ceux qui n’ont pas envie d’ouvrir les yeux, tout le monde sait bien que nous vivons dans un pays de cocagne imaginaire et provisoire où toute production est réputée richesse car achetable avec de la monnaie sans origine énergétique.
 
Dans ce monde imbécile qui ne s’en sortira qu’en repartant de l’autosuffisance et d’une monnaie qui redevienne le véhicule du donner-recevoir-rendre, une armée ne sert qu’à se défendre mais qui attaque ? Le système et ses affidés créent bien des terroristes en voulant imposer à toute l’humanité une civilisation malade et une seule notion du beau, du bien et du vrai, ce qui génère naturellement des réactions violentes. Ils cherchent bien à détruire les nations en poussant l’Europe à ne pas faire d’enfants pour la repeupler avec l’Afrique en espérant des guerres civiles. Mais comme le système ne peut pas tenir puisqu’il ne tient que par la fuite en avant, qui attaquera militairement pour faire consommer de force ?
Si la réponse existe, elle devrait en intéresser plus d’un.

Envoyé par l'auteur,paru sur www.surlasociete.com, 15 juin 2019
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La diplomatie de Trump tient en deux mots : objectif réélection !
 
FIGAROVOX/GRAND ENTRETIEN - Le journaliste Renaud Girard analyse la politique étrangère non-conformiste de Trump, qui s’inscrit dans une logique de contestation du multilatéralisme. C’est cette ligne politique qui pourrait lui permettre de rester à la Maison blanche.
 
 
Comment définiriez-vous la diplomatie de Donald Trump ?
En deux mots : "objectif réélection".
Depuis sa victoire en novembre 2016, Trump pense à sa réélection en 2020. Par son élection, Trump a humilié l’establishment politico-intellectuel, qu’il méprise. Mais, pour lui, cette première victoire n’est pas complète. S’il n’était pas réélu, ses ennemis pourraient toujours prétendre que les électeurs états-uniens avaient succombé à un aveuglement passager en 2016 et que sa victoire n’était qu’un accident. Dès le mois d’octobre 2016 (c’est-à-dire avant même d’être élu), Trump a monté la structure financière pour collecter des fonds pour sa campagne de 2020. Une première ! En août 2018, il avait déjà récolté 88 millions de dollars. Quelques mois plus tôt, il avait déjà déposé son slogan pour sa campagne de second mandat "Keep America great again". Trump a décidé de ne gaspiller aucune énergie qui ne serve pas la préparation de sa campagne électorale de 2020. Sa stratégie vise à pouvoir remobiliser entièrement sa base électorale de 2016, tout en grappillant quelques voix supplémentaires au centre.
 
La campagne de Trump va reposer sur quatre axes : nominations à la Cour suprême, immigration, politique intérieure, politique extérieure. Trump dira : réélisez-moi car en nommant des juges conservateurs, j’ai eu le courage de lever l’obstacle juridico-idéologique qui paralysait les Présidents républicains ; grâce à ma politique intérieure, l’immigration clandestine a reculé et on n’entre plus sur le territoire américain comme dans un moulin ; grâce à ma politique économique, le taux de chômage n’a jamais été aussi bas ; grâce à ma politique étrangère, le sol américain est sanctuarisé et les intérêts américains sont protégés dans le monde. Sur ces trois sujets, peu importe la vérité des faits : la seule chose qui compte en politique est le ressenti.
 
À partir de là, Trump mène une politique étrangère pragmatique, mêlant volontarisme affiché et prudence. Il déteste le multilatéralisme. C’est un concept qui n’existe pas dans l’immobilier new-yorkais. Son refus de jouer les règles du multilatéralisme porte directement à nos intérêts à nous Français, qui avons toujours utilisé le Conseil de sécurité de l’ONU pour faire avancer nos propres idées.
Anticonformiste, loin de toute idéologie, Trump, preuve de réalisme, ne recherche que l’intérêt des États-Unis et n’hésite pas à opérer des retournements et des rapprochements spectaculaires. Le monde du Président Trump est celui des intérêts et des rapports de force. Son but est de faire de grands coups médiatiques en concluant des "deals". Trump poursuit une politique étrangère non conformiste, à la recherche du grand deal qui pourrait le faire réélire.
Sa tactique est simple : mettre la pression sur la partie adverse pour se retrouver en position de force, puis revenir subitement au dialogue et négocier en recherchant un intérêt commun. Le milliardaire Trump exploitait déjà ce schéma dans les affaires, comme il l’explique dans son livre intitulé "L’art du deal". C’est cette technique que Trump a appliquée avec la Corée du Nord. C’est celle qu’il est en train d’appliquer avec l’Iran et le Mexique. C’est celle qu’il espère appliquer à la Chine.
Mais le mépris de Trump pour le multilatéralisme a considérablement affaibli sa stratégie envers la Chine. En dénonçant le partenariat transpacifique et l’accord de libre-échange signé par l’administration Obama à Auckland le 4 février 2016, Trump a privé l’Amérique d’un front commun asiatique et pacifique qui se construisait contre l’hégémonisme commercial chinois.
 
