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La France dans le déni
 
"La critique est aisée mais l’art est difficile". Cet aphorisme de La Bruyère est certainement présent à l’esprit d’Emmanuel Macron et d’Edouard Philippe quand ils entendent ou lisent les commentaires de leurs adversaires. Si le moraliste nous met en garde contre un usage abusif de la critique, il ne l’interdit pas. Profitant de cette liberté, tout en étant conscient de la tâche difficile à laquelle notre Président et son Premier ministre sont confrontés, nous analysons leurs discours respectifs. Force est d’admettre qu’ils sont décevants.
 
Celui d’Emmanuel Macron est un exercice de rhétorique tel que Sciences Po et l’ENA l’enseignent. On est tenté de reprendre la réplique de Ronald Reagan face à son adversaire Walter Mondale en 1984 : "where is the beef ?". Amender les institutions de la 5ème République, comme le Président le propose et comme beaucoup le souhaitent, n’est pas la priorité. Depuis la Révolution française, la France a eu vingt-et-une constitutions... dont certaines n’ont jamais eu d’existence réelle ! Elles n’ont empêché ni la défaite de Sedan ni la victoire de 1918.
 
Le discours d’Edouard Philippe est plus décevant encore. Il nous détaille un inventaire à la Prévert : taxe d’habitation, prix du paquet de cigarettes, déserts médicaux, vaccins obligatoires, remboursement des lunettes, etc. L’étonnement le dispute à la déception. Notre Premier ministre n’aurait-il pas lu les rapports Attali, Gallois, Pisani-Ferry Enderlein ou ceux de la Cour des comptes, de la Commission européenne, de l’OCDE et du Fonds monétaire international ? Son objectif prioritaire se limite à ramener le déficit budgétaire sous la barre des 3% pour satisfaire aux exigences de Bruxelles.
 
Selon le souhait du Président, il espère ainsi être en mesure de négocier avec l’Allemagne la création d’un ministère économique européen qui serait le pendant de la Banque centrale européenne – vieux rêve français qui vise à faire porter par les Allemands le coût de notre impéritie. Hélas, ils ne sont pas dupes. Non seulement ils ne le sont pas, mais ils sont d’excellents négociateurs en faisant de l’euro un Deutsche mark qui a changé de nom. Le traitement du solde de la balance des transactions courantes en fournit un excellent exemple. Alors que son déficit est limité à 4 % du produit intérieur brut, son excédent peut atteindre 6 %. Cette différence de traitement autorise une politique commerciale allemande outrageusement mercantile.
Ces limites de 4 % et 6 % sont arbitraires. Elles ne reposent sur aucune base rationnelle. Il en va de même du 3 %. Or, si la France est en contravention de ses engagements bruxellois avec un déficit budgétaire de 3,7 %, l’Allemagne l’est tout autant avec un excédent commercial de 8,5 % !
 
Comme le montrent les études mentionnées ci-dessus, la France a deux priorités : la réduction de son coût de fonctionnement et la compétitivité de ses entreprises. Au-delà de ces deux priorités, l’objectif du gouvernement doit être d’abaisser la limite de l’excédent commercial de 6 à 4 % afin d’obliger l’Allemagne à adopter une politique de relance qui profiterait à la France et à la zone euro.
nvoyé par l'auteur, 10 juillet 2017
Publié dans Du côté des élites
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L’Erythrée et la mer Rouge

L’Erythrée et les enjeux de plus en plus multiformes dans la Corne de l’Afrique : condamnée à être le pays "grincheux" de la zone ou peut-il espérer tirer parti de la redistribution des cartes en cours ? Les limites du "soft power" de l'UE confrontée aux appétits de nouveaux acteurs en mer Rouge.
 
L’Erythrée : un pays pauvre et refermé sur lui-même
L’Erythrée n’est pas le pays le plus important de ceux qui sont inclus traditionnellement dans la Corne de l’Afrique : un peu plus de 6 millions d’habitants, inégalement répartis sur 117 000 km2 ; fortement endetté et avec un PNB par habitant de moins de 500 Dollars, il figure parmi les pays les plus pauvres au monde. Ces faits expliquent en partie le flot presque continu de migrants issus de ce pays fuyant la dictature de son président Issayas Afeworki au pouvoir depuis l’indépendance recouvrée en 1993. Cet isolement est corroboré par la faible intégration régionale de ce pays, bien qu’il soit membre de l’Union Africaine et de l’IGAD (organisation régionale basée à Djibouti) sa  participation à ces organismes  n’est  guère active. 
L’Erythrée a même cessé un temps la coopération avec l'UE et les agences des Nations Unies et renvoyé les ONG étrangères en décembre 2011 pour revenir sur sa décision en juillet 2012. Le processus de démocratisation amorcé en 1997 avec l’adoption d’une constitution s’est arrêté brusquement lors du conflit de 1998 /2000 avec le grand voisin éthiopien, ce dernier semble avoir été jusqu’à peu, la seule référence négative de survie de l’Erythrée. L’Erythrée a, cependant, longtemps été le  symbole de résistance au dictateur Mengistu, le "Négus rouge" qui régnait de façon sanguinaire  alors sur la grande Ethiopie, Erythrée incluse (1974/1991); cependant  depuis  une vingtaine d’années les libertés ont été sérieusement rognées, la liberté religieuse contrôlée (50 % environ des érythréens seraient musulmans, 30% orthodoxes et 13% catholiques, le reste se répartissant entre protestants, adventistes du 7ème jour, témoins de Jéhovah, bouddhistes etc.).
 
Depuis peu, le déplacement des conflits entre sunnites et chiites en terre africaine et la complaisance américaine permettent à l’Erythrée de retrouver un rôle par ricochet, sur la scène régionale. De ce fait, l’Erythrée pourrait tirer son épingle du jeu grâce à un certain mélange de complaisance en plus d’un relatif désarroi vis-à-vis de la politique américaine dans la région et de l’intérêt des pays du Golfe, de l’Arabie Saoudite en particulier, désireuse de disposer de facilités militaires pour mieux contrôler et frapper le Yémen. En effet, si l’Eythrée est constituée de hauts plateaux au Nord et d’une étroite bande côtière désertique, c'est sur cette côte que se trouvent deux ports importants : Assab et Massawa, les deux autres étant plus en aval : celui de Djibouti (y compris le port gazier et pétrolier de Dor Ali ) et celui de Berbera en Somaliland. En y ajoutant le port d’Aden à l’extrême sud du Yémen, tous ces ports se trouvent idéalement placés que ce soit à l’entrée de la mer Rouge, via le Canal de Suez ou, à sa sortie, via le détroit de Bab El Mandel (la porte des pleurs ). Ces ports bénéficient par conséquent des retombées de tous les trafics légaux (et ceux qui le sont moins) d’hydrocarbures et de marchandises et ce, tant au niveau régional,  entre les pays de la péninsule arabique, qu'international, points de relais entre  l'Asie et l’Europe.
Longtemps isolés, en "quarantaine" politique, les ports érythréens d’Assab et de Massawa ont été négligés volontairement par les grandes puissances. Ils auraient  pu bénéficier des retombées économiques espérées lors de l’installation de bases américaines sur la Corne à la fin des années 1990, mais le "State Department" s’y opposa, contre le souhait des stratèges du Pentagone, souhaitant éviter que les USA affichent leur soutien à une dictature qui de surcroît avait commis l’indélicatesse de mettre deux journalistes américains en prison; il en résulta que Djibouti fut choisie pour accueillir les troupes américaines chargées de surveiller la zone y compris de lancer les opérations de drones contre des terroristes identifiés au Yémen.
Les changements intervenus dans les relations entre pays de la région et l’intérêt nouveau porté aux ports de Massawa et Assab, pourraient permettre à l’Erythrée de reprendre pied dans le jeu régional à condition d'une part, que son président ne s’engage pas une fois encore dans des conflits avec l’un ou l’autre de ses voisins et que, d'autre part, il engage des réformes politiques et économiques indispensables demandées par L'UE, moyennant une assistance financière, entre autres pour arrêter ou réduire le flot ininterrompu d’émigration d’une partie de sa population et ce, dans un contexte de "présence" de plus en plus marquée soit d’acteurs régionaux (pays du Golfe), soit d’acteurs plus lointains (comme le Japon et surtout la Chine), qui brouillent encore plus les cartes d'une zone où les "sultans batailleurs" sont capables  de croiser le fer à la moindre occasion .
                                                                      
Des relations difficiles avec ses voisins, L’Erythrée : sur le podium des sultans  batailleurs
          Un pays en conflit quasi permanent et indépendant depuis peu
Les dirigeants érythréens figurent parmi les plus engagés dans des conflits avec leurs voisins et en premier lieu avec leur pays "frère", la grande Éthiopie, colonie italienne de 1880 à 1941, l’Erythrée a été  réincorporée dans le giron éthiopien par une résolution des Nations Unies de 1952. 
Assez rapidement cependant les érythréens vont se trouver en première ligne avec leurs cousins tigréens 1), dont sont issus en grande majorité les dirigeants éthiopiens depuis des lustres, en lutte armée contre le régime sanguinaire du DERG du "Négus rouge" Mengistu (1974 /1991).  
Confortés par l’aide américaine qui provenait via l’Irak de Saddam Hussein, les rebelles eurent raison du régime de Mengistu soutenu alors par les soviétiques et leurs alliés cubains ; pour l'Erythrée, qui recouvrait son indépendance, une ère nouvelle semblait s’ouvrir (2).
 
