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Le débat indigne
 
D’après les comptes rendus et les extraits du débat aperçus ce matin, sa nullité dépassait semble-t-il mes pires attentes exprimées dans mon billet d’hier sur le "faux débat" : le pire débat de l’histoire de la Ve République. Même les éditorialistes le reconnaissent ! Mais cela n’a rien d’un hasard et marque le paroxysme de la désintégration de la politique française. Quand il ne reste plus rien, dans le grand chaos mental, de l’esprit civique, de la culture politique, de l’intelligence, du sens de l’honneur, de la moindre des corrections, nous sombrons dans la bataille de chiffonniers. Le débat indigne ne faisait que refléter la médiocrité intrinsèque des deux protagonistes face à face. Tous deux, noyés dans l’agressivité, la haine, les détails, n’ont strictement rien de la stature présidentielle qui implique de la sagesse, de l’expérience, de la hauteur, une vision de l’histoire et de l’Etat.
 
Cette émission de télé-spectacle était le résultat de longues années de conditionnement médiatique. Il n’est pas question à mes yeux de "complot" ourdi sciemment par les hauts responsables médiatiques qui se réuniraient secrètement pour accomplir un projet. Mais le résultat est le même. Un esprit de conformisme, de mimétisme et d’impératif moral qui souffle sur la France d’en haut et pousse le pays, à travers une propagande insidieuse, une pression subliminale, dans une direction unique. Il consiste à imposer à la France, à travers une surreprésentation médiatique, un parti "maudit" du fait de son histoire, de son identité, de son essence même, qui sert ainsi à diaboliser toute idée, toute position dissidente, sur l’Europe, sur l’autorité, sur l’Etat, sur les frontières en absorbant comme un  trou noir toute esquisse de rébellion pour la noircir en la "lepénisant". Et en parallèle, cette même France d’en haut pousse avec une puissance et une efficacité vertigineuse un candidat sorti de presque rien, inexpérimenté, jamais élu, parfaitement transparent et télégénique, incarnation même de la pensée médiatique dominante dans tous les domaines, économie, Europe, migration, frontières…
 
L’affrontement caricatural d’hier soir n’était rien d’autre que le résultat de ces années, décennies de propagande du parti des médias. Il exprime un infini mépris de la France dite d’en haut envers la France dite d’en bas, et l’effondrement démocratique dès lors que ce scrutin, trafiqué de bout en bout, ne laisse strictement aucun doute quant à son résultat. Il est annonciateur du grand chaos qui approche à grand pas. La résistance à ce processus de nature totalitaire passe en un premier temps par le recul, la réflexion collective, le dialogue entre des Français qui ne s’en laissent pas conter et gardent l’esprit critique. Et ils ne sont hélas pas si nombreux…

maximetandonnet.wordpress.com, 4 mai 2017
Publié dans Du côté des élites
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Le Système ébranlé
 
La stratégie de la diabolisation, dont abuse l’unanimisme médiatique, est un trompeur confort intellectuel. Il laisse croire que le Système, forcément vertueux, reste exemplaire. En réalité, il est ébranlé par un électorat populaire en rébellion contre les abus élitaires. Beaucoup sont ceux qui ne répondent plus aux sommations moralisatrices. Les militants de La France insoumise, le mouvement de Mélenchon, ont rappelé cette révolte, mardi, en refusant de cautionner les appels paniqués à voter Macron. L’Église aussi a choisi de ne pas prendre parti. Le président de la Conférence des évêques de France, Mgr Georges Pontier, a dénoncé mercredi un climat "hystérisé". C’est sous de telles menaces qu’il est devenu impossible d’aborder les sujets interdits. Et l’erreur du leader d’En marche ! a été de tomber dans ce piège, qui force à avancer les yeux clos.
C’est ainsi que Macron n’ose dénoncer, dans l’islam colonisateur, le véritable ennemi qui se répand dans les cités. Pressé par Le Pen, il a confirmé son ambiguïté. Laisser croire que l’antisémitisme se serait figé dans les rangs du FN occulte la nouvelle haine antijuive et antifrançaise qui s’étale. Le Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif), qui soutient Macron, avalise cette lecture qui s’appuie pour l’essentiel sur les fantômes de l’histoire. Les Juifs, qui, en France, sont prioritairement pris pour cibles le sont par des islamistes, qui n’ont retenu du Coran que ses impératifs guerriers. Ce sont eux qui tuent aussi les mécréants, y compris des musulmans. Quant aux "antifascistes", issus de l’extrême gauche, ils transforment des policiers en torches vivantes, comme cela s’est produit à Paris le 1er mai, lors d’une manifestation anti-Le Pen. Faudrait-il s’y habituer ?

La société civile en recours
L’insurrection du peuple ne s’éteindra pas dimanche soir. Quel que soit le vainqueur, sa faible assise électorale lui interdira d’en faire à sa guise. Au premier tour, Macron n’a obtenu que 18,9 % des inscrits, et Le Pen moins encore bien sûr. Il est vain de penser présider seul la France en colère. L’alliance des intelligences est plus que jamais nécessaire. C’est pourquoi la société civile doit se tenir prête à pallier les insuffisances d’un monde politique en déclin. Tout reste à inventer.