Sur le plan sécuritaire, Trump considère que la protection offerte par Washington à ses alliés (notamment à ses alliés européens dans le cadre de l’OTAN) ne doit pas être gratuite. Si on veut être protégé par la puissance états-unienne, il faut payer. Argument de poids auprès d’un contribuable états-unien traditionnellement isolationniste. Cette idée est une constante chez Trump : il l’exprimait déjà cette idée dans les années 80.
Autre point important : Trump n’aime pas la guerre. Redonner sa grandeur à l’Amérique ne signifie nullement pour lui faire usage de sa force. Le 45ème président des États-Unis n’est pas un belliciste. Son paradigme de référence, ce n’est pas la guerre, mais le business. Il estime que les guerres sont trop dangereuses et leur issue trop imprévisible. Bien loin des héros de guerre Kennedy, Georges H. Bush ou John Kerry, Donald Trump a réussi à échapper au service militaire et au départ pour le Vietnam. Étant le contraire d’un néoconservateur, il estime que les soldats américains n’ont rien à faire dans les bourbiers syrien et afghan, auxquels l’électeur moyen américain ne comprend rien. La méfiance naturelle de Trump envers les guerres préventives a été renforcée par la conversation qu’il a eue, sur la Chine, le 13 avril 2019, avec son ante prédécesseur à la Maison Blanche de 1977 à 1981. Jimmy Carter estime que c’est parce qu’elle n’a pas fait la guerre depuis 1979, que la Chine est en train de dépasser économiquement une Amérique qui a dépensé sept trillions de dollars pour exporter par la force ses valeurs à l’étranger. Cependant, comme Trump ne s’intéresse jamais aux détails, il pourrait très bien se faire entraîner dans une guerre contre l’Iran, simplement par incapacité de la Maison à bien maîtriser les tenants et les aboutissants de l’actuelle escalade militaire dans le Golfe Persique.
 
Trump - qui, comme Barack Obama, était hostile à la guerre en Irak de 2003- a des collaborateurs beaucoup plus bellicistes que lui, notamment le Secrétaire d’État Pompeio et le Conseiller national pour la sécurité Bolton. Mais, en dernier ressort, c’est toujours le président qui décide. Et Trump a pris l’habitude de décider seul. Il faut donc bien distinguer deux choses aux États-Unis : d’un côté, l’administration, de l’autre, l’individu Donald Trump. L’utilisation - parfois un peu déroutante — du tweet permet à Donald Trump de faire passer directement un message clair, de bousculer les choses et de court-circuiter sa propre administration.
Mais ne pas aimer la guerre ne signifie pas pour autant faire preuve de faiblesse. Trump peut très bien recourir à des opérations militaires ponctuelles et surtout aux sanctions économiques. On le voit bien dans toute une série de dossiers : attaque contre la livre turque pour obtenir la libération du Pasteur Andrew Brunson (ce fut un succès), augmentation des droits de douane pour faire plier le Mexique sur la question de l’immigration, sanctions contre Cuba, la Corée du Nord, la Russie, la Chine, l’Iran... La force de ces sanctions est décuplée grâce à l’extraterritorialité du droit américain et grâce au poids du dollar dans les transactions financières mondiales.
 
