cest naturellement inexact, mais a contribué à la naissance de lÉtat dIsraël et à comme dit mon collègue Shlomo Sand de lUniversité de Tel-Aviv "une conception ethnoculturelle du peuple juif" (1). Il suffisait de lire les Actes des Apôtres pour constater linanité de lunicité ethnique du peuple juif. Lors de la Pentecôte, au plus grand étonnement des "hommes pieux venus de toutes les nations", "vint du ciel un bruit tel que celui dun violent coup de vent. (
) Au bruit qui se fit la foule sassembla et fut bouleversée, car chacun entendait [les douze apôtres] parler sa propre langue. Dans leur stupeur et leur émerveillement, [les hommes pieux] disaient : "Ceux qui parlent, ne sont-ils pas tous Galiléens ? Comment se fait-il que chacun de nous les entende dans sa langue maternelle ? Parthes, Mèdes et Élamites, habitants de Mésopotamie, de Judée et de Cappadoce, du Pont et dAsie, de Phrygie et de Pamphilie, dÉgypte et de cette partie de la Libye qui est proche de Cyrène, Romains en séjour ici, Juifs et prosélytes, Crétois et Arabes
" (2). Ainsi il y avait à côté des Juifs descendants du peuple dIsraël ou eux-mêmes descendants de convertis les prosélytes, des hommes et des femmes qui avaient adopté la religion dAdonaï, dAbraham, de Jacob, de Moïse. Disons-le dès maintenant, il y a un peuple juif, comme il y a un peuple catholique, protestant, musulman ou bouddhiste, mais il ny a pas de race juive. La notion de peuple juif est avant tout la création intellectuelle et religieuse des rabbins (en particulier dEurope orientale) et des historiens judéo-allemands, relayés depuis le début du xxe siècle par les sionistes et lÉtat dIsraël. En réalité, le problème est celui du prosélytisme. La conversion au judaïsme est courante dès le début de lhistoire juive ; elle persiste vigoureusement après les exils subis par le peuple juif depuis lexode de Babylone, mais elle est freinée par les Églises chrétiennes non sans mal dailleurs jusquau xie siècle et par les autorités musulmanes. À lère moderne, elle est rare et souvent condamnée par le rabbinat orthodoxe (3).
Hébreux et prosélytes Très vite le judaïsme a essaimé autour de la Méditerranée. Par ailleurs, cest la captivité (bien involontaire) à Babylone qui donne naissance aux communautés juives de Mésopotamie, lesquelles perdurèrent en Irak jusquen 1967, et existent encore en Iran. Des Hébreux accompagnent les Phéniciens et implantent des communautés dans presque tous les ports méditerranéens : Athènes, Corinthe, Salonique, Éphèse, Alexandrie, Cyrène, Carthage. La communauté de Carthage joue un rôle important ; cest elle dont les missionnaires vont judaïser une partie du monde berbère. Ce prosélytisme (que condamnera saint Augustin) est à lorigine des communautés juives dAfrique du Nord ou judéo-berbères qui jouent un rôle important dans lapparition et le développement dun judaïsme ibérique. La glorieuse culture "andalouse" qui domine lEspagne jusquen 1492 est autant une culture juive quislamique. Se forme,des deux côtés de la Méditerranée, ce que lon appelle le judaïsme sépharade : cette origine explique que, durant des siècles, la culture judéo-berbère ait pu vivre sans trop de heurts au sein de populations islamo-berbère