Paru dans Le Figaro, 5 mai 2017
Publié dans En France
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Quand Nicolas Dupont-Aignan se fait l’élève de François Mitterrand…
 
Le PS n’est pas le seul mort du premier tour. Les Républicains ne sont pas en meilleur état. Mais cela se voit moins. Le cadavre bouge encore. Il parle, il pérore, même. Il prépare les législatives. Il enjambe la présidentielle. Il revendique une cohabitation. François Baroin se voit déjà Premier ministre. C’était déjà le cas avec Sarkozy, puis Fillon. Mais il n’est pas le seul cette fois-ci. Bruno Le Maire, Xavier Bertrand aussi. Et pourquoi pas Nathalie Kosciusko-Morizet si Macron veut une femme ? Laurence Parisot, l’ancienne patronne du Medef, se pousse bien du col !
Mais tous ceux-là sautent une étape. Celle de la cohabitation et du parti Les Républicains. Leurs ralliements sont individuels. Ils se feraient dans le cadre d’une coalition qui rassemblerait le centre-droit et le centre-gauche. Une sorte d’ouverture à l’envers. Le rêve des élites européistes depuis trente ans !
Et puis, il y a Laurent Wauquiez. Lui ne se voit pas en Premier ministre de Macron mais en chef de parti de l’opposition. Un classique. Comme Chirac avec Mitterrand. Comme Sarkozy avec Hollande. Trop classique. Les partis traditionnels sont morts, car l’immense classe moyenne à laquelle ils s’adressaient (les fameux "deux Français sur trois" de ­Giscard) a disparu. Désintégrés par la mondialisation. Eparpillés façon puzzle.
 
C’est la grande leçon de cette élection que Wauquiez n’a pas voulu tirer. Nicolas Dupont-Aignan l’a fait pour lui. Avant lui. Mieux que lui. En se ralliant à Marine Le Pen, le leader de Debout la France a osé ce qu’aucun leader de droite n’avait osé depuis trente ans. Ni Chirac, ni Séguin, ni Sarkozy. Il a osé ce que Mitterrand avait fait en 1972 en pactisant avec un Parti communiste alors dominant à gauche. L’objectif mitterrandien était double : donner une issue politique à l’électorat populaire enfermé dans le ghetto communiste par l’alliance avec les classes moyennes ; les habituer à voter socialiste pour plumer la volaille communiste. Les deux objectifs ont été remplis et ont permis à Mitterrand d’entrer à l’Elysée en 1981.
En obtenant la mise au frigidaire de la sortie de l’euro, Nicolas Dupont-Aignan a peut-être déclenché la grande transhumance de l’électorat de Fillon vers celui de Marine Le Pen. Le gros des électeurs des Républicains est en effet d’accord avec le Front national sur l’immigration, l’islam et la laïcité. Seules les questions économiques et monétaires le retiennent encore de franchir le Rubicon. Alors, la coupure - lancinante depuis des années - entre une base (de plus en plus) à droite et des chefs (de plus en plus) au centre deviendrait irrémédiable séparation. Et le parti des Républicains serait transformé en groupuscule.
 
Chacun des élus de droite devrait se recaser en fonction de ses convictions et de ses intérêts : les uns rejoignant les socialistes chez Macron ; les autres demandant l’asile politique à Dupont-Aignan. C’est pour cette raison sans doute que les insultes les plus violentes contre ce dernier sont venues de ses anciens amis de droite, les uns le comparant à Laval, les autres à Pétain. Comme s’ils lui en voulaient et s’en voulaient d’avoir fait ce qu’ils n’avaient jamais osé faire.

Paru dans Le Figaro Magazine, 5 mai 2017
Publié dans Du côté des élites
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Tout est à reconstruire. Tout commence
 
Cette élection présidentielle laissera à des millions de Français le sentiment amer d’un rendez-vous manqué ; et cet échec est lourd de conséquences. Alors que notre pays, pourtant riche d’un potentiel exceptionnel, traverse une crise qui touche aujourd’hui toutes les dimensions de notre vie collective, il était plus nécessaire que jamais d’aboutir à un choix clair, assumé, et rendu légitime par un vrai débat de fond. C’est ce cap cohérent qui a tant manqué à la France depuis cinq ans. Pouvions-nous nous offrir le luxe d’un nouveau choix grevé d’ambiguïtés ? C’est pourtant ce qui vient d’arriver. Emmanuel Macron va emporter cette élection présidentielle en ayant essayé jusqu’à un mois avant le vote de ne pas présenter de projet, remplaçant l’exigence démocratique de clarté et de transparence par une stratégie marketing qui disait tout et son contraire à toutes les clientèles possibles : la France est coupable de crimes contre l’humanité, mais en même temps ils ont eu des aspects positifs ; M. Saou est un islamiste radical, mais en même temps c’est quelqu’un de très bien ; il faut promouvoir la culture française, mais en même temps elle n’existe pas ; il faut plus de protection sociale, mais en même temps moins de charges… A quelques jours du premier tour, dans une triste comédie, les partisans de M. Macron scandaient ce "en même temps", devenu symbole des séductions contradictoires par lesquelles ils avaient été attirés, et que notre pays va maintenant payer au prix fort par la colère et la frustration qu’elles ne manqueront pas de susciter à l’inévitable épreuve du réel.
 
A rebours de ces calculs, la droite avait vécu une expérience forte de clarification politique, à travers une primaire dont le débat avait suscité une très large participation. Elle était prête à contribuer à cette élection présidentielle en proposant un projet approfondi, explicite, courageux, et légitimé par des millions de Français. On connaît la suite : il est apparu que François Fillon n’avait pas été fidèle à l’idée qui l’avait fait sortir vainqueur de cette primaire, et il s’en est suivi un emballement médiatique qui a dépassé de très loin le devoir d’information. Dans cette affaire, la première victime n’a pas été la droite, mais la France : il aurait fallu parler d’emploi, d’éducation, de famille, de culture, d’innovation, de fiscalité, de sécurité, de défense… et nous avons finalement débattu pendant deux mois de costumes et d’assistants parlementaires. Aujourd’hui, une campagne défectueuse accouche d’un choix par défaut. Un de plus. Un de trop.
 