          Un conflit lancinant avec l’Ethiopie
La guerre de frontières (1998/2000 environ 100 000 morts) provoquée par un différend sur le passage contesté de la frontière ethiopio-erythréenne dans l’agglomération de Badmé devait marquer le commencement de cette guerre larvée entre ces deux pays ; L’Ethiopie d'aujourd'hui s’est retrouvée sans accès direct à la mer (3). Cette situation nouvelle n'a pas contribué à améliorer les relations déjà exécrables entre les deux voisins et ce, même si l’Ethiopie recense plus de 130 000 réfugiés érythréens sur son sol (l’Ethiopie est, avec 780000 réfugiés sur son sol, le pays africain qui en accueille le plus), les escarmouches sont sensibles également sur le plan diplomatique : une résolution des Nations Unies de 2011 condamne l’Erythrée dans son soutien au terrorisme (4).
Tout ceci milite pour que les dirigeants éthiopiens soient persuadés que l'Erythrée est une tête de pont pour l’implantation de pays arabes (Arabie Saoudite et autres émirats) dans la Corne. Ceci explique en partie la reprise passagère des hostilités armées entre l’Ethiopie et l’Erythrée en juin 2016, rompant ainsi les accords d’Alger du 12 décembre 2000 dont la fragilité est confirmée y compris par l’invitation de  la Vice Présidente de L'UE Mme Mogherini lancée aux parties signataires de la EEBC (Ethiopian Erithrean Border Commission) dans une déclaration du 13 avril 2017, à respecter toutes les conditions de l'accord d’Alger à l’occasion de son 15ème anniversaire.
 
          Méfiance et conflits avec Djibouti
Les relations ne sont pas plus sereines avec Djibouti, surtout depuis le conflit frontalier de juin 2008, conflit pour le contrôle du Cap Doumera. Suite à un accord entre les deux parties, des troupes qataries jouent, sur la zone contestée, le rôle de soldats de la paix, de cordon sanitaire entre les deux pays. Djibouti, peuplée d’Issas (branche des Somalis) et d’Afars (qui peuplent également une partie de l’Erythrée et de l’Ethiopie) a eu à déplorer le soutien apporté par le gouvernement érythréen aux Afars Djiboutiens en révolte lors de la guerre civile de 1994 ce qui n'arrange pas les relations entre Asmara et Djibouti !
 
          Conflits épisodiques avec les autres voisins
Avec ses autres voisins, l’Érythrée n’entretient pas non plus de rapports chaleureux  avec le Yémen, (réunifié en 1990 mais de façon effective en 1994 (5) et avec le Soudan, après une rupture des relations diplomatiques en 2002, (l’Erythrée étant soupçonnée d’aider la rébellion  soudanaise) les relations entre les deux pays  on repris depuis 2006 .
Mais de manière inattendue, l’Erythrée pourrait sortir partiellement de son isolement actuel à la faveur de ce qui se passe dans la péninsule arabique (intervention militaire du Conseil de Coopération du Golfe au Yémen) intervention qui bénéficie du soutien tacite des Etats-Unis et de façon plus large, des retombées du conflit sunnites (Arabie Saoudite) et chiites (Iran). 
Cette nouvelle donne risque d'avoir un impact d’une part sur le "monopole" actuel de Djibouti dans le "hub" l’accueil (payant) de forces étrangères de tout acabit sur son sol et d’autre part sur l’Ethiopie qui pourrait revoir ses alliances notamment avec les Etats-Unis, au profit de la Chine, de plus en plus présente. 
 
La  Russie quant à elle, reste attentive tandis que  les  anciennes puissances dominantes (Grande Bretagne et France) sont  quelque peu marginalisées et réduites à un rôle d’influence relative sur les dirigeants de la région notamment au sein de l'UE dont l'approche "soft" a du mal à percer malgré des succès incontestables au plan de la dissuasion en mer (réduction appréciable des actions des pirates somaliens ; opération Atalanta,… etc .)
                                                        
Les conflits dans la péninsule arabique : un effet "positif" inattendu pour l’Erythrée

          Les débordements du conflit au Yémen en terre africaine
 La campagne militaire des saoudiens contre les rebelles yéménites "Houthis" (chiites-zaydites soutenus par l’Iran) qui a démarré début 2015, a été une aubaine pour le président érythréen ; ce dernier s’est empressé de signer, dès avril de la même année, un accord de coopération avec les pays du Conseil de Coopération du Golfe (CCG) avec, à la clé, la construction d’un aéroport à Assab, à partir duquel les bombardiers saoudiens peuvent décoller pour leurs opérations au Yémen, "ennemi" de l’Erythrée tout comme le Soudan qui a dépêché un contingent de troupes pour renforcer celles des saoudiens. Cette présence des arabes du Golfe, avec la bénédiction des américains qui eux continuent à envoyer leurs drones sur le Yémen à partir de Djibouti, pourrait avoir un impact favorable sur l’économie érythréenne exsangue et par la même occasion réduire les vagues de migrants qui fuient vers l’Europe.
 
          Le "soft power" de l’EU à l’épreuve
L'UE fidèle à ses valeurs s’efforce à travers ses programmes d’assistance d’aider les pays en développement ou en crise tout en conjuguant les dits programmes avec des actions et des initiatives visant à mieux contrôler les flux migratoires y compris en luttant contre les trafiquants d’êtres humains (les passeurs) et en promouvant des projets destinés à encourager les jeunes à ne pas émigrer. Le "EU Horn of Africa Regional Action Plan 2015/2020" donne les grandes lignes du programme. Quant au thème délicat des migrations il s’inscrit dans le "Valetta Political Declaration" de novembre 2015 suivi des processus dits de Khartoum et de Rabat et plus récemment du sommet de La Valette de février 2017, le tout ayant pour objectif principal de lutter contre l’émigration illégale.
 
L’Erythrée est un "pourvoyeur" massif de migrants illégaux qui empruntent des routes diverses pour rejoindre l’Europe principalement, et parfois Israël, sachant que la majorité des migrants restent sur le sol africain, principalement dans les pays limitrophes. Ces vagues de migrants ont emprunté successivement la voie du Yémen (possibilité désormais fermée), puis de 2006 à 2012 celle transitant par le Soudan (on y dénombre 125 000 réfugiés érythréens) et par l’Egypte (qui a mis en œuvre une politique de "tirer pour tuer" communiquée à ses forces de police) pour atteindre Israël (6) qui, entretemps, a mis en place une politique anti-infiltration en fermant sa frontière avec l’Egypte et surtout l’Europe qu’ils rejoignent à présent par la Libye et où ils constituent le second groupe de réfugiés par ordre d’importance.
 
Dans son programme de coopération de 200 millions d’Euros signé en 2016 par l’UE est prévue, entre autres, une aide au secteur énergétique érythréen mal en point ainsi que d'autres mesures d'incitation à des réformes économiques et sociales structurelles. Il est attendu des autorités érythréennes, en contrepartie, une réforme de la vie politique et sociale et entre autres est notamment visé le désastreux service militaire à vie, en réalité une moyenne de 10 ans tout de même. Les recrues qui ne cherchent qu’à fuir cet enfer y subissent des brimades en tout genre.  
Ce service militaire dans sa forme actuelle est le facteur principal d’incitation pour les jeunes erythréens à émigrer, mais force est de constater que les résultats de la pression douce de l’UE a produit peu de résultats jusqu’à présent. C’est le constat qui doit être, mais pour des motivations différentes, partagé par les saoudiens qui s’installent peu à peu en Erythrée. Ces conservateurs du Golfe pourraient être à la fois, un pourvoyeur de fonds pour le gouvernement érythréen et un frein à la libéralisation tout en continuant le prosélytisme du courant de l’Islam "wahhabite" dont ils sont les "hérauts" et dont les effets pour le moins contestables, dans différents domaines, ne sont plus à démontrer.
 
Cette présence arabe en terre africaine est à suivre et elle inquiète les ennemis de l’Erythrée comme l’Ethiopie et Djibouti en tête et ce, pour des raisons diverses.
 
Djibouti craint la perte de son monopole comme "hub" et l’Ethiopie remplace la France comme garant de la sécurité sur terre du "caillou".
Jusqu’à une époque récente, le président djiboutien (Isamel Omar Guelleh ou IOG ) a réussi à faire prospérer ce petit territoire qui vient de célébrer le 40ème  anniversaire de son indépendance  grâce à un système de "péages" pour les troupes étrangères. Il a réussi à protéger son "caillou" des conflits dévastateurs qui sévissent ou qui ont sévi autour de Djibouti (il n’a pas accepté de faire partie de la coalition des pays du Golfe contre le Yémen mais il a, par contre, approuvé que des avions saoudiens de transport se posent à Djibouti).
Les troupes françaises, présentes historiquement depuis 1883 ont, pour leur part, assuré la sécurité de la petite république convoitée par ses puissants voisins (7).
Les américains, quant à eux, sont arrivés dès la fin des années 1990  moyennant 30 millions de Dollars annuels de location des bases (60 millions aujourd'hui) puis il y eut des contingents allemands, espagnols et italiens dans le cadre des différentes actions de lutte contre le terrorisme et la piraterie.
Il y a également les japonais qui moyennant 20 millions d’Euros par an ont établi leur première et modeste base en dehors du Japon depuis la fin de la seconde guerre mondiale. Entretemps, besoin de financement oblige, les djiboutiens ont confié la gestion de leur port, de l’aéroport et du nouveau terminal à la Dubaï Port Authority. Cet accord n’a pas été renouvelé en 2013 suite au refus de Dubaï d’extrader un opposant économico-politique, M. Boreh, homme d’affaires très connu dans la région, or, ce dernier serait derrière l’accord surprise de mai 2016 par lequel le port de Berbera en Somaliland  soit pris en gestion par la Dubai Port Authority, un port utilisé en appoint par l’Ethiopie, Djibouti étant le premier port d’entrée et de sortie des marchandises pour l’Ethiopie. Sentant le vent tourner, le président Guelleh qui est un "Somali" (Issa ) né à Dire Dawa en Ethiopie et qui connaît bien son grand voisin, s’est empressé de signer un accord début mai 2016 avec l’Ethiopie autorisant les troupes éthiopiennes à intervenir à tout moment en république de Djibouti (utiliser les installations existantes, régler des conflits internes etc..). Depuis juin 2016, des troupes éthiopiennes sont effectivement stationnées à Tajourah (en territoire Afar et non loin de la frontière avec l’Erythrée et de la future base chinoise). L’Ethiopie semble ainsi se rapprocher de ses objectifs, à savoir contrôler Djibouti de facto (8).
 
