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L'indécente victimisation de l'islam radical
 
La France saura-t-elle éviter la guerre civile ? L’islam politique, que le pouvoir dit vouloir combattre dans ses implantations françaises, surjoue sa victimisation pour justifier ses ripostes. Les islamistes sonnent la mobilisation, appuyés par leurs "collabos" humanitaristes. Tous accusent la France de semer la haine. Ils assurent que les musulmans sont "persécutés", "criminalisés" par la République. Ces mots ont été répétés, samedi à Paris, place de la République, à l’occasion d’un "rassemblement fraternel" organisé par un collectif de mères de famille des Yvelines.
La manifestation, qui a compté quelques centaines de personnes, entendait réagir à l’affaire de "la maman voilée" du conseil régional de Bourgogne-Franche-Comté, qui a fait polémique. Parce que le ministre de l’Éducation, Jean-Michel Blanquer, a déclaré : "Le voile n’est pas souhaitable dans notre société", il est devenu la bête noire des militants de l’islam. "Si j’étais lui, j’éviterais de mettre les pieds dans le 93 (la Seine-Saint-Denis, NDLR)", a prévenu mardi l’humoriste Yassine Belattar, proche d’Emmanuel Macron…
 
Le mécanisme de l’intimidation est enclenché. Des appels ont été lancés auprès des musulmans pour manifester ce dimanche dans des grandes villes. La lutte contre l’"islamophobie" signe l’engagement radical : ce mot est l’étendard des séparatistes et des djihadistes. Pour eux, toute critique de l’islam relève du blasphème et du châtiment. Cette réactivité est à comparer avec l’indifférence face aux appels à se désolidariser des crimes commis au nom d’Allah.
L’idéologie salafiste a tué en France 263 personnes depuis 2012, sans revanche mimétique en retour. Quand, après les tueries islamistes de Montauban et de Toulouse en 2012, l’imam républicain Hassen Chalghoumi avait invité les musulmans à dénoncer ces attentats, moins de cent personnes avaient répondu, place de la Bastille à Paris. Le 10 octobre, seule une dizaine d’imams et moins de 50 personnes se sont retrouvées avec lui, place Saint-Michel, pour condamner les assassinats des policiers de la préfecture de Paris.
 
L’opinion a été invitée, par la propagande djihadiste relayée par des médias attendris, à s’apitoyer sur l’enfant blotti dans les bras de sa mère, Fatima E., après la remarque d’un élu RN sur son accoutrement, le 11 octobre. Mais les petits orphelins des quatre policiers assassinés par un islamiste, le 3 octobre, n’intéressent personne. L’indécence des islamistes est à son comble quand ils se présentent comme les Juifs des années trente. Ce sont ces promoteurs de l’islam judéophobe qui organisent l’épuration ethnique dans leurs quartiers. Observer une telle débauche d’insanités au seul prétexte qu’une femme en hidjab s’est dite "agressée" par une réflexion donne une idée de l’envie d’en découdre chez ceux qui veulent faire plier la République à leurs lois. Lors du dernier rassemblement parisien, une femme voilée brandissait ce panneau, aux pieds de la statue de Marianne : "Française musulmane et voilée, si je vous dérange je vous invite a quitté (sic) mon pays." Qu’attend l’État pour dire à ces indésirables d’aller vivre leur charia ailleurs ?
 
L’atmosphère n’a jamais été aussi tendue. Le pouvoir ne peut reculer d’un pouce. Il doit mettre au pas le radicalisme coranique, soutenu par une gauche fascinée par ce nouveau totalitarisme. Les bouffeurs de curés sont devenus des adulateurs d’imams. 'On doit faire bloc contre le communautarisme et le radicalisme"
, a redit le chef de l’État, mardi. Il est bien temps de s’inquiéter des listes communautaires qui se présenteront aux municipales, en instillant une politique musulmane.
Le programme de l’Union des démocrates musulmans français (UDMF) veut, selon Libération qui le présente aimablement, développer la finance islamique, le marché halal, l’enseignement de l’arabe à l’école, la lutte contre l’"islamophobie", le soutien de Gaza. Mais qui a contribué à consolider le communautarisme sinon Macron ? C’est lui qui, à la veille du scrutin présidentiel, à Marseille, avait parlé des Français en ces termes : "Je vois des Arméniens, des Comoriens, des Italiens, des Algériens, des Marocains (…)."  Etc. La guerre qui vient est celle du multiculturalisme.

Paru dans Le Figaro, 25 octobre 2019
Publié dans En France
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Voile : une loi de posture ne serait sans doute pas appliquée
 
Pour l’historien Maxime Tandonnet, la polémique sur le port du voile durant les sorties scolaires s’attaque aux symptômes sans réfléchir aux causes d’un problème plus profond, et élude d’autres fractures qui minent la société.
 
Avec la querelle du voile islamique lors des sorties scolaires, la France a démontré une fois de plus sa capacité à se déchirer inutilement. Pendant plus d’une semaine, cette question a fait la une des journaux, mobilisé les "plateaux de télévision". Les plus hautes autorités du pays se sont prononcées sur le sujet, le chef de l’État, le Premier ministre, le ministre de l’Éducation nationale. La majorité LREM s’est déchirée, son aile gauche fustigeant la posture de fermeté de ce dernier. Les insultes et les cris d’orfraies ont tenu lieu de débat national. Hitler et le nazisme, en tant qu’injures quotidiennes, étaient plus que jamais à l’honneur sur les chaînes en continu et les réseaux sociaux. Et comme une crise d’hystérie chasse l’autre, la mode passe aussi vite qu’elle était venue. Elle en dit long sur l’état mental de notre pays.

Elle a montré une France "d’en haut", celle du microcosme politico-médiatique, plus que jamais déconnectée des réalités. Elle s’est embrasée, entre-tuée sur le sujet du voile en sortie scolaire, mais pour quel résultat ? La question du voile en sortie scolaire soulève un grave sujet qui est celui de la communautarisation de la société française. Mais en s’attaquant aux symptômes, dans un climat d’hystérie collective, et non pas au fond des questions, la France d’en haut ne fait qu’aggraver le mal.
Les partisans d’une loi avancent des arguments qui méritent considération, mais une réforme législative pour l’interdire n’aura pas lieu : elle serait intolérable pour la majorité actuelle, largement issue d’un parti socialiste reconverti, car touchant au dogme sacré de la société multiculturelle.
Et même si elle se faisait, quel en serait l’intérêt ? Comme toutes les lois de posture, elle ne serait pas ou mal appliquée. L’interdiction de la burqa, sur la voie publique, votée par le Parlement en 2010, n’a jamais été vraiment respectée. Les forces de l’ordre n’interviendraient pas davantage, lors de sorties scolaires, en présence de parents hostiles et de nombreux enfants, pour verbaliser les femmes portant le voile ou les forcer à le retirer. Et même si, à grand renfort d’unités mobiles, l’État faisait appliquer une telle interdiction, qui est assez naïf pour penser qu’elle aurait le moindre impact, dans les profondeurs, sur la dérive communautariste de la société française ?

