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Quelle réforme pour le marché du travail ?
 
Pour nécessaire qu’elle soit, la réforme du code du travail en cours d’élaboration ne suffira pas à doter la France d’un vrai marché du travail. Pour qu’un tel marché existe, il faut que soit clarifiée la notion de prix du travail. Depuis fort longtemps, les contrats de travail portent sur le salaire brut, grandeur qui ne correspond nullement à ce que l’employeur débourse pour disposer des services du salarié. Le véritable prix du travail est le salaire "super-brut", somme du salaire brut et des cotisations sociales patronales.
Les pouvoirs publics peuvent à tout moment modifier le coût du travail pour l’employeur en augmentant ou en "allégeant" ces "charges". Le prix du travail ne se forme donc pas sur un véritable marché : il dépend largement de décisions étatiques relatives aux cotisations patronales. Il est par exemple arbitrairement diminué pour les emplois réputés peu qualifiés, en minorant les taux de cotisations patronales appliqués aux bas salaires, ou en utilisant, pour produire un effet analogue, des artifices tels que le CICE.
Se dire partisan de l’économie de marché et accepter, voire réclamer, de telles mesures, est incohérent. La protection sociale aboutit toujours à ponctionner les ménages : pourquoi s’entêter à maintenir une apparence de partage de son poids entre les salariés et leurs employeurs ? Il serait plus conforme à la vérité d’établir une bonne fois pour toutes que les cotisations sociales ne sont ni patronales, ni salariales, mais tout bonnement "civiles", prélevées sur les ménages en paiement de leur couverture sociale.
La réforme du marché du travail implique donc, pour être vraiment efficace, une réforme du financement de la sécurité sociale. Le jour où celle-ci puisera ses ressources directement sur le compte en banque de chaque ménage, les entreprises seront déchargées de toutes sortes de formalités. Et surtout, le salarié dont la rémunération mensuelle véritable est 5 000 € en recevra effectivement 5 000, et non 3 000 ou 2 800 comme c’est le cas aujourd’hui ; il comprendra très concrètement ce qu’il coûte réellement à son entreprise, et ce que lui coûte la sécurité sociale. En l’absence d’une prise de conscience des coûts véritables du travail d’une part, et de la sécurité sociale d’autre part, les mécanismes régulateurs du marché du travail et de la production de protection sociale sont tragiquement insuffisants.
S’ils ne sont pas couplés avec une réforme de ce type, les changements qui seront effectués en matière de législation du travail produiront probablement des effets décevants, parce qu’il ne s’agira pas de changements stratégiques, systémiques, structurants. L’information est la clé de tout ; et l’information numérique que constituent les crédits et débits de nos comptes en banque en est une composante névralgique. Tant que les acteurs ne disposeront pas d’une information adéquate, sous cette forme, sur leur rémunération et sur son usage, la simplification du code du travail ne produira qu’une fraction des effets bénéfiques que l’on pourrait obtenir en adoptant une approche plus complète de ce problème.  
Publié dans A tout un chacun
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"Préoccupante zizanie dans le Golfe"
 
La rupture des relations diplomatiques, consulaires, commerciales, aériennes de l'Arabie saoudite et des Emirats arabes unis avec le Qatar marque un recul du multilatéralisme au Moyen-Orient.
 
Bien qu'il soit d'une évidente nécessité pour la région, le multilatéralisme vient de connaître un nouveau recul au Moyen-Orient. Dans le golfe Persique, les six monarchies sunnites occupant sa rive occidentale coopéraient étroitement dans une organisation politico-économique appelée Conseil de coopération du Golfe (CCG) et ayant son siège à Bahreïn. Il avait été créé en 1981 par des émirs soucieux de serrer les rangs face au vent révolutionnaire soufflant depuis la rive orientale du Golfe, c'est-à-dire depuis l'Iran des pasdarans et de l'ayatollah Khomeyni.
Le CCG est aujourd'hui quasiment mort. Le lundi 5 juin, trois de ses membres ont décidé de rompre toutes leurs relations - diplomatiques, consulaires, commerciales, aériennes - avec un quatrième. L'Arabie saoudite et les Émirats arabes unis, bientôt suivis par le Bahreïn et l'Égypte, sont entrés dans une brouille profonde à l'égard du Qatar, lui reprochant son soutien aux Frères musulmans et aux organisations djihadistes clandestines. Dans ses tweets, le président américain Trump a repris à son compte une partie de ces accusations. Le petit et très riche émirat gazier (un million et demi d'habitants, dont 250.000 sujets qatariens) a rejeté ces accusations, les qualifiant de "totalement injustifiées", et a demandé la protection de son allié turc, qui a aussitôt envoyé 3 000 soldats dans la presqu'île. En contradiction avec la Maison-Blanche, le Pentagone a souligné "le rôle positif du Qatar dans la stabilisation" de la région : l'armée américaine y dispose d'une base de 11 000 hommes, d'où partent ses raids aériens contre l'État islamique. Dans cette querelle, le Koweït est resté neutre et a proposé sa médiation. Le sultanat d'Oman est resté silencieux. Cela ne veut pas dire qu'il ne fera rien, car le vieux sultan Qabous est un maître de la diplomatie secrète (c'est lui qui avait arrangé les premières conversations directes entre Américains et Iraniens à partir de 2010, facilitant ainsi la progression de la négociation nucléaire, qui aboutira à l'accord historique du 14 juillet 2015).
 
Par son blocus terrestre, l'Arabie saoudite n'est-elle pas en train de mener une politique contraire à ses intérêts, car propre à jeter les Qatariens dans les bras des Iraniens (avec lesquels ils partagent déjà un immense champ gazier)? Et si l'on ne va pas jusque-là, ne risque-t-on pas d'assister à la création d'un troisième axe au Moyen-Orient (Turquie-Qatar-Hamas, sur une idéologie commune Frères musulmans), qui s'ajouterait aux deux grands axes déjà bien consolidés, l'axe irano-chiite (Téhéran-Bagdad-Damas-Beyrouth) et l'axe américano-sunnite (Washington-Jérusalem-Le Caire-Amman-Riad-Abu Dhabi) ?
Le Qatar explique que ses voisins sont jaloux du poids qu'il a gagné internationalement grâce à une diplomatie audacieuse (exemple : accords de paix de Doha sur le Liban du 25 mai 2008, alors que les précédents, en octobre 1989, s'étaient faits à Taëf, en Arabie saoudite) et grâce à l'immense succès de sa chaîne satellitaire al-Jazeera. Le Qatar dit qu'il combat le terrorisme mais il s'enorgueillit d'être un hub diplomatique, recevant chez lui le chef du Hamas, des responsables des Frères musulmans chassés d'Égypte ou même un bureau des talibans afghans (cela à la demande des Américains).
 