Maintenant, la responsabilité qui pèse sur la droite est immense : délivrée des affaires qui pesaient sur son candidat, elle doit porter avec force son projet pour les élections législatives, dont l’enjeu sera décisif. Il faut rassembler une majorité de Français autour de ce projet, face à M. Macron, afin d’éviter que se réalisent les dérives graves sur lesquelles nous n’avons cessé, à raison, de lancer l’alerte tout au long de ces derniers mois. Ne pas reprendre le flambeau, ce serait de toute évidence laisser M. Macron installer le scénario dont il rêve, celui d’un duo pour dix ans avec Marine Le Pen dans le rôle de seule opposante. C’est tout le sens du rouleau compresseur moralisant par lequel ses soutiens exigent que tout responsable public fasse séance tenante allégeance à leur candidat, au motif qu’en dépendrait un second tour qu’ils ont pourtant déjà célébré comme un succès gagné d’avance… Cette stratégie d’intimidation est un scénario bien rôdé ; mais elle constitue un grand risque pour l’avenir de notre débat politique, alors que la peur qu’on nous mime ne se fonde sur aucun élément raisonnable.
 
Car cette élection nous livre un dernier enseignement. Mme Le Pen ne gagnera pas ce second tour : jamais, même à l’issue d’un premier tour aux régionales qui lui était bien plus favorable, elle n’a suscité autour d’elle une majorité ; et ce ne sont pas les contradictions tout aussi inquiétantes de ses lieutenants, qui lançaient lundi matin un appel pathétique aux soutiens de Nuit Debout, qui pourront la réunir. Le Front National apparaît donc pour ce qu’il est : une formidable machine à empêcher le renouveau, et à maintenir en fonction les tenants de la déconstruction. Mme Le Pen avait fait élire François Hollande en 2012, et elle s’apprête à rééditer l’exploit : il aura fallu tout son poids pour réussir aujourd’hui cette incroyable prouesse, que le premier président à avoir été assez impopulaire pour ne même pas oser se représenter soit pourtant remplacé par celui qu’il voit comme son "fils", son double et son héritier.
 
La situation est donc claire : au terme d’une campagne qui n’aurait hélas pas pu lui être plus propice, il est désormais certain que le Front National ne sera jamais qu’une impasse pour les électeurs qui se tournent vers lui. Il les condamne ainsi au désespoir politique. Si nous ne voulons pas que demain toutes les colères de la France ne finissent par déborder avec violence la voie de nos institutions, il nous faut reconstruire une proposition qui puisse parler à tous ceux que les transformations du monde laissent aujourd’hui au bord du chemin. Ce n’est pas l’injonction morale qui nous sortira de ce piège, c’est le travail politique, quand il fera l’humble effort de se remettre au service de tous, et notamment des plus fragiles parmi nous. Nous devons porter le projet d’une société qui saura d’autant mieux aborder les opportunités nouvelles qu’elle aura su reconstruire les permanences qui la fondent – la famille, l’école, une culture ancrée dans la fécondité d’un héritage, un modèle politique solide qui garantit nos libertés – toutes ces stabilités que la société liquide du progressisme naïf continuera de fragiliser, au détriment des plus vulnérables.
M. Macron est le candidat de ce qui marche sans savoir où, nous devons défendre ce qui demeure et qui nous relie – parce que cela seul peut donner à la France une raison de s’engager dans l’avenir avec confiance et liberté. Si nous n’y parvenons pas, notre débat politique sera durablement paralysé, incapable d’offrir un vrai choix démocratique, et la défiance qu’il suscite ne cessera de s’aggraver. Le travail qui nous attend est immense. Tout est à reconstruire. Tout commence.

www.fxbellamy.fr/blog, paru dans Le Figaro, 27 avril 2017
Publié dans A tout un chacun
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Les raisons d’un désastre
 
Entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen, entre le centre gauche et la droite extrême, quel peut être l’espace imparti à la droite ? Selon notre chroniqueur, ce débat remonte à loin. Faute d’avoir été tranché, il met désormais Les Républicains en péril.
 
On ne saura jamais. On ne saura jamais ce qui se serait passé. On ne saura jamais si François Fillon aurait gagné l’élection présidentielle s’il n’avait pas subi cette forme sournoise de putsch médiatico-judiciaire qu’on a appelé le "Penelopegate". On ne saura jamais si "l’élection imperdable" n’était pas en réalité, dès l’origine, une élection ingagnable. On sait seulement que les sondeurs indiquent (et ils ne se sont nullement trompés cette fois-ci !) que sa chute avait commencé avant. Tout de suite après sa victoire triomphale à la primaire du parti Les Républicains. Dès que furent découverts dans son programme (que peu de gens avaient lu) les projets concernant la Sécurité sociale et la montée en puissance des mutuelles privées.
Une chute brutale, irrémédiable, dont il ne s’est jamais remis. Une chute qui révélait la faiblesse intrinsèque de sa candidature : les classes populaires. Des classes populaires qui ne s’étaient pas déplacées pour le scrutin de la primaire. Une absence qui avait éliminé Nicolas Sarkozy, qui avait cru les y attirer avec du "gros rouge qui tache", selon son expression favorite. Une absence qui n’a aucune importance dans une primaire "bourgeoise", même si elle fait ressembler cette compétition aux anciens scrutins censitaires sous Louis-Philippe.
Mais une absence qui rendait le candidat des Républicains inéligible. Une absence mortelle qui renvoyait la droite à son histoire depuis trente ans.
 
Une histoire que François Fillon connaît par cœur. Il était aux premières loges, même si c’était au second rang. Derrière Philippe Séguin, son mentor. Pas loin de Charles Pasqua, leur allié. Nous étions en 1990. Pour la première fois, le RPR organisait des élections internes. On les prétendait "libres" alors qu’elles furent "arrangées" de bout en bout. Mais là n’est pas l’essentiel. Deux lignes s’opposaient. Séguin et Pasqua menaient la charge contre la direction du mouvement. Alain Juppé, Edouard Balladur et Nicolas Sarkozy étaient dans leur viseur. Le président Jacques Chirac, adoré par les militants, s’engagea aux côtés du "meilleur d’entre nous". Contre Pasqua et Séguin.
Que disaient ces derniers ? Que l’héritier du mouvement gaulliste était en train d’abandonner l’héritage du Général. Qu’il abandonnait la nation et son indépendance au nom de l’Europe ; qu’il abandonnait le social au nom du libéralisme ; qu’il abandonnait la politique industrielle au nom du libre-échange. Que sa ligne et son électorat étaient en train de s’embourgeoiser. Le RPR n’était plus "le métro à 6 heures du soir" glorifié jadis par le ténor du RPF André Malraux. Le RPR était en train de se transformer en une UDF, l’adversaire giscardien longtemps honni. Le glorieux mouvement gaulliste se soumettait idéologiquement à ses vieux ennemis centristes.
 