Car pendant ce temps, alors que la crise d’hystérie faisait rage, les autres sujets étaient esquivés. Une enquête de l’INSEE révèle que le nombre de personnes vivant sous le seuil de pauvreté a atteint 9,2 millions en France. Les statistiques de l’immigration ont battu tous les records l’an dernier avec 240 000 premiers titres de séjour délivrés et en parallèle, 120 000 demandeurs d’asile. La violence et l’insécurité se banalisent au quotidien frappant toujours les plus faibles. Le terrorisme islamiste frappe jusqu’au cœur de l’appareil sécuritaire de l’État. La dette publique bat tous les records, atteignant le niveau du PIB. L’industrie française a perdu un million d’emplois depuis le début des années 2000 et chaque semaine, de nouvelles fermetures d’usine reflètent le processus de désindustrialisation qui se poursuit. La situation du chômage, par-delà les leurres statistiques, demeure désastreuse au regard des grands pays comparables de l’OCDE. Voilà autant de sujets qui appellent une mobilisation collective, des choix politiques et une action gouvernementale. De fait, ils intéressent beaucoup moins la France dite "d’en haut" que la querelle du voile en sortie scolaire.

Quant à l’Éducation nationale, n’aurait-elle rien de plus urgent à faire que de se pencher sur le statut des sorties scolaires ? Toutes les études montrent un effondrement du niveau scolaire et intellectuel du pays : Selon PirlsPour Progress In International Reading, en lecture, avec un score de 520 points, les écoliers français de CM1 basculent sous la moyenne européenne (530 points). Selon TimssPour Trends in International Mathematics and Science Study, 4.870 élèves français de CM1 obtiennent 488 points en mathématiques et 487 points en sciences : des résultats en dessous de la moyenne internationale (500) et européenne (525). Plusieurs pays d’Asie devancent de 100 points la France. Seuls 1 % des lycéens se classent dans le niveau "avancé", contre 15 % en 1995. 11 % sont estimés être à un niveau "élevé" contre… 64 % en 1995. Le test annuel de la dictée du ministère de l’Éducation nationale est tout aussi révélateur : à l’entrée en collège, les CM2 faisaient, lors d’une même dictée de 67 mots, 10,6 fautes en moyenne en 1987, 14,3 en 2007 et 17,8 en 2015. L’écolier d’aujourd’hui fait sept fautes de plus que son prédécesseur des années 1980. Tel est le drame essentiel de l’Éducation nationale, et bien évidemment, à long terme, de la France.

La crise d’hystérie qui vient d’embraser la France "d’en haut" sur le voile en sortie scolaire n’est sans doute qu’un symptôme, parmi d’autres, d’un malaise extrêmement profond lié à la chute vertigineuse et globale de la France, à l’impuissance ou la démission des politiques, à la crise de confiance qui ronge le pays. Elle résulte d’une faillite sur plusieurs décennies de l’autorité de l’État. Il faudra bien un jour songer à sortir de l’hystérie pour se pencher sereinement sur les causes profondes de ce malaise.
Paru dans Le Figaro, 21 octobre 2019
 


Voile et démagogie

 
La démagogie est l’un des pires fléaux en politique. Elle est l’une des sources du déclin des nations à long terme et parfois de leurs dérives dans le chaos sanguinaire ou la tyrannie. Aujourd’hui, la proposition d’interdire le voile et la Kippa sur la voie publique relève du plus authentique instinct démagogique. L’objectif est d’agiter les vils instincts de foule en brandissant une mesure irréaliste, sans même parler de l’obstacle juridique (constitutionnel et conventionnel) :
- Une atteinte de plein fouet à l’une des libertés les plus fondamentales, celle d’aller-et-venir dans les vêtements de son choix dont nul ne sait jusqu’où elle pourrait conduire.
- Quant à l’idée de prohiber les vêtements supposés exprimer une croyance, quel critère appliquer, où commence la croyance, où finit-elle ? Après le voile et la kippa, quelles autres interdictions ?
- Qu’est-ce qui définit et assure la nature religieuse – islamique – du voile ? Tout port d’un voile serait donc interdit pour les femmes ? Et qu’en serait-il d’une casquette, ou d’un chapeau, au regard du principe d’égalité ? Et quid des personnes malades contraintes de porter un voile ?
- Comment faire respecter une telle interdiction ? Mobiliser les 140 000 policiers et 90 000 gendarmes pour harceler les femmes qui portent un voile dans la rue à des fins religieuses et non religieuses dès lors que la distinction est inconcevable (sauf à lire dans les consciences) ?
- Qui peut imaginer un instant pouvoir limiter cette interdiction au voile et à la kippa sans que les signes chrétiens soient à leur tour interdits, en droit ou en fait ?
- Eradiquer toute expression religieuse dans l’espace publique suppose l’émergence d’une société de surveillance, de contrôle, de répression, de délation qui aurait toutes les caractéristiques du totalitarisme – fasciste ou soviétique.
- Ce genre d’interdit provoquerait une violente réaction qui inciterait les femmes, par millions, musulmanes ou non musulmanes, non concernées par le voile – ainsi que les hommes, à se mettre à le porter à des fins de contestations d’une mesure attentatoire aux libertés fondamentales.
- Le voile est un signe et même si par une répression violente et l’instauration d’un Etat totalitaire, le nouveau régime parvenait à imposer son éradication, en aucune manière cette mesure jouant au niveau des apparences, n’impliquerait une meilleure adhésion aux principes républicains. Elle favoriserait au contraire la haine et la violence de toute part. Aucune mesure ne pourrait mieux aggraver la fragmentation et le communautarisme.
- La querelle du voile – l’hystérie autour des sorties scolaires – n’est que le symptôme de fractures dramatiques qui ravagent la société française comme je l’ai expliqué dans l’article ci-joint pour Figaro Vox : crise de l’autorité de l’Etat, effondrement économique, explosion de la dette, de la violence et de la pauvreté, échec de la maîtrise de l’immigration,  désastre scolaire, défiance croissante envers le politique. Faire de la démagogie sur le voile est une manière de nier cette réalité pour ne pas avoir à relever les véritables défis.
- Bien sûr la démagogie n’a rien de nouveau dans l’histoire. Ce qui est effroyable, c’est sa banalisation et sa médiatisation à outrance dans l’indifférence plus ou moins consentante d’une société.