Pour Trump, le principal adversaire des États-Unis est la Chine. C’est une idée très forte chez lui, qui était déjà au cœur de sa campagne. Pour une fois, il ne fait pas preuve d’originalité. Cette analyse fait l’unanimité dans la classe politique états-unienne. C’est déjà ce que pensait son prédécesseur Obama.
L’Amérique ne reproche pas seulement aux Chinois d’entretenir un déséquilibre dans leur commerce extérieur avec elle. Elle ne leur reproche pas seulement leurs subventions d’État, et leur dumping monétaire, social et environnemental. Elle les accuse également de se livrer à un vol systématique de la propriété intellectuelle américaine, soit par l’espionnage, soit par le chantage exercé contre les entreprises américaines souhaitant accéder au marché chinois ("nous vous ouvrons notre marché, mais vous nous transférez vos technologies").
La guerre technologique est ouvertement déclarée depuis l’inculpation en fanfare par les États-Unis du géant chinois des télécommunications Huawei. C’était le 28 janvier 2019, et pas moins de trois ministres et le patron du FBI avaient détaillé, dans une conférence de presse télévisée en direct, les griefs du gouvernement américain envers la firme de Shenzen.
 
Le grand risque de cette situation est une partition technologique du monde entre une zone américaine et une zone chinoise. Avec deux systèmes technologiques, deux systèmes de normes, peut-être même à terme deux réseaux Internets distincts. La zone américaine sera dominée par le système GPS, Microsoft, Apple, Google, Facebook et Amazon. La zone chinoise sera dominée par Baidu (équivalent chinois de Google), WeChat, AliBaba et les constructeurs Xiaomi et Huawei. Huawei qui équipera toute la zone chinoise en 4G et en 5G. L’Afrique a déjà plongé dans la zone chinoise. La Russie, à qui l’Amérique veut appliquer de nouvelles sanctions, la rejoindra probablement. En Asie, la Chine devrait l’emporter, sauf au Japon et en Inde. En Amérique latine, le Brésil sera le premier à se rallier à Washington.
Entre les deux géants, l’Europe désunie risque d’être écrasée. Il est urgent que les Européens construisent ensemble une stratégie claire pour leurs futurs réseaux 5-G (quelles protections pour les grands services de l’Etat, quelles normes de qualité, quel grand champion européen, etc.).
 
Quel scénario de sortie de crise pourrait-on imaginer entre la Chine et les États-Unis ?
Les Chinois sont parfois désorientés par l’imprévisibilité du président américain, mais Trump garde à leurs yeux un grand mérite : son insensibilité aux questions des Droits de l’Homme. Les actuelles manifestations d’Hongkong ne donnent que plus de prix aux yeux des Chinois à un tel positionnement.
Le paradoxe qu’il faut bien comprendre est que les États-Unis sont bien plus puissants que la Chine mais que Xi Jinping est plus puissant que Donald Trump. En effet, Xi Jinping n’a pas de contre-pouvoirs, pas de Parlement, pas de réélection, pas de presse libre qui pourrait le critiquer.
Une possibilité serait que Xi Jinping rende visite à Donald Trump. Non pas une visite à Washington. Mais une visite dans la résidence privée de Trump à Mar-a-Lago (Floride). En laissant loin tous les conseillers et tous les journalistes. Il s’agirait alors pour Xi Jinping de demander à Trump "que puis-je faire pour t’aider ?". Mais il n’est pas sûr que le président chinois ait une telle souplesse intellectuelle.
La Chine est-elle prête à s’engager à respecter la propriété intellectuelle américaine, et à importer davantage de produits américains, à réduire son dumping, offrant ainsi à Trump une victoire diplomatique qu’il pourra exploiter dans sa campagne ? En échange, les États-Unis pourraient continuer à fermer les yeux sur la question des droits de l’Homme et lever leurs droits de douane punitifs qui pénalisent l’économie chinoise. Voilà quelles sont les bases d’un accord possible.
 
Que veut Donald Trump en ce qui concerne l’Iran ?
Comme je l’ai dit, la tactique trumpienne est de mettre la pression sur la partie adverse, puis de revenir subitement au dialogue et négocier en recherchant un intérêt commun. On a eu la première étape avec une asphyxie économique du régime des ayatollahs. Les États-Unis ont même menacé de représailles quiconque continuerait à lui acheter son pétrole, ce qui est une extension inouïe de l’extraterritorialité du droit américain. Maintenant Trump esquisse le passage à la seconde en se disant prêt à négocier.
Sur l’Iran, le but de Trump est d’obtenir plus qu’Obama. Il veut que l’Iran renonce à tout jamais à l’enrichissement d’uranium. Il exige aussi que la Perse lâche l’emprise qu’elle a gagnée sur quatre capitales arabes formant un axe chiite : Bagdad, Damas, Beyrouth, Sanaa.
 