(4). En 1492, les Juifs dEspagne qui ne se convertissent pas sont condamnés à lexil et se réfugient dans lEmpire ottoman, notamment à Salonique (où le quart de la population est juif) et à Smyrne, où le ladino est la langua franca (5) des sépharades. La culture sépharade est un élément essentiel de la culture juive, mais le peuple juif qui la porte est un peuple dorigine plus berbère que sémite. Autour de la Méditerranée, on compte des colonies juives au temps de lEmpire romain : en Bétique, en Andalousie, en Catalogne, en Narbonnaise et à Rome, autour de la mer Égée comme de lAdriatique. Larchéologie montre que nombre de ces Juifs sont des prosélytes attirés par les communautés hébraïques. Il y a eu des implantations juives le long des limes : les légions romaines du Rhin et du Danube, notamment, comptèrent souvent des soldats juifs comme des adeptes de Mithra, dailleurs. Dès la fin du ier siècle de notre ère, il y a des communautés juives à Strasbourg, à Spire, à Mayence et à Coblence. Elles vont y prospérer pendant mille ans. À en croire les décrets de nombre de conciles épiscopaux, tenus à Tolède, Narbonne, Arles et autres, ces communautés font du prosélytisme, attirant à elles des païens, mais des chrétiens aussi : le confirment des fouilles effectuées en Narbonnaise et en Catalogne. Se constituèrent donc en Europe occidentale des communautés juives relativement importante, dès les temps mérovingiens et surtout sous les Carolingiens. Au début du xiiie siècle, il y a plus de deux cents communautés sur le territoire de la France actuelle, essentiellement en Provence, en Normandie, en Bourgogne, en Champagne, en Alsace et en Lorraine, le long de la Garonne, de la Loire et du Rhin. Les installations les plus importantes datent des ixe, xe et xie siècles. Cest le temps où larchevêque de Lyon admoneste Louis le Pieux, empereur d'Occident (814-840), parce quil soutient ces communautés. Cet état favorable au développement dans nos régions du judéo-français qui voit enseigner un théologien comme Rachi, rabbin de Troyes, (1040-1105), va durer jusquaux Croisades. Tout au long des xiie et xiiie siècles, la situation va se gâter, jusquà ce que Philippe IV, en 1306, expulse les Juifs du Royaume. Or, il est bien évident que cette population juive de France ne descend pas tout entière des Hébreux venus à lépoque romaine, mais provient très largement de conversions. La situation est différente dans le monde germanique, non quon y soit plus ou moins anti-judaïque quen France, mais la France est un royaume, quand le monde germanique est un empire que se partage une collection de principicules. Certes les pogrom de l'été 1096, dans les pays du Rhin, ont entrainé lexode de milliers de survivants vers lEurope orientale, Pologne et Russie. Mais ces pogrom nont pas éliminé les Juifs dAllemagne, de nombreuses communautés subsistent que viendront renforcer, au début du xive siècle, leurs coreligionnaires chassés de France. Comme de lautre côté du Rhin, les communautés juives allemandes sont composées, non dHébreux seuls, mais dHébreux vraisemblablement minoritaires face à des prosélytes autochtones. On dira que jexagère le poids du prosélytisme, mais ne faut-il pas être conscient quil y a des communautés au Tadjikistan, au Daghestan, en Kurdistan, plus à lest peut-être (6), comme il y en a, dès le ixe siècle de notre ère, au nord du Nigeria (7) et, depuis fort longtemps, en Éthiopie. Au reste, comment le petit peuple juif aurait-il pu sétendre ainsi au plan démographique. Deux cents communautés en France, cela représente de 40 à 50 000 personnes, plus de quatre cents en Allemagne, 80 à 100 000. En dautres termes, si, vers 1340, on peut compter 500 000 Juifs en Espagne, il y en a alors 600 à 700 000 en Europe occidentale, dont 150 000 entre les Pyrénées et lOder. Tous, bien évidemment, ne sont pas tous dorigine palestinienne. Tous les convertis sont en revanche porteurs dune culture commune qui les met à part de leur société dorigine, marginalisation qui a entraîné une endogamie dautant plus forte quils vivent dans des quartiers bien définis autour de ce quon appelle, en France, "la rue aux Juifs" ou "des Juifs" et, en Allemagne, "Judengasse ".