Paru sur maximetandonnet.wordpress.com, 22 octobre 2019
Publié dans En France
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Surnoter les boursiers aux concours met en cause un principe de la société moderne
 
CHRONIQUE - Les directeurs des ENS proposent d’accorder des points supplémentaires aux élèves boursiers aux écrits des concours. Le professeur de philosophie politique y voit une trahison de l’idée de mérite.
 
Les directeurs des écoles normales supérieures proposent, dans un rapport remis au ministre de l’Enseignement supérieur, d’accorder un bonus sur critères sociaux aux étudiants de classes préparatoires dans les épreuves écrites du concours d’entrée. L’École polytechnique accorderait, elle, un avantage aux étudiants boursiers lors de la deuxième tentative de passage du concours. Aussitôt une partie du corps enseignant a objecté vivement qu’il s’agissait là d’un détournement du concours. Et en effet.
La discrimination positive peut avancer des raisons légitimes. On se souvient à quel point, aux États-Unis, les quotas ethniques dans les productions cinématographiques ont concouru largement à permettre l’intégration de la population noire fraîchement sortie de l’apartheid. Cela revient à mettre de l’eau dans les godets pour permettre à la roue du moulin d’avancer bientôt toute seule. On ne voit pas pourquoi un gouvernement ne serait pas légitime dans ce genre d’entreprise propre à inciter vers ce qui a été défini ensemble comme un bien commun.
Mais les choses changent quand la discrimination positive devient un système et un véritable remplacement des finalités. La différence entre les sociétés libres et les sociétés socialistes repose dans l’alternative que décrivait l’économiste Léon Walras entre l’égalité des conditions et l’égalité des positions.
Une société libre normalement constituée, autrement dit dotée d’une éthique et ne se comportant pas comme une jungle, s’occupe de promouvoir une égalité des conditions. Il s’agit de faire en sorte que les chances au départ soient les plus égales possible, afin que le défi de la liberté soit juste. Les bourses universitaires, destinées aux familles les plus démunies, visent précisément cela.
L’égalité des positions est autre chose : il s’agit de distribuer les diplômes, les fonctions ou les postes, d’en haut, aux catégories que le pouvoir estime supérieures ou plus méritantes en tant que telles. De ce fait la liberté individuelle se trouve niée. Et surtout la notion même de mérite : ce n’est plus alors le mérite qui permet d’obtenir un grade, mais l’appartenance à un groupe.
 
Les sociétés anciennes distribuaient (ou vendaient) les fonctions et les places exclusivement aux catégories privilégiées : c’est justement pour mettre fin à cette injustice que les sociétés occidentales ont inventé l’accession au mérite. Défendre l’égalité des positions (la distribution des places au quota), c’est revenir aux sociétés anciennes, à cela près que les catégories privilégiées ont changé.
Bien sûr, si on privilégie c’est, désormais, pour contrebalancer une inégalité, démontrée ou supposée. Mais le principe est le même. Les critères des groupes à privilégier varient selon les époques et les croyances. Dans les sociétés communistes, les enfants des bourgeois étaient interdits d’université, celle-ci étant réservée aux prolétaires. Quand dans les universités on distribue les postes en fonction non plus du mérite, mais de l’appartenance ethnique ou du genre, on met en cause infailliblement la société moderne pour laquelle le critère n’est pas la classe, la caste ou le groupe privilégié, mais le mérite individuel, avec tout ce qu’il suppose d’efforts et de talents.

Cette mesure traduit-elle un geste de désolation devant l’impossibilité avérée d’instaurer une égalité des conditions digne de ce nom ? Sans doute. Mais cette impossibilité n’est que conjoncturelle : elle tient à la médiocrité de notre enseignement public. Aussi, plutôt que de prendre les moyens faciles et pervers qui consistent à passer au système d’égalité des positions, qui nie les talents et les mérites, mieux vaudrait s’atteler à la tâche difficile et salutaire qui consisterait à relever l’école publique.
L’école publique périt moins d’incompétence, car nos enseignants sont compétents, que de renoncement. Égaliser les conditions, c’est d’abord assumer une attitude exigeante, afin que les talents et les mérites se développent pour concourir à égalité de chances. Le fils d’un petit commerçant de province pouvait il y a quarante ans intégrer Polytechnique parce que dans son lycée on avait été exigeant envers lui, tout en lui donnant une bourse.
Ses professeurs n’étaient pas constamment à le plaindre de n’avoir pas de livre à la maison : on lui donnait l’accès à une bibliothèque, on exigeait qu’il rattrape à l’école ce qu’il n’avait pas appris à la maison, et on le congratulait d’être spécialement méritant. Il fallait pour cela des lycées où la discipline et le respect des maîtres n’étaient pas de vains mots, pas seulement la fleur du discours des ministres, mais une réalité de terrain.

Tout cela a été remplacé par le grand discours de la victimisation, par la lâcheté des autorités scolaires qui tremblent devant des gamins injurieux ou violents. Parce qu’on n’ose plus contraindre ni ordonner, parce qu’on sait surtout plaindre et s’apitoyer, parce qu’on n’ose plus refuser le baccalauréat, on obtient des générations incultes. Le résultat principal est une grande inégalité : les enfants de familles de l’élite, exigeantes et disciplinées, réussissent les concours et obtiennent les places. Le pourcentage des enfants des classes défavorisées réussissant les concours, a chuté dramatiquement.
Alors, affolées par l’inégalité que leur abdication a provoquée, les autorités scolaires tentent de rétablir les choses par le haut, en cassant les outils et en distribuant les places elles-mêmes. Elles suppriment, à Sciences Po, l’épreuve de culture générale - comme ça au moins il n’y aura plus de problème d’inculture. Elles accordent des points supplémentaires aux catégories malchanceuses, afin de ne plus voir les résultats de leur lâcheté. Oubliant que dans les sociétés libres, ce sont les efforts et les mérites qui font la dignité d’une personne, et non les gratifications distribuées d’en haut par une instance.
 
"La Démocratie dans l’adversité et les démocraties illibérales", enquête internationale codirigée par Chantal Delsol et Giulio De Ligio, vient de paraître aux Éditions du Cerf.

Paru dans Le Figaro, 23 octobre 2019
Publié dans Du côté des élites
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Jusqu’où peut aller le recul américain ?
 