Quelles sont selon vous les conditions d’une sortie par le haut de l’imbroglio iranien ?
Une solution diplomatique sur la question iranienne suppose tout d’abord d’être capable d’engager une négociation sans conditions préalables. En diplomatie, il faut toujours être prêt au dialogue. C’est ce premier pas que Mike Pompeo le Secrétaire d’État américain, parlant au nom du Président Trump, a fait en déclarant justement que les États-Unis étaient prêts à parler à l’Iran "sans conditions préalables".
Souvenons d’un précédent funeste : l’attitude française dans la crise syrienne. La France avait refusé de négocier avec le régime syrien tant que Bachar el-Assad resterait en place, faisant du départ du dictateur un prérequis à l’ouverture de tout dialogue. Pour quel résultat ? Bachar el-Assad est toujours au pouvoir et il a gagné la guerre. Par son entêtement, la France s’est marginalisée et ne joue plus aucun rôle dans le règlement du conflit (alors qu’elle exerça un mandat sur la Syrie au nom de la SDN durant l’entre-deux-guerres). Elle a rompu tout contact avec les services secrets syriens. Or, leur collaboration serait très précieuse dans la lutte contre le terrorisme islamiste. Alors que les Emirats arabes unis ont rouvert leur ambassade à Damas et que même l’Arabie Saoudite est désormais prête à s’accommoder du maintien de Bachar el-Assad, les fabuleux contrats de la reconstruction syrienne vont passer sous le nez des Français, au plus grand profit des Russes. Et tout cela pour un résultat nul : l’intransigeance de la France n’a sauvé aucune vie syrienne ni fait avancer d’un millimètre les Droits de l’Homme.
Ensuite, aboutir à une solution sur le dossier iranien exige le secret. C’est-à-dire pas de tweets ni de couverture médiatique. La diplomatie secrète a l’avantage de pouvoir avancer à l’abri des groupes de pression. En Iran, il y a les Gardiens de la Révolution, qui contrôlent l’économie iranienne et font preuve de sectarisme idéologique. Aux États-Unis, il y a le lobby pro israélien, très hostile à l’Iran. Moins une diplomatie est soumise à des enjeux de politique intérieure, plus elle a de chances de progresser rapidement.
Enfin, pour amorcer cet indispensable dialogue, Américains et Iraniens ont besoin d’un "honest broker" (intermédiaire sincère) fiable. En juin 2007, j’avais établi un projet de médiation et proposé que la France joue ce rôle d’intermédiaire, mais l’initiative avait été torpillée en sous-main par la cellule diplomatique de l’Élysée, imprégnée d’idéologie néoconservatrice. Ce fut finalement le petit sultanat d’Oman qui joua ce rôle et permit le rapprochement de 2015 entre les États-Unis de Barack Obama et l’Iran, sur une base très proche de ce que j’avais proposé huit ans plus tôt. Aujourd’hui que les relations se sont à nouveau dégradées entre Téhéran et Washington, la France aurait pu retenter un tel coup diplomatique en proposant sa médiation. Mais elle vient hélas de se faire prendre ce rôle par le Japon de Shinzo Abe.
 
En ce qui concerne le Venezuela, peut-on dire que Trump est indécis ?
Non, Donald Trump a une vision cohérente. Comme je l’ai déjà dit, son slogan pourrait être : Non à la guerre (car on ne sait pas dans quelle aventure elle nous entraîne), oui aux sanctions.
En effet, le recul américain au Venezuela montre clairement que Trump se méfie des opérations militaires outre-mer. Il lui aurait été facile, le 30 avril 2019, d’envoyer deux bataillons de Marines à Caracas épauler la tentative de l’opposant Juan Guaido de renverser le pouvoir chaotique du président Nicolas Maduro. Si Trump ne l’a pas fait, c’est qu’il redoute l’embourbement. Une chose est de chasser par les armes un dirigeant de son palais, une autre est de stabiliser politiquement un pays tout entier.
Cependant, ne pas renverser Maduro par la force ne signifie pas ne rien faire. Trump, qui n’aime pas la guerre, n’enverra pas les Marines "neutraliser" Maduro. Mais il emploiera tous les autres moyens à sa disposition pour le faire partir. Ce soudain intérêt de Trump pour le Venezuela est motivé par son désir de gagner davantage de voix chez les électeurs latinos. Il y a environ 28 millions d’électeurs Latinos aux États-Unis et 30 % d’entre eux ont voté pour Trump en 2016. Souvent, les Latinos sont socialement des conservateurs et détestent le castrisme. Par exemple, la Floride (avec ses 27 Grands électeurs) est un Etat-clef dans l’élection présidentielle, un "swing state" qui vote tantôt démocrate tantôt républicain et peut faire basculer le résultat final. Or, une partie importante de l’électorat de cet Etat est composée de Latinos, notamment de Cubains anticastristes et par extension antimaduristes.
 