Deux ans plus tard, le référendum sur Maastricht installa le clivage interne au RPR au cœur de la vie politique nationale. Avec le second tour Macron-Le Pen, ce clivage de Maastricht a vidé de sa substance son vieux rival droite-gauche !
Alors, Pasqua et Séguin (et Fillon) votèrent non ; Juppé, Balladur, Sarkozy, et Chirac (hué par les cadres du mouvement !) votèrent oui et sauvèrent le référendum voulu par le président Mitterrand.
Tout ce qu’avaient prophétisé Séguin et Pasqua se réalisa : "La droite et la gauche devinrent des détaillants qui se fournissaient au même grossiste : l’Europe." Le RPR devint l’UDF, c’est-à-dire un parti européiste et libéral que les classes populaires avaient déserté. Ce nouveau parti s’appela l’UMP à partir de 2002 ; son premier patron fut Alain Juppé.
 
A force de dire des choses horribles, elles étaient arrivées. L’UMP était un parti de notables centristes, soumis au politiquement correct sur tous les sujets. Sur l’économie, il était libéral sans états d’âme ; sur les sujets de société, et sur l’immigration, il se soumettait à la doxa droit-de-l’hommiste imposée par la gauche.
Tout était bien dans le meilleur des mondes tant qu’on restait sur les plateaux de télévision. Seul Nicolas Sarkozy, inspiré par Patrick Buisson et Henri Guaino, pressentit qu’on ne gagnait pas la présidentielle au centre. Au cours de ses deux campagnes de 2007 et de 2012, il épiça son discours libéral et européiste de thèmes identitaires et sécuritaires (le fameux "gros rouge qui tache") et même sociaux (les non moins fameuses "heures supplémentaires") qui lui gagnèrent l’affection d’une partie de l’électorat populaire. Suffisante pour gagner en 2007, et pour ne pas être humilié en 2012. Entre les deux, son quinquennat avait été une cruelle désillusion.
On ne peut pas dire que François Fillon ne vit pas le danger. On ne peut pas dire qu’il ne tenta pas la même opération. Il parla de lutter contre "le totalitarisme islamique". Il se tint fermement contre le terrorisme. Mais, au contraire de Sarkozy, il n’avait ni la tripe ni le talent. Il était trop pusillanime et se contentait de promettre qu’il lutterait "contre l’immigration clandestine". Valls n’aurait pas dit mieux. Il fit la campagne d’un sous-Raymond Barre, solide et rigoureux mais enfermé dans son économisme et son discours libéral de bon gestionnaire.
 
Contrairement à ce que croit la gauche, l’électorat populaire n’est pas forcément adepte de la dépense budgétaire et du laxisme. C’est cet électorat qui est le plus remonté contre "l’assistanat", convaincu à juste titre que cette manne arrose surtout les immigrés et leur progéniture.
Mais l’électorat populaire veut qu’on sorte de l’économisme. Que les politiques fassent de la politique. Qu’on lui parle de la France, "seul bien des pauvres", comme disait Jaurès. Qu’on lui parle de l’identité nationale et de son destin. Qu’on lui parle de ce peuple dans le peuple qui grossit sur notre sol et se rattache à une autre religion, une autre civilisation, une autre loi, d’autres mœurs.
Il faut se souvenir qu’en 1990, le RPR, dirigé par Alain Juppé (!), promettait la suppression du regroupement familial, du droit du sol, l’immigration zéro et affirmait que l’islam était incompatible avec la République. Alors, le RPR de Jacques Chirac, qui refusait de s’allier au FN, avait eu l’intelligence d’adopter son programme. C’était l’un ou l’autre. Mais, avec l’UMP transformée par Juppé, c’est devenu ni l’un ni l’autre.
 
L’échec était au bout de cette folie politique. Quand le Parti communiste était le premier parti de France, François Mitterrand n’avait pas hésité à allier le (petit) Parti socialiste au mastodonte rouge et à "parler" le langage marxiste. Mitterrand s’était ainsi ouvert les portes de l’électorat populaire et de l’Elysée. Aucun hiérarque de la droite n’a eu l’audace d’un Mitterrand. La droite va en mourir. L’électorat populaire, hormis la parenthèse sarkozyste, est parti au Front national qui, avec Marine Le Pen, parle comme le RPR de jadis. Comme disait Danton, "on ne détruit que ce qu’on remplace". Charles Pasqua avait pourtant prévenu Chirac et Juppé : "Prenez garde que le RPR ne devienne pas un jour le harki du FN." Chirac avait éclaté de rire et avait dit, comme d’habitude : "Sacré Charles, toujours aussi drôle."

Paru dans Le Figaro Magazine, 28 avril 2017
Publié dans Du côté des élites
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Négation de la présidence gaullienne
 
Pendant près d'un siècle, les grands républicains de l'histoire de France ont rejeté catégoriquement l'idée de l'élection du chef de l'État au suffrage universel, Jules Ferry, Gambetta, Waldeck, Clemenceau, Poincaré, etc. Ceux qui ont bâti la démocratie française, ses grands principes fondamentaux, les libertés publiques, l'école laïque et obligatoire, l'État de droit, excluaient cette perspective. À l'époque, le chef de l'État était élu par les deux Chambres réunies au Congrès de Versailles. Ils avaient à l'esprit l'élection désastreuse au suffrage universel de Louis-Napoléon Bonaparte, le 10 décembre 1848, ayant conduit au coup d'État du 2 décembre 1851, à la dictature et à l'Empire, la défaite honteuse de septembre 1870 - dont les conséquences ont été apocalyptiques. Le spectacle des présidentielles en cours donne-t-il raison aux grands républicains de l'histoire ?
 