La Chine poursuit son implantation aux endroits stratégiques pour le contrôle du trafic maritime
Dans sa bonne disposition à accueillir des troupes étrangères moyennant finances, la Chine devrait également prendre pied militairement dans la république djiboutienne 9). Ce n’est que depuis peu qu’ils projettent d’installer une base militaire à Tajourah, toujours en zone Afar et Tajourah où stationnent depuis peu des troupes éthiopiennes. Plusieurs milliers de chinois pourraient y trouver place, une piste d’aviation construite et un porte avion hébergé, le tout pouvant rapporter au passage plusieurs dizaines de millions d’Euros à Djibouti selon la formule choisie. On ne peut que constater ainsi "l’allongement" du système de présence des chinois qui progressivement ont poussé leurs pions en mer de Chine du sud (îles Spratleys) et à présent se placent dans une autre zone stratégique pour le contrôle du trafic maritime international entre l’Europe, l’Asie et la mer Rouge.
 
Les Russes et les Iraniens en position d’attente
Les russes et les iraniens sont relativement discrets dans cette zone. Les iraniens, outre leur soutien au régime syrien, au hezbollah libanais et aux zaydites - houthis yéménites - disposent de quelques cartes dans le Golfe que ce soit à Bahreïn (chiite à 80 %) ou encore la minorité chiite installée dans l’est du royaume saoudien (entre 1 et 2 millions de personnes). La mise en "quarantaine" récente du Qatar par l’Arabie Saoudite et ses alliés arabes (dont les émirats, l’égypte, etc…), sous  prétexte que les qataris seraient des suppots du terrorisme, fait le jeu des iraniens également. Les saoudiens jusquà peu, adeptes d’une diplomatie plutôt feutrée se sont lancés dans des aventures militaires à l’issue incertaine. Le qatar de son côté peut bénéficier du soutien de la Turquie (sunnite) et de l’Iran (chiite) qui partagent une conception "top down" de l’Islam (importance du «guide») et différente de celle des saoudiens. L’Iran partage également des champs gaziers offshores avec le Qatar.
Toutes ces aventures saoudiennes y compris celles en terre africaine, ne peuvent que faire le jeu de l’Iran le moment venu. Les Russes ont depuis quelque temps, établi de leur côté, des contacts à Djibouti mais c’est un autre facteur, religieux celui-ci, qui pourrait les impliquer à nouveau plus avant dans la Corne et ses enjeux.
                                    
Une redistribution des cartes sur fond d’instabilité politique des pays de la Corne et la montée en puissance d’acteurs régionaux du monde arabe et de la Chine évidemment
Il est clair que l’on assiste, depuis 2016, à une accélération du positionnement des uns et du repositionnement des autres. Les américains semblent plutôt bien disposés à voir leurs "amis" du Golfe, Arabie Saoudite en tête, s’installer en terre africaine et en Erythrée qui peut en espérer un retour économique salvateur. Les éthiopiens et dans une moindre mesure les djiboutiens sont mécontents de cette tournure des choses, l’Ethiopie en particulier, soutenue totalement jusqu'à présent par les américains et qui se sent plus que jamais entourée de pays ou d’acteurs politiques musulmans hostiles. Dans ces conditions, un rapprochement durable entre l’Ethiopie et la Chine n’est pas à exclure. Les américains et leurs alliés sunnites du Golfe s’éloigneraient de Djibouti vers les ports érythréens d’Assab et de Massawa et dans une moindre mesure vers celui de Berbera en Somaliland, les éthiopiens et les chinois s’implantant plus à Djibouti (y compris à Tadjourah). Enfin, il ne faut pas perdre de vue que la situation économique et sociale dans la plupart des pays de la Corne est fragile (Soudan Sud, Soudan, Somalie, Ethiopie) est de plus en plus tendue (Soudan du Sud et Ethiopie depuis mi 2016) et que cette instabilité n'est pas une bonne nouvelle d'un point de vue migrations de populations en désarroi.
 
 
L’eau, source majeure de conflit potentiel
La lutte pour l’eau et son contrôle est forte au Moyen Orient. Elle l’est également dans la Corne et elle prend plus d’acuité depuis que les arabes sunnites du Golfe prennent pied sur la côte érythréenne. Par ricochet les installations d’Assab pourraient être utilisées par l’aviation égyptienne (l’Egypte soutien la coalition des pays du Golfe contre les rebelles "Houthis") y compris contre l’Ethiopie si cette dernière met en œuvre "et en eau" le barrage de La Renaissance sur le Nil Bleu, trois fois la capacité du barrage d’Assouan. Israël a longtemps été opposé à tout aménagement du Nil (barrages, retenues d'eau) en amont de l'Egypte craignant que ces transformations ne réduisent la disponibilité en eau de l'Egypte ce qui entraînerait des troubles dans le pays qui pourraient avoir des répercussions sur la sécurité d'Israël (9).
Par la suite, Israël a changé d’avis, conscient que le développement économique et social est un facteur de paix mais à présent c’est l’Egypte qui reprend du poil de la bête, forte de la présence plus marquée des monarchies du Golfe dans la région et en Erythrée en particulier (il y a un siècle environ, l’Egypte a connu un bref conflit armé avec l’Erythrée pour un problème lié à l’eau).
Face à la menace claironnée par les égyptiens d’une destruction de ce barrage par la force, les éthiopiens pourraient être tentés par une frappe préventive contre l’Egypte au risque de s’attirer les foudres des pays du Golfe et de l’Egypte réunies  ce qui nous amène à un autre facteur de friction, celui de la religion.
 
Le facteur religieux
Lors d’une visite à Moscou, il a une quinzaine d’années, du premier ministre éthiopien Meles (qui avait combattu contre le régime du DERG soutenu par la Russie soviétique à l’époque), le patriarche Alexis a fait en sorte que la Russie de Poutine  aide ses frères orthodoxes contre les islamistes en Somalie et opérant dans la région de l’Ogaden éthiopien (financés par l’Arabie Saoudite) et en effet, un appui fut apporté en équipement mais aussi en pilotes (ukrainiens notamment !) Pour la petite histoire, en 1889, l’ataman Atchinoff et ses 150 moines cavaliers s’est brièvement installé en pays Afar, de Djibouti, avec comme "mission" de réaliser la fusion de l’église orthodoxes russes avec l’église copte d’Ethiopie.
                                                               
 
Ces facteurs d'ordre divers peuvent s'ajouter à ceux, déjà nombreux, qui pourraient déclencher des conflits (guerres de religion au Moyen Orient), s’ils ne sont pas pris suffisamment en considération. Les puissances coloniales de l’époque, la France et le Royaume Uni ayant longtemps détenu les clés de la porte des pleurs (Bab el Mandel) et qui ont dû les partager avec de nouveaux locataires de plus en plus nombreux et animés par des objectifs différents, ne sont plus en mesure de contrôler ces conflits, ni de contrôler aussi les flux migratoires. 
Les pays de la Corne dont l’Erythrée, font partie de ce puzzle et peuvent selon leur orientation, suivre les recommandations de l'UE ou s'engager plus encore dans la voie "guerrière" avec l’assentiment actif des arabes du Golfe voire celui tacite des américains.
C’est un choix délicat car il est à parier que les autres acteurs à savoir l'Ethiopie avec son appendice de Djibouti, la Chine, la Russie en particulier  et enfin l'Iran, sur fond de conflit yéménite et de concurrence saoudo-qatarienne ne resteront pas l'arme au pied.