Réalisme, pragmatisme... la diplomatie du Président Trump semble proche de ce que vous théorisez dans vos ouvrages et vos chroniques. Pour vous, c’est donc un sans-faute pour la politique étrangère de l’hôte de la Maison Blanche ?
Non. D’abord parce que Trump nous méprise, nous Européens. Tout ne va pas bien dans l’Union européenne certes ; il reste que l’UE est la création politique la plus brillante des soixante dernières années et que l’euro est un succès indéniable.
Ensuite, parce que je pense que Trump a eu le grand tort d’affaiblir le multilatéralisme. Souvenez-vous que c’est Roosevelt qui a construit l’ONU. La progression du multilatéralisme est pour moi essentiel à une diplomatie efficace. Le multilatéralisme n’est pas une condition suffisante au maintien de la paix mondiale, mais il en est une condition nécessaire.
Enfin, il y a un point sur lequel Donald Trump me semble faire fausse route. Et ce point est fondamental, c’est la Russie.
Trump est tombé dans ce que je nomme "le piège néoconservateur" à l’égard de la Russie. "Le piège néoconservateur", c’est quand on fait du néoconservatisme sur un dossier sans être néoconservateur. De même que Monsieur Jourdain faisait de la prose sans le savoir, de même, Donald Trump (et parfois, aussi, Emmanuel Macron) fait du néoconservatisme sur la question russe sans le savoir.
On en a vu un exemple spectaculaire lors du 75ème anniversaire du Débarquement. Les Allemands furent invités mais pas les Russes ! Pourtant, la Russie a payé un tribut de 27 millions de morts à la lutte contre le nazisme, détruisant 80 % des divisions de l’armée hitlérienne.
Or, ce n’est pas dans l’intérêt des États-Unis ni de la France que de traiter ainsi la Russie. Pays le plus vaste du monde, peuplé de 144 millions d’habitants, dotée de gigantesques ressources d’hydrocarbures, puissance militaire et diplomatique de premier ordre, membre permanent du Conseil de sécurité de l’ONU, la Russie est un acteur incontournable. Notamment au Moyen-Orient, où les Russes se sont substitués aux États-Uniens et où plus rien ne peut se régler sans eux.
En traitant la Russie ainsi, on ne fait que la jeter dans les bras de la Chine. Les Russes ont ainsi annoncé qu’ils choisissaient la technologie chinoise Huawei pour équiper leurs futurs réseaux 5-G. Et la Russie dépêche vers le sud les navires de sa flotte du Pacifique, afin de soutenir la Chine et d’effectuer des manœuvres communes avec la flotte chinoise, comme l’a montré un incident de quasi-collision le 7 juin, la marine russe provoquant en haute mer les navires de la VIIe flotte américaine, dont la mission est d’empêcher la Chine d’accaparer les eaux de la Mer de Chine méridionale.
Il est normal que l’Amérique et la France rassurent leurs alliés de l’Otan situés à proximité de la Russie. Je suis favorable à l’envoi de chasseurs-bombardiers français dans les pays Baltes, ou à la récente décision de Trump de dépêcher un contingent permanent de 1000 soldats américains sur le territoire polonais. Mais cette solidarité naturelle avec nos alliés ne doit pas nous empêcher de créer des relations d’amitié avec la Russie, quand bien même son ingérence dans le Donbass est à l’évidence une erreur stratégique du Kremlin.
En sanctionnant la Russie, les Occidentaux ont été en fait contre-productifs. Vous ne faites pas, par de simples sanctions commerciales, changer de stratégie une nation qui a été capable de tenir un siège de plus de 1000 jours à Léningrad face à l’armée allemande. Nous nous tirons une balle dans le pied en poussant la Russie dans les bras de la Chine.
Il est urgent - pour les États-Unis comme pour la France — d’abandonner cette politique contre-productive et de tendre la main à la Russie pour la ramener dans la famille occidentale.