Après trois rodomontades, suivies d’une reculade, face à la Corée du Nord, l’Iran et la Turquie, l’Amérique de Donald Trump donne l’impression qu’elle ne veut plus se battre.
Dans les relations internationales, il n’y a pas pire message de faiblesse que la rodomontade suivie d’une reculade. Donald Trump en a commis trois de suite. Elles ont visé la Corée du Nord, l’Iran, la Turquie.

Au mois d’août 2017, les médias américains avaient rapporté que le régime de Pyongyang avait réussi à miniaturiser une tête nucléaire, de façon à pouvoir la monter sur un missile. Au mois de novembre 2017, la Corée du Nord avait procédé à des tests de missiles balistiques, dont certains à très longue portée. Par un tweet, le président des États-Unis l’avait avertie que, si elle continuait, elle déchaînerait contre elle "le feu et la furie comme le monde n’en a jamais vu jusqu’ici". Aux yeux de Donald Trump, il était inacceptable que le territoire américain fût sous la menace directe de la Corée du Nord. Après la menace, la Maison-Blanche opta sans transition pour le dialogue, et trois sommets Trump-Kim furent organisés entre juin 2018 et juin 2019. Ces rencontres ne parvinrent pas à faire progresser d’un iota le dossier sur la ligne voulue par les Américains : désarmement nucléaire en échange d’une promesse de levée des sanctions commerciales. La Corée du Nord a repris ses essais balistiques et a tiré, le 2 octobre 2019, un missile de 2000 km de portée, capable d’être lancé d’un sous-marin. Voilà qui n’est pas pour rassurer les deux grands alliés régionaux de l’Amérique que sont le Japon et la Corée du Sud.

En ce qui concerne la Perse, un tweet présidentiel du 25 juin 2019 la menaça d’"oblitération", en cas "d’attaque contre quoi que ce soit d’américain". Cette rodomontade fut suivie d’un recul stratégique américain lorsque Washington se contenta d’encourager la monarchie saoudienne "à bien se défendre", après que sa principale installation pétrolière eut été, le 14 septembre 2019, gravement endommagée par des bombardements de drones et de missiles de croisière difficilement traçables, revendiqués par les chiites yéménites houthistes, mais attribués à Téhéran par le Pentagone. Voilà qui a fait réfléchir, sinon paniquer, ces deux vieux alliés des Américains dans le golfe Persique que sont l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis. Il n’est donc pas étonnant qu’on ait déployé un immense tapis rouge à Poutine lorsqu’il se rendit à Riyad le 15 octobre 2019. Les Saoudiens ont été les adversaires de la Russie dans la guerre civile syrienne mais ils respectent profondément en elle le pays qui n’abandonne jamais ses amis, à la différence de l’Amérique.

La troisième rodomontade trumpienne s’est adressée à la Turquie islamo-nationaliste d’Erdogan. Le président l’a menacée, dans un tweet du 7 octobre 2019, d’"anéantissement économique", au cas où l’armée turque profiterait du retrait des forces américaines du nord de la Syrie pour s’emparer de territoires et en chasser les populations kurdes. Beaucoup de parlementaires et de militaires républicains avaient été révulsés par le lâchage en rase campagne des combattants kurdes syriens, qui avaient tant aidé l’Amérique à démanteler l’État islamique. La reculade est malgré tout venue. Le 17 octobre 2019, le vice-président américain Pence a signé à Ankara un accord au texte vague, qui autorise de facto la Turquie à s’emparer d’une large bande de terrain dans le nord de la Syrie et à la militariser. La rendra-t-elle un jour ? Les Américains n’ont pas obtenu la moindre garantie. Voilà qui incitera les Français et les Britanniques à réfléchir à deux fois avant de se lancer dans des expéditions militaires extérieures en simples supplétifs des Américains.

Ces reculs ne portent pas sur des dossiers essentiels de la sécurité occidentale, dira-t-on. Peut-être. Mais, en géopolitique, l’important est ce qui se passe dans la tête des gens. L’Amérique donne l’impression qu’elle ne veut plus se battre. C’est un message qui ne va rassurer ni les Baltes, ni les Taïwanais. Pire, c’est fournir un aliment inutile à la potentielle hubris d’un Vladimir Poutine ou d’un Xi Jinping.
En ce qui concerne la Chine, l’Amérique a déjà donné un immense message de faiblesse lorsqu’elle laissa, sous Obama, la Marine chinoise militariser les Paracels et Spartleys, récifs qui étaient jusque-là considérés comme des terrae nullius (terres n’appartenant à personne) par le droit international.
L’Amérique se rend-elle vraiment compte qu’un retrait sans concertation d’une contrée auparavant investie fait courir de gros risques à ses compagnons d’armes à court terme, mais aussi à elle-même à long terme ? Rien n’est moins sûr. La seule certitude qu’il nous reste est que la France et la Grande-Bretagne, les deux seules puissances européennes qui savent encore se battre, doivent, Brexit ou pas, poursuivre intensément leurs efforts conjoints d’armement et de coordination opérationnelle, conformément à leurs accords de Lancaster House de novembre 2010.

Paru dans Le Figaro, 22 octobre 2019
Publié dans De par le monde
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La violence s'en prend aussi à la littérature
 
L’atmosphère est puante. A mesure que l’Etat jacasseur se délite sous ses mots creux, se consolide une violence de plus en plus banalisée. Elle n’est plus seulement cantonnée aux cités insurrectionnelles. Mais cette autre brutalité ne rencontre pareillement aucun obstacle. Le soudaine prise en otages des usagers de la SNCF par les syndicats de cheminots, le jour des départs en vacances de la Toussaint, en est une illustration. Arguant d’un droit de retrait contestable, suite à une collision qui s’est produite mercredi soir entre un train et un convoi exceptionnel bloqué sur un passage à niveau, les grévistes ont pris tout le monde par surprise. Jamais un tel comportement de flibustier n’avait été jusqu’alors observé à ce point chez les agents de la SNCF. "C’est la première fois que je viens sur un plateau dire qu’un droit de retrait est manifestement illégitime", a expliqué Guillaume PEPY, le patron de l’entreprise publique. En l’espèce, rien ne justifiait en effet de l’application d’un arrêt de travail sans prévis. Une telle procédure implique l’urgence d’un danger immédiat pour la sécurité du personnel ou des usagers. Seule la faiblesse des pouvoirs publics explique que les syndicats, et singulièrement la CGT, ont choisi l’épreuve de force, sans égard pour les gens pris au piège. La déliquescence de l’autorité donne des ailes à ceux qui veulent faire la loi.
Le plus inquiétant est de constater que la littérature elle-même est atteinte par le sectarisme des nouveaux justiciers, adeptes de l’épuration. Dans Causeur, l’écrivain et éditeur Roland JACCARD révèle que Gabriel MATZNEFF, à qui il était rendu hommage lors d’une soirée organisée jeudi dans un café du Quartier Latin, a été violemment pris à partie par des militants d’extrême droite lui reprochant ses écrits licencieux sur les jeunes filles. MATZNEFF a eu à subir également, ce même jour, les foudres de militants d’extrême gauche. Quelques jours plus tôt, Renaud CAMUS avait été agressé par des antifas dans le Jardin du Luxembourg. Dans ce même périmètre, La Nouvelle Librairie, située rue de Médicis, est régulièrement la cible des nouveaux fachos qui ne supportent pas son positionnement à droite. L’établissement avait été pris d’assaut en février, lors d'un épisode des Gilets jaunes, par ces mêmes antifas. Ils ont renouvelé leur opération commando le 4 octobre, en pulvérisant la vitrine de la libraire parce qu’elle allait accueillir Jean-Marie lE PEN pour la signature (maintenue) de son dernier livre. A aucun moment ces violences faites à des écrivains et à des livres, au cœur du Paris littéraire, n’ont été dénoncées par les habituels nez délicats : ne sentent-ils rien du "nauséabond" qui les gagne ?