(1) Ces derniers forment avec les Amhara une ethnie importante dans la mosaïque humaine de "l’Abyssinie" (en grec Ethiopie signifie" face brûlée par le soleil noir) et avec les habitants de la région CHOA, une sorte "d’aristocratie", les (H)ABASHAS, communautés des hauts plateaux (17 sommets dépassent les 4000m dont le Radashan  qui culmine à 4620m)
(2) Je me suis rendu à Asmara en mission d’évaluation pour la reconstruction de l’Erythrée en décembre 1992 et la capitale érythréenne, épargnée par les combats, semblait être restée à l’heure coloniale
(3) En avril 2003, lors de l’une des grandes sécheresses qui frappent cette région assez régulièrement, j’accompagnai le Commissaire européen au développement, le danois Poul Nielsen chez le premier ministre et homme fort éthiopien de l’époque, Zenawi Meles (décédé en 2012) cousin du Président érythréen Issayas Afeworki en poste depuis 1993 ;
M. Nielsen essayait de convaincre M. Meles de faire passer l’aide alimentaire européenne par les ports érythréens d’Assab et de Massawa, ceux de Djibouti et de Berbera en Somalie, ex-britannique, étant soit engorgé pour le premier soit pas
(4) L’Erythrée est souvent accusée de soutenir l’OLF  (Front de Libération des Oromos). Les Oromos constituent l’ethnie majoritaire en Ethiopie, environ 35 % de la population, devant les Amhars 27%,  les Somalis 6 %, les Tigrayens 5 % etc ... ; les contestataires estiment être brimés par les Abashas, l’Ethiopie a décrété l’état d’urgence en octobre 2016 suite à de très violentes révoltes en pays Oromo mais aussi chez les Amharas mais aussi chez les Chebabs somaliens que Addis Abeba a affronté à plusieurs reprises.
(5) J’étais ambassadeur non résident de l’UE au Yémen de 1994 à 1998 ; il y a eu le conflit fin 1995 pour le contrôle des îles Hanish revendiquées par les deux pays, un conflit tranché en octobre 1998 par un arbitrage international qui attribue la quasi totalité des îles de l’archipel au Yémen.
(6) 41 000 ressortissants érythréens et soudanais non reconnus comme réfugiés et pouvant comme 7 000 d’entre eux, être expulsés à tout moment vers le Rwanda et l’Ouganda.
(7) Les anglais détenaient jusque-là,  grâce au port d’Aden, situé en face au Yémen, le monopole du transit entre l’Europe et l’Asie et ce, en pleine guerre du Tonkin, d’où l’urgence pour la France de trouver un port de mouillage dans la même région, ce qui fut fait en signant un accord avec le sultan d’Obock qui avait auparavant signé un accord similaire avec les anglais mais heureusement pour la France, cette dernière eut le dernier mot.
(8) Lors de mes entretiens avec le président  Guelleh, lorsque j’étais ambassadeur de l’UE en Ethiopie accrédité à Djibouti de 2001 à 2003, ce dernier me disait "un éthiopien peut mettre cent ans à avaler une bouchée mais il y arrive toujours".
(9) Les chinois sont présents, dans le domaine commercial depuis quelques décennies dans la Corne où ils ont supplanté peu à peu les compagnies étrangères que ce soit dans le secteur des routes et des infrastructures mais aussi dans celui des télécommunications.
(9) Lors d’une conférence sur le Nil, organisée à Addis Abeba en 2003, par l’ambassade d’Israël, très présente, j’avais posé une question en aparté au spécialiste israélien à propos de la sous-utilisation des eaux du Nil par l’Ethiopie et sur l’insistance d’Israël au maintien du statu quo, ce dernier m’avait répondu que tout aménagement du Nil, en amont de l'Egypte aurait des conséquences négatives sur la sécurité intérieure de l’Egypte et par ricochet sur Israël.

Envoyé par l'auteur,7 juillet 2017
Yves Gazzo
Président de l’Académie des Sciences d’Outre-Mer.
Ambassadeur de l'Ordre de Malte auprès de l’UE depuis 2012
L’auteur a été ambassadeur non résident de l’UE au Yémen de 1994 à 1998, résidence en Jordanie,
Ambassadeur de l’UE en Ethiopie accrédité à Djibouti de 2001 à 2003. En Ethiopie il a effectué des missions en 1983 pour la banque mondiale (il y était l’un des responsables du secteur Afrique de l’est), a ensuite pendant deux ans (1991/1993), participé à la dernière mission de l’UE un mois avant la chute de Mengistu, puis il a dirigé une mission de l’UE de reconstruction économique de l’Ethiopie post DERG, 1992 /1993. Il a amorcé la même tâche en Erythrée en décembre 1992).
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Ce qu’on voit et ce qu’on ne voit pas - Des causes et des vrais effets
 
Ce titre du tout dernier ouvrage de Frédéric Bastiat, écrit en 1850, est souvent d’une brûlante actualité, et pas seulement dans le domaine économique. Son idée force s’applique par exemple parfaitement à la décision de la Cour de Cassation, en date du 5 juillet 2017, relative aux enfants nés dans le cadre d’une gestation pour autrui (GPA). Rappelons tout d’abord le raisonnement de Bastiat, avant de constater que cet arrêt l’illustre, comme d’autres pratiques ou décisions fâcheuses.
 
Le raisonnement de Bastiat
Les vingt premières lignes du livre deBastiat résument de façon limpide ce qu’ensuite il développe et illustre en prenant divers exemples. Relisons-les :
 
"Dans la sphère économique, un acte, une habitude, une institution, une loi n'engendrent pas seulement un effet, mais une série d'effets. De ces effets, le premier seul est immédiat ; il se manifeste simultanément avec sa cause, on le voit. Les autres ne se déroulent que successivement, on ne les voit pas ; heureux si on les prévoit.
Entre un mauvais et un bon économiste, voici toute la différence : l'un s'en tient à l'effet visible ; l'autre tient compte et de l'effet qu'on voit et de ceux qu'il faut prévoir.
Mais cette différence est énorme, car il arrive presque toujours que, lorsque la consé­quence immédiate est favorable, les conséquences ultérieures sont funestes, et vice versa. D'où il suit que le mauvais économiste poursuit un petit bien actuel qui sera suivi d'un grand mal à venir, tandis que le vrai économiste poursuit un grand bien à venir, au risque d'une petit mal actuel.
Du reste, il en est ainsi en hygiène, en morale. Souvent, plus le premier fruit d'une habitude est doux, plus les autres sont amers. Témoin : la débauche, la paresse, la prodi­galité. Lors donc qu'un homme, frappé de l'effet qu'on voit, n'a pas encore appris à discer­ner ceux qu'on ne voit pas, il s'abandonne à des habitudes funestes, non-seulement par penchant, mais par calcul.
Ceci explique l'évolution fatalement douloureuse de l'humanité. L'ignorance entoure son berceau ; donc elle se détermine dans ses actes par leurs premières conséquences, les seules, à son origine, qu'elle puisse voir."
 
Application à la GPA
Examinons le cas d’espèce du 5 juillet, où il s’agit d’un enfant né d’une mère porteuse inséminée à l’étranger avec le sperme d’un homosexuel marié. Dans un communiqué de presse figurant sur son site, la Cour déclare : "En cas de GPA réalisée à l’étranger, l’acte de naissance peut être transcrit sur les registres de l’état civil français en ce qu’il désigne le père, mais pas en ce qu’il désigne la mère d’intention, qui n’a pas accouché. Une GPA réalisée à l’étranger ne fait pas obstacle, à elle seule, à l’adoption de l’enfant par l’époux de son père."
Cet arrêt se justifie, selon la Cour, par l’intérêt de l’enfant. Elle écrit sur son site : "Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, l’intérêt supérieur de l’enfant doit être une considération primordiale (article 3 §1. de la convention de New-York relative aux droits de l’enfant)." On remarquera l’usage du singulier : l’intérêt pris en compte est celui de ce seul enfant, sans souci de l’intérêt des autres enfants, ni de celui des femmes susceptibles d’être exploitées par des organisations peu recommandables pour porter un enfant pour autrui, ni de l’intérêt de la société dans son ensemble. On devrait pourtant se demander ce que deviendra l’humanité le jour où il sera définitivement admis que l’enfant constitue une marchandise, objet de contrats commerciaux.
 
Les magistrats responsables de cet arrêt destiné à faire jurisprudence n’ont donc posé leur regard que sur ce qui se situe au premier plan, ce qui ne peut pas ne pas se voir : le bébé. Ce petit être dont la mère a été amenée, probablement par la misère, à se séparer aux termes d’un contrat léonin. La mère ? Connais pas ! Les milliers de femmes qui seront à l’avenir conduites à porter pour trois francs six sous l’enfant d’un homme qui ne leur est rien, et à s’en séparer – à moins qu’il ne présente un "défaut", car il s’agit d’une opération commerciale dans laquelle, vu le prix payé, la "qualité" du "produit" doit être excellente ? C’est leur problème ! Le développement d’une pratique dont seront victimes un nombre croissant d’enfants et de femmes, "ce n’est pas mon problème", juge implicitement la Cour, qui choisit (ou s’estime tenue) de ne pas prendre en considération les conséquences de ses actes qui ne sont pas immédiatement sous son regard.
Si Thémis est souvent représentée les yeux bandés, c’est dit-on pour symboliser son impartialité ; mais ce bandeau ne va-t-il pas finir par signifier le refus de voir certaines réalités, la volonté de juger selon des critères formels qui font abstraction des conséquences induites par les décisions prises ?
 
Les yeux grands fermés sur la démographie : a) l’exagération du vieillissement
L’aveuglement volontaire que bon nombre d’acteurs adoptent par rapport aux phénomènes démographiques a été remarquablement mis en évidence par Michèle Tribalat dans plusieurs de ses ouvrages, et notamment dans celui qui porte le titre que nous reprenons pour cette section (1). Il y a ce que l’on ne voit pas parce que l’on a la vue basse, ou parce que c’est bien caché, et ce que l’on ne veut pas voir. Je citerai trois exemples de cette seconde attitude, qui correspond à l’expression "les yeux grands fermés", dans des domaines autres que l’immigration, si bien étudiée par Mme Tribalat.
 
Le premier exemple concerne les statistiques par tranches d’âge. La plupart des grands organismes qui diffusent des statistiques démographique, tels que l’INSEE et l’INED en France, Eurostat ou l’OCDE au niveau international, utilisent imperturbablement depuis des décennies, pour mesurer le vieillissement de la population, le même âge de la vieillesse : 60 ans pour certains, 65 ans pour d’autres. Aucun d’entre eux ne prend en considération le fait que l’être humain devient vieux, en moyenne, de plus en plus tardivement, au fur et à mesure que ses conditions de vie s’améliorent. Le phénomène du vieillissement, déjà assez inquiétant dans divers pays tels que le Japon ou l’Allemagne si l’on regarde la réalité, est de ce fait artificiellement grossi par l’usage qui est fait de statistiques inadéquates.
Si l’on remonte un siècle en arrière, le pourcentage de personnes âgées pouvait être valablement calculé en comptant comme tels les plus de 55 ans. Mais aujourd’hui, il doit être calculé, dans de nombreux pays, en mettant la barre aux environs de 70 ans. Dans un pays comme la France, vouloir la retraite à 60 ans aurait eu un sens à la Libération ; cela n’en avait déjà plus guère en 1981, lorsque l’Union de la Gauche réclamait cette mesure, qu’elle mit hélas en pratique deux ans plus tard.
Avoir les yeux grand fermés, cela peut être synonyme de regarder notre monde avec les lunettes qui corrigeaient correctement notre vue quelques décennies plus tôt, mais ne lui sont plus adaptées aujourd’hui. La définition bureaucratique du vieillissement nous empêche de voir le vieillissement réel – nettement moindre. Et elle encourage les pouvoirs publics à conserver indéfiniment des âges officiels de la retraite de plus en plus déconnectés de la réalité, au prix d’une grave injustice envers les travailleurs, soumis à des cotisations et impôts déraisonnables au bénéfice de jeunes sexagénaires abusivement admis à la retraite.
 
