Horlogerie conjugale

Il a tort d'inventer un nouveau délit : le "harcèlement psychologique". L'intrusion de la loi dans les alcôves est lourde de menaces pour l'intégrité du domaine privé. D'autant qu'elle s'inscrit dans une obsession de la "transparence" fâcheusement évocatrice du Meilleur des mondes de Huxley. Ce qui se trame au sein d'un couple - amour, jalousie, lassitude, rancoeurs accumulées, mensonges, remords, coulées de fiel, retours de tendresse -, quel juge saurait le démêler ? Si une femme s'avise de porter plainte pour "harcèlement psychologique", qui empêchera son mari de l'imiter ? L'enfer conjugal est une tragédie où deux acteurs brodent à huis clos sur un scénario qu'ils ont coécrit. S'agissant de violence physique, les femmes, indéniablement, sont presque toujours les victimes ; c'est d'ailleurs la limite de cette "égalité" dont nos élites se gargarisent. Mais la violence psychologique ? On connaît des bourreaux en jupons qui infligent à leurs conjoints, au jour le jour, des blessures dans la région du coeur. Ça peut faire mal et c'est intraduisible dans un prétoire. Il y a aussi les cas plus fréquents d'agressions mutuelles mitonnées par deux êtres qui ne pourraient pas se passer de ce mode de connivence. Un couple, c'est de l'horlogerie très fine ; même les intéressés en ignorent souvent les ressorts. Alors, un juge ...
Paru dans Valeurs actuelles, 4 mars 2010


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