Paru sur blog.lefigaro.fr/rioufol, 21 octobre 2019
Publié dans En France
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Hystérie et impuissance
 
Les deux phénomènes sont intrinsèquement liés. Chaque jour la vie politico-médiatique sombre un peu plus dans l’hystérie collective. Cette semaine est dominée par la reprise de l’affaire du "voile". L’excitation est générale et furieuse, comme si la France était devenue un gigantesque asile psychiatrique. Tout n’est plus que crachats de haine, insultes, gesticulations et envie de tuer.
Mais sous le voile de l’hystérie, tout un monde se désintègre à vue d’œil, celui de l’autorité de l’Etat, de l’aptitude d’une société à se gouverner et choisir son destin. Par un phénomène de compensation, le niveau de l’excitation est inversement proportionnel à celui de l’efficacité. L’hystérie collective et l’impuissance publique sont les deux faces d’une même médaille.

Le Conseil constitutionnel vient de frapper fort en ce début d’automne.
Dans l’indifférence générale, il a annulé deux dispositions législatives issues de choix politiques. D’une part, il a interdit au législateur de durcir les conditions d’aménagement de peine pour les auteurs d’actes terroristes (en vertu du principe de proportionnalité des sanctions). D’autre part, il vient d’empêcher le parlement d’augmenter les droits d’inscription à l’université des étudiants étrangers (au nom du principe de modération de ces droits).
A chaque fois, le CC répète qu’il ne dispose pas d’un pouvoir normatif équivalent à celui du Parlement. Pourtant, de fait, il se comporte exactement comme une troisième chambre, non élue au suffrage universel, désignée par cooptation et composée pour l’essentiel de politiciens au rancard, qui censure les deux autres Chambres, l’Assemblée nationale et le Sénat, élues au suffrage universel. L’an dernier, proclamant la valeur constitutionnelle du "principe de fraternité", il avait ainsi achevé de supprimer toute sanction à l’aide au séjour illégal.
Aujourd’hui, il fait exactement ce qu’il veut sur tous les sujets, jouant à sa guise sur le curseur des grands principes qu’il a lui-même constitutionnalisés. Après avoir brisé des lois qui ne convenait pas à son idéologie, il n’aura demain aucun scrupule à valider les yeux fermés la "PMA sans père" qui invente l’enfant sans père à l’encontre de toutes les traditions juridiques et philosophiques de la famille et de l’enfant.
D’ailleurs, à cette jurisprudence étouffante et partiale du Conseil constitutionnel s’ajoutent toutes les autres sources de contraintes pour le Parlement : droit européen (directives et règlements) qui recouvrent désormais tous les aspects de la vie publique, la jurisprudence de la cour de justice de l’Union européenne, de la cour européenne des droits de l’homme, du Conseil d’Etat et de la Cour de cassation, les contraintes financières.
Le suffrage universel, la démocratie, la souveraineté populaire sont aujourd’hui foulés au pied et bafoués. Dès lors que plus aucune autorité politique ne tient le gouvernail d’un navire en perdition, il ne reste pour faire semblant d’exister, du sommet à la base et de l’extrême gauche à l’extrême droite, qu’à parader, provoquer, gesticuler… Mais qui est encore dupe ?

Paru sur maximetandonnet.wordpress.com, 16 octobre 2019
Publié dans Du côté des élites
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Turquie, Syrie, Kurdistan, le sans-faute dans l’erreur des Français
 
CHRONIQUE - Les sentiments et les droits de l’homme n’ont pas leur place dans l’arène sans pitié des relations internationales.
 
Aux premiers jours de la révolution de février 1848 qui renversa Louis-Philippe, le chef du gouvernement provisoire, Alphonse de Lamartine, intervient devant une assemblée populaire. Un ouvrier, qu’on aurait cru sorti des Misérables, se lève et lui demande sans précautions oratoires : "Que ferez-vous pour la Pologne ?" Indécrottable romantisme français. Incoercible passion des Français pour les petits peuples persécutés par les grandes puissances. À l’époque, le territoire polonais est partagé depuis la fin du XVIIIe siècle entre la Russie, la Prusse et l’Empire austro-hongrois. Comme les Kurdes aujourd’hui, peuple de plus de 30 millions d’habitants, répartis entre Iran, Irak, Turquie et Syrie. Petit peuple à qui le Congrès de Versailles avait promis un État à l’issue de la Grande Guerre ; promesse envolée sous les chevaux de l’armée d’Atatürk en 1923.
 
Un siècle plus tard, l’histoire recommence. Les Kurdes croyaient avoir mérité une récompense pour s’être vaillamment battus contre Daech sous la férule occidentale. C’était compter sans le réalisme froid des États qui, selon le mot célèbre du général de Gaulle, "n’ont pas d’amis, que des intérêts". Donald Trump ne connaît sans doute pas cette formule, mais l’applique sans états d’âme. Il ne fait que poursuivre la politique de désengagement du Moyen-Orient initiée par Obama. Les guerres d’Afghanistan et d’Irak ont été des catastrophes coûteuses ; le Moyen-Orient n’a plus le même intérêt stratégique pour des Américains qui sont désormais exportateurs de pétrole ; même l’Arabie saoudite est laissée à son destin face à l’Iran ; la Chine est le seul adversaire du XXIe siècle, contre lequel l’Amérique doit rameuter toutes ses forces.
 
