Magistro Beta

Switch to desktop Register Login

Janet Yellen face au boomerang de Ben Bernanke - Crise des subprimes… suite
 
On a beaucoup écrit sur l’assouplissement quantitatif initié par la Réserve fédérale en réponse à la crise des subprimes. Ce n’est rien d’autre qu’une politique monétaire laxiste poussée à son paroxysme. L’heure du bilan a sonné. Il est mitigé, si l’on s’en tient aux résultats obtenus à ce jour, mais inquiétant si on ausculte le futur. En déclenchant cette politique en novembre 2008, Ben Bernanke, alors gouverneur de la Réserve fédérale, a lancé un boomerang qui revient à la face de son successeur.
 
L’assouplissement quantitatif n’a pas donné les résultats espérés. Ce n’est pas faute d’avoir essayé. Dans les trois mois qui suivent l’éclatement de la crise des subprimes, la Réserve fédérale abaisse son taux directeur de 2 % à 0,125%. Le Congrès approuve une série de déficits budgétaires élevés. Mais, l’économie américaine ne réagit pas comme prévu. La croissance moyenne annuelle s’élève 1,3 % contre 3,1 % pour les deux cycles précédents de croissance. Il faut sept ans au chômage pour retrouver son taux d’avant la crise contre quatre ans pour le cycle précédent et deux ans et demi pour celui d’avant. Même constat pour l’inflation. Elle était de 3,8 % en 2008 et tombe en dessous de zéro en 2009. Elle remonte à 1,3 % en 2016 et atteint 1,6 % en juin 2017, toujours inférieur à l’objectif de 2 % que s’est fixée la Réserve fédérale.
 
Pourquoi l’assouplissement quantitatif n’a-t-il pas donné les résultats attendus ? Parce qu’il repose sur un postulat, parce que son objectif premier était de secourir les banques, parce que les banques n’ont pas joué le jeu et enfin parce que le consommateur a choisi de se désendetter.
 
En 2002, dans un discours devenu célèbre, le futur gouverneur de la Réserve fédérale, Ben Bernanke, affirme qu’une augmentation hors norme de la masse monétaire viendrait à bout de toute déflation. Il se réfère à une allégorie de Milton Friedman qui suggérait qu’un gouvernement confronté à une récession insurmontable distribue des coupures de 1.000 dollars du haut d’un hélicoptère pour relancer l’économie. C’est d’une certaine manière ce que fit Bernanke au lendemain de la faillite de Lehman Bros., point de départ de la crise des subprimes. Craignant une crise d’ampleur, il acheta pour 1.400 milliards de dollars d’actifs bancaires du 17 septembre au 17 décembre 2008, triplant le total du bilan de la banque centrale en trois mois – du jamais vu dans les annales de la finance ! Cette manne qui consolida les banques mises à mal par la crise, était aussi un encouragement à relancer la consommation par le crédit. Les banques préférèrent déposer les sommes reçues en échange de leurs actifs sur leur compte à la Réserve fédérale, "stérilisant" la politique de Ben Bernanke. Quant au consommateur qui avait cru les balivernes des banquiers sur les prix de l’immobilier qui monteraient au ciel, il choisit de se désendetter. L’assouplissement quantitatif a échoué parce qu’il s’attaquait aux symptômes et non à la racine du mal.
 
En revanche, il a produit son plein effet sur les marchés financiers. Le S&P qui s’élevait à 1.192 le 15 septembre 2008 – jour de la faillite de Lehman Bros. – perdit près de la moitié de sa valeur en six mois, atteignant son point le plus bas le 9 mars 2009 (672). La première tranche d’assouplissement quantitatif le ramena à son niveau de septembre 2008 en avril 2010 (1.186). Les deux tranches suivantes le firent monter régulièrement. Il atteint 2.440 en juillet 2017, soit deux fois son niveau d’avant la crise. Cette performance a de quoi inquiéter. Le potentiel de l’économie américaine ne la justifie en aucune manière. Son taux de croissance devrait tomber de 2,1 % en 2018 à 1,9 % en 2019 et 1,8 % en 2020, selon les prévisions du Fonds monétaire international. Prudente, cette prévision n’en est pas moins optimiste. La reprise est dans sa septième année – durée moyenne des reprises américaines. Les marchés financiers seraient-ils sujets à une "exubérance irrationnelle" ? Selon les calculs de Robert Shiller, prix Nobel d’économie et père de cette expression, le ratio du résultat net par action ramené au prix de l’action (price earning ratio ou P/E), lissé sur dix ans, a retrouvé son niveau de 1929. Le risque d’une nouvelle crise financière ne peut donc être écarté.
 
Ce présage n’a pas échappé à la Réserve fédérale. Il a conduit Janet Yellen qui a remplacé Ben Bernanke en février 2014, a relevé le taux directeur par touches successives pour l’amener dans une fourchette de 1 % à 1,25 % le 15 juin 2017. Cette politique prudente s’explique par la vulnérabilité de l’économie américaine. Mais ce ne sont pas les taux à court terme qui importent, ce sont les taux à long terme que Janet Yellen ne contrôle pas. Le financement de l’économie américaine a connu une période exceptionnelle de 1980 à 2016, contredisant la loi fondamentale de l’offre et de la demande. Les taux d’intérêt à long terme des bons du Trésor ont régulièrement baissé alors que l’endettement public augmentait. Cette conjonction inédite tenait à l’apport des capitaux étrangers. Depuis 2015, cet apport s’est réduit à la marge, laissant aux investisseurs américains le soin de combler le vide. Les taux d’intérêt à long terme remontent, redonnant à la loi fondamentale toute sa légitimité. Cette hausse va se poursuivre puisqu’il est prévu que la dette fédérale augmente. Cette augmentation va entraîner l’économie américaine dans un cercle vicieux de décroissance.
 
Ainsi, l’assouplissement quantitatif présenté comme la solution miracle aux problèmes de l’économie américaine se révèle-t-il être un leurre. Il a pris la forme d’un boomerang qui s’apprête à frapper Janet Yellen en retour. Faut-il s’étonner alors qu’elle n’ait pas répondu à la question du sénateur John Kennedy* qui, lors de l’audition du 13 juillet, lui demanda si elle accepterait un second mandat en février 2018.  
 
*Aucun lien de famille avec le président John Kennedy

Envoyé par l'auteur, 30 juillet 2017
Publié dans De par le monde
Écrit par
En savoir plus... 0
Chef des Armées
 
Pendant la crise consécutive à l’intervention du général de Villiers devant la commission de la Défense Nationale, le président de la République a déclaré devant un aréopage de militaires "Je suis votre chef " signifiant par là que les militaires n’avaient qu’à obéir sans discuter.
"Votre chef ", voire : il est de fait que l’article 15 de la Constitution est rédigé ainsi : "Le président de la République est le chef des armées. Il préside les conseils et les comités supérieurs de la défense nationale". Encore faut il savoir ce que signifie "chef des armées". Si on se réfère au code de la Défense qui regroupe tous les textes législatifs et réglementaires concernant la Défense, on trouve à l’article L1121-1 traitant des attributions du "président de la République, chef des Armées" : "Le conseil de défense et de sécurité nationale, de même que ses formations restreintes ou spécialisées, notamment le Conseil national du renseignement, sont présidés par le Président de la République, qui peut se faire suppléer par le Premier ministre.". Rien d’autre, aucune référence à un quelconque droit d’engager les armées ou d’en prendre le commandement. Il est vrai que le code de la Défense regroupe surtout des textes anciens voire périmés, notamment l’ordonnance sur la Défense de 1959 rédigée avant l’existence de la dissuasion et des opérations extérieures ; depuis rien n’a été rédigé et la Défense vit de nos jours dans un total vide législatif alors que la Constitution en son article 34 précise : "La loi détermine les principes fondamentaux de l’organisation générale de la défense nationale"
 
Pour connaître l’origine et la signification du titre de "chef des armées", il faut se référer aux 13 Constitutions qui ont défini en France la répartition des pouvoirs depuis la Révolution. Dans la Constitution de 1791 on peut lire : "Le roi est le chef suprême de l’armée de terre et de l’armée navale...", or le roi n’a aucun pouvoir, c’est l’assemblée nationale législative qui décide de la guerre. On retrouve une appellation équivalente dans la Constitution de 1946 de la IV° République : "Titre V. Du président de la République
 - Article 33 : Le président de la République préside, avec les mêmes attributions, le conseil supérieur et le comité de la défense nationale et prend le titre de chef des armées."
Les présidents Vincent Auriol et René Coty qui ne détenaient aucun pouvoir exécutif dans ce régime parlementaire recevaient donc le "titre" de "Chef des Armées"
C’est ce qui a été repris dans la constitution de 1958 qui est toujours en vigueur : Article 15 : Le président de la République est le chef des armées. Il préside les conseils et les comités supérieurs de la défense nationale.
"Chef des Armées" il s’agit d’un titre qui signifie que le président de la République est au sommet de la hiérarchie militaire sans qu’il ait pour autant le droit d’engager les armées.
Remarquons que la reine d’Angleterre est "chef des armées" de la plupart des états du Commonwealth mais que ce n’est pas elle qui a décidé de l’expédition des Malouines.
 