Emmanuel Macron, qui recevra le 21 juin 2017 à l'Élysée le prince héritier des Émirats arabes unis (pays avec lequel la France a un accord de défense), a raison de s'emparer du dossier. La France est respectée dans la région et jouit de bonnes relations avec le Qatar et avec l'Arabie saoudite. Le président français aurait tort de descendre dans l'examen des arguties de la querelle, car il peut la transcender par un projet beaucoup plus ambitieux. Puisque tous ces États (y compris le Qatar) se défendent de financer le djihadisme, pourquoi ne pas créer, au sein du CCG, une agence soumise à l'autorité du secrétaire général de l'ONU, qui traquerait les déviances islamistes, et dont les arrêts auraient force de loi ?
Il est grand temps que toutes ces pétromonarchies, qui se disent amies de l'Occident, se prononcent ensemble publiquement sur un certain nombre de sujets. Quelle est leur conception de l'islam ? Du droit des femmes ? Sont-elles prêtes à contenir la religion à la sphère privée ? À accorder à leurs sujets la liberté de conscience ? À propager l'esprit de tolérance ? À respecter les autres religions et la libre pensée ? Sont-elles prêtes à moderniser leurs prêches du vendredi et leurs manuels scolaires ? À ne financer de par le monde que les tenants d'un islam tolérant et pacifique ? D'un mal peut toujours sortir un bien. Si la France parvenait à transcender cette zizanie par un mouvement de "grande clarification" de l'islam régional, elle ménagerait à la fois ses intérêts à long terme et ceux de ses amis du golfe Persique.

Paru dans Le Figaro, 20 juin 2017
Publié dans De par le monde
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Pour la droite, tout est à refaire
 
Si la droite limite les dégâts, ces élections législatives marquent le plus bas score de son histoire. Pour Maxime Tandonnet, au regard du haut taux d'abstention, les responsables politiques de droite doivent proposer une véritable alternative dans les cinq prochaines années.
 

À l'issue du cycle des élections présidentielles et législatives, un résultat devrait frapper de sidération les observateurs de la vie politique. Avec moins de 50% de participation aux premières tours des législatives et 43% au second tour, l'abstention atteint un niveau sans aucun précédent historique depuis la proclamation de la République en 1870 pour un scrutin national.
À l'évidence, en 2017, plus encore qu'en 2007 et en 2012, les présidentielles ont vidé les législatives de leur substance. L'adoption du quinquennat en 2000, qui aboutit à une soumission systématique du mandat législatif au mandat présidentiel, explique largement ce phénomène.
Or, cet écrasement est profondément malsain du point de vue des valeurs démocratiques. Les présidentielles, la désignation d'une personne, sont par définition dominées par l'émotion collective, le sentiment qu'inspire une image, une voix, un reflet médiatique. Le contenu de la politique y est secondaire, quand il n'est pas effacé. En revanche, les législatives, du fait de leur caractère collectif et moins personnel, se prêtent au débat d'idées et au choix d'un destin collectif. De fait, en 2017, l'élection de l'Assemblée nationale, plus que jamais soumise aux présidentielles, n'a pas vraiment eu lieu. Dans l'histoire de France, la suppression ou l'anéantissement du pouvoir législatif marche toujours avec la négation de la démocratie.
La personnalisation à outrance du pouvoir, la confusion entre le pouvoir politique et le visage d'un seul homme - le présidentialisme - donne l'illusion de l'autorité à travers la figure du «chef». Dans la réalité, ce système est profondément inefficace sur le long terme, privilégiant, consciemment ou inconsciemment, la défense d'une image personnelle sur l'intérêt général.
L'écroulement de la démocratie française s'exprime dans l'abîme qui s'est creusé, à l'issue du cycle électoral de 2017, entre l'électorat et la représentation nationale. Au premier tour des législatives, avec une participation inférieure à 50%, le mouvement En marche a atteint 32% des voix. 16% des inscrits ont ainsi manifesté au premier tour leur adhésion à cette formation soit un peu plus de 10% des Français... Or, cette formation détient désormais plus de 60% des sièges à l'Assemblée...
Jamais, dans l'histoire de la République, le gouffre entre les élites politiques et la majorité silencieuse n'avait été aussi profond. La démocratie française est rongée depuis des décennies par la fracture entre la France «d'en haut» et la France «d'en bas». Selon le sondage annuel de Cevipof sur la confiance, 89% des Français estiment que les politiques ne tiennent aucun compte de ce que pensent les gens comme eux. Ce clivage sort encore aggravé des scrutins de 2017. La personnalisation du pouvoir à outrance et le «dégagisme» qui a dominé le dernier cycle électoral, sont les signes patents du nihilisme qui s'est emparé de la vie politique française.
La «droite», ou l'opposition républicaine et modérée, qui était censée bénéficier de l'alternance en 2017, vient de connaître l'un des pires échecs de son histoire. Face au nouveau pouvoir, aux contours idéologiques indéfinis, sa priorité absolue est de refonder une ligne, une politique, de réinventer le débat d'idées. La crise de la démocratie française devrait lui ouvrir un boulevard à cet égard. Sa responsabilité, face à l'Histoire, est de réapprendre à parler un discours de vérité aux 84% de Français qui n'ont pas voté En marche au premier tour des législatives. Il est urgent d'avoir le courage et la lucidité de constater la faillite de la démocratie française en définissant un nouvel équilibre entre les pôles de pouvoir, présidence, gouvernement, législatif. Il serait notamment vital de dissocier les mandats présidentiels et législatifs, conformément à l'esprit originel de la Ve République.
L'avenir de l'opposition républicaine repose sur son aptitude à se réapproprier les grands sujets de préoccupation populaire aujourd'hui désertés, pour résorber la fracture nationale: la réforme des institutions afin de réhabiliter le débat démocratique et sortir d'une personnalisation nihiliste du pouvoir, la démocratie de proximité, la transformation nécessaire du fonctionnement de l'Europe pour la rapprocher des Européens, la crise migratoire, la lutte contre la désindustrialisation et le chômage massif, l'exclusion, la pauvreté, la situation tragique des «territoires perdus de la République», l'autorité et l'intelligence à l'école, la lutte contre le communautarisme et le repli identitaire, l'unité nationale, la sécurité des biens et des personnes.
Si la «droite» ne parvient pas à faire cette révolution du courage et de l'audace, elle laissera le champ libre à l'extrémisme notamment de gauche radicale et c'est lui qui triomphera en 2022 dans un grand élan destructeur. En jouant son avenir elle joue celui de la France.
Ancien conseiller de Nicolas Sarkozy, auteur d'Histoire des présidents de la République (éd. Perrin, 2013 et 2017) et des Parias de la République (éd. Perrin, 2017).

Paru sur Figarovox, 19 juin 2017
Publié dans Du côté des élites
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La France aux électeurs absents : pourquoi ?
 
57 % des inscrits ont boudé le scrutin du 18 juin, contre 29 % en 1997, il y a vingt ans : ce doublement, résultat d’une progression de l’abstention à chacune des élections législatives depuis 1997, est le phénomène jumeau de l’élection à la présidence de la République d’une personne inconnue dans le paysage politique il y a seulement 5 ans ; ces deux faits doivent impérativement ne pas être séparés dans l’analyse des événements qui viennent de modifier fortement le paysage politique français.
Dans les deux cas, il s’agit d’une manifestation de rejet vis-à-vis de la classe politique. Ce rejet n’est pas propre à la France : presque partout dans le monde la démocratie déçoit car elle ne s’est pas traduite par l’arrivée au pouvoir d’hommes et de femmes capables de diriger leur pays (ou leur région, ou leur ville, ou encore leur union de pays) de façon satisfaisante. Les citoyens sentent confusément que c’est de leur faute, puisque ce sont eux qui ont élus ces personnages médiocres ; l’abstention est en partie due au sentiment d’impuissance qui s’empare de plus en plus du corps électoral quand il constate le résultat décevant de ses votes, quels qu’ils soient. Si voter ne sert à rien, pourquoi se livrer à cette mascarade ? S’abstenir, c’est se laver les mains de ce qui arrivera, et qui sera probablement décevant.
Le devoir électoral n’a de sens que si l’élection en a un. Or les citoyens ont le sentiment que les élus ont bien peu de pouvoir : tant de choses se décident ailleurs qu’à l’Assemblée nationale ! Les lois sont devenues des monstres de phraséologie et de complication, dont l’utilité se perçoit mal. Plus il y en a – et, de fait, le bavardage législatif a atteint un niveau à peine croyable – moins elles ont de valeur : l’inflation législative dévalorise la norme juridique aussi sûrement que les émissions excessives de billets de banque ont dévalorisé le franc ou le mark à certaines époques de notre histoire.
 