Démographie les yeux grands fermés : b) l’oubli du théorème de Sauvy et deux de ses conséquences
Le second exemple implique les législateurs, quasiment dans le monde entier. En effet, les législations des retraites par répartition justifient l’attribution de droits à pension aux assurés sociaux par le fait qu’ils paient les pensions de leurs aînés. Alfred Sauvy eut beau expliquer, au milieu des années 1970, au moment où la fécondité chuta fortement en France, que nous ne préparons pas nos retraites – en répartition – par nos cotisations, mais par nos enfants, personne ne l’écouta. Ignorant ce "théorème de Sauvy", aveuglés par la promesse irréaliste d’avoir des pensions proportionnelles à leurs cotisations vieillesse, les actifs ont accepté de verser des sommes déraisonnables, ce qui plombe aujourd’hui nos finances publiques et contribue à plonger notre économie dans la langueur.
 
Le troisième exemple est en quelque sorte le cousin germain du second. Il s’agit de l’interprétation des difficultés rencontrées par le système français de retraites par répartition depuis que partent à la retraite les personnes issues du baby-boom. La grande majorité des "personnes autorisées" qui commentent ces difficultés – parmi lesquelles, hélas, bien des statisticiens et des économistes qui n’ont rien compris au film – attribuent cette difficulté au grand nombre des départs à la retraite, conséquence du baby-boom d’il y a soixante ans. Or ces retraités sont ce que l’on voit, mais il y a ce que l’on ne voit pas : les millions d’enfants qui ne sont pas nés à partir de 1975 du fait de la chute de la natalité. Si ces enfants avaient été mis au monde, ils viendraient aujourd’hui et demain augmenter le nombre des travailleurs, et donc des cotisants aux caisses de retraites. Avec un nombre de cotisants augmentant plus vite que celui des retraités, l’avenir de nos retraites ne poserait pas de problème.
 
La véritable cause des difficultés que prévoient à juste titre des organismes tels que le COR (Conseil d’orientation des retraites) est donc le passage de la fécondité de 2,6 ou 2,8 enfants par femme à 1,8 ou 2 ; elle réside dans ces enfants qu’on ne voit évidemment pas puisqu’ils n’existent pas, c’est-à-dire dans le changement de comportement des Françaises et des Français, qui ont fortement réduit leur propension à donner la vie. En faisant croire à la population qu’il suffit aux actifs, pour avoir droit à une pension, de payer les pensions de leurs aînés, le législateur lui a bandé les yeux. En attribuant au baby-boom un problème dans lequel ce phénomène démographique n’est pour rien, des bataillons de commentateurs doctement ignares ont parachevé l’œuvre d’un législateur déconnecté des réalités.
Luttons donc contre la tendance que nous avons à fermer les yeux, ou à détourner notre regard, pour ne pas voir ce qui ne nous plait pas, ou ce qui ne nous est pas familier !
(1) Les Yeux grands fermés. L’immigration en France. Denoël, 2010.

Envoyé par l'auteur, 8 juillet 2017
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Alep et Mossoul : la guerre de l’information
 
Dans "Le Monde idées" du 8 juillet 2007, page 3, Christophe Ayad se livre à un  bel exercice de désinformation. Pour lui, la stratégie militaire ne peut expliquer la défaite, voire la débâcle des opposants au régime de Bachar el Assad à Alep le 26 décembre 2016, à l’issue de six mois de siège. Rappelons que les adversaires du gouvernement légal syrien, c’était un conglomérat regroupant des icones de la démocratie : des groupes liés à Daech et subventionnés par l’Arabie Saoudite et le Qatar. Propagande et guerre de l’information auraient joué le rôle essentiel dans l’effondrement des opposants à Bachar el Assad. L’effort de la guerre hybride, théorisée par les stratèges russes, aurait particulièrement visé la France du Président Hollande, pays occidental le plus disposé à intervenir en Syrie.
 
Est-il possible de se moquer plus effrontément de ses lecteurs ? Car enfin, jamais la télévision comme la presse française ne nous avaient accablés de tant de bombardements aveugles, d’usage d’armes chimiques, d’enfants ensanglantés, de civils massacrés par les forces gouvernementales syriennes. En dépit de ce parti  pris des média, l’opinion publique a fini par comprendre que Bachar el Assad était moins isolé que le prétendait la presse bien pensante, qui n’a jamais fait son deuil du soi-disant printemps arabe.
Trente et un mille civils auraient été tués à Alep selon l’article du Monde. Il sera intéressant de comparer avec les chiffres des civils victimes collatérales des bombardements de la coalition dirigée par les Etats-Unis, destinée à libérer Mossoul : nous y participons. D’après les chiffres des média arabes, on serait déjà à plus de cinquante mille civils tués à Mossoul. Il y a eu des femmes et des enfants tués par nos avions et notre artillerie : aucune image d’un d’entre eux n’a été exhibée dans notre presse. Serait-elle aux ordres des Etats-Unis ?

8 juillet 2017
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Le Congrès de Versailles
 
Le Congrès de Versailles, réunissant l'Assemblée nationale et le Sénat, n'est pas une institution nouvelle. Il a été créé par la Constitution de 1875, établissant la IIIe République. Sous la IIIe et la IVe république, il servait, en principe tous les sept ans, à élire le président de la République. Sous la Ve république, son rôle a été profondément transformé. Le chef de l'État était élu par un collège élargi de grands électeurs, puis à partir de 1962, au suffrage universel. Le Congrès servait désormais à voter les modifications constitutionnelles, chaque fois que le Gouvernement renonçait à soumettre ces dernières au référendum.
Depuis la révision constitutionnelle de 2008, commencée par le président Sarkozy, le chef de l'État est autorisé à s'exprimer devant le Congrès. Cette réforme, d'apparence anodine, aboutissait à rompre avec une tradition républicaine fondamentale. Depuis 1873 et la présidence d'Adolphe Thiers, au titre de la séparation des pouvoirs, le président de la république ne devait en aucun cas s'exprimer directement devant la Chambre. Nicolas Sarkozy a fait usage de cette nouvelle possibilité en juin 2009, pour annoncer son "grand emprunt", et François Hollande en novembre 2015, à la suite de l'attentat du Bataclan. Emmanuel Macron innove en étant le premier président de la République, depuis la réforme constitutionnelle de 2008, à ouvrir son mandat par une déclaration devant le Congrès. Par ce geste solennel, il franchit un nouveau palier dans la présidentialisation du régime qu'il porte à un niveau jamais atteint ni par Sarkozy, ni par Hollande.

À l'origine, la Constitution de 1958 créait un régime "semi-présidentiel" fondé sur un équilibre entre les pouvoirs. Le président de la République se présentait comme une autorité supérieure, impartiale, incarnation de l'unité, de la sécurité et du destin de la Nation, élu pour sept ans (article 5). Le Premier ministre disposait d'un rôle fondamental, complémentaire de celui du chef de l'État. Il était chargé de gouverner le pays, de mettre en œuvre la politique économique et sociale de la Nation, avec le soutien de sa majorité à l'Assemblée, et sous le contrôle du parlement (article 20 et 21). Le Premier ministre et ses ministres avaient seuls la mission de présenter et de défendre la politique du Gouvernement devant l'Assemblée nationale et le Sénat. La répartition des rôles variait en fonction de la personnalité des présidents et de leur premier ministre : de Gaulle/Pompidou, Giscard d'Estaing/Barre, Mitterrand/Mauroy, Mitterrand/Rocard, etc. Mais dans les grandes lignes, le partage entre les missions de nature présidentielle (long terme, politique étrangère et de défense) et l'action gouvernementale, la conduite d'une politique, se trouvait respecté.

Les années 2000 ont ouvert la voie à un processus de présidentialisation du régime qui voit le pouvoir présidentiel écraser tout autre pôle de responsabilité politique.
Déjà, le passage du septennat au quinquennat a bouleversé les équilibres politiques. Le président de la République, élu juste avant l'Assemblée nationale, pour un mandat coïncidant avec celui des députés, devenait de facto le chef de la majorité parlementaire, responsable de la mise en œuvre de son propre programme. Dès lors, le président de la République perdait son rôle de sage au-dessus de la mêlée, se substituant au chef de Gouvernement dont la mission se trouvait considérablement amoindrie. La prise de parole du président de la République devant le Congrès, notamment en début de quinquennat, marque une étape nouvelle, décisive, dans la présidentialisation du régime. Autant sur le plan du symbole que de la pratique, il s'impose à lui tout seul comme l'incarnation d'une politique gouvernementale face au Parlement, à la place du Premier ministre qui parlera après lui.
Le quinquennat qui s'ouvre en 2017 semble ainsi porter à son paroxysme une présidentialisation engagée par les deux précédents qui tend vers la disparition de fait (et un jour peut-être, de droit), du poste de premier ministre. Est-ce un bien, est-ce un mal ? Le phénomène de l'hyper-présidence s'inscrit dans la tradition française de l'homme providentiel. L'image du chef unique renvoie, dans l'inconscient collectif, à celle de l'autorité, du pouvoir sans partage. La médiatisation de la politique, devenue un grand spectacle quotidien, centrée sur un seul homme, décuple la personnalisation du pouvoir. Pourtant, au-delà des illusions, l'hyper-présidence n'est aucun cas une garantie d'efficacité ni d'autorité de l'État, bien au contraire. La concentration du pouvoir à l'Élysée a pour effet de démotiver et déresponsabiliser les autres pôles de décision. Mais surtout, élu sur une image, dont il tient sa légitimité, le président de la République aura inévitablement pour priorité de préserver celle-ci, voire de l'améliorer, surtout s'il entend briguer un second mandat. Consciemment ou inconsciemment, cette inclination l'emportera toujours sur l'intérêt général du pays. L'hyper-présidence, en tant que système de pouvoir, favorise inévitablement la communication, les postures et les illusions au détriment des choix de gouvernement et de la confrontation avec la réalité. L'hyper-présidence, fondée sur une forme d'idolâtrie médiatique, à la fois fragile et superficielle, risque à tout moment de basculer dans le rejet et le lynchage d'un président devenu bouc émissaire et d'engendrer ainsi une crise de confiance.