Quand de Gaulle a créé la Ve République pour restaurer l'autorité de l'État et sortir la France de la guerre d'Algérie, il n'avait pas prévu une élection du président de la République au suffrage universel mais sa désignation par un collège de 80 000 grands électeurs, élus locaux, maires et conseillers généraux. À la suite de l'attentat du petit Clamart en 1962, il a voulu l'élection populaire du président de la République pour conforter l'autorité de ses successeurs. Le Général ne pouvait pas à l'époque, avoir la moindre idée de la médiocrité dans laquelle devaient sombrer, 55 ans plus tard, la vie politique française et le niveau de la huitième génération des candidats à sa succession.
Pour le créateur de la Ve République, l'élection du président de la République était l'expression du lien de confiance entre un homme et la France, chef de la Nation, incarnation de son unité, de l'exemplarité, du prestige, tenant son autorité de l'expérience, d'une vision historique, de la sagesse et sa connaissance du pays, de sa culture, de son histoire.
 
Avec le deuxième tour de ces présidentielles, nous sommes dans la négation même de la présidence gaullienne. Les deux candidats ont peu ou pas d'expérience de l'État. Ils se situent dans une logique de table rase sur leur parcours personnel. Leur image n'est pas rassembleuse mais au contraire caractérisée, briseuse, conflictuelle, porteuse de déchirure. L'un est issu de "la droite nationale", un courant situé aux extrêmes de l'histoire politique, l'autre donne l'image de la "France d'en haut", celle des sièges sociaux, du pouvoir médiatique et des cabinets. Ils ont obtenu leur qualification au premier tour avec des scores ultraminoritaires 16 % du corps électoral pour l'un, 18 % pour l'autre. Aucun phénomène d'adhésion massive en leur faveur ne se produit. Selon plusieurs sondages, une immense majorité de Français, 59 %, déplore un second tour opposant des postures caricaturales où elle ne se sent pas représentée et se voit privée de choix démocratique (Elabe-BFMTV).
 
Le processus électoral a été biaisé par des "primaires" contraire à l'esprit des institutions puis sabordé par un scandale. Dans un contexte d'écroulement de la vie politique et d'une vertigineuse crise de confiance, il procède d'une vaste manipulation médiatique ayant conduit, les radios, les télévisions, la presse, au fil des années, à mettre en avant deux candidats, dont l'un, viscéralement rejeté par les deux tiers du pays, sert de tremplin à l'accession de l'autre, le champion de la "France d'en haut", à l'Élysée. Nous assistons au pire des scénarios : démagogie, hystérie, polémiques, agressivité immature, mégalomanie, inculture, néant du discours et de toute vision, un Grand-Guignol déconnecté du monde réel et roulant à l'abîme. La situation est explosive.
 
Que va-t-il en sortir ? Nous vivons sans doute l'ultime étape du processus de décomposition de l'autorité élyséenne, en cours depuis des décennies. Cette évolution risque d'ouvrir la voie vers une désintégration du pouvoir central dans le chaos et la violence. Une issue favorable à la crise actuelle serait le retour à la démocratie, fondée sur un puissant et respecté Premier ministre, issu d'une nouvelle majorité et responsable devant le Parlement. Encore faut-il que les Français aient conscience de la tragédie en cours et y réagissent en donnant à la France une majorité stable, indépendante de la foire médiatique que sont devenues les élections présidentielles. Rien n'est moins assuré... Une certitude : les élections législatives de juin seront une dernière chance de sortir du bourbier.

Paru sur Figarovox, 28 avril 2017
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La France au tournant
 
La vie politique française est structurée depuis assez longtemps par l’existence d’un bouc émissaire : le Front National (FN). Tout ce qui émane de lui est a priori suspect. Il constitue le baudet sur lequel crier haro est un signe de respectabilité, d’appartenance à la société des bien-pensants. Voter Marine Le Pen est proclamé, par les meneurs ou les suiveurs de ce pogrom électoral et idéologique, comme étant une infamie.
Jean-Marie Le Pen, qui cherchait non pas à gouverner, mais à provoquer, offrait avec plaisir des verges à tous les pères fouettards de la politique – et Dieu sait qu’ils sont nombreux ! Mais ce jeu sadomasochiste a pris fin avec l’arrivée de sa fille à la présidence du mouvement. Le père était ravi de faire braire les ânes ; la fille veut présider la République Française : c’est une toute autre affaire. Ceux qui continuent à lui administrer des volées de bois vert (de paroles méprisantes) sont en retard d’une génération. Ses orientations – évitons de parler de programmes, comme le font à tort tous les candidats parce que c’est le mot à la mode – visent à conduire son pays sur un chemin très différent de celui qu’il a suivi jusqu’alors.
Ce chemin était-il bon ? Au vu de la situation du pays, tant sur les plan sociétal et international que sur le plan économique, il  est difficile de répondre par l’affirmative. Certes, nous ne supportons pas une chape de plomb, mais l’édredon de plumes sous lequel nous étouffons ne vaut guère mieux. Tout ce qui sort du politiquement correct est poursuivi par la police de la pensée ; les lois et règlements inutiles ou néfastes s’amoncellent, excepté dans les domaines où il faudrait protéger les citoyens contre l’indélicatesse de certains hommes d’affaires qui ne reculent devant rien pour faire du fric aux dépens de la qualité de la vie. L’Union européenne s’est empâtée au point de crouler sous son propre poids en écrasant ses membres. Le crime et la délinquance font l’objet de traitements dramatiquement inefficaces, et l’accueil sélectif des étrangers (il ne saurait s’agir d’accueil inconditionnel, si la France veut rester la France) se caractérise par l’absence d’organisation efficace.
 
