Plaidoyer pour un Etat réaliste et modeste

La persistance de la crise de l'intelligence rend l'avenir indiscernable, faute d'analyses. Comment comprendre le silence des intellectuels devant les bouleversements qui s'accumulent, sinon comme l'aveu d'une débandade générale ? La politique s'éloigne des gens, qui le lui rendent bien. Mais un État doit se réformer quand il ne peut plus préserver ni le travail, ni la sécurité, ni la cohésion sociale. On y est.
En apparence, le pouvoir est omniprésent. Nicolas Sarkozy a naturellement apporté, lundi, la solidarité de la nation aux sinistrés de la Vendée après la tempête (53 morts) qui a noyé des zones pavillonnaires. Il y aura un plan digues, comme il y a eu un plan de relance et comme il y aura un plan de réindustrialisation. L'État sauveur s'était pareillement démené contre la grippe A ou le réchauffement climatique, en prenant d'ailleurs des options contestables. Mais qu'attend-il, par exemple, pour reprendre la main sur l'immigration, qui ébranle de plus en plus la société
?
Plus le pouvoir se dérobe sur de tels sujets essentiels et plus il devient envahissant sur les questions accessoires. Jean-François Revel avait épinglé cette France "suradministrée et sous-gouvernée" : la dérive vient de loin, en effet. Mais le procédé s'est systématisé chez ceux qui, sous prétexte de proximité et de compassion, en viennent à courir après les aléas de l'actualité, sans rencontrer pour autant la gratitude de l'opinion. Sarkozy, qui réagit à la première dépêche, n'arrive pas à renouer avec la confiance. La lucidité collective peut devenir ravageuse.
En fait, l'Etat se comporte comme s'il avait renoncé à maîtriser des mutations qu'il pourrait pourtant gérer. Le désastre de l'école, qui gaspille sans résultats, est un exemple. "La fonction de roi consiste principalement à laisser agir le bon sens" disait Louis XIV. Les gouvernements ont oublié la leçon, y compris quand ils prétendent moraliser le capitalisme. "Là où la politique avance, les libertés reculent" met en garde l'économiste Pascal Salin (Revenir au capitalisme, Odile Jacob), qui rêve, pour l'économie, d'un dirigeant qui s'en remettrait à la sagesse des hommes. A quand l'Etat réaliste et modeste ?
L'Etat fait mal ce pour quoi il n'est pas fait. Or c'est cette voie qu'il poursuit quand il se dit attendu là où les initiatives privées seraient le meilleur gage d'une réussite. Rappelons avec Salin, tant le pilonnage antilibéral est puissant, que la crise économique, mise sur le dos des banquiers, des traders et des paradis fiscaux, a d'abord été le résultat d'un laxisme de la politique monétaire américaine associé à une distribution généreuse de crédits immobiliers, avalisée par Jimmy Carter puis Bill Clinton, pour le compte des minorités défavorisées. La Grèce et le Portugal payent d'autres gestions publiques hasardeuses. En France, plutôt que de se lancer dans un grand emprunt qui alourdira la dette et une taxe carbone imposée par la propagande éventée des Verts, le gouvernement gagnerait à répondre humblement à la paupérisation qui s'installe.
Rappel d'une évidence : ce sont les citoyens essorés qui ne cessent de payer, par des cotisations, taxes et impôts, les rêves de grandeur de leurs dirigeants qui disent de surcroît vouloir "sauver le monde". Le gouvernement porte sans doute un message utile, quand il déclare, hier, vouloir lutter contre la désindustrialisation, qui a fait perdre deux millions d'emploi. Mais ce n'est pas en ayant recours à la coûteuse et inefficace économie administrée que l'Etat incitera les entreprises, alourdies de charges et entravées par l'euro fort, à se relocaliser sur un marché qui n'est plus compétitif. Si l'interventionnisme a encore un sens, c'est dans les domaines souverains qu'il a délaissés. Il est temps pour lui de se recentrer.


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Écrit par Ivan RIOUFOL