Depuis des décennies, il manque cruellement à la France un chef de l'État au sens le plus noble du terme, autorité morale au-dessus de la mêlée, visionnaire, impartial, exemplaire, incarnation du pays, parole de la Nation et symbole de confiance. Il lui manque aussi un Premier ministre puissant, autoritaire, responsable de ses choix, capable d'assumer le risque de profondes réformes. Il lui manque enfin un Parlement respecté, indépendant, représentatif du pays, expression de la démocratie, chargé de soutenir et de contrôler la politique du Gouvernement.
Le débat sur la "VIe République" est totalement biaisé : nous sommes déjà sous une VIe République, fausse imitation du régime américain, qui n'a strictement plus aucun rapport avec la Ve République du général de Gaulle! Cette dérive politique, de décennie en décennie, facteur d'indécision, d'immobilisme, et de fuite dans la posture, explique en partie le décrochage de la France en Europe et dans le monde. De fait, le bon sens devrait conduire à un retour aux fondamentaux de la Ve République, à un septennat, rendu non renouvelable, à un rééquilibrage des pouvoirs, à parts égales entre le chef de l'État, le Gouvernement et le Parlement. Mais dans l'aveuglement, la béatitude, l'abêtissement général et la dictature des illusions, qui y songerait ?

maximetandonnet.wordpress.com, paru sur Figarovox, 3 juillet 2017
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L'État islamique, hydre cauchemardesque des Occidentaux
 
Le Moyen-Orient connaît aujourd'hui une situation qui ressemble à celle de l'Europe du XVIIe siècle, lorsque la querelle religieuse entre catholiques et protestants s'est transformée en une guerre totale.
 
C'est le début de la fin. À Mossoul comme à Raqqa, les défenseurs de Daech croulent sous l'assaut de leurs assaillants. L'État islamique s'était installé dans ces deux villes pour montrer qu'il ignorait la frontière entre l'Irak et la Syrie, délimitée par le fameux accord Sykes-Picot d'il y a un siècle. Une façon symbolique d'effacer la colonisation franco-anglaise et sa prétention à imposer partout la forme européenne de l'État-nation. Le combat de Daech est d'abord une prétention au califat, la forme impériale qu'a prise l'Islam dans l'Histoire. Cette ambition de s'inscrire sur un territoire est la grande différence avec l'action déterritorialisée et mondialisée d'al-Qaida.
 
La défaite de Daech dans ces deux villes sonnera le glas de son ambition politique. Elle ne mettra nullement un terme à son combat ni au désordre sanglant dans la région. Ses vainqueurs sont trop nombreux. La coalition occidentale et celle formée par l'Iran et la Russie n'ont pas les mêmes objectifs. À Mossoul comme à Raqqa, ce sont les troupes kurdes d'élite, aidées des conseillers américains, qui font le plus mal aux combattants du califat. La Turquie ne peut tolérer l'édification d'un Kurdistan indépendant par les armes. Erdogan est prêt à intervenir militairement en Syrie pour arrêter les Kurdes. Que feront les Américains, alliés de ces deux ennemis mortels ? La Turquie sait qu'elle est regardée de travers par ses partenaires de l'Otan. Pour ne pas ouvrir trop de fronts à la fois, Erdogan a embrassé la babouche de Poutine et renoncé à renverser Assad. Mais l'Arabie saoudite n'a pas renoncé à combattre le dictateur syrien. Assad et son clan sont pour elle le symbole de l'insupportable présence de l'Iran. L'Arabie saoudite ne peut tolérer cet arc chiite Bagdad-Damas-Beyrouth qui s'est imposé peu à peu, profitant des folles interventions militaires américaines et de la puissance de feu des milices du Hezbollah. Cet affrontement entre l'Arabie saoudite et l'Iran va structurer encore longtemps la région. Il explique le soudain blocus du Qatar (ami de l'Iran !) et les bombardements de l'aviation saoudienne sur le Yémen.
 
Le Moyen-Orient connaît aujourd'hui une situation qui ressemble à celle de l'Europe du XVIIe siècle, lorsque la querelle religieuse entre catholiques et protestants s'est transformée en une guerre totale où toutes les puissances ont fini par intervenir, y compris la France de Richelieu. Cette guerre dura trente ans. Elle ravagea l'Europe, et l'Allemagne y perdit le tiers de sa population.
Le Moyen-Orient connaît sa guerre de Trente Ans. Tout le monde surveille tout le monde. Trump soutient l'Arabie saoudite. La Russie ne lâche pas l'Iran. Les ennemis de mes ennemis deviennent mes amis : Israël, par crainte de l'Iran et du Hezbollah à ses frontières, est en train de devenir le meilleur allié de l'Arabie saoudite. Tant pis pour les Palestiniens !
Dans ce grand jeu, le sort de Daech est anecdotique. Peu importe la structure, les fondamentaux de l'Islam demeurent. L'Arabie saoudite continuera de financer dans le monde les mosquées salafistes et l'islam le plus rigoriste de se répandre dans nos banlieues. Le califat est mort, vive le califat !

Paru dans Le Figaro Magazine, 7 juillet 2017
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Immigration, islam : les deux sujets oubliés
 
La Haute-Macronie lit-elle les sondages qui l’ennuient ? Sur l’immigration et l’islam, les chiffres alarmants se suivent et se ressemblent. Cette fois, c’est une enquête parue dans Le Monde de mardi qui fait apparaître que 65 % des Français estiment qu’"il y a trop d’étrangers en France". 60 % des sondés déclarent que, "aujourd’hui, on ne se sent plus chez soi comme avant". 61 % des personnes interrogées jugent que "d’une manière générale, les immigrés ne font pas d’efforts pour s’intégrer en France". Concernant l’islam, 74 % des Français partagent le sentiment que cette civilisation "cherche à imposer son mode de fonctionnement aux autres". 85 % jugent l’intégrisme islamiste comme "un problème de plus en plus préoccupant". Enfin ils sont 46 % à penser que, "même s’il ne s’agit pas là de son message principal, l’islam porte malgré tout en lui des germes de violence et d’intolérance". Mais il faut croire que ces truismes, qui valent généralement à ceux qui les rappellent d’être remisés dans la "fachosphère" par la maréchaussée médiatique, ont des allures de "fake-news" pour le président de la République et son Premier ministre. Alors que les tensions identitaires raidissent la France, Emmanuel Macron a préféré broder, lundi devant le Congrès réuni à Versailles, sur son "projet humaniste pour le monde", tandis qu’Edouard Philippe, mardi devant les députés, a stigmatisé "les autruches" qui nient le réchauffement climatique. En Haute-Macronie, les autruches sont reines.
 
Je reconnais à Macron d’avoir clairement parlé de "terrorisme islamiste" et d’avoir critiqué "le déni des réalités, ce refus de voir le réel en face". Mais ses imprécisions sur la pression migratoire en cours et son ode à "l’inclusion de tous", cette braderie de l’assimilation et de l’intégration, sont autant de non-réponses à l’immigration et à l’islam. Il faut dire que des décennies durant, la première a été présentée officiellement comme "une chance pour la France" et le second comme "une religion de paix et de tolérance". C’est d’ailleurs ce registre poussif que semble poursuivre Philippe. Sur le "défi migratoire", son obscurité est celle du chef de l’Etat. Sur l’islam, le mot n’est pas même prononcé, ce qui en dit beaucoup sur la capacité du premier ministre à garder la tête dans le sable. S’il a bien décrit le "fossé" entre la France des métropoles mondialisées et la France périphérique, il n’a rien dit de la contre-société qui s’islamise et s’éloigne de la communauté nationale. Philippe s’est gardé de faire comprendre que son plaidoyer pour la laïcité s’adressait à cette civilisation nouvelle. Cette laïcité, il a dit vouloir la faire "respecter sans outrances" mais de manière "déterminée". Cette notion d’outrance est d’abord l’argument de l’islam politique, qui n’accepte aucune contrainte de la République. Il se confirme que la Haute-Macronie ne sera pas un obstacle à l’immigration ni à l’islam politique.

