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PMA et déréglementation
 
La loi bioéthique qui se profile à l’horizon laisse augurer le pire, non seulement en autorisant la "PMA pour toutes", mais aussi en ce qui touche la précarité de l’embryon. La façon dont on n’a tenu aucun compte des états généraux de la bioéthique et la mascarade que furent les auditions parlementaires montrent que le pouvoir n’avait aucun souci réel d’un véritable débat, mais était d’emblée acquis à toutes les nouvelles transgressions. Il s’agit là, plus encore que pour le "mariage pour tous", d’un enjeu de civilisation primordial, bien plus essentiel que les habituels sujets politiques.
Certes, sans doute peu de nos concitoyens ont conscience de l’aspect crucial de ces enjeux – com­ment le pourraient-ils quand l’immense majorité de la classe politique tient ces questions pour secondaires et ne relevant que de l’appréciation personnelle ? Mais cela ne nous donne que plus de responsabilités, à nous chrétiens et hommes de bonne volonté, de dire haut et fort notre ferme et totale opposition à cette loi délétère, et de le manifester légalement de toutes les façons possibles. Et comme le disait justement Mgr Aupetit, même si cela n’empêche pas l’adoption de la loi, nous travaillons ainsi pour l’avenir, en montrant que tous n’ont pas avalisé cette triste dérive et en fournissant les arguments qui, tôt ou tard, feront prendre conscience des graves erreurs commises, contre l’enfant et contre la vie notamment.
 
Le principe de précaution bafoué
Il est au demeurant absurde de constater combien le "principe de précaution", mis en avant aujourd’hui à tout propos, est ici totalement ignoré. Admettons que le besoin d’un père et d’une mère pour un enfant ne soit pas une certitude de bon sens ; ce qui est certain, en revanche, c’est que la proposition inverse, à savoir qu’un enfant peut sans conséquence dommageable se passer de père (ou de mère), et donc avoir deux mères ou deux pères, n’a jamais été corroborée : le principe de précaution devrait donc jouer ici en faveur de la protection de l’enfant, à savoir tout faire pour lui préserver une mère et un père. Mais, en l’occurrence, nos législateurs et ceux qui les soutiennent se moquent totalement de ce risque, seul importe la volonté d’adultes qui doivent pouvoir satisfaire leur désir d’enfant quoi qu’il en coûte, même au détriment de l’enfant lui-même – comme s’il y avait un "droit à l’enfant" qui supplante ici le "droit de l’enfant" !
Cette affaire est révélatrice de l’égoïsme foncier qui habite ce système qui place le désir des adultes (ayant une influence électorale) avant l’intérêt fondamental de l’enfant (qui n’a aucune possibilité de s’exprimer et de se défendre) – encore une fois, même si cet intérêt peut prêter à discussion, le principe de précaution joue sans aucun doute possible en faveur de la structure familiale basée sur le père et la mère.
 
L’influence de l’idéologie libérale
Il serait temps de comprendre que cet état d’esprit égoïste, aujourd’hui fortement répandu, est la conséquence de l’emprise du libéralisme sur tous les pans de la société et finalement sur toutes les dimensions de la vie. Depuis les années 1980, la tendance dominante est à la déréglementation, laquelle s’est d’abord manifestée en économie sous l’égide de l’école libérale néoclassique. À une époque où l’État-providence et le socialisme rampant prenaient une dimension quelque peu ubuesque, sans doute était-il légitime de vouloir libérer les énergies créatrices d’un réel carcan bureaucratique. Le problème est que la chute du communisme a supprimé le principal adversaire du libéralisme qui, un temps dégagé d’une puissante opposition, a laissé son hubris naturelle suivre sa pente et toucher tous les domaines. Ainsi la déréglementation s’est-elle progressivement généralisée, favorisée par la mondialisation (et son obsession de la concurrence) qui a connu dans le même temps une rapide expansion.
Partie de l’économie, l’idéologie de la déréglementation a fini par toucher tous les secteurs de la société, depuis le social jusqu’à ce que l’on nomme les "questions sociétales". Et ce au nom d’une liberté abstraite ayant toujours de nouveaux bastions à conquérir et d’une égalité à étendre indéfiniment, le vecteur inépuisable de cette double revendication étant les "droits de l’homme" en vertigineuse augmentation et ainsi vidés de toute substance. Le politique, mis sous tutelle par l’économie, tombé en déliquescence, sans plus aucune notion du bien commun et même du bien tout court, n’avait plus les moyens de s’opposer à ce mouvement intronisant le business – l’argent ! – à tous les niveaux de l’activité humaine.
Rétablir la primauté du politique – et donc lui redonner le pouvoir réel (alors qu’il réside aujourd’hui dans les hautes et opaques sphères économiques) – est nécessaire pour redonner vie et sens à la démocratie. Sans doute en sommes-nous encore loin aujourd’hui. On peut toutefois y contribuer en manifestant massivement notre opposition à cette loi bioéthique mortifère, en étant tous à Paris le 6 octobre avec le collectif "Marchons enfants !".

Paru dans La Nef, octobre 2019
Publié dans A tout un chacun
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Quand le sage (Éric Zemmour) montre la lune, l’idiot regarde le doigt
 
Dans notre pays, la classe "jacassière" (comme l’appelait Raymond Barre) a, pour grand grande spécialité, de ne regarder que le doigt, et ce depuis longtemps, très longtemps. Et pourtant, ce que montre le doigt d’Éric Zemmour barre notre horizon intellectuel d’Est en Ouest en lettres de feu et cette question est simple :
L’islam est-il ou non compatible avec la Démocratie ? 
Et cette question en appelle immédiatement une deuxième.
Poser cette question, n’est-ce pas en soi lancer une attaque anti-démocratique contre ceux qui suivent les enseignements de Mahomet puisque notre civilisation pose, comme marqueur du bien, la liberté de culte ?  
 
Commençons par la première question et ici je vais utiliser le dernier livre - posthume - de Jacques Ellul, le grand philosophe, sociologue, politologue et théologien qui enseigna à Bordeaux et dont les œuvres ont été traduites en toutes les langues et font l’objet de débats passionnés aux USA.
Voici la citation principale, et je ne saurai trop recommander la lecture de ce petit livre qui est disponible sur Amazon.
"Non à l’intronisation de l’Islam en FranceCe n’est pas une marque d’intolérance religieuse : je dirais “oui”, aisément, au bouddhisme, au brahmanisme, à l’animisme…, mais l’islam, c’est autre chose. L’islam est la seule religion au monde qui prétende imposer par la violence sa foi au monde entier. Je sais qu’aussitôt on me répondra : “Le christianisme aussi !” Et l’on citera les croisades, les conquistadors, les Saxons de Charlemagne, etc. Eh bien il y a une différence radicale. Lorsque les chrétiens agissaient par la violence et convertissaient par force, ils allaient à l’inverse de toute la Bible, et particulièrement des Évangiles. Ils faisaient le contraire des commandements de Jésus, alors que lorsque les musulmans conquièrent par la guerre des peuples qu’ils contraignent à l’Islam sous peine de mort, ils obéissent à l’ordre de Mahomet. Le djihad est la première obligation du croyant musulman. Et le monde entier doit entrer, par tous les moyens, dans la communauté islamique. Je sais que l’on objectera : “Mais ce ne sont que les ‘intégristes’ qui veulent cette guerre.” Malheureusement, au cours de l’histoire complexe de l’Islam, ce sont toujours les “intégristes”, c’est-à-dire les fidèles à la lettre du Coran, qui l’ont emporté sur les courants musulmans modérés, sur les mystiques, etc.’’….
 