Judaïsme, Europe orientale et problème khazar En 1914, il y a dans lEmpire russe, entre le Boug et le Dniepr, près de cinq millions de Juifs, soit 14% de la population de ces provinces de lempire. Doù viennent ces fortes communautés qui parlent le yiddisch dialecte germano-hébraïque ? À en croire maints ouvrages et autres encyclopédies, elles descendraient soit des Juifs persécutés en Occident soit des communautés issues de lEmpire byzantin. Démographiquement, cest inconcevable, dussent en souffrir "lunicité dun peuple juif issu de Palestine" et "la pureté de son sang", pour reprendre des formules antisémites nées en Espagne au temps de la Reconquista. Au nom de ces principes fallacieux, on néglige lapport de cette tribu ouralo-altaïque, cest-à-dire turque, venue dAsie centrale en même temps que les Bulgares ou les Avars les Khazar. Aux viiie et ixe siècles, se constitue un empire khazar qui couvre le territoire délimité par la Caspienne et la Volga, puis sétend jusquau Dniestr. Cest un empire si puissant que pour se protéger de lui, le Basileus Léon III (717-741) fait épouser à son fils Constantin (741-775) une princesse khazar, doù le surnom de son fils, Léon IV dit le Khazar (775-780). Pour éviter de dépendre de Byzance et de son patriarcat, ou de dépendre dun calife, le Khan des KhazarObadiah, en 880, décide de se convertir au judaïsme et dy convertir son peuple. (8) Lorsque lEmpire khazar sécroule, à la fin du xie siècle, son peuple est invité par le Grand Prince de Kiev à se convertir au christianisme, étant entendu que les réfractaires devront sexiler. Les populations restées fidèles au judaïsme furent assez nombreux : ils senfuirent et vinrent sinstaller au nord des marais de Pinsk, entre Vistule et Dniepr supérieur, région que se partagent aujourdhui Pologne, Biélorussie et Lituanie. Cest, démographiquement, la seule explication possible à la présence là-bas de près de cinq millions de Juifs en 1914. Le montre une étude comparative de lévolution de la population khazar et de celle de la population russe, entre 998 (date du baptême des peuples de la Principauté de Kiev) à 1914 (9). Aux données concernant lEmpire russe sajoutent celles relatives à lEmpire austro-hongrois, notamment les populations juives de Galicie et de Slovaquie, soit près de deux millions dâmes. En 1914, il y a, en Europe orientale, quelque sept millions de Juifs. Que certains soient les descendants de Juifs allemands, français espagnols ou byzantins, cest évident. Mais la majeure partie dentre eux ne peut être que dorigine khazar. Ce que confirment et leur langue et leur mode de vie. Ces Juifs dEurope centrale et orientale parlent lyiddisch dont ShlomoSand (10) précise quil a intégré des mots turcs (11) et que lallemand utilisé est un allemand de lEst, mâtiné de slave, non un allemand de lOuest. Ces vocables germaniques semblent être empruntés à la langue des commerçants saxons et silésiens, ainsi quà ceux des régions nordiques, proche de la Hanse. Autre élément important, le shetl, la communauté rurale. La majorité des Juifs russes vivent en région rurale. Certes les tsars successifs ont limité la population urbaine juive, certaines cités étant purement et simplement interdites aux Juifs. Mais il y a surtout que contrairement à ce quont connu France et Allemagne les Juifs de Russie ont des murs rurales. Juifs de Russie et Juifs dOccident ont à souffrir de réactions antisémites, mais celles-ci nont rien de racial ; elles sont économiques et religieuses. Lantijudaïsme est véhiculé durant des siècles par les Églises et par lislam. La tradition en est reprise par Luther et les milieux luthériens. Que le Juif se convertisse et le nouveau chrétien peut aspirer à tous les états, toutes les fonctions et même, comme Stahl (12), devenir président du Consistoire supérieur de Prusse. Il est dailleurs à remarquer que 5%, au moins, des pasteurs luthériens allemands ont été touchés par les lois raciales nazies. La situation est un peu différente dans lÉglise orthodoxe, moins tolérante que les autres Églises chrétiennes. Lautre raison de lantisémitisme est économique. La minorité juive, de par sa tradition, est instruite. "Les Juifs savent lire depuis deux mille ans, les protestants depuis quatre cents ans, les catholiques depuis à peine cinquante ans", disait Péguy. En Europe orientale, lanalphabétisme est général : en 1914, moins de la moitié des sous-officiers de larmée impériale russe sait lire et écrire couramment. Aussi, quand elles leur sont accessibles, les professions libérales connaissent un taux important disraélites. Cest le cas en Allemagne, où le 1% de Juifs fournit 6 à 7% des professeurs duniversité ; en France, où le 0,5% occupe près de 8% des fauteuils de lInstitut ! Naturellement, jouent aussi les questions économiques : le rôle des Juifs dans la vie financière du monde occidental est suffisamment connu pour quon ny insiste pas. Il est lié à la place qui leur est faite depuis le xie siècle : elle leur interdit de posséder, donc de cultiver la terre, les obligeant à se consacrer à lartisanat ou au commerce. Minoritaires, les israélites cherchent à maintenir des rapports avec les communautés voisines, créant des liens spirituels et familiaux, certes, mais commerciaux aussi. Très vite, ils jouent un rôle important dans les échanges monétaires, constituant des fortunes qui leur permettent détablir des banques, lorsque des systèmes financiers plus élaborés se mettent en place. On notera le rôle analogue tenu en France, pour des motifs identiques, par les banquiers protestants de Genève : dès le début du xixe siècle, les financiers protestants occupent un quart des postes de Régent de la Banque de France. Les Juifs apparaissent sous la Monarchie de Juillet. Dès lors, Juifs et protestants, à peine 2% de la population française, contrôlent le tiers du Conseil des Régents. On sait le rôle joué par les Rothschild et les Pereire. En Prusse, cest la banque juive qui finance lunité allemande ; les Juifs jouent un rôle important autour de Guillaume II. À la fin du xixe siècle, lantijudaïsme religieux se transforme en antisémitisme racial, au moment même où dans le monde juif dEurope orientale apparaît lidée de "nation juive". Mais les Juifs de Russie, en particulier les socialistes regroupés dans le Bund (13), revendiquent, non le retour à Jérusalem, mais la création dune province autonome juive dans lEmpire russe. LorsquHerzl lance le sionisme, il prévoit dinstaller lÉtat juif en Patagonie région quasi inhabitée (14). Il est vrai que la "Terre promise" pour les Juifs de lEurope orientale, ce sont les États-Unis qui accueillent deux millions de locuteurs yiddisch entre 1900 et 1913, quand 40 000 seulement sinstallent en Palestine. Le sionisme, puis lÉtat dIsraël, à la suite des rabbins, vont mettre en avant eux-mêmes la notion d"ethnie juive", de "peuple juif" pour justifier le retour en Palestine, la "Terre promise" Eretz Israel , renforçant la notion de "race juive" développée dans le Reich hitlérien et reprise à la fin du xxe siècle par les divers mouvements antisémites. Cest dans ces circonstances quen 1917, est publiée la Déclaration Balfour : dans une lettre à lord Rothschild, le secrétaire du Foreign Office, Balfour, annonce la création en Palestine dun Foyer national juif. Ce nest pas un geste philosémite ; il répond pour le Royaume-Uni à un dessein géostratégique, renforcer le contrôle britannique sur la Route des Indes. Le "Foyer", créé en 1920,nattire pas les foules : 120 000 immigrants juifs recensés entre 1919 et 1932, tandis que, pour la même période, Belgique, France et Pays-Bas en accueillent plus de 250 000. Il faut attendre les accords Haavarah ("transfert" en hébreu) daoût 1933, passé entre lAgence juive et le IIIe Reich (représenté par Eichmann !) et donnant des facilités aux Juifs allemands émigrant en Palestine, pour que la population du "Foyer" augmente réellement : en décembre 1932, il y a 192 000 Juifs sous mandat britannique ; le 31 décembre 1939, ils sont 445 000 (15). Il est vrai que, dès 1917, les communautés juives dOccident marquent leurs réticences : ceux que Dominique Schnapper appelle les "Français de confession israélite" (16) sont infiniment moins sionistes que leurs coreligionnaires orientaux. Avant 1939, ils étaient fermement antisionistes et, aujourdhui, la majorité dentre eux considèrent Israël comme un pays étranger. En réalité, israélites français et britanniques ont refusé la création dun "Foyer national", puis dun État juif, car ils se voulaient dabord Français et Britanniques. Ce fut dailleurs le cas des israélites allemands, jusquà 1933. Ces derniers, installés en Palestine, y apportèrent nombre de comportements proprement germaniques.