A l’évidence ce n’est pas l’interprétation qui en est faite actuellement. Depuis des décennies les Présidents de la République s’arrogent le droit d’intervenir n’importe où sans en référer au Parlement. Cela nous a valu les interventions au Rwanda, en Afghanistan, en Serbie, en Libye, en Syrie pour des raisons souvent humanitaires ou de promotion de la démocratie sans que les intérêts de la France ne soient menacés.
Il faut rapprocher cette situation de celle du second empire, la Constitution de 1852 reprise par Napoléon III, précisant : "Titre III  Du président de la République - Article 6 : Le président de la République est le Chef de l’État ; il commande les forces de terre et de mer, déclare la guerre... " Cela nous a valu la guerre de Crimée, l’expédition du Mexique, le sac du Palais d’été à Pékin pour finir à Sedan.
Cette affaire montre également le mépris dans lequel le Président tient le Parlement auquel il conteste le droit d’être correctement informé et les militaires qui doivent se taire et obéir.

Envoyé par l'auteur, 30 juillet 2017
Publié dans En France
Écrit par
En savoir plus... 0
La vraie libération fiscale
 
C’est une institution estivale : chaque été, divers instituts (Contribuables associés, IFRAP, Institut économique Molinari) sonnent le tocsin de la "libération fiscale". Cette année, "La libération fiscale approche pour les Français" titre Le Figaro du 27 juillet, qui consacre presque deux pages à rendre compte des calculs de l’Institut Molinari.  Il est précisé "à partir du 29 juillet, chacun travaillera pour soi mais plus pour financer, via ses impôts et cotisations, l’État et la sécurité sociale". Hélas ces arithméticiens amalgament les différents prélèvements obligatoires sans se soucier ni de ce à quoi ils servent, ni des différences qui existent entre eux.
Cette présentation est nocive. Elle résulte de la colonisation intellectuelle de think tanks prétendument de droite par des conceptions socialisantes. Elle repose en effet sur deux idées de base du socialisme : selon la première, la sécurité sociale est assimilable à l’État, comme l’indique la formule "État providence" ; et selon la seconde, l’État (et donc aussi la sécurité sociale) est un agent économique totalement extérieur à la sphère de l’échange.
 
Une telle dogmatique est d’autant plus prégnante qu’elle constitue une pétition de principe, un postulat ; elle conduit à réclamer moins d’État et non pas un État qualitativement différent – "mieux d’État", comme on dit parfois. Toute perspective de réforme du secteur public dans un sens libéral est exclue d’office ; la seule politique acceptable consisterait à confier au secteur privé la plus grande partie possible des fonctions actuellement remplies par l’État et la sécurité sociale.
Curieusement, les partisans de cette politique ont oublié la maxime stalinienne "ce qui est à moi est à moi, ce qui est à toi est négociable". Tant que l’État lui-même ne sera pas converti, tant que les libéraux se résigneront à ce qu’il soit conçu et organisé de manière communiste, ils auront affaire à un organe formaté pour appliquer la formule de Staline. Même si les rênes de l’État sont théoriquement tenues par des hommes politiques de droite, ceux-ci feront une politique de gauche, comme leurs prédécesseurs soi-disant de droite l’ont fait pendant des décennies, et la croissance des services publics s’effectuera selon un modèle excluant la notion d’échange.
Réclamer une libération fiscale consistant à réduire la sphère étatique au profit du secteur privé n’a jamais débouché sur un changement conséquent ; au mieux, le rythme d’expansion de cette sphère est un peu ralenti, mais elle reste qualitativement inchangée. Ce projet mollasson, qui n’ose pas prôner la révolution conceptuelle dont pourrait découler un véritable changement organisationnel, est vain, nous le constatons décennie après décennie. Le seul projet réaliste est le plus ambitieux, celui qui vise à convertir l’État (au sens large, y compris l’actuel État providence) à l’économie d’échange.
Il ne faut pas se livrer à de laborieuses manœuvres destinées à faire légèrement reculer les lignes ennemies, par exemple en confiant au secteur privé telle ou telle fonction jusqu’alors remplie par une administration ; il convient de changer complètement de paradigme, en affirmant que l’État fait partie intégrante de l’économie d’échange – qui ne se limite pas au marché – et de réorganiser chaque service à partir de ce nouveau paradigme.
 
Le nœud gordien conceptuel qu’il faut trancher pour évoluer dans cette direction est la réduction de l’échange au marché. En 1988, Bertrand Lemmenicier fit paraître aux PUF Le marché du mariage et de la famille, livre qui contient de nombreux raisonnements économiques intéressants sur le fonctionnement de ces deux institutions. Je me suis demandé pourquoi ce collègue avait choisi le mot "marché". J’ai d’abord pensé qu’il voulait indiquer de façon percutante le fait qu’il allait aborder les phénomènes matrimoniaux et familiaux avec les outils du raisonnement économique. Ce n’était pas faux, mais il y avait aussi autre chose : les économistes libéraux commençaient à ne plus concevoir les échanges autrement que par référence au marché.
 
Comme la famille, l’État et la sécurité sociale sont des institutions destinées à organiser certains échanges – des échanges qui ne sont pas "marchands", qui ne peuvent pas être analysés avec exactement les mêmes outils intellectuels que la bourse ou le marché des changes, mais qui n’en sont pas moins des échanges. Malheureusement, depuis les recherches de Lemmenicier et celles, dans le même domaine, de Gary Becker (prix Nobel 1992), une tendance s’est développée au point de devenir un dogme politiquement correct : il n’y aurait d’échange que marchand. C’est ce dogme dont nous devons aujourd’hui nous débarrasser si nous voulons comprendre quelque chose au fonctionnement du monde dans lequel nous vivons. C’est ce dogme qui est sous-jacent au mythe de la "libération fiscale". C’est ce dogme qui nous empêche de réformer l’État et la sécurité sociale dans le sens d’une véritable logique d’échange.
 
La sécurité sociale et l’État produisent des services et les font payer ; ce ne sont pas des paiements de marché, indépendants de la personne qui ouvre son porte-monnaie, mais ce sont des paiements. L’analyse économique inclut d’ailleurs une branche, la théorie des prix discriminés, qui analyse les phénomènes de ce type. Le manque de jugeote des hommes politiques dits de droite – qui se sont alignés sur leurs homologues de gauche – a conduit à laisser assimiler les cotisations sociales et les taxes à des prélèvements obligatoires sans contreparties : c’est cette erreur qu’il faut corriger pour élaborer une conception libérale de la sécurité sociale et de l’État. La vraie libération fiscale ne consiste pas à ne plus payer de contributions à ces deux organismes, mais à les réformer de telle manière qu’il devienne clair que nous leur achetons des services – des services très utiles, dont les hommes politiques ont pour mission, notamment, d’améliorer le rapport qualité/prix.

Envoyé par l'auteur, 28 juillet 2017
Publié dans Du côté des élites
Écrit par
En savoir plus... 0
La loi des séries
 
Je dois avouer que, dans mes moments de loisirs, j’ai longtemps eu un faible pour ce que l’on appelait autrefois les "feuilletons" et qu’il est convenu aujourd’hui d’appeler les "séries". Certaines, de très bon niveau, qu’elles soient américaines, britanniques ou françaises, sont qualifiées de "mythiques" par les jeunes générations. Elles sont devenues des références dans la culture populaire contemporaine. Si je ne devais en citer qu’une, ce serait l’admirable "Downton Abbey". D’autres méritent encore de passer à la postérité dans d’autres genres et d’autres styles, policier, aventures, guerre, science-fiction, drame etc. Il serait trop long de les nommer ici.
 
Le format des épisodes est fort bien étudié pour offrir au spectateur une distraction, une émotion ou des sensations fortes dans un laps de temps relativement réduit (40 à 50 minutes par épisode) à raison d’un épisode par semaine pendant dix à vingt semaines en moyenne, sauf interruption prématurée pour cause d’audience insuffisante. On "entre" littéralement dans une série, et il faut avoir hâte de découvrir l’épisode suivant, autrement cette série n’est pas pour vous. Petit à petit se créé une forme d’addiction. Entre amis, on se passe les dernières découvertes : "je n’ai plus rien à me mettre sous la dent, que regardes-tu en ce moment ?"
 
Depuis quelques temps, j’observe dans les nouvelles séries un basculement idéologique. La qualité de la réalisation est toujours là, c’est bien filmé, les acteurs sont excellents, mais le scenario met de plus en plus l’accent sur les nouveaux dogmes du politiquement correct, par exemple la théorie du genre ou l’apologie de l’homosexualité. Le tout est assorti de propos de plus en plus crus et d’images pornographiques de plus en plus osées. On est généralement fixé dès les premières minutes. Au moins, on n’est pas obligé de perdre trop temps avant de renoncer. Trouver une série que l’on puisse regarder tranquillement en famille commence à relever de l’exploit tant on est vite submergé par les propos et les images les plus salaces, les plus dégradants, les plus avilissants.
 