Nous pourrions allonger à plaisir la liste de ce qui ne fonctionne pas correctement depuis que notre pays est gouverné par ce qu’Alain Madelin appelait "la Droiche", et que le FN nommait UMPS. Les deux partis de gouvernement se rejoignent largement : incompétence pour ce qui est de légiférer et de gouverner peu et bien ; ouverture à presque tout ce qui peut contribuer à déstructurer les mentalités individuelles et collectives. Quant au FN, il fait des propositions aberrantes, comme la sortie de l’euro et le retour à la retraite à 60 ans. De plus, il semble qu’il reste en son sein quelques personnalités ayant des nostalgies hitlériennes. Au vu d’un tel constat, nous sommes mal partis. Pourtant la "petite fille espérance", comme disait Péguy, n’est jamais bien loin. Comment la faire rentrer dans le jeu ?
 
L’effondrement du PS et de LR lui ouvre une petite porte. Certes, Macron est en pole position pour s’y engouffrer et la verrouiller, après quoi lui et son équipe appliqueront la formule que Claudel plaçait sur les lèvres d’un personnage du Soulier de satin : "Du nouveau, encore un coup, qui soit exactement semblable à l’ancien". Il va donc absorber les membres du centre et de la droite classique qui sont à la recherche d’un maroquin ou d’un siège de parlementaire qui leur permette de continuer à pratiquer leur passe-temps favori : "tout changer pour que rien ne change", selon la formule de Giuseppe Tomasi di Lampedusa. Mais il existe une autre possibilité.
 
En effet, il existe des hommes politiques de droite auxquels le vent du large ne fait pas peur. Les uns sont chez LR, les autres sont dans la mouvance de Dupont-Aignan ou de Philippe de Villiers, d’autres encore militent au FN, et quelques-uns sont non-inscrits. Leur union, dans un cadre ad hoc, permettrait d’aborder les élections – le second tour de la présidentielle, puis les législatives – dans des conditions propres à recomposer le paysage politique français. Une véritable droite pourrait enfin proposer des solutions innovantes et notamment houspiller les organes européens jusqu’à obtenir bien des choses, par exemple : l’unification des règles fiscales applicables aux entreprises ; une réduction drastique des règlements dont l’utilité principale est de justifier le maintien en fonction de nombreux bureaucrates ; une politique migratoire raisonnable.
Elle pourrait de même, au niveau français, réaliser l’indispensable réforme systémique de notre protection sociale usée jusqu’à la corde et rafistolée en dépit du bon sens ; libérer les entreprises de divers carcans qui les handicapent et freinent dramatiquement la création d’emplois ; travailler à l’amélioration de l’efficacité des services publics, ce qui permettra de réduire progressivement la dépense publique sans diminuer, bien au contraire, la qualité du service rendu aux citoyens ; remettre debout notre système scolaire en voie de déliquescence ; donner à nos armées les moyens de leurs missions ; faire enfin preuve de sérieux en matière de lutte contre le crime et la délinquance ; etc., etc.. Il existe suffisamment de points d’accord entre les bons éléments du FN – il y a quelques exclusions à prononcer – et ceux de la droite classique pour permettre une gouvernance efficace.
 
LR n’ayant plus de leader, c’est à Marine Le Pen de prendre l’initiative de ce rapprochement. Sa solidité face aux attaques souvent ignobles dont elle a fait l’objet, comme François Fillon, lui donne la possibilité de lancer cette opération de regroupement des patriotes. Son solide leadership donne une bonne garantie qu’elle saura, au sein du mouvement dont elle a transmis provisoirement la présidence, faire le nécessaire pour accueillir des hommes et des femmes de qualité, qui ne pensent pas exactement comme elle, mais qui sont prêts à travailler avec elle pour le redressement de leur patrie. Voudra-t-elle se lancer dans cette aventure ? Si elle ne le fait pas, pauvre France !

28 avril 2017
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Les bienfaits de l’Europe
 
La finale de la présidentielle se joue entre une nationaliste eurosceptique demandant le rétablissement des frontières pour contrôler, non seulement la circulation des personnes et l’immigration, mais aussi celle des biens dans l’idée de protéger la production nationale et un libre-échangiste souhaitant la mondialisation tant pour les biens que pour les personnes.
 
Un récent article du Figaro dans la rubrique "opinions" sous la plume de Yves de Kerdrel, défend la mondialisation et en particulier l’Europe. Son premier argument est que la mondialisation a permis "à un milliard d’êtres humains de sortir de la très grande pauvreté. Jamais le monde n’aura été aussi prospère que sous ces deux décennies de libre-échange, de développement des nouvelles technologies et de croissance exponentielle des pays dits émergents."
Voilà qui va intéresser les cinq millions de chômeurs et les neuf millions de pauvres français, à juste titre plus préoccupés de leur sort que de celui des citoyens des pays émergents.
Un dirigeant doit d’abord défendre les intérêts de son pays et de ses ressortissants avant de penser aux progrès de la Chine ou même de la Bulgarie.
L’auteur affirme que "l’Europe est plus prospère aujourd’hui qu’il y a dix ans" se basant sur la croissance du PIB, après quoi il reconnaît que si le PIB français a bien cru de 10 % de 2008 à 2016, du fait de la démographie "le PIB par habitant n’a cessé de se dégrader au cours des dernières années."
Voilà qui nous change des affirmations constantes des bienfaits de l’Europe et de la mondialisation. Pour une fois il est reconnu que les Français se sont appauvris. Il est de plus évident que les écarts se sont creusés entre ceux qui par leur formation ont trouvé leur intérêt à l’ouverture du monde et ceux qui moins qualifiés sont touchés par le chômage et les bas salaires et les agriculteurs victimes des productions à bas coût de nombre de pays européens.
Cette évolution apparaît dans une France coupée en deux dans les votes à la présidentielle entre le nord, l’est et le midi votant massivement Le Pen et la France de l’ouest, du sud-ouest et des grandes villes soutenant Macron.
Alors que la France figurait  jusqu’en 1990 dans le peloton de tête des autres pays de l’Union, elle est passée sous la moyenne des quinze premiers pays adhérents, à la 11ème place ne précédant que l’Italie, l’Espagne, le Portugal et la Grèce
 