Quelques temps avant, Ellul avait organisé un débat entre lui et le recteur de la grande mosquée du Caire (la plus haute autorité religieuse chez les Sunnites) pour essayer de comprendre si l’Islam était compatible avec la démocratie. Les deux étaient arrivés d’un commun accord à la conclusion qu’Islam et Démocratie étaient incompatibles. Ce qui veut d’abord dire que bien des musulmans n’ont pas envie de vivre en démocratie qui n’est absolument pas perçue comme la meilleure forme de société pour les croyants. Pour eux, dire que la démocratie est compatible avec l’Islam, c’est insulter l’Islam.

Venons-en au fait : Qu’est ce qui avait bien pu amener deux éminentes personnalités comme celles-là à arriver à cette conclusion ?
Je reprends la plume pour donner mon interprétation de ce qu’Ellul voulait dire et ce qui va suivre bien sûr n’engage que moi.
Pour ce faire, je vais revenir à ce qui constitue le base philosophique et morale de notre civilisation, les dix commandements, et en particulier le sixième qui précise "tu ne tueras point".
En réalité, la religion Musulmane est la seule des grandes religions qui ordonne de tuer spécifiquement ceux qui ne croient pas en Dieu, ceux qui disent du mal de son prophète, ceux qui ont abandonné la vraie religion, la femme adultère, celle qui a épousé un non croyant…
Le musulman qui a tué le cinéaste Van Gogh parce qu’il avait fait un film où il tournait en dérision Mahomet, les tueurs de mon ami Bernard Marris et de ses associés à Charlie Hebdo, ceux qui ont fait tomber les tours de Manhattan, et bien d’autres encore, tous étaient persuadés de faire la volonté de Dieu et donc étaient des "bons" musulmans. Et que l’on ne me dise pas que le texte du Coran pourrait être "aménagé" par je ne sais quel concile : contrairement à l’ancien testament ou aux évangiles qui ont été écrits par des gens inspirés ou par des témoins visuels, tous humains, le Coran est "incréé" et a été dicté à Mahomet par Dieu lui-même (au travers d’un archange) et donc pas une ligne ne peut être enlevée du texte (quiconque changerait une ligne serait d’ailleurs condamné…  À mort comme vous l’avez déjà deviné).
Rajoutons à cette obligation de tuer l’autorisation de mentir à un non musulman (neuvième commandement, tu ne porteras pas de faux témoignage), soit pour dissimuler sa foi à des non croyants, soit pour mieux cacher des plans de conquête, et le tableau devient édifiant. Le moins que l’on puisse dire est que les dix commandements sont bien écornés.
 
Venons-en maintenant à une constatation plus sociologique et politique : d’après Mahomet, le monde est scindé en deux parties, le monde de la paix (les convertis) et le monde de la guerre (… à convertir, par la violence si nécessaire) et cela jusqu’à la fin des temps, où le monde entier sera musulman.
Voilà qui a le mérite de la simplicité. Depuis ses débuts, la religion musulmane est donc en guerre contre tout ce qui n’est pas musulman et loin de s’en cacher s’en glorifie. Ce qui veut dire qu’un bon musulman ne peut pas considérer comme légitime un pouvoir politique qui ne serait pas musulman et donc n’est pas tenu de respecter les lois locales, seule la charia étant légitime.   Et la charia autorise l’esclavage, entérine l’infériorité de la femme par rapport à l’homme (moindre part d’héritage, voix comptant pour moitié dans le témoignage, perte des enfants en cas de divorce etc…), la polygamie, l’interdiction pour une femme d’épouser un non-musulman sous peine de mort, l’infériorité juridique pour le non-musulman soumis à un impôt spécial, la mise à mort des homosexuels en les jetant du haut d’un toit, la mutilation physique en cas de vol…
 
Or, rien de tout cela n’est compatible avec la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen, ce qui veut dire qu’un bon musulman ne peut pas être un bon citoyen dans nos pays, non pas que nous lui interdisions, mais parce que son prophète le fait. L’exclusion ne vient pas de nous mais est exigée du musulman. C’est lui qui s’exclue de lui- même.
Accepter notre législation, c’’est trahir la charia et il n’existe pas de compromis possible. L’alternative est simple : soit nous disparaissons (ce qui est arrivé aux Juifs et aux Chrétiens au Moyen-Orient), soit le croyant cesse de croire et cesse donc d’être musulman.
Il semble donc bien que la religion musulmane soit incompatible avec la République, ne serait-ce que parce que le but ultime de cette religion est de détruire non seulement ladite République, mais la France aussi pour la remplacer par la communauté des croyants ou Oumma. Le Coran n’a que faire des Nations.
Il est donc parfaitement légitime pour Éric Zemmour de dénoncer la menace que fait peser cette religion sur nos valeurs laïques, républicaines ou historiques.
 