Si cette pornographie galopante a au moins le mérite d’être évidente, la perversion idéologique est beaucoup plus insidieuse. Ainsi, observons le cas emblématique d’une série intitulée Black Sails (les voiles noires) traitant de l’histoire des pirates de caraïbes et mêlant pour cela des personnages et des situations historiques avec des personnages de fiction. La reconstitution est soignée, les scènes de combats navals sont impressionnantes. Le lieu et le contexte historique (L’ile de Nassau au début du XVIIIe siècle) sont réels. Le héros, le capitaine Flynt, est un personnage imaginaire, mais de nombreux pirates (Barbe noire, Jack Rakham, Charles Vane) ont réellement existé. Le gouverneur Woodes Rogers a bien existé aussi, mais le modèle historique n’a rien à voir avec le personnage incarné ici. Cette trahison de la réalité historique ne doit rien au hasard mais tout aux impératifs idéologiques du scénario. Woodes Rogers a vaincu les pirates, tant par la force que par une politique de mansuétude à leur égard, politique décidée par Londres. Devenu gouverneur, il a repoussé les assauts des Espagnols contre la colonie britannique. Eh bien, sans aucune vergogne, la série raconte exactement le contraire, à savoir que Woodes Rogers aurait reconquis Nassau avec l’aide des Espagnols qui l’auraient dévastée, et qu’il aurait exterminé les pirates avec une violence inouïe, trahissant ainsi la politique de pardon voulue par Londres. La scène de l’assassinat de Barbe noire est insoutenable. On touche là les limites de la liberté de la fiction historique. Quand Woodes Rogers dit à l’un de ses compatriotes britanniques qu’il est tout de même à Nassau pour faire progresser la civilisation, ce dernier lui répond immédiatement : "non, vous êtes là pour faire progresser nos bénéfices." La relecture contemporaine de l’entreprise coloniale est en marche. Pour faire bonne mesure, le gouverneur est amoureux d’une commerçante bisexuelle qui a des bontés alternatives pour certains pirates et pour une ravissante métisse. Les amateurs de scènes saphiques sont copieusement servis. Ne nous arrêtons pas en si bon chemin : le capitaine Flynt n’a pas été insensible aux charmes de la belle négociante (avant qu’elle épouse Woodes Rogers), mais, en fait, il brûle d’amour pour un jeune lord qui a des idées modernistes concernant l’avenir des colonies. Naturellement, pour contrecarrer simultanément les idées progressistes du lord et son orientation sexuelle, son odieuse famille réactionnaire le fait emprisonner en un lieu secret en faisant croire à sa mort prématurée. La dernière scène de la saison 4 voit le capitaine Flynt sacrifier tous ses projets pour rejoindre finalement son bel amour en sa prison. L’œuvre s’achève sur le romantisme torride d’une étreinte tant attendue. Et cela est pudiquement "déconseillé" aux moins de douze ans… 
 
En somme, on est en présence d’un prototype de trucage historique et de démolition des valeurs traditionnelles, servi par une facture artistique et technique en tout point remarquable. La loi des séries est implacable. Par leur caractère répétitif, par la cadence élevée des productions, par l’addiction qu’elles provoquent, tout semble indiquer que nombre d’entre elles (pas toutes, heureusement) procèdent d’une entreprise de déracinement historique et de perversion des mœurs. D’anéantissement du jugement politique le plus élémentaire aussi : dans plusieurs séries policières ou d’aventures comme Designated survivor (Le survivant désigné) le terrorisme islamiste n’est que le paravent préfabriqué d’un terrorisme d’extrême-droite qui le manipule afin d’anéantir la démocratie. Une série policière relativement anodine comme Hawai Five 0 (Hawai police d’État) est devenue à sa dernière saison un vecteur politiquement correct de la légende absurde du complot réactionnaire dissimulé derrière le terrorisme islamiste. Même chose pour la dernière saison d’une série qui avait pourtant bien commencé voici quelques années : Homeland (Le pays natal). Là encore, on a droit au complot fasciste manipulant de gentils islamistes qui n’ont rien demandé à personne. Le matraquage à haute dose de ce genre de crétinerie peut avoir à moyen terme des effets dévastateurs : perte de tous repères, ignorance totale des périls réels qui nous menacent. La concomitance et la diffusion universelle de ces thèses, aussi invraisemblables que débiles, ne peuvent pas être seulement le fruit du hasard. Cela ressemble étrangement à une entreprise concertée de décérébration des masses. La plus grande vigilance s’impose. Une des armes les plus efficaces contre cette perversion est sans doute l’audimat. Une série qui ne trouve pas plusieurs millions de spectateurs fidèles peut être interrompue à tout moment. Alors, pour nous-même, pour notre entourage, et pour faire comprendre notre opposition aux producteurs comme Netflix ou HBO, éteignons tout simplement notre téléviseur.

Envoyé par l'auteur, 29 juillet 2017
Publié dans A tout un chacun
Écrit par
En savoir plus... 0
Leçon d’une crise à la tête des armées
 
Avec le recul, qui adoucit le ton de la récrimination et permet davantage de lucidité, on ne peut que juger aberrante la sortie du Président de la République envers la personne du général Pierre de Villiers, à un tel moment de surcroît, la veille de la parade militaire du 14 juillet, fête nationale. On sait le pouvoir des symboles pour le chef de l’Etat. Celui-ci est désastreux pour les militaires. Car l’humiliation publique infligée au chef d’état-major des armées a été ressentie par chaque officier, chaque sous-officier, chaque soldat, marin et aviateur comme une agression personnelle, une atteinte à la manière dont chacun remplit quotidiennement sa mission exigeante au service de la France et de la protection des Français, dans des conditions matérielles connues et reconnues par la très grande majorité de nos concitoyens comme très difficiles pour ne pas dire souvent inacceptables.
 
Le candidat à l’élection présidentielle a fait naître bien des espoirs par ses propos de campagne sur l’état alarmant des armées, leur manque de moyens et la nécessité de rehausser "l’effort de défense". Le nouvel élu dès sa prise de fonction a manifesté par divers gestes ou attentions son empathie, apparente, pour la chose militaire et ses serviteurs ; la liste en est connue. A la réflexion, tout ceci n’était-il que promesses de campagne puis gestuelle de communiquant de la part du chef des armées ?
Car, nous, militaires, sommes des gens simples qui croyons à la parole d’un chef de l’Etat surtout lorsqu’il se présente en rupture avec ses prédécesseurs non seulement par les discours qui se veulent l’expression d’une pensée pragmatique rendue crédible par les actes, mais aussi par les méthodes qu’il a jugées d’une autre époque pour bien gouverner aujourd’hui.
 
Aussi le monde militaire avait-il cru en la promesse de jours enfin meilleurs et d’une priorité accordée aux armées dans leurs missions, dans leur vie quotidienne et donc par un effort budgétaire en proportion.
Tout s’est écroulé le temps d’un discours public prononcé devant tous les subordonnés du général de Villiers mais, également, devant les attachés de défense sur la place de Paris, inélégance supplémentaire et gratuite. Discours mensonger par ailleurs puisque le chef d’état-major n’a nullement rendu publics des propos tenus à huis clos devant une commission parlementaire. La fuite organisée par un député sûrement bien intentionné ne peut honnêtement lui-être mise à charge. Et de fait, même si certains propos tenus par le général étaient crus, au moins avaient-ils la rude sincérité du soldat. Ils traduisaient, aussi, le désarroi et le sentiment d’avoir été trahi puisque, semble-t-il, la question budgétaire était une condition mise par le chef d’état-major à la prolongation de ses fonctions, acquise juste avant cette crise.
Discours mensonger aussi, car les 850 millions d’euros à charge désormais de l’enveloppe budgétaire initiale de la défense ne peuvent être considérés comme une mesure "indolore". A très court terme sans doute, encore faudrait-il avoir l’assurance d’ici la fin de l’année que l’impact ne sera pas porté sur les crédits de la vie courante ou de la maintenance des matériels. La majorité des coupes devraient être appliquées sur les investissements avec des conséquences qui seront loin d’être anodines car, par le jeu de la technique budgétaire (1), ce pourrait être plusieurs milliards d’euros de commandes ou de passations de contrat de développement qui se verront reportés à plus tard. Mécanique désastreuse qui court depuis plusieurs décennies et qui vaut aux armées d’attendre indéfiniment le renouvellement de ses matériels, dont certains majeurs (véhicules blindés et hélicoptères de l’armée de terre par exemple, avions ravitailleurs de l’armée de l’air, drones, bâtiments de la marine, etc.) ou, quand ils arrivent enfin, c’est à dose homéopathique, avec des livraisons aux forces étalées sur plus d’une décennie contraignant les unités à servir un ensemble d’équipements hétéroclites et procédant parfois de l’échantillonnage…
 
On reste confondu devant ce qu’il faut bien appeler une faute politique de la part du chef de l’Etat mais aussi de son gouvernement. Car, il semble que le général de Villiers ait appris cette mesure par des voies détournées ou par la presse. Ainsi, sur une mesure qui contrevenait aux décisions actées par la loi de programmation militaire révisée en 2015 stipulant que les surcoûts des opérations extérieures et désormais intérieures seraient assumés par la réserve interministérielle (2), le chef d’état-major n’avait pas été apparemment consulté. Aucun échange, peut-on supposer, avec sa ministre de tutelle, Madame F. Parly pourtant ancienne de la Direction du budget et ancienne secrétaire d’Etat au budget, étrangement silencieuse tout au long de ce drame. Etait-elle dans la confidence ? Cela témoigne de la confiance que l’on s’accorde à ce niveau de l’Etat, entre membres du gouvernement déjà et avec les grands subordonnés du ministre.
 