Paru sur blog.lefigaro.fr/rioufol, 5 juillet 2017
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La République française et l'islam
 
Le 20 juin dernier, le président Emmanuel Macron, répondant positivement à l’invitation du Conseil Français du Culte Musulman (CFCM), a participé au repas de rupture du jeûne du Ramadan (iftar). Le chef de l’Etat renouvelait ainsi le geste accompli tout juste dix ans auparavant par l’ancien président Nicolas Sarkozy.
Au début de la soirée, E. Macron a prononcé un discours substantiel dont l’essentiel portait sur les conditions nécessaires à une coexistence apaisée entre les Français de confession musulmane  et leurs compatriotes non musulmans. Ce discours a été analysé par Annie Laurent dans un entretien qu’elle a accordé au FigaroVox  paru dans l’édition du 22 juin
 
Dans le discours qu’il a prononcé le 20 juin 2017 lors du repas de rupture du jeûne du Ramadan (iftar) organisé par le Conseil Français du Culte Musulman (CFCM), le président Emmanuel Macron a mentionné trois combats qui, selon lui, doivent être menés conjointement par l’Etat et les représentants de l’islam en France. Nous en reprenons l’essentiel en les complétant de notre commentaire.
 
Le combat contre le fanatisme, le terrorisme et l'idéologie totalitaire qui le supporte
Pour E. Macron, ces maux relèvent d’une "perversion du message de l’islam" et la solution ne peut se limiter à l’intervention des forces de l’ordre, elle passe aussi par une réponse civilisationnelle qui incombe aux musulmans eux-mêmes.
"Il vous appartient, vous acteurs du culte [islamique], de combattre pied à pied sur le terrain théologique et religieux, de démasquer chaque fois que nécessaire l’usurpation de vos valeurs, la captation de l’histoire de votre religion, la négation de quinze siècles de travail d’interprétation réalisé par vos savants". "La République vous aidera dans cette tâche […], mais elle ne peut se substituer sur le terrain théologique et religieux de cette part de légitimité à votre indispensable travail". "Il est indispensable que nous gagnions ce combat face aux prédicateurs de haine qui, au nom de l’islam, aujourd’hui de manière clandestine, procèdent encore à des prêches contraires aux valeurs de la République, à ce qu’est le cœur de l’islam".
          Commentaire
Il faut d’abord signaler qu’il existe mille et une interprétations des textes sacrés de l’islam. Cette religion, dans sa version sunnite, ultra-majoritaire et la seule concernée par les débats actuels en France, ne possède pas d’autorité dotée d’un pouvoir d’interprétation revêtu du sceau de l’authenticité. Autrement dit, il n’y a pas de pape de l’islam habilité à trancher et à imposer sa lecture, ce qui permettrait, par la même occasion, aux non-musulmans de savoir quel est le véritable islam, celui de la paix ou celui de la haine.
En outre, les Français musulmans ne sont pas unis, du fait de la variété de leurs origines et de leurs allégeances idéologiques. Ainsi, l’islam des Turcs n’est pas celui des Maghrébins, le salafisme diffère des Frères musulmans, etc. C’est pourquoi je ne vois pas comment le président de la République ou un autre responsable politique peut dire de façon certaine ce qui constitue "le cœur de l’islam ", pour reprendre M. Macron. A quel titre la République peut-elle se prononcer sur une telle définition ? Et comment concilier de tels propos avec la laïcité propre à l’État français ?
En réalité, l’unique moyen d’en finir avec l’extrémisme serait de rayer les passages du Coran et de la Sunna (la Tradition mahométane) justifiant la violence et les atteintes aux libertés. Car, qu’on l’admette ou pas, ces textes sacrés comportent bien des incitations à la haine. Or, pour les musulmans, le Coran est un livre incréé ayant Dieu pour seul auteur. Ce dogme prévaut depuis le IXè siècle. Aucune autorité humaine ne peut donc prétendre le modifier. Tel n’est pas le cas de la Bible puisqu’elle est inspirée, non dictée. Même les intellectuels musulmans engagés dans la promotion d’un islam adapté à la modernité ne reviennent pas sur ce dogme lorsqu’ils restent attachés à leur identité et leurs croyances.
L’absence de magistère et le caractère incréé du Coran sont deux obstacles structurels qui empêchent toute évolution dans le sens d’une interprétation unique et authentique ; ils rendent aussi impossible la suppression matérielle des versets inadaptés au monde actuel et fauteurs de guerres, même si, évidemment, tous les musulmans n’appliquent pas ces derniers.
 
Le combat contre le repli identitaire
Emmanuel Macron :
"Il faut être extrêmement vigilant chacun dans ses responsabilités contre tout ce qui façonne des formes de repli identitaire parce que fonder son identité politique et sociale sur sa seule foi, c’est au fond admettre que sa foi n’est pas compatible avec la République, personne ne peut faire croire que la France et les Français rejetteraient sa composante de foi musulmane, personne au nom de cette foi ne peut demander à des Françaises et des Français de se soustraire aux lois de la République ».
          Commentaire
Pour les musulmans, les principes d’organisation sociale et politique sont d‘ordre divin. Ils s’appuient sur deux sources principales : le Coran et la Sunna. On voit bien la discordance qui existe avec le modèle démocratique lorsqu’on considère notre devise nationale : "Liberté, Égalité, Fraternité".
 
Sur la question des libertés : pour nous, Français, la liberté est universelle et également partagée. Dans l’islam, il n’y a de libertés que restreintes : ainsi en est-il, par exemple, de la liberté de conscience, qui est inexistante. Par conséquent, un musulman ne peut être reconnu comme agnostique ou se convertir à une autre religion. A cet égard, il faut souligner que, tout en interdisant l’apostasie, le Coran ne prévoit aucune peine temporelle pour punir celui qui s’en rend coupable. Le droit islamique s’appuie donc sur une sentence attribuée à Mahomet : "Celui qui quitte la religion, tuez-le". Dans ce registre, la charia (loi islamique) fait figure de Code pénal pour les musulmans. Dès lors, si une Constitution proclame la charia comme source du droit, rien n’empêche un magistrat saisi d’une telle affaire de prononcer la peine de mort.
Pour revenir au contexte français, il faut rappeler ce qui s’est passé lorsque, dans les années 1990, alors que des négociations étaient entamées entre le gouvernement et des responsables musulmans en vue de l’organisation du culte islamique, le ministre de l’intérieur de l’époque, Jean-Pierre Chevènement, avait proposé à ces derniers une charte contenant notamment une clause par laquelle ils s’engageraient à respecter la liberté de conscience, y compris le droit de renoncer à l’islam. Or, sous la pression de certains mouvements islamistes, notamment les Frères musulmans, le ministère retira cette clause de la charte. Il justifia cette reculade en rappelant que la Constitution française garantit la liberté religieuse. Ce faisant, il ignorait que, pour les musulmans convaincus, la charia est supérieure à toute loi humaine, donc à celle de la République. Cet exemple permet de prendre la mesure de l’incompatibilité entre nos principes respectifs.
 
Concernant l’égalité, le Coran instaure la supériorité du musulman sur le non-musulman et de l’homme sur la femme. Ces principes ne sont pas discutables puisqu’ils relèvent du volontarisme divin. Autrement dit, ils ne peuvent être sujets à modification. On perçoit immédiatement les problèmes que cela peut poser dans la vie sociale. Certes, l’islam reconnaît le principe de "fraternité", mais il ne s’applique qu’au sein de l’Oumma, la communauté des croyants musulmans. C’est pourquoi un musulman peut se sentir d’abord citoyen de l’Oumma avant d’être citoyen de son propre pays, même de naissance, si celui-ci n’est pas régi par l’islam. Il en résulte une grande divergence avec les fondements démocratiques.
 
Il faut ajouter que l’islam ignore le concept de "personne". D’origine biblique, celui-ci confère à tout être humain une dignité inviolable et inaliénable, puisque, selon la Genèse, Dieu a créé l’homme à son image et à sa ressemblance. Il s’agit là d’un fondement ontologique, qui est l’un des piliers structurants de notre société. Or, le Coran occulte cette mention, instaurant une distance infranchissable entre Dieu et ses créatures humaines. De tout cela résulte le fait que, dans l’islam, l’individu a des devoirs mais pour ce qui de ses droits, ils ne sont que ceux que Dieu veut bien lui donner. L’islam accorde donc la primauté au juridique, d’où la prépondérance, pour certains de nos compatriotes musulmans, de la charia sur le droit français.
 
Le combat de la formation des imams et des enseignants
Emmanuel Macron :
"Je ne saurai ici ignorer les caractéristiques théologiques et religieuses qui règlent la place et les fonctions de l’imam et procéder par analogie avec d’autres religions ne saurait fonder un raisonnement juste. Mais l’enjeu est simple : il importe de former les imams sur le sol français et de façon adaptée aux valeurs de la République. […] Pour ce qui concerne l’Etat, cette ambition vise d’abord le savoir des sciences humaines et sociales, plus largement tout l’enseignement non confessant ".
Le président a indiqué que les institutions universitaires à créer "auront le soutien de l’Etat car il n’est plus possible de se contenter aujourd’hui d’un appel massif à des imams formés dans des pays tiers […]. Dans le champ religieux, nous savons que les formations en France sont aujourd’hui très limitées et nous savons aussi que l’Etat ne peut pas en être directement un acteur. C’est pourquoi il faut permettre à des initiatives privées d’émerger dans le respect du principe de séparation".
Et il a précisé que ce projet concerne aussi "la formation des enseignants de religion […] et des acteurs administratifs".
          Commentaire
Emmanuel Macron a raison, l’imam ne peut être assimilé à un prêtre. L’islam ignorant le principe de médiation entre Dieu et l’homme, il n’a ni sacerdoce ni sacrements. Le rôle de l’imam consiste à diriger la prière et à assurer la prédication du vendredi. Celle-ci ne se limitant pas au domaine religieux, puisqu’en islam le temporel et le spirituel sont mêlés, elle peut comporter des aspects relatifs, par exemple,  à la politique, au refus de la laïcité et de la culture françaises, aux relations avec les non-musulmans, aux rapports hommes-femmes… L’imam n’a pas pour mission d’assurer un accompagnement spirituel, c’est pourquoi il se contente  souvent de veiller à l’observance des rites ou des interdits alimentaires. Ainsi, l’imam ne peut être tenu responsable des actions de ses fidèles. La difficulté est accrue si l’on sait qu’une partie importante des imams officiant en France ne parle pas notre langue.
Dans son discours, le président a salué la création, à l’initiative de l’Etat, d’une aumônerie musulmane. Il s’agissait de montrer que l’Etat français accorde le même traitement à toutes les religions présentes sur notre territoire. Or, l’aumônier n’existe pas dans la tradition islamique. Il s’agit donc là d’une erreur puisque, comme nous l’avons souligné, il n’y a pas de médiation entre Dieu et l’homme dans l’islam.
Il existe déjà des Instituts de formation d’imams, dont deux sont gérés par l’Union des Organisations islamiques de France, laquelle, étant liée aux Frères musulmans, à bien des égards ne transmet pas des valeurs compatibles avec la démocratie.
Le chef de l’Etat a dit sa conviction qu’un tel combat pour la formation des cadres musulmans est possible, se référant notamment à la « Charte de l’imam » publiée par le CFCM en mars dernier. Celle-ci comporte des aspects rassurants tels que l’attachement à la laïcité, à la liberté, au dialogue interreligieux et le rejet de toute justification de la violence au nom de Dieu. Le CFCM a demandé à toutes les instances représentatives de l’islam en France et aux mosquées d’adhérer à cette charte… mais celle-ci a immédiatement été rejetée par la majorité d’entre elles.
 