Envoyé par l'auteur, paru sur Figarovox, 17 juin 2019
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Aimez-vous les lèche-bottes ?
 
Si j’écris lèche-bottes, c’est pour rester poli car j’aurais volontiers utilisé un autre terme. Bien. 72 maires dits "de droite et du centre", c’est-à-dire venus du parti LR, viennent de signer une tribune de soutien à la présidence Macron. "Nous sommes de ceux qui souhaitent la réussite impérative de la France, c’est pourquoi nous voulons la réussite du président de la République et du gouvernement car rien ne se construira sur leur échec" . De fait, la vraie question est toute autre. Elle est de savoir si la politique telle qu’elle est conçue et menée depuis deux ans et telle qu’elle s’annonce pour les années à venir, ainsi que les résultats obtenus (chômage au regard des autres pays, pauvreté, dette publique, déficits, sécurité, immigration, école, désindustrialisation, influence internationale, etc), sont conformes oui ou non aux intérêts de la France. Là-dessus, la tribune des 72 maires lèche-bottes est bien entendu muette. Et puis, est-ce le rôle de maires d’apporter leur soutien au pouvoir élyséen ? Leur mission est d’administrer une commune, et non de cirer les pompes du pouvoir central. D’ailleurs, le texte de leur tribune ne brille pas par l’intelligence. Signifie-t-il que les autres élus, les non lèche-bottes, ne souhaitent pas la réussite impérative de la France ? Et puis, qu’est-ce que cela veut dire, "maire de droite et du centre" ? On est maire pour l’intérêt général, pour le bien de sa commune, pas pour incarner une faction contre une autre ! Les maires lèche-bottes jouent petit bras et font un mauvais calcul.  Ils se sont laissés impressionner par la mystification politico-médiatique consistant à transformer la défaite électorale de LREM (22 % soit 11 % du corps électoral avec l’abstention) en victoire. Ils pensent ainsi faciliter leur réélection en 2020. Grave erreur d’appréciation : dans un an, l’occupant de l’Elysée sera sans doute toujours aussi impopulaire et il se pourrait fort que cette allégeance opportuniste obtienne l’effet inverse à celui recherché. Et d’ailleurs, par-delà le chaos, l’imprévisibilité et la complexité de l’opinion publique, il est quelques constantes : les Français, Gaulois réfractaires, globalement, n’apprécient guère la flagornerie envers les "puissants" ni l’obséquiosité, ni l’excès d’opportunisme.

Paru sur maximetandonnet.wordpress.com, 9 juin 2019
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Europe : Dieu ou le chaos
 
L’anniversaire des 75 ans du "Jour J" donne lieu à de grandes cérémonies, des reportages émouvants et des prises de parole solennelles. C’est l’occasion pour Padreblog de redonner la parole à un illustre visiteur, venu en 2004 en Normandie afin de représenter le Saint-Siège aux cérémonies du soixantième anniversaire du débarquement des alliés. Au cours de ce voyage, le cardinal Joseph Ratzinger délivrait en effet quatre textes puissants qui sont à la fois un apport significatif au devoir de mémoire et une puissante réflexion sur la paix.
Quelques mois après son voyage en France, le cardinal devenait pape sous le nom de Benoît XVI. Il n’avait échappé à personne qu’au moment où il visitait les plages normandes comme représentant du Vatican, il n’en était pas moins resté citoyen allemand. Son pays avait participé aux deux conflits mondiaux du 20ème siècle et lui-même avait été enrôlé de force par le régime nazi. Sa parole et sa pensée nous permettent de mieux comprendre comment la paix peut être désirée et réclamée par ceux-là mêmes qui ont contribué à la mettre en péril.
 