Sommes-nous devant un cas d’école avec un tel exécutif où se mêlent amateurisme, incompétence, arrogance et peut-être aussi cynisme ? Car enfin, tout homme politique ne peut ignorer les mises en garde devant le manque de moyens et de crédits que, depuis des années et des législatures, tous les chefs d’état-major délivrent devant les élus du peuple au cours de leurs auditions par les commissions de défense. Sans être entendus des différents exécutifs qui se succèdent jusqu’aux événements tragiques de 2015 et 2016. Personne ne peut ignorer la situation actuelle des forces armées.
Produire une telle annonce, par la voix du ministre de l’action et des comptes publics (3), sachant que les armées en ignorent tout, relève de l’arrogance et du plus profond mépris. Surtout, elle démontre que les anciennes pratiques gouvernementales – au moins vis-à-vis des armées - pourtant sévèrement critiquées par le candidat à l’élection présidentielle, ont toujours cours et donc que rien ne change. Annonce qui avait forcément l’aval du chef de l’Etat dans un gouvernement dont les actes sont placés sous haute surveillance présidentielle, lequel ne s’en était pas entretenu au préalable avec le chef d’état-major des armées. Et ce n’est pas l’annonce tardive de madame Parly déclarant la levée partielle du gel de 1,8 milliard d’euros qui changera l’état d’esprit du monde militaire, puisque le Président lui-même l’a assuré de bénéficier de l’intégralité des crédits votés au budget de 2017. Ce gel est donc totalement abusif et participe encore une fois de la guérilla budgétaire traditionnelle de Bercy. Il devrait donc être levé en totalité ainsi que la réserve ministérielle débloquée, à cette heure, si on veut que les actes concordent avec le discours.
 
Le problème de fond, in fine, vient de la classe politique en général et de son inculture militaire inadmissible quand on sollicite la fonction présidentielle ou ministérielle, d’autant qu’elle est assez souvent doublée d’un mépris pour la chose militaire considérée à la seule mesure d’un faire-valoir avantageux à la face du monde lors des grands rendez-vous internationaux. Si cette culture était un tant soit peu assimilée, le Président aurait su qu’on n’admoneste pas un chef devant ses subordonnés, pire en public, et qu’on ne traite pas des soldats avec autant de désinvolture et de mépris. Les membres du gouvernement auraient porté une plus grande attention aux promesses de campagne. D’un autre côté, elle révèle également l’indifférence pour ne pas dire l’hostilité d’une part non négligeable de la haute fonction publique au sein des administrations et principalement à Bercy. Une parfaite illustration de cet état d’esprit nous a été délivrée par le porte-parole du gouvernement qui se répand, après coup, en propos désobligeants sur la personne du général de Villiers. Si vraiment, bien avant la genèse de cette affaire, les reproches étaient réels et déjà présents sur l’attitude du chef d’état-major, pourquoi l’avoir reconduit une année supplémentaire ? Pourquoi avoir dit que, bien sûr, il pouvait rester en poste ? Tout ceci traduit-il, de la part d’un très proche dit-on, la pensée du Président ?
 
Et pourquoi le Président, encore, a-t-il eu besoin de mettre les points sur les "i" en déclarant que la défense du budget, c’est la ministre des armées, cantonnant de la sorte le chef d’état-major au strict domaine opérationnel ? C’est oublier que le chef d’état-major des armées détient des responsabilités d’ordre budgétaire dans l’organisation financière de l’Etat depuis toujours, rappelées et précisées par la Loi organique relative aux lois de finances (LOLF) en 2006. Comme responsable de deux des quatre programmes de la "mission défense" du ministère : "emploi des forces" (fonctionnement et vie courante, maintenance des matériels) et "équipements", dernier domaine partagé avec le délégué général pour l’armement (DGA).
C’est oublier aussi que, seul après le chef des armées, le chef d’état-major est responsable devant ses troupes de la satisfaction de leurs besoins matériels, qu’il est le seul connaisseur, à un tel niveau dans l’administration, des besoins spécifiques du personnel, qu’il est redevable moralement de la défense de leurs intérêts particuliers et collectifs et des conditions de leur emploi en opérations. Il est, pour reprendre un langage que comprend bien le milieu politique, le chef syndicaliste des militaires. Or, s’il ne se bat pas en connaissance de cause pour l’obtention des crédits, qui le fera avec autant de compétence et surtout de cœur ? M. Macron a parlé au général de Villiers comme jamais il n’a parlé - et sans doute comme jamais il ne le fera – à un chef de centrale syndicale.
 
Après ce gâchis, il reste désormais à rétablir la confiance entre le chef des armées et ces dernières. Chose difficile car l’affaire laissera des traces indubitablement, à la mesure de la déception et de promesses qui semblent n’avoir pas été tenues. Le rôle du général Lecointre, nouveau chef d’état-major des armées, s’en trouve singulièrement compliqué, ardu et subtil. Il est attendu désormais par ses troupes. Car, il ne devra pas à leur égard laisser croire qu’il est en phase avec cette mesure restrictive de crédits et d’autres qui pourraient advenir. Il devra se montrer ferme vers l’exécutif, comme l’homme de convictions qu’il est, permet de le supposer. Il devra surtout démontrer à des hauts responsables indifférents à la cause militaire et aux personnels qui la servent, qu’on ne joue pas impunément avec eux, que ce soit par désinvolture, par inculture ou par cynisme. Que les armées restent, quoique certains en pensent, l’ultima ratio regum et que l’heure peut-être approche où elles le manifesteront par nécessité.
(1) Par la mécanique budgétaire "autorisations d’engagement/crédits de paiement (AE/CP)".
(2) A laquelle les armées participent cependant à hauteur d’environ 20 % de son montant.
(3) Anciennement, ministre du budget.

Général d’armée (2s) Jean-Marie Faugère
Publié dans Du côté des élites
Écrit par
En savoir plus... 0
Comment améliorer l'efficacité de la lutte antiterroriste
 
Réalité de la menace
Alors que beaucoup d'observateurs s'interrogent sur ce que va être la politique antiterroriste du nouveau président de la République - lequel, comme son entourage, ne dispose d'aucune expérience en la matière -, quelques remarques s'imposent.
 
Le terrorisme islamique est une menace de long terme. Il est actif depuis le début des années 1990 et rien ne permet de prédire qu'il disparaîtra au cours de la prochaine décennie. Il s'agit donc d'une menace présente pour longtemps encore. Il est essentiel d'intégrer cette temporalité.
Pour mémoire, les Britanniques luttent contre l'IRA depuis 1916 et n'en sont venus à bout que récemment ; les Israéliens sont confrontés au terrorisme palestinien depuis 1948 ; l'insurrection marxiste des FARC en Colombie dure depuis un demi-siècle; etc.
Rappelons qu'Al-Qaïda a déclaré la guerre aux États-Unis en 1996, il y a 20 ans, et qu'en dépit des moyens considérables mis en oeuvre par l'Amérique et ses alliés, ce mouvement n'a pas disparu. Au contraire, la lutte a donné lieu à un accroissement sans précédent des individus et des groupes candidats au djihad, partout dans le monde.
 
Le terreau favorable à ce terrorisme est particulièrement fertile et le restera à moyen-terme : vigueur de l'islam radical soutenu par les monarchies du Golfe persique, chaos des sociétés du monde arabo-musulman, frustration des populations immigrées des pays occidentaux, crise économique rendant leur intégration de plus en plus erratique, sentiment exacerbé de victimisation de la part de certains musulmans, etc.
 
Le danger provient davantage de nos banlieues que de l'étranger. La très grande majorité des auteurs des attentats de 2015 et de 2016 sont des Français, ayant ou non reçu une formation à l'étranger. Nous sommes donc bien face à une problématique de sécurité intérieure.
 
*  Le climat totalement anxiogène dans lequel nous vivons aujourd'hui n'est pas illégitime, mais il est décuplé par la couverture excessive qu'accordent les médias aux terroristes et à leurs actes, leur offrant la publicité qu'ils recherchent.
 
*  Il est légitime qu'une partie de l'opinion s'inquiète des atteintes aux libertés fondamentales en raison des nouveaux pouvoirs accordés aux forces de sécurité au nom de la lutte antiterroriste. Mais, il faut être pleinement conscient que nous sommes dans une situation où le danger est réel. Il est donc essentiel d'agir pour le réduire. Toutefois, nous vivons encore dans un système libéral et démocratique et le danger ne vient pas de la police ou des services de renseignement, mais bien du salafisme et du djihadisme. Il faut que le public sache qu'en l'absence de mesures sérieuses, notre système se renforce moins vite que la menace ne progresse.
 