Ce qui m’amène à la deuxième partie de ce petit essai : ces mêmes valeurs nous interdisent elles de dénoncer ce qu’il y a d’odieux dans la religion musulmane, au nom de la "tolérance" qui serait de ce fait érigée en valeur suprême, en clef de voûte de notre système moral ?
Commençons par ce que disait Burke, le philosophe anglais : "Il existe hélas une limite où la tolérance cesse d’être une vertu".
Continuons par ce que disait Confucius : "Quand les mots changent de sens, les royaumes deviennent ingouvernables"
Quand Voltaire disait en parlant de l’Église Catholique : "Écrasons l’infâme" cela n’avait rien de raciste tant il est vrai que l’anti-cléricalisme n’a rien à voir avec le racisme. Et c’est le cas : être contre l’Islam ne veut en rien dire que l’on est raciste et donc nul ne peut dire que quiconque est contre l’Islam est raciste.
La religion n’a en effet rien à voir avec la race. Une religion est une construction intellectuelle qui trouve sa source dans le cerveau, et que la peau soit noire, blanche, jaune, café au lait ou arc en ciel ne change rien à l’affaire.
Elle peut parfois être identifiée à un peuple, une nation, une ville comme dans les temps anciens, mais cela ne change rien au monde aujourd’hui : vous pouvez aller à la messe ou à la mosquée ou à la synagogue (il y a des juifs noirs, des juifs indiens, des juifs chinois) et que vous soyez blanc, noir, jaune etc… n’a rien à voir avec quelque race que ce soit puisqu’elles y sont toutes représentées.
De nos jours, les grandes religions incluent toutes les races et si, comme je le pense, une religion est une création de l’esprit humain, j’ai le droit, que dis-je le devoir comme l’a fait Ellul de la critiquer si elle ordonne des choses qui sont complètement en opposition avec ce à quoi je crois et ce d’autant plus que le délit de blasphème a été aboli en France en 1789… (Mais à ce jour, à ma connaissance il n’a été aboli dans aucun pays musulman).
Soyons clair ici. En aucun cas je ne demande que les musulmans ne puissent pas se rendre à la mosquée, ni qu’ils essaient de développer leur religion comme ils le souhaitent (tant que cela se fait en suivant les lois de la République), ni soient empêchés de dire tout le mal qu’ils veulent de Jésus, Bouddha ou Zarathoustra.
En revanche je trouve inadmissible de m’empêcher de dire et d’écrire tout le mal que je pense de cette religion et de celui qui l’a créée, surtout quand cette obligation de me taire ou de forcer un autre à ne pas parler est imposée en étant fondée sur la contre vérité que je serai raciste.
Si une idée est malfaisante je dois la dénoncer et ne pas le faire c’est manquer de courage. Comme disait Bernanos (je crois), "ce qui a fait le plus de victimes dans l’histoire ce n’est pas le fracas des combats, c’est le glissement feutré des pantoufles".
Et à l’évidence, jamais les pantoufles ne se sont faites autant entendre qu’en ce moment, en particulier en France. Les glissements feutrés deviennent assourdissants.
Quand j’entends les hurlements qui accompagnent le dernier discours de Zemmour, je ne peux m’empêcher de penser au Chevalier de la barre qui fût martyrisé puis exécuté pour avoir refusé de se découvrir devant une procession pendant le règne de Louis XV.
Je suis persuadé que ceux qui accompagnaient en dansant le pauvre chevalier quand on l’amenait au bûcher sont les arrières grands-pères de ceux qui hurlent à la mort aujourd’hui pour demander la mort (médiatique) d’Éric Zemmour.  Ce que cherche à l’évidence ces esprits arriérés, c’est de rétablir le délit de blasphème au prétexte qu’une partie de la population ne supporterait pas que l’on dise du mal de sa religion. Mais s’il est un droit de l’homme auquel je tiens par-dessus tout, c’est de pouvoir dire tout le mal que je veux des idées que je n’aime pas et donc de n’importe quelle religion. Me refuser ce droit, c’est rétablir les crimes de blasphème et de sacrilège ce qui est inacceptable pour tout citoyen de nos pays car cela nous amènera inéluctablement à la disparition de la liberté d’expression. On commence par interdire de dire du mal de la religion musulmane et on termine en mettant en prison ceux qui disent du mal de monsieur Macron, Benalla ou de l’éditorial du soir du Monde.
 
Le discours de Zemmour, que j’ai lu, n’est en rien raciste, mais il est violemment anti-Islam, ce qui est son droit le plus strict, comme c’était celui du petit père Combes de dire des horreurs sur l’Église Catholique. Tout ce que dit l’orateur est que l’Islam en tant que religion est incompatible avec les valeurs du Judaïsme et du Christianisme et donc avec l’organisation millénaire de nos sociétés. Il s’agit d’une prise de position intellectuelle, fondée sur de longues études et qui rejoint exactement ce que disait Ellul et le recteur de la mosquée du Caire et bien d’autres avant eux.
On peut être d’accord, ou pas. Mais il doit avoir le droit de le dire et de l’écrire. Et ceux qui ne sont pas d’accord avec lui doivent répondre à l’acte d’accusation en expliquant pourquoi le Coran serait compatible avec la déclaration des droits de l’homme. Un message qui déplaît doit être combattu argument contre argument et jamais par une interdiction de diffusion et encore moins en calomniant celui qui énonce une thèse qui nous déplaît. Depuis Socrate, depuis Aristote, depuis Thomas d’Aquin, nous savons tous que la vérité est inatteignable et que l’on ne peut s’en rapprocher que par la confrontation intellectuelle entre des esprits libres n’utilisant jamais ni la violence ni l’argument d’autorité.
L’interdiction, la censure sont des abominations et pourtant c’est ce que réclament tous nos soi-disant "tolérants", qui ne sont tolérants que parce qu’ils ont peur, parce qu’ils y ont intérêt ou parce qu’ils savent qu’ils mentent.
A ces gens-là je dis : prouvez que Zemmour a tort, et si vous utilisez l’argument du racisme, cela ne vaut rien. La seule possibilité pour ceux qui sont partisans de l’Islam en France consiste à dire que rien ne les gêne dans cette religion, ce que ces grands partisans de la tolérance auront du mal à expliquer.

Et à Zemmour je dis ce que je lui déjà dit dans le passé. Mon cher Éric (je l’ai rencontré deux fois), comme les prophètes d’Israël, vous avez été investi de la lourde charge de dire la vérité. Comme eux, vous allez souffrir, peut-être finir au fond d’une citerne et tout cela parce que vous aimez la France au-delà de ce qui est raisonnable. Vous avez mis vos pas dans ceux de Bernanos qui aimait la France "terre des saints, des cathédrales et des fous." Je vous plains de tout mon cœur car vous n’avez pas choisi la voie facile et je ne vous dis qu’une seule chose : continuez à dire les choses telles qu’elles sont.
Nous avons besoin de vous.

Paru sur institutdeslibertes.org, 7 octobre 2019
Publié dans Du côté des élites
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Une nouvelle géopolitique de l’Art
 
A l’heure où les tulipes de Koons, qui viennent d’être inaugurées à Paris, sont taxées de "marqueur de puissance géopolitique" à Sciences PO (1)… Aude de Kerros publie un livre intitulé "Nouvelle géopolitique de l’Art contemporain" aux éditions Eyrolles. Nous lui avons posé 3 questions.
 
Depuis quand parle-t-on de géopolitique de l’art ?
De tous temps l’art fut le butin des vainqueurs mais l’art trouvant sa justification dans la politique, la révolution, la propagande (donc dans les idées) ne devient patent qu’à partir de 1917 :  le grand public ignore la continuité de ce phénomène qui se métamorphose au long du XXème siècle pour s’imposer aujourd’hui sous l’étiquette AC qui prétend être le seul, le vrai, art "contemporain". On peut même parler d’ACI : Art Contemporain International, à la circulation mondiale et fluide. L’Amérique y détient une puissance culturelle hégémonique où l’art est à la fois "soft power" et produit financier, construit en réseau autour de collectionneurs "hors normes", ce qui tient plus à leur fortune qu’à leur amour de l’art. On savait que médias, foires, salles des ventes, ports francs, galeries, etc. institutions muséales et universitaires légitiment, in fine, les cotes de leurs poulains. Outre qu’il rend de multiples services annexes, une autre caractéristique de ce système apparaît désormais : ne pouvoir fonctionner que de façon fermée. C’est la condition pour atteindre des très hautes cotes et garantir leur valeur. Il est possible aujourd’hui de cartographier ce phénomène : mondial, fermé, rentable parce que transfrontières.
 