A la recherche de la paix
A partir d’une réflexion sur le concept de guerre juste (l’opération "Overlord" des alliés étant selon l’orateur un bon exemple de ce concept), le conférencier développe sa pensée sur ce qui selon lui peut mettre la paix en péril et ce qui peut aider à la construire. Il contient une accusation forte et sans ambiguïté : "Un criminel et ses compagnons de parti parvinrent à prendre le pouvoir en Allemagne". Or, le pouvoir d’Adolf Hitler – nom que Ratzinger ne cite jamais – était légal. Mais il utilisait le droit comme un instrument au service de buts criminels ; il fallait donc l’arrêter. Il y avait bien légalité mais aussi injustice. Or, la paix et le droit, la paix et la justice sont intimement liés. "Quand le droit est détruit, quand l’injustice prend le pouvoir, c’est toujours la paix qui est menacée et déjà, pour une part, brisée. La préoccupation pour la paix est en ce sens avant tout la préoccupation pour une forme du droit qui garantit la justice à l’individu et à la communauté dans son ensemble".
Après cette guerre, la paix a été possible car les vainqueurs n’ont pas souhaité de vengeance ou de punition. La plupart des politiciens de l’après-guerre (Churchill, Adenauer, Schuman, De Gasperri) avaient en effet une culture chrétienne qui leur suggérait une conception morale du droit, de la paix et de la réconciliation.
Mais l’Europe s’est également trouvé divisée en deux par le rideau de fer, division qui a affecté le monde entier. Là aussi, un parti a asservi, menti et aboli toute confiance mutuelle.
Puis, d’autres conflits ont éclaté, nous interrogeant sur notre devoir de rechercher la paix selon deux clés de lecture :
– une société peut se désagréger "du dedans" lorsque la capacité de vivre ensemble dans des communautés différentes est menacée. La force de cohésion du droit est affaiblie. Ce sont les exemples du Liberia, du Rwanda, de la Somalie ou de la Yougoslavie.
– une société peut se désagréger "du dehors" en étant victime du terrorisme, fléau qui frappe sans distinction.
"Que devons-nous faire, que pouvons-nous faire ?" s’interroge le cardinal. Face au terrorisme, une force proportionnée est exigée. Le pacifisme reviendrait à baisser les bras et consentir que l’illégalité prenne le pouvoir. La force du pardon est aussi essentielle : lui seul est capable de mettre un terme au cercle vicieux de la violence et à la logique du "œil pour œil". Notons que le futur pape Benoît XVI ne fait pas l’impasse sur l’affrontement entre les grandes démocraties et le terrorisme d’origine islamique, un face-à-face Occident/Islam. Selon lui, "sans la paix entre foi et raison, la paix est impossible (…) car les sources de la morale et du droit se tarissent". Quant à la raison détachée de Dieu (comme par exemple dans le cas du nazisme ou du communisme), elle permet l’avènement d’une force qui vise à faire de l’homme quelque chose et non plus quelqu’un, un objet et non une personne. La dignité humaine disparaît. Il n’y a plus de raison commune, de bien ou de mal. C’est Dieu ou le chaos.
Le devoir des chrétiens est donc "de faire en sorte que la raison agisse pleinement, non seulement dans le domaine de la technologie et du progrès matériel du monde, mais aussi et surtout pour que, selon ses moyens elle cherche la vérité, et reconnaisse ce qui est bien". En n’omettant pas de dire que Dieu lui-même est la source de toute vérité et qu’il est aussi amour. La conférence se termine par une réflexion sur la vraie laïcité. Le royaume de Dieu n’est pas un royaume terrestre mais on ne peut oublier Dieu. Ou alors, on ne pourra résister aux idéologies.
[Conférence dans la cathédrale de Caen, 5 juin 2004 ;
texte intégral ici].
 
(…)
 
La grâce de la réconciliation
Il s’agit du texte le plus émouvant. Le cardinal prend en effet la parole au cours d’une cérémonie qui a lieu au cimetière militaire de la Cambe. 21 222 soldats allemands y sont enterrés, tombés lors des combats de juin à août 1944 au cours de la bataille de Normandie. Le propos est d’une richesse et d’un intérêt indéniable : il s’agit de tombes allemandes, le peuple des envahisseurs et des vaincus. Que dire de ces hommes qui ont loyalement servi un régime sans justice et une idéologie meurtrière ? Que peut dire d’eux, soixante ans après, un autre Allemand, cardinal de la Sainte Eglise ?
Le cardinal Ratzinger commence par faire parler les morts : "Et vous… ? ". Le procédé est original et donne une réelle gravité au texte.
En évoquant l’Europe unie, au lendemain du plan Marshall, l’orateur peut alors parler "du processus de réconciliation réciproque et de solidarité qui a mûri peu à peu". Le thème reprend de façon plus succincte les propos de la conférence donnée à Caen le matin même. L’objectif du cardinal est de montrer que ce sont des idéaux chrétiens qui ont animé les "pères fondateurs" de l’Europe et que la paix durable qui a suivi le conflit mondial de 1939-1945 est due à cette référence évangélique. "Pour ces hommes, il était évident que les Dix Commandements constituent le point de référence fondamentale pour la justice, valable à toutes les époques". La conclusion est claire : "Le monde peut être humain à une seule condition : laisser Dieu entrer dans notre monde".
[Discours dans le cimetière allemand de La Cambe, 5 juin 2004 ;
texte intégral ici].
 