"Pourquoi participer à l’élection de ces nuisibles dont l’activité consiste en grande partie à nous compliquer inutilement la vie ?", telle est la question que se posent bien des braves gens. Il y a certes ceux qui préfèrent profiter du beau soleil pour passer un dimanche à la campagne, mais il y a aussi le sentiment de l’inutilité du vote, et même le désir de ne pas se salir les mains en participant à la mise en place de personnes qui vont contribuer à transformer la démocratie en une mascarade.
Nous sommes descendus bien bas ; comment remonter la pente ? Au niveau des élus, par un effort de montée en gamme ; au niveau des institutions, par un plus grand recours au principe de subsidiarité.
 
Montée en gamme : c’est ce que à quoi les frères prêcheurs de notre époque – certains journalistes et les économistes mondains – ne cessent d’exhorter nos chefs d’entreprise. Je reste assez sceptique vis-à-vis de conseils visant à faire de la moindre parcelle de terre languedocienne la productrice d’un concurrent du château Yquem, mais il est vrai que le niveau de nos hommes politiques laisse à désirer : une amélioration qualitative de la production législative et réglementaire est indispensable. Moins de lois, moins de décrets, moins d’arrêtés, moins de circulaires, mais des textes mieux conçus, mieux rédigés, plus cohérents entre eux, plus réalistes, et la France se portera mieux. Par surcroît, la déception des citoyens, leur désaffection vis-à-vis de leurs représentants et leur peu d’empressement à participer à leur désignation, s’estomperont.
Je modifierai donc un peu, à leur intention, le conseil du vieux laboureur à ses enfants. Certes, "travaillez, prenez de la peine" reste valable, mais cela beaucoup de nos parlementaires et ministres le font déjà. Disons-leur plutôt : "travaillez intelligemment, prenez de la peine pour émonder le maquis légal et réglementaire, et les urnes se rempliront".
 
Quant au principe de subsidiarité, qui conseille de traiter les problèmes au plus près du terrain – sauf exception, bien entendu – il permettrait de redonner vie à la démocratie locale. Débarrassée de divers échelons superfétatoires, la commune est le lieu où une population de taille raisonnable peut apprécier concrètement l’action de ses élus et leur faire connaître ses préférences. C’est elle qui peut sauver la démocratie, mise en péril par le transfert à l’échelon supérieur (supranational, national, régional, départemental, intercommunal) de décisions qui pourraient être prises tout aussi bien, ou mieux, à un niveau local. La démocratie, comme le poisson, pourrit par la tête ; c’est par ses cellules – sans oublier les "petites cellules grises" de ses élus et de ses fonctionnaires – qu’elle pourrait se régénérer.

19 juin 2017
Publié dans Du côté des élites
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Tradition et évolution : Lyautey en exemple

Quelle surprise d’avoir rencontré chez lui un homme de cette dimension, me disait en substance un groupe de Jeunes, après avoir visité le château du Maréchal Lyautey. "On n’avait jamais entendu parler de lui auparavant. Pourquoi ?" Tout a été fait pour le faire oublier, avança un adulte qui se joignit au groupe, ajoutant que "les valeurs défendues par cet humaniste, homme d’action et visionnaire, l’ont rendu politiquement incorrect pour ceux qui ont, ou qui ont eu, le monopole de la parole, de l’écrit, de l’image et pire encore des programmes scolaires Au point de se demander si la France reste digne des grands hommes qui ont fait son Histoire !"
Faute de temps, la discussion resta au niveau des généralités, mais devant l’intérêt manifesté par ces Jeunes et leur insistance, je promis de leur envoyer par mail des informations motivantes, d’autant plus que c’est à leur âge que l’on fait des rêves d’avenir. C’est ce que Lyautey traduisait dans cette boutade : "Ma plus vieille maîtresse est l’ambition de mes quinze ans." Et c’est sans oublier ce qu’il écrivait plus tard : "Les deux dogmes auxquels je suis resté fidèle, I'Ordre et la Liberté, ou, mieux, la conciliation de la Tradition et de l'Évolution." - ce que Wladimir d’Ormesson confirmait en ces termes : "On ne dira jamais assez que le trait saillant du Maréchal Lyautey était le sens qu’il avait de la continuité et des raisons profondes qui unissent le passé au présent."

Une fois de plus je me suis posé la question du pourquoi et du comment de cette ignorance programmée - toutes générations confondues depuis 40 ans au moins - non seulement du personnage Lyautey, mais de toute une période et de nombreuses séquences de l’Histoire de France qui sont, soit occultées, soit modifiées, soit interprétées idéologiquement. Ceci nous amène à évoquer l’anticolonialisme considéré comme une des conséquences de la dernière guerre 1939-45. Sous la pression des événements, la décolonisation a été précipitée, sinon bâclée, comme l’explique Arthur Conte dans : "L’épopée coloniale de la France".
Pourtant, dès 1920, Lyautey avait alerté dans un rapport au gouvernement : "Il faut regarder bien en face la situation du monde, notamment du monde musulman et ne pas se laisser devancer par les événements. Ce n'est pas impunément qu'ont été lancées à travers le monde les formules du droit des peuples à disposer d'eux-mêmes et les idées d'émancipation et d'évolution dans le sens révolutionnaire." Il est bien le seul à en avoir tenu compte dans les limites de ses prérogatives et il faut noter qu’il a été évincé du Maroc en 1925 par le “Cartel des gauches” pour mettre en place un Résident politisé qui a commencé à “détricoter” ce que Lyautey avait fait.

Sur ces bouleversements, l’anti-France a construit et répandu l’idéologie de l’anticolonialisme. Avec le relais et l’appui des uns et le silence complaisant, sinon complice, des autres, on est arrivé à ne plus enseigner qu’une histoire “politiquement correcte” valorisée par la repentance et mettant souvent en difficulté ceux qui ont le courage de professer la vérité. C’est ainsi qu’insidieusement à une histoire tronquée et manipulée s’est adossée cette idéologie de l’anticolonialisme. En forçant à peine le trait, on peut dire que toutes les générations post-soixantehuitardes ont été matraquées dès l'école primaire par nombre de “fausses vérités” sur le sujet, alimentées par une mémoire officielle sélective.
Dans ces conditions, il était tellement facile dans un but électoral “d’enfoncer le clou” avec l’habillage médiatique idoine. Il était facile de mobiliser sur un thème porteur, en l’occurrence l’anticolonialisme si répandu, sans se préoccuper d’une minorité, en terme d’électeurs. Accuser la colonisation de “crime contre l’humanité” ne pouvait que séduire les nombreux adeptes de l’anticolonialisme. En outre, les réseaux sociaux, associés à de nombreux sites de désinformation ont anéanti, surtout chez les Jeunes, toute forme de discernement pouvant conduire à des avis et des comportements raisonnés, sinon raisonnables.
Quant à cette minorité d’électeurs révoltés, elle a le droit et le devoir de s’indigner “motu proprio” et également au nom de tous ceux - civils et militaires, dont les autochtones, harkis, moghaznis, supplétifs de tous ordres - qui ne sont plus de ce monde, y compris ceux qui sont “morts pour la France” et qui ne peuvent plus se défendre eux-mêmes. C’est un fait historique indiscutable : la France a été fière de sa grandeur à laquelle ils ont contribué et elle doit le rester.
Il faudrait un long document pour étayer ces propos, mais la campagne électorale est terminée. Beaucoup de sujets ont été "éternués" (le mot est de Lyautey) comme le budget des armées, réduites à appliquer le système D pour être en mesure de remplir leurs missions ou la nomination et l’ingérence dans les hautes sphères des armées de certains civils faisant office de commissaires politiques.