Votre livre s’intitule “nouvelle” géopolitique de l’AC : en quoi est-il nouveau ? Par rapport à une autre manière de penser le sujet ou bien y-a-t-il une évolution mondiale qui le justifie ?
Le système de l’ACI dont le cœur bat à New York se porte bien si l’on en croit les cotes faramineuses, il est même réputé pérenne parce qu’universel et vertueux. Or il s’emballe, comme en Arabie Saoudite où en une seule année, 2018, tous les rouages du système apparaissent d’un coup. Cette réussite planétaire de l’ACI, presque trop parfaite, est un trompe l’œil qui dissimule un envers. Il existe un autre monde de l’Art, non labellisé "Art Contemporain International", ni coopté ni financiarisé, et pourtant ce monde vaste et varié fait l’objet d’échanges au-delà du local, orientés par des affinités naturelles. L’émergence de ce marché guidé par la considération de l’art lui-même, est, en partie, lié à la révolution technologique numérique : internet diffuse l’image mieux et plus facilement que le concept. Internet désenclave et relie ce que le système ostracise de facto. Après avoir observé le système ACI, j’ai voulu décrire aussi ce monde-là car la mondialisation a mis dans la boucle des échanges artistiques les 5 continents. Le monde occidental ne représente que 1 milliard de personnes sur 7 : il n’est pas possible d’imposer un art, aussi vide, kitsch et global soit-il, à l’humanité tout entière. Plus la mondialisation avance, plus les diversités surgissent et sont valorisées, aimées, assimilées par des publics même lointains, qui ne veulent pas pour autant renoncer à leur propre culture. Les rapports entre le local et le global ne se produisent pas dans le sens de l’uniformisation, comme le prévoyaient les théoriciens de l’ACI, les seuls jusqu’ici à prendre la parole.
 
Quelle est la place de la France dans cette géopolitique ?
La France est le seul pays à avoir un art officiel, où ses fonctionnaires inspecteurs de la création rejettent tout ce qui n’est pas conceptuel, pour s’aligner sur le système ACI. Le résultat est qu’il n’y a pas d’artistes français, (même conceptuels !) vraiment visibles internationalement. En France, la scène française n’est pas la priorité ni des institutions ni des collectionneurs : les conflits d’intérêts sont multiples car tout semble permis dès que le mot magique "art" est prononcé. Aucun autre pays n’agit ainsi de façon aussi radicale. En Amérique, en Russie, en Chine, dans les autres pays d’Europe, coexistent les divers courants de l’art de la peinture au ready made, ils se concurrencent à l’intérieur des frontières, même si seuls sont cooptés pour le circuit international ceux qui répondent au label ACI. La situation française apparaît donc comme une exception… anti-culturelle, ce livre l’établit clairement.
Propos recueillis par Ch. Sourgins
(1) L’expression est de Nathalie Obadia, galeriste qui enseigne à Sciences Po, auteur d’un livre sur le sujet mais d’un point de vue… plus "ACIquement" correct

Envoyé par l'auteur, paru sur www.sourgins.fr, 15 octobre 2019
Publié dans De par le monde
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On se trompe de transition énergétique
 
La transition énergétique est à la mode. Politiques, médias et mouches du coche s’en donnent à cœur joie et laissent croire à un remplacement progressif des énergies fossiles émettrices de CO2 et des énergies nucléaires qui font facilement peur, par des énergies renouvelables
 
A contre-courant mais parfaitement logique, Jean Marc Jancovici rappelle dans tout le monde universitaire que vivre sur les énergies renouvelables a toujours été l’apanage de l’humanité avec son chauffage au bois, sa traction animale, sa marine à voile et ses moulins à eau et à vent. Il explique à juste titre que ce n’est que depuis que nous utilisons de l’énergie fossile que nous sommes devenus des supermen à nos propres yeux en multipliant par des milliers notre capacité énergétique grâce aux machines. Il montre aussi, croquis à l’appui, qu’aucune énergie n’en a jamais remplacé une autre et que les nouvelles énergies ne se sont chaque fois que surajoutées aux précédentes que l’homme a continué à consommer de plus en plus, tellement ses machines étaient énergivores. Le charbon n’a pas remplacé le bois que l’humanité a continué à consommer de plus en plus. Le gaz et le pétrole n’ont pas remplacé le charbon que l’humanité a continué à consommer de plus en plus. Le nucléaire n’a pas remplacé le pétrole et le gaz que l’humanité a continué à consommer de plus en plus.
 
Encore une fois à juste titre, Jancovici insiste sur le fait que l’énergie fossile n’est pas gratuite alors que nous ne payons que le prix de son extraction, de son transport, de sa transformation et les bénéfices de tous les acteurs de son cheminement. Nous ne payons pas la reconstitution en millions d’années de ce que nous consommons quotidiennement de façon croissante. Jancovici souligne que cet aveuglement était déjà celui de Jean-Baptiste Say qui écrivait en 1804 dans son Traité d’économie politique : "Les ressources naturelles sont inépuisables, car sans cela, nous ne les obtiendrions pas gratuitement. Ne pouvant être ni multipliées ni épuisées, elles ne sont pas l’objet des sciences économiques".
 
Là où Jancovici fait lui-même exactement l’erreur qu’il reproche à Jean-Baptiste Say d’avoir fait il y a deux siècles, c’est quand il dit négligemment lors de sa très intéressante leçon inaugurale à SciencesPo le 29 août 2019 "Du pognon, il y en a plein" (à 2h13 sur les 2h24 de sa leçon). Il ne réalise pas que la monnaie est une énergie, qu’elle n’est pas plus gratuite que les autres, et qu’une fois de plus cette énergie voudrait remplacer les énergies précédentes et ne fait en fait que se surajouter sans faire baisser les autres.
 
L’énergie monétaire a en effet complètement changé sa source par un véritable triple saut en un peu plus de 50 ans, de 1944 à 2001. Jusqu’aux accords de Bretton Woods en 1944, toute monnaie avait toujours été liée à ce que le peuple qui l’utilisait voyait comme une richesse préexistante, généralement de l’or. La monnaie était la richesse du passé du peuple. C’est pour cela qu’en échange de la monnaie il donnait de lui-même. Les accords de Bretton Woods n’ont apparemment pas changé grand-chose. Sous impulsion américaine ils ont lié les monnaies au dollar et le dollar à l’or. Cela restait cohérent à la condition que la FED n’imprime pas plus de dollars que le Trésor américain ne possédait d’or. Or la FED a imprimé 5 fois plus de dollars qu’il n’y avait d’or et Nixon a été obligé le 15 août 1971 de déconnecter en urgence le dollar de l’or pour endiguer la fuite de l’or américain que beaucoup, comme De Gaulle, venaient chercher contre des dollars. Mais le troisième saut de ce triple saut a été l’introduction de l’euro avec des équivalences avec les monnaies européennes antérieures en oubliant consciencieusement qu’elles n’étaient plus liées à rien par la décision américaine de 1971.
 
Depuis le 15 août 1971 et officiellement à partir de la création de l’euro, l’énergie monétaire ne provient plus d’une richesse passée reconnue comme cela avait toujours été le cas depuis l’aube des temps. Elle provient d’une richesse future totalement imaginaire et que l’on peut donc faire croître sans limite en l’espérant himalayenne, voire même perçant le ciel. Nous vivons globalement au-dessus de nos moyens grâce aux 200.000 milliards de dollars de dettes que nous avons. Ces dettes sont en réalité la source virtuelle et apparemment gratuite de la nouvelle énergie monétaire qui nous permet partout de faire n’importe quoi et de croire possible le libéral-libertarisme. Nous avons rajouté aux couches d’énergies que Jancovici décrit très bien et que nous continuons à consommer, une nouvelle énergie dont il ne parle pas comme d’une énergie, l’énergie monétaire. Nous consommons avec la monnaie, une énergie sans source connue. Nous la voulons gratuite et illimitée et nous le croyons possible puisque c’est une énergie qui nous vient du futur. Venant du futur nous pouvons l’imaginer à notre guise et c’est cette transition énergétique que nous vivons actuellement et dont nous n’osons pas parler parce qu’au fond de nous, nous n’en sommes pas très fiers.
 