Ashkhenaz et Sépharades Chacun le sait, il y a deux grandes communautés juives : les Ashkhenaz, Juifs dEurope occidentale, de Pologne ou de Russie, et les Sépharades, issus du monde méditerranéen. Ce sont deux communautés aux différences bien marquées et dont les rapports sont souvent tendus. Il suffit de penser aux débats qui se sont déroulés lors des élections consistoriales de 2008, en France, qui ont conduit au choix du Grand Rabbin Bernheim (17). Ce débat se vit quotidiennement en Israël aujourdhui. De 1934 à 1960, les Juifs allemands ont pris le contrôle de la vie socio-économique et culturelle en Israël, exprimant à légard des Juifs expulsés des pays dislam un mépris certain. Un passage des mémoires de Claude Lanzmann est significatif : "Avec un bureaucrate ashkhenaz, fonctionnaire de lAgence juive (
) que jai retrouvé (
) ambassadeur dIsraël à lONU, puis président duniversité, je visitai un maabaroth (18). Il jugeait ceux dont il avait la charge. Des Roumains, il me disait : "Ils sont un bon matériel
". Les Bulgares, les Iraniens occupaient les degrés supérieurs de son échelle de valeur. Les Juifs marocains étaient pour lui la lie du Peuple élu "(19). Cette situation demeure et se retrouve lors des élections israéliennes, au point que certains Ashkhenaz "sépharadisent" leur nom patronymique pour ratisser des voix
(20). Israël est un État ashkhenaz, ainsi que le montrent les statistiques de limmigration. Aux 1 733 000 Ashkhenaz venus depuis 1945, sajoutent les 534 000 Juifs, ashkhenaz également, venus dEurope orientale avant 1945. Il y a aujourdhui en Israël une communauté juive sépharade de souche sémite et berbère, mâtinée de Celtibères et dAnatoliens. Lautre communauté, les Ashkhenaz, est dorigine européenne, issue essentiellement des tribus turques qui ont constitué lEmpire khazan. En schématisant, ces communautés ashkhenaz sont ethniquement proches dautres communautés ouralo-altaïques, installées en Europe depuis des siècles : les Finnois, les Estoniens, les Bulgares et les Magyars. Que ces hommes aient une culture juive enracinée dans la tradition mosaïque est évident, mais ils ne sont pas sémites. En se fondant sur la race, les eugénistes allemands, sous prétexte déradiquer le judaïsme, ont dramatiquement contribué à la Shoah. Il est vrai quils pouvaient sappuyer sur lenseignement théologique des rabbins. Aujourdhui encore, le Dictionnaire encyclopédique du judaïsme estime, à lentrée Khazar, que "labsence de toute information concernant leurs descendants a donné naissance à la théorie sans fondement (21) selon laquelle les Juifs de lEurope de lEst en seraient issus" (22).
Cest ce contre quoi, après Arthur Koestler (23) et bien dautres, sinsurge Shlomo Sand. Il est vrai quadmettre que les deux tiers de la population juive dIsraël sont issus de peuples ouralo-altaïques, enlève beaucoup de poids à lidéologie politique fondée sur la notion d "Eretz Israel" (24). De surcroît, si la notion d "Eretz Israel " qui senracine dans la Torah implique un fondement religieux, il apparaît que, face à lessor économique prodigieux dIsraël, les mouvements laïcs se développent fortement. Selon certaines enquêtes, lors des dernières élections, plus de 40% de la population israélienne se veulent laïques et ne pratiquent pas. Les récentes bagarres violentes entre orthodoxes et laïcs en témoignent. Noublions pas, dailleurs, que les "pères fondateurs" sont des socialistes, peu soucieux des problèmes religieux. Sil y a bien un peuple juif, comme il y a un peuple catholique, il ny a pas dethnie juive même si une longue endogamie en Europe ashkhenaz et en Méditerranée sépharade ont entrainé des comportements particuliers lesquels disparaissent en Israël aujourdhui : rien de commun entre les photos et autres dessins de Der Stürmer (25) discréditant les Juifs et les populations israéliennes de ce début de xxie siècle !