Le candidat Macron est devenu Président de la République, c’est à dire, le Président de tous les Français. Outre le présent et les vues prospectives, il lui faut aussi s’approprier les traditions et l’Histoire de France non manipulée. C’est, je le suppose, ce que tous les Françaises et les Français souhaitent et espèrent. D’ici l’an prochain ses conseillers auront eu le temps d’apprendre et de lui souffler que le 8 juin - la chute de Dien Bien Phu date du 7 juin de l'année 1954 - a été instituée, en 2005, journée nationale d’hommage aux morts pour la France en Indochine. De même, le maintien d’un Secrétariat d’Etat chargé des Anciens Combattants et de la mémoire serait de nature à apaiser et à redonner confiance aux ressortissants de cette structure.
Aujourd'hui, il devrait être possible, dans le respect de tout et de tous - ce qui n’est pas toujours le cas - de se réjouir d’une tentative de suppression des clivages politiques, du sectarisme, des idéaux mortifères. Lyautey ne pensait pas autrement, en s’exclamant : "Je veux une France juste, droite, libérale, évoluante ...... Je veux une France forte, fière, avec des bases sociales solides", car il savait qu’il n'y a pas de progrès social sans respect de la dignité de l'Homme, pas de consensus social possible sans volonté de rechercher ce qui unit et de fuir ce qui divise. Il plaidait pour l'effort absolument nécessaire au redressement de la France et mettait son espoir dans une ardente prise de conscience : "Les années qui viennent imposent à la génération dont je suis un des doyens, hélas ! le devoir d'un suprême effort pour asseoir ce pays entre l'utopie des uns et le snobisme des autres."

Malgré les tensions et les oppositions qu'il a connues, Lyautey ne cherchait pas à diviser pour imposer et s’imposer, mais il recherchait sans cesse "le dénominateur qui unit les hommes". Ainsi écrivait-il : "A l’état de guerre haineuse et violente qui sépare stérilement les enfants du même sol, de parti à parti, de classe à classe, il faut substituer la recherche pacifique et féconde des problèmes posés par la révolution industrielle et économique de notre temps, marcher, non plus la revendication ou la répression au poing, mais la main dans la main dans la noble et large voie du progrès social." Voilà l’esprit avec lequel il abordait et traitait les problèmes.
Il aurait pu faire des émules, mais il a été jugé encombrant autant pour ceux qui s’acharnent à réécrire l’histoire en conformité avec leur idéologie que pour ceux qui par leur silence en sont complices. Tout comme pour ceux qui refusent l’idée que Tradition et Modernisme, loin de se contredire, se renforcent mutuellement. C’est sans doute la raison pour laquelle la Fondation Lyautey ne reçoit pas un centime de subvention pour la mémoire du Maréchal Lyautey et l’entretien de son château-musée alors que, par exemple, la Fondation Jean-Jaurès bénéficie annuellement de près d’un million € sur les deniers de l’Etat, preuve qu’il y a bien une droite et une gauche, à moins que cela change.

Et si Lyautey servait de référence pour supprimer l’obstruction et le sectarisme ! Puisse-t-il réveiller les consciences et inspirer ceux qui ont été investis pour penser et agir enfin dans l’intérêt des Français et d’une France fière de son passé et tournée vers son avenir. En bref, pratiquer l’évolution dans le respect de la tradition.
Colonel (er) P. Geoffroy, Président de l'Association Nationale Maréchal Lyautey, 18 juin 2017
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Qu’est-ce qu’un artiste bankable ?
 
Les mots "Art" et "artiste" évoquent aujourd’hui des contenus très divers et même parfois, absolument contradictoires.
L’image la plus visible de "l’artiste contemporain", celle qui occupe écrans et gros titres de la presse, est celle de l’artiste dit "bankable", une valeur financière sûre. Elle a remplacé l’image de l’artiste "d’avant-garde", engagé dans la déconstruction d’un monde mauvais et néanmoins adoubé par les institutions, plus anciennement celle de  l’artiste "génie", incompris, romantique et moderne, et plus loin encore celle du Prix de Rome, élu à l’Académie
 
L’artiste bankable
Les conseillers financiers en patrimoine l’appellent "Blue chip", terme en vigueur à Wall Street évoquant les jetons bleus en usage au poker, trahissant l’atmosphère de jeu qui l’entoure. En peu de mots, c’est l’artiste dont les "pièces" se négocient au-dessus du million de dollars en salle des ventes.
Le terme "bankable" signifie que le produit "Art contemporain" est un effet de commerce réescomptable par un établissement financier auprès d’une banque centrale – c’est donc une valeur assurée, "sans risque". Le seul nom de l’artiste devient un "titre" qui a, de ce fait, le pouvoir de produire un retour sur investissement. Il est disponible pour de multiples usages, à la fois financiers et monétaires. Il peut servir de caution pour un prêt, engendrer du cash par-dessus les radars du fisc et des frontières, etc.
Les "conseillers en gestion du patrimoine" considèrent l’achat d’œuvres d’artistes "bankables" comme une niche fiscale incontournable, plus rentable quoique moins sûre, que les investissements en titres forestiers et viticoles.
Il est probable que le concept de "niche fiscale" ait inspiré la création de "balloon dog" par l’ex tradeur Jeef Koons, existant en sept exemplaires. En plastique et gonflé à l’hélium, elle exprime aussi la nature essentiellement éphémère, gazeuse et bullesque de ce produit financier dérivé, sécurisé.
La métaphore hautement financière de Balloon Dog a atteint 58,4 millions de dollars en 2015, enchère la plus haute jamais obtenue pour un artiste vivant. Mais, un fait nouveau est troublant : depuis deux ans ce record historique n’a pas été battu … que présage-t-il ?
 
La formule "win win"  – Sérialité,  consortium, hyper visibilité, production sérielle
Il n’y a pas d’art "bankable" sans production industrielle. L’artiste "bankable" est d’abord un chef d’entreprise capable de travailler à la commande, de fournir en temps et en quantité voulus une marchandise diverse, sérielle, comprenant de grandes œuvres spectaculaires pour les institutions, une gamme de pièces plus réduites à des prix correspondant à des clientèles moins fortunées et des produits dérivés, du T-shirt à la carte postale, destinés au tout venant.
En effet, "égalité et démocratie pour le consommateur" sont le code éthique de leur production. Les artistes bankables sont des bienfaiteurs de l’humanité, prêcheurs d’une nouvelle religion "l’identité vide et globale", vecteur d’amour, de paix et de prospérité. Ils en fabriquent les sacrements.
L’artiste "bankable" dirige designers, graphistes et artistes pour concevoir et exécuter ses produits, qu’il validera ou non. Ainsi s’est créée une prolétarisation inédite des créateurs au service des financiers.
 