L’évolution de l’Europe et en particulier son extension vers l’Est est à l’origine du problème : au départ l’Europe était constituée de six pays comprenant en particulier l’Allemagne rhénane et la Bavière, en grande majorité catholiques et ayant depuis Charlemagne une histoire commune. L’adhésion de l’Espagne et du Portugal ne posera pas de problème s’insérant facilement dans l’ensemble d’origine, mais on a accueilli des pays de culture protestante, Grande Bretagne, Suède, Danemark n’ayant pas la même vision économique. Vint la chute du mur de Berlin et la réunification de l’Allemagne faisant entrer la Prusse dans l’ensemble européen et en changeant l’équilibre conduisant à une domination économique et politique.
Allant de plus en plus vers l’est nous avons accueilli la Pologne, la Roumanie, la Bulgarie et les pays Baltes dont le niveau de vie était beaucoup plus bas que le nôtre. Si ces pays se sont rapidement développés, par un effet de vase communiquant les salaires ont stagné voire baissé en France pendant que le chômage explosait.
Bien sûr la France n’a pas fait les réformes douloureuses que l’Europe voudrait lui imposer en particulier en durée du travail et âge de la retraite mais la perception qu’ont de l’Europe de nombreux Français est qu’elle est un carcan privant le pays du choix de sa politique sociale et économique.

dejudasatartuffelettresaumonde.hautetfort.com, 28 avril 2017
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De Gaulle prend sa revanche
 
Le premier tour de l’élection présidentielle a suscité une telle profusion de commentaires qu’elle semble n’avoir plus rien à nous apprendre. Je n’en suis pas d’accord. Il reste à l’examiner sous un aspect qui, sauf erreur, n’a été évoqué nulle part. Je m’y risque ici en priant le lecteur de me pardonner l‘exposé sommaire d’un sujet difficile.
Chacun a pu entendre, depuis plusieurs mois, une affirmation proférée par plusieurs candidats et reprise avec insistance par des éditorialistes influents. Selon eux, l’actualité a prouvé que nos institutions politiques "sont à bout de souffle" et qu’il est indispensable de les changer. Mélenchon est allé jusqu’à promettre de convoquer, s’il était élu, une assemblée constituante chargée de fonder la VIè République.
En réalité, le premier tour de l’élection présidentielle a démenti l’argumentation des détracteurs de notre constitution. Il a été une revanche éclatante de Charles de Gaulle sur tous ceux qui veulent altérer son œuvre.
Voyons pourquoi.
               
Nos institutions ont été faites dans le but de rendre au peuple français la plénitude de son pouvoir souverain. Il l’exerce ordinairement en élisant lui-même, d’une part le Chef de l’exécutif, d’autre part une assemblée législative. De Gaulle tenait à cette distinction fondamentale parce que la mission du premier n’a rien à voir avec la nature de la seconde. Le Président est en charge du bien commun à la nation et il est le seul à pouvoir l’être. Les députés, regroupés selon leurs préférences partisanes, représentent des intérêts catégoriels.
L’expérience accumulée depuis près de soixante ans montre que les partis ne se résignent pas à demeurer confinés dans le législatif. Ils n’ont cessé, par des manœuvres indirectes mais constantes, de grignoter le domaine propre à l’exécutif. Les nouveautés qu’ils ont apportées par la "cohabitation", la réduction du mandat présidentiel, la concomitance des scrutins présidentiel et législatif, ont toutes eu un objectif caché : resserrer leur emprise sur celui des deux pouvoirs qui ne leur appartenait pas.
Ils ont pensé couronner leurs efforts en contrôlant l’élection du Président. De Gaulle voulait que le Chef de l’Etat fût choisi par le suffrage universel des citoyens à l’exclusion de toute investiture partisane. Son vœu a été contredit pour la première fois par François Mitterrand qui se présenta aux Français non pas comme gardien de l’intérêt général mais en tant que  dirigeant du "peuple de gauche" c’est à dire, plus prosaïquement, mandataire du parti socialiste. Poussant l’audace plus loin, les coalitions de droite et de gauche ont cru habile d’inventer les "primaires" par lesquelles leurs candidats se donnent une apparence de légitimité populaire.
                  
La prise en mains de l’élection présidentielle par les partis a un inconvénient grave. Elle brouille, dilue, escamote les grands enjeux nationaux. Par définition, la droite, la gauche et tout autre regroupement qui cherche à devenir majoritaire est voué à rassembler des intérêts disparates. Pour les retenir, leurs candidats sont obligés d’user d’équivoques, de compromis et de faux-semblants. Ils évitent les visions  tranchées, les choix clairs, les engagements forts qui accompagnent la recherche du bien commun.
La dérive institutionnelle de notre vie politique est la cause fondamentale de nos maux publics. Elle nous a menés à ces décisions sans portée, ces choix démagogiques, ces compromis branlants qui ont été la marque de la dernière décennie. Elle explique la lassitude et l’irritation d’un peuple qui n’a plus confiance dans le processus électoral.
De manière totalement imprévue, du moins pour l’auteur de ces lignes, le scrutin de dimanche dernier a fait sauter les digues dans lesquelles les partis pensaient canaliser la souveraineté populaire. Les électeurs rebelles ont donné leurs préférences à deux candidats qui n’appartiennent à aucune des formations dites de gouvernement, n’ont de comptes à rendre à aucun groupe parlementaire, ne sont passés sous les fourches caudines d’aucune primaire.
              