Il reste que la question de la formation des imams est pertinente si l’on considère les préoccupations liées à la sécurité publique. Mais la solution à ce problème soulève d’importantes questions à la République laïque. Qui va trancher les difficultés liées à l’interprétation des dogmes et des textes sacrés ? Comment gérer les divergences idéologiques ? L’Etat envisage-t-il de fermer les instituts de l’UOIF ? En fait, qui va contrôler l’enseignement dispensé dans les établissements de formation d’imams ? Il n’y a pas de réponse pertinente à ces questions. Imagine-t-on voir un jour, sous prétexte de traitement égalitaire entre religions et de respect de la loi républicaine, l’Etat laïque s’immiscer dans les programmes des séminaires de l’Église catholique, interdire l’enseignement de la loi naturelle (concernant notamment le  mariage et la filiation) ?
E.Macron a mis les représentants officiels de l’islam face à leurs responsabilités. Mais des actes doivent suivre. En cas de violences ou de discours haineux prononcés dans les mosquées en référence au Coran et à la Sunna, ceux-ci devraient pouvoir être poursuivis pour complicité avec les imams dangereux. L’État devrait aussi imposer la langue française lors des prêches et interdire tout financement étranger des mosquées et associations. Il faut être d’une intransigeance absolue quand il s’agit de la paix civile et ne pas hésiter à recourir à des mesures d’expulsions. Encore une fois, ces initiatives ont trouvé leurs limites face à l’absence d’autorité réellement représentative de l’islam, rôle auquel le CFCM ne peut prétendre.
 
Pour conclure
"Il nous faut toujours réaffirmer qu’il n’y a pas, dans notre pays, d’un côté les musulmans et de l’autre les Français. Mais bel et bien uniquement des Français, de tous horizons, de toutes convictions, tous citoyens au sein d’une République dont la laïcité garantit à chacun la liberté et l’égalité et offre comme projet commun la fraternité ».
Cependant, en se mêlant de l’organisation de l’islam en France, il est à craindre que l’Etat contribue, sans doute malgré lui et tout en dénonçant le communautarisme, à confessionnaliser les musulmans, alors que, selon la Constitution de notre pays, les ressortissants français sont d’abord des citoyens avant d’être chrétiens, musulmans, juifs ou autres. On risque ainsi  de donner à l’islam le statut de religion d’Etat, comme le regrettait feu le cardinal Lustiger.

Paru sur Clarifier, la Petite Feuille verte, juin 2017
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Rebelote en Centre-Afrique
 
Les campagnes électorales ont permis aux Français d’oublier ce qui se passe au Proche-Orient ou en Afrique. Soyons clair: la République Centrafricaine (RCA) est à nouveau dans l’état où les militaires français l’avaient trouvée en 2012. Un Etat failli, ravagé par les luttes entre milices musulmanes (ex-Seleka) et chrétiennes (ex-antibalaka). Les unes seraient manipulées par l’ancien président François Bozizé, les autres  par Michel Djotodia, tous deux prudemment exilés loin de la RCA. Un gouvernement ectoplasmique ne dirige rien hors de Bangui, et encore… La mission des Nations-Unies (Mission multidimensionnelle intégrée des Nations-Unies pour la stabilisation en République centrafricaine, Minusca) n’a aucune efficacité policière ou militaire. Un habitant sur cinq a cherché refuge au Cameroun ou au Tchad.
Que faut-il faire ? En 2016, le gouvernement français a décidé le départ des militaires de l’opération Sangaris, à la façon dont le Président Bush avait clamé "mission accomplie" en Irak. Dans le contexte financier actuel et compte tenu de l’épuisement de nos forces, il serait dangereux de lancer une nouvelle opération Sangaris. On ne pourra stabiliser la RCA sans accepter d’y rester au moins une dizaine d’années. Apparemment, il n’y a pas de solution évidente.
Faut-il mettre la RCA sous tutelle jusqu’au rétablissement de la paix ? A qui confier ce mandat ? Faut-il accepter un démembrement de la RCA entre ses voisins, Tchad, Cameroun, Congo-Brazzaville, et donc donner le signal de la remise en cause des frontières héritées de la colonisation ?

Envoyé par l'auteur, 7 juillet 2017
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Les errances de Monsieur Hulot
 
Quand j’entends parler de Monsieur Hulot, je ne peux pas m’empêcher de penser à Jacques Tati à la différence près que "Mon Oncle" était un doux rêveur mal à l’aise dans son temps alors que Nicolas Hulot est un Khmer vert prêt à imposer aux Français un changement de mode de vie dont ils ne veulent pas.
La France a cinq millions de chômeurs, une dette colossale, un budget toujours déficitaire et une balance des payements à la peine.
Les Etats Unis dont l’économie se porte beaucoup mieux que la nôtre n’importent plus de produits pétroliers couvrant leurs besoins avec le gaz et le pétrole de schiste. On vient de s’interdire de rechercher et d’exploiter nos ressources en gaz de schiste et monsieur Hulot a déclaré qu’il n’accorderait plus aucun nouveau permis d’exploration d’hydrocarbures sur le territoire français. Va-t-il interdire les prospections dans notre Zone exclusive du canal de Mozambique qui contiendrait des réserves importantes ? M. Hulot préfère enrichir le Qatar qui rachète nos équipes de foot, nos hôtels et beaucoup d’autres choses. Si on veut relancer l’économie et en particulier l’industrie il faut disposer de l’énergie la moins chère possible et donc miser sur le nucléaire et les centrales au gaz plutôt que sur les éoliennes autrement polluantes et les panneaux solaires importés de Chine. M Hulot lui souhaite en finir avec les énergies fossiles mais aussi fermer plusieurs centrales nucléaires.

La France produit à peu près un pour cent des émissions mondiales de "gaz à effet de serre", très loin derrière les Etats Unis qui ont dénoncé l’accord de Paris, la Chine et l’Inde dont la principale source d’énergie est le charbon et encore pour très longtemps. Dans ces conditions toutes les mesures que l’on pourra prendre ont un impact dérisoire sur la supposé "réchauffement climatique" mais compromettent définitivement notre compétitivité.
M. Hulot va au delà de nos engagements  en voulant atteindre la "neutralité carbone" en  2050, c'est-à-dire que le niveau des émissions de gaz à effet de serre ne soit pas plus élevé que celui des gaz capturés.
C’est évidemment utopique, une rêverie d’écolo à moins de ramener l’économie française à l’âge de pierre. Mais ce qui ne l’est pas ce sont les mesures de contrainte qu’en bon Khmer vert Monsieur Hulot veut infliger aux Français : la vente de voitures diesel et à essence sera interdite d’ici 2040… d’ici là on va donner une prime aux propriétaires de voitures diesel ou essence anciennes pour leur remplacement par des véhicules plus propres, encore une dépense.
On va aussi investir quatre milliards d’euros pour isoler les logements "passoires thermiques"  Qui va payer ? Comme d’habitude l’impôt : la montée en puissance de la fiscalité carbone sera accélérée, passant de 30,5 € la tonne de CO2 actuellement à 140 € en 2030, ce qui fera augmenter le prix de l’essence, du gazole, du gaz naturel et du fioul.
De 2012 à 2015 d’après les calculs d’une députée socialiste, les Français ont déjà supporté une hausse de 6,7 milliards d’euros de fiscalité écologique. On veut aussi s’appuyer sur un plan d’investissement de 50 milliards d’euros, pour des mesures pas rentables, ce sera un endettement supplémentaire.
Notons que Mme Hidalgo suit le même chemin voulant rendre Paris "neutre en carbone" ce qui semble peu compatible avec le développement du "grand Paris" mais promet des lendemains qui chantent aux parisiens et banlieusards.
Nommer un présentateur TV qui d’ailleurs, autant qu’il m’en souvienne, utilisait un gros porteur ukrainien pour ses déplacements, ministre de la transition écologique, c’est nommer Nagui ministre de la culture. Plutôt que de tirer des plans sur la comète écologique, il serait plus urgent de se préoccuper de l’invasion de l’Europe. Quand la France sera une république islamique je ne pense pas que le réchauffement de la planète soit la préoccupation première des nouvelles autorités.

Envoyé par l'auteur, paru sur dejudasatartuffelettresaumonde.hautetfort.com, 7 juillet 2017
Publié dans Du côté des élites
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Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.

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