Tout le monde réexamine sa stratégie selon ses moyens. Les Turcs lancent leur armée, les Français et les Européens prêchent dans le désert, les Russes se gaussent discrètement et comptent les points, et les Kurdes se jettent dans les bras des Syriens. Les ennemis de mes ennemis sont mes amis. On imagine la tête de nos intellectuels droits-de-l’hommiste (et de nos deux anciens ministres des Affaires étrangères, Alain Juppé et Laurent Fabius qui furent favorables à l’entrée de la Turquie dans l’Europe, à la défense des Kurdes et à la diabolisation du président syrien Assad "qui ne méritait pas de vivre"). C’est ce qui s’appelle un sans-faute dans l’erreur. Voilà où mènent les sentiments et les droits de l’homme dans l’arène sans pitié des relations internationales. Voilà où mène la politique du droit et du doux commerce chère à l’Union européenne : au silence et à l’impuissance.
On se souvient du mot de Bill Clinton à son adversaire malheureux de la présidentielle américaine, George Bush père, qui avait cru séduire les électeurs grâce à son expédition militaire réussie lors de la première guerre du Golfe : "L’économie, idiot !" On pourrait retourner cette formule à tous nos intellectuels français, nos amoureux des petits peuples et nos militants des droits de l’homme : "La realpolitik, imbécile !"

Paru dans Le Figaro Magazine, 18 octobre 2019
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Voilà les raisons pour lesquelles les Français aiment leur boite
 
Le rapport des Français avec leur entreprise n'est pas linéaire. Les trentenaires et les salariés de PME sont les plus heureux dans leur vie professionnelle. Mais "aimer" son entreprise ne signifie pas forcément vouloir y travailler plus longtemps.
 
"Je t’aime, moi non plus" c'était un peu la relation de la France à ses entreprises. Aujourd’hui, ce n’est plus le cas même si l’on cherche de plus en plus une quête de sens et une relation exigeante à son entreprise. Ce sont clairement les relations humaines qui donnent le nouveau ton de cette reconnaissance.
Le sondage qui vient de paraître, réalisé par "OpinionWay" dans le cadre de la manifestation J'aime ma boite (la Fête des Entreprises se déroule ce jeudi 17 Octobre. L'auteur de l'article en est l'initiatrice) révèle que ce sont les trentenaires et les salariés des PME qui semblent être les plus heureux de France dans leur vie professionnelle. Contrairement à une tendance baissière observée depuis 2017, l’année 2019 marque une augmentation de l’attachement des salariés à leur entreprise, en progression de 2 points. C’est aujourd’hui 64 % des sondés qui déclarent "aimer leur boîte". Arrivent en tête les entreprises de moins de 10 salariés, dont 80 % répondent "Oui j'aime ma boite", loin devant les 61 % des entreprises de 250 à 4.999 salariés et des Groupes de plus de 5.000 salariés. Les fonctionnaires ne sont pas en reste, ils sont nombreux à aimer leur Fonction Publique.
Si l’année 2019 a été marquée par les manifestations des gilets jaunes, le mouvement n'a eu pratiquement aucune conséquence sur le rapport qu’entretiennent les salariés avec leur entreprise. 80% d’entre eux affirment que le mouvement de protestation n’a pas eu de conséquence sur leur relation avec leur entreprise.
 
Le fait d'aimer sa boite s'accompagne en revanche d'autres rejets, les tendances observées mettent en exergue une réelle défiance à l’égard de certaines organisations ou institutions. Alors que 50 % de la population proclame n’avoir confiance dans aucun organisme, seulement 10  % des sondés ont confiance en leur syndicat, 8 % dans l’État et 3 % envers le gouvernement. Pour 24 % des interviewés, l’entreprise est la première institution qui génère la confiance des Français et particulièrement envers les petites entreprises de moins de 10 salariés (42 %).
Aime-t-on sa boite au point de vouloir travailler plus longtemps ? C’est la question qu'on peut se poser. Puisqu'ils aiment tellement leur boite, qu’en est-il de leur
désir de travailler au-delà de 62 ans ? Plus d’un salarié sur deux (59 %) ne souhaite pas travailler après l’âge légal de départ à la retraite ... mais ils sont quand même 31 % à le vouloir ! Une acceptation à exploiter, même si parmi les 37 % ayant exprimé leur désir de vouloir travailler au-delà de 62 ans, 19 % souhaitent continuer à travailler à temps plein, et 18 % à temps partiel (pourquoi pas ?).
Les Français aiment leur boite différemment selon leur appartenance politique et ce sont ceux qui se déclarent proches de LREM (81 %) qui sont les plus amoureux, suivent les partisans de la Gauche (72 %), du RN (66 %) et de la Droite (59 %) … du travail pour Christian Jacob !
Le questionnaire d’OpinionWay/ETHIC/J’aime ma boîte a souhaité mettre l’accent sur l’importance pour les salariés d’une entreprise "durable" dans tous les sens du terme et en particulier sur l’écologie. 78 % des personnes interrogées se déclarent favorables à la mobilisation de leur boite pour agir en faveur de l’environnement, d'autant que la bonne nouvelle est qu'ils sont majoritaires à déclarer que c'est "l'affaire de tous" c'est-à-dire de chacun, et non seulement du "patron" ou de la "direction".
 
Se féliciter enfin au lieu de pointer les dysfonctionnements
Ils l'aiment, mais aussi ils "s'éclatent" dans leur boite : 71 % des sondés affirment qu’il leur arrive de "s’éclater dans leur travail" (55 % de manière ponctuelle et 18 % de manière régulière) avec en première position ceux en pleine maturité et ascension sont âgés de 35 à 49 ans (78 %).
On aime "sa" boite mais pourquoi ? Est-ce parce qu’elle est différente ? 57 % des sondés déclarent que leur entreprise ne se différencie pas des autres mais 40 % affirment le contraire. Les motifs évoqués et appréciés de cette différence sont liés principalement au sentiment de liberté dans son travail (34 %) et à l’utilité de son entreprise au sein de la société (23 %) ou encore au respect de l’entreprise pour ses salariés (15 %).
A ce sujet, nous nous sommes attardés sur le phénomène du harcèlement au travail afin de connaître le degré de soutien estimé dans l’entreprise : 64 % des salariés estiment qu'en cas de problème ils trouveraient du soutien auprès d’un interlocuteur en interne. Parmi eux, 30 % pensent pouvoir avoir du soutien auprès de leurs collègues, 18 % auprès de leur manager et 16 % auprès de leur patron, une leçon à prendre en compte par les patrons ;
 