La question que chacun devrait se poser aujourd’hui est de savoir s’il veut se dégager des faux rêves collectifs mondialisés et inatteignables que les médias, l’éducation nationale et les politiques ont mis dans les esprits. Ces rêves se nourrissent de l’énergie monétaire (donnez-nous les moyens). C’est en sortant de ces rêves et en réalisant que "la seule source de l’énergie monétaire est le travail humain et ses réalisations passées" (Bruno Lemaire), que nous pourrons faire en sorte que cette énergie monétaire soit à nouveau au service du peuple puisque c’est sa propre richesse, et qu’elle ne soit pas gaspillée au service d’un système que plus personne de sérieux ne défend vraiment.
 
L’énergie des chômeurs doit remplacer l’énergie monétaire venant de la dette. Mais cela commence par la compréhension et la maîtrise de l’énergie monétaire, puis par la compréhension que le chômage n’est pas le problème des entreprises mais celui des politiques. Sans quoi nous continuerons à faire toutes nos bêtises en douceur grâce à l’énergie monétaire qui fabrique les machines, et tant que les énergies précédentes seront encore disponibles pour les faire fonctionner.

Envoyé par l'auteur, paru sur www.surlasociete.com, 9 octobre 2019
Publié dans A tout un chacun
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L’Europe a un vrai problème turc
 
CHRONIQUE - Le président Erdogan traite les miliciens kurdes syriens des YPG de "terroristes", alors qu’ils n’ont jamais attaqué la Turquie, tout en menaçant les dirigeants européens de "faire déferler chez [eux] des millions de réfugiés".
 
Débutée le 8 octobre 2019, après un feu vert donné l’avant-veille par le président Trump, l’invasion du nord de la Syrie par l’armée turque ne constitue pas une péripétie militaire supplémentaire dans un Moyen-Orient totalement chamboulé depuis la catastrophique invasion américaine de l’Irak de 2003. Ce n’est pas un incident aux conséquences strictement régionales. C’est un événement crucial qui révèle deux tendances lourdes de la géopolitique contemporaine.
En apparence, on pourrait croire que l’affaire se limite à la volonté du président turc de détruire le Rojava, la région dirigée par les Kurdes syriens anti-islamistes en quasi-autonomie depuis sept ans, pour la remplacer par un corridor frontalier de trente kilomètres de large, où seraient relogés les trois millions et demi de réfugiés syriens ayant fui, pour la Turquie, la guerre civile dans leur pays. M. Erdogan traite de "terroristes" les miliciens kurdes syriens progressistes des YPG (Unités de protection du peuple), sous prétexte qu’ils sont idéologiquement proches du PKK (le mouvement autonomiste kurde agissant à l’est de la Turquie, parfois avec des méthodes terroristes). Cette accusation de terrorisme ne tient pas contre les YPG : elles n’ont jamais attaqué le territoire turc, qui les borde par le nord. Pour montrer leur bonne volonté, elles ont même accepté, en juillet 2019, de se retirer de la frontière sur une bande de quatre kilomètres de large, afin que puissent être expérimentées des patrouilles mixtes turco-américaines.
 
En réalité, cette affaire va beaucoup plus loin. D’abord, elle expose spectaculairement le désengagement de l’Amérique au Moyen-Orient. Pour combattre l’État islamique, le Pentagone avait déployé au Kurdistan syrien quelque 1200 soldats des forces spéciales (épaulés par des contingents français et britannique quatre fois moins importants). Après que les YPG eurent résisté héroïquement au siège de Kobané par l’État islamique (septembre 2014-janvier 2015), ces soldats occidentaux les ont formées et équipées, afin qu’elles puissent libérer tous les territoires tenus par Daech. Les aviations occidentales agissaient depuis le ciel mais, à terre, ce sont bien les 70.000 Kurdes syriens des YPG qui ont repris les villes tenues par les musulmans fanatiques, comme Raqqa, ville de 200.000 habitants, libérée en octobre 2017. Sans la moindre consultation préalable avec les dirigeants occidentaux, le président américain a soudain décidé de retirer ses troupes du nord de la Syrie et de laisser tomber ses alliés locaux.
Au-delà de l’ébranlement de leur alliance militaire avec l’Amérique, les Européens se réveillent avec un vrai problème turc. Le nouveau sultan n’hésite pas à dialoguer avec eux sur le mode du chantage. En public, devant les militants de son parti, M. Erdogan a menacé les dirigeants européens de la manière la plus brutale : "Si vous qualifiez d’invasion mon opération antiterroriste, je vais faire déferler chez vous des millions de réfugiés syriens !"
Cela a le mérite d’être clair. Sachant que les pays européens sont confrontés à de graves problèmes d’intégration de l’immigration musulmane sur leurs territoires, et que leurs dirigeants sont tétanisés à l’idée de la reprise d’un flux comparable à celui de 2015, Erdogan leur rappelle brutalement qu’il contrôle les écluses et qu’il peut à loisir en ouvrir ou en fermer les portes.
 
Mais il y a plus. M. Erdogan ne se contente pas d’être un nationaliste néo-ottoman. C’est aussi un Frère musulman. L’islamisme ne lui fait pas peur car il est islamiste lui-même. Les Kurdes syriens ne peuvent à la fois combattre l’invasion turque et continuer à garder les camps où étaient enfermés les militants de l’État islamique (plus de 100.000 êtres humains en comptant les femmes et les enfants). Certains djihadistes, très dangereux pour nous car porteurs de passeports européens, se sont déjà évanouis dans la nature. Donald Trump a dit que ce n’était pas son problème, mais celui des Européens. Peut-on faire confiance à M. Erdogan pour les pourchasser aux fins de les rééduquer dans l’amour des valeurs libérales européennes ? On peut en douter. Lors de tournées sur le sol européen, il a tenu des meetings avec la diaspora turque, sur le mode hommes d’un côté et femmes (voilées) de l’autre. Il n’a jamais prêché l’assimilation à ses compatriotes ayant choisi de vivre en Occident.
La Turquie appartient à l’Otan, un club dont tous les autres membres, sauf deux, sont européens. Comme elle n’en partage plus les valeurs, combien de temps pourra-t-elle y rester ?
Heureusement, tous les Turcs ne sont pas des Frères musulmans. Beaucoup, tel le nouveau maire d’Istanbul, sont attachés à la laïcité héritée d’Atatürk. Mais, tant qu’Erdogan restera au pouvoir à Ankara, l’Europe ne résoudra pas son problème turc.

Paru dans Le Figaro, 15 octobre 2019
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Quand les éléments de langage gouvernent le pays
 
La confiance s'effrite. Les événements et les catastrophes se succèdent et à chaque fois le peuple en est meurtri mais, surtout, il ne comprend pas et s’indigne.
 