Le rejet massif des partis a une conséquence très heureuse. Au lieu des choix ambigus et réversibles des précédents scrutins, deux voies bien tracées sont cette fois proposées à nos suffrages. Face au défi primordial de notre époque qui s’appelle la mondialisation, Emmanuel Macron veut nous conduire vers plus de libre échange, plus d’intégration européenne, plus de multiculturalité. Marine Le Pen, à l’opposé, offre une politique de protection de nos frontières, d’affirmation nationale, d’autorité de l’Etat. Le peuple français est enfin face à une alternative claire.
 
Le scrutin de dimanche a une autre conséquence bénéfique. Il a bousculé le système détestable qui faisait du parti vainqueur de l’élection présidentielle le gagnant assuré de l’élection législative qui suivait. La proximité des scrutins avait été imaginée par la droite et la gauche, pour faciliter la confusion des deux pouvoirs à leur profit. Cette astuce qu’ils croyaient fructueuse devient pour eux un piège mortel. Ils en prennent conscience avec stupeur et effroi.
                
En un sens cependant, les Français ont poussé trop loin leur impatience à secouer le joug des partis. De Gaulle pensait que la sélection du Président par le suffrage universel favoriserait des personnalités dont la qualification au poste suprême serait visible aux yeux de tous, soit en raison de l’éclat de leurs services à la nation soit par leur capacité à incarner le bien commun. Il est difficile de croire que les responsabilités fugaces exercées par Macron au ministère de l’économie ou son programme vague et indolore lui donnent une qualification certaine. Quant à Marine Le Pen, elle n’a pas encore convaincu la majorité de nos concitoyens que son projet de rupture peut être exécuté sans secousses graves. Les inconvénients de la révolte des Français contre les partis sont sérieux. Ils font planer de lourdes incertitudes sur notre avenir. Mais toute libération ne comporte-t-elle pas des risques d’excès ?
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Pitoyable débat
 
J’avoue : au bout d’une heure et demie, j’ai arrêté le flot de paroles et de mimiques méprisantes ou agressives que déversait l’ordinateur dont je me suis servi pour suivre le débat de mercredi soir entre Marine Le Pen et Emmanuel Macron. Que le sort de la France puisse dépendre d’un tel combat de coqs est une réalité consternante. La responsabilité des grands média dans cette médiocre qualité de l’information est lourde, car la démocratie repose pour une part importante sur la possibilité qui est donnée (ou pas) aux citoyens de se faire une idée juste des projets et du caractère de ceux qui se présentent à leurs suffrages.
 
Ma mission était d’analyser la partie de l’émission relative aux retraites. Ce qui m’a le plus frappé, c’est une double absence de la démographie : aucun des deux candidats ne fit référence à la natalité, qui est, à long terme, un facteur décisif en matière de retraites par répartition ; et il ne fut pas davantage question à ce propos des phénomènes migratoires. Pourtant, si les naissances sont insuffisantes, comme par exemple en Allemagne, le recours à des travailleurs étrangers est la seule manière d’éviter ce qui se produit au Japon : travailler massivement jusqu’à plus de 70 ans.
Et le problème n’est pas seulement quantitatif : une formation initiale médiocre, une formation continue insuffisante ou mal orientée, vont dans le même sens qu’une faible fécondité ; que les Français les plus entreprenants, les plus qualifiés et les plus travailleurs aient tendance à aller voir ailleurs si l’herbe n’y serait pas plus verte compromet également l’avenir de nos retraites, surtout si, parmi les étrangers qui viennent s’installer chez nous, il ne s’en trouve pas suffisamment qui possèdent le niveau de nos expatriés.
La question n’a pas davantage été posée de rendre les retraites par répartition compatibles avec la circulation internationale des travailleurs. EM a fait remarquer à juste titre que l’existence de 37 régimes de retraite est une complication qui empêche les Français de s’y repérer. Mais cet internationaliste convaincu n’a pas étendu son constat au niveau, sinon planétaire, du moins européen. Or, tout expatrié fait l’expérience, au moment de liquider ses droits à pension, de l’épouvantable complication de cette opération.
La question de l’âge de la retraite a été soulevée par MLP, qui veut revenir de 62 ans à 60 ans. Mais son adversaire n’a pas évoqué, pour la contredire, le phénomène démographique essentiel qu’est la croissance de l’espérance de vie en bonne santé. On est moins vieux aujourd’hui à 62 ans qu’on ne l’était à 60 ans en 1982, quand fut mise en œuvre l’imprudente promesse faite par l’Union de la gauche.
 
Finalement, la seule idée intéressante qui ait été avancée sur les retraites dans ce débat, c’est le projet d’EM concernant la mise en place d’un régime unique ressemblant comme un frère à celui qui existe en Suède – solution préconisée en 2008 par Thomas Piketty et Antoine Bozio dans un petit opuscule intitulé "pour un nouveau système de retraite ; des comptes individuels de cotisations financés par répartition". MLP riposta en accusant l’idée d’un système unique fonctionnant par points d’être une arme des ultralibéraux pour faire baisser le niveau des pensions. EM aurait pu facilement lui répondre que la Suède n’est pas le prototype des pays ultralibéraux, mais il ne le fit pas. Quant à MLP, elle manqua elle aussi le coche : la grande faiblesse du système suédois, comme de tous les autres systèmes de retraite par répartition à l’heure actuelle, est d’attribuer des droits à pension qui ne correspondent en aucune manière à ce qui prépare les pensions futures, à savoir la mise au monde des enfants et leur éducation.
 
Là encore, c’est au niveau de la démographie que nos deux candidats se sont révélés identiquement mauvais. Ignorer le message de Bodin ("il n’est richesse que d’hommes") et celui de Sauvy ("nous ne préparons pas nos retraites par nos cotisations, mais par nos enfants") est une lacune dramatique pour un futur chef de l’État. Charles de Gaulle, lui, savait que, si elle ne se remettait pas à faire des enfants, la France ne serait plus qu’une grande lumière qui s’éteint.
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Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.

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