Sortir du brouillard "relativiste"

Le Saint-Esprit est censé éclairer les cardinaux réunis en conclave. Il a pour le moins des intermittences dans la longue histoire de la papauté. Mais pour l''élection de Benoît XVI, il n'a pas mégoté sa grâce, c'était le pontife dont l'Église avait besoin. Il inspire la comparaison avec ces érudits des époques mérovingiennes qui, dans les monastères, s'évertuaient à pérenniser la culture tandis qu'alentour sévissait l'anarchie barbare.
Aux moeurs près qui se sont adoucies, nous sommes dans ces temps barbares, il suffit pour s'en convaincre d'allumer la télévision ou de naviguer sur Internet. Le pape en a conscience. Au lieu d'épouser vainement son époque, il poursuit l'exégèse des Écritures et des Pères de l'Église, autant dire les fondamentaux. D'aucuns le trouvent "décalé". Tant mieux, c'est sa mission.
Tout à fait conscient des profondeurs du nihilisme "moderne", il continue de préconiser les noces de la foi et de la raison, au service d'une liberté visant plus haut que les nombrils de nos ego. Pour l'heure, il donne l'impression de prêcher dans le désert. Mais c'est une impression trompeuse, imputable pour l'essentiel à l'incurie du système médiatique. Les philosophes de la "déconstruction" sont au bout de leur rouleau, les politiques de leur pauvre volontarisme ; il n'y a plus de métaphysique derrière l'idéologie de l'"innovation", plus de morale derrière les incantations aux "valeurs", et on nous bassine avec des histoires de capotes anglaises, de curé qu'on voudrait marier, de femmes qui ont envie de dire la messe. Comme si l'Église (un milliard de fidèles) n'avait pas des soucis plus cruciaux. Comme si la substance de son message devait se dissoudre dans l'air du temps. La déchristianisation en profondeur de l'Occident remonte aux Lumières, voire à Descartes ; on n'y remédiera pas en démagogisant sur la sexualité, hétéro ou homo. Le pape le sait : il a pris la mesure du défi, elle donne le vertige. En même temps le fond du problème commence à s'éclaircir : un monde sans Dieu est à terme invivable. Tout le démontre, y compris les divinités compensatoires d'un polythéisme infantile qu'on nous brade sans relâche pour occulter l'évidence d'un vide nauséeux. Avec cette barbarie, le pape ne veut pas composer, et il a raison. On finira par s'apercevoir que sa voix taille la seule route que l'humanité puisse emprunter sans se perdre. Et que cet octogénaire est en somme le seul philosophe contemporain. Il faudra bien que, tôt ou tard, un gai savoir émerge du brouillard "relativiste", comme dit Benoît XVI, à si juste titre. Mais quand ? Dieu le sait.
Paru dans Valeurs actuelles


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Écrit par Denis TILLINAC