Le scénario est toujours le même et il est un peu trop facile de jeter la pierre au premier qui parle...  En effet, à chaque fois le ministre concerné prévenu d'un événement dramatique par les alertes de son portable, arrive sur les lieux en même temps que les journalistes eux-mêmes prévenus par les mêmes alertes, micros et caméras au poing. Le responsable politique concerné ne sait que ce qu'ont bien voulu lui dire ses propres services. Les télés sont déjà là, la confusion règne et les ministres se trouvent jugés sur ce qu'ils vont immédiatement dire, annoncer, expliquer... Le vertige de la mauvaise communication. Tout est alors déjà biaisé. D'une part, il est impossible de parler à chaud d'un événement par définition totalement imprévu et qui fait des victimes souvent encore non répertoriées. Et, d’autre part, plus c'est grave, plus on attend que le ministre parle... Plus c'est grave, moins il peut parler et d'ailleurs moins il en sait.
Reste le choix entre dire ce qu'il sait sans aucune garantie quitte à passer pour un incompétent par la suite, se taire (mais combien de temps ?) ou alors utiliser les fameux éléments de langage fournis par la hiérarchie communicante sachant qu'il faut prendre les ordres au plus haut niveau pour ne pas provoquer d'autres drames, cette fois politiques.
La règle étant que toute catastrophe selon n'importe quelle opposition "aurait pu être évitée" et que la responsabilité en incombe - bien sûr - au gouvernement en place. Dans les heures qui suivent ou à plus ou moins longue échéance, il convient de demander
la démission du ministre, du préfet, du Premier ministre, etc. C'est un préalable systématique d'abord que d’affirmer que celui par qui le malheur arrive (c'est-à-dire celui qui détient le pouvoir de la parole) dissimule la vérité volontairement s'il rassure, ment s'il provoque la panique, est irresponsable s'il accuse, "stigmatise" forcément et déchaîne la fureur des intéressés et de leurs amis, pendant que les syndicats guettent... Et, s'il ne sait pas, c'est un nul.
La vérité c'est que la France s'enfonce en surfant sur les mots. Les fameux éléments de langage sont une plaie qui va bien plus loin que le discours lui-même, cela permet de jouer l’unité, c’est ainsi qu’à la radio ou à la télé vous avez droit aux mêmes lambeaux de phrases insignifiants dans toutes les bouches officielles. L'impuissance commence là.
 
Une lâcheté collective
Sous-jacente et revendiquée, la fameuse "bienveillance "est un mal du siècle. Tous en sont atteints. Une fausse bienveillance qui interdit de nommer les choses, les gens et les faits tels qu'ils sont. Une bienveillance qui exonère les coupables en leur trouvant toutes les excuses et qui finit par s'exercer davantage envers les responsables qu'envers les victimes. Une bienveillance qui de fait s'assimile à la peur et qui gagne les innombrables couches hiérarchiques, en particulier dans la Fonction Publique qu’à force d'exonérer de toute responsabilité individuelle, on laisse faire...
En même temps, on incite à la délation : dénoncer son voisin qui montre des signes extérieurs de richesse, dénoncer son harceleur, dénoncer ceux qui ne respectent pas la loi, des listes "name and shame", etc. La schizophrénie nous gagne, il faut choisir qui on dénonce... pour rester bienveillant ! En même temps toujours, on appelle chacun d'entre nous à la vigilance (bienveillante ?) en même temps encore on réduit la liberté d'expression et c’est plus facile de virer un chroniqueur, un écrivain, un humoriste... et de décréter un hallali que d’agir, pour le coup la bienveillance est au placard.

"L'Etat profond"qui paralyse la France est le résultat de cette lâcheté collective : on y a multiplié les hiérarchies pour se protéger "responsable mais pas coupable" et en fait, on est de moins en moins responsable. D'ailleurs avez-vous jamais entendu parler d'un petit chef viré ? Plus facile de virer le ministre ...
Alors le désespoir gagne car la complexité et les petits pas des réformes sont de la même veine, plus c'est compliqué moins on comprend, plus on peut subtilement s'exempter de courage. De surcroît les Français savent qu'entre les déclarations et l'application des règles il y a cet immense fossé dans tous les secteurs, qui désespère.
Il faudrait d'abord s'attacher à reformer ce qui ne se voit pas, et de l'intérieur et vite. Le "spoils system" (on change les patrons de l'administration et la hiérarchie aux changements de gouvernement) pourrait être un début de solution...
Nous sommes gravement menacés par l'impuissance générale, par des administrations et des strates pléthoriques toutes puissantes où l'on attend que les ministres passent, elles, demeurent avec les complicités, les habitudes et la bienveillance des collègues de toujours. Il n'y a pas de ministres à la tête de leurs administrations.
Prendre le taureau par les cornes semble beaucoup trop dangereux, tellement que nombreux sont ceux qui pensent que cela déclencherait des révoltes en série, des grèves tueuses de l'économie, et pourquoi pas une guerre civile ?
Alors on se réfugie dans les éléments de langage agrémentés de nouvelles lois qui ne sont pas appliquées par ceux qui ont le vrai pouvoir de l'immobilisme.
Nous avons besoin actuellement du courage implacable de ceux qui nous gouvernent, nous le souhaitons mais nous ne le supporterons pas... Alors il faut qu'ils aient vraiment le sens de l’Etat, de l'intérêt général, de la France en sacrifiant leur popularité et leur réélection à
la vraie réforme en profondeur
. Trouver le courage de l'impopularité en commençant par renoncer à nommer de médiocres ambitieux aux postes de responsabilité.
Envoyé par l'auteur, paru dans Challenges, 10 octobre 2019
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Guerre civile (suite)
 
Dans un précédent article, j’évoquais les actes de guerre civiles qui ont commencé à frapper le centre-ville de Lyon, très précisément la rue Édouard Herriot dans le 2e arrondissement. Ces évènements ont eu une suite immédiate. Les pouvoirs publics locaux ont réagi dans le bon sens en se donnant les moyens de faire respecter l’arrêté municipal qui interdit la circulation des voitures dans cette rue le vendredi et le samedi soir. Les effectifs policiers requis ont été déployés, et ces deux dernières fins de semaines les riverains ont enfin retrouvé le sommeil.
Le problème, c’est que l’on est face à l’éternelle métaphore du liquide en ébullition que l’on essaye de réduire en posant simplement un couvercle sur la marmite : les agresseurs, jamais en manque d’imagination, ont déplacé leurs attaques sur les quais voisins. Les forces de l’ordre ne peuvent pas couvrir simultanément toutes les rues de Lyon. Il faudrait plusieurs escadrons de gendarmerie pour protéger tous les quartiers du centre-ville. À l’heure actuelle, c’est mission impossible.
 