(1) Shlomo Sand, Comment le peuple juif fut inventé, Fayard, 2008 (2) Ac. II, 2-11 (3) Cf. larticle "Conversion au judaïsme", Dictionnaire encyclopédique du judaïsme, Laffont, 1996. 4) À noter quen 1870, en Algérie, cette cohabitation est gravement perturbée par le décret Crémieux qui accorde aux israélites les droits de citoyen français. Le décret scandalise les Kabyles (berbères musulmans) qui ne comprennent pas quon ne leur accorde pas une naturalisation collective comme à la communauté juive si proche de la leur, et ils se révoltent. La cause politique de cette mesure injuste mise en place par le gouvernement provisoire de la République pose problème : en témoigne lorganisation du culte israélite algérien : en 1885, tous les hauts responsables juifs, grands rabbins et présidents des trois consistoires départementaux sont des notables
alsaciens ! Cf. Almanach national, 1885. (5) On usera du ladino jusquau xviiie siècle dans les communautés sépharades de Londres et dAmsterdam. Cf. larticle « Langues juives », Dictionnaire encyclopédique du judaïsme. (6) "Saint Thomas est-il venu en Chine ? Il est certain que ce grand apôtre a pu facilement y pénétrer. Les Juifs, plusieurs siècles avant notre ère, étaient arrivés jusquen Chine ; la route était tracée. Lhistorien Sse-ma-tsien (iie-ier siècle av. J.-C.) parle de vaisseaux étrangers abordant sur les côtes de Chine. Enfin, les caravanes, organisées pour le commerce, mettaient depuis longtemps déjà ce pays en relation avec lOccident. Les apôtres ne pouvaient se désintéresser de ces immenses contrées de lorient déjà connues". Alphonse Favier (1837-1904), vicaire apostolique de Pékin, Péking, DDB, 1902, pp. 54-55. (7) Cf. Tidiane NDiaye, Le génocide voilé, Gallimard, 2008, p. 78 ; et Jaap van Slageren, Influences juives en Afrique, Karthala, 2009 (8) J. Piatigorsky/J. Sapir, LEmpire khazar viie-xie siècle, Autrement, 2006 (9) Wladimir Bérélowitch et Irena Gieysztor Wladimir. Russie, Pologne, pays Baltes, in: J.-P. Bardet et J. Dupâquier, Histoire des populations de l'Europe, t. I, Fayard, 1997, pp. 554 sq. (10) Shlomo Sand, op. cit. (11) Shlomo Sand observe que le mot "prier" y est "davenen" et est emprunté à un dialecte turc. (12) Friedrich-Julius Stahl (1802-1861) juriste d'origine juive, théoricien du droit ecclésiastique protestant. (13) Bund (allemand : alliance) ou Union générale juive des travailleurs de Lituanie, Pologne et Russie parti socialiste juif fondé en Russie en 1897. (14) Patagonie, plus d1 million de km2, 250 000 habitants ; densité, 2,3 habitant/km2. (15) Cf. F. Encel et F. Thual, Géopolitique dIsraël, Seuil, 2004, pp. 22-23 (16 Selon elle, 23,4% de la population juive française. Cf. D. Schnapper, C. Bordes-Benayoun et F. Raphaël, La Condition juive en France, PUF, 2008 (17) Gilles Bernheim (né en 1952), agrégé de philosophie, a été élu, le 22 juin 2008, Grand Rabbin de France pour un mandat de 7 ans entamé le 1er janvier 2009. Gilles Bernheim est ashkhenaz (issu du judaïsme alsacien). Son prédécesseur, Joseph Sitruk, était sépharade. (18) Un camp de réfugiés (19) Claude Lanzmann, Le lièvre de Patagonie, Gallimard, 2009, p. 225. (20) Sharon est né Scheinermann, Perès, Perski, Shamir, Ytzernitski (21) Cest nous qui soulignons (F.-G. D.) (22) Shlomo Sand, Comment le peuple juif fut inventé, Fayard, 2008 (23) Cf. Arthur Koestler, La treizième tribu, 1976 (Tallandier, 2008). (24) À cet égard, il faut lire la contribution de Frédéric Encel et François Thual sur "Eretz Israel ", dans leur Géopolitique dIsraël, Seuil, 2004. (25) Der Stürmer, périodique nazi violemment antisémite, a été fondé en 1923. Sous le IIIe Reich, il est affiché un peu partout ; il tire à 600 000 en 1939.
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