Formation de la valeur en consortium
La construction de la valeur de l’art "bankable" se fait tout d’abord grâce à des collectionneurs qui s’entendent pour collectionner une marque d’art rentable. Les prix montent grâce à leur stratégie de réseau et ne baissent jamais puisque personne ne vend sans l’accord des autres, personne n’achète une œuvre appartenant au réseau sans avoir été adoubé par chacun des membres. Ainsi non seulement la valeur s’établit mais aussi est sécurisée et devient un titre financier à usage entre soi.
Par ailleurs, les collectionneurs entretiennent toute une chaîne de production de la valeur : les institutions muséales, la commande publique,  les universités. Ils ont pour fonction de légitimer l’art bankable. Ce sont des milieux délicats, qu’il faut savoir flatter et "traiter". Les  galeries internationales et salles des ventes, sont quant à elles, en charge de la cotation.
Tout cela fonctionne à la fois comme un trust et une entente, délits normalement punis par la loi, mais n’ayant pas prise sur ce titre si particulier de "l’art bankable", qui fait toute sa valeur.
 
L’hyper–visibilité médiatique
Les médias font bien sur partie intégrante de la chaîne de fabrication de la valeur, maîtres de la visibilité de masse, ils sont fort bien traités, ou sanctionnés, par les très grands collectionneurs qui ouvrent les portes de la scène sociale internationale.
Il est bien difficile cependant pour les médias de ne pas en parler. Ou de parler d’autre chose, Les stratégies de l’AC sont des pièges sophistiqués à médias.
Par le biais des très grands formats réservés aux artistes assez "bankables" pour les produire. En effet, comment la planète entière ne serait-elle pas informée de la présence d’un étron gigantesque, gonflé à l’Hélium, face à la plus belle vue de la baie de Hong Kong ?, d’un Sex Toy colossal dressé place Vendôme à Paris ? D’une pince à linge monumentale sur la plus grande place de Philadelphie.
Le XXL de l’art "bankable" est obligatoirement doublé d’une provocation, d’une déconstruction d’identité, d’une volonté de blasphème, pour créer l’évènement susceptible de créer des images hyper visibles et mémorisables… Elles ne peuvent provenir de  l’admiration contemplative… Il faut du choc et de la polémique. Si "l’art bankable" était admirable, il ne pourrait pas circuler comme un titre. Aucun collectionneur ne voudrait s’en séparer et, chose funeste pour la finance,  il le thésauriserait !
L’artiste bankable est donc un fabriquant d’objets n’ayant pas de valeur en dehors de la valeur fabriquée collectivement par le consortium. Les médias jouent un rôle majeur dans cette chaîne de valorisation.
Elles rendent ce qu’elles montrent hyper réel et légitime parce que tout la vision a été collectivement partagée par des millions d’individus. C’est ainsi qu’il peut être repéré et répertorié  au TOP 100, sorte de CAC 40 de l’art mondial.
Sur les marches de la visibilité de masse il y a ceux qui postulent à l’élection par les réseaux.  On les nomme "émergents". Pour conditionner, ils se configurent rigoureusement à ce qui est attendu d’eux par les consortiums. Mais il y a peu d’élus. Fait notoire, parmi eux, aucun artiste "bankable" ne vit et travaille en France.

Les "imbankables"
L’imbankable absolu est sans conteste le "peintre", vivant et travaillant en France.
Mais qu’est-ce qu’un "peintre" pour un universitaire français éclairé ? Il vous répondra : un individu appartenant à une population résiduelle, mal étudiée, en voie d’extinction.
Ces théoriciens s’étonnent de voir ces égarés travailler encore avec les mains, de faire des œuvres uniques, comme les sauvages d’Aldous Huxley dans le "Meilleur des mondes", qui engendrent des bébés en faisant l’amour ! Pauvres peintres ! Ils font du beau pour la déco, des pastiches pour les nostalgiques !
Leurs théories et études sociologiques sur l’art fournissent aux "inspecteurs de la création" qui dirigent l’art en France, les données "scientifiques" permettant de présider au jugement de qui peut prétendre à la "contemporanéité" et donc aux subventions.
Par ailleurs, ils se sont donnés comme mission d’aider à la fabrication de la légitimité internationale des artistes bankables dont aucun ne vit ni travaille en France. La sélection administrative depuis quatre décennies a ainsi crée un art officiel, reléguant tous les courants non conceptuels, en particulier la peinture, dans les fameuses poubelles de l’Histoire ! C’est ce que l’on appelle "l’exception française", objet de curiosité internationale!
Trente-sept ans de travail acharné de 200 "inspecteurs de la création" à plein temps n’ont pas engendré un seul artiste "vivant et travaillant en France", célèbre dans le monde entier…  même les artistes officiels ne sont pas connus dans l’Hexagone, le grand public à peine à les citer.
Ils connaissent généralement Buren et Boltansky, deux éternels avant-gardistes conceptuels des années 60, aujourd’hui octogénaires. Peut-être aussi – qui sait ?- Sophie Calle, une sexagénaire et un petit quinquagénaire, Fabrice Hybert. Même pas bankables !

Paru sur Contrepoints, juin 2017
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Les illusions de la COP 21
 
On peut se demander pourquoi Donald Trump  a dénoncé l’accord de Paris que les Etats Unis avaient signé dans l’unanimité suspecte des 196 pays participant à la COP21.
En effet le texte de cet accord rédigé au conditionnel n’est nullement contraignant et est une suite de vœux pieux, d’objectifs inatteignables et de vaines promesses. Etant donné les délais prévus, il aurait pu tout simplement ne rien faire et ne rien dire. Il aurait fallu attendre plusieurs années pour s’en apercevoir.
En fait la décision tonitruante du président Trump est strictement à usage interne, il veut signifier aux Américains qu’il ne va pas les contraindre par des engagements destinés à combattre un risque auquel il ne croit pas vraiment.
Les Etats Unis sont, grâce au gaz et au pétrole de schiste, autosuffisants en énergie et on ne voit pas la raison pour laquelle ils compromettraient leur économie en remplaçant les centrales utilisant les produits pétroliers et même le charbon par des éoliennes et des panneaux solaires couteux et intermittents, sans parler de l’énergie nucléaire à laquelle les Etats Unis ne veulent pas renoncer.
Cette prise de position est à placer dans le cadre d’ "America first" qui est la ligne de conduite du Président américain sur laquelle il a été élu.
Evidemment cette décision a déclenché la bronca des opposants politiques au Président, des industriels espérant profiter de la "bascule énergétique" et des adeptes nombreux du "Trump bashing". Par contre il est bien probable que l’électorat de Donald Trump applaudit des deux mains.
 
L’ennui est que la décision américaine condamne l’accord de Paris à être totalement inefficace.
Le premier pollueur de la planète, la Chine, devant les Etats unis, ne dénonce pas l’accord de Paris mais a une façon très particulière de l’appliquer : la Chine et l’Inde ont consenti à des promesses de réduction d’émissions de "gaz à effet de serre" en développant des énergies renouvelables mais elles ne renoncent pas loin de là au charbon. New-Delhi envisage de doubler sa production de charbon d’ici 2020.
Quant à la Chine où l’usage du charbon est massif, 67 % des sources d‘énergie, elle s’est accordé jusqu’à 2030 pour réduire ses émissions. En plus la Chine dans le cadre des "nouvelles routes de la soie" a entrepris hors de ses frontières et notamment en Afrique la construction de nombre de centrales thermiques. La Chine serait à la tête en 2015 de 92 projets de centrales au charbon dans 27 pays.
En fait la Chine compte faire appel largement à l’énergie nucléaire pour tenir ses promesses, 25 centrales sont en exploitation et 26 en construction avec l’objectif de 110 en 2030 ce qui n’est pas dans l’optique souhaitée des écologistes.
Ajoutons à cela que les deux plus grands exportateurs de produits pétroliers, la Russie et l’Arabie Saoudite, même si probablement ils ne le diront pas, approuvent certainement la position de Donald Trump.
Dans ces conditions seuls les petits pollueurs comme la France, qui produit 1 % du CO2 mondial vont se croire obligés d’appliquer l’accord de Paris.
 