Ces évènements ne doivent rien au hasard. Ce sont des actes de guerre qui obéissent à une stratégie très précise de prise de possession de territoire. Tout a commencé il y a longtemps dans les quartiers périphériques où les autorités ont renoncé à faire respecter la loi et dont les habitants vivent l’enfer depuis des décennies dans l’indifférence quasi-générale. Les agresseurs sont les soldats d’une véritable armée, bien entrainés, parfaitement préparés. Idéologiquement, ils sont mus par une haine inexpiable qui se cristallise (selon leurs propres termes) sur le Blanc, le Juif et le bourgeois. En témoignent notamment les commentaires laissés sur certains sites Internet. Même si ces textes ne restent pas longtemps en ligne, on dispose de captures d’écrans accablantes. De source policière, on sait également qu’ordre est donné d’effacer très vite les tags anti-blancs et antisémites sur les murs du centre-ville, tandis que leurs auteurs regagnent les bases arrières de leurs banlieues, forteresses inexpugnables où ils ne risquent rien. On touche ici le problème de l’impunité dont jouissent ces délinquants qui rêvent et revendiquent de passer bientôt à l’échelon supérieur, celui du crime raciste (menaces de morts réitérées, écrites et verbales). Ils sont connus des services de police et pour beaucoup d’entre eux, âgés d’à peine vingt ans, totalisant chacun plusieurs dizaines de gardes à vue (mais rarement un seul jour de prison). Aussitôt pris, aussitôt relâchés par la "justice", si l’on peut encore appeler ainsi une institution en pleine déliquescence. Et les voilà repartis pour un prochain rodéo dans le centre-ville ou ailleurs, à l’endroit qu’ils choisiront, à bord de luxueuses voitures dont on ne se demande même plus comment ils les ont acquises…
 
Certains organes de presse prétendent qu’il s’agit seulement d’incivilités qui dégénèrent en insécurité quand un riverain excédé jette un projectile sur une voiture. C’est prendre un effet pour une cause. La cause première du drame qui se déroule actuellement sous nos yeux n’est pas la réponse condamnable d’un riverain à l’occupation de sa rue, c’est la haine antifrançaise de gens à qui la France à tout offert, l’asile, le nationalité, le logement, l’école, la santé, la culture, les sports, les loisirs, des infrastructures citadines, toutes sortes d’allocations et de subventions, des "plans banlieues" à répétition (pour ne citer que cela) mais qui refusent obstinément de s’intégrer à notre mode de vie, à notre culture. Diagnostiquer enfin et sans tabous les raisons de cette haine, puis la combattre par les moyens appropriés, c’est la tâche urgente à laquelle nos gouvernants devraient s’atteler. S’ils persistent à ne pas vouloir remonter à la source du mal, par aveuglement, par idéologie, par lâcheté, on n’aura aucune chance d’apporter un remède avant qu’il soit trop tard.

Envoyé par l'auteur, 7 octobre 2019
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Libra ne semble pas devoir être une pyramide de Ponzi
 
J’ai examiné la question posée par le projet Libra dans un article publié par Economie matin le 18 juin 2019 (Libra : questions impertinentes). Jean Peyrelevade, qui fut dix ans président du Crédit Lyonnais, vient de publier, dans Les Echos du 9 octobre, un article intitulé Libra ou la nouvelle pyramide de Ponzi. L’homme d’affaires est beaucoup plus sévère et péremptoire que l’économiste : pour lui, "John Law est en train de réapparaître. Son incarnation contemporaine s’appelle Marck Zuckerberg et la monnaie qu’il envisage de créer, le libra". Le fondateur de Facebook s’engagerait donc sur la voie des constructeurs de châteaux de cartes comme, pour remonter moins loin dans le passé, le financier américain Bernard Madoff.
Mes réticences à l’égard du Libra tiennent largement au fait que Facebook, à l’instar de tous les GAFA, se sert des données de ses utilisateurs comme d’une matière première permettant de réaliser des opérations juteuses, particulièrement de type publicitaire. Cela est devrait être interdit car il en résultera une nouvelle extension de la menace sur les libertés individuelles qu’est l’accumulation de données sur tout un chacun par un organisme tentaculaire. En revanche, abstraction faite de cette augmentation d’un mal qui gangrène hélas déjà très largement notre civilisation, si le projet se conforme à ce qui a été annoncé, les émissions de Libra n’auront lieu qu’en échange de monnaies ayant pignon sur rue, telles que le dollar, l’euro ou le renminbi. Si la banque de Zuckerberg se sert de ces dépôts pour réaliser des placements judicieux, sans promettre comme Ponzi et Madoff des rendements miraculeux, ce sera une institution bancaire assez classique, susceptible évidemment de faire de mauvaises affaires (l’ancien patron du Lyonnais est bien placé pour savoir que ce sont des choses qui arrivent), mais sans que l’on puisse a priori considérer que le pire, la faillite et la ruine des déposants, soit l’issue la plus probable.
Pour étayer sa prédiction pessimiste, Peyrelevade explique que les dépôts vont être utilisés "pour procéder à des placements rémunérateurs, c’est-à-dire plus risqués et surtout moins liquides que des monnaies à vue". Bien évidemment, puisque c’est ce que font depuis des lustres quasiment toutes les banques, y compris le Crédit Lyonnais. Henri Germain, son fondateur, puis ses dirigeants successifs, dont Peyrelevade, ont pratiqué cette "transformation" de dettes à vue en créances à terme : c’est le cœur, le principe de l’activité bancaire.
Bien entendu, il existe un risque, et on doit se poser la question de savoir si l’organisme émetteur du Libra adhérera à une institution telle que le fonds de garantie des dépôts qui, en France, protège les petits déposants. Et je partage avec Jean Peyrelevade un souci concernant la soumission de la banque Facebook à une régulation analogue à celle à laquelle les banques centrales "sérieuses" soumettent les banques dites "de second rang" sur la conduite desquelles elles ont mission de veiller. Là se situe le point crucial : il faut que la banque Facebook ait un statut ordinaire de banque de second rang, dut l’ego de son fondateur en être quelque peu affecté.

Envoyé par l'auteur, 10 octobre 2019
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L’ombre du Général
 
CHRONIQUE - S’il s’est glissé dans les pas du gaullisme pour conquérir le pouvoir, Jacques Chirac n’est pas pour autant l’héritier de De Gaulle.
 
Nous étions au début du second mandat présidentiel de Jacques Chirac. Valéry Giscard d’Estaing, qui n’avait jamais jeté "la rancune à la rivière", avait lancé un de ces jugements sibyllins dont il a le secret : "La France a besoin d’un grand président comme le général de Gaulle." Une façon de dire que celui qui occupait l’Élysée n’était pas à la hauteur de la fonction. Quelques jours plus tard, Jacques Chirac, interrogé sur la pique de son ennemi éternel, répondit d’un sobre quoique ironique : "Il a raison."
Le rapport complexe que Chirac entretenait avec le fondateur de la Ve République est sans doute résumé dans cette formule lapidaire : à la fois une admiration sincère, une révérence innée, et en même temps, une gouaille de rebelle, une désinvolture d’héritier qui tire la langue à l’ancêtre. Qui met les pieds sur le bureau, mais s’installe dans son fauteuil quand Giscard, pour montrer à la fois son respect et sa différence, s’était installé dans une pièce voisine de celle qu’occupa le Général à l’Élysée.
 