*  En revanche - et en dépit des attaques dont nous avons été victimes -, des points encourageants existent et méritent d'être relevés.
- Nos pires craintes ne se sont pas réalisées. Il n'y a pas eu de second "11 septembre" et en 15 ans, les terroristes ont pas été en mesure de réaliser d'attentat à l'aide d'armes de destruction massive.
- Bien qu'Al-Qaïda et l'État islamique disposent d'effectifs qu'aucun groupe terroriste n'a eu avant eux, ce ne sont pas devenus des mouvements de masse. En effet, la grande majorité des musulmans du monde exprime une opinion négative à l'encontre des organisations djihadistes.
- La lutte contre le terrorisme a considérablement enrayé le développement de ces groupes, les plaçant sur la défensive et altérant progressivement leurs capacités d'action, notamment par l'élimination de leurs leaders.
- Malgré l'émotion suscitée, en France, par les attentats de 2015 et 2016, le terrorisme islamique représente la plus faible cause de mort violente dans notre pays, très loin derrière les homicides, les accidents de la route et les accidents domestiques.
- Y compris en nombre d'attentats ou de tentatives d'attentat, il se situe loin derrière les actions des séparatistes corses, basques ou antillais, lesquels font en revanche rarement de victimes.
- Si plusieurs centaines de jeunes Français ont rejoint les groupes terroristes, il importe de rappeler que l'immense majorité de notre jeunesse n'a pas été victime de cette attraction.
 
*  La menace principale menace contre notre pays est davantage celle de l'islam radical que celle du terrorisme à proprement parler. La France est le pays de l'Union européenne qui compte la plus forte proportion de musulmans (1)
. Si 90% d'entre eux sont des citoyens respectables pratiquant un islam modéré, une minorité très active, forte de plusieurs centaines de milliers d'individus, a décidé de déstabiliser la République en tentant d'imposer ses règles. Cette population prone un islam archaïque, intolérant, et véhicule un discours de haine qui encourage certains jeunes à rejoindre le djihad.
 
*  En réaction aux attentats terroristes et à la radicalisation rampante de notre société, on observe la montée en puissance de groupes de l'ultra-droite prêts à passer à l'action violente en riposte, ce qui ne ferait qu'aggraver la situation.
 
Les mesures qui s'imposent
Depuis l'apparition de la menace djihadiste (2001) et suite aux attentats de 2015 et 2016, de nombreuses mesures ont été prises par les gouvernement successifs. Mais elles ont été généralement lentes, timides, partielles et sont toujours advenues en réaction à des attaques et jamais par anticipation. Il importe d'aller plus loin et de manière plus énergique.
 
          Une réponse nécessairement globale
La lutte contre le terrorisme ne peut être efficace que si elle couvre un large champ d'action, allant de l'application des lois (code pénal adapté à la situation, état d'urgence) à la formation de la population à la détection des comportements à risque (ce qui n'a jamais été fait, à la différence d'Israel), en passant par le renforcement des services de renseignement, de sécurité et d'enquête judiciaire, comme par celui des forces de sécurité intérieure (gendarmerie, police), qu'il s'agisse de protection ou d'intervention. Il convient également de ne pas oublier l'édiction de nouvelles règles de sécurité (transports, lieux publics, grandes manifestations populaires) et l'indispensable travail en profondeur pour comprendre les ressorts des individus déterminés à passer à l'action (déradicalisation, etc.).
 
          Sur le plan intérieur
- Désigner clairement l'ennemi intérieur. Ce n'est pas l'islam. Ce ne sont pas les musulmans. Ce sont les salafistes, les wahhabites et les Frères musulmans. Ils représentent une véritable cinquième colonne sur notre territoire, infiltrant la société française, notamment la population de confession musulmane. Nous devons les combattre avec la plus grande fermeté :
     . en fermant, tous les pôles de diffusion de l'idéologie islamiste en France (mosquées, associations, centres et librairies radicales) ;
     . en imposant l'interdiction des signes extérieurs du radicalisme en bonne intelligence avec nos compatriotes musulmans. Le niqab et la burqa sont des signes explicites d'affirmation de l'appartenance à ces mouvances fondamentalistes haineuses qui rejettent ouvertement nos valeurs. Comme l'a exprimé Tarik Oubrou, l'imam de Bordeaux, "Quand un habit devient ostentatoire, on n'est plus dans l'éthique, car se montrer pour se montrer, c'est ridicule. L'habit ne fait pas le (la) musulmane".
 
- Développer une véritable stratégie de contre-radicalisation plus appropriée que celle mise en place par le gouvernement début 2015, se caractérisant par une grande naïveté et qui n'a pas atteint ses objectifs. Une telle démarche doit être fondée sur la maîtrise des phénomènes cognitifs et ne se construit pas en dénigrant l'autre, mais en réaffirmant la supériorité de nos valeurs.
 
- Lutter contre la délinquance, car avant d'être des terroristes, les individus qui commettent des attentats prétendument "religieux" sont d'abord des délinquants, ayant presque tous des casiers judiciaires. Ils se sont généralement convertis à l'islam radical en prison afin d'assouvir leurs pulsions de mort. Or, en raison des trafics d'armes qui irriguent les banlieues françaises, ces individus disposent de tout l'arsenal nécessaire pour conduire leurs actions. Ainsi, la délinquance prépare le terrain et l'islamisme rafle la mise.
 
- Procéder à la reconquête sécuritaire, économique et sociale des "territoires perdus", ces zones de banlieue qui échappent à l'autorité et à l'action des forces de l'ordre et des services publics,. Ce sont des espaces « hors droit » dans lesquels délinquance, trafics et islam radical se développent en toute impunité.
 
- Rétablir les contrôles aux frontières pour maitriser notre territoire et gêner la mobilité de terroristes.
 
- Faire appliquer nos lois. En effet, en dépit d'un dispositif législatif assez complet et approprié, tout se passe comme si le principe même d'autorité était tabou et nos dirigeants sont extrêmement réticents à l'appliquer... ce qui affaiblit le pays et démotive les forces de l'ordre. Il revient aux politiques de faire preuve de courage et de donner l'ordre à la police et à la gendarmerie de faire le nécessaire pour faire respecter les lois.
 
- Appliquer les articles du code pénal et du code de sûreté militaire relatifs à la trahison et à l'intelligence avec l'ennemi
(2). En effet, les Français qui ont rejoint Daesh ou Al-Qaïda, ont participé à des actions armées - à l'étranger comme sur sur le sol national - et sont sans aucune ambigüité des traîtres. Ils doivent donc recevoir le traitement réservé aux traîtres.
 
- Accroître les effectifs des services de renseignement et de sécurité qui demeurent insuffisants au regard de la menace. Parallèlement, il convient d'inverser la logique de notre dispositif de renseignement intérieur, qui souffre d'une trop grande centralisation, et d'améliorer la connaissance de l'islam les services, où elle est insuffisante.
 
- Renforcer les moyens et les budgets des forces de l'ordre qui n'ont cessé d'être réduits depuis plus de vingt ans et dégager nos armées des tâches de sécurité intérieure de l'opération Sentinelle. Plus largement, il est grand temps de repenser l'organisation Police/Gendarmerie.
 
- Renforcer davantage la coopération interne, entre les services(DGSE, DRM, DPSD, DGSI), la police, la gendarmerie, les douanes, l'administration pénitentiaire, mais aussi l'administration fiscale et les services sociaux, afin de lutter efficacement contre la rédicalisation et le terrorisme. Veiller à atténuer le dédain manifesté par la DGSI à l'égard des autres services
 
- Accroître le nombre de magistrats spécialisés qui demeure aujourd'hui insuffisant au regard du nombre de procédures en cours.
 
          Sur le plan international
Reconsidérer notre politique étrangère et désigner clairement l'ennemi extérieur et ses soutiens. En effet, nous sommes en pleine contradiction car nous avons découplé la lutte contre le terrorisme de la lutte contre le salafisme, le wahhabisme et l'idéologie des Frères musulmans qui le nourrissent. Nous conduisons une politique étrangère irresponsable en nous alliant à des Etats qui soutiennent l'islamisme et le terrorisme (Arabie saoudite, Qatar, Turquie, etc.), nous privant de ce fait d'une relation avec des services syriens qui nous serait d'une grande aide pour endiguer les actions des djihadistes de retour sur notre sol. Une remise en cause de nos relations diplomatiques avec ces Etats est indispensable. Sans un changement majeur de notre politique étrangère, il n'y aura guère d'évolution possible.