La France qui a cinq millions de chômeurs et un déficit budgétaire et commercial énorme, contrairement aux Américains, continue pour des raisons idéologiques de se tirer une balle dans le pied, s’interdisant par exemple non seulement d’exploiter ses ressources en gaz de schiste mais même de les prospecter. De même alors que 75 % de l’électricité française provient de centrales nucléaires depuis une quarantaine d’année à la satisfaction générale, la France veut ramener cette part à 50 %, démanteler Fessenheim qui peut encore fonctionner sûrement pendant dix ou vingt ans, et développer des énergies renouvelables, éoliennes et panneaux solaires, fort couteuses et intermittentes.
On invoque la difficulté de démanteler les centrales nucléaires, c’est vrai mais cela peut attendre comme continuent d’attendre les bases de sous-marins construites sur le littoral atlantique par l’organisation Todt. Il faut à peu près 500 éoliennes pour produire autant d’énergie qu’un réacteur nucléaire, au pied de chacune il y a un bloc de béton de 1500 tonnes. Imagine-t-on les paysages français peuplés de dizaines de milliers d’éoliennes dont les nuisances excèdent celles de l’énergie nucléaire.
La France est tétanisée par des lobbies se disant écologistes, dont certains prônent la "décroissance" qui entrainerait une augmentation du chômage et notre dépendance de pays plus dynamiques comme la Chine, l’Inde et les Etats Unis et des pétrocraties.
Personne n’ose mettre au pas des bandes de gauchistes s’opposant à la construction d’infrastructures d’utilité publique aussi bien à Sivens pour un barrage, qu’à Notre Dame des Landes pour l’aéroport de Nantes et à Bure pour le site d’enfouissement des déchets nucléaires.
 
La France est un drôle de pays où on avait passé des siècles à éradiquer les loups et où on les réintroduit maintenant. Les campagnes se vident et deviennent des déserts sans médecin et sans services publics et alors qu’on voit venir le développement rapide du télétravail, on veut sans sourciller créer le "Grand Paris", éloignant encore les gens de leurs lieux de travail et créant une agglomération monstrueuse avec ses problèmes de banlieues, une perte de temps considérable, un surcoût de travail, une qualité de vie déplorable et un surcroit de pollution.
Et pourtant l’influence de l’activité humaine sur le climat n’est nullement avérée. Le changement peut avoir d’autres causes comme l’activité solaire ou des modifications de la circulation des courants océaniques. Il y a toujours eu des changements climatiques.
De toute façon, ce danger probablement surestimé cache la principale menace que subit notre civilisation. L’invasion des "migrants" économiques venus de pays ruinés par une démographie incontrôlée déstabilise la société, nous coûte très cher, accroit l’insécurité sans que nous fassions quoique ce soit pour l’endiguer. On va même aider l’invasion de faux naufragés en allant les chercher et les introduisant dans notre espace.
Quand les Huns ou les Arabes nous ont menacés on est allé les combattre aux Champs Catalauniques et à Poitiers, maintenant notre civilisation décadente ouvre ses bras à l’envahisseur. C’est un suicide.
dejudasatartuffelettresaumonde.hautetfort.com, 17 juin 2017
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Un bouleversement politique ?
 
Comment faut-il comprendre la victoire de Macron à l’élection présidentielle et celle de ses partisans aux élections législatives qui ont suivi ? La plupart des observateurs s’accordent à les analyser comme un changement majeur, encore qu’indistinct, de notre vie nationale. François Bayrou, vétéran des combats du dernier tiers de siècle, est plus catégorique : "les moments que nous vivons" affirme-t-il en toute simplicité "figureront dans les livres d’histoire au même titre que les bouleversements politiques de la Libération ou de 1958". Selon lui, "une vague de confiance est en train de se lever". "La débâcle des partis qui exerçaient le pouvoir depuis des décennies" nous fait entrer dans "une période d’optimisme et de volonté". Les chefs des factions vaincues ne sont pas loin de penser qu’il a raison.
Bayrou ne nous indique pas les faits sur lesquels il a construit ses certitudes. Mais la "vague de confiance" qu’il voit se lever n’apparaît pas dans les statistiques électorales. Les Français ont été moins nombreux à voter en ce printemps "d’optimisme" que pendant "la période de pessimisme et de découragement" qui a porté à l’Elysée, Sarkozy d’abord et Hollande ensuite. Les électeurs "macronistes" eux-mêmes ont montré peu d’ardeur à confirmer leur choix dans les scrutins législatifs : un quart d’entre eux a boudé les urnes le 11 juin. Si l’on devait résumer en un mot  l’état d’esprit de nos compatriotes tel que les consultations électorales nous le montrent, les termes de passivité ou à la rigueur d’attentisme seraient plus adaptés que celui de confiance.
Le président du Modem rapproche audacieusement le quinquennat qui commence  avec les secousses de la Libération et les débuts de la Vè République en 1958. Il n’est pas prouvé que Macron et son gouvernement envisagent une rénovation politique et sociale d’ampleur comparable. Leurs intentions apparaissent plus modestes. En tout état de cause, les grands changements de notre passé ont été marqués par des élans populaires visibles et mesurables, notamment dans les consultations électorales. La "République en marche" est soutenue par moins d’un Français sur six et elle a été, jusqu’à aujourd’hui, incapable d’élargir son assise. Elle n’a pas les moyens de l’ambition dont Bayrou la revêt.
             
Elargissons notre horizon.
Le cycle électoral qui s’achève peut être aisément comparé aux deux qui l’ont précédé en 2007 puis en 2012. Le premier, dans lequel Sarkozy et Royal se sont affrontés au nom de la droite et de la gauche, a passionné les Français. 16 % seulement des électeurs n’ont pas participé au premier tour de scrutin et les deux candidats arrivés en tête ont réuni ensemble près de la moitié du corps électoral. Le cycle suivant, en 2012, a montré un début de désenchantement et de confusion : les abstentionnistes ont été plus nombreux (20 %) et les deux finalistes, Sarkozy et Hollande, n’ont attiré que 43 % des Français. L’élection présidentielle de 2017 ne fait que poursuivre et amplifier le déclin des dix dernières années. L’abstention croît encore (22 %) et les électeurs se dispersent davantage entre des candidats dont aucun ne parvient à mobiliser un Français sur cinq. Ensemble, les deux premiers, Macron et Marine Le Pen, rassemblent péniblement un tiers du corps électoral. Celui qui l’a emporté, doit sa victoire à des circonstances fortuites autant qu’à ses propres mérites. Le processus d’affaiblissement des grandes coalitions de droite et de gauche a commencé avant la "République en marche" et ce qui lui succède n’est pas une recomposition historique des forces partisanes mais un éclatement entre des allégeances fragiles, étroites et instables.
Telle est la réalité politique avec laquelle Macron devra gouverner. Elle est l’image d’un peuple profondément divisé. Les habitants de nos grandes villes voient l'avenir national tout autrement que les ruraux ; le même antagonisme oppose les zones de vieille industrie et les pôles d’activité numérique ; les partisans du multiculturalisme et ceux qui mettent en avant leur attachement identitaire ; les enrichis et les appauvris de la mondialisation ; les euroenthousiastes et les eurosceptiques. Macron porte les attentes de certains groupes ; il suscite la méfiance des autres. Il ne rassemble pas.
                    