Chirac est un héritier ; mais un héritier revu par Freud. De Gaulle fut pour lui le meilleur et le pire des pères. Celui qui lui permit de marcher dans ses pas glorieux ; mais celui aussi à qui on fit référence pour montrer qu’il l’avait trahi. Tous ceux qui ont aidé Jacques Chirac à réussir une carrière hors du commun (Michel Debré, Marie-France Garaud, Pierre Juillet, Charles Pasqua, etc.) l’ont fait au nom du gaullisme ; et les mêmes qui se sont tous, à un moment ou à un autre, levé contre lui, l’ont fait au nom de l’héritage trahi du général de Gaulle.
Chirac avait retenu un aspect essentiel, quoique méconnu de l’homme du 18 Juin : son pragmatisme, et son refus de s’enfermer dans des systèmes idéologiques rigides, qui avaient coûté de nombreuses catastrophes à la France, et en particulier à son armée, comme de Gaulle l’avait expliqué dans Le Fil de l’épée.
Mais Chirac a poussé jusqu’au paroxysme, jusqu’à la caricature, ce pragmatisme existentiel, passant de "l’appel de Cochin" au "oui à Maastricht", du "travaillisme à la française" au libéralisme reaganien, etc.
 
La gauche et les médias faussent encore le regard que l’on porte sur lui. Quand il s’en tenait à un discours de stricte obédience gaullienne, dans les années 1970, ils le surnommaient "facho-Chirac". Quand il s’éloigna de la doxa gaullienne, au point de la renier, lors de son célèbre discours du Vél’ d’Hiv, les médias exaltèrent le grand gaulliste, alors qu’il venait de détruire le "mythe" construit par de Gaulle et ses épigones, d’une France tout entière logée à Londres et non à Vichy. Quand Chirac s’en prit violemment à Jean-Marie Le Pen, refusant toute alliance avec le chef du parti du Front national, on exhuma opportunément le vieux conflit autour de l’Algérie française, alors que c’est le général de Gaulle lui-même qui y avait mis un terme avec l’amnistie de Mai 68. Et on oublia opportunément que, jeune officier, Jacques Chirac était demeuré longtemps - très longtemps, hésitant pendant une nuit entière qui suivit le putsch des généraux - proche des thèses du "quarteron de généraux en retraite". Chirac était à l’époque plus près d’un Soustelle, qui considérait que les fellahs algériens étaient "frères" des paysans des campagnes françaises ; et devenu président, Chirac expliqua benoîtement que "la France et l’Europe (avaient) des racines musulmanes autant que chrétiennes" ; on était loin d’un de Gaulle qui avait confié à Alain Peyreffite avoir octroyé l’indépendance à l’Algérie pour que son village ne devînt pas un jour "Colombey-les-Deux-Mosquées".
 
Mais il était dit que le destin de Jacques Chirac se retournerait ainsi dans les ultimes instants qui précèdent un choix historique ; que chaque fois Chirac le rebelle céderait au dernier moment à Chirac le bourgeois. Ainsi, en ce 6 juillet 1992 où il devait prononcer son grand discours sur le traité de Maastricht. Le texte était rédigé ; il appelait à voter non au référendum. Chirac était convaincu que c’était un mauvais traité ; Alain Juppé lui-même avait été initialement hostile, avant qu’il ne s’avise que son grand rival générationnel, Philippe Séguin, lui avait brûlé la politesse. Édouard Balladur avait longtemps - et vainement - milité pour l’instauration d’une monnaie commune, qui aurait conservé les devises nationales, et pour une abstention du RPR au référendum. C’est pourtant ce dernier qui convainquit Chirac - le matin même, affirment certains témoins - que voter non à un référendum européen l’empêcherait à jamais de devenir président de la République. D’où le curieux discours prononcé ce jour-là devant les 2000 cadres du RPR, redoutable réquisitoire contre le traité de Maastricht qui s’achevait in extremis - et sous les sifflets d’une salle surprise et furieuse - par un appel à voter oui au référendum "sans enthousiasme, mais sans états d’âme".
 
Chirac avait grandi sous le harnais de la Ve République. La culture des institutions gaulliennes était devenue sa seconde nature. Quand il fut Premier ministre de cohabitation, entre 1986 et 1988, il lui est arrivé une fois ou deux de ne pouvoir retenir un "Oui, mon général", adressé à un Mitterrand plus matois et goguenard que jamais. Même lorsqu’il l’affronta pour l’élection présidentielle de 1988, il ne put jamais arracher la révérence instinctive que lui inspirait le locataire de l’Élysée. Mais devenant lui-même chef de l’État, il n’eut pas à forcer sa nature pour rappeler aux ministres insolents comme Nicolas Sarkozy : "Je commande, il exécute." Mais là aussi, le pragmatisme jusqu’à l’inconstance fut la marque de fabrique du chiraquisme. Après l’instauration du quinquennat que Chirac avait pourtant refusé véhémentement jusqu’au bout, cédant en fin de course à la pression conjointe de Jospin et de Giscard, Marie-France Garaud eut ce mot magnifique : "Giscard a détruit la Ve République par vanité, Mitterrand par orgueil, et Chirac par inadvertance." 
Il faut dire que vingt ans plus tôt, rompant avec celui qu’elle avait "fait", avec son compère Pierre Juillet, elle lui avait lancé un de ces mots qui rentre tout droit dans la collection des mots historiques : "Je vous croyais fait du marbre dont on fait les statues, vous êtes fait de la faïence dont on fait les bidets." Chirac avait été le premier hôte de Matignon à présenter un budget en déficit, alors que le général de Gaulle était, on l’a oublié, un adepte des stricts équilibres budgétaires et détestait la dette comme un péché contre l’indépendance nationale. Plus proche d’une Merkel que de Keynes, de Gaulle rappela un jour à un jeune ministre du Budget, qui s’appelait Jacques Chirac, que le taux de prélèvements obligatoires (à l’époque, il était de 33 % !) devait rester à ce niveau-là. À l’époque, les Rolling Stones quittaient l’Angleterre pour la France afin de payer moins d’impôts ! Mais Chirac s’empressa d’oublier cette injonction gaullienne et ne parvint jamais à ralentir la machine infernale mise en place par les socialistes d’une hausse continue des déficits, des dettes et des prélèvements sociaux.
 
Alors, où retrouver vraiment De Gaulle en Chirac ? Sans doute, dans son antiaméricanisme instinctif ; dans sa conception multilatérale d’un monde débarrassé de la guerre froide, dans son respect des grandes cultures universelles, en Afrique et en Asie - même s’il y mettait un sentimentalisme un peu benêt que le froid adepte de la Realpolitik qu’était de Gaulle n’y mettait pas -, dans son refus prophétique de la guerre américaine en Irak, et surtout, dans ce triangle Paris-Berlin-Moscou qui porta ce mouvement d’hostilité à la guerre américaine. L’émergence soudaine de cette "Europe de l’Atlantique à l’Oural" concrétisait le grand rêve stratégique du général de Gaulle, où l’alliance des trois géants, français, allemand, russe, permettait à l’Europe de s’affranchir vraiment de la tutelle - de Gaulle disait "protectorat" - américaine, et à la France de "retrouver son rang" en régentant le continent avec ses deux grands alliés. Mais de cette ambition grandiose, lancée par un geste audacieux et authentiquement gaullien, Chirac n’a rien fait. Comme s’il avait été effrayé par l’ampleur de la tâche, préférant réintégrer la quiétude du giron occidentalo-américain, plutôt que poursuivre l’inconnu – chimérique ? - des alliances continentales. Comme si toujours Chirac le rebelle devait se soumettre in extremis à Chirac le bourgeois. L’exact envers du général de Gaulle.
Paru dans Le Figaro Magazine, 4 octobre 2019
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