                                                                                                        *

La menace terroriste islamiste s'est installée durablement. C'est une triste réalité qu'il convient d'accepter.Quelle que soit l'importance des moyens attribués à la lutte antiterroriste, il est et restera impossible d'empêcher tous les attentats, ainsi qu'en témoignent les exemples des Etats-Unis ou d'Israël. De plus, à ce jour, il n'existe pas de méthode ni d'arme magique contre cette menace. D'ou l'importance de tenir un discours clair aux Français afin d'accroître la résilience de notre société.
Mais cela ne signifie nullement que nous soyons démunis face à cette menace. Rappelons que, confrontée à la menace anarchiste de la fin du XIXe siècle, la Troisième République avait réagi de manière extrêmement énergique en décrétant et en faisant appliquer des lois - qualifiées de "scélérates" par ceux qui en furent, à juste titre, les victimes - qui ont été la clé de son succès.
C'est la raison pour laquelle il nous faut réagir sans attendre, car les mesures décidées aujourd'hui mettront plusieurs années avant de porter leurs fruits, nous plaçant, durant cette période, en situation de vulnérabilité accrue. La lutte antiterroriste un combat permanent et global, qui nécessite réalisme et constance, détermination et mesure.
 

(1) 10 à 12%. Elle n'est devancée que par la Bulgarie (7 millions d'abitants) dont près de 30% de la population est d'origine turque et musulmane.
(2)
Code de justice militaire, art. L331-2 : "Le fait, en temps de guerre par tout Français ou tout militaire au service de la France, de porter les armes contre la France constitue un acte de trahison puni de le réclusion criminelle à perpétuité et de 750 000 euros d'amende".
Code pénal, De la trahison et de l'espionnage, art. 411-4 : "Le fait d'entretenir des intelligences avec une puissance étrangère avec une entreprise ou organisation étrangère ou sous contrôle étranger ou avec leurs agents, en vue de susciter des hostilités ou des actes d'agression contre la France, est puni de trente ans de détention criminelle et de 450 000 euros d'amende. Est puni des mêmes peines le fait de fournir à une puissance étrangère, une entreprise ou une organisation étrangère ou sous contrôle étranger ou à leurs agents les moyens d'entreprendre des hostilités ou d'accomplir des actes d'agression contre la France".

Paru sur www.cf2r.org, juin 2017
 
Publié dans En France
Écrit par
En savoir plus... 0
Chute record de popularité : est-ce vraiment "normal" ?
 
Le président de la République connaît une chute record de sa popularité (-10%), de 62% à 52% en un mois selon VSD, c’est-à-dire encore plus forte et plus spectaculaire que celle de tous les anciens chefs de l’Etat avant lui. M. Hollande affirme que le phénomène est "inévitable". Pour la plupart des commentateurs, les choses sont "normales". A mes yeux, cette banalisation est au contraire inacceptable.  Elle marque le début d’une débâcle déjà annoncée depuis déjà longtemps. Elle est le signe d’un monstrueux dévoiement des institutions de la République, qui s’accélère de décennie en décennie et précipite la vie politique dans un abîme d’impuissance.
Le chef de l’Etat est en principe élu par le peuple sur un acte de confiance et d’adhésion. Il est l’homme du destin. Dès lors que la confiance s’effondre juste après avoir été accordée, les Français sont victimes d’un dol comme disent les juristes. En principe, le rôle du président est d’incarner le pays, son avenir, sa grandeur, son prestige international, sa sécurité, son destin, dans un esprit d’unité, de sagesse et de vision, de lui donner un cap. C’est cela un chef de l’Etat et rien d’autre. Son premier devoir est d’être populaire, c’est-à-dire reconnu et source d’estime et de confiance. Un président malaimé, voire rejeté par le peuple est le signe d’une rupture de la confiance. Il revient en revanche au Premier ministre et à son gouvernement de définir, d’exprimer, de mettre en œuvre et d’assumer une politique, donc l’impopularité, avec le soutien et sous le contrôle de l’Assemblée nationale. D’où la distinction entre les fonctions de chef de l’Etat et de Premier ministre ou de gouvernement, vitale pour le bon fonctionnement de la politique nationale.
 
Mais tout se mélange, tout se confond dans le grand faisceau d’une surexposition médiatique et un étrange courant de bêtise et d’inculture politique notamment dans les plus hautes sphères de l’Etat. Le régime de culte de la personnalité dont la France s’enivre, la France médiatique, politique, élitiste, cette idée qu’un reflet médiatique, l’image du visage d’un homme concentre à elle seule l’ensemble de la responsabilité publique est la porte ouverte vers l’impuissance, l’humiliation et la déchéance. Elle a l’avantage de la facilité, de la simplicité, mais relève de la plus totale illusion : dans nos société complexe, un seul homme ne maîtrise presque rien. Elle donne l’illusion de l’autorité et de l’efficacité. Mensonge grossier et vulgaire : en précipitant le visage, censé incarner le pouvoir, dans un abîme d’impopularité (censé être responsable de tout), elle condamne la politique française à la défiance, au dégoût, au rejet populaire, donc inévitablement à la crise d’autorité et de confiance et au gouffre de l’échec permanent. Le même passage de l’idolâtrie hébétée au statut de bouc émissaire national se reproduit, de présidence en présidence, désastreux pour le moral des Français et l’autorité de l’Etat, dans l’aveuglement général… Une lueur de lucidité peut-elle un jour jaillir de quelque part ?

Paru sur maximetandonnet.wordpress.com, 23 juillet 2017
Publié dans Du côté des élites
Écrit par
En savoir plus... 0
Les trois techniques d’investissement
Dans le fond, il n’y a que trois façons de gagner de l’argent.
La première consiste à acheter un actif quand il n’est "pas cher" et à le vendre quand il est "cher". En termes techniques, on appelle ca "jouer le retour a la moyenne". L’un des bons exemples de cette façon de procéder consiste à comparer les performances historique du ratio entre les indices des bourses françaises et américaines, dividendes réinvestis et dans la même monnaie.

 


Les marchés financiers servent à mesurer la rentabilité du capital investi à tout moment. Sur le long terme, la rentabilité des sociétés françaises et américaines doit être la même et donc le ratio ne peut pas avoir de tendance, sinon, en l’absence de contrôle des changes, tout le capital disponible irait dans le pays à la plus forte rentabilité, ce qui ferait monter le taux de change du pays le plus profitable et donc ferait baisser la rentabilité du capital dans ce pays.
Comme on le voit, depuis 1970 le ratio des indices des deux marchés n’a en effet aucune tendance (ligne jaune qui est parfaitement horizontale)… ce qui n’empêche pas  le ratio des indices (ligne noire) de s’écarter massivement de la moyenne de temps en temps, pour des raisons en générale politiques comme en 1981 ou en 2016. Ce sont ces écarts dus à des paniques qu’il faut savoir utiliser à bon escient…
Par exemple, en ce qui concerne le dernier cycle, en 2008-2009, il fallait acheter la bourse américaine et vendre la bourse française, pour jouer le retour à la moyenne. Depuis le début de 2017, il fallait faire le contraire, vendre les USA et acheter la France.
En fait, depuis 1970, il y a eu sept grandes occasions d’acheter la France en vendant les USA et six occasions de faire le contraire, c’est-à-dire une occasion d’arbitrer à peu près tous les quatre ans.
 
La deuxième façon de gérer son argent est elle aussi très connue et consiste à "suivre le mouvement" : si "ça" monte j’achète, si "ça" baisse, je vends. Pour déterminer le sens du mouvement, les partisans de cette méthode utilisent des concepts tels celui de la moyenne mobile. Prenons l’or par exemple pour lequel il est difficile de faire une analyse objective de ce que serait sa valeur intrinsèque et comparons son cours journalier avec sa moyenne mobile à quatre ans par exemple.

 
 
Le raisonnement est simple : si le cours de l’or est inférieur à sa moyenne mobile à quatre ans (pourquoi quatre ans ? parce qu’historiquement, c’est ce qui a marché le mieux et donné le moins de faux signaux), l’or est structurellement orienté à la baisse et ce n’est pas la peine d’en avoir. Dans le cas contraire, en avoir peut se justifier. Il est intéressant de constater que le cours est aujourd’hui à 1241 $ par once et la moyenne mobile à 1245 $, soit a 4 $, ce qui n’est rien. La période négative pour l’or qui avait commencé en Décembre 2012 est peut être en train de toucher à sa fin… Et comme le dollar baisse…
A surveiller, de près… Ceux qui suivent cette technique n’achètent jamais au plus bas mais ne se font que très rarement prendre dans des énormes gamelles.

 
La troisième façon de gagner de l’argent en bourse est d’emprunter à un taux bas pour acheter quelque chose qui rapporte plus. Par exemple, j’emprunte à 2 % auprès de ma banque pour acheter une action qui me donne un dividende de 4 %… C’est de loin la technique la plus dangereuse tant la dette est certaine et le dividende incertain (il peut être supprimé à tout moment). Mon expérience personnelle a été qu’il est très difficile de s’enrichir avec l’argent des autres. Je déteste la dette, je dois le confesser, tant la dette est une atteinte à ma liberté individuelle. Pourtant, c’est cette technique que les banques centrales ont favorisé massivement depuis 2002 en maintenant des taux très bas, qui bien sûr n’ont en rien favorisé la croissance économique mais ont certainement aidé les riches à devenir plus riches, puisque que comme tout un chacun le sait, les banques ne prêtent qu’aux riches… et les banques centrales sont elles bien embêtées : si elles retirent maintenant leur soutien aux marchés, ils risquent de se casser la figure. Et si elles ne le retirent pas, des émeutes sont à craindre et ils risquent d’être pendus.
 