Pour aller plus loin :
L’Europe, ses fondements aujourd’hui et demain, Cardinal Joseph Ratzinger, Saint-Maurice, 2005, Editions Saint Augustin, 144 pages.
– Discours du pape François au Parlement européen, 25 novembre 2014.
Paru sur www.padreblog.fr, 5 juin 2019
Publié dans Au delà
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Immigration : la macronie n'est pas crédible
 
L’immigration ? En parler le moins possible. Ce mercredi, Le Figaro dévoile l’explosion persistante des demandes de statut de réfugiés. 120.000 personnes ont également demandé l’asile en 2018. Ce chiffre s’ajoute aux 255.000 titres de séjour délivrés l’année dernière. Les clandestins ne sont évidemment pas comptabilisés dans ce bilan approximatif. Alors que la France - ses écoles, ses hôpitaux, ses urgences, ses villes - s’asphyxient lentement sous le flot incessant d’une immigration venue principalement du tiers monde, la classe politique et médiatique reste aboulique devant ce défi civilisationnel. La perspective d’un "grand remplacement" est devenue une idée informulable pour les censeurs, alors même que l’
ONU a elle-même théorisé les "migrations de remplacement". Il n’est pourtant pas besoin d’être "complotiste" pour comprendre qu’à ce rythme fou la France ne sera plus la France dans quelques décennies. L’assimilation ne fonctionne plus depuis longtemps. Dans certains quartiers, la substitution des cultures a eu lieu. Les mosquées et les voiles dans l’espace public sont là pour le montrer aux plus aveugles. 18 % des nouveaux nés portent aujourd’hui un prénom arabo-musulman. 17 % des jeunes de moins de 24 ans étaient, en 2017, d’origine extra-européenne. Un quart de la population française a un lien avec l’immigration récente. 11 % de cette même population est née à l’étranger. Ceux qui assurent que l’immigration n’est ni massive ni problématique se fichent du monde. Et pourtant, ce sont ces faussaires qui se font entendre…
Il se dit qu’Edouard Philippe abordera ce problème, ce mercredi à 15 h lors de son discours de politique générale. Ses clins d’œil à droite pourraient justifier cette posture. Mais la macronie n’est pas crédible, pour au moins deux raisons. D’abord, elle soutient l’Union européenne, construite sur le multiculturalisme et l’accueil des migrants, vus notamment comme les sauveteurs des régimes de retraite d’un peuple vieillissant et peu reproductif. Ensuite, l’aval donné par Emmanuel Macron au Pacte de Marrakech, en décembre, cautionne la banalisation des flux migratoires. Rappelons que la France s’est engagée, au nom des droits de l’homme, à "reconnaître qu’à l’heure de la mondialisation (les migrations) sont facteurs de prospérité, d’innovation, et de développement durable". Elle s’est engagée aussi à "donner aux migrants les moyens de devenir des membres à part entière de nos sociétés" et à "promouvoir l’inclusion et la cohésion sociale". L’article 32 précise : "Nous nous engageons à promouvoir des sociétés inclusives (…) en encourageant l’engagement réciproque des communautés d’accueil et des migrants". Ceci est la définition du multiculturalisme, cheval de Troie de l’islam politique. Certes, ce pacte est présenté comme non contraignant. C’est exact. Mais sa signature prend néanmoins valeur de serment. "Pacta sunt servanda", dit l’adage romain ("Les pactes sont faits pour être respectés"). Non, sur l'immigration, la macronie ne fera rien.

Paru sur blog.lefigaro.fr/rioufol, 12 juin 2019
Publié dans Du côté des élites
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