Les détracteurs continuent de penser que fêter son entreprise est anecdotique et que le fameux
bien-être et les moments de détente procurés par le management
sont des gadgets. Sus au babyfoot, aux courses de zumba, aux massages, aux bonbons en réunion. Stop à l'infantilisation des relations professionnelles "l'entreprise n'est pas le Club Med", affirment ceux qui intellectualisent la relation au travail.
Eh bien pourtant, le sentiment qu'il est important de fêter l’entreprise progresse et touche aujourd’hui la moitié de la population des salariés, 48 % estiment que "c’est essentiel "et 41 % que c’est essentiel" partout en France ». On peut déduire de ces réponses, que le sujet est plus important qu'il n'y paraît car c'est la reconnaissance positive d'un rôle collectif, national et individuel qu'il faut célébrer.
De la même façon que nous ne savons pas assez remercier et féliciter les salariés pour leurs succès et leurs performances au sein de leurs entreprises, de la même façon la France se doit de féliciter ses entreprises en tant que telles, et non toujours pointer du doigt des dysfonctionnements propres à toutes organisations.

Envoyé par l'auteur, paru dans Challenges, 17 octobre 2019
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Débâcle de la République des grands mots
 
CHRONIQUE - Tandis que le tapis rouge est déroulé par les Européens sous les talons d’Erdogan, les autorités françaises multiplient les bassesses pour acheter la paix intérieure.
 
Ils disaient : "La Turquie a toute sa place en Europe !" Ces Français se présentaient comme ouverts et progressistes, voyant juste et loin. À ceux qui leur conseillaient de regarder de plus près le nouveau sultan, Recep Tayyip Erdogan, ils lançaient leurs mots empoisonnés : islamophobes, xénophobes, racistes, nauséabonds, etc. Pour ces beaux esprits, le Frère musulman Erdogan n’était qu’un "islamiste modéré", semblable à nos "démocrates-chrétiens". Il reste à faire l’inventaire des âneries débitées par les partisans de l’entrée de la Turquie en Europe. Et pour cause : l’homme s’est révélé, comme prévu, en islamiste conquérant et maître chanteur. En envahissant, le 8 octobre, le nord-est de la Syrie pour y chasser les Kurdes, Erdogan a choisi de combattre des vainqueurs de l’État islamique, donc de faire le jeu de Daech. Pour sa part, Donald Trump a opté pour une stratégie hasardeuse en retirant ses troupes de cet imbroglio oriental et en laissant les Kurdes à découvert.

Cet aveuglement sur l’islamisme en marche est une illustration de plus de la bienveillance de l’Occident face aux envahisseurs. Depuis la crise pétrolière de 1973, l’Union européenne ne cesse de s’ouvrir aux concessions migratoires et culturelles exigées par les 57 États musulmans de l’Organisation de la conférence islamique (OCI). Le "dialogue euro-arabe" est devenu le prétexte pour imposer à l’Europe sans pétrole le point de vue islamique. Cet état d’infériorité lui vaut d’être déconsidérée par Erdogan. C’est lui qui intime aux Turcs de France de ne pas s’assimiler, en leur expliquant : "L’assimilation est un crime contre l’humanité."  Jamais aucun responsable n’est venu lui rétorquer que l’assimilation est constitutive de l’identité française. Article 21-24 du code civil : "Nul ne peut être naturalisé s’il ne justifie pas de son assimilation." Il est vrai que l’esprit de cet article a été oublié…
 
Dans la débandade face à la Turquie, la France n’est pas plus glorieuse que les Américains : ses forces militaires ont pareillement quitté les zones syriennes à risques, en renonçant à soutenir les Kurdes et les admirables femmes combattantes. Cette fuite résume le rapport de forces qui s’est instauré, cul par-dessus tête, entre la République des grands mots et l’islam importé. Voici une "religion" encore minoritaire en France (environ 10 % de la population) qui ne cesse de bousculer l’État. Elle fracture la nation par ses exigences de visibilité. Derrière les envolées sur le pouvoir inflexible se dissimule la couardise des apôtres de la diversité. Tandis que le tapis rouge est déroulé par les Européens sous les talons d’Erdogan, qui menace de lâcher vers l’ouest plus de trois millions de réfugiés, les autorités françaises multiplient les bassesses pour acheter la paix intérieure. Le combat contre "l’hydre islamiste", annoncé par Emmanuel Macron, est mal parti.
 
L’État affaibli redoute l’épreuve de force avec l’islam politique, même quand il met les pieds sur la table. Le gouvernement reste enclin à reculer à la moindre émotion. L’exemple en a été donné vendredi à Dijon, lors d’une assemblée du conseil régional de Bourgogne-Franche-Comté. Parce qu’une mère accompagnatrice d’une classe de CM2 portait un hidjab noir dans le public, un élu RN, Julien Odoul, a demandé à la présidente de faire enlever ce voile islamique : une réflexion rendue inaudible à cause d’une autre séquence montrant cette fois la mère consolant son fils venu se blottir dans ses bras. Du coup, c’est sur l’élu RN que se sont abattus les reproches des prêchi-prêcheurs. Mais à quoi rime l’appel présidentiel à une "société de vigilance" s’il reste périlleux d’alerter sur l’uniforme islamique ? À quoi rime l’invitation du ministre de l’Intérieur à identifier les signes de radicalisation si cette démarche doit, en même temps, s’interdire de "stigmatiser" ?

Paru dans Le Figaro, 18 octobre 2019
Publié dans Du côté des élites
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Retraites : la réforme en péril
 
Après 18 mois de consultations et négociations, après la publication d’un plan de réforme, la question des retraites devient de plus en plus problématique. Les bénéficiaires d’un petit régime spécial, celui de la RATP, se proposent d’exercer à fond leur pouvoir de nuisance, en congestionnant la capitale, à partir du 5 décembre, pour une durée indéterminée. La chienlit se profile à l’horizon.
Dans cette triste affaire, la responsabilité des organisations professionnelles n’est pas mince. Mais le manque d’intelligence au plus haut niveau politique pèse d’un poids encore plus lourd. Nos dirigeants ne savent pas, ou ne veulent pas savoir, comment fonctionnent les retraites dites "par répartition" ; de ce fait, ils proposent une réforme qui modifie beaucoup de choses, sans changer l’essentiel, à savoir la règle économiquement dépourvue de tout fondement selon laquelle les droits à pension s’acquièrent en payant des cotisations au bénéfice des retraités actuels.
 