 
L’Amérique de Trump, l’Angleterre de May, l’Italie de Renzi et même l’Allemagne de Merkel sont tiraillées par les mêmes forces irréconciliables, paralysées par les mêmes mouvements d’opinion flous et changeants, menacées par la même instabilité politique. Notre pays mériterait d’être appelé exemplaire et le moment présent d’être qualifié d’historique si ceux qui nous dirigent savaient surmonter nos divergences, dépasser nos contradictions et nous unir dans une recherche renouvelée de notre bien commun. Nous en sommes loin. Quel que soit l’enthousiasme de Bayrou pour le quinquennat qui commence, nous ne sommes pas plus avancés que les autres nations d’Europe et d’Amérique. Sauf fait nouveau, notre gouvernement va donc trébucher autant que les autres.

Michel Pinton, Ancien secrétaire général de l’UDF
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Vérité et liberté
 
Tout a déjà été écrit sur la victoire d’Emmanuel Macron et l’échec de Marine Le Pen dont elle est largement responsable, nous n’avons rien d’original à ajouter aux bonnes analyses vues ici ou là. Après cinq années de lamentable présidence Hollande, il est quelque peu désespérant que les Français aient aussi largement "marché" au mirage du renouveau annoncé par un homme certes jeune et récemment arrivé en politique, mais trop visiblement soutenu par l’ensemble de l’establishment. Il faut néanmoins admettre, à leur décharge, que les "offres" alternatives n’étaient guère enthousiasmantes !
Plutôt que de nous lamenter, essayons de prendre un peu de hauteur pour saisir ce que sont, fondamentalement, bien au-delà des combats électoraux, les enjeux déterminant notre avenir.

Toute la problématique de la modernité est le mouvement d’émancipation des individus à l’égard de toute tutelle supérieure : la religion d’abord, la nature ensuite, la culture maintenant. L’origine en est sans doute le nominalisme, mais c’est surtout la Réforme et la Renaissance qui inaugurent ce mouvement où l’homme recherche son autonomie, recherche qui se traduit politiquement par l’affirmation de l’indépendance ou de la souveraineté des pouvoirs politiques, notamment à l’égard de l’Église (1). On observe alors une volonté de se dégager du groupe, car il enserre tout un chacun dans un carcan d’obligations, contraintes qui assurent cependant une forte protection des personnes. On passe peu à peu d’une société holiste, au Moyen Âge, à un individualisme de plus en plus exacerbé au fil du temps, pour aboutir à la situation actuelle où l’individu, délivré de toute attache et de toute contrainte, est roi.

Jadis, le bien commun s’envisageait conformément au principe de totalité (la partie est pour le tout) ; l’Église, confrontée aux horreurs modernes, a cependant approfondi la notion de dignité de la personne humaine, en soulignant que, sous l’angle surnaturel, la personne est un tout supérieur à la société temporelle, laquelle lui est donc, en ce sens, subordonnée : c’est la théorie de la double subordination de la personne et de la société, explicitée dès Pie XI (2), perspective qui a ouvert la voie à la proclamation du droit à la liberté religieuse lors du concile Vatican II, en 1965.

Cette mutation historique a déplacé l’équilibre du couple vérité-liberté vers le second terme. Toute société privilégie forcément l’un de ces deux pôles : dans le concret, il n’existe pas d’équilibre parfait entre les deux ; ainsi sommes-nous passés d’une société plaçant la vérité (3) au sommet du politique à une société qui y met la liberté. Faire de la défense de la vérité religieuse une fin du politique, comme le faisait la chrétienté médiévale, suppose une unité religieuse et une certaine coercition sociale pour maintenir cette unité. Quand la société devient pluraliste sur le plan religieux, le pouvoir s’oriente vers le despotisme, parce qu’il requiert une pression croissante pour maintenir l’unité : il y a alors une inclination naturelle qui pousse à rééquilibrer les pôles au profit de la liberté. C’est cette inclination qui s’est manifestée depuis la Renaissance et, bien qu’elle ait été en partie dirigée contre l’emprise de l’Église sur la Cité (emprise parfois indue en raison de confusions ou de conflits entre pouvoirs spirituel et temporel), elle n’a été possible que grâce à l’apport du christianisme – il est significatif que cette évolution ne se soit produite qu’en Europe chrétienne, pas en terre d’islam ni dans les vieilles civilisations asiatiques.

Vers le totalitarisme
Le problème est que ce mouvement de balancier est allé beaucoup trop loin en poussant abusivement sa logique : de même qu’une société appuyée sur la vérité, mais sans aucune liberté, est tyrannique, de même une société idolâtrant la liberté, mais ne reconnaissant point la notion de vérité, est relativiste et tend de ce fait vers le totalitarisme, comme le pape Jean-Paul II l’a expliqué dans Centisemus annus (1991) et Evangelium vitae (1995) : nous en sommes là.
Personne, aujourd’hui, ne souhaite revenir à une société holiste. Le pluralisme de nos sociétés ouvertes empêche de revenir au primat de la vérité ; au demeurant, l’enseignement de l’Église sur la liberté religieuse a écarté une telle perspective (le prix de la liberté est certes l’improbabilité de tout retour à l’unité religieuse… mais celle-ci, perdue depuis longtemps, ne se décrète pas) : l’enjeu, à présent, est de redonner une place aux notions de vérité et de bien pour rééquilibrer la balance vérité-liberté au profit de la première. Enjeu inverse en islam, les musulmans ayant vitalement besoin de s’affranchir de leur société très englobante qui étouffe toute liberté et notamment la liberté religieuse.
Notons que ce n’est pas le libéralisme qui est à l’origine de ce mouvement d’émancipation qui caractérise la modernité, mais il s’y est inscrit et son idéologie en épousait parfaitement la logique, si bien qu’on a pu les confondre. C’est toutefois une erreur de perspective : la modernité, en tant que telle, est distincte du libéralisme (il en est l’idéologie dominante, mais la modernité ne s’y réduit pas) ; cette modernité n’est donc pas d’un bloc, ou toute bonne ou toute mauvaise, un tri est à opérer.

Un redressement possible
Pourquoi évoquer ce sujet qui peut paraître assez abstrait au premier abord ? Parce qu’il montre, en cette période où les esprits sont absorbés par des enjeux électoraux à court terme, qu’un certain redressement n’est pas hors de portée si l’on sait sur quel levier agir, à savoir remettre les notions de vérité et de bien au cœur de nos débats, et tout particulièrement la loi naturelle. Il faut certes se méfier du volontarisme qui engendre le plus souvent un activisme stérile : il est indispensable d’envisager les choses humblement en sachant que nous ne sommes pas les maîtres de l’histoire. Mais en ces temps de déréliction politique, il n’est pas inutile de prendre conscience que des pistes existent. Nous sommes à l’évidence dans un système à bout de souffle, qui crée des tensions toujours plus fortes. Il ne pourra pas continuer ainsi pendant très longtemps.