Le lecteur aura compris qu’en ce qui me concerne, je suis instinctivement un partisan de la première méthode et que je n’hésite pas à utiliser la deuxième pour affiner mon "timing". Le lecteur aura compris aussi que j’ai la plus grande répugnance à utiliser la troisième tant l’idée de m’endetter me rend mal  à l’aise. Un vieux fond paysan sans doute…
En ce qui concerne son portefeuille, le lecteur aura compris que le conseil de sortir des Etats-Unis pour investir ailleurs reste valable et que le moment de surveiller le cours de l’or, à tout hasard, est sans doute arrivé. Tout mouvement de hausse du métal jaune à partir du cours d’aujourd’hui déclencherait en effet un signal d’achat que chacun décidera de suivre -ou de ne pas suivre- selon qu’il est un "momentum player" ou pas…

La deuxième question qu’il nous faut maintenant traiter est : quels sont les actifs qu’il faut acheter parce qu’ils sont très en dessous de leur valeur théorique et quels sont ceux qu’il faut vendre.
A l’achat sur les monnaies je ne trouve guère que le yen et un peu moins la livre sterling. En ce qui concerne les marchés obligataires, à l’achat, je mets la Russie, l’Inde, l’Indonésie. En ce qui concerne les marchés des actions, toujours à l’achat, à peu près tout sauf les USA et l’Allemagne, avec une préférence pour les exportatrices en Grande-Bretagne, l’Asie du Nord et du Sud Est et le Japon.
En ce qui concerne les placements à éviter à tout prix : toutes les obligations de la zone euro qui n’offrent plus aucun rendement et souffrent même de rendements négatifs ici ou là, et en plus dans une monnaie qui n’est plus sous-évaluée depuis sa hausse récente.
Pour les actions américaines, sans être exagérément négatif, je préfère être ailleurs.
Passons au momentum.
En ce qui le concerne la plupart des marchés sont bien orientés et n’apparaissent pas dans une situation très dangereuse, quoique ces choses-là puissent se retourner très rapidement.

Et enfin, pour ceux intéressés par les techniques de portage (carry trade), les marchés les plus vulnérables sont sans doute les obligations de sociétés aux USA tant de nombreux fonds spéculatifs voir même des particuliers ont massivement emprunté pour toucher un rendement supérieur au cout de l’emprunt. Si tout le monde veut sortir à la fois, la porte risque d’être étroite et ce d’autant plus que les grandes banques centrales semblent vouloir arrêter les distributions d’argent gratuit

Conclusion
Préférez les actions en dehors des USA, sauf en Allemagne, ayez vos obligations en Asie tout cela n’est pas bien neuf. La seule addition consiste à surveiller le cours de l’or qui offre une configuration technique intéressante en ce moment Je n’aime pas l’or, mais s’il se met a monter, je ne vois pas pourquoi je ne devrais pas participer.
Bonne chance et n’oubliez jamais que la première position que vous devez vendre sera celle qui vous empêche de dormir parce que vous avez déjà trop perdu.
Vous gérez un bilan et non pas un compte d’exploitation. Vendez à perte si nécessaire vos mauvaises décisions. Gardez le reste

Paru sur Institut des Libertés, juillet 2017
Publié dans A tout un chacun
Écrit par
En savoir plus... 0
Les tarifs réglementés du gaz et de l’électricité
 
Le Conseil d’État, saisi par l’association Anode qui regroupe les fournisseurs de gaz concurrents d’Engie (la société qui a pris la suite de Gaz de France), lui a donné raison : le maintien de tarifs réglementés pour le gaz naturel par le décret du 16 mai 2013 est contraire au droit européen, et de ce fait ce décret est annulé. Sachant que ce texte ne couvre que la période allant de sa publication à fin 2015, et que le Conseil d’État n’oblige pas Engie à revoir rétroactivement les contrats et à rembourser une partie des sommes encaissées, la décision est en elle-même platonique : la haute juridiction a sagement jugé que "l’incertitude grave qu’aurait fait naître l’annulation [des contrats Engie à tarif réglementé] sur la situation passée de plusieurs millions de consommateurs" excluait une telle révision. Les tarifs réglementés actuels, relevant d’un autre décret, ne sont pas davantage révisables.
Cette forte dépense d’énergie judiciaire, sans déboucher sur des corrections pour ce qui est du passé, met pour l’avenir les pouvoirs publics français au pied du mur : il va leur être difficile de persévérer dans la voie des tarifs réglementés. Cela pose la question : le passage à une tarification de marché, fluctuante comme un indice des prix de marché du gaz, est-il une bonne chose ?
 
Contrats à long terme versus achats au coup par coup
Il existe deux façons de s’approvisionner en gaz : les contrats à long terme, généralement conclus "de gré à gré" entre un producteur et un gros acheteur ; et les achats au coup par coup, qui passent le plus souvent par un intermédiaire de marché. Les contrats à long terme permettent aux producteurs, aux livreurs-vendeurs (dont Engie) et aux consommateurs de sécuriser débouchés, approvisionnements et prix pour plusieurs années. Rendre obligatoire les achats au coup par coup rend impossible cette relative stabilité des prix : si le prix du gaz à la production s’envole, les livreurs-vendeurs doivent répercuter cela dans leurs tarifs ou subir des pertes ; et si ce prix chute, ils sont contraints par la concurrence de diminuer les tarifs sur la base desquels ils s’efforcent de fidéliser et d’augmenter leur clientèle.
En recourant à des contrats à long terme, producteurs, livreurs-vendeurs et utilisateurs bénéficient donc d’une assez bonne stabilité des prix sur des périodes de quelques années. Bien entendu, les prix sont amenés à changer de temps à autre, parce que les coûts de production évoluent au fil des ans ; mais ces changements sont beaucoup moins fréquents que ceux des prix de marché qui évoluent de minute en minute.
Des modifications minimes au niveau de la production, de la consommation, et des anticipations des agents peuvent engendrer des variations immédiates et importantes des prix sur les marchés "spot", ceux où l’on conclut des ventes pour livraison rapide, et plus encore sur les marchés à terme et les options. Ces marchés de contrats souvent alambiqués sont généralement présentés comme permettant de réduire l’incertitude concernant les achats futurs, mais en fait ils produisent eux-mêmes une grande partie des risques contre lesquels ils offrent une protection, car ils se prêtent merveilleusement à la spéculation. L’organisation et le fonctionnement de ces marchés mobilise en pure perte des ressources humaines et technologiques très importantes.
 
Industriels versus marchands
Les contrats à long terme peuvent comporter des clauses d’ajustement : l’acheteur peut par exemple se faire accorder la possibilité d’obtenir des livraisons supplémentaires ou de réduire ses achats ; le vendeur peut obtenir des clauses de modification des prix dans certaines circonstances. Mais cette souplesse, indispensable puisque tout ne peut pas être prévu des années à l’avance, intervient dans le cadre d’un partenariat durable. Certains mois, le producteur livrera du gaz à des conditions moins rémunératrices que celles du marché spot, mais d’autres fois il recevra davantage : l’important est que, sur la durée, son activité soit rentable.
Avec les achats et ventes au coup par coup, la volatilité est beaucoup plus importante, et il n’y a pas de coopération entre partenaires : il existe un prix pour chaque transaction, et les prix peuvent varier très rapidement, en fonction de l’offre et de la demande qui sont pour une part importante spéculatives. En l’absence d’ajustements de type partenarial entre acheteurs et vendeurs ayant noué des relations à long terme, les contrats se succèdent à des prix qui peuvent évoluer très rapidement. Les échanges sont de type bousier : beaucoup d’acteurs achètent, non pas pour se servir du gaz dont ils deviennent ainsi propriétaires, mais pour le revendre avec une plus-value, si possible rapidement et sans en prendre livraison. Les opérations à terme, les "produits dérivés", se multiplient. Aux industriels qui achètent des options d’achat pour sécuriser leur prix de revient s’ajoutent non seulement des producteurs qui font l’opération réciproque (vente d’options d’achat, ou achat d’options de vente), mais aussi des financiers qui achètent et vendent des produits dérivés uniquement pour retirer des bénéfices de ce commerce.
Les acteurs de marché qui se comportent en financiers, et non en industriels, ont intérêt à ce que les transactions se réalisent le plus possible par leur intermédiaire, puisqu’ils en vivent ; ils cherchent donc à mettre des bâtons dans les roues des contrats à long terme. Pour ce faire, ils ont trouvé des alliés dans les politiciens et hauts fonctionnaires européens, qui ne jurent que par les marchés. L’Union européenne est devenue l’une des trois ou quatre grandes prêtresses de la religion du "tout marché", dont le dogme principal est que l’échange marchand doit occuper la totalité de la sphère de l’échange.
La réglementation européenne qui a permis à l’Anode d’attaquer en justice Engie, ex Gaz de France, est typique de ce refus d’accepter des échanges basés sur une coopération à long terme entre producteurs et distributeurs, échanges qui permettent aux consommateurs de bénéficier de prix assez stables. La période est propice, puisque les prix de marché du gaz sont bas, si bien que les distributeurs qui ne sont pas engagés dans des contrats d’approvisionnement à long terme peuvent vendre moins cher qu’Engie – pour peu qu’ils puissent utiliser son réseau de distribution.
 