La France ne doit pas imiter, mais innover radicalement
Le passage de cet oukase ridicule à une reconnaissance du théorème de Sauvy, "nous ne préparons pas nos retraites par nos cotisations, mais par nos enfants", constituerait une vraie révolution, pour laquelle il vaudrait la peine de lancer une grande campagne d’explication et d’agir avec une résolution sans faille. En revanche, le seul passage aux points, qui réplique les réformes de quelques pays tels que la Suède ou l’Italie, ne propose aux Français qu’un copier-coller, avec une ou deux décennies de retard, des changements méritoires mais fondamentalement insuffisants réalisés par quelques-uns de nos voisins. La "mère des arts, des lettres et des lois", la France telle que la rêvait Joachim du Bellay au temps de la Renaissance, mérite mieux que cela. Elle n’a pas besoin d’imiter, elle peut – elle doit – ouvrir un chemin nouveau, apportant au monde quelque chose d’aussi révolutionnaire que le furent les vaccins, les antibiotiques ou la fission de l’atome.
Cette innovation radicale, c’est l’attribution des points, non pas au prorata des sommes versées aux retraités, mais en fonction des sommes et des apports "en nature" consacrés à l’investissement dans le capital humain. "Pas d’enfants, pas de retraites", le démographe Alfred Sauvy l’a bien expliqué, et votre serviteur aussi : c’est une réalité toute simple, concrète, basique, irréfutable.
La sagesse populaire dit que "Dieu se rit des hommes qui déplorent les effets dont ils chérissent les causes." Si ce proverbe a raison, Dieu doit rire à gorge déployée des ennuis que nous avons en matière de retraites, puisque leur cause est l’attribution des droits à pension en raison de l’activité professionnelle et en proportion des revenus qu’elle procure et des cotisations que nous versons au profit de nos aînés. En effet, si nous avions pour deux sous de bon sens, nous comprendrions que ce n’est pas parce que nous nous occupons de nos "vieux" qu’il y aura dans quelques décennies des actifs pour nous prendre en charge. Les textes législatifs et réglementaires qui font calculer nos pensions au prorata de ce que nous avons fait pour nos aînés ne sont que le témoignage attristant du manque de bon sens économique de ceux qui les ont rédigés, approuvés ou votés.
 
La réforme qu’il faut faire
La France doit rompre avec cet illogisme. Si Macron et Delevoye avaient compris le fonctionnement des retraites par répartition ils auraient proposé une réforme des retraites prévoyant certes l’utilisation des points comme façon de comptabiliser les droits à pension, mais disposant aussi que l’acquisition des points est liée à l’investissement dans la jeunesse. Puisque cet investissement est la source économique des revenus professionnels futurs, et donc des cotisations prélevées au profit des retraités, il doit aussi en être la cause juridique. Notre droit s’est égaré, il faut le reconnaître, en attribuant des pensions en raison des cotisations versées aux caisses de retraite par répartition, qui reversent aussitôt cet argent aux retraités. Notre législation des retraites par répartition est un contresens économique majeur, reconnaissons-le humblement !
 
La formule du candidat à la présidence de la République, conservée ensuite par le chef de l’Etat et sa cour ministérielle et parlementaire, est l’expression de cette incompréhension du fonctionnement économique de la retraite par répartition. Dire que chaque euro versé procurera une certaine fraction de points, que les droits à pension exprimés en points s’achètent en cotisant pour nos anciens, c’est montrer que l’on n’a rien compris, ou rien voulu comprendre, à la façon dont les choses se passent réellement. Emmanuel croit-il à la faribole qu’il raconte aux Français, je ne suis pas dans sa tête, je n’en sais rien, mais ce que je sais avec certitude, c’est qu’il a conforté la croyance dans un fonctionnement magique de la retraite par répartition, sans rapport aucun avec la réalité.
La réforme qu’il faut faire comporte bien un passage aux points comme instrument de calcul des droits à pension, mais aussi – et c’est la question névralgique – un changement complet du mode d’acquisition des points par rapport à ce qui se fait dans quelques pays étrangers et par rapport au projet Macron-Delevoye. Les points doivent être attribués au prorata des investissements réalisés dans ce que les économistes appellent le capital humain, autrement dit les hommes considérés comme le plus important des facteurs de production.
 
Concrètement, sans prétendre dresser un tableau complet, donnons quelques indications. Chaque mois consacré en partie à préparer et entretenir un futur actif, y compris les mois de grossesse, donnerait lieu à l’attribution de points. Le budget du système de formation, initiale et continue, ne serait plus alimenté par des impôts, mais par des contributions rapportant des points. Les cotisations "famille", destinées à financer les prestations familiales, ne seraient plus des versements à fonds perdus, mais des moyens d’acquérir des points. Ces cotisations productrices de points pourraient financer également l’assurance maladie des enfants et des jeunes, les congés de maternité, les frais inhérents à la grossesse et, lorsqu’elle est nécessaire, à l’aide médicale à la procréation.
 
Hommage à Proudhon
Parmi les auteurs du XIXème siècle ayant posé les bases de la théorie du capital humain il en est un, autodidacte, dont la clairvoyance mérite d’être rappelée : Pierre Joseph Proudhon. Au Moyen âge, Bernard de Chartres avait vu en chaque homme vivant un nain juché sur les épaules de géants, ses prédécesseurs. Proudhon a repris cette idée en écrivant : "L’homme de talent a contribué à produire en lui-même un instrument utile ; il en est donc copossesseur ; il n’en est pas le propriétaire. Il y a tout à la fois en lui un travailleur libre et un capital social accumulé."
Il est normal que la personne qui met en œuvre ce "capital social accumulé" paye un dividende à ceux qui ont contribué à l’en doter : telle est la justification des cotisations vieillesse, dividendes versés à nos Anciens, actionnaires, si l’on peut dire, qui ont investi en nous. Faire du versement de ce dividende une sorte d’investissement donnant droit à une pension future est clairement contraire à toute logique économique. Or c’est ce qu’a fait le législateur français, et la plupart des législateurs nationaux ont fait de même. Ils ont ignoré le proverbe que cite Proudhon, proverbe qui fonde les cotisations vieillesse : "Le vase dira-t-il au potier : je suis ce que je suis, et je ne te dois rien ?"
La contestation de la réforme des retraites que les pouvoirs publics français cherchent à mettre en place aura été utile si elle amène la Présidence, le Gouvernement et le Législateur à réfléchir un peu plus loin que le bout de leur nez, à faire autre chose que, selon l’ironique formule consacrée, "du nouveau, oui, mais du nouveau qui soit strictement semblable à l’ancien."

Envoyé par l'auteur, 17 octobre 2019
Publié dans A tout un chacun
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