Enfin, pour conclure, cette approche de la situation politique selon le couple vérité-liberté me semble avoir le mérite de cerner les principaux problèmes de l’heure.
Elle explique la fracture qui est apparue et n’a cessé de croître entre une "France d’en haut" qui bénéficie de la mondialisation et une "France périphérique" qui en est la victime (4). En effet, l’une des traductions de la tension vérité-liberté est celle qui oppose enracinement et émancipation, ainsi que les travaux de Chantal Delsol l’ont admirablement montré (5). Les "élites", à l’aise dans la mondialisation, recherchent l’émancipation, synonyme pour elles de liberté (d’aller partout dans le monde, d’y investir, d’y délocaliser une production, la planète étant devenue un village rendant les frontières obsolètes), tandis que les classes moyennes et populaires recherchent une sécurité économique, culturelle et identitaire, et ont, au contraire, besoin de se sentir enracinées.
Allons plus loin. C’est la question essentielle des limites qui est en fait posée par le couple vérité-liberté. C’est la liberté indéterminée régnant aujourd’hui sans partage (celle de l’idéologie libérale) qui appelle logiquement à repousser toujours plus loin les limites jusqu’à prétendre les faire disparaître dans un rêve prométhéen complètement fou ! Et c’est la notion de vérité qui est fondamentalement seule capable de borner les prétentions de cette liberté. Il n’est que de citer quelques exemples pour mieux appréhender les ravages causés par la perte du sens des limites :
– la "chosification" de l’humain avec la théorie du genre qui prétend abolir la différence ontologique des sexes, le transhumanisme, la fabrication des enfants par la GPA et la PMA – lesquels enfants deviennent un "dû" et non plus un don –, l’avortement ou l’euthanasie relevant de la même logique…
– le multiculturalisme qui disqualifie les frontières et qui dénie ou relativise l’imprégnation des cultures sur l’homme, comme si ce dernier était un être tombé du ciel et donc remplaçable par n’importe quel autre individu de la planète.
– le consumérisme mondial et la financiarisation de l’économie qui ont façonné un système largement aux mains de multinationales géantes entièrement centrées sur le seul profit, conduisant à la concentration des richesses et à la paupérisation de franges grossissantes de populations, mais aussi à l’individualisme et à la disparition des communautés naturelles.
– l’environnement et la préservation des ressources naturelles qui ne pèsent guère face aux intérêts des puissances d’argent.

À l’origine du phénomène décrit ici il y avait une volonté de s’affranchir de la religion, sans rejeter Dieu dans un premier temps. Cela est venu ensuite, il a été au mieux cantonné à la sphère privée, au pire éliminé, et c’est alors que tout s’est défait assez vite : l’histoire nous apprend ainsi que la raison ne se suffit pas à elle-même ; sans l’ancrage dans le surnaturel, le naturel ne tient pas et la démesure de l’homme – l’hubris des Grecs – finit toujours par l’emporter, et par conduire à la catastrophe. D’où la proposition de Benoît XVI d’inverser l’hypothèse de Grotius et de vivre dans nos sociétés "quasi Deus daretur" ("comme si Dieu existait") : "Les valeurs morales ne sont plus évidentes. Elles ne deviennent évidentes que si Dieu existe. J'ai donc suggéré que les laïcs… devraient réfléchir pour savoir si, pour eux, le contraire n'est pas valable aujourd'hui : nous devons vivre “quasi Deus daretur”, même si nous n'avons pas la force de croire, nous devons vivre sur cette hypothèse, autrement, le monde ne fonctionne pas" (6).
Christophe Geffroy

(1) Guilhem Golfin, dans Souveraineté et désordre politique, Cerf, 2017, ouvre un débat important sur la notion de souveraineté.
(2) Pie XI, Divini Redemptionis (1937), n.& 8200;29.
(3) En politique, la notion de vérité se traduit concrètement surtout par celle du bien, et donc aussi du bien commun.
(4) Cf. les essais incontournables de Christophe Guilluy : Fractures françaises (2010), La France périphérique (2014) et Le crépuscule de la France d’en haut (2016).
(5) Cf. L’âge du renoncement (2011), Les pierres d’angle (2014) et La haine du monde (2016).
(6) Benoît XVI, Rencontre avec le clergé du diocèse d’Aoste, le lundi 25 juillet 2005. 

La Nef N°293 de juin 2017
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Le macronisme aggrave la crise de la démocratie
 
Une révolution est en marche. Mais il est peu probable qu’elle s’arrête à la victoire législative annoncée du parti présidentiel. Ce succès n’est qu’une étape, dans un cycle inachevé. Avec une abstention historique de 51,3 %, les 32,32 % du mouvement macronien ne représente que 15% du corps électoral. Pour autant, par le jeu du scrutin majoritaire à deux tours, les 4/5ème des sièges de l’Assemblée pourraient revenir aux candidats de La République en marche (LRM), à l’issue du second tour. Cette situation malsaine aggrave la crise de la démocratie sur laquelle Emmanuel Macron a construit sa stratégie de conquête. S’il a réussi à bousculer le vieux monde politique et ses partis vides de projets, le champ de ruine ainsi créé ne pourra se contenter d’une renaissance à travers un parti unique progressiste dans lequel une large partie du PS s’est déjà recyclée. Si l’on veut bien admettre comme toujours valables les diagnostics sur la crise de la représentativité et sur la rupture entre les élites et le peuple, les résultats de dimanche soir n’apportent aucune solution apaisante. Une fois de plus, les Oubliés se trouvent être les dindons de la farce démocratique. Elle a occulté les débats sur l’avenir de la civilisation au profit de préoccupations sur le PIB et la courbe de croissance. L’Assemblée de demain s’annonce plus éloignée encore du peuple. Une étude du Cevipof (L’Opinion, 9-10 juin) relève que 68,6 % des candidats d’En Marche viennent des classes supérieures. A l’inverse, les ouvriers, employés et artisans-commerçants sont sous-représentés (8,5 %). Une élite, à peine modérée par une société civile choisie et appelée à rentrer dans le rang, s’apprête à détenir tous les pouvoirs.
 
La fracture de la société reste entière, malgré cette étape dans la modernisation de la vie démocratique. Les abstentionnistes ont donné leur aval au renvoi des vieux acteurs de la politique, en laissant faire la poursuite des coups de balais amorcés avec la présidentielle. Pour autant, ces électeurs n’ont pas fait savoir qu’ils se reconnaissaient dans la macromania portée artificiellement par les médias. "Allez-y sans nous", ont dit en substance bien de ceux - dont moi, je l’avoue - qui ont refusé de jouer le jeu d’une élection infantilisée, incapable d’aborder les sujets sociétaux et sécuritaires qui engagent l’avenir de la cohésion nationale. J’ai déjà dit ici l’urgence qui sera celle, pour une droite assumée dans ses valeurs, de reconstruire une force capable d’équilibrer, avec un parti conservateur moderne, cet avatar de parti libéral américain qu’est le macronisme. En attendant, la France risque de se retrouver, dimanche, sans contradicteurs au parlement, hormis chez les extrêmes. S’il est élu dimanche, Thierry Solère (LR) a déjà annoncé avec quelques autres qu’il voterait la confiance au gouvernement. Cette démission d’une partie de l’opposition, qui s’ajoute à une position dominante de LREM, ne peut être vue que comme une provocation dans un pays incandescent. Il est à craindre que la rue ne serve d’alternative à une démocratie bloquée, confisquée aux mains d’une minorité privilégiée et déconnectée des souffrances humaines. Jamais en tout cas les réseaux sociaux, et les blogs, ne seront aussi nécessaires pour briser la pensée unique du parti unique d’un président "jupitérien".
blog.lefigaro.fr/rioufol, 12 juin 2017
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Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.

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