Le monopole du marché est inefficace et inique
En effet, les sociétés qui vendent du gaz aux ménages français sont autorisées à se comporter comme les coucous qui, dit-on, au lieu de se construire des nids, utilisent ceux des autres oiseaux. Sans canalisations, la vente de gaz est limitée aux bonbonnes et au remplissage de réservoirs – qui ne vont pas sans poser quelques problèmes, de place et de sécurité. Le réseau existe, c’est celui de GDF, et il s’agit là d’un monopole naturel qui, moyennant une surveillance des prix par les pouvoirs publics (les fameux "tarifs réglementés"), fonctionne assez bien. Ce monopole naturel ne pouvait être battu en brèche que par un monopole artificiel, celui du marché, auquel il va devenir obligatoire de recourir. Si l’on en croit Les Echos du 20 juillet, l’un des ministres concernés, Nicolas Hulot, en a déjà pris son parti, disant à une audition au Sénat : "il faudra se plier aux injonctions de Bruxelles concernant les tarifs de gaz et d’électricité".
Les marchés constituent une forme d’échange intéressante, la plus efficace dans bien des cas, mais il n’existe aucune raison valable pour que les pouvoirs publics se fassent leurs promoteurs au détriment des autres formes d’échange. En agissant ainsi, nos gouvernants oublient un principe plus important, qui est la concurrence. Les formes non marchandes de l’échange doivent pouvoir concurrencer le marché à armes égales. L’État a certes à de nombreuses reprises, par le passé, abusé de son pouvoir pour limiter l’extension des marchés, mais ce n’est pas une raison pour qu’il commette maintenant l’injustice diamétralement opposée. Certains monopoles sont justifiés ; nous y perdrons s’ils sont supprimés sans autre raison que la propension des hommes politiques à enfourcher des dadas auxquels l’onction bruxelloise donne un label politiquement correct.

Envoyé par l'auteur, 24 juillet 2017
Publié dans A tout un chacun
Écrit par
En savoir plus... 0

Le crépuscule des néoconservateurs

CHRONIQUE -
Les États-Unis, la France et le Royaume-Uni ne veulent plus faire la guerre au nom de la démocratie aux quatre coins du monde.

Aussi curieux que cela puisse paraître, le mouvement néoconservateur - qui met la démocratie au-dessus de la paix -, né en Amérique en même temps que le reaganisme et sa lutte contre "l'Empire du Mal", a eu pour père spirituel un ancien militant trotskiste, William Kristol. Et son premier parrain politique, le sénateur Jackson, est venu du Parti démocrate. En 1996, Bill Kristol et Robert Kagan affirment, dans un article intitulé "Vers une politique étrangère néoreaganienne", que "les buts moraux et les intérêts nationaux fondamentaux de l'Amérique sont presque toujours en harmonie". Cette réapparition de la morale en politique étrangère vient détrôner la doctrine Kissinger, qui privilégiait jusque-là l'impératif de la paix, toujours fondée sur la diplomatie classique et le maintien de l'équilibre des forces.

En 1997, les néoconservateurs Bill Kristol, Richard Perle et Paul Wolfowitz créent le "Project for the New American Century", destiné à maintenir l'hégémonie américaine sur la planète en empêchant l'émergence de toute puissance rivale et à créer un nouvel ordre mondial fondé sur le consensus moral, quitte à multiplier les interventions militaires en organisant des coalitions ad hoc. C'est le retour d'un wilsonisme particulier, le "wilsonisme botté", pour reprendre la brillante formule de Pierre Hassner.
Aux côtés de ces intellectuels figurent des hommes politiques du Parti républicain comme
Donald Rumsfeld et Dick Cheney. Cette génération et ces idées seront propulsées au sommet de l'exécutif américain lorsque arrive à la Maison-Blanche, en janvier 2001, George W. Bush (qui ne partage pas les vues metternichiennes ou kissingériennes de son père). Mais elles se seront déjà manifestées dans le passage de Madeleine Albright au Département d'État, qui n'a que mépris pour le vieux système onusien interdisant l'ingérence des puissances dans les affaires intérieures des États membres. L'intervention militaire unilatérale de l'Otan au Kosovo foule-t-elle aux pieds la charte de l'Otan (purement défensive) et celle de l'ONU (qui exige un accord du Conseil de sécurité avant de lancer une guerre)? En vraie néoconservatrice qu'elle est, Madeleine Albright n'en a cure, qui souhaite faire prévaloir dans les Balkans sa conception de la justice.

Ce messianisme démocratique se retrouve dans les deux longues guerres que lancera George W. Bush. Je ne compte pas parmi elles la première guerre d'Afghanistan, qui est imposée au président américain par les attentats du 11 septembre 2001: le 7 octobre la guerre commence contre le régime des talibans, qui est chassé de Kaboul le 13 novembre. Ivres d'un succès aussi rapide, les Occidentaux qui organisent une grande conférence sur l'avenir du "Royaume de l'Insolence" à Francfort le 5 décembre 2001, promettent de reconstruire, de démocratiser et de développer l'Afghanistan. Ils confient cette tâche aux soldats de l'Otan, oubliant que le paysan afghan n'a jamais aimé croiser sur ses terres des soldats étrangers en armes. Plutôt que fonder le nouveau pouvoir sur la Loya Jirga (assemblée traditionnelle des chefs de tribu et des oulémas), on prévoit une élection du président au suffrage universel, dans un système à deux tours, qui ne fonctionnera jamais…
C'est le même messianisme démocratique qui fonde l'invasion militaire de
l'Irak de Saddam Hussein en mars 2003: les néoconservateurs siégeant autour de Bush nous expliquent qu'ils vont créer un "Grand Moyen-Orient démocratique", lequel engendrera mécaniquement la paix entre Israël et ses voisins arabes.
L'enlisement de l'Otan en Afghanistan et l'extraordinaire chaos créé en Mésopotamie par l'intervention militaire anglo-saxonne vont sonner le glas de la pensée néoconservatrice aux États-Unis. En adressant un message d'ouverture au peuple iranien et au gouvernement des mollahs deux mois après son investiture, le président Obama montre qu'il n'a strictement rien d'un néoconservateur.
Mais, entre-temps, l'école néoconservatrice américaine a fait des émules en Europe. Au Quai d'Orsay, sous les mandats Sarkozy et Hollande, le réseau des néoconservateurs est devenu si puissant et si bien organisé que leurs collègues diplomates l'appellent désormais "La Secte".

La pensée néoconservatrice, c'est-à-dire la soumission de la politique étrangère à une vision moraliste du monde, va être à l'origine de
la destruction par la France en 2011 du régime Kadhafi en Libye, et de la rupture des relations diplomatiques avec la Syrie en 2012. Notre wilsonisme botté va atteindre un sommet en 2013, lorsque la DGSE livre des armes aux "rebelles modérés" de l'Armée syrienne libre (lesquelles se retrouvent très vite aux mains d'al-Qaida, soit vendues, soit saisies), puis lorsque le président Hollande annonce qu'il va faire la guerre au régime de Bachar al-Assad, avant de renoncer à cause du lâchage des alliés britannique et américain.
Aujourd'hui, la doctrine néoconservatrice a sérieusement du plomb dans l'aile, à Washington, à Londres, à Paris. Les trois puissances occidentales capables moralement et matériellement de se battre outre-mer ne sont plus disposées à le faire que contre leur ennemi principal, c'est-à-dire contre le djihadisme islamiste, qui tue leurs enfants, dans leurs rues. Elles ne veulent plus faire la guerre au nom de la démocratie aux quatre coins du monde. Elles ont renoncé au rêve des néoconservateurs qui, sans en avoir forcément conscience, avaient renoué avec la "mission civilisatrice de la colonisation", chère à Jules Ferry. Elles veulent revenir à la diplomatie classique, qui ne soumet pas le dialogue à la vertu de l'interlocuteur. Elles veulent défendre leurs intérêts, ainsi que la paix dans le monde, à laquelle elles accordent un statut d'intérêt suprême.
Emmanuel Macron n'a pas plus d'affinités électives avec Bachar al-Assad que n'en avait François Hollande. Mais il pense, à raison, que tout processus de paix en Syrie excluant Bachar n'a aucune chance d'aboutir. Et qu'en diplomatie, il faut faire passer l'efficacité avant la leçon de morale.
Paru sur Figarovox, 17 juillet 2017

Publié dans De par le monde
Écrit par
En savoir plus... 0

Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.

Top Desktop version